Chapitre XXIV: Avancer seul.

- Alors, Axel, tu as une petite amie ?

La question surprend. Axel semble déstabilisé l'espace d'une seconde, puis il se ressaisit, un sourire narquois aux lèvres.

- Disons que mon cœur est toujours à prendre, si c'est ta question.


Un contact, un des premiers.

Une main saisit la sienne et l'attire à l'endroit voulu. Il se souvient, les lumières du soleil commencent à se tamiser, la nuit tombe doucement dehors...

- Je ne crois pas que ce soit une bonne idée, Axel… Je ne tiens pas à me rendre plus ridicule que ce que je ne suis déjà…

Son corps qui se rapproche du sien, sa main qui se pose délicatement sur sa hanche, son regard pour une fois timide qui plonge dans le sien.

- Sois indulgent avec moi d'accord ? Je n'ai jamais fait ça avec un autre homme après tout…

Son coeur qui bat plus vite.

- Viens plus près Roxas, on ne peut pas danser à un mètre de distance l'un de l'autre.


Ses lèvres contre les siennes, le courant électrique qui traverse son corps tout entier. Leurs parfaite comptabilité, au bon moment, au bon endroit.

Il enfouit ses mains dans ses cheveux et sent son étreinte se resserrer autour de lui. C'est trop beau pour être vrai.

- Je m'en fiche que tu sois un homme ou une femme, c'est toi que je veux, rien d'autre.


Un sentiment étrange qui s'empare de lui. Comme si tout avait changé, à tout jamais. La vie ne redeviendra jamais comme avant.

- Je ferais de mon mieux pour te rendre heureux, Roxas, je ne veux plus jamais te faire souffrir comme ça.

Ce coeur qui se serre, qui souffre, mais qui au-delà de ça revit, respire à nouveau.


- Je t'aime, Roxas.

Le bonheur, enfin, d'avoir trouvé sa place.


Le froid de la chambre mordait la peau de Roxas. Celui-ci ronchonna et cacha son nez sous les draps en molleton bien chauds. Son coeur battait étrangement vite, et sa gorge lui faisait mal, comme s'il avait respiré trop vite, trop longtemps.

Il connaissait cette sensation, ce vide qui l'étreignait dès son réveil.

Roxas n'avait pas envie de sortir de la douce chaleur rassurante de son lit. Son rêve était si doux, si agréable... Affronter la réalité ne lui plaisait pas, il préférait de loin se rendormir et retourner dans ses douces illusions.

Ses rêves où Axel lui promettait de l'aimer toujours.

A cette époque où il le croyait.


Roxas arriva à son travail un peu en retard, le cœur empli de curieux sentiments et la tête un peu trop pleine. De ce fait, il avait été complètement incapable de se concentrer convenablement sur sa routine matinale.

Au saut du lit, il avait inversé le déodorant avec la laque, ce qui avait eu le mérite de donner une agréable odeur à son cuir chevelu en dépit du but recherché, mais qui lui avait imposé un quart d'heure supplémentaire dans la salle de bains pour décoller la laque de sa peau auparavant propre. Il avait ensuite renversé son café à côté de sa tasse, qui avait coulé le long de la table, atterrissant victorieusement sur son pantalon qu'il avait dû donc changer. Enfin, il avait oublié son dîner, ce qui l'obligerait à sortir acheter un sandwich sur son temps de midi.

Il rejoignit Naminé derrière la réception et lui embrasa la joue en guise de bonjour, comme à l'habitude. Mollement, il s'assit à sa place, déposant son sac à ses côtés.

Naminé lui apporta un café, souriant lorsque Roxas la remercia pour sa bienveillance.

- Mauvaise nuit ?

- Plutôt oui, mauvais rêves...

Roxas but le breuvage d'une traite avant de sortir son planning de la journée. Son état un peu à côté de la plaque ne devrait pas trop être handicapant. A vrai dire, il n'avait pas de salle à préparer aujourd'hui, il se contenterait donc d'aider Naminé à la réception. Avec un peu de chance, il pourrait demander à Rufus de récupérer une ou deux heures supplémentaires afin de retourner se reposer.

- Il y a une modification dans le planning, Roxas...

Naminé se tourna lentement vers le blond qui étudiait avec attention la feuille déposée sur son bureau. Elle avait reçu un appel ce matin pour une réunion de dernière minute avec le directeur de la Shinra et se demandait si elle devait donner plus de précision à Roxas au vu de la situation à laquelle il devait faire face...

Si trop de silence risquait d'endommager leur amitié, le choix restait néanmoins cornélien pour elle... Ne rien dire n'était peut-être pas la meilleure solution après tout et le blond comptait sur son soutien...

Le visage du jeune homme semblait fatigué, et elle savait qu'il pensait au jeune indépendant bien plus que ce qu'il n'aurait dû...

- Il y a une réunion dans l'Emerald room à dix heures, annonça-t-elle finalement. Et je pense que c'est quelqu'un que tu n'as pas forcément envie de voir maintenant.

Elle finit sa phrase en baissant la tête, désolée.

Roxas soupira, lassé de se battre. Après tout, Axel viendrait encore ici, c'était son travail. Sa séparation avec Ruby avait sûrement eu des impacts sur sa société et il devait en informer Rufus. C'était quelque chose de logique et cela n'avait absolument rien avoir avec lui...

- Ca ira, Nami. Nous faisons chacun notre travail. Ce n'est pas comme si nous pouvions nous éviter à tout jamais. Après tout, nous vivons dans la même ville...

Roxas se leva et se dirigea vers les toilettes. S'il manquait de repos, il devait au moins essayer de le cacher.

Tentant tant bien que mal de faire disparaître les preuves flagrantes de son manque de sommeil, il passa un peu d'eau fraîche sur son visage et l'essuya doucement avec la serviette blanche posée à côté de l'évier.

Il ne savait comment réagir face à Axel. Celui-ci occupait toutes ses pensées en dépit du combat intérieur qu'il menait. Il l'avait perturbé sur tellement de points qu'il n'arrivait plus à les compter.

Axel était quelqu'un hors normes, complètement indifférent du regard que le reste du monde pouvait poser sur lui. Roxas avait l'impression de ne pas le suivre, d'être sans cesse à la traîne. Pourtant celui-ci l'avait impliqué dans tous ses projets, jusqu'à l'inclure totalement dans sa vie en l'espace de quelques mois à peine... Le blond s'était presque installé chez lui, avait partagé ses passions, son travail...

S'observant dans le miroir, Roxas passa sa main dans ses cheveux et tenta de leur donner un peu de forme.

Comment aurait été la vie avec Axel s'il était resté ? Seraient-ils heureux ? Quelque part dans son cœur, Roxas connaissait déjà la réponse. Il n'arrivait juste pas à passer au-delà de la frustration qui étreignait son cœur. Etait-ce vraiment juste une pause dans leur relation ? Avait-il l'intention de le revoir ?

Sûrement.

Mais Axel ne serait peut-être plus là. Peut être ne l'attendrait-il pas.

C'est qu'il n'était pas pour moi.

La porte s'ouvrit doucement dans son dos, laissant apparaître une petite silhouette blonde.

- Naminé, c'est les toilettes des hommes, releva Roxas, les yeux rivés sur le reflet de la jeune femme dans le miroir.

- Justement, viens ici et dépêche-toi.

Roxas la regarda d'un air surpris, alors qu'elle s'approchait de lui à grandes enjambées. D'un geste décidé, elle posa sa trousse sur le lavabo.

- Tu as vu ta tête ? Tu crois vraiment que Rufus va être content ? Franchement, Roxas...

Elle sortit un long tube de crème beige et en déposa sur la pointe de son doigt, posant son autre main sur le côté du visage de Roxas, le maintenant en place.

- Tu es désespérant, tu sais ?

Avec minutie, elle appliqua un peu de crème sous les yeux du jeune homme, qui frémit sous la froideur de la matière.

- Qu'est-ce que tu me fais ?

- Je camoufle tes cernes, idiot.

Elle frotta méthodiquement la crème sur les poches bleutées de Roxas, les rendant presque invisibles et en profita également pour en appliquer un peu sur ce gros bouton rouge qui commençait à se montrer sur sa joue gauche.

- Voilà, tu es présentable maintenant. J'y vais, il n'y a personne à la réception.

Roxas n'eut pas le temps de la remercier que la porte se fermait déjà derrière elle.

Observant son reflet dans le miroir, il constata les miracles qu'avait faits son amie.

- Incroyable, dit-il en touchant l'endroit où gisait précédemment un gros cerne, preuve de sa fatigue.


La main posée sur la poignée de porte, Roxas prit une grande inspiration en rentrant dans la salle.

- Ce n'est qu'un travail comme les autres, tenta-t-il de se convaincre en parlant tout haut.

Pour commencer, il alluma les lumières et orienta les plafonniers dans la bonne direction. Ensuite, armé de son dépoussiérant, il frotta méthodiquement la table de réunion et plaça les chaises.

N'étant pas censé être au courant, il agissait de la même façon qu'à l'habitude, disposant trois chaise pour la société cliente et deux chaises pour Rufus et Tseng.

Tout en continuant ses préparatifs, Roxas se mit à penser à la façon dont il préparait les salles d'Axel habituellement. Il se rappela que celui-ci aimait le sucre et le lait dans son café, comme lui, et en disposa près de la machine. Il se souvint également qu'il mangeait toujours un petit biscuit avant que Rufus n'arrive, parce qu'il n'avait pas eu le temps de déjeuner. Il en prenait toujours plusieurs et en déposait un sur le comptoir pour Naminé et Roxas avec un clin d'œil en partant.

Roxas sentit son cœur qui commençait à battre plus fort au fur et mesure qu'il remuait ses souvenirs. La poignée de main d'Axel qui signifiait autre chose qu'un simple salut lorsqu'il rentrait dans la salle. Les attentes de Roxas à la réception alors qu'Axel se débrouillait pour trouver une excuse quelconque pour sortir plus tôt, au moment où seule la présence de Tifa était indispensable, et où il s'éclipsait bizarrement pour rejoindre le blond. Roxas arrivait quelques minutes plus tard et avait à peine le temps de verrouiller la porte derrière lui avant que le roux ne l'assaille de baisers.

Il aimait ces moments interdits, l'excitation qui résultait du peu de temps qu'ils avaient pour leur entrevue. Bien sûr, ils se verraient le soir même et prendraient leur temps, se serreraient longuement dans les bras l'un de l'autre, regarderaient la télévision en mangeant des chips et raconteraient leurs journées de travail sous un plaid bien chaud. Mais rien n'égalait ces moments épicés, quand ni Axel, ni Roxas ne parlaient, quand ils se contentaient de baisers fougueux, de gestes interdits, mains brûlantes contre chemises déboutonnées, quelque part dans les bureaux sombres de la Shinra.

Cela plaisait à Roxas de faire toutes ces choses au nez et à la barbe de Ruby, alors qu'Axel prendrait le volant de la Mercedes noire quelques minutes plus tard, à ses côtés et la ramènerait dans leurs locaux afin de faire le point sur la réunion. Il ne s'était jamais senti coupable de ça.

Mais ce rendez-vous était différent aujourd'hui, et ces entrevues n'étaient qu'un souvenir. Axel ne prétexterait pas une indigestion pour s'éclipser de la réunion, et Roxas ne le verrait pas sortir de l'Emerald Room pour le rejoindre.

Ces moments-là étaient terminés.

Il soupira faiblement tout en continuant de ranger la salle. Il ne restait plus qu'à aller chercher les documents que Naminé avait récupérés pour lui et tout serait prêt. Il regarda sa montre et constata qu'il avait encore une demi-heure avant l'arrivée d'Axel.

Ses jambes avaient du mal à le soutenir. Il se servit un café et s'assit un instant sur une des chaises de réunion.

Depuis quand était-il si faible et malléable ? Il avait toujours été quelqu'un qui s'impliquait dans une relation, jouer avec les sentiments n'était pas quelque chose qui l'amusait.

A dire vrai, il avait toujours cru qu'il trouverait quelqu'un fait pour lui après sa rupture avec Naminé, quelqu'un qui comblerait le vide qu'elle n'avait jamais su remplir, qui le rendrait complet. Bien sûr, il était sorti avec d'autres hommes après ça, et il était tombé sur des gars bien, vraiment. Ils n'étaient juste pas... faits pour lui. Il s'était attaché, mais avait bien vite compris que cela ne le menait à rien, que le vide était toujours là, quoi qu'il fasse, peu importait la personne et sa gentillesse. De ce fait, aucune de ses relations ne dura bien longtemps et il en vint même à remettre sa rupture avec Naminé en question, ne coupant jamais vraiment le lien qui les unissait.

Ensuite, Naminé était tombée amoureuse d'un autre que lui et ils avaient tous deux souffert en silence.

Puis était venu Axel, et pour Roxas la frustration intense de vouloir quelque chose qui était complètement hors de son atteinte. Pourtant il le voulait, de tout son cœur, et aurait donné n'importe quoi pour qu'il soit à lui, cet homme brillant, beau et qui l'attirait d'une façon insensée. Il ne pensait plus qu'à ça. A lui.

Naminé n'était pas dupe et avait bien vite deviné à qui restait collé son regard quand l'homme passait dans les couloirs. Il aurait fallu être aveugle pour ne pas remarquer la nervosité dont Roxas faisait preuve quand il devait préparer des salles pour lui. Elle avait collecté des informations, reconnaissant sa voix à l'autre bout du téléphone, se débrouillant pour ne pas être là quand celui-ci se présentait à l'accueil. Elle vit aussi à quel point Roxas souffrait de ne pouvoir l'approcher de plus près, d'avoir ce petit contact qui aurait pu tout changer.

Quelque part, Roxas était bien conscient qu'il devait beaucoup à son amie pour tout cela. C'était grâce à elle que les événements s'étaient enchaînés. C'était aussi elle qui l'avait convaincu d'accepter.

Et voilà où il se trouvait à présent. C'était comme si les choses avaient été trop vite pour lui et l'avaient laissé derrière, incapable de suivre.

La vie continuait pour Naminé. Elle vivait avec son petit ami depuis quelques temps à présent et Roxas aurait parié pas mal d'argent que Zexion allait la demander en mariage dans moins d'un an.

Axel avait sûrement avancé lui aussi dans ses projets. Sa société allait-elle vraiment tomber en faillite ? Etait-il venu annoncer à Rufus la fin de leur collaboration ? Il ne voyait pas vraiment d'autres possibilités... pourquoi ce rendez-vous, sinon? Roxas eut un pincement au cœur quand il se rendit compte que cela arrivait de par sa faute. S'il ne s'était pas attaché de cette façon à Axel, celui-ci n'aurait pas divorcé et son rêve ne serait pas en train de s'effriter devant ses yeux...

Axel ne lui rien dit lors de leur dernière discussion. Il avait juste l'air heureux, comme si son divorce était quelque chose de bien. Aucun mot n'avait été prononcé au sujet de la société, Roxas ne lui en avait pas laissé le temps.

L'heure avançait. Roxas jeta son gobelet de café vide dans la poubelle et partit chercher les dossiers. Il aurait bientôt la réponse à ses questions de toute façon, et aurait le loisir de croiser les yeux d'Axel lorsqu'il annoncerait ça à Rufus.

Roxas se dit qu'il avait mérité de voir ça, que c'était sa punition. Sa punition pour avoir voulu accéder ce qui était désigné depuis le tout début comme étant hors de sa portée.