RAR : merci Molly1 pour ta review, elle me fait très plaisir :D. C'est vrai que j'ai mis le temps à écrire à nouveau, mais ça fait du bien de s'y remettre !
Note : Merci à tous les lecteurs qui passent sur cette fic. Vous êtes plus de 60 pour le moment donc ça me fait très plaisir même si j'avoue être curieuse de vos impressions... Après relecture de mon deuxième chapitre, j'ai corrigé une faute horrible (« s'en charger » au lieu de « sans charger ») mais j'ai vu d'autres choses qui pourraient être améliorées. C'est toujours bien de prendre du recul plutôt que de publier tout de suite mais bon, comme je ne suis déjà pas très rapide dans mes mises à jour, je préfère ne pas vous faire attendre plus longtemps. J'ai pris plus de plaisir à écrire le chapitre qui vient donc j'espère qu'il vous plaira.
Bonne lecture !
Chapitre III
Réfléchis-y, vraiment…
Elle avait sept ans, hissée sur la pointe des pieds sur un tabouret défendu, un sentiment mêlé d'excitation et de peur montait en elle alors qu'elle allait atteindre la baguette magique posée en haut du buffet…
Qu'est-ce que tu fais, Nymphadora ?
Elle se retourna vivement… et faillit trébucher. Elle cligna des yeux, elle était au 12 square Grimmaurd, deux bras solides venaient de la rattraper. Elle vit Molly, au bout du couloir, soupirer de soulagement devant le portrait de Mrs Black, qui avait frémi mais se tenait finalement tranquille…
Tu n'as rien ? Il faudrait vraiment qu'on se décide à enlever ce porte-parapluies, quelqu'un va finir par se blesser, lui dit l'homme aux bras secourables.
Elle releva la tête mais avait déjà reconnu sa voix chaleureuse, un brin rieuse.
Remus.
Elle sourit et répliqua :
- Ça serait dommage, si je n'ai plus d'obstacle sur mon passage, les chances d'entendre la voix si mélodieuse de la maîtresse de maison manqueront.
- Oh, je te fais confiance, tu trouveras toujours le moyen de nous mettre de l'animation. Souviens-toi de la cape de Maugrey, hier ! Mémorable ! Même Sirius en riait encore le soir venu.
- Arrête, j'en ai encore des frissons ! Il s'est retourné si brusquement pour voir qui lui avait marché dessus que ça m'a fait faire un joli vol plané mais vous n'avez pas vu le pire. J'ai bien cru que son œil allait littéralement sortir de son orbite et me tomber dessus… brrr…
- C'est vrai, il semblait totalement pris au dépourvu. Tu as vu le trou qu'il a fait dans le mur à côté du portrait de la mère de Sirius quand il a voulu la faire taire ? Tu peux te vanter d'avoir pris le grand Fol Œil par surprise et d'être toujours en vie !
- Tu as tout à fait raison ! Je devrais le mettre sur mon C.V., tiens !
Ils rirent en chœur alors qu'ils ouvraient la porte de la cuisine.
Elle eut un mouvement de recul. Ce n'était pas la cuisine mais la chambre de Sirius. Elle était sur le seuil et voyait devant elle, assis sur le lit, Remus et elle-même à ses côtés.
Il n'aurait jamais dû se rendre au Ministère, il n'aurait jamais dû combattre Bellatrix…
Elle cligna des yeux et se retrouva sur le lit. Elle tourna la tête vers la porte d'entrée, elle n'y était plus.
Il détestait cet endroit et sa famille et on l'a laissé se faire détruire par les deux…
Elle se tourna vers Remus. Ses paroles résonnèrent dans sa tête, encore plus amères et plus dures, tandis que son estomac se nouait.
Il n'aurait jamais dû se rendre au Ministère, il n'aurait jamais dû combattre Bellatrix… Il détestait cet endroit et sa famille et on l'a laissé se faire détruire par les deux…
Elle regarda le visage de Remus, puis sa main… deux fois de suite… et lorsque, hésitante, elle tendit la sienne dans sa direction, le paysage autour d'elle se brouilla.
Elle releva la tête pour essayer de distinguer les traits de Remus, mais elle se retrouva nez à nez avec Bellatrix. Elles étaient dans la salle de la Mort au Ministère. Les combats faisaient rage tout autour tandis qu'elles se lançaient des sorts à tour de rôle.
- Alors, c'est toi, le clown de la famille ? Tu parles d'une réussite. Andromeda n'a vraiment aucun honneur. Copuler avec un Sang-de-Bourbe pour donner naissance à un monstre. Je me serais suicidée à sa place.
- Dommage que tu ne te sois pas fait engrosser par un Moldu dans ce cas, ça aurait arrangé tout le monde, répliqua-t-elle en serrant les dents, juste avant d'esquiver un maléfice bien plus puissant que les précédents.
- Oh, c'est qu'il a de la repartie le petit singe ! Mais sera-t-il capable de battre sa tata ? Alors qu'elle ressemble tant à sa traîtresse de maman ? lui demanda-t-elle en affichant un sourire serein et sincère des plus convaincants et en adoptant une voix douce qui prit Tonks à contre-pieds. Elle se figea subrepticement mais cette fraction de seconde suffit à Bellatrix pour lui jeter le sort qui la plongea dans les ténèbres. Alors qu'elle se sentait chuter en arrière, des paroles se rappelèrent à elle :
- … si jamais il y avait une toute petite chance pour que tu m'acceptes à tes côtés…
- Ne dis pas de bêtises, Nymphadora, trancha-t-il implacable.
Puis le rire sans pitié de sa tante se répercuta en écho, sans fin, dans sa tête :
- Oh, touché !
Tonks se réveilla en sursaut, couverte de sueur.
Son cœur battait la chamade, ses oreilles bourdonnaient encore de la voix cynique de sa tante. Un cauchemar, Tonks, ce n'était qu'un cauchemar ! tenta-t-elle de se rassurer.
Elle regarda son réveil. Deux heures du matin. Jamais elle n'arriverait à se rendormir après ça. Elle soupira, amère. Il en avait de bonnes, tiens ! Tu devrais rentrer te reposer, Nymphadora. Demain, tu t'en souviendras et tu n'auras qu'une hâte : passer à autre chose. Passer à autre chose… comme si elle le pouvait… comme si elle le voulait. Bien sûr que non ! Ce qu'elle voulait, c'était lui, et elle était bien décidée à le lui faire comprendre.
Ses entrailles se contractèrent à cette pensée. Réfléchis-y, vraiment, Nymphadora. Ce sentiment de malaise qui l'avait saisie dans la chambre de Sirius, après ses confidences, la submergea de nouveau. À dire vrai, il la tenait au ventre depuis un moment déjà, depuis qu'elle était retournée dans cette pièce dans ses songes. Il n'aurait jamais dû se rendre au Ministère, il n'aurait jamais dû combattre Bellatrix… Non, c'était idiot ! Arrête, Tonks ! se sermonna-t-elle alors qu'elle sentait la bile lui monter à la gorge.
Réfléchis-y, vraiment.
Tu parles, c'était à lui d'y réfléchir ! Elle était parfaitement consciente des risques et de ce que représenterait d'être avec lui. Elle avait eu tout le temps d'y songer à St Mangouste alors qu'elle se mourrait d'ennui sur son lit. Il n'avait pas le droit de la traiter comme une enfant qui fait un caprice… Comme une enfant… Tu es une jeune sorcière douée et charmante qui pourrait presque être ma fille. N'importe quoi ! s'emporta-t-elle mentalement en écartant rageusement sa couette.
Elle se leva tout en ruminant. Elle n'avait jamais aimé le calcul mental mais ils avaient quoi… douze ? treize ans de différence ? Ce n'était franchement pas un problème. Ça dérangeait qui, ce genre de détail, à part les petites vieilles aigries ? Il allait lui mener la vie dure s'il fallait qu'elle lui sorte ces sottises de la tête mais elle était bien décidée à lui montrer qu'elle tenait réellement à lui. Et s'il n'avait rien de mieux à lui contrer que toutes ces barrières idiotes –mais compréhensibles, quelque part – qu'il s'était érigées autour de lui, elle tiendrait bon. C'était une bataille qui en valait la peine, elle en était sûre. Oui, s'il n'avait rien d'autre à lui opposer… à lui reprocher… Oh, touché ! Lui asséna la voix de sa tante alors qu'elle franchissait la porte de sa salle de bains, plus nauséeuse que jamais.
Crispée et lasse, elle se positionna devant le miroir de son lavabo. Elle sursauta légèrement. Elle était pâle et ses cheveux roses juraient davantage avec ce teint blafard que d'ordinaire. En y regardant de plus près, elle fronça les sourcils. Était-ce la lumière ? Elle inclina la tête et prit quelques mèches entre ses doigts pour vérifier. Non, ce n'était pas un effet d'optique. Sa chevelure rose chewing-gum était parsemée de quelques taches grises. Elle sentit son sang battre plus fort à ses tempes. Rien ne servait de paniquer, allons, Tonks ! C'était probablement dû au cauchemar qu'elle avait fait. Ce n'était pas la première fois que son don de Métamorphomage lui jouait des tours, même si c'était très rare.
Elle tâcha de reprendre une respiration plus lente, ferma les yeux pour se détendre. Une bonne douche, voilà ce dont elle avait besoin. Après, elle y verrait plus clair. Elle commença par s'asperger d'eau fraîche puis enfouit son visage dans une serviette moelleuse. Lorsqu'elle sentit son cœur ralentir le rythme, elle entreprit d'ouvrir les yeux pour s'observer à nouveau. Plus sereinement, elle scruta ces mèches inattendues et réfléchit. De quoi avait-elle l'air, déjà, lorsqu'elle se vieillissait volontairement ? Si elle savait que cela pourrait rassurer Remus, garderait-elle les cheveux gris plutôt que roses comme elle les aimait tant ? Elle se concentra, plissa les yeux et après quelques secondes qui l'épuisèrent, se retrouva avec des cheveux gris souris et un teint encore plus cireux qu'auparavant. Elle s'appuya au lavabo pour ne pas défaillir. Que se passait-il ? Jamais utiliser son don ne lui avait autant pompé son énergie. Elle devait vraiment être fatiguée. Et elle ne ressemblait à rien, comme ça.
De toute façon, Remus n'était pas du genre à porter beaucoup d'importance aux apparences, si ? C'était difficile à savoir. Il arrivait si bien à cacher ses sentiments en général qu'elle avait toujours eu du mal à saisir si cela l'affectait ou non… Sa condition ne lui laissait pas le choix. À cause d'abrutis finis comme Ombrage, il n'arrivait pas à trouver d'emploi et cela s'en ressentait notamment sur sa garde-robe. Était-il blessé par les regards d'aversion ou de pitié de ceux qui ne le connaissaient pas ? Cela le perturberait-il d'être jugé également sur sa compagnie ? Il y avait des chances pour qu'il se sente davantage peiné pour elle que pour lui si des remarques venaient à condamner leur union. Lui était habitué à cette vie qu'il n'avait pas choisie, qu'il méprisait sans doute parfois mais qu'il devait supporter. Se sentirait-il coupable d'entraîner quelqu'un d'autre avec lui ? Se refusait-il toute liaison pour cette raison ? C'était probablement ce qu'il avait laissé sous-entendre quand il lui avait dit qu'il était rejeté de la communauté des sorciers. Mais cela ne le regardait pas. Si Tonks estimait qu'elle pouvait être heureuse à ses côtés malgré cela, il n'avait pas à se préoccuper de ce qu'elle penserait, et surtout pas de ce que les autres penseraient ! Il devait savoir qu'elle n'était pas la dernière à être l'objet de commentaires et qu'elle s'en moquait pas mal. Elle était une Métamorphomage maladroite et extravagante ! Elle en avait essuyé des remarques acerbes en tout genre, mais cela ne l'incitait pas à se cacher des autres, au contraire. Elle faisait de sa différence une force et elle en était fière. D'ailleurs, si elle n'avait pas été aussi éreintée par sa dernière métamorphose, elle aurait déjà retrouvé sa couleur de cheveux favorite. Ce gris ne lui allait vraiment pas, elle avait l'air malade. Il faudrait qu'elle l'enlève dès qu'elle aurait repris des forces.
Elle se regarda à nouveau, déprimée par l'image qu'elle renvoyait. Remus avait été si intransigeant. Ne savait-il pas tout ça ? Était-elle si transparente pour lui qu'il n'avait pas remarqué que les apparences ne lui faisaient pas peur ? Que ce soit l'âge, la pauvreté… et même qu'il soit un loup-garou ! Il n'était dangereux qu'une nuit par mois si l'on ne prenait pas les mesures nécessaires, mais elle n'était pas sotte, elle le savait parfaitement. Était-ce vraiment tout ce qui le rebutait dans une hypothétique relation avec elle ? Elle voulait croire qu'il n'avait pas essayé de réfléchir plus avant, qu'il s'était laissé dompter par ses vieilles peurs enfouies. Mais il y avait ce sentiment de mal-être qui lui vrillait les entrailles… Était-ce vraiment tout… ?
Il n'aurait jamais dû combattre Bellatrix…
Tonks se cramponna au lavabo, le serrant si fort que les jointures de ses mains en devinrent diaphanes. Non, c'était ridicule, jamais Remus ne l'accuserait de… Et pourtant, si elle avait été assez forte, plus concentrée, jamais Bellatrix n'aurait pu continuer ses combats et s'en prendre à Sirius. Elle était en partie responsable. Elle ne l'avait pas interprété comme cela, mais Remus lui avait pourtant bien fait comprendre, à St Mangouste et à King's Cross, qu'il ne la croyait pas assez solide pour affronter à nouveau sa tante, qu'elle était jeune, qu'elle devait profiter de la vie plutôt que de vouloir se battre… La trouvait-il trop inexpérimentée ? Lui en voulait-il d'avoir échoué face à Bellatrix, provoquant la mort de son ami ? Cette idée lui serra le cœur et elle se mit à trembler comme une feuille. Si vraiment Remus était dans cet état d'esprit, c'était fini avant même d'avoir pu commencer. Et c'était sa faute. Elle était Auror mais s'était fait avoir si facilement… Mais il ne lui avait pas tourné le dos, il s'était même confié à elle… Simple mansuétude ou se montait-elle la tête pour rien ?
Elle essaya de rassembler les dernières forces qui lui restaient pour se ressaisir. Elle jeta un coup d'œil à sa cabine de douche mais frissonna de plus belle. À présent, les gouttes lui sembleraient des poignards, une agression de plus. Mieux valait qu'elle essaye d'avaler quelque chose pour se remettre d'aplomb.
Elle retourna dans sa chambre et ouvrit son armoire pour troquer son pyjama contre un pantalon et un tee-shirt. Le premier de la pile ferait l'affaire. Elle le déplia et resta figée une seconde devant. C'était un de ses hauts préférés. Celui d'un groupe de rock sorcier émergent. Elle tourna la tête vers le tas de linge formé par les affaires qu'elle portait la veille. Son tee-shirt des Bizarr' Sisters trônait sur le dessus, son logo bien en vue. Oui, elle était jeune et préférait les groupes de rock modernes aux vielles chanteuses de variété comme Célestina Moldubec. Était-elle pour autant obligée de l'afficher ainsi ? Cela rebutait-il Remus ? Devait-elle se montrer plus adulte et plus féminine ? Elle soupira, ferma la porte de son armoire et se retrouva à nouveau devant un miroir. Ses mâchoires se contractèrent. Cette couleur de cheveux était ridicule. Ce n'était pas elle. Ses cheveux roses et ses tee-shirts fétiches, si ! À quoi bon tricher pour essayer de plaire ? Elle se prévalait quelques minutes plus tôt de ne pas porter d'intérêt au regard des autres et elle voulait changer pour séduire un homme ? Elle était stupide ! Si, en plus, il ne voulait vraiment pas d'elle, modifier son apparence ne ferait que la rendre davantage immature, risible, détestable… Requinquée par cette soudaine colère contre elle-même, elle plissa les yeux pour se concentrer sur son apparence. Elle sentit cependant bien vite ses jambes flancher et des frissons incontrôlables lui parcourir l'échine. Elle réussit à atteindre son lit où elle se laissa tomber pour se rouler en boule. Mais que lui arrivait-il, nom d'une gargouille ? Pourquoi utiliser son don la mettait-il dans cet état ? Elle était complètement vidée, lasse… Elle risqua un regard vers son miroir et se rendit compte que ses cheveux étaient toujours aussi ternes et sans vie. Ça n'avait pas marché. Elle était finie. Si ses pouvoirs la lâchaient aussi, elle ne valait plus rien… Les larmes se mirent à rouler sur ses joues sans qu'elle le veuille, sans qu'elle puisse rien y changer. Elle aurait tellement voulu que quelqu'un soit là pour la réconforter, la consoler, pour la rassurer, la prendre dans ses bras… elle aurait tellement voulu que ce soient ses bras… Épuisée, elle sombra rapidement dans les bras de Morphée.
oOoOoOoOoOo
Quelques heures plus tard, elle se réveilla groggy, la tête et le cœur lourds. Les souvenirs de la veille et de sa nuit agitée lui revinrent bien vite en mémoire mais elle tâcha de les enfouir sous son oreiller. Elle ne devait pas se laisser déprimer. Ses facultés allaient revenir, il suffisait qu'elle se repose. Qui sait, cela annonçait peut-être une grippe ou une quelconque maladie qui affectait ses pouvoirs ? Elle était rarement malade, elle ne pouvait pas connaître l'impact des microbes sur elle. Et elle n'avait jamais entendu parler de Métamorphomage qui aurait définitivement perdu son don. C'était dans les gènes, elle ne pouvait pas le perdre et ne devait pas s'en inquiéter. Ça reviendrait, il le fallait. En attendant, elle devait être forte et essayer de raisonner Remus s'il y avait encore un espoir. Oui, elle devait faire face et essayer d'être positive. Ce n'était pas en ressemblant à un cadavre et en se lamentant sur son sort qu'elle parviendrait à le convaincre de lui laisser une chance, de leur laisser une chance… Bon, il ne lui restait plus qu'à se préparer pour se rendre au Terrier où Molly devait l'attendre.
Une fois sur place, devant le regard inquiet et compatissant de la maîtresse de maison, elle n'eut pas le courage de mentir et lui raconta en détails ce qui n'allait pas. Bien sûr, quand elle émit l'hypothèse d'être repoussée car elle était fautive, Molly lui interdit de penser qu'elle puisse être considérée comme responsable de la mort de Sirius et lui assura que Remus serait bien d'accord avec elle. La seule vraie coupable dans l'histoire était Bellatrix, personne d'autre. Sirius savait parfaitement à quels risques il s'exposait en étant dans l'Ordre, comme eux tous d'ailleurs. Tonks approuva d'un signe de tête en la remerciant mais son estomac ne s'était pas décrispé pour autant. Cela lui avait fait du bien de se confier mais elle était à nouveau à fleur de peau. Alors qu'elle allait prendre congé, Remus pénétra dans la cuisine où elles se trouvaient.
Surpris de la retrouver devant lui et encore plus par la couleur de ses cheveux, il resta interloqué un instant avant de lui demander :
- Tu pars en mission ?
- Non, mais bonjour quand même, répondit l'intéressée.
- Pardon. Mais alors, tes…
- Une envie de changement ! répliqua Tonks avec humeur.
Elle n'avait pas envie de lui avouer que ses pouvoirs étaient diminués. Elle ne s'en sentait pas le courage. Il allait demander des explications. Pour une fois, elle aurait préféré ne pas le croiser, elle ne se sentait pas encore d'attaque pour se confronter à nouveau à lui, pas après sa discussion avec Molly. Elle avait peur d'être trop sur la défensive, de dire des choses qu'elle allait regretter…
- Vraiment ? en douta-t-il avec prudence.
- Que veux-tu que je te réponde, Remus ? Quand j'ai les cheveux roses, je fais trop jeune et ça en dérange certains alors je suis passée au gris ? Désolée si ce n'est pas le cas, ce changement n'était pas volontaire, je subis... je couve sans doute quelque chose, préféra-t-elle préciser.
- J'aime autant que ce ne soit pas volontaire, dit lentement Remus en pesant ses mots et en la regardant dans les yeux. Et je suis persuadé que tu vas pouvoir remédier à cela rapidement.
- Ah oui ? Tu en es persuadé ? Et je peux savoir pour quelles raisons ? Tu penses peut-être qu'il s'agit d'une passade, d'un caprice de mon inconscient ? Si c'est ça, j'ai bien peur de ne pas être du même avis que toi et tu vas devoir t'y faire.
Remus se sentait de plus en plus mal à l'aise à mesure que la conversation déviait. Était-elle en train de lui révéler que la couleur de ses cheveux était la conséquence de leur conversation… de son rejet ? Non, elle ne pouvait tout de même pas s'entêter sur cette voie… et elle n'oserait pas en parler ainsi devant Molly, si ? Il jeta d'ailleurs un regard dans sa direction mais elle avait pris soin de leur tourner le dos et de s'occuper d'une pile de linge qui menaçait de s'effondrer.
- Excuse-moi, je ne voulais pas t'offenser. J'ai juste été étonné. Tu maîtrises tellement bien ton don d'ordinaire que je n'ai pas réfléchi à ce que j'ai dit. Je ne m'y connais pas assez sur la Métamorphomagie pour avancer de tels propos. J'espère que ça va s'arranger plus vite que tu ne le croies.
- Eh bien tu vois, Remus, mon don n'est pas si ludique et flexible qu'il en a l'air. Et pour ton information, il m'a parfois mené la vie dure. Je sais ce qu'est être différente des autres au cas où tu ne l'aurais pas remarqué. Et les apparences ne me font pas peur, pas plus que les opinions des autres, j'ai appris à les ignorer quand elles ne sont pas justifiées.
- Tu trouves vraiment que c'est comparable ? lui demanda Remus avec gravité.
- Je ne cherche pas à minimiser quoi que ce soit, Remus. Je suis parfaitement consciente de la situation bien que, visiblement, je ne sois pas assez intelligente à tes yeux pour y avoir réfléchi sérieusement. Je dis juste que tu n'es pas le seul à avoir une croix à porter et lorsque celle-ci est d'autant plus lourde que les autres, cela ne sert à rien de repousser nos amis et les gens qui nous aiment. Au contraire, ils peuvent t'aider à la supporter plus facilement et tu n'as pas à te préoccuper de leur avis. S'ils sont là, c'est qu'ils le veulent bien.
- Et si on préfère être seul ? trancha-t-il d'une voix grave, en posant son regard au loin, par la fenêtre.
Tonks encaissa.
- Très bien, si c'est comme ça que tu vois les choses. Mais j'aimerais savoir… tu m'as dit d'y réfléchir, vraiment. Même si tu ne me crois pas, c'est ce que j'ai fait, mais est-ce que tu peux en dire autant ? Je veux dire, est-ce que tu as réellement pris le temps d'envisager toutes les options ou est-ce que tu es resté buté sur la plus négative sans chercher plus loin ? Jure-moi que tu as une raison valable de repousser en bloc ma proposition, de ne pas no…
- Bien sûr que j'ai une raison valable, Nymphadora ! Mais enfin, ouvre les yeux ! Regarde-moi ! Regarde qui est en face de toi ! s'emporta Remus en se tournant vers elle, les poings serrés.
- J'aime ce qui est en face de moi, murmura-t-elle en le regardant sans ciller alors qu'il se figeait de stupeur. Je n'en aurai jamais honte, jamais peur. Et je te pense assez raisonnable pour le comprendre, Remus, alors si tu t'obstines à me dire non, je saurai quelles conclusions en tirer.
Elle baissa les yeux et se dirigea vers la sortie avant d'être arrêtée par :
- Qu'est-ce que… ? Quelles conclusions ?
Sans se retourner, elle ajouta, au bord des larmes :
- Je te l'ai dit, j'y ai réfléchi, j'ai suivi tes conseils et lu entre les lignes. Alors s'il te plaît, n'essaye pas de m'épargner. Si c'est moi le problème, si je ne te plais pas ou si… si tu ne peux pas me pardonner, je comprendrais. Je sais parfaitement que c'est ma faute.
Et elle franchit la porte en courant pour ne pas avoir à entendre cette vérité qui la blesserait davantage de sa bouche. Elle voulait encore garder un espoir, aussi léger soit-il, repousser l'échéance. Là, elle n'aurait pas pu la supporter de plein fouet, elle voulait se montrer digne un minimum quand la sentence tomberait, pas s'écrouler en sanglots parce qu'elle était trop faible.
Remus était désarçonné, il se tourna vers Molly, hébété, et bredouilla :
- Sa faute pour quoi ? Que veut-elle que je lui pardonne ?
La sorcière le regarda avec ce visage compatissant qu'elle réservait bien souvent à Harry. Lui qui était si clairvoyant en général quand il s'agissait des problèmes des autres se retrouvait totalement dépassé quand il était question des siens.
- Bellatrix, soupira-t-elle. Elle se croit responsable, pour Sirius.
Remus écarquilla les yeux de surprise.
- Mais c'est… pourquoi ?
- Je lui ai garanti que tu ne la repoussais pas pour ça, que personne ne lui reprochait ce qu'il s'est passé. Mais elle a besoin de savoir, Remus, alors elle cherche, même si c'est dans la mauvaise direction. Elle ne sera pas tranquille tant que tu ne l'auras pas rassurée, elle préfèrera toujours penser que le problème vient d'elle puisque, pour elle, il ne peut venir de toi.
- Mais enfin, c'est moi, le problème ! Je suis un problème ambulant, ça se voit comme le nez au milieu de la figure de Rogue ! Pourquoi s'obstine-t-elle à se voiler la face ? C'est impossible ! Je ne suis pas fait pour elle, c'est pourtant une évidence, décréta-t-il d'une colère contenue, las de cette bataille qu'il ne souhaitait pas.
- Et pourquoi pas, Remus ? Si elle te veut toi, et pas un autre, c'est à elle de décider, de faire ses choix, et à toi de réfléchir. Essaye de faire ça pour elle. Si tu ressens quelque chose pour elle, ne repousse pas le bonheur à cause de contraintes imaginaires. Que ce soit difficile à croire pour toi, je le conçois, mais vous faites partie du même monde, tu fais partie de notre monde. Ne laisse pas des êtres corrompus par des préjugés archaïques te gâcher la vie. Tu souffres déjà bien assez comme ça. Et en tous les cas, quel que soit ton choix, ne la laisse pas se faire de fausses idées, ça va la détruire. Tu lui dois la vérité.
- Je… c'est impensable…, souffla-t-il en hochant la tête. Je lui dirai, elle comprendra, elle devra comprendre…
- Écoute ton cœur, Remus, pas tes peurs. C'est comme ça que tu sauras…
- Est-ce que… est-ce que Arthur est là ? l'interrompit-il en se raclant la gorge. Il voulait que je passe prendre des documents pour les amener à Dumbledore.
- Il les a laissés ici, attends, j'en ai pour une seconde.
À l'aide de sa baguette, elle ouvrit un tiroir secret et lui remit les archives.
- Prends-en soin, Remus, le conjura-t-elle avec un regard lourd de sens qui signifiait clairement qu'elle ne faisait pas allusion à de la paperasse.
Gêné à présent de s'être laissé emporter et d'avoir étalé sa vie privée comme jamais, il la salua d'un signe de tête et transplana.
oOoOoOoOoOo
Il atterrit à Pré-au-Lard, non loin de l'allée centrale. Un peu chamboulé, il décida de marcher quelques minutes avant de se rendre à Poudlard. Chaque fois qu'il était ici, son cœur battait toujours légèrement plus vite. Il était venu tant de fois dans ce village avec James, Sirius et Peter, tant de souvenirs y étaient gravés à jamais pour lui. Leur première sortie officielle et ses découvertes, l'excitation de leur première sortie illégale par le passage secret d'Honeydukes, leur première visite des Trois Balais puis de la Tête du Sanglier où ils aimaient questionner les clients, les quatre cent coups qu'ils y avaient fait, notamment les nombreux couples qu'ils s'étaient amusés à déranger lors de la Saint-Valentin, et puis leurs sorties nocturnes, les soirs de pleine lune, ce sentiment de liberté, d'amitié sans borne, terni par la culpabilité du lendemain mais si vite oubliée, dédramatisée, la visite des moindres recoins pour la confection de leur carte, le premier rendez-vous de James et Lily, délivrance après tant d'années… Mais ce cas-là était différent, si Lily avait fini par sortir avec James, c'était compréhensible, c'était parce qu'il avait changé. Lui ne pouvait pas.
J'aime ce qui est en face de moi. Je n'en aurai jamais honte, jamais peur.
Elle l'avait dit si aisément, si simplement. Elle avait semblé si sincère… Cela pouvait-il être aussi facile ? Lui suffisait-il d'accepter cela et d'écouter son cœur, comme le lui avait conseillé Molly ? Que ressentait-il pour Nymphadora ? Il l'avait toujours appréciée, elle était si enjouée, si spontanée… un peu son opposé. Il l'avait enviée pour cela, pour cette liberté, admirée peut-être même. Et pourtant, elle avait raison, il s'était sûrement laissé bercer par cette légèreté apparente, cette illusion réconfortante que, pour d'autres, la vie était plus facile, alors qu'elle avait elle aussi ses démons, ses doutes. Sa maladresse laissait d'ailleurs entrevoir ses faiblesses. Et il avait toujours trouvé cela attendrissant… Sans compter qu'il ne pouvait nier la trouver jolie… attirante ? C'était si difficile ! Il ne l'avait jamais envisagée comme une potentielle… une potentielle quoi, d'ailleurs ? Petit amie ? Il avait passé l'âge ! Compagne ? Bienvenue chez les anciens. Il avait tiré un trait sur une hypothétique vie sentimentale depuis si longtemps, depuis toujours, presque… Que cela ressurgisse maintenant lui paraissait bien ridicule, alors que la guerre se déclenchait à nouveau en plus. Ce n'était pas sérieux, ils avaient d'autres choses à penser. Il ne pouvait pas lui offrir plus que de l'amitié, il n'en avait pas le droit, alors à quoi bon se torturer ainsi ?
Soudain, il sentit que quelqu'un le tirait par la manche. Il émergea de ses pensées, baissa les yeux et rencontra alors le visage mi-inquiet et mi-excité d'un jeune sorcier :
- Dis, Monsieur, c'est vrai qu'il y a des fantômes dans cette maison ?
Il s'aperçut seulement à cet instant que, sans l'avoir prémédité, il se trouvait maintenant devant la Cabane hurlante. Il eut un pincement au cœur comme à chaque fois que la bâtisse entrait dans son champ de vision. Ses pas l'y avaient-ils mené machinalement pour lui rappeler qui il était ? Comme s'il en avait besoin ? Il soupira. Non, merci, il le savait très bien malheureusement. Il prit un air de conspirateur et se pencha vers le bambin :
- Tu veux que je te raconte un secret ? lui souffla-t-il.
Le petit approuva d'un hochement de tête frénétique en ouvrant de grands yeux.
- En fait, ce n'étaient pas des fant…
- Titus !
Remus se releva et croisa le regard glacial et courroucé de Drusilla Harper. Ils s'étaient côtoyés à Poudlard et Remus avait eu son fils aîné en cours de Défense contre les Forces du Mal. Elle savait donc qui il était.
- Titus, je t'ai déjà dit de ne pas parler aux inconnus, le morigéna-t-elle en le tirant par la main pour l'éloigner de Remus. Surtout à des gens comme lui, tu as vu comme il est négligé ? ajouta-t-elle un peu plus bas mais pas assez pour échapper aux oreilles de l'intéressé.
- Mais m'man, il allait me dire un secret sur la Cabane hurlante !
- Humpf ! Je t'en ficherais des secrets, moi, ça n'en est plus un pour personne… Je t'interdis de t'approcher à nouveau de…
Le reste de sa phrase ne lui fut pas audible mais Remus n'avait pas besoin de l'entendre. L'essentiel avait été dit et reçu cinq sur cinq. Il était un monstre. Certes, il ne l'était qu'une fois par mois, mais cela suffisait à la majorité des sorciers pour le détester et lui interdire toute vie décente. Il ne pouvait pas enseigner, il ne trouvait aucun emploi, il n'était pas fréquentable, il ne pouvait même pas discuter avec un enfant… Était-ce une vie convenable à offrir, à partager avec quelqu'un ? Bien sûr que non.
Il n'en avait pas le droit.
Pauvre Remus, et pauvre Tonks ! Un an à attendre qu'il accepte enfin le bonheur, c'est long. Mais bon, tout est bien qui finit bien (jusqu'à la fin du tome 7 XD).
Des impressions ? S'il vous plaît ?
