Permettez-moi de présenter d'abord tous mes vœux pour ces fêtes de fin d'année 2010, et de souhaitez à toutes et à tous une excellente année 2011.

Le chapitre 42, premier opus de la chronique XIV, a mis un peu de temps à voir le jour, mais il est bien là.

Je conseille également aux lecteurs qui seraient un peu perdus avec toutes les dates mentionnées dans les divers chapitres de se reporter à la chronologie des Chroniques, disponible sur le site dédié (voir mon profil).

Bonne lecture.


Chronique XIV : Hostilités (1/4)

Grèce, Sanctuaire Terrestre, 5 juin 2004, 19h00 (June 5, 2004, 4 :00 PM, GMT +3 :00)

Temple d'Élision

Rhadamanthe gronda de frustration lorsque le poing du Taureau frôla un peu trop près son visage. Plus grand et plus fort que lui, il constituait un véritable rempart infranchissable. Il glissa un œil à Kanon et s'aperçut qu'il s'était retiré de côté, et tenait toujours Rune dans ses bras. Il se mordit nerveusement les lèvres : le Balrog ne méritait pas d'être capturé par cette bande de soudards d'Athéna. Et d'abord, que faisaient-ils donc ici ?

Tout à ses réflexions, il ne vit pas le géant lui décocher un terrible coup de poing en pleine poitrine, assez violent pour lui couper net la respiration. Il se retrouva à genoux, peinant pour reprendre son souffle. La situation était d'autant plus intolérable qu'il était bien certain qu'en temps ordinaire, revêtu du surplis de la Vouivre et en possession de son cosmos, le Taureau n'aurait pas tenu une minute devant lui.

« Maudite sois-tu Perséphone pour m'avoir retiré mes pouvoirs ! »

Il se remit péniblement sur ses jambes puis en garde, mais Aldébaran le gratifia d'un nouveau coup de poing qui le renvoya au sol. Il cracha du sang, ajoutant du rouge à son menton déjà repeint avec celui de sa lèvre inférieure fendue.

« Tu jettes l'éponge ou tu veux continuer ? » lui lança le Brésilien sur un ton triomphal.

La fierté de Rhadamanthe le poussait bien évidemment à refuser, mais il se demandait quelle pouvait être l'issue du combat face au colosse. Et il fallait qu'il trouve un moyen de récupérer Rune : il allait avoir besoin de renforts. Le mieux était de les conduire dans leur repaire : les autres Spectres ne manqueraient pas de faire un sort aux deux anciens chevaliers.

« Très bien… Tu as gagné », concéda-t-il. « Pour le moment », rajouta-t-il mentalement.

Dans ledit repaire

Sylphide balaya d'un geste rageur la goutte de sang qui perlait à sa lèvre inférieure, là où il s'était mordu par inadvertance en serrant trop fort les dents. Il se redressa lentement, forçant sa respiration à redevenir normale, tout en fixant avec intensité le Garuda. Jamais dans sa vie n'avait-il senti une telle haine envers le Juge, sentiment d'autant plus présent que le Basilic estimait le moment mal choisi pour se battre.

« Quelque part, votre comportement ne m'étonne qu'à moitié… Depuis le début de nos malheurs ici, vous vous comportez comme si vous étiez encore aux Enfers, en pleine possession de vos pouvoirs. Ouvrez les yeux : ce n'est plus le cas ! siffla-t-il.

– Si j'étais toi, Basilic, je n'aggraverais pas mon cas et je la bouclerais… après m'avoir présenté des excuses, bien sûr », rétorqua le Garuda en l'observant d'un air prédateur.

Le jeune Spectre avait bien compris les velléités d'Éaque : il voulait juste laisser sa violence s'exprimer, et rien d'autre. Lui présenter des excuses ne servirait à rien, sinon s'offrir pieds et poings liés au Garuda. Sylphide n'avait nullement l'intention de commettre cette erreur, ni de capituler devant son adversaire. Il ne savait pas trop comment Rhadamanthe le prendrait en apprenant que son subordonné avait porté la main sur un Juge, mais il estimait qu'il avait le droit de défendre son honneur.

« Je n'ai pas l'intention de m'incliner devant vous, Juge Éaque. Rien dans votre comportement ou vos paroles ne me pousse au respect. Depuis le début, vous jouer contre votre propre camp en semant la zizanie. Si je dois me battre, je me battrai ! »

Sylphide appuya ses paroles en jetant un air de défi au Népalais.

O

Éaque plissa les yeux, observant avec un agacement grandissant Sylphide. Pour qui se prenait-il ? Comment osait-il lui parler de la sorte, ce simple petit Spectre ! Il avait toujours considéré que Rhadamanthe avait eu tort d'accorder une telle position dans sa hiérarchie à ce petit serpent prêt à mordre en permanence. Il était temps de réparer cette erreur : Éaque se promit d'amocher bien comme il faut le Basilic, laissant le coup de grâce à Rhadamanthe. Il était tout à fait certain que la Vouivre traiterait avec la plus grande sévérité ce crime de lès-Juge.

« Je vais te faire regretter ton insubordination, petite couleuvre », siffla-t-il en allongeant le bras pour agripper Sylphide par le cou.

Il ne retint que du vent, le jeune homme ayant bondi de côté avec souplesse, pour venir se positionner sur sa droite. Légèrement désarçonné, le Garuda baissa sa garde quelques secondes, laissant à Sylphide l'opportunité de lui décocher un coup de poing en pleine mâchoire. Éaque recula d'un pas sous l'impact, alors qu'une goutte de sang coula de la commissure de ses lèvres.

« Petit morveux, je vais te faire payer très cher ce geste », gronda-t-il avant de répondre par la même violence à son adversaire.

Il parvint à se saisir du poing du Spectre avant que celui-ci ne l'atteigne, et le retourna dans le but évident de le lui briser, sans toutefois à y arriver. Furieux, il attrapa le Basilic à bras le corps, pour le plaquer brutalement à plat contre la table, posant son coude contre la gorge de celui-ci.

Éaque pesa de tout son poids sur le jeune homme, plongeant avec délectation son regard dans celui trouble de Sylphide. Il adorait ces moments là où il voyait la conscience de sa victime vaciller en même temps que ses forces et sa vie l'abandonnaient.

« Tu ne te ventes plus, à ce qu'on dirait… » ricana-t-il.

O

Valentine serra les poings pour ne pas se précipiter sur le Garuda et lui sauter dessus pour qu'il lâche prise sur Sylphide. Il voyait les paupières du Basilic commencer à papillonner, preuve qu'il perdait doucement conscience. Jusqu'où le Garuda comptait-il aller ? Sa mise à mort ? Certes, Sylphide se rendait coupable d'un crime grave en s'attaquant à un Juge, mais si la sentence devait être exécutée, le bourreau ne pouvait être que Rhadamanthe, et personne d'autre.

Et lui, que devait-il faire ? Assister impuissant à l'agonie de son camarade ? Ou devait-il commettre lui aussi un acte d'insubordination en secourant Sylphide ? Un véritable conflit intérieur se déclencha dans son esprit, opposant l'homme qui voyait son meilleur ami en train de suffoquer et le Spectre qui devait respecter le protocole des Enfers. Il resta paralysé, ne sachant que faire, priant pour que Minos revienne dans la pièce et stoppe le Garuda avant qu'il ne soit trop tard.

O

Minos s'approcha de la porte tout en gardant un œil discret sur le terrain des affrontements entre Éaque et Sylphide. Il toqua sur le panneau en bois et tendit l'oreille : comme il le craignait, aucun son de voix ne filtra, ni aucun bruit. Il toqua de nouveau, s'attendant bien sûr au même résultat, puis se décida à pousser la porte.

Vide, la chambre était vide comme de bien entendu. La rage bouilla dans ses veines lorsqu'il comprit qu'Éaque avait fini par mettre ses menaces à exécution. Le Griffon n'entendait cependant pas le laisser faire aussi facilement. La vision obscurcie par la colère, il ressortit dans le couloir et se dirigea à grands pas vers la salle principale. Ses yeux s'agrandir d'une surprise non feinte en découvrant le Garuda en train tout bonnement d'étouffer le Basilic.

Il comprit alors combien Éaque avait dépassé les limites de l'acceptable. Jusque-là, il s'était contrôlé tant bien que mal, mais cette fois-ci, il avait perdu les rênes de la raison.

« Arrête cela tout de suite ! »

Avant même qu'Éaque n'ait le temps de réagir, Minos le saisit par les épaules et l'écarta sans ménagement afin de l'éloigner de sa malheureuse victime. La gorge enfin libérée de son étau, Sylphide toussa violemment, incapable de se relever de lui-même. Le Griffon l'attrapa par la taille et les épaules et le mit debout, le poussant dans les bras de Valentine.

« Occupe-toi de lui, ordonna-t-il avant de se retourner sur l'autre Juge. Après Rune, maintenant tu t'en prends à Sylphide. Quel est donc ton problème, Éaque ? Et tu vas me faire le plaisir de me dire où est Rune ! »

Sous le temple de Sounion

Bàlint essayait tant bien que mal de continuer à mettre un pied devant l'autre, trébuchant à la plus petite pierre émergeant du sol ou au moindre dénivellement de terrain. Il aurait déjà atterri sur les genoux si Ishara ne lui servait pas d'appui de son frêle corps.

« Je suis navré… que cela tourne ainsi », murmura-t-il, soudainement honteux de la situation de fuyards dans laquelle ils se trouvaient.

« Ce n'est pas grave… il faut que tu tiennes encore un peu, et nous serons bientôt de nouveau dans le temple d'Élision », répondit la Babylonienne en s'arcboutant une fois de plus pour éviter qu'ils ne finissent tous les deux au sol.

Le vampire eut un sourire amer en songeant à toutes les misères qu'il avait pu faire subir à Ishara, s'étonnant que celle-ci ne cherchât même pas à lui faire des reproches. Il était vrai qu'ils avaient tous les deux « tiré sur la corde » en fricotant avec des divinités. Ou peut-être se concentrait-elle simplement sur le chemin : il fallait bien l'avouer, ils étaient un peu perdus dans ce dédale rocheux.

Justement, à la croisée de deux larges boyaux, ils entrevirent une légère lumière filtrant entre les anfractuosités du mur ocre roux. Bàlint stoppa immédiatement, les sens en alerte.

« Attends, j'ai l'impression que nous faisons fausse route… les roches n'ont jamais été de cette couleur, remarqua-t-il.

– Je dois t'avouer… je crois… que nous sommes perdus », lâcha Ishara d'une voix fatiguée.

Selon toute évidence, elle aussi commençait à atteindre les limites de ses forces. Il fit des efforts pour libérer un peu de son poids, puis la cala contre le mur rocheux derrière eux, loin de la lumière diffuse qui s'infiltrait.

« Écoute, voilà ce que nous allons faire : nous allons rester ici jusqu'à ce que la nuit tombe. Après, nous sortirons pour jeter un coup d'œil où nous sommes. Inutile de risquer de nous brûler plus que nous le sommes déjà : mieux vaut nous reposer un peu.

– Mais Sylvenius… il est après nous. »

Bàlint passa une main sur le visage effrayé de la Babylonienne en signe d'apaisement.

« Tu as vu comme moi le jeune chevalier. Je suis certain qu'il parviendra à empêcher Sylvenius de nous atteindre, assura-t-il.

– Si tu le dis…

– J'en suis certain…

– Bien, je te … Bàlint ! Attention derrière toi ! »

Le hurlement d'Ishara fut des plus soudains, forçant le vampire à se retourner si vite qu'il manqua de choir au sol. Tout ce qu'il aperçut fut trois hommes vêtus de noir, dont l'un lui porta un violent coup de torche sur l'occipital. En temps normal, il aurait esquivé, ou même frappé, aurait à peine cillé sous la douleur. Mais il se retrouva à genoux, totalement hébété, peinant à garder cette position soumise et à ne pas s'étaler complètement. Tout ce qu'il comprit, c'était qu'il était attaqué, qu'Ishara s'était penché sur lui et lui criait quelque chose. Puis ce fut le noir complet : on venait de l'atteindre de nouveau à la tête, lui donnant son compte.

O

Le meneur de ce petit commando contempla avec satisfaction les deux corps inertes une fois que la femme vampire fut elle aussi envoyée au tapis.

« Bien, c'est Nikos qui avait être contente… on dirait que nous venons de prendre livraison de notre commande », ricana-t-il avant de faire un geste à ses hommes tout en remettant une espèce de casque de motard sur sa tête. « Allez, on les emballe et on les lui ramène. »


Japon, Quartier Général de l'Ordre d'Ermengardis, 5 juin 2004, 1h15 (June 5, 2004, 4 :15PM, GMT+ 9 :00)

Chambre de Saga

L'ancien Gémeau achevait de terminer sa valise, tout en continuant à retourner dans sa tête diverses hypothèses suite à la conversation avec Milo et Aphrodite. S'il n'était pas très convaincu par les dires de Milo concernant le Français, il prenait beaucoup plus au sérieux les allégations du Suédois. Lui-même s'était longtemps posé des questions quant à l'origine de la perversité de celui qui se faisait appeler Masque de Mort, même si son manque d'humanité lui avait servi dans le temps. Lorsque le Cancer était redevenu Angelo, Saga avait soupçonné que l'Italien n'était pas né avec une âme de tueur sanguinaire : il l'était devenu, mais pas forcément qu'à cause de mauvais traitements. Il y avait sans doute autre chose…un phénomène qui l'avait amené à dérailler.

« Mais quoi ? »

Son regard se posa sur le téléphone près de son lit. Une personne en particulier pouvait connaître la vérité, ou avoir une piste pour l'atteindre : Shion, qui avait été le témoin des premiers incidents avec les porteurs de l'armure du Cancer. Il se saisit du combiné, mais le reposa aussitôt lorsqu'un coup sur sa porte retentit.

« Entrez ! » répondit-il, intrigué de savoir qui venait se présenter à lui si tard.

Il arqua un sourcil lorsque la porte s'ouvrit sur l'objet de ses réflexions, tirant derrière lui Aphrodite.

« Je peux vous être utile ? demanda-t-il.

– Oui, j'ai deux mots à te dire sur ma pseudo dépression ou possession, comme notre cher poiscaille n'arrête pas de te rabattre les oreilles. Sauf que ladite poiscaille devrait arrêter de prendre des substances illicites au lieu de raconter n'importe quoi ! »

Saga ne broncha pas, mais trouva immédiatement la hargne et l'excitation de l'Italien… étranges. Comme si Angelo cherchait à nouveau rentrer dans la peau de Masque de Mort sans vraiment y parvenir.

O

Aphrodite se dégagea sans ménagement de l'emprise de l'Italien.

« Cesse de jouer la comédie, Angelo ! Je sais ce que j'ai vu et ressenti : un être surnaturel m'a agressé dans le couloir, et dans le but bien précis de m'arracher les preuves que j'avais découvertes sur son existence. Voilà tout ! » s'écria-t-il avec un air de petit coq en colère.

Il croisa les bras sur sa poitrine avant d'asséner le plus sévèrement possible :

« Je suis persuadé que tu sais très bien ce qu'il se passe sous ce toit, et plus particulièrement, près de tes appartements… Parce que la séquence de la vidéo de surveillance que cette créature m'a soutirée a été prise devant la porte de ta chambre ! » ajouta-t-il.

Le Suédois se tourna alors vers le Grec, qui observait sans mot dire la « querelle » entre ses deux anciens assassins.

« Saga, il y a quelque chose qui se promène dans les murs de ce Pavillon ! »

O

Saga leva une main en direction d'Aphrodite, pour l'inciter à se calmer. Non pas qu'il mettait en doute sa parole, mais il aurait préféré que le Suédois lui fasse cette révélation de façon plus confidentielle. Si effectivement une entité se terrait dans ces murs, elle était potentiellement en train de les écouter. Il allait falloir donc ruser.

« Il est tard, je ne suis pas d'humeur à vous écouter vous écharper comme deux gamins se disputant des billes dans une cour de récréation. Exposez-moi les faits, rien que les faits !

– C'est ce que je viens de faire ! protesta Aphrodite.

– Je parle des vrais faits, et non d'affabulations de cet acabit », rétorqua le Grec d'une voix tranchante.

Aphrodite recula en le dévisageant, avec un air à la fois désespéré et outré.

« Mais… »

Le Suédois s'interrompit lorsqu'un applaudissement lentement cadencé résonna à côté de lui. Angelo lui jeta un regard amusé accompagné d'un sourire narquois, puis retourna son attention sur Saga.

« Je suis heureux de voir qu'il y a au moins ici quelqu'un qui a gardé toute sa tête ! » se félicita Angelo en cessant ses agaçants applaudissements.

Le Grec lui en fut reconnaissant, car le bruit, tout comme l'attitude de l'Italien, commençait à lui taper sur le système.

« Et toi, qu'as-tu donc à me dire pour justifier ton comportement dépressif à la limite de l'autisme de ces derniers jours ? » demanda-t-il.

Il savait déjà qu'Angelo allait mentir.

O

L'Italien subodorait que Saga ne mordait pas parfaitement à l'hameçon. Ce n'était pas étonnant du reste : il avait travaillé trop longtemps pour l'usurpateur pour que celui-ci ne le connaisse que trop bien. Il allait devoir être convaincant, et éviter de se trahir.

« Saga, j'ai subi une possession par Lilith. Essaie un peu de t'imaginer avec la favorite de Lucifer investissant ton corps et ton esprit, et on verra si tu seras de bonne humeur après cela ! » rétorqua-t-il, appuyant son assertion par de grands gestes.

Il se tut, observant avec attention la moindre expression de visage, le plus petit froncement de sourcils de la part de Saga qui montrerait qu'il doutait de lui.

« Ne me dis pas qu'il faut que je te fasse un dessin quant à ce qu'on peut ressentir après une possession… »

La phrase traîtresse par excellence : la schizophrénie de Saga avait été très proche d'une possession.

O

Aphrodite était légèrement écœuré par le tour que prenait la discussion. Saga ne le croyait visiblement pas et semblait appuyer les dires d'Angelo. Pourtant, cela crevait les yeux que l'Italien jouait la comédie pour cacher l'existence de la créature.

« Non Angelo, tu n'en auras pas besoin. Retourne dans ta chambre et prépare ta valise si ce n'est pas déjà fait, l'enjoignit Saga.

– À la bonne heure ! »

Aphrodite prit un air de chien battu en voyant l'Italien se retirer avec une morgue satisfaite. Il soupira et allait quitter également les lieux lorsque Saga l'appela.

« Non, pas toi, Aphrodite… J'ai deux mots à te dire… »

Le Suédois se sentit bouillir de rage, s'attendant à recevoir un sermon mémorable sur le comportement rationnel que devait adopter chaque ancien chevalier. Ce que ne manqua pas de faire Saga, qui se lança dans un discours lénifiant tout en griffonnant discrètement quelques mots sur un bout de papier, qu'il plia ensuite en huit.

« En conclusion, Aphrodite, si j'entends encore une fois des suspicions de drogue ou d'abus en tout genre te concernant, je te suspends ! » annonça-t-il en lui glissant le mot dans la poche arrière de son pantalon. « Je n'oublie pas ta petite comédie avec les médicaments il y a quelques mois… Maintenant, file faire ta valise ! » ajouta-t-il en pointant le couloir.

Le Suédois acquiesça en silence, comprenant que Saga jouait lui aussi la comédie.

Il courut jusqu'à sa chambre et s'y enferma à double tour, avant de tirer le papier de sa poche.

« Je te crois. Angelo essaie de nous bluffer, mais je ne comprends pas pourquoi. Garde-le discrètement à l'œil. Mais fais attention : la créature doit certainement nous observer. Il faut limiter toute communication verbale pour ne pas nous faire démasquer », lut-il silencieusement.

Il rangea le message dans sa poche et entreprit de faire sa valise. Pour jouer le jeu.

O

Saga attendit quelques minutes après le départ d'Aphrodite pour se saisir de son téléphone portable et sortir de sa chambre.

Avec un peu de chance, il serait à l'abri des yeux invisibles dans le jardin, et pourrait poser ses questions à Shion.


Grèce, Sanctuaire Terrestre, 5 juin 2004, 1h30 (June 5, 2004, 4 :30 PM, GMT +3 :00)

Sous le Temple de Sounion

Kiki observait toujours le sorcier à travers le mur translucide qu'il avait créé. Plus encore qu'auparavant, il se tenait sur ses gardes, se demandant quel coup tordu le vampire millénaire allait lui faire. Depuis quelques minutes, son prisonnier avait retrouvé une apparence humaine, et le toisait calmement, dans une posture absolument inoffensive. Cela rendait la situation des plus stressantes.

« Cela a dû être dur de vivre au Sanctuaire, sans ton maître, n'est-ce pas ? demanda soudain le vampire.

– Quoi ?

– Surtout pour un gamin comme toi… tu avais quel âge lorsqu'il est mort ? Six ans… non ? »

L'espion écarquilla les yeux, se demandant bien comment le sorcier pouvait connaître ce détail. Il se rappela alors l'une des caractéristiques présumées des buveurs de sang : leur capacité à lire les pensées des mortels. Normalement, ses barrières mentales, au-dessus de la moyenne, devaient lui permettre de garder les siennes hors d'atteinte du vampire. Il fallait croire que Sylvenius était beaucoup plus puissant qu'il n'y paraissait.

« Vous lisez dans mon esprit, c'est cela ?

– Comme dans un livre ouvert, je dois dire. Mais on ne peut pas te reprocher de ne pas exploiter tes dons à leur juste puissance. Tu n'as jamais eu le temps de les perfectionner avec ton maître… »

O

« Comment as-tu réussi à survivre dans ce Sanctuaire, d'ailleurs ? Et pourquoi caches-tu ton identité ? » poursuivit Sylvenius.

Il esquissa un sourire malveillant en lisant dans l'esprit du rouquin le trouble que ses paroles engendraient. Imperceptiblement, la solidité du mur de cristal commençait à s'effriter.

« Oh, je vois…Tu as essayé de t'enfuir du Sanctuaire lorsque tu avais quatorze ans. Et en guise de punition, tu as été condamné à mort, par noyade… »

Une fois de plus, sa remarque fit mouche : le jeune Atlante ne put cacher sa surprise, se déconcentrant un peu plus. Encore quelques révélations du même genre, il serait définitivement déstabilisé et Sylvenius serait en mesure de percer ses défenses. Il ne lui ferait évidemment pas de cadeau : d'ailleurs, il repartirait peut-être avec le prodige sous le bras. On ne savait jamais : un Atlante avec des capacités psychiques de la sorte, cela pouvait être utile, même si lesdits pouvoirs avaient besoin d'être perfectionnés.

« Oh, je vois… Tu as été enfermé dans un puits sans issues, qui a été inondé. Mais quelqu'un est intervenu, et pas n'importe qui, n'est-ce pas ? poursuivit-il avec un demi-sourire. La déesse Athéna en personne… Elle t'a fait échapper du piège où tu étais enfermé, en toute clandestinité. Pour ne pas la mettre en difficulté envers le Sanctuaire Terrestre, tu as alors décidé de porter un masque et de changer d'identité, abandonnant tout espoir de t'enfuir pour servir celle qui t'a sauvé. »

Une fois de plus, sa remarque fit mouche, et la barrière faiblit de nouveau, conséquemment cette fois-ci.

O

Le trouble de Kiki ne fit que s'accroître alors que le sorcier lui exposa les faits que seuls lui-même et la déesse connaissaient. Il n'avait pas soupçonné que Sylvenius puisse être aussi puissant, lisant librement dans son esprit. Le jeune Atlante s'était jugé capable de le tenir facilement en respect : cette certitude était en train de s'effondrer à mesure que les mots coulaient de la bouche du vampire.

« Ne regrettes-tu pas ta décision ? J'ai comme l'impression que tu n'as toujours pas renoncé à quitter ces lieux et à te ranger plus activement du côté de l'Ordre d'Ermengardis… »

Non, Sylvenius ne pouvait pas à ce point deviner ses pensées les plus intimes !

« Je vais même t'expliquer les vraies raisons qui t'ont poussée à t'intéresser si étroitement à Bàlint, à Aiolos et aux Spectres, les ennemis les plus mortels de ta déesse, si je puis me permettre le jeu de mots. Non par altruisme, jeune homme, mais par pur égoïsme. Pour eux, ces hommes sont la garantie que ta route croisera celle des envoyés de l'Ordre. Et qu'ils t'aideront à changer cette vie dont le cours est en train de t'exaspérer. »

O

Sylvenius avait assené cette dernière vérité d'un ton légèrement impatient. Il sentait les présences d'Ishara et Bàlint décroître progressivement, comme s'ils s'éloignaient de ce lieu. Or il n'avait aucunement l'intention de les laisser s'échapper. Sa manœuvre porta heureusement ses fruits, la confusion qui envahit l'esprit de l'espion Atlante abattant la résistance du mur de cristal.

« Bien, où en étions-nous déjà ? » siffla-t-il en se libérant de sa prison invisible, puis en se transformant de nouveau en redoutable prédateur, ailes meurtrières prêtes à frapper son opposant.

Sa joie fut de courte durée, et son cri guerrier se mua en plainte de douleur lorsque ses membranes furent déchirées par des objets contondants aussi tranchants que des poignards.

Il se retourna sur le fauteur de trouble, lui lançant un regard enragé. Femelle ou pas, il se montrerait sans pitié avec cet adversaire… quoique… le jeu n'en valait plus vraiment la chandelle. Cette fois-ci, la présence d'Ishara et Bàlint n'était absolument plus perceptible. Livrer un combat contre cette femme qui projetait des morceaux de corail n'était absolument pas nécessaire.

« Je vous laisse entre gens de mauvaise compagnie… J'ai à faire, ailleurs », lâcha-t-il avec une pointe d'agacement dans la voix.

Où étaient donc passées ses proies ?

O

« Reste ici et viens te battre, lâche ! » rugit Thétis en lançant de nouveau une vague de corail sur le vampire.

Peine perdue : celui-ci recula contre la paroi rocheuse pour se fondre dans celle-ci, ignorant complètement les pics orangés qui vinrent se ficher autour de lui.

« L'enfoiré ! » jura-t-elle avant de se tourner vers l'Atlante. « C'était très stupide ce que tu as fait… Nous n'aurions jamais dû nous séparer, reprocha-t-elle.

– Sylvenius avait coincé les deux vampires. Je n'avais pas d'autres choix que de me téléporter pour le stopper », rétorqua Kiki.

Certes, elle ne pouvait pas lui reprocher de s'être porté au secours de Bàlint et Ishara. Cependant, il s'était révélé impulsif et imprudent, ce qui était fâcheux compte tenu de sa relative inexpérience. Thétis n'était pas intervenue tout de suite dans l'accrochage : elle avait pris le soin d'observer l'un et l'autre combattant. Non seulement elle avait pu apprendre le fin mot de l'histoire concernant l'existence de « Darius » mais avait pu vérifier que Sylvenius était un redoutable manipulateur. À méditer pour une prochaine confrontation.

« Bien… et où sont-ils maintenant ? demanda-t-elle.

– Je leur ai demandé de retourner au Temple d'Élision. J'espère que c'est ce qu'ils feront. »

Thétis lâcha un profond soupire : il était plus que hasardeux de compter sur la bonne volonté des deux vampires de se prendre d'eux-mêmes aux filets de l'Ordre.

« J'espère que c'est ce qu'ils feront… Retournons au temple, en espérant que nous les retrouverons là-bas. Et puis j'aimerais bien savoir si Kanon et Aldébaran ont pu rentrer en contact avec les Spectres. »

« Et s'ils ne sont pas entretués », ajouta-t-elle pour elle-même.


Japon, Quartier Général de l'Ordre d'Ermengardis, 5 juin 2004, 1h30 (June 5, 2004, 4 :30 PM, GMT +9 :00)

Chambre de Camus

Assis dans un fauteuil près de la fenêtre, le Français était aussi figé qu'une statue, seuls ses battements de cils venant apporter la confirmation qu'il y avait bien de la vie en lui. Son immobilité cachait parfaitement le chaos qui agitait son esprit suite à ses récentes découvertes. Camus n'arrivait cependant pas à cerner quel événement recelait la plus grande gravité : le fait que son âme ce soit fondue avec celle de Gàbor, ou le fait qu'Ambre soit une traîtresse… Et que devait-il faire face à cela : essayer de résoudre les problèmes de lui-même, ou rechercher une aide auprès de ses compagnons ?

Il fut tiré de sa réflexion par des coups donnés contre sa porte. Quelqu'un toquait. Il grimaça : ce n'était pas le meilleur moment de le déranger.

« Qui est là ? répondit-il avec agacement.

– C'est moi. »

La voix de Milo… Camus savait que le Grec devait s'inquiéter pour lui, mais il n'était pas exactement la personne qu'il voulait voir pour l'instant. Milo le connaissait par cœur : il ne mettrait guère de temps à cerner que quelque chose n'allait pas bien.

« Ouvre, Camus. Il faut que nous parlions. »

Le Français poussa un long soupire avant de se rendre à l'évidence : il n'allait pas pouvoir s'affranchir d'une bonne séance d'interrogatoire de la part du Grec. Refuser de lui ouvrir ne ferait que reculer l'échéance pour mieux sauter.

« Entre… c'est ouvert. »

O

Milo ne put s'empêcher de froncer franchement les sourcils en pénétrant dans la pièce, complètement plongée dans l'obscurité.

« Je peux savoir à quoi tu joues exactement ? » demanda-t-il sur le ton du reproche tout en appuyant sur l'interrupteur pour éclairer la chambre.

Il fut tout de même surpris de voir Camus se protéger les yeux lorsque le lustre s'alluma, comme si la lumière l'agressait. Et pourtant, elle n'était pas si violente que cela.

« Ne me dis pas que tu cherches à parfaire ta connaissance des vampires en jouant à te prendre pour l'un d'eux et vivre dans l'obscurité », railla-t-il.

Son petit sourire provocateur s'évanouit dès le moment où il aperçut un air malheureux se peindre sur le visage du Français.

« Que se passe-t-il ? Je sais très bien qu'il y a quelque chose qui cloche pour toi ces derniers jours », ajouta-t-il.

O

Camus baissa la tête, conscient qu'il venait de se trahir en quelques minutes. Mais la remarque de Milo l'avait ébranlé : il ne jouait pas à se prendre pour un vampire, l'âme de l'un d'eux était vissée à son corps. En fut pour preuve l'irritation que les questions de Milo firent naître, d'abord légère puis plus violente. Comme tout être de la nuit, Gàbor était doté d'une fureur latente qui ne demandait qu'à s'exprimer à la moindre contrariété. Celle-ci coulait désormais dans ses veines, menaçant de lui faire perdre son légendaire calme, comme si la voix du Magyar lui susurrait à l'oreille sa conduite.

Il fallait qu'il se reprenne et cache ce fait à Milo, mais également à ses compagnons, le temps qu'il trouve le moyen de dompter cette nouvelle nature. Cependant, il devait d'abord s'occuper de l'autre problème.

« Et bien… il se pourrait que j'aie appris des choses plutôt désagréables au sujet d'Ambre », se décida-t-il à répondre.

Les yeux du Grec brillèrent d'intérêt alors que son regard se riva au sien.

« Comme quoi ? »

O

« J'ai découvert qu'elle porte un tatouage particulier sur le sein gauche : les deux MM de la Milice Noire, représentant son moto. Mémento Mori, souviens-toi que tu n'es que poussière… »

Milo écarquilla les yeux tout en essayant d'assimiler du mieux possible cette information pour le moins surprenante. La plus grande question étant comment il connaissait le tatouage de la Milice et sa signification. Euh, minute… comment Camus était-il parvenu à voir qu'elle en avait un sur le sein gauche ?

Il finit par jeter un regard interloqué au Français, la seule explication qu'il trouva étant que celui-ci n'avait pas mis à nu que son tatouage chez Ambre.

« Dis-moi… par hasard, est-ce que tu n'aurais pas… couché avec elle ? » lui demanda-t-il pour vérification.

Le regard que lui lança Camus lui indiqua qu'il n'y avait pas trop d'illusions à se faire quant au moyen employé. D'un autre côté, il avait été très clair que les deux jeunes gens se plaisaient, cela devait arriver à un moment ou à un autre. L'aveu était juste… étrange à entendre.

« Bien, d'accord… tu es majeur et vacciné après tout. Bref, selon toi, elle porte un tatouage de la Milice Noire. Penses-tu qu'il y a des chances que ce ne soit qu'une coïncidence ? C'est un peu léger tout de même, comme accusation… » Le Grec secoua la tête en réalisant un peu plus devant quel problème ils allaient devoir faire face. « Je suis plutôt du genre à foncer dans le tas d'habitude, mais là, je me vois mal aller expliquer à Eleny ou James qu'Ambre, l'un de leurs fidèles lieutenants, n'est qu'une traitresse. Ou alors, il faudra apporter une preuve… plus qu'un tatouage. Tout le monde a le droit de porter un tatouage, tout de même… »

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« Tu ne comprends pas, Milo. Il n'y a pas de coïncidence possible ! Elle fait partie de la Milice », s'écria Camus.

Il se tut, réalisant qu'il élevait la voix bien plus fort que d'habitude, et que le ton était carrément agressif, bien plus que celui employé quelques mois auparavant, lorsque son passif avec Milo exacerbait sa rancune. Gàbor était en train de lui dicter sa conduite.

« Inutile de t'énerver, Camus. Que te prend-il donc ? s'étonna le Scorpion. Quand je disais que tu n'étais pas toi-même ces derniers temps…

– Je suis juste fatigué, Milo. Il est déjà tard dans la nuit et je viens de découvrir quelque chose qui me déplaît fortement. J'ai tout de même des raisons de perdre mon calme, s'insurgea le Verseau.

– Sauf que perdre ton calme n'est pas dans ta ligne de conduite habituelle », rétorqua Milo.

Camus soupira d'irritation : il le savait bien que tôt ou tard, son vieil ami lui ferait cette remarque. À présent, il n'avait qu'une envie : qu'il s'en aille !

« Écoute, je vois bien que tu ne crois pas un mot de ce que je te dis. Fort bien. Maintenant, sors et laisse-moi faire ma valise ! »

Et il lui montra la sortie d'un ample geste de la main.

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Milo fronça les sourcils, à la fois choqué et vexé de se faire mettre à la porte de la sorte. Cela ne ressemblait absolument pas à Camus de se montrer presque agressif et grossier avec autrui. A fortiori avec lui, en tout cas pas depuis leur réconciliation. Quant à ses accusations contre Ambre, il les trouvait totalement édifiantes.

« Tu me diras ce que tu voudras, je reste bien persuader que tu marches à côté de tes pompes. En tout cas, je vais t'avoir à l'œil, Camus », lâcha-t-il entre ses dents.

Il sortit en feignant d'ignorer son ami, mais ne put retenir un grondement de frustration lorsque la porte claqua dans son dos.

« Tout va bien, hein… ? Mon œil, oui ! »

Chambre de Shina

Les meilleures choses avaient une fin. En tout cas pour la soirée, qui empiétait généreusement sur le jour suivant. Après avoir longtemps erré ensemble dans les jardins, Shina et Shura s'étaient enfin résignés à prendre le chemin du retour vers le pavillon Komokuten. Le silence avait été plus de mise entre eux : non pas qu'ils soient fâchés, bien au contraire… Ils n'éprouvaient tout simplement pas le besoin de s'exprimer pour se sentir bien l'un avec l'autre.

Ce fut sur le seuil de la chambre de la jeune femme que l'Espagnol se décida à parler.

« Eh bien… Que dire d'autre, à part que tu m'as fait passer une bonne soirée. Merci d'être resté avec moi : tu m'as empêché de broyer du noir, et m'as rendu le sourire.

– Oh, tu sais, je n'ai pas fait grand-chose…

– Si, tu étais là… »

Shura vint caresser la joue de Shina du bout des doigts, timidement, comme s'il demandait la permission. Son sourire se figea, son visage descendant lentement sur celui de la jeune femme. Il aurait eu le plein contrôle sur ses émotions, il se serait promptement redressé… mais non. Sa raison avait été renvoyée brutalement au placard, et ses émotions, faisant battre son cœur un peu trop vite, ne l'empêchèrent nullement de poser les siennes sur celles de l'Italienne.

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Shina n'était pas plus maîtresse d'elle-même que Shura : au lieu de le repousser, elle accueillit ses lèvres sans hésitation, ses doigts venant caresser ceux du jeune homme qui se promenaient sur sa gorge.

Ils restèrent de longues minutes ainsi, à s'explorer timidement et tendrement, jusqu'à ce que la nécessité de respirer les force à cesser ce baiser.

« Eh bien, je ne sais pas ce qu'il m'a pris… », s'excusa Shura, ne sachant visiblement pas s'il devait être gêné ou laisser sa joie se manifester.

« Ne t'excuse pas, c'était très bien », lui répondit Shina, cramoisie.

L'Italienne rougit davantage en songeant qu'elle se comportait comme une adolescente de quinze ans qui recevait son premier baiser. Le pire étant qu'elle n'en éprouvait aucune honte : cela lui faisait tellement de bien.

« Vraiment ? Bien… J'en suis heureux ! » bafouilla Shura en souriant.

« Moi aussi…

– Bien, je vais y aller. Te laisser faire ta valise, dormir un peu… » s'excusa Shura.

Shina hocha la tête machinalement. Elle se trouvait un peu bête : la faute à son assurance qui semblait partie hibernée elle ne savait où.

« Bien, bonne nuit…

– Oui, bonne nuit. »

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Shura affichait encore un sourire jusqu'aux oreilles lorsque la porte se referma devant lui.

« Oh… si je m'y attendais ! » murmura-t-il à lui-même, se sentant planer sur un petit nuage.

Il chuta pourtant brutalement de celui-ci lorsqu'en se retournant, il buta dans Angelo qui marchait à grands pas dans le couloir, se dirigeant vraisemblablement vers sa chambre.

« Tu ne peux pas faire attention, non ! » aboya l'Italien avant de disparaître au détour d'un angle.

Shura soupira, navré de voir son ami toujours dans le même état.

« J'espère sincèrement que cela s'arrangera pour toi autant que cela s'est arrangé pour moi, Angelo. »

Chambre d'Ambre

Un très mauvais pressentiment l'ayant saisi depuis qu'elle avait vu la statue de cette abominable créature, la jeune femme tentait désespérément de géolocaliser le portable de sa sœur, mais celle-ci restait invisible sur le plan affiché son écran d'ordinateur. Ambre avait essayé de la contacter cinq ou six fois, mais Agathe semblait hors de portée des réseaux téléphoniques.

Elle poussa un profond soupire angoissé et attrapa d'une main tremblante de la bouteille d'eau posée près de son laptop. Elle but une lampée, incapable d'en avaler plus tellement sa gorge était serrée.

« Je n'aime pas ça… mais alors pas, pas du tout. »

Sa sœur avait beau être ce qu'elle était – une jeune femme colérique et emportée, blessante parfois –, elle était la seule famille qui lui restait. Une personne condamnée à n'avoir aucune existence officielle, car réputée morte, souffrant du plan que leurs propres parents avaient mis au point. Sa petite sœur... Il était hors de question que quiconque lui fasse du mal.

« Il faut que je trouve un moyen de savoir ce qui se passe là-bas ! »

Ambre tenta de nouvelles manœuvres de géolocalisation, mais n'obtint aucune réponse.

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Assise tranquillement sur le bureau de la jeune femme, Salem observait avec un sourire narquois le chef de la Milice Noire s'angoisser au fur et à mesure que les minutes s'égrenaient. La prédatrice voyait avec de plus en plus d'acuité le bénéfice qu'elle pourrait en tirer pour mener à bien son entreprise : découvrir l'emplacement des tombes et mettre hors-jeux l'Ordre d'Ermengardis.

Une seule chose la laissait hésitante : dévoiler sa présence. C'était un risque à prendre… qu'elle décida de courir en constatant le degré d'inquiétude qu'Ambre venait d'atteindre lorsque ses nouvelles tentatives échouèrent.

« Je peux peut-être vous aider… », susurra-t-elle à l'oreille de la rousse tout en se matérialisant devant elle.

Son sourire s'agrandit lorsque la jeune femme releva la tête et prit un air effaré, avant de se lever, vivement aux aguets.

« Qui êtes-vous ? siffla Ambre. Que me voulez-vous ?

– Et bien, ce que je serai dépendra de votre réponse à ce que je vais vous proposez.

– Je n'aime pas les devinettes…

– C'est parfait pour moi, je n'aime pas non plus perdre mon temps. »

Salem disparut pour se matérialiser de nouveau juste sous le nez d'Ambre.

« Voici le marché : je sauve votre sœur, et vous, grand maître de la Milice Noire, vous me révélez où sont les tombes des vampires cachés par votre ancêtre… » Elle baissa la voix, de manière à la rendre plus langoureuse : « Je peux même pousser ma générosité jusqu'à vous aider à éloigner l'Ordre d'Ermengardis et l'Ordine di Sylni de la Milice. »

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Un fantôme ? Non, c'était une créature bien plus puissante que cela pour être passée à travers les divers pièges à esprits qu'elle avait disposé dans la pièce. Depuis l'attaque de Lilith, Ambre redoublait de vigilance quant à toute intervention surnaturelle. Les faits lui prouvaient qu'elle avait raison…

« Je ne vois pas de quoi vous parler. Et cela ne me dit pas qui vous êtes ! rétorqua-t-elle en faignant l'ignorance.

– Oh… pas de ça avec moi. Je t'observe depuis quelque temps maintenant. Tu permets que je te tutoie, n'est-ce pas ? » La créature ricana devant sa propre impudence. « Du coup de fil que t'as donné ta sœur, jusqu'à tes récentes recherches pour la localiser, je n'en ai pas perdu une miette. Eh oui, j'étais juste à côté de toi, invisible à tes yeux. »

Ambre sentit la chair de poule se lever sur chaque centimètre carré de sa peau. Il ne fallait cependant pas qu'elle le montre : ce démon – car c'était certainement une entité démoniaque – en tirerait immédiatement avantage.

« Très bien, tu m'as démasquée… Cela ne me dit pas pourquoi je devrais faire un pacte avec toi. Je t'avouerai que j'ai une sainte horreur de nouer quelconque lien avec les démons : je préfère les renvoyer à leur patron à grands coups de pieds dans les fesses. »

Une réponse osée, qui pouvait lui valoir de graves ennuis. Cependant Ambre avait bien l'intention de mettre les points sur les « i » avec cette créature : elle ne se laisserait pas manipuler comme cela.

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Salem plissa les yeux, sentant la colère gronder : l'impudente, elle ne céderait pas si facilement que cela ! Rien d'étonnant par ailleurs : Ambre était le leader de la redoutable Milice Noire, et jouait à l'espion au sein même de l'Ordre d'Ermengardis depuis des années. Sa résistance était somme toute… normale et attendue. Toute autre réaction aurait été injustifiée.

« Très bien, laisse-moi donc te raconter une histoire. Pas un conte de fées, bien sûr, mais juste le récit d'une malédiction planant sur une riche famille vénitienne… »

Elle s'interrompit, observant la jeune femme battre en retraite près de son bureau pour ramasser son téléphone portable. Pff ! Ils étaient vraiment pathétiques les mortels de cette époque avec leurs gadgets électroniques. Comme si ce petit bout de plastique et de métal allait lui permettre de sauver sa sœur !

« Il était une fois un jeune noble Vénitien du XIIème siècle. Nous l'appellerons… Matteo. Son père avait vendu son âme et celles des membres de sa famille à un sorcier, en échange des grâces matérielles de celui-ci. Sauf que lorsque Matteo découvrit que le sorcier était aussi vampire, et comment il mettait à mort ses victimes, il décida de briser le pacte noué par son père, et d'arracher sa famille et son armée privée aux griffes de ce monstre. »

Salem sourit comme une démente : elle se demandait quelle tête ferait Sylvenius s'il apprenait que sa complice avait connaissance de ses manipulations sur la famille Visconti.

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Ambre recula au fur et à mesure que la femme démon se rapprochait d'elle. Seul point positif, elle avait réussi à enclencher le mode vidéo de son téléphone portable et enregistrait tout ce qui se disait. Restait à faire cracher le morceau à cette indésirable visiteuse, qui semblait en savoir décidément bien long.

« Je ne vois pas en quoi cela concerne ma sœur, rétorqua Ambre d'un air détaché.

– Le sorcier eut vite vent de la trahison que Matteo tramait. Or, il avait besoin de sa famille et de sa puissance. Il jeta un sort au jeune noble, le transformant en une créature à moitié-homme, moitié-loup, avec des cornes… Bien malgré lui, Matteo devint le symbole de la main mise du sorcier sur sa famille, d'autant plus que l'enchanteur condamna l'aîné de chaque génération au même sort. »

La Française ne perdait aucun détail de ce que le démon lui racontait. Cependant, ne voulant pas céder de terrain, elle décida de prétendre l'ennui. Elle croisa les bras sur sa poitrine, manipulant son téléphone pour que la caméra soit dirigée droit sur l'intruse.

« Très belle histoire : vends la à Hollywood, je suis certaine que cela emballera les producteurs de navets », railla-t-elle.

Elle frissonna lorsque la femme recommença son petit tour de passe-passe et sa matérialisa à nouveau devant elle, l'air franchement contrarié. Parfait pour un gros plan, toutefois.

« Ne joue pas trop avec moi, Ambre, tu pourrais le regretter.

– À part mourir d'ennui, je ne vois pas trop ce qui pourrait m'arriver de pire…

– Ne me tente pas de te montrer l'étendue de mes pouvoirs.

– Morte, j'ai comme l'impression que je ne te servirai à rien… »

La démone se recula en arquant les sourcils, puis prit un air vicieux.

« J'aime ton style, mais ne me pousse pas trop à bout. Bien, où en étais-je ? Ah, oui… Nous arrivons au moment le plus délicieux… Matteo finit par devenir hors de contrôle. Le sorcier l'enferma donc dans les caves d'un hôtel privé appartenant à l'Ordre d'Ermengardis, lui adjoignant quelques gardiens. Une sorte de petites fées, toutes mignonnes… avec des dents capables de déchiqueter le métal le plus dur… On raconte qu'elles peuvent vivres des siècles et des siècles. »

Ambre sera les poings en voyant le sourire diabolique s'étendre sur la face translucide de son vis-à-vis.

« Imagine, elles n'ont pas mangé depuis si longtemps. Et là, ta sœur se balade dans leur repaire… »

La rousse fit de son mieux pour ne pas lui sauter à la gorge, ce qui n'aurait strictement servi à rien. Elle se força à contenir sa rage, desserra ses bras pour les laisser se ranger le long de son corps. Le téléphone hors de vue de la démone, Ambre le manipula de façon à envoyer la vidéo à une personne qui serait à même d'exploiter l'information pour sauver sa sœur.

« Et en quoi peux-tu la secourir ?

– C'est là le deal : il ne me faudrait que quelques secondes pour me rendre là-bas et la ramener… si tu choisis d'adhérer à ma proposition, bien entendu. »

Ambre avait envie de lui hurler d'aller se faire voir aux Enfers, mais se contenta de crisper la mâchoire.


Grèce, Sanctuaire Terrestre, 5 juin 2004, 1 h 45 (June 5, 2004, 4 :45 PM, GMT +3 :00)

Temple d'Élision, repaire des Spectres

Minos cuisinait verbalement Éaque depuis une bonne demi-heure, mais ce dernier avait décidé de s'emmurer dans le silence le plus complet. Une façon muette pour le Garuda d'avouer sa culpabilité tout en faisant mariner lentement mais sûrement le Griffon. Le Népalais tourna la tête en direction de Sylphide, qui avait totalement retrouvé ses esprits et le regardait de nouveau avec un air farouche. Il esquissa un sourire mauvais en voyant la tache rouge qui barrait le cou du jeune homme. Et ce n'était qu'un début : une fois que le Griffon aurait passé sa petite colère, il avait bien l'intention de reprendre là où il en était sa joute avec le Basilic.

« Pour la nième fois : où est Rune ? Qu'est-ce que Rhadamanthe est encore un train de tramer ?

– Je ne vois pas du tout où tu veux en venir, rétorqua calmement Éaque.

– Et moi, je crois que tu mens ! »

Éaque se recula légèrement, s'attendant à voir Minos lui sauter à la gorge. Contre toute attente, ce fut du côté de la porte que le coup le plus dur arriva. Le Garuda sentit son cœur louper un battement lorsque celle-ci s'ouvrit sur un Rhadamanthe au visage en sang, suivi de deux hommes dont l'un portait Rune évanoui. Il connaissait très bien celui qui serrait le Balrog dans ses bras, pour l'avoir déjà affronté : Kanon des Gémeaux. Qu'est-ce que cette nuisance fabriquait-elle ici ? Jetant un coup d'œil aux lieutenants de Rhadamanthe, Éaque s'aperçut que Sylphide s'était saisi d'une arbalète et était prêt à clouer le géant sur place.

« Qu'est ce que vous foutez là ! » hurla-t-il, perdant toute contenance.

« Lâchez immédiatement Rune, renchérit Minos, au bord de l'explosion. Qu'est-ce que vous lui avez fait ?

– Rien du tout, à part le sauver », rétorqua Kanon, réajustant sa prise sur le corps du Balrog. « Et non, je n'ai pas l'intention de le lâcher tant que Rhadamanthe ne m'aura pas dit pourquoi il voulait le tuer. »

Minos tourna un regard horrifié sur la Vouivre. Sylphide et Valentine avaient également du mal à cacher leur incompréhension face à cette annonce.

« Pourquoi as-tu fait cela ? » hurla Minos en décochant un coup de poing à Rhadamanthe, que celui-ci n'essaya même pas d'éviter. Il leva de nouveau son autre poing, prêt au massacre.

Voyant jusqu'où le Griffon comptait aller, Sylphide s'empressa de pointer son arme sur Minos.

« Calmez-vous. Ce n'est pas le moment pour cela ! siffla-t-il.

– Sale petit serpent ! » Éaque ne resta pas inactif : il se saisit également d'une arbalète, et vint appuyer la flèche contre la gorge du Basilic, un doigt titillant la gâchette. « Après l'insubordination et les coups, tu pointes une arme sur un deuxième Juge !

– Baissez la vôtre seigneur Garuda ! »

Éaque se retrouva immédiatement avec une pointe en fer contre sa tempe, que Valentine brandissait avec détermination.

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« Heu… On va peut-être vous laisser discuter entre vous avant de revenir vous expliquer ce qu'on fait là », se hasarda Kanon. « Ils sont toujours aussi barges, les Spectres, à ce que je vois ! » se dit-il.

« Oui, laissez-nous le temps qu'on s'explique, répondit sèchement Minos. Mais Rune ne va nulle part : il reste avec moi. Je saurai bien le protéger de cette bande de traîtres !

– Valentine et moi-même ne sommes pas des traîtres. Et tout cela ne serait pas arrivé si vous aviez accepté de vous concentrer sur les vrais problèmes au lieu de tout faire tourner autour de Rune », s'insurgea le Basilic en baissant lentement son arbalète afin d'encourager Éaque à faire de même.

« Sylphide, ne t'en mêle pas. C'est à moi d'assumer les conséquences de ce qui vient de se passer, répliqua Rhadamanthe.

– Ça, je le sais que trop bien», rétorqua l'intéressé en saisissant l'arme d'Éaque, le forçant à la détourner de sa gorge. « Valentine, baisse aussi la tienne. »

La Vouivre se redressa et balaya le sang qui coulait sur son menton. « Minos, je n'ai pas essayé de tuer Rune. J'ai fait semblant, pour tromper la vigilance d'Éaque et essayer de faire s'évader ton subordonné.

– Espèce de… alors comme ça, tu m'as menti ! » gronda le Garuda avec un air scandalisé. « Pauvre fou ! Tu n'as pas compris qu'il va se transformer en vampire et se retourner contre nous ! »

Kanon cligna des yeux, comprenant de moins en moins ce qui se passait entre les Spectres.

« Oh là ! Temps mort tout le monde. D'une chose l'une : Rune n'est pas en train de se transformer. S'il avait dû le faire, il serait vampire depuis longtemps.

– Comment vous savez tout cela ? Et qui me dit que je peux vous faire confiance ?»

Kanon adressa un petit sourire forcé au Griffon, dont l'exaspération était palpable.

« Regardez-vous. Vous êtes tous prêts à vous égorger les uns les autres. Il vaut mieux qu'il reste avec nous, au calme, et on discutera tous une fois que vous aurez résolu vos problèmes entre vous. »

Minos se mordit les lèvres, un peu vexé de se faire dicter des ordres, puis prit un air inquiet lorsqu'il vit le léger hématome sur la tempe de Rune.

« On va s'occuper de lui. Vous n'avez rien à craindre, l'assura Kanon. On va aller squatter les appartements de Perséphone. C'est là que vous nous trouverez. »

Saluant d'un rapide mouvement de la tête l'assemblée, Kanon fit signe à Aldébaran de reculer jusqu'à la porte. Mieux valait laisser tout ce beau monde laver son linge sale en famille. Et puis, il voulait ausculter le Balrog pour s'assurer de sa bonne santé. Il le trouvait un peu léger dans ses bras.

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Les cinq hommes restèrent à s'épier en chien de faïence, les armes toujours à la main, prêtes à servir.

« Fort bien… Vous voulez qu'on s'explique, et bien allons-y ! » s'exclama Éaque en faisant signe à ses pairs de le suivre. Puis il pointa un doigt accusateur sur Valentine : « Toi, recommence ce que tu as fait et il t'en cuira plus que tu ne peux l'imaginer. Quant à toi… » Son sourire devint nettement plus cruel lorsqu'il se tourna vers Sylphide. « Ta prochaine incartade sera la dernière, protégé de Rhadamanthe ou pas. »

Ses avertissements lancés, il quitta la pièce en faisant signe à ses pairs de le suivre.

« Et tu le laisses menacer de mort tes lieutenants ? se moqua Minos à l'encontre de la Vouivre. Remarque, à voir ta brillante prestation pour sauver Rune, je prendrai peur à la place de ton désobéissant serpent. »

Le Griffon s'engouffra dans le couloir, non sans avoir jeté un regard courroucé à celui qui l'avait mis en joue. Rhadamanthe se raidit en voyant que son second ne baissait pas les yeux.

Resté avec ses lieutenants, il pouvait palper l'atmosphère qui s'alourdissait de seconde en seconde. Par Hadès, qu'il se sentait dépassé par les événements, et malheureusement, par les conséquences de ses propres choix. Il devait pourtant calmer ses hommes, et surtout, la plus forte tête des deux. Il avisa la trace rouge tirant sur le violacé dans le cou de Sylphide. Que s'était-il donc passé durant son absence ?

Il s'approcha de son lieutenant pour jeter un œil à ce qui ressemblait à une blessure, tendant une main pour écarter le col de la chemise.

« Sylphide, qui t'a fait cela ? C'est Éaque, n'est-ce pas ? Inconscient ! Dois-je te rappeler que c'est un sacrilège de—

– De pointer une arme sur un Juge ou de se battre contre lui ? Ouvrez les yeux vous n'êtes plus Juge à cette heure-ci, et Minos et Éaque non plus ! » hurla Sylphide en balançant son arme sur la table, faisant tomber les autres à terre. Il se raidit en s'approchant plus près de la Vouivre, chassant sa main au passage : « J'ai fait cela, car mon devoir est de vous protéger. Et je continuerai à le faire jusqu'à ce que nous nous échappions au bourbier dans lequel vous nous avez enfoncés en décidant de revenir dans ce temple maudit. Et après… » La voix du Basilic trembla. « …je quitterai votre service, car j'estime ne plus rien avoir à y faire ! »

Son regard se durcit en fixant quelques instants de plus Rhadamanthe, puis Valentine. Sylphide quitta la pièce à son tour, tremblant de rage.

Rhadamanthe sentit une boule se former dans sa gorge.

« Toi aussi, tu n'as plus confiance en moi, n'est-ce pas ? » demanda-t-il à Valentine.

La Harpie se mordit nerveusement les lèvres avant de répondre :

« Je vous suis loyal, et je le resterai. Mais je comprends très bien ce que Sylphide ressent, avoua-t-il. Je vais tenter de le calmer et le soigner. Mais il va falloir être prudent, avec le Seigneur Éaque. Je pense que Rune n'étant plus là pour lui servir de tête de Turc, c'est à Sylphide qu'il va s'en prendre. Il a déjà tenté de l'étrangler avant que vous ne reveniez. »

Il prit congé, se dirigeant dans la même direction que son camarade de toujours, laissant seul Rhadamanthe.

La Vouivre en aurait presque pleuré s'il n'avait pas eu des comptes à rendre et un groupe dont il devait restaurer au plus vite la cohésion.

A suivre dans la Chronique XIV : Hostilités (2/4)