Notes :

- J'avais parlé de Noël comme délai, je ne m'étais malheureusement pas trompée XD Bon, du coup, j'ai fait tout mon possible pour pouvoir vous déposer ce chapitre au pied du sapin et je suis ravie que ce soit le cas. Ça mériterait sans doute une relecture un peu plus approfondie mais mes vacances sont courtes et avec les fêtes… je joue la sécurité en vous postant ça aujourd'hui !

- Une fois encore, les passages en italique et entre guillemets ne m'appartiennent pas, ils sont tirés de la version française du tome 6. Je souligne « et entre guillemets » cette fois comme ça a pu porter à confusion. Ceux qui ne sont qu'en italique sont sortis de mon imagination, ce sont en général des flash-back, des pensées…

- un énorme merci à tous ceux qui continuent (ou commencent) à me lire, avec assiduité en plus, et à me donner leur avis (Atchoum16, Oceanna, dedee-06 et colibri) ! Ça fait vraiment chaud au cœur de voir que ces missing moments ne vous paraissent pas dénués d'intérêt et ça motive donc beaucoup (non parce que sinon, suffit que je me déroule ces histoires dans ma petite tête après tout ).

Bonne lecture et bonnes fêtes de fin d'année !

Précédemment : Les souvenirs de Remus sont remontés à la surface, le chamboulant intérieurement. Il s'interroge sur les raisons d'un tel afflux, lui qui est déjà préoccupé par la guerre et par Nymphadora. Il a peur que cette dernière n'ait éveillé un espoir interdit en lui, celui qui a toujours été sa faiblesse : vouloir être apprécié. De son côté, cette dernière se résigne à patienter.


Chapitre VI

Un peu moins d'un mois plus tard, entre mi et fin août…

Remus appréhendait de pousser cette porte face à lui. Non pas que la mission que lui avait confiée Dumbledore était dangereuse… si tant est que l'on puisse appeler cela une mission, d'ailleurs. Non, s'il l'appréhendait, c'était parce qu'une certaine Auror était en principe derrière cette porte. Pas toute seule, heureusement. Mais là quand même.

Cela faisait presque six semaines qu'il l'avait aperçue au Ministère.

Six semaines qu'ils s'étaient parlé à la Tête de Sanglier.

Six semaines qu'il n'arrivait pas à la chasser de son esprit, de même que tous ces souvenirs qui le submergeaient, le torturaient, le faisaient se réveiller en sursaut et en sueur en plein milieu de la nuit.

Six semaines qu'il était exténué, donc.

Oh, il avait bien pensé à aller la voir. Plusieurs fois même. Quand, n'en pouvant plus, il s'était dit que cela résoudrait peut-être le problème. Mais il avait fait marche arrière, comme d'habitude, se camouflant derrière des obstacles qui n'en étaient pas vraiment : à quoi bon ? quoi lui dire ? Il s'était souvent demandé comment il avait atterri à Gryffondor. Il se trouvait si souvent lâche.

Aussi était-il anxieux, mais également soulagé d'une certaine manière, devant cette porte. Dumbledore lui offrait une fois de plus une occasion qu'il n'osait pas saisir lui-même. Là, il ne pouvait pas faire demi-tour. Et si cela lui contractait l'estomac et rendait ses mains moites, il ne voulait surtout pas essayer d'en analyser le pourquoi.

Un éclat de voix lui parvint à travers la porte et sa main se porta automatiquement sur la poignée, prête à rejoindre la propriétaire de ce son. Il s'arrêta néanmoins à temps afin d'inspirer profondément pour calmer les battements de son cœur. Idiot. Il détestait les impulsions de son corps, quelles qu'elles soient. Ne pas se maîtriser était pour lui une faiblesse impardonnable. Il se devait de se contrôler, d'avoir un comportement exemplaire, le parfait être humain… Il soupira puis actionna la poignée sans plus de cérémonie.

La première chose qu'il vit fut ses deux grands yeux noirs s'illuminer et s'ancrer dans les siens alors qu'il franchissait le seuil de la salle de classe où ils avaient rendez-vous. Elle les baissa bien vite cependant et sourit légèrement au parquet. Avait-elle décelé sur son propre visage quelque chose qui lui avait échappé ? Était-elle tout simplement heureuse de le revoir ? Et, plus perturbant, était-il réellement en train de sentir ses joues se réchauffer à tergiverser comme un benêt ? Il referma la porte et salua les trois sorciers présents dans la pièce avant de s'excuser :

- Bonjour, Remus Lupin. Désolé pour le retard.

- N'en faites rien, nous étions en avance. Roy Fiertalon, se présenta également le plus jeune des deux hommes d'un hochement de tête amical.

- John Dawlish, continua le deuxième dont l'air patibulaire n'incitait pas aux confidences.

- Nymphadora, lui sourit-elle de façon entendue.

- Salut, Tonks.

Il avait voulu utiliser un ton cordial mais il n'avait pu retenir un brin d'amusement qui contrastait avec l'emploi du nom de famille – à quoi bon de toute façon, ce combat-là était perdu d'avance, dans toutes ses pensées il l'appelait Nymphadora

- Vous vous connaissez ? fit mine de s'étonner Dawlish, suspicieux.

- Comme si tu ne le savais pas, John, répliqua le dénommé Fiertalon en levant les yeux au ciel. Tu étais un des premiers sur les lieux après l'attaque du Ministère il y a deux mois, tu dois donc te souvenir des membres de l'escouade de Dumbledore, escouade qui nous a bien coiffés au poteau d'ailleurs.

- Je voulais dire qu'ils…

- Mais oui, mais oui. De toute façon, j'ai l'impression que ton cerveau a des ratés depuis que le vieux mage ne t'a pas loupé quand tu as essayé de l'arrêter cette année…

L'autre grogna en lui lançant un regard assassin tandis que Tonks se retenait de sourire pour déclarer :

- Nous sommes au complet, Remus. Savage n'a pas pu venir, il était encore en mission.

- Alors, Lupin, prêt à nous servir de guide ? enchaîna Fiertalon.

- Bien sûr, suivez-moi.

Ainsi commença la tâche qu'avait confiée Dumbledore à Remus : faire visiter Poudlard – en particulier ses avantages et ses failles : ses passages secrets – aux Aurors affectés à la surveillance des lieux pour l'année scolaire à venir. Il avait bien entendu accepté qui mieux qu'un Maraudeur pour effectuer cette mission et que valaient quelques secrets de collégiens contre la sécurité de centaines d'élèves ?

Remus se surprit bien vite à apprécier l'ambiance potache qui régnait dans le trio d'élite. Fiertalon et Tonks ne cessaient de se lancer des piques – ou d'en lancer à Dawlish dont l'humour lourd n'aidait pas – et ils le prenaient à parti, lui, pour qu'il ne se sente pas exclu. Pour la première fois depuis deux mois, il se sentit plus léger et se mit même à rire. Il avait oublié ce que c'était. Plaisanter entre amis ou collègues, sans prise de tête, juste profiter de l'instant présent. Il croisa plusieurs fois le regard de Nymphadora – que ce soit celui faussement courroucé quand il approuvait Fiertalon ou au contraire celui complice quand il la soutenait elle – mais, étonnamment, ce ne fut pas problématique. Il avait l'impression que c'était comme avant, lorsqu'il leur arrivait de plaisanter chez Sirius. Il n'avait pas peur de la blesser, de ne pas répondre à ses attentes, d'agir différemment… ou, en tout cas, cette peur n'avait pas duré devant le comportement de la jeune femme qui semblait ne rien attendre de lui. Il en était soulagé. Ils pouvaient donc encore s'entendre comme autrefois sans être sur la défensive, sans redouter un faux pas ou une parole dont l'interprétation prêterait à confusion.

Cette parenthèse joyeuse cessa cependant bien trop vite aux yeux de Remus. Il ne put s'empêcher de s'assombrir à l'approche du dernier passage secret… son passage secret. Ils sortirent donc dans le parc dans une atmosphère un peu plus pesante. L'heure du déjeuner approchait mais les nuages s'étaient levés, menaçants, obscurcissant le ciel.

Tonks suivait Remus de près et l'observait à la dérobée, sachant pertinemment ce que représentait pour lui la prochaine et dernière étape de leur petit tour du propriétaire. Elle n'était donc pas étonnée de voir cette veine si caractéristique ressurgir pour lui barrer la tempe. Mais à trop se concentrer sur son vis-à-vis, elle ne manqua pas non plus de se prendre les pieds dans une racine. Elle allait pousser un juron dans sa chute lorsque deux mains solides la retinrent, lui évitant de s'étaler de tout son long :

- Comme au bon vieux temps, lui souffla-t-il d'un murmure audible d'eux seuls alors que leurs regards s'accrochaient malgré lui – quel idiot, il n'avait pas cherché à établir une telle proximité… c'était juste… sorti tout seul, ça lui semblait si naturel

- Je ne comprendrais jamais comment tu as pu devenir Auror, Tonks ! se marra Dawlish. Tu es si maladroite.

Remus détourna les yeux tout en la remettant sur pieds pendant que Fiertalon répliquait :

- Elle est peut-être maladroite mais si on considère qu'elle te bat à plates coutures à chaque examen d'évaluation, tu ne crois pas que c'est plutôt ta carrière qu'il faudrait remettre en question, John ?

- Merci, Fiertalon, mais inutile de prendre ma défense. Tout le monde sait qu'après avoir obtenu d'excellents résultats à ses ASPIC, Dawlish s'est laissé aller et meure désormais d'envie de passer à la postérité en étant l'Auror qui aura gagné le plus de titres embarrassants. Il est juste jaloux de ne pas avoir celui de la plus belle gamelle, je suis indétrônable.

- Et indécrottable, grommela Dawlish.

- Nous y sommes, leur apprit Remus.

Tous s'arrêtèrent de parler et se tournèrent vers l'arbre majestueux.

- Un Saule Cogneur ? s'étonna Dawlish. Il n'était pas là lorsque j'ai étudié ici.

- C'est encore un coup de ton cerveau ramolli ? le taquina Fiertalon.

- Non, c'est la vérité, leur signifia Remus. Il a été planté en 1971.

Il avait gardé les yeux fixés sur cet arbre tout en disant cela, perdu dans ses souvenirs. Le poids du regard des autres, à présent tourné vers lui, le rappela néanmoins à la réalité. Il ferma les yeux une fraction de seconde pour se reprendre et continua :

- Nous allons passer en dessous.

Les deux hommes du Ministère haussèrent des sourcils perplexes alors que Tonks lançait un sortilège d'attraction vers une branche morte qui traînait un peu plus loin.

- Merci, lui souffla Remus qui ne fut pas étonné qu'elle se souvienne des histoires qu'ils avaient racontées chez Sirius.

Il leur montra ensuite comment immobiliser l'arbre puis les invita à emprunter le passage sous-terrain. Les Aurors prirent ainsi la tête du cortège en s'éclairant à l'aide de leur baguette tandis que Remus fermait la marche, précédé de Tonks.

- C'est moi ou cet endroit est lugubre ? remarqua Dawlish.

- Et encore, tu n'as pas vu où il nous mène, rigola Tonks d'une voix caverneuse.

- Comment ça ? Où va-t-on ?

- Oh, John ! Me dis pas que t'as peur de te faire attaquer, soupira Fiertalon.

- Avec toutes les bestioles qui traînent dans cette forêt il vaut mieux être prudent. On m'a dit que Hagrid élevait des Acromentulas là-dedans, sans parler des Sombrals qui sont loin d'être rassurants, des Centaures qui sont toujours remontés contre nous et j'ai même entendu parler de loups-garous qui…

- C'est sûr qu'en plein milieu de la journée, tu risques fort d'être attaqué par un loup-garou, ricana Fiertalon. T'en fais pas, Tonks te donnera un coup de main.

- Certainement pas, contra l'intéressée d'un ton beaucoup moins jovial – avec ce genre de remarque, Remus allait être de plus en plus crispé, ce qu'il pouvait être bête ce Dawlish !

- Oh, Tonks ! Ne sois pas ingrate, il faut aider les plus faibles d'entre nous. Tu le consoleras au moins ? poursuivit l'Auror qui n'avait pas saisi la froideur de la jeune femme.

- Je préfèrerais consoler quelqu'un d'autre, se radoucit-elle en jetant un regard furtif à Remus.

Ce dernier avait les mâchoires serrées, comme elle le redoutait. Rien d'étonnant à ce qu'il soit tendu de la sorte. Elle espérait juste que ses efforts de la matinée n'étaient pas réduits à néant. Elle avait essayé de se comporter le plus naturellement du monde pour que Remus se sente à l'aise, qu'il arrête de se torturer les méninges, qu'il se souvienne qu'il pouvait s'amuser avec elle. Cela avait bien fonctionné jusqu'à présent et elle en était ravie. Mais ce passage obligé vers son enfer personnel n'allait pas aider, alors si l'autre gros lourd s'y mettait en plus…

Après avoir trébuché pour la cinquième fois sur les pierres qui saillaient, elle eut une idée. Remus était à l'affût à chacun de ses pas, elle le sentait derrière elle, prêt à la réceptionner avant qu'elle ne s'affale réellement. Elle s'arrêta et lui posa une main sur l'avant-bras pour le prévenir. Il fut surpris et cela l'étonna. Cela signifiait qu'il n'était pas si concentré sur ses faits et gestes, qu'il agissait presqu'inconsciemment en fonction de ses mouvements maladroits, comme un aimant. Et qu'il était plus préoccupé par ses pensées, ce à quoi elle voulait remédier.

- Tu devrais passer devant moi, lui proposa Tonks. Je risque de te faire tomber sinon.

- Oh ! Ne t'en fais pas, tu ne me gênes pas… balbutia Remus pris au dépourvu.

- J'insiste, dit-elle dans un sourire.

- Bien.

Il s'exécuta et elle n'eut pas le temps de mettre son plan en marche car Dawlish s'exclama :

- Regardez ! Plus on avance et plus les murs sont esquintés. Ne me dites pas que ce n'est pas l'œuvre d'une bête sauvage, c'est de la pierre !

- Oh, tais-toi et avance, t'es con, lui murmura Fiertalon en lui donnant un coup de poing dans l'épaule et en jetant un coup d'œil fugace à Remus.

Celui-ci n'échappa pourtant pas à l'intéressé et Fiertalon se sentit obligé de rajouter à son attention pour s'excuser :

- Une vraie femmelette, ce John !

Remus était dorénavant plus que tendu. Pourquoi Dumbledore n'avait-il pas averti son auditoire de sa lycanthropie ? C'était déjà assez difficile comme ça, inutile de tourner le couteau dans la plaie. Avait-il pensé qu'ils seraient tous au courant ? Fiertalon semblait l'être mais en informer Dawlish n'aurait pas été de trop. Il s'apprêtait à serrer les poings pour se calmer lorsqu'il sentit des doigts frêles se refermer dans sa main libre. Il sursauta à ce contact inattendu.

Nymphadora.

Avec un soupir, il alla pour retirer sa main de la sienne mais elle maintint sa prise plus fermement.

- S'il te plaît, le supplia-t-elle.

- Ce n'est pas…

- Sinon je vais encore me ramasser une gamelle, essaya-t-elle de sa petite voix la plus persuasive.

Elle croisait les doigts mentalement pour que cette excuse bidon fonctionne. S'il acceptait ce subterfuge, c'est qu'il avait envie de maintenir ce contact malgré le refus qu'il voulait de prime abord lui opposer. C'est que le réconfort qu'elle lui offrait l'apaisait, qu'il en avait besoin, qu'il ne la repoussait pas, en définitive. Même s'il lui fallait une excuse, ça serait déjà ça, parce qu'au fond ça ne tromperait ni l'un ni l'autre.

Remus était tiraillé par ses bonnes intentions et sa raison. Donner encore un espoir à Nymphadora était si égoïste. C'était facile de se rabattre derrière sa maladresse, même si c'était un fait certain que ça le rassurerait davantage, il n'aurait pas dû passer devant elle. L'avait-elle prémédité ? Il sourit amèrement à cette pensée, pris au piège comme un bleu. Mais pris au piège par cette petite main si chaude, qui le tenait avec force et douceur mêlées, était-ce si difficile à supporter ? Comment une telle chaleur, un tel réconfort, pouvaient-ils émaner d'un si petit bout de femme ? Comment tous ses muscles s'étaient-ils détendus sans qu'il s'en aperçoive ? Grâce à ce pouce minuscule qui formait de légers cercles sur sa paume ? Il se rappela avec nostalgie comment se justifiait James auprès de Sirius quand Lily le menait par le bout du nez : « comme disait mon père, mon cher Patmol, ce que femme veut, Merlin le veut ». Était-ce aussi simple que cela ? Ne pouvait-il tout bonnement pas lutter ?

Il s'apprêta à ouvrir la bouche sans savoir quoi dire mais Tonks le prit de court, estimant que le silence avait parlé pour lui :

- Merci.

Il ne broncha même pas, vaincu. Avait-il précisé qu'il était exténué ?

Arrivés au seuil de la Cabane hurlante, Nymphadora le libéra d'elle-même, sachant parfaitement qu'il ne fallait pas trop pousser sa chance. Elle fut satisfaite du réflexe de Remus pourtant, qui referma subrepticement ses doigts autour des siens. Ce n'était qu'un réflexe, peut-être avait-il eu peur qu'elle ne tombe en arrière, mais c'était toujours agréable de se dire qu'il resserrait cette étreinte de lui-même. Si elle lui avait pesé, il s'en serait détaché le plus rapidement possible, or cela n'avait pas été le cas.

- Là, vous pourrez dire ce que vous voulez, mais c'est un enragé qui a vécu ici où je ne m'y connais pas. Vous avez vu ces morsures ? demanda Dawlish en pointant de façon triomphante sous leur nez un tabouret déchiqueté.

- La ferme, John ! répliqua Fiertalon plus sèchement que d'habitude.

Remus avait blanchi à vue d'œil et il prit un bon mètre de distance avec les autres.

- Il y a une porte qui mène dehors par là-bas, indiqua-t-il d'une voix creuse en se dirigeant sur la droite.

Sentant l'atmosphère plus qu'alourdie, Fiertalon tenta de rattraper la bévue de Dawlish en changeant de sujet pour une discussion qu'il pensait plus frivole :

- Au fait, Tonks, toujours pas de petit ami ?

L'intéressée grinça des dents, contenant l'agacement qui l'avait gagnée. Cet imbécile de Dawlish avait tout foutu par terre, réduit ses efforts à néant. Inutile d'espérer que Remus les accompagne pour déjeuner maintenant. Elle était dépitée et ne tenta même pas de capter son regard, elle savait qu'il avait dû se refermer comme une huître désormais.

- J'y travaille, j'y travaillle, soupira-t-elle.

oOoOoOoOoOo

Quelques jours plus tard, à la rentrée scolaire…

« Elle paraissait plus âgée, plus sérieuse, plus déterminée. […]

- Inutile d'attendre, Nymphadora. Potter est tout à fait en… heu… sécurité entre mes mains.

- C'était à Hagrid que j'avais envoyé le message, dit Tonks avec un froncement de sourcils.

- Hagrid était en retard au festin de début d'année, tout comme Potter maintenant, c'est donc moi qui l'ai reçu. Au fait, ajouta Rogue en reculant d'un pas pour laisser passer Harry, j'ai été très intéressé par votre nouveau Patronus.

Il lui referma la grille au nez dans un grand fracas métallique et donna un autre coup de baguette sur les chaînes qui reprirent leur place dans un cliquetis.

- Je crois que l'ancien vous réussissait beaucoup mieux, dit Rogue, avec une indéniable malveillance. Le nouveau paraît un peu faible.

Lorsque Rogue balança la lanterne, Harry vit sur le visage de Tonks une expression fugitive d'indignation et de colère. Puis l'obscurité la recouvrit à nouveau.

- Bonne nuit, lui lança Harry […]. Merci pour… tout.

- A bientôt, Harry. »

Elle serra les poings de hargne. De quel droit Rogue se permettait-il de juger son Patronus… ses sentiments ? Elle savait qu'il ne portait pas Remus dans son cœur mais ils n'avaient aucune affinité particulière, il ne lui avait même quasiment jamais adressé la parole et, là, il se moquait d'elle ? D'accord, ses pouvoirs de Métamorphomage lui faisaient toujours faux bond d'accord, elle ne ressemblait à rien et elle en était consciente. Mais qu'on puisse lui jeter ainsi à la figure qu'elle ferait mieux de laisser tomber, ça la mettait en rogne. Elle ne baisserait pas les bras ! D'ailleurs, si elle n'avait pas été affectée à ce fichu poste de contrôle de Poudlard, elle serait allée trouver Remus sur le champ. Elle avait assez attendu depuis l'autre jour, il devait s'être remis. Ça avait été une avancée malgré les inepties de Dawlish qui avait tout gâché, non ? Si seulement les cafards du genre de Rogue n'existaient pas, Remus n'aurait pas autant de mal à s'accepter et à s'ouvrir aux autres. Elle donna un coup de pied rageur dans une touffe d'herbe et se promit de lui écrire dès demain à défaut de pouvoir le rejoindre.

oOoOoOoOo

Elle froissa la missive qu'elle venait de recevoir d'une main tremblante. Il avait mis une semaine à lui répondre pour lui apprendre qu'il commençait la mission confiée par Dumbledore dès le lendemain et qu'il serait donc injoignable par courrier désormais. Comme dans un autre monde. Un monde auquel elle n'appartenait pas, avait-il sous-entendu. Il avait donc vraiment accepté de prendre contact avec les autres loups-garous, de se fondre parmi eux, d'essayer de les convaincre. Malgré le danger. Malgré ses démons. Malgré les piètres arguments qu'elle avait opposés la dernière fois. Elle savait que cette mission était importante. Elle savait que Remus était fort. Mais elle savait aussi qu'il n'avait pas eu l'air enchanté de cette proposition. Elle était persuadée que ça ne ferait que l'isoler davantage alors qu'elle s'échinait au contraire.

Était-ce trop égoïste de sa part de vouloir le préserver ? Être séparée de lui, elle le concevait, elle était presque recluse à Poudlard avec sa mission de toute façon. Mais le savoir si proche d'êtres dénués de sentiments tels que Greyback, cela lui faisait froid dans le dos. Il allait côtoyer les pauvres hères, les rebuts de la société qui n'avaient aucune accroche à laquelle s'agripper. Des hommes brisés et dépités, probablement révoltés aussi. Comment allait-il supporter tout cela ? Elle ne pouvait plus espérer qu'une chose, qu'il se rende compte que ce n'était pas son monde non plus, que lui avait des amis dont il était bien plus proche, qu'il ouvre enfin les yeux et qu'il accepte d'être aimé pour l'homme qu'il était.

oOoOoOoOoOo

À Noël

« Pendant ce temps, Remus Lupin, plus maigre et déguenillé que jamais, était assis auprès du feu, perdu dans ses pensées profondes, indifférent à la voix de Celestina qui chantait :

Oh, viens, viens remuer mon chaudron

Et si tu t'y prends comme il faut

Je te ferai bouillir une grande passion

Pour te garder ce soir près de moi bien au chaud. »

Enfin, indifférent, ça c'était ce que croyait Harry car, en vérité, Remus n'en pouvait plus de ces paroles qui commençaient sérieusement à lui monter à la tête.

Puis « Celestina entama une ballade qui avait pour titre Tu as ensorcelé mon cœur. […] »

Ça n'en finirait donc jamais ? Des chansons d'amour à Noël, c'était ridicule. Il était venu là pour se changer les idées, pas pour penser à Nymphadora qui hantait déjà bien trop ses pensées chaque soir. Alors qu'il avait cru mettre un terme à leur correspondance en lui apprenant qu'il allait infiltrer les autres personnes de son espèce, elle lui avait envoyé un ultime rouleau de parchemin où elle avait simplement inscrit « Je t'attendrai ». Cela avait suffi à le tourmenter chaque fois que son esprit manquait d'occupation. Comme à l'instant, devant cette cheminée et avec ces paroles si… Il devait se raccrocher à autre chose… justement, Harry discutait avec Arthur…

« Tandis qu'il parlait, Harry vit Lupin tourner légèrement la tête vers lui, écoutant chaque mot. Lorsqu'il eut terminé, il y eut un silence et on n'entendit plus que la voix suave de Celestina qui chantait :

Oh, mon cœur malheureux, où s'en est-il allé ?

C'est pour un sortilège qu'il m'a abandonnée… »

Du calme, Remus, du calme. Molly ne te torturerait pas de la sorte volontairement. Ton pauvre cerveau est fatigué, tu n'as pas dormi quatre heures d'affilée depuis plusieurs jours.

Il décida de se tourner complètement pour faire face à Harry «, derrière Mr Weasley assis entre eux ». Rien de tel qu'une discussion sur Rogue pour oublier Nymphadora, ils n'avaient vraiment rien en commun. D'autant plus que les craintes d'Harry étaient assez capitales. Le fameux refrain, devait-il faire oui ou non confiance à Rogue revenait une fois de plus sur le tapis et Remus savait mieux que quiconque les ravages qu'une confiance mal placée pouvait engendrer. Cela dit, il savait aussi que Dumbledore donnait leur chance à des individus dont personne ne voulait, il lui en serait toujours reconnaissant. Ce n'était pas comparable, certes, mais il refusait de penser que Dumbledore permette à Rogue de faire partie de l'Ordre s'il n'avait pas une raison irréfutable de sa bonne volonté après avoir été un Mangemort. Remus reprit donc un peu du poil de la bête (sans mauvais jeu de mot XD) puis finit par trancher :

- « C'est peut-être sur ordre de Dumbledore que Severus a interrogé Drago.

Maintenant que tu l'as brisé

Sans la moindre pitié

Fais-moi je t'en prie la faveur

De me rendre mon cœur ! »

Argh ! C'était impossible, il commençait à douter de plus en plus de la bonne foi de Molly, jamais elle n'aurait mis ces chansons si Nymphadora avait été là. Heureusement que le carnage était fini.

« - Qu'est-ce que vous avez fait, ces temps derniers ? demanda Harry à Lupin tandis que Mr Weasley se hâtait d'aller chercher le lait de poule. […]

- Oh, je me suis consacré à un travail souterrain, répondit Lupin. Presque au sens propre du terme. C'est la raison pour laquelle je n'ai pas pu t'écrire, Harry. T'envoyer des lettres aurait éveillé les soupçons.

- Que voulez-vous dire ?

- J'ai passé mon temps avec mes semblables, mes égaux, expliqua Lupin. Les loups-garous, ajouta-t-il devant l'air d'incompréhension de Harry. Ils sont presque tous dans le camp de Voldemort. Dumbledore voulait un espion parmi eux, et j'étais là… prêt à l'emploi.

Il semblait un peu amer et s'en rendit peut-être compte car il eut un sourire plus chaleureux avant de poursuivre :

- Je ne me plains pas. C'est un travail nécessaire et qui peut l'accomplir mieux que moi ? Mais il a été difficile de gagner leur confiance. On voit tout de suite, à certains signes indiscutables, que j'ai essayé de vivre parmi les sorciers, alors qu'eux ont fui la société normale et mènent une existence marginale, en volant – et parfois en tuant – pour manger.

[…] Je ne peux pas prétendre que mes arguments rationnels aient beaucoup d'influence face aux discours de Greyback qui répète sans cesse que les loups-garous ont droit à du sang, que nous devrions nous venger sur les gens normaux.

- Mais vous êtes normal ! affirma Harry avec force. Vous avez simplement un… un problème…

Lupin éclata de rire.

- Parfois, tu me rappelles beaucoup James. En public, il appelait ça mon « petit problème de fourrure ». Les autres croyaient souvent que je possédais un lapin mal élevé.

L'air un peu plus joyeux, Lupin remercia Mr Weasley qui lui avait apporté un verre de lait de poule. […] »

Normal ? Il l'était certainement plus que Greyback et ses acolytes, c'était certain. Il ne pouvait nier qu'il se sentait bien plus à sa place ici qu'avec les autres loups-garous. Il déplorait cette mise à l'écart même s'il la comprenait. Lui avait eu la chance inouïe d'être accepté à Poudlard grâce à Dumbledore, d'y trouver des amis. Il ne comptait pas la gâcher et se refermer sur lui-même mais cela lui faisait toujours étrangement chaud au cœur que quelqu'un comme Harry s'étonne qu'on puisse le trouver différent. Oui, pour certaines personnes, cela ne posait visiblement aucun problème. S'y ferait-il un jour ?

Le lendemain au déjeuner :

«- Tu es aussi maladroit que cette Tonks, dit Fleur à Ron lorsqu'elle eut fini d'embrasser Bill pour le remercier. C'est fou ce qu'elle peut renverser de…

- J'ai invité notre chère Tonks à venir aujourd'hui, l'interrompit Mrs Weasley qui lança à Fleur un regard noir en posant les carottes sur la table avec une force injustifiée. Mais elle n'a pas voulu. Tu lui as parlé, ces derniers temps, Remus ?

- Oh non, je n'ai pas vu grand monde, répondit Lupin. Mais Tonks va dans sa propre famille, non ?

- Mmmmh, dit Mrs Weasley. Peut-être. En fait, j'ai plutôt l'impression qu'elle avait l'intention de passer Noël seule.

Elle regarda Lupin d'un air agacé […]. »

Il se garda bien de répondre mais c'était comme si un glaçon venait de tomber dans son estomac. Noël toute seule ? Pourquoi se serait-elle isolée ainsi ? Attendait-elle qu'il lui donne des nouvelles pour les fêtes ? Il y avait pensé, bien sûr, mais il ne s'était finalement autorisé ce réveillon et cette journée de Noël que parce que Dumbledore avait insisté. S'absenter à ce moment-là revenait clairement à se mettre une pancarte autour du cou indiquant « j'ai passé les fêtes avec des gens qui tiennent à moi, moi ». Pas franchement le meilleur moyen de gagner la confiance des lycanthropes solitaires. Il était donc venu directement ici hier soir.

« - Le Patronus de Tonks a changé de forme, dit [Harry à Remus]. C'est en tout cas ce que prétend Rogue. Je ne savais pas que ça pouvait se produire. Pourquoi un Patronus changerait-il ?

Lupin prit son temps pour mâcher sa dinde et l'avaler avant d'expliquer d'une voix lente :

- Parfois… un grand choc… un bouleversement émotionnel…

- Il paraissait très grand, avec quatre pattes, reprit Harry. »

Alors qu'Harry semblait avoir une illumination :

« - Arthur ! dit soudain Mrs Weasley. »

Sauvé par le gong, soupira intérieurement Remus.

Il n'était tout de même pas fier de lui. Si Nymphadora n'avait toujours pas retrouvé ses pouvoirs, c'était en partie sa faute. Et maintenant il apprenait que même son Patronus s'était modifié à cause de lui. Avait-il sous-estimé à ce point les sentiments de la jeune femme ? Non, enfin… il s'en était fait une raison. Avait cru qu'avec le temps… Mais il n'avait pas le droit de la rendre si malheureuse. Elle avait sa place ici, avec eux, la savoir seule le jour de Noël le rendait nauséeux – d'autant plus qu'il en était responsable.

C'était donc décidé, une fois que le Ministre serait parti, il irait la rejoindre pour réparer ses erreurs.

Restait juste à savoir comment…


Ah ! Ce que je suis contente d'avoir fini ce chapitre avant le réveillon (non mais, il était plus que temps là XD). Pour ceux qui se poseraient la question, John est le vrai prénom de Dawlish mais comme on ignore celui de Fiertalon, j'en ai pioché un (un peu au hasard mais guidée par certaines sonorités tout de même).

Grande nouvelle, après avoir écrit ce chapitre, je pense être en mesure de ne pas trop m'avancer en estimant qu'il ne reste que deux chapitres ! Moi qui n'en voyais pas le bout, ça me motiverait bien à finir au plus vite ça :D (mais c'est toujours le cas avec l'enthousiasme qui suit le point final d'un chapitre, ne nous emballons pas trop).

Joyeux Noël !