Note 1 : Oups ! En fait, je crois (enfin, je suis sûre) qu'il y aura plus que trois chapitres XD. Je suis nulle avec les plannings et les prévisions, je l'ai toujours été… Le début de ce chapitre s'étant révélé beaucoup plus long que ce que je pensais, il s'est donc transformé en chapitre n°2. Les autres scènes qui étaient prévues seront donc le chapitre n°3 (et si je me laisse avoir comme pour celui-ci, peut-être le chapitre n°4 aussi… le n°5… le n°6 ?). Et donc mon chapitre n°3 initial devra encore patienter avant d'être tapé sur PC. Tout ça pour que les chapitres ne soient pas trop déséquilibrés (ni les scènes bâclées), parce que ça serait bizarre d'avoir un chapitre central cinq fois plus long que les extrémités… d'autant qu'il ne serait pas là avant perpèt' parce que ça me prend du temps avant que j'arrive à écrire quelque chose qui me satisfasse assez pour être publié ! J'espère qu'ils ne vous décevront pas en tout cas…

Note 2 : vous l'aurez vite reconnu, les deux premiers passages en italique ne m'appartiennent pas, ils sont tirés des versions françaises des tomes 5 et 6. Si vous êtes impatients, vous pouvez les zapper, ils sont là uniquement pour rafraîchir la mémoire et resituer le contexte.


Chapitre II

Il aperçut Maugrey Fol Œil, qui paraissait aussi sinistre avec son chapeau melon enfoncé sur son œil magique que s'il était resté tête nue. Ses mains noueuses tenaient un grand bâton et son corps était enveloppé d'une grosse cape de voyage. Tonks se tenait juste derrière lui, ses cheveux d'un rose chewing-gum brillant à la lumière du soleil qui filtrait à travers la verrière crasseuse de la gare. Elle était vêtue d'un jean abondamment rapiécé et d'un T-shirt violet sur lequel on pouvait lire : « Les Bizarr' Sisters ». Lupin était à côté d'elle, le teint pâle, les cheveux grisonnants, un long pardessus usé couvrant un pantalon et un pull-over miteux. Enfin, parés de leurs plus beaux atours de Moldus, Mr et Mrs Weasley menaient le groupe, accompagnés de Fred et de George qui arboraient des blousons flambant neufs d'un vert criard.

Quelques minutes plus tôt.

- Fred ! George ! Dépêchez-vous, nous allons être en retard, se plaignit une fois de plus Mrs Weasley en se tournant vers ses deux jumeaux.

Ils distribuaient des tracts pour leur boutique aux sorciers qu'ils repéraient dans la foule.

- Mais bien sûr, avec dix minutes d'avance… soupira Fred. Tiens, celui-là, là-bas, avec son béret violet, son châle vert, son kilt écossais et ses bottines… un vrai sorcier facétieux, j'en suis sûr.

- Exact, je m'en occupe. Oh, là-bas, à côté de papa, vise un peu le chapeau melon et la… oups, mauvaise cible, murmura George avec un grand sourire forcé.

Maugrey venait de le foudroyer de son œil valide tandis qu'il serrait la main d'Arthur et que Molly embrassait Remus. Fred et George se joignirent donc au petit groupe qui venait de se former tout en saluant avec emphase les nouveaux arrivants :

- Qu'est-ce que vous manigancez, tous les deux ? les questionna Maugrey.

- Mais rien du tout, Fol Œil ! J'étais en train de me dire que ton couvre-chef serait un modèle parfait pour notre prochain projet, le Chapeau Bouclier.

- Il va falloir revoir votre stratégie marketing alors, dit une voix malicieuse derrière leur dos. Non pas que ton chapeau soit ridicule, Fol Œil – loin de moi cette idée – mais avec la cote de popularité de Fudge qui descend en flèche, je doute que ce soit un accessoire très à la mode dans les mois à venir.

- Tonks, ma chérie ! s'exclama Mrs Weasley en la serrant dans ses bras. Comment vas-tu ? Tu es sûre d'être assez en forme, tu n'es sortie qu'hier de Ste Mangouste, tu n'aurais peut-être pas dû…

- Voyons, laisse-moi réfléchir, dit l'intéressée en prenant un air sérieux. J'ai passé une éternité dans une chambre d'hôpital alors que je n'avais strictement rien et ils m'ont enfin libérée hier alors… j'aurais peut-être dû m'enfermer chez moi, effectivement, je n'y avais pas pensé !

- Ne sois pas sotte, ça aurait pu être grave. Je suis ravie de te voir en tous les cas, et tu es rayonnante, n'est-ce pas les garçons ?

- Content de te revoir parmi nous, Tonks, la salua Mr Weasley. Molly a raison, tes cheveux sont très lumineux.

- Merci, Arthur, tu sais parler aux Métamorphomages, toi, lui glissa-t-elle avec un clin d'œil.

- Splendide ! acquiescèrent en chœur les jumeaux en lui prenant chacun une main pour y déposer un baiser… et un prospectus au passage.

- Tu as l'air en pleine forme, en effet. Heureux de te compter à nouveau parmi nous, Nymphadora, lui dit Remus en souriant.

- Je ne voulais louper ça pour rien au monde, j'ai hâte de voir Fol Œil botter les fesses des Moldus de Harry !

- Leur faire peur suffira, je pense, grogna-t-il. Inutile de trop attirer l'attention sur nous.

- Ne regarde pas mes cheveux de cette façon, Fol Œil ! Ton chapeau est beaucoup plus louche je te signale.

- Si tu le dis, marmonna-t-il en se mettant à inspecter les environs avec son œil valide, l'autre étant déjà au travail depuis belle lurette.

- Je ne voudrais pas gâcher les retrouvailles, dit Mr Weasley. Mais avant que le train n'arrive…

Il fit une pause, s'assurant que personne autour d'eux ne pouvait les entendre.

- Voilà, Dumbledore nous a envoyé un hibou tout à l'heure pour nous confier une mission. Seulement…

- Arthur et moi aimerions passer le reste de l'après-midi avec les enfants, acheva Mrs Weasley. On ne les a pas beaucoup vus depuis vous-savez-quoi, ça vous dérangerait tous les trois d'y aller à notre place ?

- Pas de problème ! assura joyeusement Tonks. C'est même avec plaisir, j'ai hâte de me remettre au travail.

- Ça ne me dérange pas non plus, je n'avais rien de prévu, la tranquillisa Remus.

- Désolé, je vais devoir vous fausser compagnie, j'ai déjà une mission pour l'Ordre, s'excusa Maugrey.

- De quoi s'agit-il ? demanda Tonks à l'adresse des Weasley.

- Rien de très réjouissant, soupira Mr Weasley. Et si vous ne voulez pas vous en charger, nous le comprendrions. Dumbledore trouvera certainement quelqu'un d'autre.

- Oh, Arthur ! Plusieurs élèves sont déjà passés ! s'écria Mrs Weasley qui scrutait la barrière avec attention.

- Je vous montrerai sa lettre tout à l'heure, précisa-t-il à Remus et Tonks.

Molly se rapprocha de la barrière magique et bientôt :

- Ron, Ginny ! appela[-t-elle] en se précipitant vers ses enfants pour les serrer dans ses bras. Oh, et Harry… Comment vas-tu ?

- Très bien, mentit Harry tandis qu'elle l'étreignait à son tour.

[…]

Alors que Harry, Hermione et Maugrey avaient déjà pris congé, et tandis que sa femme – sous les moqueries des jumeaux – inspectait avec la vigueur qui était la sienne une Ginny et un Ron protestataires pour vérifier qu'ils se portaient bien, Mr Weasley prit Remus et Tonks à part pour finir leur conversation :

- Voici la lettre de Dumbledore, dit-il en tendant le parchemin à Remus.

Ce dernier l'ouvrit alors que Tonks se penchait au dessus de son épaule pour pouvoir la lire en même temps que lui :

Chers Arthur et Molly,

Les derniers événements se sont succédé de telle façon que l'Ordre n'a pu être réuni récemment. Avant que cela ne se produise sous peu, il me semble néanmoins primordial de vérifier une ou deux choses.

Si cela vous est possible et ne vous dérange pas, j'aimerais que vous vous rendiez au quartier général de l'Ordre pour y effectuer deux tâches.

Avant tout, il nous faut retrouver le testament de Sirius afin de s'assurer de l'identité du nouveau propriétaire des lieux. Si mes suppositions s'avèrent exactes, Sirius a dû léguer la majeure partie de ses biens à Harry. Cependant, même si tel est le cas, il nous faudra prendre en considération la tradition familiale des Black qui veut que cette maison revienne au premier héritier mâle de la lignée. Pour cette raison, il me semble plus sage d'évacuer temporairement les lieux et donc de retirer en priorité les documents les plus importants.

Vous n'ignorez pas que la descendante directe de la famille Black se trouve être à présent Bellatrix Lestrange. Aussi, la plus grande prudence sera de mise dorénavant lorsque vous vous rendrez là-bas.

Dans l'hypothèse où vous ne seriez pas disponibles pour cette mission, merci de transmettre ce message à d'autres membres de l'Ordre ou de m'en informer.

Cordialement.

Albus.

Tonks se tenait immobile derrière Remus, le regard toujours orienté vers les lignes sans vraiment les voir. Elle avait fini sa lecture et ne savait ce qui la perturbait le plus. Elle qui s'était réjouie quelques minutes plus tôt de reprendre du service avait eu un léger choc en lisant les mots « testament de Sirius ». Elle avait instinctivement tourné son visage vers celui de Remus, prête à prononcer son prénom, à lui assurer qu'elle pourrait s'en charger seule s'il voulait. Or celui-ci était resté impassible, les yeux fixés sur l'écriture fine et penchée de Dumbledore, comme pour la prier de ne pas faire de commentaires. En tous les cas, c'était ainsi qu'elle l'avait ressenti, elle s'était donc abstenue et avait repris sa lecture. Une colère sourde avait commencé à gronder au fond d'elle à la simple idée que Bellatrix puisse hériter de la maison de Sirius. Il ne manquerait plus que ça ! Ce sentiment se bousculait aux pensées qu'elle attribuait à Remus et elle en était là – énervée par la haine qu'elle portait à sa tante mais aussi par l'idée qu'il souffrait et qu'elle était incapable de dire quoi que ce soit de peur d'enfoncer le clou – lorsqu'il plia calmement le morceau de parchemin, la sortant de ses tourments.

- Pour ma part, je ne vois pas d'objection à effectuer cette mission, Arthur, déclara-t-il d'une voix posée en lui tendant la lettre.

- Mais… ? essaya de riposter Tonks avant de s'arrêter net tandis que Remus tournait vivement la tête vers elle.

Ils se fixèrent un instant. Le lycanthrope haussait à présent les sourcils en signe d'interrogation polie, mais elle aurait juré avoir vu son regard se durcir et ses traits se contracter une seconde auparavant. S'était-il senti importuné par cette tentative de le contredire ? Avait-il ressenti comme une attaque, une intrusion dans ses sentiments, le fait qu'elle cherche à les comprendre ? Ou bien n'était-elle qu'une idiote qui tergiversait sans raison ? Elle détourna son regard et se concentra pour empêcher le rouge de lui monter aux joues. Parfois, être Métamorphomage avait vraiment ses avantages.

- Tu voulais dire quelque chose, Nymphadora ? s'enquit Remus. Peut-être qu'il serait préférable que tu ne viennes pas si…

- Non ! protesta-t-elle vivement en relevant la tête. Enfin, bien sûr que je viens avec toi, ajouta-t-elle plus calmement. Pourquoi je n'irais pas ?

- Je ne sais pas… hésita-t-il en cherchant ses mots et en la dévisageant pour tâcher de comprendre à quoi la jeune femme pensait. Si jamais on croisait Bellatrix, peut-être que…

- Oh, Bellatrix… c'est vrai…

Elle avait temporairement oublié cette donnée, trop troublée par la réaction de Remus.

- Il vaut peut-être mieux que tu évites de la croiser, ça serait plus prudent, exposa-t-il en fuyant son regard et en cherchant l'appui de quelqu'un d'autre. Qu'en penses-tu, Arthur ?

Alors comme ça, Monsieur ne voulait pas laisser transparaître le moindre sentiment par rapport à la mort de Sirius mais il se permettait d'être inquiet pour elle parce qu'elle avait émis l'hypothèse de se venger de Bellatrix l'autre jour à l'hôpital ? Il était gonflé ! S'il était sincèrement inquiet qu'il lui arrive quelque chose, c'était plutôt positif, mais il oubliait un peu trop souvent à son goût qu'elle était une Auror tout à fait capable.

- Si tu t'inquiètes pour moi, c'est très gentil, Remus, mais je ne vois pas le problème, répliqua-t-elle d'un ton courtois qui n'acceptait cependant aucune réplique.

Ils s'observèrent yeux dans les yeux un instant puis Remus soupira :

- Bien, dans ce cas tu peux dire à Dumbledore que nous nous chargeons de la mission, Arthur.

Ce dernier avait observé la scène sans oser intervenir, comprenant le point de vue des deux protagonistes et ne voulant pas prendre parti. Il les remercia en leur souhaitant bonne chance et s'en alla retrouver sa famille.

Tonks pointa du doigt un endroit un peu à l'écart dans la gare d'où ils pourraient transplaner sans être vus. Remus l'y suivit et n'eut pas le temps de prononcer un mot que déjà elle lui proposa :

- On se retrouve à l'entrée du square, histoire d'avancer en sécurité jusqu'à la maison pour vérifier qu'il n'y a personne dans les environs, ça te va ?

- Oui, bonne idée, acquiesça-t-il alors que la Métamorphomage se volatilisait déjà dans un crac sonore.

Une seconde plus tard, il la retrouva dans une ruelle sombre et crasseuse. D'un signe de tête, ils se mirent d'accord pour avancer tout en inspectant les lieux chacun dans une direction. Aux aguets, presque dos à dos, chacun avançait en méditant sur l'ambiance qui régnait… lourde, comme plombée, elle les mettait tous les deux mal à l'aise.

Remus se demandait si la jeune sorcière lui en voulait. Il le réalisait à présent, il avait sans doute manqué de tact. Il avait pourtant essayé de marcher sur des œufs, sachant à quel point elle pouvait être fière, comme la plupart des membres de sa famille. Il savait qu'elle était tout à fait en mesure de se défendre, qu'elle n'était pas Auror pour rien… mais il n'avait pu s'empêcher d'avoir ce réflexe de protection. Si jamais elle croisait à nouveau Bellatrix, ne serait-elle pas déstabilisée ? Ou, au contraire, un peu trop téméraire, comme Sirius ? Voilà, c'était cela, elle lui rappelait tellement Sirius. Il ne voulait pas qu'il lui arrive le même sort. Il n'était peut-être pas aussi protecteur avec les autres membres de l'Ordre mais c'était parce que Tonks était jeune et intrépide. Bon, s'il voulait être honnête et analyser objectivement la situation, Fred et George rentraient aussi dans cette catégorie. Sans doute étaient-ils même encore plus turbulents et moins raisonnables qu'elle. Mais ils avaient leurs parents qui veillaient sur eux. Ceux de Nymphadora ne faisaient pas partie de l'Ordre. Et elle pouvait être tellement maladroite que cela inciterait n'importe qui à vouloir prendre soin d'elle. Oui, il la trouvait à la fois attendrissante et impétueuse… et cette constatation n'était pas du tout pour lui plaire ! À quoi pensait-il, bon sang ? Il était en mission pour l'Ordre, qui plus est pour retrouver le testament de Sirius. L'heure n'était pas aux divagations.

Remus se rembrunit tandis que Tonks cogitait toujours.

C'était sans doute la première fois qu'ils étaient en froid mais une chose était sûre, elle détestait cela. Néanmoins, l'atmosphère avait toujours été glaciale dans ce quartier, peut-être que cela n'avait rien à voir avec eux… Lui avait-elle répondu trop fraîchement tout à l'heure ? Ce n'était pourtant pas son intention. Elle était flattée qu'il tienne à elle et veuille la protéger mais cela l'avait un peu froissée qu'il ne la pense pas assez forte pour affronter à nouveau Bellatrix. Et puis Remus était tellement gentil, il aurait probablement réagi de la même manière avec n'importe qui. Ce n'était pas une marque d'affection particulière. Alors elle s'était à moitié braquée dans une attitude fière qu'elle détestait. Elle avait pris les commandes pour lui montrer qu'elle était parfaitement capable de mener à bien cette mission. Mais à présent, elle regrettait son comportement et aurait bien aimé qu'il rompe ce silence de mort pour qu'une conversation amicale et légère reprenne entre eux, comme cela avait été souvent le cas au quartier général ou au Terrier… Inutile de compter sur elle pour faire le premier pas ! Et puis quoi, encore ? Elle avait sa fierté.

Elle jeta un coup d'œil dans son dos et le vit toujours aux aguets, l'air soucieux. Ah ! Ce qu'elle n'aimait pas quand il avait cet air si sérieux et si tourmenté… Ça lui donnait envie de le dérider, de lui dire de relâcher la pression, qu'il avait le droit de se détendre lui aussi… et du coup… paradoxalement… ça la faisait fondre quand il était comme ça. Ce qu'elle pouvait être faible, elle n'allait tout de même pas craquer aussi facilement…

- Aïe ! Quelle conne… marmonna-t-elle en sautillant alors qu'elle venait de se cogner le pied dans une bouche d'incendie.

- Ça va ? s'inquiéta aussitôt Remus en se tournant vers elle. Tu ne t'es pas fait trop mal ?

- Non, non, ça va, merci, grommela-t-elle entre ses dents. Ça m'apprendra à regarder les badauds…

- Les badauds ? Tu as vu quelqu'un de suspect ? demanda-t-il à nouveau sur le qui-vive.

- Pas un rat, souffla-t-elle. C'était… Oh, et puis flûte, c'était toi que je regardais, Remus, parce que j'en avais marre qu'on se f… enfin, qu'il y ait ce silence si pesant. Et comme j'estime que tu as fait le premier pas en me demandant si ça allait, je peux à nouveau te parler et m'excuser pour tout à l'heure si je t'ai froissé en te répondant trop brusquement. Voilà, ce n'était pas du tout mon intention alors, s'il te plaît, on oublie ça, d'accord ?

Il resta interloqué quelques secondes, surpris par cette tirade. Elle lui faisait des excuses?

- Je ne suis pas sûr que ce soit vraiment le lieu idéal pour discuter… et je ne suis pas certain non plus d'avoir tout compris… mais si ça te tient tant à cœur, je crois plutôt que c'est à moi de te demander pardon, et non l'inverse. Je n'ai absolument aucune raison de te couver comme je le fais et donc je comprendrais parfaitement que tu m'en veuilles pour ma remarque de tout à l'heure, je suis désolé.

- Bien… bien… nous n'avons donc absolument aucune raison d'entretenir ce silence glacé, c'est génial, vraiment, grinça-t-elle malgré elle en se mettant à nouveau à avancer.

Il l'attrapa par le poignet d'un geste impulsif :

- Nymphadora, qu'est-ce que j'ai encore dit de travers cette fois ?

- Mais rien, voyons, c'est…, commença-t-elle un peu emportée avant de reprendre plus calmement en voyant son visage embarrassé. Non, vraiment, ce n'est rien Remus, c'est moi, laisse tomber…

La désillusion qui se peignait sur le visage de la jeune femme lui fit lâcher instinctivement son bras. Qu'est-ce que tout cela voulait dire ? Il avait peur de comprendre et ne le voulait assurément pas. Quelque chose au fond de lui le mettait en garde. Il était sur une pente bien trop glissante, il fallait qu'il change de sujet.

- Tu veux passer devant ou tu préfères surveiller nos arrières ? Je doute que des Mangemorts soient présents ce soir mais la maison a peut-être des défenses particulières depuis que… enfin… à toi de voir, finit-il en regardant ailleurs.

Elle ne le remarqua qu'à cet instant précis mais se demanda s'il avait été capable de prononcer le prénom de son ami de vive voix depuis sa mort. Elle se souvenait très bien qu'il l'avait coupé lorsqu'elle avait voulu en parler à Ste Mangouste. Alors, si tel était le cas… Peut-être ne tenait-il pas à elle autant qu'elle avait pu l'espérer mais, en tant qu'amie, elle n'allait certainement pas le laisser se défiler ainsi. Il fallait que l'abcès soit percé et elle comptait bien l'y aider dès ce soir. Aussi :

- Je vais prendre les devant, si tu le veux bien.

Après s'être assurés de l'absence de pièges et d'individus indésirables, ils enfermèrent un Kreattur des plus insupportables dans la cuisine et commencèrent les recherches dans la dernière chambre qu'avait occupée Sirius. Bien vite, le silence qui accompagnait leurs gestes devint insoutenable pour Tonks :

- Il… il t'en avait parlé ? De son testament ? Tu crois qu'il envisageait la possibilité que… ?

- Non, répondit Remus d'une voix inhabituellement rauque qu'il aurait souhaité ne pas avoir. Enfin, je pense que Dumbledore a raison, pour Harry… Il a toujours pris son rôle très à cœur, c'était son filleul, la seule personne à qui il tenait encore vraiment. Mais il ne m'en a jamais parlé. Si… il était toujours enfermé ici à cause de sa situation. Est-ce qu'il envisageait la possibilité de pouvoir… mourir… ? S'il y a pensé, c'est sans doute après avoir réussi à s'enfuir de Poudlard. Il risquait gros à cette époque…

Bon, autant prendre l'hippogriffe par les serres.

- Remus, tu as réussi à dire son prénom depuis que Sirius est mort ?

Il encaissa la question sans broncher, trop étonné sans doute qu'elle ait osé être si directe. Pétrifié durant une fraction de seconde, il releva simplement la tête et la dévisagea comme s'il la voyait pour la première fois.

- Alors ? insista-t-elle en douceur, sans se démonter, certaine que cette étape était nécessaire.

- En quoi est-ce que… ?

- Oh, non ! C'est moi qui t'ai interrogé la première, ne t'avise pas d'essayer d'esquiver par une autre question.

Il resta muet quelques minutes, interloqué par ce petit bout de femme qui lui donnait presque un ordre. Bien sûr, rien ne l'obligeait à lui répondre. Connaissait-il seulement la réponse, d'ailleurs ? Y avait-il porté attention ? S'était-il rendu compte qu'il fuyait ce prénom autrement que dans ses souvenirs, dans ses pensées ? Probablement, oui, inutile de se mentir… Mais qui cela interpellait-il, ses blocages, ses problèmes… ses sentiments ? Personne… personne ne s'était intéressé à ses états d'âme depuis l'époque où James et Lily étaient encore en vie. Personne, jusqu'à cette mini tornade rose qui le toisait à l'instant, sûre d'elle, les poings sur les hanches.

Il soupira et s'assit sur le lit :

- Tu as raison. Je n'ai pas dû avoir l'occasion de…

- Hum, hum…

- Pardon… je n'ai pas dû avoir le cran de le dire, sourit-il tristement. Tu es une personne très attentive, Nymphadora. Alors, je suppose que tu souhaites me l'entendre formuler ?

- Seulement si tu t'en sens capable, Remus, lui dit-elle tendrement en prenant place à ses côtés. Seulement si tu es prêt.

- Il…

Sa phrase se bloqua dans sa gorge. Il soupira à nouveau, prit une grande inspiration et se lança :

- Sirius était trop téméraire… Je le sais, je le savais, mais je n'ai rien pu faire… Non, plutôt, je n'ai rien fait, je n'ai rien tenté… Il n'aurait jamais dû se rendre au Ministère, il n'aurait jamais dû combattre Bellatrix… Mais il n'en avait que faire, tout ce qu'il voulait, c'était agir, comme toujours. Peu importaient les conséquences pour lui, tant qu'il se sentait vivre. Il avait toujours détesté être enfermé, que ce soit dans cette maison ou par les préjugés qu'essayait de lui inculquer sa famille… par les règles, par la raison… par une laisse en fin de compte, finit-il en souriant amèrement. Il détestait cet endroit et sa famille et on l'a laissé se faire détruire par les deux…

Tonks déglutit difficilement. Elle ne s'était pas attendu à autant de confidences. Elle en était à la fois soulagée et… dérangée. Une sensation désagréable commençait à s'insinuer insidieusement en elle, sans qu'elle puisse la définir, oppressante, dangereuse… Elle essaya de ne pas y prêter attention, ce n'était probablement l'affaire que d'un instant. Une fois de plus, elle ne trouva pas les mots, mais c'est tout naturellement, presque inconsciemment, qu'elle laissa glisser sa main dans celle de Remus.

Il sursauta, pris au dépourvu. Malgré cela, ce fut un ton étrangement lucide, presque autoritaire, mais cependant calme, comme résigné, qu'il adopta lorsqu'il lui demanda :

- Qu'est-ce que tu fais, Nymphadora ?

Elle s'immobilisa immédiatement. À l'instant, elle s'était revue plusieurs années en arrière, lorsque son père lui posait cette question exactement de la même manière quand il la prenait la main dans le sac, en train d'essayer de piquer la baguette magique d'un de ses parents. Elle chassa cette image idiote de sa tête et chercha à se justifier :

- Remus, je…

Il retira sa main et son visage se fit plus dur à mesure que ses doutes se confirmaient. Quel imbécile il avait été de se laisser ainsi aller… Il avait bien senti, pourtant, être en terrain glissant. Pourquoi ne s'était-il pas plus écouté ?

Tonks fut quelque peu déstabilisée par ce changement d'atmosphère. Remus dégageait une sorte d'aura de colère contenue à présent. Oh, apparemment pas contre elle, tout du moins pas en majeure partie. Elle pensait le connaître assez dorénavant pour savoir qu'il devait se morigéner intérieurement. Mais malgré ses traits crispés et ses sourcils froncés, signes visibles de sa mauvaise humeur, elle avait remarqué quelque chose de nouveau chez lui. Dans ses yeux. Comme une lueur de peur. Comme si, au fond, il ne savait pas, comme s'il était perdu.

Se raccrochant à cet ultime espoir, Tonks prit son courage à deux mains :

- Tu sais, tu n'es pas seul, Remus. Enfin, ce que je veux dire, c'est… Tu n'es pas obligé de t'isoler, tu ne dois pas te mettre à l'écart, t'éloigner des autres pour des raisons… Tu as autant le droit que n'importe qui d'avoir des sentiments et d'être heureux, voilà… et si, si jamais dans cette optique, tu pensais que je… enfin, si jamais il y avait une toute petite chance pour que tu m'acceptes à tes côtés… fais-moi signe… s'il te plaît.

- Ne dis pas de bêtises, Nymphadora.

La sentence claqua dans l'air, sèche, implacable. Le malaise de Tonks en profita pour la submerger en une vague qui lui mit le cœur au bord des lèvres. Jamais elle ne l'avait entendu prendre un ton aussi intransigeant, et encore moins envers elle.

Sans doute s'en voudrait-il plus tard… mais pour l'instant, Remus était bien incapable de faire marche arrière. Peu importaient les remous qui faisaient rage dans sa tête, dans son corps. Seule la certitude qui s'était ancrée en lui depuis tant d'années, depuis qu'il était devenu ce qu'il était, avait surgi assez forte de ce tourbillon pour lui permettre de réagir : il n'avait pas le droit, c'était impossible. S'il s'écoutait, il pourrait presque en vouloir plus à Tonks qu'à lui. Quelle mouche l'avait piquée ? Elle savait, pourtant. Quelle insouciance ! Celle de la jeunesse, évidemment. Avait-elle seulement réfléchi à toutes les implications ? Sûrement pas… elle avait dû se laisser emporter par le moment présent. Oui, ce n'était qu'un incident passager, elle allait s'en rendre compte, forcément.

- Des bêtises… répéta-t-elle d'une voix blanche. Pourquoi… ?

- Nymphadora, tu es une jeune sorcière intelligente, réfléchis deux secondes et tu t'apercevras très vite de la sottise de tes propos. Tu sais très bien que ça n'a pas de sens, essaya-t-il de lui faire comprendre comme un professeur le ferait avec une élève, sans méchanceté aucune.

- Je ne suis… je ne te plais pas, interpréta-t-elle d'un ton éteint, fataliste.

- La question n'est pas là, voyons. Ouvre les yeux. N'importe qui serait capable de donner immédiatement au moins… je ne sais pas, au moins cinq raisons valables qui rendent cette proposition creuse.

- Creuse ? répéta-t-elle avec un peu plus de vie.

Elle le regarda attentivement et lui découvrit une expression nouvelle. Il semblait si sûr de lui, un peu supérieur comme seuls les gens bornés, aveuglés, peuvent l'être. Il n'avait pas pris le temps de considérer vraiment les choses, il s'était aussitôt barricadé derrière… des raisons valables ou bien des préjugés ?

- Tu peux m'aider, Remus ? J'ai peur de ne pas être suffisamment intelligente pour les trouver, ces raisons, le défia-t-elle un peu amère et sarcastique.

Si elle arrivait à ne rien laisser paraître, elle faisait pourtant de louables efforts pour empêcher les larmes de monter. Légèrement piqué au vif par cette tonalité, Remus ne prit même pas la peine de la regarder pour lui répondre :

- Tu devrais rentrer te reposer, Nymphadora. Demain, quand tu te réveilleras, tu ne comprendras même pas comment tu as pu en venir à cette proposition, parce que l'évidence te frappera comme elle aurait dû le faire il y a deux minutes, avant que tu te laisses emporter : je suis un loup-garou, un être des plus dangereux qui est par ailleurs rejeté de la communauté des sorciers, alors que, toi, tu es une jeune sorcière douée et charmante qui pourrait presque être ma fille. Et on est en guerre. Demain, tu t'en souviendras et tu n'auras qu'une hâte : passer à autre chose, finit-il en tournant enfin le visage vers elle.

Aussitôt, elle se retourna, se leva et se dirigea vers la porte. Elle ne voulait pas qu'il voie à quel point ses paroles la touchaient. Il lui parlait comme si elle avait agi sur un coup de tête, comme si ses sentiments n'étaient que des paroles en l'air. Il ne voulait pas d'elle, très bien. Mais il devrait trouver plus convaincant. Arrivée sur le seuil de la chambre, elle s'arrêta et pivota :

- À moins que tu aies une autre raison à m'exposer, et une bonne raison, pas des préjugés surmontables, je te ferais remarquer que tu ne m'en as donné que trois, ou à la rigueur quatre, si tu tiens vraiment à faire entrer le contexte historique dans ce sens.

Les larmes coulaient librement sur ses joues mais son visage était fier, avec cet air un peu hautain qui caractérisait les Black et qu'il était très rare de lui voir porter. C'était une façade, bien sûr, son ultime masque qui s'affichait malgré elle lorsqu'elle atteignait ses limites. Elle n'abandonnerait pas aussi facilement, pas tant qu'il resterait buté sur sa condition ou sur un détail aussi insignifiant que leur différence d'âge. Mais s'il lui portait un seul nouveau coup, elle serait à ramasser à la petite cuillère.

- Réfléchis-y vraiment, Nymphadora, fut tout ce qu'il put dire en serrant les poings, troublé qu'elle ne se soit pas rendue à la raison, troublé par ces larmes qui inondaient son visage.

Et elle partit.


Verdict ? Vous trouvez ça crédible ? Remus est trop dur ? Ça n'a pas été facile d'essayer de bien doser, mais quand on voit dans quel état est Tonks ensuite, je pense qu'il fallait plus qu'un petit rejet et le Remus sage et gentil qu'on adore. Enfin, il y a encore un autre point qui la fera tomber dans la déprime mais c'est pour la suite…