Chapitre XXVII: Quelque chose de plus
Deux semaines, c'est court. Cependant, c'est lorsque l'on attend quelque chose avec impatience que le temps devient long. Cette pizza qui est censée mettre quinze minutes à cuire et que l'on va vérifier toutes les deux minutes en se demandant si ce n'est pas la minuterie qui est en panne. Ces vacances d'août que l'on a réservées depuis janvier et qui ne sont plus qu'à quelques jours à présent. Passer son temps à regarder sa montre en attendant son rendez-vous alors que l'on s'est présenté presque une heure à l'avance pour être sûr de ne pas être en retard.
Il y avait également l'attente insupportable de celui qui regarde doucement tomber la neige dehors en soupirant, sans trop savoir ce qu'il attend exactement. Mais il est là chaque jour à sa fenêtre, le téléphone posé à ses côtés. Il ne quitte jamais son GSM, même pour aller à la salle de bains. D'ailleurs il commençait à ne plus bien fonctionner.
Ce doit être à cause de l'humidité...
Roxas devenait casanier. Il rentrait directement chez lui après le travail, prétextant rouler lentement à cause de la neige, du froid, de la pluie, de la fatigue. Il ne parlait plus beaucoup et soupirait à longueur de journée, comme s'il était constamment épuisé.
Naminé le regardait doucement du coin de l'œil sans dire un mot. Elle savait que les fêtes de fin d'année se passeraient difficilement pour lui. Sans doute l'inviterait-elle au dernier moment à passer le Nouvel An chez elle pour ne pas qu'il reste seul. En attendant, elle espérait encore que quelque chose se passe et attendait silencieusement qu'un déclic miraculeux ne se produise dans la tête de Roxas, d'Axel ou de n'importe qui susceptible d'arranger cette situation désastreuse.
Pour l'heure, elle avait à faire. Malgré la situation confuse, elle avait décidé de sa propre initiative de donner un discret coup de main à Axel en préparant plusieurs fournitures pour sa soirée de présentation. Il lui avait expliqué en deux-trois mots la situation, et la jeune femme avait vite compris qu'ils devaient faire quelque chose de mémorable en peu de temps et avec peu de main d'œuvre. C'est donc naturellement qu'elle avait offert sa modeste contribution, avec une idée bien fixe dans la tête.
Le déclic avait peut-être besoin d'un petit coup de patte pour se faire, après tout.
Elle resta donc chez elle en ce samedi après-midi, souhaitant terminer les bords des nappes décorées qu'elle avait préparées pour l'occasion. Sa machine à coudre était encore prête de la veille, et elle n'aurait besoin que d'une petite heure pour faire les touches finales, après quoi elle pourrait les porter au manoir.
Elle était enthousiaste, impatiente de voir à quel point tout avait déjà changé depuis sa dernière visite. Aussi, elle verrait enfin le jardin de jour, ce qui n'était encore jamais arrivé. Elle sentait que ce lieu était un peu trop privé pour Roxas, et n'avait jamais osé demander à celui-ci de l'emmener voir en pleine journée...
Lorsque son ouvrage fut terminé, elle plia soigneusement le dernier chemin de table doré auquel elle avait attaché des petits pompons festifs, et le posa dans sa malle à linge en compagnie des autres. Beaucoup de tables, ça faisait beaucoup de nappes.
Elle mit son manteau, chercha ses clefs de voiture et passa la tête à travers le chambranle de la porte du bureau où Zexion travaillait à l'ordinateur. Voyant sa compagne emmitouflée dans son anorak bleu ciel à capuchon en fourrure, il s'arrêta net de taper sur son clavier, et un sourire déformé apparut sur son visage, un de ceux qu'on essaye de retenir mais où on échoue bien souvent lamentablement.
Naminé soupira, amusée de la tête de Zexion.
- Je vais porter les trucs à Axel. A tantôt ?
Zexion s'appuya contre le dossier de sa chaise de bureau en croisant les bras sur son torse, reprenant son sérieux.
- Tu es sûre que c'est vraiment une bonne idée ?
Naminé regarda ailleurs, agacée.
- On en a déjà parlé. De toute façon, je ne peux pas faire grand chose d'autre.
Son compagnon haussa les épaules, abandonnant la bataille, son attention se reportant sur son écran alors que Naminé sortait du bureau.
Il avait beaucoup neigé pendant la nuit et le sol était horriblement glissant. Chargée de sa malle à linge et les clefs de la voiture entre ses dents, Naminé regardait où elle mettait les pieds, prenant garde à ne pas glisser sur une plaque de verglas et à s'étaler de tout son long dans la neige avec le fruit de son dur labeur étalé par terre.
Elle était tellement absorbée par le sol qu'elle heurta brutalement une masse blanche et mouillée devant elle.
Un autre anorak. Avec une tête au-dessus, finit-elle de conclure en levant les yeux
Elle ouvrit la bouche de surprise, laissant tomber ses clefs dans la neige en un petit sprouf.
- Roxas ?
Le jeune blond se baissa pour ramasser le trousseau devant le regard médusé de son amie.
- Bonjour ? fit celui-ci avec amusement, regardant Naminé avec ses yeux grand ouverts.
Sans hésitation, il débarrassa la jeune femme de son fardeau et le conduisit jusqu'à sa voiture. Naminé ouvrit le coffre et Roxas y déposa précautionneusement la manne.
Le silence semblait d'or.
- Pas contente de me voir ? Continua Roxas, embêté devant le silence de son amie.
Naminé se reprit rapidement sans trouver le temps de construire une excuse valable.
- Je pensais que tu étais devenu genre... euh... asocial ?
Roxas rit doucement, laissant s'échapper quelques petits nuages de buée. Il remonta son col fourré jusqu'à recouvrir ses oreilles.
- Tu t'en allais justement, je me trompe ? J'ai mal choisi mon moment.
- Euh... En effet, je m'apprêtais justement à ...
Naminé fit quelques gestes confus, montrant tour à tour sa voiture, la porte de la maison et finit par mettre les mains dans ses poches pour qu'elles arrêtent de bouger toutes seules.
Roxas se tourna pour regarder la malle à linge à ses côtés, intrigué.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Hum...
Ennuyée, Naminé tenta de faire fonctionner son cerveau à la vitesse de la lumière, histoire de trouver une réponse appropriée. Si seulement elle avait répété sa liste d'excuses avant de franchir la porte de la maison...
- Elle s'apprêtait à porter des nappes et d'autres choses à Axel pour sa soirée. Et je rajouterais même qu'elle le faisait dans ton dos en pensant que tu n'en saurais rien. Non en fait, je suis sûr qu'elle savait que tu devinerais, et que finalement ça l'arrange bien que tu sois venu, parce que cette malle est trop lourde pour elle de toute façon.
Tous deux se retournèrent, Naminé, blanche comme un linge, et Roxas manquant de gober les flocons de neige qui tombaient doucement dans sa bouche ouverte en o.
Zexion, lui, les regardait de son air amusé sur le pas de la porte, ravi d'avoir dit sa petite phrase au bon moment.
Passé le moment d'autosatisfaction, il reprit son air sérieux en se frottant les bras. Il n'avait pas vraiment pris la peine d'enfiler autre chose au-dessus de son petit pull en laine et sentait le froid s'engouffrer sous ses manches.
- Bon, dit-il en fixant Roxas, grelottant. Maintenant tu prends la malle, tu la mets dans ton coffre et tu te dépêches d'aller là-bas à sa place. Naminé, ne tarde pas, il fait froid.
Il fit un signe amical à Roxas, auquel celui-ci répondit machinalement, un peu déboussolé, avant de refermer la porte d'entrée pour empêcher que le froid ne s'engouffre dans la maison.
Naminé et Roxas se regardèrent longuement sans que ni l'un ni l'autre ne sache vraiment quoi dire, dehors, sous la fine neige fondante. Roxas fut le premier à briser la glace. Il ne pouvait pas vraiment en vouloir à son amie. Après tout, elle n'avait rien fait de mal et ne lui avait pas vraiment menti... Et en toute honnêteté, Roxas ne se sentait ni fâché, ni triste. Seule la bizarrerie de la situation l'ennuyait, et il ne savait pas vraiment comment y réagir correctement.
- Qu'est-ce que... tu en penses ? osa-t-il finalement.
Naminé croisa son regard, rouge d'embarras. Elle tortilla ses doigts gantés en cherchant une réponse adéquate.
- En fait... Elle souffla sa réponse, hésitant sur les mots. Zexion n'a pas très souvent tort...
Les yeux se croisèrent à nouveau et Roxas sourit. Naminé soupira, à la fois de soulagement et aussi un peu de bonheur. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait plus vu son ami sourire.
- Okay... fit Roxas en soulevant la manne à linge pour la mettre dans sa voiture. Après tout, je n'ai pas grand chose à perdre.
Naminé hocha vigoureusement de la tête. Elle ne l'avait peut-être pas fait exprès, mais les choses allaient peut être enfin s'arranger. Enfin, si elles n'empiraient pas...
Quand Roxas gara sa voiture sur le parking du manoir, à côté du cabriolet de Reno et de la Fox d'Axel, il sentit comme un élan de nostalgie l'envahir.
C'était l'été, ils étaient en tee-shirt, déjeunaient dehors.
Le paysage hivernal allait bien à ce lieu si particulier. Il lui donnait un autre charme, comme sorti d'un conte de Noël.
Axel avait eu une bonne inspiration en lançant sa soirée ici. C'était quelque chose d'important, peut être pensait-il que ce bâtiment l'était tout autant? On ne pouvait nier que cet endroit faisait partie de ceux que l'on n'oublie pas dans une vie... Surtout quand de tels souvenirs y sont liés.
Voir la roche blanche de la façade et les marches en pierre bleue couvertes de neige était tout simplement féerique, sans parler de l'immense jardin immaculé des abondantes chutes nocturnes. La neige était pure et intacte. Magnifique.
Roxas respira profondément, se demandant si quelqu'un avait déjà remarqué sa voiture sur le parking. Il angoissait un peu, mais pas assez pour reculer. Il se sentait plus en position de force qu'autre chose, malgré la peine qu'il avait dans son cœur. Il savait au fond de lui qu'il n'avait pas tort et jamais personne ne lui avait laissé entendre le contraire.
Roxas avait un caractère bien plus fort que ce qu'il n'y paraissait et il savait exactement ce qu'il voulait. C'était ce qu'il se plaisait à se dire pour se donner un peu de contenance. Cependant, force était de constater que les choses avaient bien changé depuis quelque temps. Le doute avait bien souvent pris la place qu'occupait sa détermination. Axel était arrivé, et c'était devenu le foutoir intégral dans sa vie.
Après avoir embué l'intérieur complet de l'habitacle de la voiture, il se décida finalement à sortir, remontant son col bien haut sur ses oreilles pour éviter le vent froid. Il ouvrit le coffre pour en extraire l'énorme malle remplie à ras bord qu'il était censé déposer chez Axel.
Les marches de pierres étaient glissantes, et Roxas dut appuyer le fardeau à moitié sur sa hanche droite pour arriver en haut de l'escalier sans trop de difficulté. Sans trop réfléchir, il ouvrit l'immense porte en bois de sa main libre et laissa tomber sa charge sur le sol carrelé.
Le bruit résonna entre les murs de la salle vide en un vacarme assourdissant. Lui-même fut surpris de la sonorité de la pièce. Lorsqu'il se redressa, deux paires d'yeux étaient fixées sur lui, comme s'il venait d'un autre monde.
Axel et Reno étaient occupés à déplacer une table d'un bout à l'autre de la pièce quand Roxas fit son entrée, aussi fracassante qu'inattendue. Les deux roux déposèrent doucement la table à l'endroit où ils se trouvaient.
Roxas était dans l'encadrement de la porte, vêtu d'un manteau blanc. La luminosité du soleil timide qui se reflétait sur la neige renforçait le contraste avec la pièce sombre aux lumières déjà allumées en dépit de l'heure encore matinale. Roxas se tenait donc là, entre lumière et obscurité, ne sachant trop s'il devait rentrer ou sortir.
Reno regarda tour à tour son cousin et le nouvel arrivant, se demandant lequel des deux dégainerait le premier. Il se sentait juste légèrement de trop.
Il soupira, se grattant la nuque en quête d'une idée lumineuse.
- Oh mais on dirait qu'il est l'heure de manger ! Ca tombe bien parce que j'ai justement un... euh… rendez-vous. Je serai de retour vers deux heures, Ax', ça te va ? Oui ? Bon appétit, vous deux!
Ni une, ni deux, il se précipita vers la porte et salua Roxas au passage. Le bruit d'un crissement de pneus acheva la fuite de l'aristocrate, laissant Roxas seul avec Axel alors qu'ils ne s'étaient plus vus depuis plusieurs jours.
Roxas soupira en regardant derrière lui, se demandant s'il ne ferait pas mieux de partir, tout simplement. Et alors que cette idée commençait à se faire une petite place dans son esprit, la voix d'Axel interrompit net ses réflexions.
- Entre.
Roxas poussa la malle un peu plus loin à l'intérieur avec son pied, afin de lui permettre de fermer la porte derrière lui. Celle-ci claqua, propageant à nouveau le bruit dans toute la pièce.
Il prit le temps d'ouvrir la fermeture éclair de sa veste, essayant de se mettre à l'aise en dépit de l'ambiance assez pesante qui régnait.
Surprit de voir à quel point les lieux avaient changé depuis sa dernière visite, il parcourut des lieux l'immense pièce déjà partiellement aménagée. Evidement, il ne s'attendait pas à retrouver le manoir comme ils l'avaient laissé, paré de lumières et de décorations, la sono trônant fièrement sur l'estrade avec un DJ qui balançait des rythmes enflammés, un barman derrière le vieux bar en bois faisant couler le champagne à flots...
Néanmoins, le travail d'Axel et Reno commençait à se faire une place bien visible dans l'établissement. Roxas remarqua le nouveau lustre ainsi que les voiles dorés et turquoises qui drapaient le plafond avec goût. Un immense sapin blanc artificiel avait également été mis en place dans un des coins de la salle principale, afin de rester dans l'esprit de Noël. Roxas pensa qu'il devrait être amusant de décorer un si grand sapin, alors que celui de son appartement était ridiculement petit...
Alors que ses yeux vagabondaient d'un point à l'autre de la pièce, il ne remarqua pas qu'Axel s'était approché de lui et étudiait soigneusement le contenu de la malle. Quand il tourna son regard dans sa direction, celui-ci souriait largement en étendant un chemin de table beige aux contours dorés soigneusement décoré pour l'occasion. Naminé avait vraiment dû s'investir pour arranger une telle quantité de tissu en si peu de temps...
Roxas s'appuya sur le pan de mur derrière lui, les yeux toujours fixés sur Axel.
- Tu aurais aussi pu me demander mon aide au lieu de faire travailler Naminé, lui souffla-t-il, une once d'acidité dans la voix.
Axel replia soigneusement la nappe et le reposa, pensif.
Evidemment, la première personne à qui il avait songé était Roxas. Mais il ne pensait juste pas être assez solide pour endurer sa présence à ses côtés. Pas après tout ce qu'il s'était passé entre eux, pas juste comme ça.
Ce n'était pas suffisant et Axel le savait très bien.
Roxas soupira, devinant lui-même les mots dans le silence d'Axel.
- Ecoute... Je ne veux pas que tu penses que je m'en fiche ou quoi que ce soit... C'est juste...
Difficile.
Le mot resta bloqué dans sa gorge, comme si Roxas savait pertinemment que ce n'était pas la chose à dire. Avouer maintenant que la séparation était aussi difficile pour lui, c'était comme dire tout haut qu'il avait eu tort et il ne pouvait pas se permettre ce genre de réflexion. Peut être ne supportait-il pas ça aussi bien que ce qu'il ne l'aurait cru, mais il voulait être sûr de ce qu'il ressentait, et surtout, de ce qu'Axel ressentait.
Ses yeux rivés sur le sol brûlaient de se poser sur lui, de regarder ses yeux si lumineux, de voir son visage doux, d'essayer de deviner ce qu'il se passait de son côté, comment il se sentait, ce qu'il voulait...
- Je ne pense pas ça, Roxas. Je dois te dire que je ne comprends pas tout mais...
Roxas releva son regard et observa le roux à travers ses cils. Il le vit se gratter la nuque dans un geste embarrassé, une vieille habitude qu'il ne perdrait pas.
- ... Je respecte ton choix, d'accord ?
Roxas baissa à nouveau les yeux et enfouit ses mains dans les poches de son anorak. Il ne savait pas vraiment quoi répondre à tout ça. Il se demandait même pourquoi il était venu jusque ici, en sachant très bien qu'il n'aurait pas de réconfort ou de paroles rassurantes à donner.
C'était peut-être juste de la curiosité malsaine, ou le plaisir de voir Axel souffrir comme lui avait souffert, il ne savait pas trop. Mais rien ne semblait vraiment impossible, au vu de l'instabilité émotionnelle dans laquelle il semblait être ces derniers temps.
Axel glissa un carton sous ses yeux, ce qui eut le mérite d'attirer son attention. Celui-ci était doré et turquoise, aux couleurs de la salle, et une jolie écriture noire calligraphiée traversait son centre en formant gracieusement trois lettres.
~A.R.T.~ Soirée de présentation.
- Qu'est-ce que c'est ? fit Roxas en saisissant le carton qui, de toute évidence, lui était adressé.
- C'est une promesse que j'ai faite à Naminé, en contrepartie de son aide.
Roxas retourna l'invitation et comprit soudain quand il vit le nom d'Axel au verso, accompagné du plan d'accès au manoir.
- Je lui ai promis de t'inviter, acheva Axel. Ne te sens pas obligé de venir si tu n'en as pas envie.
Roxas resta un instant sans voix face à l'initiative d'Axel. Naminé avait-elle vraiment négocié cette invitation ? Il se sentit soudain comme pris au piège d'un complot machiavélique.
Mais connaissant Axel, il savait pertinemment qu'il l'aurait invité malgré tout. Elle n'avait juste fait que lui donner une bonne excuse...
- Mais j'apprécierais beaucoup que tu viennes.
Axel expira doucement. Ils étaient ensemble, dans ce lieu chargé de souvenirs, et n'arrivaient pas à se parler.
Quelque chose se serra à l'intérieur de lui. Il avait peur. Peur que tout ait changé sans qu'il ne le remarque. Peur que Roxas l'ait noté lui aussi et que cela soit la raison de son départ.
Le jeune blond mit l'invitation dans sa poche sans prononcer un mot, et referma son manteau, s'apprêtant à sortir à nouveau sous la neige.
Il ouvrit la porte, et le reflet éblouissant de la lumière sur la neige inonda son champ de vision à nouveau, le forçant à interposer sa main devant ses yeux. Une de ses chaussures écrasa la neige du palier, la faisant craquer doucement sous sa semelle. Mais quelque chose l'empêcha d'avancer plus loin.
Axel avait agi sans réfléchir, tendant son bras vers Roxas, quand il comprit, un peu trop tard, que celui-ci partait. Il n'était pas sûr de le revoir avant un bon moment. Il n'était même pas sûr de le revoir tout court. Ses gestes avaient anticipé sa pensée, comme si son corps entier refusait cette réalité.
Roxas le regarda, étonné. Quand Axel se rendit compte à quel point son geste était déplacé, il relâcha simplement sa prise et baissa les yeux. Le bras du blond retomba mollement le long de son corps tandis que ses yeux n'arrivaient pas à se décoller du visage de son vis à vis.
Pourquoi... ?
C'était idiot, mais Roxas s'était attendu à autre chose. Quelque chose de plus.
Ce n'est pas assez.
Ce n'est pas suffisant, Axel.
Quand il prit sa voiture en laissant le roux derrière lui sur le pas de la porte, à regarder ses pas imprimés dans la neige, il eut du mal à ne pas regarder en arrière.
