« Une pièce! » souffla la rouquine en uniforme. « Une sixième pièce? Pourquoi est-ce que je ne l'ai jamais vue? »
« Filtre de perception. Quelqu'un est venu ici et a installé le filtre de perception pour ne pas que vous le remarquiez. Maintenant, vous me libérez »
« Mais c'est une pièce entière? Comment une pièce entière peut disparaître? » chuchota la policière en faisant malgré elle un pas en avant.
« Ne vous approchez pas de cette pièce et libérez-moi. »
« Je n'ai pas la clé. » répondit-elle distraitement.
« Quoi? Mais comment pouvez-vous avoir perdu la clé? Enfin, je ne peux pas dire que ça ne m'est jamais arrivé alors je ne peux pas vous blâmer. Mais ça ne m'est jamais arrivé avec quelque chose d'important! Enfin, si une fois. Non, deux. Mais ce que je veux dire, c'est… Hey, j'ai dit ne pas approcher de cette pièce! »
« Je veux juste jeter un coup d'œil. » dit-elle tout aussi distraitement.
« Attendez au moins les renforts! » s'écria le Docteur en essayant en vain de glisser son poignet de la menotte.
« Il n'y a pas de renforts. »
« Quoi? Mais je vous ai entendue… Arg…. Mon tournevis. Avez-vous vu mon tournevis? Vous ne l'auriez pas volé, non? Emprunté? Saisi? Brisé? Non, non, non, ne me dites pas, vous avez essayé de l'utiliser en même temps qu'un sèche-cheveux! Oh, mon pauvre tournevis. Éloignez-vous de cette pièce, ne posez pas un doigt sur la poignée.
La policière tourna la poignée. Ce n'était pas verrouillé.
« Au moins, attendez-moi avant d'entrer! N'y allez pas toute seule! »
La policière franchit le seuil pendant que le Docteur ruminait à propos du langage à employer pour se faire obéir pour des commandements simples comme 'ne bougez pas','attendez-moi ici sans vous faire remarquer' ou bien 'n'allez pas là'.
« Est-ce qu'un jour on prêtera attention à mes paroles sans que ce soit la fin du monde? » grommela-t-il tout en revérifiant que ses poches ne dissimulaient pas son précieux outil. « Vous êtes sure de ne pas avoir vu mon tournevis? Métallique avec des boutons. »
« Et une extrémité bleue? » demanda la policière.
« Oui! C'est ça! Rendez-le moi, s'il-vous-plaît. Je vous jure que je ne l'ai pas volé ou emprunté ou loué en oubliant de le rapporter. »
« Comment est-il arrivé là? » dit-elle toujours depuis l'autre pièce.
« Il a dû rouler sous la porte quand vous m'avez assommé. » rétorqua-t-il un peu impatiemment .
« Bien sûr… puis il a escaladé la table pour attendre bien tranquillement. »
Le Docteur n'avait pas besoin de réfléchir longuement : « Sortez de là. SORTEZ DE LÀ TOUT DE SUITE! »
« Je sens… on dirait qu'il y a quelqu'un. Mais… mais je ne vois personne! »
Le Seigneur du temps était aussi tendu qu'une corde de piano. Il détestait ne pas savoir qui avait installé le filtre de perception - Prisonnier Zéro donnait peu de caractéristiques sur l'espèce - et un danger qu'il affronterait avec un simple haussement de sourcil pouvait s'avérer mortel pour une race moins développée comme les humains. Mais en même temps, ses vieux réflexes jouèrent. Quelqu'un qui avait envie d'explorer l'inconnu et d'affronter l'impossible méritait un peu d'aide : « Juste du coin de l'œil. » dit-il doucement.
La jeune fille cria et revint vers lui à toute vitesse après avoir claqué la porte. Dans son mouvement, elle se prit les pieds dans le manche d'un balai qui avait été carré contre une porte, et Rose trébucha sur elle. En voyant le tournevis sonique dans les mains d'une inconnue, Rose le lui arracha et le lança au Docteur qui essaya d'ouvrir les menottes.
Pendant que Rose se redressait et incitait la policière à se reculer, les contours de la porte s'éclairèrent violemment.
« Qu'est-ce que c'est? »
« C'est… un monstre? Je n'ai jamais rien vu de plus laid de ma vie! »
« Un monstre, d'accord. Quel genre de montre? Grand? Gros? Gluant? Poilu? Avec combien d'yeux? Il avait une odeur particulière? » dit Rose avec professionnalisme.
La rouquine ouvrit des yeux ronds.
« S'il-vous-plaît. » dit Rose avec patience. « C'est important. »
« Il… Ça a des dents! Plein de dents! »
Le grésillement bizarre du tournevis sonique alerta Rose : « Qu'est-ce que vous avez fait avec votre tournevis? Il n'a plus le même son… Beurk, c'est quoi, cette odeur? »
« Bave de monstre. Et le mécanisme est enrayé. Elle n'a pas la clé. » dit le Docteur en agitant le petit outil cassé.
Rose leva les yeux au ciel, avança jusqu'au radiateur. Elle tourna le dos au Docteur : « Mademoiselle, c'est votre radiateur? »
« Oui. »
« Désolée alors. »
Elle donna un coup de pied et le tuyau de côté se tordit, libérant le Docteur, qui lui décerna un regard de reproche.
« Oui, je sais, c'est une méthode agressive. Mais ça n'a fait de mal qu'à un pauvre radiateur. » protesta Rose, plutôt satisfaite de sa solution.
« MON radiateur. » grogna la policière.
« Il vous le réparera. »
« Hé! »
« Si vous savez réparer un Tardis, vous pouvez aussi bien réparer un radiateur, non? Ce n'est certainement pas hors des compétences du Docteur. »
« Je… »
« Excusez, mais il y a un monstre dans une pièce qui n'existait pas il y a cinq minutes et j'aimerais savoir pourquoi vous avez déboulé chez moi et… et qui êtes-vous, bon sang? »
« Oui, c'est vrai : un monstre. Mais un monstre n'est qu'un monstre tant qu'on ne sait pas ce que c'est. Il est probablement aussi effrayé que vous l'êtes. » dit le Docteur.
Un grognement précéda une série de coups et de griffures à la porte.
« Ou peut-être pas. » murmura Rose.
« Elle va tenir? » demanda en tremblant la policière.
« Ne soyez pas stupide. Pas ce type de bois. Si encore vous aviez des moulures en cèdre de Korlatha ou bien… ou bien si le vernis était fabriqué à partir d'huile de chêne… Nan, ça ne fonctionne que pour un lycanthrope entraîné… Humm…. Nope, actuellement, votre porte de bois est une simple porte de bois. Désolé. »
« Il faudrait peut-être mettre un peu de distance entre lui et nous alors. »
« Qui vous dit que ce n'est pas une 'elle'? » demanda le Docteur.
« C'est le Prisonnier Zéro. Je crois qu'il aurait dit 'prisonnière' dans le cas contraire. » rétorqua Rose.
« Oh. Oui. Juste. C'est vrai. Eh bien, je n'ai pas envie de partir tout de suite. J'adore faire de nouvelles rencontres. »
La porte éclata vers l'extérieur et un homme - un homme tout à fait ordinaire - se tenait à côté de son chien - un chien tout à fait ordinaire - et les deux êtres tout à fait ordinaires les fixaient. Le Docteur eut un large sourire.
« Hello. Alors on a choisi un costume double aujourd'hui? »
« Quoi? » souffla la policière.
« Regardez-les bien. C'est votre monstre. » dit le Docteur
« Non, il ne ressemblait pas à ça. »
« Il s'est habillé. »
Ils observèrent les visages de l'homme et du chien et, curieusement, alors que le chien était calme, une lueur - une lueur presque ordinaire - brillait dans celui de l'inconnu et il… il grognait.
« Un seul être, mais deux corps. Il a un peu inversé les têtes. C'est le chien qui devrait grogner. » lança le Docteur. « Voilà ce que ça donne d'aller trop vite. »
L'homme au chien s'avança et Rose se mit devant la policière.
« Il ne se laissera pas attaquer par un coup de pied, Rose. » prévint-il. « Il vaut mieux attendre que les renforts policiers arrivent. »
« Il n'y a pas de renforts. » souffla la jolie rouquine.
« Quoi? »
« Je n'ai pas appelé de renforts. » répéta-t-elle.
« Ne soyez pas stupide, je vous ai entendue… » il saisit la radio accrochée à l'épaule de la jeune femme, démonta le couvercle d'une pichenotte et soupira. « C'est un faux. Pourquoi est-ce que vous vous promenez avec un faux? »
« Parce que je ne suis pas policière, je suis bisougramme. » lança-t-elle avec exaspération en lui lançant la casquette d'un geste vif.
« Un quoi? »
PRISONNIER ZÉRO DÉTECTÉ. LE PRISONNIER ZÉRO DOIT ÉVACUER LA RÉSIDENCE SINON LA RÉSIDENCE SERA DÉTRUITE. PRISONNIER ZÉRO DÉTECTÉ. LE PRISONNIER ZÉRO DOIT ÉVACUER LA RÉSIDENCE SINON LA RÉSIDENCE SERA DÉTRUITE.
« Et si nous allions prendre l'air? » proposa Rose.
« Il nous bloque le passage. » rappela la fausse policière.
Mais l'homme au chien s'était éclipsé dans une autre pièce et observait l'extérieur avec intérêt tout en aboyant férocement.
« Je propose de courir. » dit le Docteur.
« J'adore ça. » dit Rose en lui prenant la main.
Elle saisit celle de la jeune fille et ils dévalèrent les escaliers en trombe.
« Un bisougramme? Pourquoi vous déguisez en policière? » jeta le Docteur en se dirigeant vers le Tardis.
« Vous avez pénétré chez moi par effraction! Je n'allais pas rester en robe de chambre! »
« Pourquoi ne pas avoir appelé la police? »
« Nous sommes à Leadworth. La police prendrait 10 000 ans avant d'arriver. Je me suis débrouillée. »
« Quel sang froid. » complimenta Rose.
Le Docteur essaya d'entrer dans le Tardis, mais le verrou ne joua pas et un étrange filet de fumée verte s'échappait d'entre les deux battants.
« C'est normal? »
« Oui. Non. Oui, mais… Oh, ce n'est pas juste! Tu ne peux pas me faire ça, j'ai besoin de toi! » cria le Docteur à la boîte bleue.
« Nous allons nous débrouiller. » dit Rose avec calme.
Il avait fallu des années avant que le morceau de Tardis que le Docteur leur avait donné aboutisse à une véritable machine à voyager dans le temps et Rose avait appris un ou deux ficelles. Ne pas avoir de Tardis n'était qu'une donnée et pas un désavantage.
« Je sais bien, mais… »
Elle croisa les bras avec un sourire et il retrouva sa bonne humeur pratiquement instantanément : « Yep, nous allons nous en sortir. Il y a toujours un moyen de s'en sortir. Allons-y! »
Il buta contre la cabane de jardin.
« Une seconde. La cabane. Elle n'était pas là lors de ma dernière visite. »
« Vous l'avez écrasée. » dit la fausse policière.
Avant que Rose puisse demander qui le lui avait dit, le Docteur lécha la peinture de la cabane. D'accord, il n'avait pas changé. Ses méthodes de tests étaient toujours aussi buccales.
« C'est vieux. Très vieux. Plus de six mois. Plus de six ans. Et cette cabane avait été réduite en morceaux la dernière fois. Ne mentez pas : combien de temps s'est-il passé depuis ma dernière visite? C'est important! Vous saviez pour la cabane détruite! Dites-moi pourquoi vous avez dit que vous habitiez ici depuis six ans? »
« Et pourquoi avez-vous dit que vous reviendriez au bout de cinq minutes? » cracha la jeune fille rousse.
Je le savais, pensa Rose, il a remis ça. Elle se pinça l'arrête du nez en retenant un soupir.
« Amélia Pond? » dit le Docteur avec effroi.
PRISONNIER ZÉRO DÉTECTÉ. LE PRISONNIER ZÉRO DOIT ÉVACUER LA RÉSIDENCE SINON LA RÉSIDENCE SERA DÉTRUITE.
« On s'en va. » ordonna Rose en jetant un coup d'œil par-dessus son épaule.
L'homme au chien les regardait toujours et les « nouvelles rencontres » pouvaient attendre qu'ils soient en sécurité.
PRISONNIER ZÉRO DÉTECTÉ. LE PRISONNIER ZÉRO DOIT ÉVACUER LA RÉSIDENCE SINON LA RÉSIDENCE SERA DÉTRUITE.
Rose et Amélia entraînèrent un Docteur désarçonné hors du jardin.
