Chapitre XVI : Ce que j'appelle « Nous »
Les jours s'écoulèrent doucement, reprenant leur routine habituelle. Roxas et Axel travaillaient la semaine chacun de leur côté, se croisaient parfois à la Shinra, échangeant de temps en temps quelques précieuses minutes grâce à la complicité toujours discrète de Naminé.
Ils se voyaient souvent, partageant leurs soirées et leurs weekends, Axel étant malgré tout toujours contraint de s'éclipser les samedi et dimanche soir pour tenir compagnie à Ruby, à qui il cachait soigneusement la façon dont il passait son temps libre.
Les feuilles commencèrent à prendre leurs couleurs ocre et bordeaux, teintant le paysage de couleurs féeriques. Roxas découvrit de nouveaux endroits en compagnie d'Axel. Jamais l'automne ne lui avait paru être une si belle saison.
Le mariage fut repoussé deux fois par Ruby, pour des raisons administratives. Le stress enduré par Roxas à l'approche de la première date provisoire avait atteint des pics vertigineux, et le premier report apparut comme un miracle tombé du ciel pour le jeune homme, qui n'était apparemment pas du tout prêt, et qui suspectait fortement son compagnon de l'être encore moins que lui.
A l'annonce du deuxième report, le blond commença à se demander si Ruby n'avait pas finalement changé d'avis, mais une nouvelle date fut bel et bien fixée. Les anneaux dorés qui étaient fort heureusement restés vierges jusqu'alors furent frappés de la date du vingt-cinq novembre.
Drôle de date pour un mariage, songea-t-il en observant les arbres se dénuder derrière sa fenêtre.
Axel avait commencé à ramener du bois pour pouvoir allumer son feu ouvert, ce qui fit le plus grand bonheur de Roxas qui adorait se prélasser devant les flammes dansantes avec un bon chocolat chaud, de préférence en sa compagnie.
Plusieurs boîtes en carton jonchaient ici et là dans la maison, emplis de diverses affaires que le roux allait bientôt déménager dans la demeure de Ruby, où il vivrait à ses côtés après la date fatidique. Même si le cœur de Roxas se serrait à la vue de ces bagages, il supportait en silence, se raccrochant comme à une bouée à la promesse qu'Axel lui avait faite, et qui avait été tenue jusque-là.
Axel avait judicieusement réfléchi à la façon dont ils allaient contourner le problème dans le futur, et avait fini par intégrer lentement mais sûrement Roxas dans son environnement de travail. Au début incertain, il avait finalement accepté de participer à la manœuvre qu'avait imaginée son compagnon en « l'engageant » pour diverses tâches de préparation de salle. Grâce à l'appui de Tifa, Ruby n'eut d'autre choix que d'accepter la proposition d'Axel qui vanta les qualités de travail du jeune homme, qui avait par ailleurs fait ses preuves lors de la soirée de leurs fiançailles.
Ainsi, Roxas se mit à travailler certains soirs et weekends en compagnie d'Axel, ce qui ne fut pas pour le déplaire. Il était avec celui qui comptait le plus à ses yeux, et il était payé pour ça.
Tifa était contente de pouvoir compenser en partie le sacrifice d'Axel, et félicitait vivement Roxas pour son travail, qui lui tenait d'ailleurs beaucoup à cœur. De son côté, le jeune homme était plus qu'heureux de pouvoir partager autant de temps avec son compagnon, et n'hésitait pas à prendre congé à la Shinra lorsqu'on avait besoin de lui.
Son acharnement au travail ne fut pas sans étonner Ruby, et la façon donc Axel parlait de lui alors qu'elle l'assommait de questions ne faisait qu'attiser sa curiosité. Qu'avaient-ils donc tous avec ce simple employé ? Qu'avait-il de si exceptionnel, qui pouvait autant retenir l'attention de ses collaborateurs ?
A ses yeux, leur proximité ne faisait qu'accroître, les rendant presque inséparables. Et ce fut sans grand étonnement qu'Axel lui annonça que Roxas serait son témoin lors de leur mariage.
- « Le temps passe tellement vite. »
Roxas souleva la page du calendrier qui annonçait le début du mois de novembre. Sans prévenir, deux bras chaleureux entourèrent sa taille, alors qu'il observait le cercle rouge qui entourait le chiffre 25.
Un baiser chaud fut déposé dans son cou, suivi par la douce caresse des cheveux de feu qu'il ne connaissait à présent que trop bien.
Après de longues réflexions, discussions, et même une violente dispute avec Axel, il avait finalement accepté d'être son témoin. Il serait aux premières loges pour assister à la promesse de fidélité et d'amour qu'Axel allait faire à Ruby. Ô joie.
Quand au principal intéressé, il était aux anges. Il avait même fait la honteuse réflexion à Roxas qu'il ne le regretterait pas, et le jeune homme se demandait bien comment il comptait honorer cette promesse.
- « Tu viens ? J'ai allumé le feu et j'ai préparé le DVD », souffla le roux, près de son oreille, en resserrant son étreinte.
Il n'attendit pas la réponse du blond pour l'entraîner à reculons vers le fauteuil moelleux où les attendait déjà une couverture.
La vie avec Axel était calme et agréable, prévisible, diront certains, mais Roxas avait vécu assez d'imprévus pour une bonne dizaine d'années. Il était un compagnon de vie attentionné et fidèle, ce qui paraissait très décalé par rapport à sa situation… Roxas connaissait ses amis, sa famille, et s'était intégré dans son petit quotidien sans aucun mal. Seule la date en rouge sur le calendrier agissait comme un rappel à l'ordre : Axel n'était pas à lui, et ne le serait probablement jamais… officiellement parlant. Car, pour l'heure, c'était sa place, et il la défendrait toutes griffes dehors, même contre Ruby.
- « Cette maison va me manquer. » soupira le blond en se blottissant sous la couverture, dans les bras de son amour. « Je commençais à me sentir chez moi ici. »
Axel resta pensif un moment, conscient que son foyer était, par la force des choses, devenu leur foyer au fil du temps. Une brosse à dents avait pris place aux côtés de la sienne, et ses vêtements se battaient dans la penderie contre quelques pulls, pantalons et pyjamas que Roxas y laissait. Ses draps ne sentaient plus seulement le chèvrefeuille, mais était mélangé à cette odeur si discrète et attachante que laissait derrière lui son amant.
La maison elle-même avait changé de figure au fil des semaines, s'imprégnant peu à peu de l'essence de Roxas.
- « Tu pourrais peut-être… emménager ici ? »
Axel prononça ces mots de façon incertaine, posant lui-même une question à Roxas plutôt que de lui apporter une véritable solution. Était-il seulement sérieux dans ses propos ?
Le blond se contenta de secouer la tête en souriant.
- « Je ne saurais pas. Il vaut mieux que je garde mon indépendance, ce sera moins difficile. De plus, tu m'avais promis que rien ne changerait pour nous, alors laissons les choses comme elles sont. »
La discussion tourna court sous le ton catégorique du blond. Axel aurait bien aimé au fond de lui qu'il accepte sa proposition. Egoïstement, savoir le jeune homme ici pendant qu'il ne serait pas là le rassurerait, mais n'était ce pas une pensée malsaine de vouloir simplement le placer ici, dans sa maison et sous sa surveillance, comme s'il appartenait à lui seul ?
Les dernières flammes crépitaient doucement dans l'âtre alors que le générique de fin défilait doucement sur l'écran de télévision, illuminant d'une faible lumière la pièce à présent plongée dans le noir.
Etonnement pour Roxas, les films duraient toujours trop longtemps, et il finissait toujours par s'en lasser, se trouvant d'autres préoccupations intéressantes, comme allonger son compagnon sur le sofa et le faire ronronner de bien-être sous des caresses expertes et habiles, par exemple.
Enveloppés dans le plaid bien chaud, les deux amants se redécouvraient l'un et l'autre dans un de ces rares moments de complicité où ils pouvaient se permettre de ne penser qu'à ne se lassait pas d'offrir mille et un baisers à Axel, du creux de son cou, en passant par sa mâchoire anguleuse, jusqu'à ses lèvres entrouvertes par le manque d'air qui commençait doucement à se faire ressentir alors que ses mains parcouraient le torse de son amour depuis plusieurs minutes déjà.
Il ne se lassait pas de voir les réactions d'Axel. Et Axel ne se lassait pas de ce que Roxas voulait lui apprendre, en réveillant des sens qu'aucune femme n'avait encore su apprivoiser de cette façon.
Ils échangèrent un baiser fiévreux avant que le roux n'écarte doucement Roxas en lui caressant le bas de sa nuque.
- « Hey… Roxas, tu ne devrais pas faire ça maintenant… »
Le blond fit la moue, agacé d'être interrompu dans son élan, mais il connaissait très bien les raisons qu'avait Axel de le calmer de la sorte. Après tout, il devait partir rejoindre Ruby à un cocktail dans moins d'une heure, et ce n'était pas vraiment le moment pour… oh et puis zut.
Un sourire étrange traversa un instant le visage de Roxas, mais Axel n'eut pas le temps d'émettre ne fusse qu'une réflexion que le jeune homme avait déjà rabattu la couverture sur leurs deux corps enlacés, et saisit les douces lèvres en-dessous de lui qui l'accueillirent avec surprise, avant de se laisser de nouveau envoûter par ses mouvements voluptueux.
Quand ils se séparèrent de nouveau, le souffle court et les yeux embués, Axel l'observa longuement, distinguant à peine les deux billes bleues dans le noir qui les entourait, il le questionna du regard.
Roxas glissa doucement ses lèvres le long de son oreille et lui murmura quelques mots tout bas avant de disparaître sous la couverture.
Ils avaient encore un peu de temps, tant pis si Axel devait courir pour rejoindre Ruby.
Montre-moi que je compte plus qu'elle.
Le moteur de la Fox ronronnait devant l'appartement de Roxas alors que les deux amants se séparaient sur le perron de la porte.
- « Tu pouvais rester chez moi, tu sais. Je ne comptais pas rentrer tard. » Rappela Axel avant d'embrasser le front de son amour.
- « Ca ira. Profite de ta soirée, ne te tracasse pas pour moi. » Souffla doucement Roxas, les joues encore rosées par les câlins partagés quelques instants plus tôt.
Axel était déjà largement en retard, mais aucun des deux ne s'en souciait vraiment. Après tout, cela en valait la peine…
Les bras du plus jeune enlacèrent son cou, ses lèvres se rapprochant doucement pour un dernier baiser. Leurs souffles se mélangèrent agréablement, leurs nez se frôlèrent en une caresse.
Rien n'était plus doux et plus déstabilisant que les baisers de Roxas, songea paisiblement le roux, scellant leurs bouches avec amour.
La séparation fut douloureuse, comme à chaque fois.
Roxas ne lâcha sa main qu'au dernier moment, comme un rituel.
Il détestait ces moments, ces soirées où il le quittait pour la rejoindre, où elle le privait inconsciemment de la compagnie de celui qui l'aimait.
Mais il l'avait accepté, et aussi dur que cela fût à chaque fois, il était sûr de pouvoir finir par s'y habituer.
Déjà, ces échanges ne provoquaient plus la tristesse d'autrefois.
Roxas passerait sa soirée seul, ou avec la compagnie de Naminé. Il regarderait un film, jouerait avec Aya, lirait un livre dans son lit.
Axel lui manquerait bien sûr, mais il le supporterait.
De toute façon il n'avait pas le choix.
Il était inutile qu'il déprime alors qu'Axel allait probablement passer une bonne soirée.
C'était totalement ridicule, n'est-ce pas ?
Roxas soupira en regardant Axel monter dans sa voiture
Il allait rencontrer des connaissances à lui, peut-être son cousin traînerait-il également dans les parages, les deux rouquins s'étant plus umoins raccommodés depuis la fameuse soirée où ils étaient restés en froid.
Roxas avait toujours gardé en tête la petite discussion qu'il avait eu avec Reno, sans jamais toutefois oser en parler avec Axel. Il attendait le moment propice pour en parler, mais il ne voulait surtout pas laisser supposer qu'il n'avait pas confiance en Axel.
Une relation assez étrange unissait les deux cousins. Partagé entre amour et haine, ils semblaient toutefois ne pas pouvoir se passer l'un de l'autre. Reno s'arrangeait toujours pour savoir où Axel devait se rendre lors de soirées mondaines et cocktail en la compagnie de Ruby, et s'y trouvait presque immanquablement, au grand désarroi de celle-ci qui ne semblait pas tellement l'apprécier.
Quelques fois, Tifa et Cloud l'accompagnaient, et le petit groupe partageait des moments agréables et bien arrosés, à ce qu'avait pu entendre Roxas.
« Un jour, tu viendras aussi. » Lui avait promis Axel.
Dans quelles conditions serait-il invité ? Il ne souhaitait pas vraiment partager la même table que Ruby, si c'était ce que cela sous-entendait…
Il fit un signe à Axel alors que sa voiture démarrait, laissant juste derrière elle un sillage de poussière.
Roxas ferma la porte à clé et monta directement se mettre en pyjama.
Une Mercedes noire démarra et sortit de la rue adjacente les phares éteints, fendant le noir de la nuit.
Et le calme revint.
Ses fines mains blanches manucurées s'ouvraient et se refermaient dans un geste nerveux sur le volant revêtu de cuir noir.
Ses yeux écarquillés fixaient la route, sans vraiment la voir.
Elle le savait.
Elle le savait, alors pourquoi avait-elle autant de mal à respirer tout à coup ?
Je ne suis pas comme toutes ces femmes stupides qui tombent amoureuses et gâchent leur vie avec un bon à rien.
Je l'ai choisi pour d'autres raisons, ce genre de choses ne devrait pas me toucher.
Je dois garder mon sang froid et ne pas fléchir.
Je vaux mieux que ça.
Reprends-toi bon sang !
Une main dans la poche de son pantalon de costume, l'autre occupée à tenir son verre de champagne, Axel observait une peinture abstraite d'après lui bien trop surévaluée. L'amas de couleurs n'avait pas un charme particulier à ses yeux, et il l'aurait sûrement poliment refusée si le possesseur avait voulu lui offrir pour exposer dans son salon.
Une main vigoureuse s'appuya brutalement sur son épaule. Il n'eut même pas besoin de détourner ses yeux du tableau pour deviner la présence de l'intrus.
- « Honnêtement, tu trouves ça comment, Reno ? »
- « Je préfère nettement celles que tu as exposées dans ta maison si tu veux mon avis. » Reno porta son verre à ses lèvres, fidèle à lui-même, avant d'enchaîner. « Tu vas les emporter avec toi ? »
Un léger rire moqueur s'échappa des lèvres d'Axel.
- « Je pense qu'il y a assez de peintures chez elle, je préfère les laisser à l'endroit auquel elles appartiennent. »
L'aristocrate regarda un instant autour de lui à la recherche de la compagne de son cousin, avant de finalement la trouver en bonne compagnie à l'autre bout de la galerie.
- « Je déteste les vernissages », murmura Reno, « mais leur champagne est bon. »
- « Il faut parfois savoir se contenter de ce que l'on a, Reno. »
- « Dit celui qui ne savait pas se contenter d'une femme belle et riche. » Souffla le dénommé à son oreille.
- « Prends ma place, je te la donne. »
Axel lui sourit, signe qu'il ne prenait pas la boutade au sérieux. En l'espace de quelques mois, Reno s'était assagi, et collait Axel à peu près partout où il se rendait.
Le plus âgé ne lui avait pas posé plus de questions que nécessaire, mais sentait un changement radical dans son attitude. Était-il possible que Reno s'inquiète pour lui ?
-« Comment va Roxas ? » lui demanda soudainement son cousin, l'air soucieux.
-« Il va bien. »
-« Tu sais très bien de quoi je veux parler. »
Axel claqua sa langue sur son palais, agacé.
-« Il va bien, je te dis. »
-« Laisse-moi rire, comme s'il pouvait se sentir bien. » Ricana Reno, en saisissant un petit four sur le plateau qu'un serveur lui présenta.
Axel ignora la remarque de son cousin, refusant d'admettre qu'il ne savait pas si Roxas allait vraiment bien au fond de lui. En sa compagnie, le blond cachait au possible ses émotions, profitant du moment présent au maximum, et n'émettant que quelques rares requêtes consistant pour la plupart à le rassurer sur les sentiments d'Axel, requêtes que le roux ne pouvait jamais refuser.
Comme cela avait été le cas plus tôt dans la soirée.
« Montre-moi que je compte plus qu'elle. »
Axel déposa son verre vide sur une table et revint aux côtés de son cousin qui déambulait déjà vers un autre tableau, en faisant semblant de s'intéresser aux œuvres de l'artiste.
- « Non. »
L'aristocrate regarda Axel d'un air dubitatif, ne comprenant pas le sens de sa phrase, enfin de son mot.
-« Quoi, « non » ? »
- « Je réponds à ta question. Non, il ne va pas bien. »
Reno soupira en tapotant l'épaule de son cousin.
-« Pourquoi ne l'amènes-tu pas avec toi la prochaine fois ? Ca le rassurerait sûrement. »
-« Je lui en ai parlé, mais je n'ai pas l'impression que cette idée l'emballe. Et je pense savoir pourquoi. » Répondit Axel en faisant la grimace.
Il avait remarqué la fâcheuse tendance qu'avait Roxas à se comparer à Ruby en tous points, et le mettre en face de la réalité n'était peut être pas la meilleure des solutions.
-« Et penses-tu que ça ne sera pas pire à ton mariage ? » Souleva Reno, douteux.
-« C'est différent. »
Et pour la première fois, Axel sourit à pleines dents en parlant de son mariage.
-« Je veux faire de ce jour un jour inoubliable pour lui aussi. Je ne veux pas que ça le hante, je veux qu'il s'en souvienne d'une autre façon. »
-« Et moi, je veux savoir ce qui te passe par la tête pour être convaincu que le jour de ton mariage sera un événement inoubliable pour ton amant. »
Reno le regardait en coin, avec une expression d'incompréhension totale sur son visage, alors que le jeune indépendant souriait bêtement en pensant à son petit plan.
Il lui avait promis.
Plus de larmes, plus de pleurs.
Je te rendrais heureux, Roxas.
Ruby fut très absente tout au long de la soirée qu'Axel passa entièrement en compagnie de Reno. Elle vint seulement à sa rencontre lorsque l'heure de quitter le vernissage vint, attrapant le bras de son compagnon pour la soutenir.
Axel remarqua tout de suite qu'elle avait trop bu. Ses yeux étaient légèrement éteints et elle avait du mal à marcher sans son aide. Dès lors, il ne put refuser lorsqu'elle lui demanda de la ramener chez elle.
Soucieuse de son image malgré son esprit embué, elle lui confia les clés de sa Mercedes, insistant pour qu'il conduise sa voiture et lui promettant que la sienne serait garée devant sa maison dès le lendemain matin.
Axel l'installa donc sur le siège passager et prit le volant de la luxueuse voiture qu'il avait déjà eu l'occasion de conduire un nombre incalculable de fois.
Le son de la musique envahit bientôt l'intérieur de la voiture, et Axel fixa la route sans échanger un mot avec sa future épouse.
Il risqua un regard de côté et remarqua que Ruby avait toujours le même regard vitreux, fixant le tableau de bord sans le voir.
Quand ils arrivèrent finalement en face de la luxueuse demeure. Axel coupa le moteur et s'apprêta à sortir de la voiture pour aider Ruby à rejoindre la porte d'entrée, mais une main sur son avant-bras arrêta net son mouvement.
Il se retourna pour se retrouver face à Ruby qui se tenait près de lui, sans toutefois lever ses yeux dans sa direction. Dans le noir de l'habitacle, Axel put néanmoins observer un peu plus le visage de sa fiancée. Sa peau normalement si blanche était légèrement rosée au niveau des pommettes, et son maquillage semblait bien moins soigné qu'à l'habitude, le mascara filant légèrement sur les coins de ses yeux bleus.
Il n'avait pas remarqué à quel point elle avait mauvaise mine ce soir.
Il ne la regardait même plus.
La fine main blanche de Ruby massa doucement son avant-bras, avant de glisser vers sa main.
Perturbé par son attitude, et son visage empreint de fatigue, Axel ne bougea pas, songeant à peine à la repousser.
Qu'est-ce qui ne va pas ?
Ces mots restèrent coincés dans sa gorge.
Depuis combien de temps avaient-ils vraiment parlé ?
A quand remontait la dernière fois où il s'était inquiété pour elle ?
Ses doigts étaient froids quand il les sentit glisser sur sa main, avant de se mélanger aux siens.
Depuis combien de temps n'avait il pas tenu sa main ?
Elle tourna son visage vers lui, et le fixa de son regard vide et fatigué.
Les rubans bordeaux assortis avec sa robe, qu'elle avait attachés dans ses cheveux, commençaient doucement à ses défaire, tombant sur ses épaules sans retenue.
Axel tendit sa main libre pour en saisir un, qui échoua entre ses doigts.
Le regard de Ruby était triste, résigné, presque implorant. Sa main était tellement froide, et tremblait légèrement contre sa peau chaude.
Il la fixa longuement, se rendant compte de tous les détails qui lui avaient échappé ces derniers mois alors qu'elle changeait de jour en jour, et remarqua à peine le visage de Ruby se rapprocher du sien, jusqu'à se que leurs lèvres se frôlent.
Etait-ce de la pitié ?
De la compassion ?
Pour une raison inconnue, le rejet habituel n'eut pas lieu.
Et avant qu'il ne le remarque, ses lèvres glacées étaient sur les siennes, et sa main chaude accompagnée du ruban bordeaux reposait sur sa nuque, enveloppée de cheveux argentés.
Je suis une femme forte.
Je peux y arriver.
