Si on se réfère à l'épisode, ce chapitre ne devrait pas exister. On pourrait dire qu'il s'agit de la pause publicitaire entre le départ du Tardis et son retour (ha ha). C'est la présence de Rose et sa réaction aux événements ainsi que l'envie de découvrir un tout petit peu ce qui s'était passé dans la tête d'Amy qui m'ont fait écrire.

Promis, le prochain chapitre revient vers l'épisode diffusé. Enfin… avec la présence de Rose.

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À la tombée de la nuit, Amy renvoya Rory chez lui, expliquant que c'était une affaire de filles entre Rose et elle et que l'hôpital voulait probablement des explications sur les événements du service de neurologie.

« Tu veux dire que tu me laisserais me débrouiller pour inventer une explication? » fit-il avec un peu d'inquiétude. « Mais je pensais que cette Rose… que… »

« Elle n'est pas dans son état normal pour le moment. Et c'est toi, l'infirmier. » ajouta-t-elle en l'embrassant.

Il rougit - probablement jusqu'aux orteils - et partit, non sans avec enlacé maladroitement la jeune femme. Elle s'était blottit contre lui, se souvenant qu'il ne l'avait pas abandonnée et qu'il avait l'intuition, depuis le début, que les patients comateux avaient quelque chose de bizarre. Sans lui et sans les photos qu'il avait prises…

Amy revint dans le jardin posa une épaisse veste de laine sur les épaules de Rose. La jeune femme n'avait pas bougé du jardin et n'avait plus dit un mot. Elle fixait l'endroit d'où le Tardis avait disparu, tripotait les plis d'un manteau marron déchiré et brûlé. Elle ne pleurait pas non plus. Et c'était probablement ce qui mettait Amy dans tous ses états, car elle avait fait de même douze ans plus tôt. Le mélange de colère, de tristesse et d'incompréhension lui était trop familier.

Il n'y avait rien à dire pour la consoler ou la faire espérer. Le Docteur reviendrait, pensait Amy, mais quand? Il lui avait fallu douze ans la première fois. Est-ce Rose l'attendrait aussi longtemps? Elle jeta un coup d'œil timide vers la femme qui n'avait toujours pas changé d'expression - elle aurait aussi bien pu être une statue - et su instinctivement qu'elle l'attendrait toujours. Est-ce qu'elle-même ne l'avait pas attendu aussi, d'une certaine façon? Il lui avait suffit une demi-heure pour s'incruster dans son cœur d'enfant. Combien de temps Rose avait-elle eu?

Amy n'osa pas l'abandonner dans le jardin. Elle finit par s'assoupir sur la balancelle. En se réveillant, elle batailla avec un assortiment de couvertures, de plaids et de vestes que Rose avait empilés sur elle. Elle rentra et la découvrit en train de préparer le déjeuner.

« Salut. » fit la rouquine.

« Hello. » fit la blonde.

Rose déposa deux toasts dans une assiette et la lui tendit : « Je pense qu'il faut qu'on discute. »

« Je le pense aussi. »

« Je vais attendre le Docteur. Je ne peux pas partir. Je me demandais… »

« Je ne pars pas non plus, c'est ma maison! » interrompit Amy.

« Bien sûr que tu ne pars pas. » dit rapidement Rose. « Mais… est-ce que je peux rester? Et rester jusqu'à ce qu'il revienne? »

Amy prit le temps d'avaler la moitié d'un toast, mais ricana malgré elle : elle n'avait jamais mangé de toast confiture de fraises et tranches de bananes. Ce n'était pas mauvais. Rose remarqua sa moue amusée : « Oh… désolée, c'est… c'est ce qu'il aime bien manger, lui. Je pense que je suis trop habituée à ses manies. »

Le cœur d'Amy se serra. Rose attendrait le Docteur. Si elle avait pu l'attendre dans le jardin, sans bouger, sans manger, sans respirer, sans vieillir, sans changer, elle l'aurait fait. Mais des deux, c'était lui qui avait la machine à voyager dans le temps…

« Tu ne pourrais pas lui passer un coup de fil? »

« Je n'ai plus son numéro. Et peu importe où et quand il est parti, il reviendra tout de suite ici. De son point de vue, il ne sera écoulé que deux minutes. C'est inutile de faire un coup spectaculaire comme son message planétaire pour attirer son attention. Il est déjà 'en train' de revenir. »

Rose ferma les yeux. Il reviendrait et elle pourrait le revoir, lui parler, le toucher, l'enlacer. Il le fallait. Parce que s'il revenait et qu'elle était morte de vieillesse, il ne se le pardonnera tout simplement pas. Mais il fallait tout de même établir des plans pour tous les 'si jamais' possibles.

« J'ai des idées pour passer le temps. Et d'abord, je dois communiquer avec Bill Gates. Il doit avoir noté l'utilisation de ses codes. Et je vais devoir jouer serré. Dans cette dimension, je suis supposée être morte. Je ne peux pas me présenter à Torchwood… je veux dire, à ceux qui pourraient comprendre la situation et me fournir une nouvelle identité et tout le tremblement parce que cela risque de modifier la continuité temporelle. Je ne peux pas me créer une autre identité. Je dois être invisible. En plus… »

En plus, elle ne quitterait pas cette maison ou le jardin. Elle n'osait pas s'éloigner.

« Je sais que dans 48 ans, un vaisseau Tagabshich doit passer et je sais qui est intéressé à obtenir l'information, un signal d'embarquement et l'occasion de retourner sur sa planète natale. Ça résoudra le problème de Microsoft et ça donnera le temps à ce cher Bill de vieillir et de 'mourir' dignement. »

« Il serait capable d'attendre 48 ans? » s'exclama Amy.

« Oh et même trois fois ça. » dit Rose. « Les Tagabshich vivent à peu près 600 ans et celui-là est très nostalgique. Il accepterait mon offre même s'il s'agissait uniquement d'y retourner pour une journée. Ils ont une relation quasiment symbiotique avec leur planète. » expliqua-t-elle.

Rose but une gorgé de café et mordit dans un toast.

« Je vais lui proposer l'information en échange de sa coopération pour éviter de paralyser à nouveau tout le réseau mondial, mais je vais garder les mots de passe. On ne sait jamais. » dit-elle avec un petit sourire d'exaspération.

« Ce n'est pas comme si des aliens débarquaient à tout bout de champs. »

« Eh bien… Depuis les Daleks, les gens sont probablement un peu plus alertes. » répliqua Rose en buvant une nouvelle gorgée de café.

« Les quoi? » fit Amy en fronçant les sourcils.

« Les Daleks… Ceux qui ont déplacé la planète et les 26 autres… » expliqua nonchalamment la jeune femme.

« Déplacé la planète? » fit Amy qui ne savait toujours pas de quoi il s'agissait. « Déplacé… la Terre? Mais comment peut-on déplacer une planète? »

« Mais allons, tout le monde en a parlé. Même si vous étiez dans le coma, vous avez dû en entendre parler depuis. » fit-elle avec un clin d'œil.

Mais l'air intrigué et stupéfait de Rose la fit se taire. Leadworth avait beau être un minuscule village, il n'était pas coupé du reste de l'univers! Comment Amy pouvait-elle ignorer? Rose retint un sourire : elle n'avait pas résolu un mystère depuis douze heures qu'un autre lui tombait dessus. Le Docteur et elle n'avaient pas l'habitude d'attendre que les problèmes les trouvent, ils fonçaient bille en tête dans toutes les aventures.

Le Docteur.

Elle pinça les lèvres. Le toast avait perdu sa saveur. Elle contempla silencieusement les bananes. Elle était capable de sauver le monde toute seule - elle l'avait déjà fait - mais de savoir que certains petits gestes avaient temporairement - pitié, que ce soit temporaire, pitié, pitié - perdu leur signification, lui tordait l'estomac. Elle l'avait déjà perdu une fois et s'était raccrochée au projet du canon temporel pour ne pas plonger dans la dépression. Cette fois, elle ne pouvait RIEN faire d'autre qu'attendre. Il reviendrait, c'était certain, mais pas tout de suite.

Elle devina l'inquiétude d'Amy dans un nouveau froncement de sourcils : « Ça va aller. Ça va. »

Rose se força à finir son déjeuner malgré son soudain manque d'appétit.

Dans les jours suivants, avec l'aide d'Amy et de Rory, Rose s'installa dans ce qu'elle appelait son attente invisible. Elle communiqua discrètement avec Bill Gates et reçu avec surprise son cadeau de remerciement, qui lui permit de rester dans l'ombre et de rester connectée secrètement à toutes les informations pas tout à fait terriennes. Quand elle le pouvait, elle partageait des informations avec ceux étaient en position de faire quelque chose de positif. C'est de cette façon qu'elle apprit que Mickey et Martha s'étaient mis à leur compte pour chasser les aliens dangereux. Amy fut ravie d'apprendre enfin quelque chose de la part de sa colocataire.

Amy lui posait quantité de questions, mais Rose y répondait rarement. Amy n'était pas la seule à avoir oublié les Daleks, les planètes volées et quantité d'autres choses comme le vaisseau Sycorax ou la chute du Titanic spatial sur le palais royal. Par précaution, Rose ne corrigeait pas les erreurs ou les omissions. Elle fouillait plutôt les réseaux, cherchant des traces de ces événements. Aucune image du vaisseau Sycorax, aucun rapport sur les planètes volées, aucune mention sur le tremblement de terre planétaire qui avait accompagné le retour à sa position astronomique, rien concernant le Titanic. Même sous la force d'une blague ou d'un montage vidéo, il n'y avait rien.

Elle avait promis à Amy certaines réponses, mais seulement en présence du Docteur. C'était lui qui lèverait ou non le secret qui planait sur tous ces événements. Quand elle s'impatientait trop et que Rory ne savait plus quoi sortir comme argument, Rose leur parlait un peu du Docteur et du Tardis. Elle raconta en partie sa vie avec Jackie, Pete et Tony, son petit frère.

Une fois, elle laissa échapper qu'elle était mariée. Enfin presque. Amy avait sauté sur l'occasion de la questionner à nouveau sur le Docteur, car il ne faisait aucun doute que, si Rose devait épouser quelqu'un, ce ne pouvait être que lui.

« Nous ne sommes pas mariés, mais c'est tout comme. Et ce n'est pas le Docteur, mais… »

« Comment ça 'pas le Docteur' ? » avait lâché Amy.

« C'est compliqué. Son… son frère… en quelque sorte. »

« Il a un frère? Je pensais qu'il était le dernier de sa race? Tu as dit… »

« Je sais ce que j'ai dit, mais c'est compliqué. »

« J'espère que ce n'est pas un clone » grommela Amy. « Il ne manquerait plus que ça : pouvoir cloner celui qu'on aime et se l'attacher comme un animal familier. »

Rose manqua s'étouffer.

Et les mois passèrent.

Lorsqu'il neigea à Noël, ce qui n'était pas une innovation particulièrement frappante pour Amy, Rose passa des heures dehors, dans le froid, sans explication, avec un sourire mélancolique sur les lèvres. Amy et Rory s'embrassèrent sous le gui. Le jeune homme était officiellement son petit ami.

À l'été, Rose reçut enfin la commande qu'elle avait passée par Internet et chargea Amy de récupérer le paquet, n'osant pas le faire livrer. Le voisinage notait le moindre changement et savait tirer des informations des livreurs avec plus de dextérité que Torchwood et un sérum de vérité.

« Est-ce que ça a vraiment pris six mois pour recevoir cette commande? »

« J'ai dû tout faire faire sur mesure à partir des… retailles. » dit Rose en retirant le plastique protégeant un long manteau marron.

« Ah! Je me demandais où tu l'avais rangé! Et… oh! Tu lui as trouvé un nouveau costume? Mais… est-ce qu'il ne préférerait pas avoir une autre couleur? »

« Surtout pas. » dit doucement Rose en flattant les plis du tissu rayé. « Il adore le bleu. »

Le tissu était introuvable, le patron à refaire à partir de sa mémoire, le manteau si déchiré et puant la fumée (et une fumée pas tout à fait ordinaire s'il fallait le mentionner) qu'il avait fallu en fabriquer un nouveau. Rose avait passé en revue des centaines d'échantillons pour retrouver exactement les bons tissus, les bons motifs, les bonnes textures.

Elle suspendit le manteau et le costume trois pièces sur un seul cintre, comme s'il ne manquait qu'un corps pour leur donner du volume. Chaque fois qu'elle frôlait l'espèce de mannequin, elle souriait. Amy ne faisait pas de commentaires.

Et les mois continuèrent à s'écouler.

Amy et Rory étaient de plus en plus proches. Il fut question un moment qu'il emménage, mais Amy trouvait la maison trop vaste, trop pleine de regrets, d'espoirs et d'attente qui n'étaient pas tout à fait les siens. Elle n'en voulait pas à Rose, mais elle ne pouvait pas attendre toute sa vie un être extraordinaire venu d'ailleurs. Elle avait Rory et c'était tout aussi bien.

Rose continuait d'attendre, surnaturellement patiente et calme. Elle écrivait beaucoup et finit par expliquer à Amy qu'il s'agissait de lettres. S'il revenait en retard, très en retard, il pourrait les lire et comprendre qu'il n'avait pas à se sentir coupable. Il comprendrait qu'elle n'avait pas abandonné son double, qu'il lui faudrait envoyer un message, dans l'autre dimension, pour le prévenir. Ça, Rose ne le révéla pas à Amy. C'était suffisamment compliqué avec une seule dimension.

« Tu ne lui en veux pas? »

« Il est en train de revenir. » dit simplement Rose en se remettant à écrire.