Les prochains chapitres ont subis une petite modification au niveau de la mise en page.

Même si, en théorie, la lecture devrait en être facilité, je m'excuse en avance pour ce changement en plein milieu de la publication. J'espère que ça ne vous dérangera pas.

Bonne lecture!


Chapitre XIX: Le vide et le froid

Je pensais vraiment être passé à travers le plus dur. Avoir surmonté les plus grosses difficultés et être capable d'assumer le reste.

Au fil des heures qui passaient, j'avais l'impression de récupérer peu à peu un semblant de confiance en moi-même, ou du moins quelque chose qui y ressemblait.

Mais j'avais tort. Tellement tort…

Si seulement je m'en étais rendu compte plus tôt…

Son reflet dans le miroir des toilettes ne trahissait rien. Pas la moindre inquiétude, pas la moindre tristesse. Pas plus que de la joie ou de l'enthousiasme.

Naminé et Zexion étaient partis, et Roxas se sentait juste seul. Bien sûr, il aurait pu rejoindre Tifa, ou même, pourquoi pas, partir à la recherche de Xion avec laquelle il n'avait finalement échangé que quelques mots… Mais il n'en avait pas envie. Tout comme il ne pouvait se résigner à rentrer chez lui. Pas avant de l'avoir vu. C'était comme abandonner, perdre.

Cette sensation était bizarre, comme si le fait de partir montrait sa faiblesse, son échec. Peut-être était-ce qu'elle attendait, sa femme.

Roxas se moqua de son reflet. Ses bras crispés, de part et d'autre de l'évier, le soutenaient à peine. La fatigue, sans doute. Il n'aurait pas dû boire autant. Après l'euphorie, il ne lui restait plus que la mélancolie et la saveur amère d'être celui qui avait fini dernier à un jeu auquel il était assuré de perdre.

Après tout, il avait déjà commencé avec les mauvaises cartes dès la première donne.

Le champagne n'était pas assez doux. La musique n'était pas à son goût. Les invités non plus. Le corset de sa robe commençait à l'étouffer.

Se serait-elle malgré tout mariée si elle avait su par avance la façon dont tout se déroulerait... ?

Ruby s'installa confortablement dans un canapé libre au fond de la salle. Cachée dans l'obscurité, elle observait à loisir tous ces inconnus s'amuser follement à son mariage. Tous ces gens dont elle ne connaissait parfois même pas le nom.

Elle savait bien qu'Axel ne l'aimait pas vraiment. Cela n'avait jamais été un secret. Quelque part, cela l'arrangeait bien… Cela rendrait tout plus facile… Pas d'attaches. Pas de douleur. La dernière chose qu'elle suspectait était d'être blessée. Pourtant, ça faisait mal. Vraiment mal.

Elle aurait pu essayer de le faire changer, avec le temps. Elle aurait pu lui montrer une face d'elle qu'il ne connaissait pas et lui faire apprécier sa présence, lui donner envie d'être avec elle. Elle n'avait juste pas eu le temps.

Un poids s'écrasa à ses côtés, faisant remuer brutalement les coussins du canapé. Une présence que Ruby connaissait un peu trop bien à son goût, et dont elle se serait bien passée.

- A peine mariée, et déjà abandonnée par son époux… ?

Ce ton ne lui plaisait pas.

- Qui t'a dit que ce n'était pas moi qui l'avait laissé en plan?

Elle se tourna vers l'intrus, l'affrontant du regard. Reno s'arrangeait toujours pour traîner là où il n'était pas le bienvenu. Un vrai parasite.

Un rictus se forma sur son visage, mi-moqueur, mi-intéressé.

Ruby n'avait jamais aimé Reno.

Elle choisit simplement de l'ignorer, contemplant la piste de danse, le visage nonchalamment posé sur la paume de sa main. Cela faisait bien trop longtemps à présent qu'Axel était parti. Et bien trop longtemps qu'elle n'avait aperçu l'autre parasite.

- J'ai remarqué- Elle détourna ses yeux du spectacle ennuyeux pour daigner accorder un peu d'attention à son interlocuteur. - j'ai remarqué quelqu'un de nouveau dans votre entourage.

Les yeux bleus de l'homme la fixaient intensément, comme s'il cherchait à lui faire passer un message subliminal.

- … à tous les deux.

Ruby grinça des dents. Nul doute que cette personne était blonde et extrêmement intéressée par son mari.

Reno passa son bras sur le dossier du fauteuil et se pencha un peu plus en avant, se rapprochant de la jeune femme toujours enfoncée dans le côté gauche du canapé.

- Le témoin de votre mari.

Ruby fronça les sourcils. Reno devait savoir quelque chose, et au vu de son attitude, les mots étaient en train de lui brûler la langue. Ses yeux ne lâchaient pas les siens, l'invitant à en savoir bien plus.

- Allons discuter ailleurs.

Elle se leva aussitôt et quitta la salle avec empressement en maintenant du mieux qu'elle le pouvait les multiples couches de tissu ornant sa robe blanche.

Elle devait saisir la moindre occasion d'en savoir plus. Car elle était déterminée à le récupérer. Par tous les moyens.


- Je te trouve enfin.

Roxas sursauta lorsque la porte des toilettes claqua derrière lui. La glace devant lui reflétait une silhouette plus que familière.

Axel s'approcha de lui d'un pas chaloupé, confiant, et entoura ses épaules de ses bras, observant leurs reflets dans le miroir. Roxas ne se retourna pas tout de suite, prenant le temps de détailler quelque peu leur image. Ils étaient beaux comme cela, ils allaient bien ensemble. Comme un couple parfait… ce qu'ils étaient loin d'être.

Axel le fit doucement pivoter dans ses bras et encercla sa taille pour le rapprocher un peu plus. Roxas lui avait manqué durant la soirée, alors qu'il avait passé le plus clair de son temps au bras de Ruby, saluant moult personnes, connues et inconnues, et cherchant toujours d'un œil son amour qui restait introuvable.

Ses lèvres se rapprochaient doucement des siennes, réduisant doucement la distance entre eux.

- J'ai cru que tu étais parti, murmura-t-il doucement, sa bouche frôlant celle de Roxas, la caressant de son souffle.

Le jeune homme se détendit un peu, s'appuyant sur l'évier de marbre derrière lui, les yeux à demi-clos. C'était si bon de le sentir enfin près de lui, d'entendre sa voix… Il entrouvrit légèrement ses lèvres, espérant que les mots viendraient seuls, comme d'habitude. Mais aucun son ne sortit de sa bouche. Juste un mince filet d'air chaud, qui fit frissonner Axel. Les quelques centimètres qui les séparaient furent tellement faciles à franchir… Un simple mouvement et Roxas posa ses lèvres sur celles de son vis-à-vis. Il savoura leur baiser pendant ce qui lui sembla de longues minutes, sans se soucier qu'un inconnu passe la porte non verrouillée derrière eux.

Roxas s'en fichait. Peu importait qui était au courant, si un invité faisait scandale dans la salle, si Ruby venait le gifler, s'il était traité de tous les noms. Il supporterait tout ça, ça n'avait rien de difficile en comparaison du vide qui l'étreignait quand Axel le laissait…

Mais rien de tout cela n'arriva.

Axel l'attira un peu plus contre lui, s'enivrant de l'odeur de ses cheveux, les yeux clos. Il respirait fort, comme un toxicomane qui venait de retrouver sa drogue après plusieurs heures de manque.

- Viens avec moi, chuchota-t-il dans l'oreille du blond, avant de le saisir par la main et de l'entraîner vers la sortie.

Roxas le suivit docilement. Axel lâcha sa main dans le couloir et emprunta un escalier en bois massif conduisant au premier étage. Les marches en bois craquaient sous leur pas. Le cœur de Roxas battait si fort. Il savait où Axel l'emmenait et n'avait pas besoin de mot de sa part pour comprendre le pourquoi du comment.

Le roux poussa une lourde porte en chêne et saisit de nouveau la main de Roxas pour le faire pénétrer dans la chambre richement décorée, avant de fermer la porte à clef derrière lui. Le luxe s'étendait sous leurs yeux : les draps de soie, les dorures, l'odeur des fleurs fraîchement coupées qui embaumait toute la pièce. L'endroit parfait, en somme.

Les bras du roux l'encerclèrent à nouveau, l'attirant contre lui, plus près. Ses lèvres s'emparèrent des siennes, avec plus de fougue, plus de besoin. Roxas plongea ses mains entières dans les cheveux flamboyants, s'abandonnant totalement.

Ils y étaient enfin, à ce moment que Roxas avait tellement anticipé. Celui à partir duquel où il passerait après, où il ne serait plus son amour, mais son amant.

Alors que les mains chaudes d'Axel faisaient tomber toutes ses barrières, débarrassait son corps du riche smoking qu'il avait arboré toute la soirée, alors que ses pensées s'embrumaient et que son souffle s'accélérait, il y avait une chose que Roxas gardait à l'esprit, et qui laisserait sans nul doute un goût d'amertume sur ses lèvres quand il y penserait le lendemain matin. Ce soir, quand Axel rentrerait en compagnie de sa femme, ce serait avec elle qu'il serait. Ce serait elle qu'il embrasserait.

Roxas s'accrocha à la chemise d'Axel alors que celui embrassait son cou, sa mâchoire, ses lèvres. Il la serrait tellement fort que la jointure de ses mains blanchissait.

Une partie de son esprit rejeta cette idée, lui dit qu'Axel lui resterait fidèle. Qu'il se refuserait à elle. Il aurait voulu savoir, lui poser la question. Mais la peur de ne pas avoir la réponse voulue l'emporta. Peut-être valait-il mieux qu'il ne sache pas, qu'il chasse ce genre de pensées de son esprit.

Axel le souleva de ses bras et l'allongea sur les draps de soie. Ses mains parcouraient son torse, ses hanches, inconscient des pensées qui traversaient l'esprit de son amour. Roxas rejeta sa tête en arrière quand il sentit sa bouche sur son nombril.

Pour le moment, il souhaitait encore croire qu'il était et serait à jamais le seul.


- Alors tu sais, n'est-ce pas… ?

La longue traîne de la robe de mariée de Ruby caressait la pelouse, la colorant d'un vert sale au fur et à mesure qu'elle avançait plus profondément dans le jardin du château. Reno la suivait calmement, à quelques mètres derrière, les mains dans les poches de son pantalon. Axel le tuerait sûrement pour ça.

- Bien sûr, répondit-il simplement, il faudrait être aveugle pour ne pas s'en rendre compte.

Ruby ne prit pas la peine de se retourner, à la fois blessée dans son orgueil et outrée par la façon de parler de l'homme. Mais c'était Reno, et elle était plus ou moins habituée à sa façon d'agir. Depuis quelque temps, l'aristocrate s'était remis à suivre Axel comme son ombre, et cela n'aurait dû l'étonner qu'à moitié qu'il soit au courant pour Roxas. Pourtant, elle avait eu la bêtise de croire que cela resterait secret, qu'Axel ne prendrait pas ce risque…

- Ruby.

Sous la lueur de la lune, seule une partie de son visage, caché par ses longues mèches argentées ornées de rubans, était visible. Ses yeux ne daignaient pas le regarder, et Reno ne sut dire si c'était dû à la honte ou de la colère éprouvée.

- Pourquoi est-ce que vous vous êtes mariée avec Axel si vous étiez au courant de leur liaison ?

La jeune femme serra les pans de sa robe dans ses mains et s'assit dans l'herbe sans se soucier du désastre que cela causerait au vêtement.

- J'ai cru que cela n'avait pas d'importance, Ruby se reprit d'elle-même, claquant sa langue d'énervement. J'ai voulu croire.

Elle se souvenait très bien des regards qu'ils avaient échangés, du baiser, de leurs mains qui se séparaient, et de la jalousie qui dévorait ses entrailles. Y repenser maintenant lui donnait la nausée. Elle enfouit son visage dans sa paume de sa main, essayant en vain de chasser les images qui circulaient dans son cerveau.

Ses doigts se resserrèrent autour d'une touffe d'herbe gelée gisant à ses côtés.

- Comment a-t-il pu tomber amoureux d'un homme ? La gelée se craquela sous sa prise. Pourquoi ? Alors qu'il m'avait, moi ? Pourquoi ?

Reno avança jusqu'à sa hauteur avant de tomber lourdement dans l'herbe à ses côtés. Il n'était pas un homme délicat, juste curieux et intéressé. Mais aussi fourbe Ruby était-elle, il ne pouvait décemment pas l'ignorer. Axel était la cause de tout cela, et Reno souhaitait sincèrement l'aider, même contre son gré. Alors il laissa juste s'échapper les quelques mots qui traversaient son esprit depuis bien trop longtemps.

- Quitte Axel.

Ruby écarta la main de son visage pour mieux voir le roux. Avait-elle bien entendu ?

- C'est hors de question, cracha t'elle comme du venin. Je ne le laisserais pas gagner.

Sa fierté était en jeu, et il était hors de question qu'elle abandonne la partie. Pas après tout ce qu'elle avait vu et enduré, pas après que son honneur ait été sali de la sorte par un petit bon à rien…

- Tu n'as aucune chance, Ruby.

La jeune femme nota avec un peu d'irritation que le vouvoiement de Reno avait disparu, et avec lui, toute forme de respect.

- Il a déjà gagné, termina-t-il.

Ruby se leva et secoua sa robe couverte de brins d'herbe. Elle regarda Reno de haut.

- S'il avait vraiment gagné, Axel ne serait pas là aujourd'hui, grogna-t-elle.

Reno ricana en secouant la tête. Ignorait-elle vraiment à ce point la situation ? Ne se rendait elle pas compte de ce qui se passait vraiment dans la tête de son cousin ?

- Et où crois-tu qu'il se trouve en ce moment ?

Ruby détestait quand le roux affichait cette expression, ce sourire à demi-moqueur qui la laissait sans voix.

Elle n'était pas stupide. Dès la première seconde où elle avait noté la disparition d'Axel, elle avait pensé à cet homme. Son mari avait passé le plus clair de son temps à ses côtés, et le moment venu, il s'était discrètement éclipsé et était resté introuvable jusqu'alors. Ruby avait également noté que le blond pour qui Axel semblait avoir vendu toute dignité ne se trouvait également plus dans la salle. Curieuse coïncidence.

Elle n'avait pas cherché plus loin, tentant simplement d'ignorer le fait que son mari avait pris la poudre d'escampette avec son amant le soir de son mariage. C'était trop dur à avaler. Il valait mieux ne rien savoir de plus. Mais elle ne comptait pas laisser les choses où elles en étaient… Axel était à elle. Il lui appartenait.

Elle se baissa et empoigna violemment le col de la chemise de Reno, l'attirant à quelques centimètres de son visage.

- Et où crois-tu qu'il sera ce soir… ? Je n'ai pas dit mon dernier mot.

La détermination dont faisait preuve la jeune femme était quasiment effrayante. Le roux la considéra un instant, pesant chaque mot dans sa tête, bien conscient qu'une parole de travers détruirait le semblant de dialogue qu'il avait réussi à instaurer avec Ruby.

Précautionneusement, il posa sa main sur le sienne, toujours agrippée à son col.

- Ruby…

Quelque part, il comprenait la douleur qu'elle pouvait ressentir et les faibles espoirs qu'elle pouvait se créer, mais il était aussi bien conscient que la bataille de l'aristocrate était perdue depuis bien longtemps.

Il sentit la pression autour de sa gorge se relâcher doucement en même temps que la main sous la sienne libéra le tissu de sa chemise. Reno saisit sa chance et tira légèrement sur le poignet de Ruby, l'incitant à s'asseoir de nouveau à ses côtés. Il n'avait pas vraiment espéré que sa technique marche du premier coup, mais fut soulagé de voir que la jeune femme ne lui opposait aucune résistance. Sous ses airs de femme déterminée et prête à tout se cachait encore sûrement une part d'incertitude. Passée cette conclusion, il ne restait plus à Reno qu'à appuyer sur les bons boutons.

Inclinant légèrement sa tête, il chercha les yeux de Ruby au clair de la lune, et accrocha son regard.

- Tu sais très bien de quoi je veux parler. Tu les as vus, n'est-ce pas ?

Ruby avait beau être une très bonne comédienne, cette fois, ses yeux ne mentirent pas. Bien sur qu'elle les avait vus, trop bien, même. Et ces images restaient gravées dans sa rétine. Les bras d'Axel autour de lui, leur murmures, leurs mains qui se séparaient. Et les rêves incessants qu'elle faisait depuis ce jour, ceux qui l'empêchaient d'oublier qu'il ne serait jamais totalement à elle, même avec une bague au doigt. Elle aurait voulu ne pas l'avoir espionné ce jour-là, rester ignorante. Finalement, une vie pleine de fausses illusions n'aurait pas être pas été si mal. En tout cas, ça l'aurait empêchée de penser constamment à ce qu'Axel faisait avec lui, à les imaginer.

Elle lâcha la main de Reno et la porta à sa poitrine. Son cœur battait trop fort, trop lui faisait ès mal.

- Oui, je les ai vus.

Sa voix tremblait. Où était partie la Ruby qui possédait le monde ? Qui obtenait tout ce qu'elle voulait ?

Je suis devenue faible.

Elle prit une profonde inspiration et ravala les sanglots qui tentaient de monter dans sa gorge.

- J'ai vu la façon dont Axel le regarde, son sourire quand il lui parle. J'ai vu les mots qu'il lui écrivait…

C'était clair comme de l'eau de roche. Quelque chose de tellement évident et pourtant, il lui avait fallu si longtemps pour le réaliser… Elle ne pouvait pas gagner. C'était trop tard.

- Je les ai vus s'effleurer, s'embrasser. Mais surtout, surtout… Les sanglots remontaient doucement bien plus vite que prévu. … J'ai entendu la déclaration qu'il lui a faite alors que des centaines de personnes pensaient que ces mots m'étaient adressés.

Reno baissa les yeux. Il n'avait jamais aimé Ruby, et c'était réciproque. Il avait toujours désapprouvé ce mariage, adressant de multiples allusions éloquentes à Axel que celui-ci avait ignorées pour diverses raisons, et Reno avait finalement abandonné, se disant que quelque part, son cousin se complaisait dans son malheur.

Et puis était arrivé Roxas.

Ce n'était pas la faute de Ruby, ni celle d'Axel. C'était juste l'histoire d'un mariage arrangé qui tournait à la catastrophe. Ruby, la reine des glaces, était contre toute attente tombée amoureuse d'Axel, sans même le remarquer elle-même. Et Axel, lui, était tombé amoureux d'un homme.

Ruby murmurait d'une voix à peine audible, juste pour elle-même.

- Comment ai-je pu être aussi idiote… ?

- Personne n'aurait pu prévoir ce qu'il s'est passé, lui répondit Reno, plongé dans ses propres pensées.

Il ignora les légers sanglots de Ruby, préservant la fierté de cette dernière. Même les femmes les plus fortes ont le droit de craquer un jour.

Ils restèrent assez longtemps côte à côte sans échanger un mot. Reno écoutait doucement la respiration de Ruby qui redevenait régulière, les battements de son cœur qui se calmaient doucement.

La lune était ronde et pleine, et éclairait une partie du jardin où ils se trouvaient, toujours assis dans l'herbe. C'était une belle nuit pour un mois de Novembre.

- J'y vois beaucoup plus clair, maintenant.

Sa voix était encore un peu enrouée. Un bon alcool lui ferait sans aucun doute le plus grand bien, songea le jeune homme.

- Je pense qu'il est temps de mettre un terme à tout ça.


Ses cheveux en bataille sur l'oreiller et son corps bien au chaud sous les couvertures de soie, Roxas regardait d'un œil Axel reboutonner sa chemise. Son cœur battait encore à la chamade et ses joues étaient rouges. Son compagnon lui-même avait les cheveux défaits et les yeux encore embués. Roxas l'examinait de ses yeux mi-clos sans que celui-ci ne le remarque. Axel refit le nœud de sa cravate devant le miroir, passa un peu d'eau sur son visage et, dans son cou, réajusta le col de sa chemise.

Alors Roxas, qu'est-ce que ça fait de coucher avec un homme marié ?

Le blond ferma les yeux brutalement à cette pensée, et cacha une partie de son visage sous les draps. La douleur fut courte, mais violente. Une main froide se posa sur la sienne et écarta le tissu pour découvrir ses paupières fermées. Un baiser doux et léger fut déposé sur ses lèvres, puis sur son front.

La douleur était partie.

- Je dois y aller, Roxas, murmura la voix chaude d'Axel. Reste ici autant que tu le souhaites.

Le blond ouvrit les yeux pour croiser ceux de son amour. Axel le regardait tendrement tout en caressant ses cheveux. Son regard était si doux, si aimant… La seule chose qui passait par la tête de Roxas était de le retenir, de l'empêcher de partir loin de lui, encore.

Mais pire encore que les fois précédentes, ce départ avait quelque chose de terrifiant. Roxas ne put s'empêcher de penser que cela ressemblait à un adieu.

- Axel… Il humecta ses lèvres. Je t'aime.

Le roux sourit et l'embrassa de nouveau. Ca sonnait juste, tellement juste… Et lui avait tellement envie de rester à ses côtés.

A partir de ce soir, il vivrait avec Ruby. Voir Roxas deviendrait un peu plus difficile, mais pas impossible en raison des plans qu'il avait préparés pour l'intégrer peu à peu dans leur ménage plus tôt. Mais leur vie allait tellement changer…

Il caressa une dernière fois les épis dorés avant de sortir de la chambre.

Quand la porte se referma derrière lui, Roxas enfouit sa tête sous les couches rassurantes de tissus et se recroquevilla sur lui-même en position fœtale.

Il ne restait que le vide laissé par Axel. Le vide, et le froid.