Le Docteur appartient à la BBC

Bonne lecture

o-o-o-o-o-o

Chapitre 1 : Amélia Pond

Amélia Pond était agenouillée dans une attitude très respectueuse et essayait de trouver les bons mots pour sa prière. La fillette s'était résignée à cette démarche, non sans un peu d'inquiétude. Le Père Noël était tout de même un personnage fort occupé durant toute l'année. Si, à Noël, il faisait la distribution des cadeaux, le reste de l'année, il devait superviser la fabrication des jouets et peut-être jouer à cache-cache avec les lutins et les rennes.

Mais voilà, le Père Noël était la plus haute instance disponible qui avait fait ses preuves dans la vie d'Amélia Pond. C'était grâce à lui qu'elle avait obtenu les deux poupées dont elle avait rêvé durant des mois et que ses vieux crayons à colorier avaient été remplacés par des neufs. D'aucun aurait pu s'adresser à leur dieu, mais Amélia n'avait pas encore eu la preuve de leur existence, contrairement au Père Noël. Elle aurait aussi pu demander à un policier, mais quand elle avait essayé d'en parler à sa tatie, elle lui avait dit que « ces choses-là n'existent pas ». Amélia en avait conçu un peu de rancune, mais elle ne s'en était pas étonnée : les grands ne comprenaient jamais les trucs les plus importants dans la vie des enfants. C'était comme si tout ceux qui ne dépassaient pas 1,50 mètre ne valaient rien. Ridicule.

« Père Noël, je suis Amy Pond. J'espère que je ne te dérange pas. Pâques est passé et je suppose que tu dois être très occupé déjà à tout préparer pour Noël. Je voulais te remercier pour les poupées et les crayons à colorier et j'espère que je suis sur la liste des enfants sages cette année encore. En tout cas, j'ai été aussi gentille que possible jusqu'à maintenant. Si je fais appel à toi, vois-tu, c'est parce que j'ai vraiment besoin d'aide. Il y a une fissure dans mon mur. Et ce n'est pas une fissure ordinaire. Elle est très, très bizarre. De temps en temps, il y a des voix qui viennent de l'autre côté. Alors si tu pouvais m'aider, je serais vraiment très contente. Mais si tu ne peux pas venir, si tu pouvais envoyer quelqu'un… un policier ou… »

Un bruit inconnu déconcentra Amy. Ça provenait de l'extérieur. Ce n'était certainement pas le traîneau et les rennes! Et quand un fracas se fit entendre pratiquement juste dans la cour, Amy se décida.

« Désolée, je reviens. » fit-elle poliment à son interlocuteur invisible.

Elle colla son nez contre la fenêtre après avoir écarté le rideau. À la place de sa cabane se trouvait une étrange boîte bleue, éclairée de l'intérieur, et qui fumait. C'était suffisamment inconnu et extraordinaire pour qu'Amy en déduise du haut de ses six ans que c'était la réponse à sa prière. Elle avait bien fait de s'adresser au Père Noël!

« Wow, merci! C'était rapide! » lui dit-il.

Elle glissa dans ses bottes, ajusta sa tuque et son manteau – sa tatie lui répétait constamment qu'il faillait s'habiller chaudement – et parti à la découverte de son sauveur.

Vue de près, la boîte était, de toute évidence, tombée sur le côté. Il y avait des lettres et même si Amélia était trop petite pour les lire, elle n'était pas stupide. Et soudain, le dessus de la boîte (enfin, le côté qui faisait face au ciel), se rabattit vers l'intérieur et un crochet en jaillit pour venir s'ajuster au rebord. Une sorte de crochet d'alpiniste. Et une tête suivit de peu le crochet. Amy ne recula pas quand l'homme – pas le Père Noël, mais peut-être l'un de ses assistants – escalada la boîte et la salua joyeusement.

« Hello! »

« Qui êtes-vous? » demanda prudemment Amélia.

Sa tatie lui avait dit de ne jamais parler aux inconnus, mais comme c'était l'envoyé du Père-Noël, elle avait droit à une dérogation. Et puis, si elle connaissait son nom, ce ne serait plus un inconnu et les choses pourraient s'arranger avec la fissure dans son mur.

L'homme se pencha sur le rebord de la boîte et aida une femme à sortir. Elle toussait un peu et tous deux portaient des marques de brûlures, des égratignures et leurs vêtements étaient pas mal déchirés. Amélia s'en fichait. Si on lui avait envoyé DEUX personnes pour l'aider, les choses devaient être plus sérieuses que prévues.

« Vous êtes qui? » redemanda-t-elle, un peu plus sèchement.

Après tout, ils avaient démoli sa cabane.

« Rose. » fit la femme en toussant encore.

« Vous êtes les amis du Père-Noël? »

Ils échangèrent un regard amusé. Ils avaient été pris pour beaucoup de choses depuis le début de leurs aventures, mais jamais encore pour ça.

« Je dis ça parce que vous n'avez pas du tout l'air de lui. »

« Il n'est pas un peu tôt pour le Père Noël? » demanda l'homme avec un clin d'œil.

« Je lui ai demandé de l'aide. Et vous êtes arrivés. C'est peut-être lui qui vous a fait venir? » suggéra Amélia avec espoir.

« Oh… Eh bien… »

« Peut-être » répondit Rose en donnant un coup de coude à l'homme au menton pointu.

« Super. Il faut que vous fassiez quelque chose pour la fissure dans mon mur. »

Le Docteur haussa un sourcil et se retint de proposer d'appeler un plâtrier. Il examina la petite fille, se pencha de tout son long sur elle sans qu'elle ne cille. Quand elle éternua à cause de l'odeur de fumée, le Docteur se décida et hocha la tête.

« Allons voir cette fissure… euh… comment t'appelles-tu? »

« Amélia Pond. »

« C'est un nom magnifique. »

« Ça sonne comme une princesse dans un conte de fées. » approuva Rose.

Elle rejeta une mèche de cheveux et effleura une bosse sur son front. Le Docteur remarqua sa grimace et demanda s'il y avait une trousse de premiers soins. Amélia les conduisit dans la salle de bain. Rose découvrit trois rouleaux de gaze dans la trousse métallique que le Docteur utilisa prestement sur les brûlures et plaies de sa compagne.

« Mais… et toi? »

« Je vais bien. Je vais toujours bien. »

Mais Amélia n'en n'était pas convaincue et réussit à coller un « band-aid » avec un imprimé fleuri sur la joue du Seigneur du temps avant qu'il puisse protester. Il se redressa un peu rapidement et accrocha la boîte métallique qui tomba avec fracas. Rose rentra la tête dans les épaules. Et s'ils avaient alerté les parents de la fillette? Expliquer pourquoi deux inconnus se trouvaient dans la maison n'allait pas être facile, même avec les papiers psychiques.

« Il ne faut pas vous en faire, il n'y a personne d'autre à la maison. » dit la petite rouquine.

« Quoi? Tes parents t'ont laissée toute seule? » s'exclama Rose.

« J'ai plus que ma tatie. » fit-elle en haussant les épaules. « Elle est sortie. »

« Tu sais, moi, je n'ai même plus de tatie. » dit doucement le Docteur.

« Eh bien, vous avez de la chance. » soupira-t-elle en pensant à tout ce que sa tatie ne comprenait pas.

« Et tu n'as pas peur, toute seule, dans cette grande maison? » demanda Rose.

« Non. »

« Non. » répéta gravement le Docteur. « Amélia Pond n'a peur de rien. Une boîte tombe du ciel, deux inconnus en sortent et ils envahissent sa salle de bain sans avertissement. Mais Amélia n'a pas peur. »

« Vous n'êtes pas dangereux. »

« Eh bien… Elle doit être terrible, cette fissure. » dit le Docteur.

Amélia frémit. Il n'y avait pas de mots pour la décrire.

Rose s'accroupit aussitôt devant elle, la recoiffant machinalement dans un geste rassurant : « Nous allons t'aider. Où est cette fissure? »

« Au second. Dans ma chambre. »