Note : hum, hum, comme vous vous en êtes sûrement rendu compte, je n'ai pas réussi à écrire la fin de cette fic pendant les grandes vacances comme je le voulais au départ. Au début comme j'avais du temps, j'ai paré au plus urgent de mes autres activités et ensuite, promis, j'ai essayé de m'attaquer à ce chapitre mais j'ai bloqué sur le début que j'ai dû réécrire plusieurs fois avant d'être un minimum satisfaite. Et, forcément, bloquer ne m'a pas motivée à m'y replonger XD Enfin, je me suis quand même botté les fesses pour y travailler durant ces nouvelles vacances, surtout en voyant que j'avais posté le précédent chapitre au mois de mai (je m'étais tellement mis en tête que je le ferai pendant les grandes vacances que j'avais occulté cette donnée… oups ! mais bon, ça n'aurait pas changé grand-chose et je suis pas la pire niveau délais, donc je me rassure comme je peux). Après une telle attente, j'aurais aimé pouvoir dire que j'en suis enfin pleinement contente mais c'est impossible, il m'a donné tellement de fil à retordre que je n'ai pas assez de recul pour dire si je l'apprécie ou non. Mais j'espère qu'il vous plaira à vous ! Par rapport au contenu, comme à l'accoutumée, je décale mes prévisions et ajoute un chapitre de plus, ce qui voudrait donc dire, avec un pourcentage assez élevé de certitude cette fois-ci, qu'il ne resterait désormais plus que deux chapitres à paraître… et je vais essayer de les faire pour Noël (ouais, soyons fous, en même temps que mes révisions de partiels p)

En tout cas, un grand merci à vous tous pour vos avis, vos encouragements et vos remarques constructives, ça m'a vraiment aidé à m'y remettre en lisant tout ça.

Je pense avoir envoyé une réponse à tous les enregistrés mais, au cas où je l'aurais malencontreusement oublié, je renouvelle mes remerciements à : clodina, Atchoum16, Oceanna (tiens, j'ai pensé à toi récemment, je me suis inscrite à des ateliers d'écriture p), Nymph93, chizuru300 (mine de rien tu m'as bien motivée miss !), lolinette, nelly31, colibri (j'ai essayé pour Rogue, mais c'était pas facile ! j'espère que ça aura assouvi un minimum ton envie de vengeance ), Elea013 et enfin merci à leconcombremasqué (désolée pour la réponse tardive du coup, impossible de répondre plus tôt sans adresse mail… mais ne t'en fais pas, des pâtés comme ça, c'est un régal, tu peux m'en écrire autant que tu veux :p ! ça donne le sourire pour le reste de la journée tous ces compliments, c'est vraiment gentil et je suis ravie que ma fic te convienne pour compléter les trous, ça fait super plaisir :)

En espérant que l'attente n'aura pas fait fuir les nouveaux lecteurs qui n'y étaient pas habitués…

Précédemment (quoi, vous n'avez pas lu et relu les chapitres précédents en attendant celui-ci ? vous me décevez tout de même, je vous ai laissé assez de temps pour ça il me semble p Pour la peine je reprends le résumé précédent que je complète) : Tonks et Remus se sont un peu rapprochés lors de la visite de Poudlard mi-fin août mais Dawlish et ses remarques débiles ont coupé court aux « progrès » de Remus. Quelques jours plus tard, Tonks a dû subir la remarque désobligeante de Rogue à propos de son Patronus alors qu'elle escortait Harry. Bloquée à Poudlard pour la sécurité des élèves, elle a tenté de joindre Remus par correspondance mais celui-ci lui a annoncé que sa mission d'infiltration auprès des loups-garous commençait, rendant tout contact impossible. « Je t'attendrai », lui a-t-elle alors répondu. Malgré le risque de perdre la confiance des loups-garous, Remus a cédé à la demande de Dumbledore et a rejoint les Weasley pour Noël au dernier moment. Harry lui a rappelé que pour certains, sa condition n'était pas un problème. Et il a reconnu en son for intérieur que ce monde était plus le sien que celui des autres loups-garous, qu'on lui avait offert cette chance d'intégration et qu'il ne devait pas la gâcher. Apprenant que le Patronus de Tonks avait changé de forme et qu'elle fêtait probablement Noël seule chez elle, il a décidé de la rejoindre pour réparer ses torts. Après qu'elle lui a claqué la porte au nez de surprise, il a pu constater que, effectivement, Tonks était seule et déprimée chez elle… à faire du tri ! Une vision de Remus en lunettes de soleil plus tard et ils ont pu se détendre jusqu'à… (:x) vous-savez-quoi (:*)


Chapitre VIII

La sensation d'une main chaude sur son ventre… une caresse voluptueuse… un soupir de contentement… elle se sentait tellement bien, là, sous la douceur de sa couette, ce sentiment de félicité étirant son sourire alors qu'elle s'évertuait à garder ses paupières closes pour profiter au maximum de ce moment. Pouvait-il y avoir meilleur réveil que celui-ci ? Lentement, elle glissa sa main sur le côté à la recherche de plus de chaleur encore, à sa recherche. Mais alors qu'elle effectuait ce geste, un doute la saisit tandis que son ventre était délaissé. Une légère chair de poule le recouvrit et gagna rapidement ses avant-bras, conséquence des frissons qui la parcoururent en un instant. Elle aurait aimé qu'il ne s'agisse que de la fraîcheur matinale, mais c'était cette incertitude grimpante qui l'affectait. Dans un mouvement brusque, elle se retourna, étendant son bras où elle pensait quelques secondes plus tôt ne pas trouver un emplacement vide… Vide… VIDE… Ce mot sembla résonner à ses tempes comme un couperet glacial, son cœur s'emballa et elle ne comprit pas tout de suite comment elle se retrouva assise dans son lit, les bras tendus en arrière pour la soutenir, des perles de sueur glissant dans son dos, le souffle chaotique, une détresse incompréhensible la tenaillant et une pluie drue frappant ses carreaux comme pour mieux lui marteler le crâne.

Elle regarda autour d'elle, comme pour reprendre pied. Elle était effectivement dans sa chambre, seule, et son réveil indiquait six heures du matin. Elle respira lentement, tentant de recouvrer ses esprits. Un cauchemar ? Elle revit la scène, ou plutôt revécut ses sensations, en marche arrière, subrepticement, car à chaque fois qu'un souvenir l'effleurait, il semblait fuir, glissant vers le précédent jusqu'à l'oubli, laissant juste l'empreinte d'un pincement dans son cœur. C'était donc bien un rêve… qui avait mal fini.

Elle se passa une main fébrile sur le visage et se mit à frissonner malgré elle. Sa parade consista à se pelotonner sous sa couette afin de retrouver un semblant de sécurité ou, tout du moins, de sérénité.

Bien, respire, Tonks, et réfléchis ! s'intima-t-elle. Quel jour était-il ? Hier… oui, hier c'était Noël, elle se souvenait parfaitement de cet autre réveil mouvementé… de la visite de Remus… oui, ça, heureusement, elle ne l'avait pas rêvé, ça s'était bien passé…

oOoOoO Ils venaient de s'embrasser sur son canapé. Elle souriait.

La tête nichée dans le creux de son cou et de son épaule, l'oreille collée sur son torse, elle écoutait avec délice cette musique sereine et régulière :

- POM POM… POM POM... POM POM…

Savourer. Ne pas penser. Elle ne voulait surtout pas se projeter au lendemain, ni même aux minutes qui suivraient. Elle avait trop peur. Quelque chose au fond d'elle lui disait de profiter au maximum, d'imprimer chaque battement de son cœur en elle, de mémoriser cette mélodie si douce à ses oreilles. Elle en aurait probablement besoin. C'était comme si ses batteries à plat se rechargeaient à son contact, rendant très lointains le découragement et la lassitude du matin. Elle était juste bien, là, dans ses bras. Tellement bien. Elle ne voulait pas faire de conjectures sur l'avenir, elle ne devait pas…

Ne pas penser. Savourer cet instant, le contact de la main qu'il faisait jouer avec tendresse dans ses cheveux, de sa paume qu'elle caressait d'un pouce.

Ne pas penser. Se laisser aller. Calquer sa respiration sur la sienne, au rythme de sa poitrine qui se soulevait, se laisser bercer :

- POM POM… POM POM… POM POM…

Mais soudain, sans explication, ce rythme s'accéléra. C'était infime et sans doute ne l'aurait-elle pas remarqué si elle n'y avait pas été aussi attentive :

- POM POM.. POM POM.. POM POM..

Ce n'était pas normal. Remus n'avait changé aucun de ses gestes, ni tenté de lui parler...

Alors ça y était, leur moment était rompu ? Il s'était finalement remis à réfléchir et, dans quelques secondes, il allait faire ses trois pas en arrière habituels ? Elle le sentit s'écarter d'elle avant même qu'il n'amorce un mouvement.

- Nymphadora, lui souffla-t-il après avoir ramené leurs deux mains jointes entre eux pour lui faire face.

Elle ferma les yeux comme pour empêcher cette conversation d'avoir lieu. Elle ne voulait pas. Il ne pouvait pas faire ça. Il ne pouvait pas lui faire ça. Pas aujourd'hui. Pas maintenant. Pas après…

Elle ravala les larmes qui pointaient et comprima encore plus ses paupières. Non ! Elle ne pleurerait pas. Non ! Elle ne voulait pas que la journée se termine, pas comme ça. Elle ne voulait pas que leur semblant de bulle éclate. Elle ne voulait pas retourner à la réalité qui s'annonçait… désastreuse. Ce « Nymphadora » résonnait dans sa tête comme une sentence, alors elle s'efforçait de le congédier en refusant. Elle n'ouvrirait pas les yeux, elle ne voulait pas l'entendre lui dire qu'il regrettait, qu'il ne voulait pas ce qu'il venait d'arriver parce qu'eux deux, évidemment, ça ne pouvait pas marcher, qu'ils étaient trop différents, lui si dangereux, si vieux et si pauvre, qu'il ne voulait pas lui faire de mal, qu'il regrettait sincèrement mais que ça devait s'arrêter là, anticipa-t-elle intérieurement avec dépit. Elle ne voulait pas ! Il pouvait bien lui laisser une nuit d'espoir, non ?

- Nymphadora…OoOoOo

oOoOoOoOoOo

Remus sursauta dans son lit, son cœur battant la chamade, prêt à lui transpercer la poitrine, sa bouche désagréablement pâteuse. Les images de son cauchemar se gravèrent sur ses rétines et lui donnèrent la nausée. Il se rua dans sa salle de bain, se mit à trembler comme une feuille en repensant à ce qu'il avait fait, s'agrippa à son lavabo de toutes ses forces et laissa son estomac se vider par à-coups, à mesure qu'il revoyait cette scène… impuissant… dégoûté…

Alors que même la bile ne franchissait plus ses lèvres, il se laissa glisser à genoux et se prit le visage dans les mains. Ce n'était qu'un mauvais rêve, reprends-toi ! s'admonesta-t-il.

Il resta prostré encore quelques minutes puis se leva afin de s'asperger d'eau froide. Jamais il ne s'était senti aussi mal si ce n'est durant les pleines lunes, et encore. Il se retourna vers sa chambre et resta un instant figé devant son lit et ses draps blancs, revoyant les taches rouges qui les avaient recouverts dans son songe morbide. Il ferma les yeux pour effacer la vision qui ne manquerait pas de suivre… celle de Nymphadora… étendue et inanimée… une morsure dans le cou… Un nouveau soubresaut de son estomac lui fit faire demi-tour. Et tandis qu'il replongeait la tête au-dessus de la vasque, il s'efforça de se raisonner.

Jamais. Jamais il ne pourrait. Jamais il ne laisserait une telle situation être possible. C'était une peur incohérente. Jusqu'ici, n'avait-il pas toujours réussi à éviter un drame ? Le remords le submergea en repensant aux fois où il avait été imprudent… avec ses amis – mais ils étaient jeunes et irresponsables, il avait mûri depuis –… le soir où Peter était réapparu – mais l'urgence l'exigeait… non, sans doute pas assez, il avait mis Sirius et les enfants en danger… c'était inadmissible. Il se devait de redoubler de vigilance à l'avenir. S'enfermer impérativement à double tours dans un endroit sûr, s'enchaîner même, s'il ne pouvait pas se procurer de potion Tue-Loup. Jamais il ne pourrait se le pardonner sinon. Jamais il ne serait tranquille sans cela, pas après ce qu'il venait de vivre… de faire… même si ce n'était pas réel. Les sensations, l'odeur, le goût… tout cela lui avait semblé si affreusement palpable et concret.

Il se dirigea vers sa cuisine pour se forcer à ingurgiter une tasse de café afin de noyer ses papilles, d'inonder ses sens qui lui donnaient encore envie de vomir. Et pour se rassurer, il repensa à la journée précédente, à Nymphadora, souriante et, surtout, vivante…

oOoOoO Ils venaient de s'embrasser sur son canapé. Il souriait.

Pour la première fois depuis longtemps, il avait l'impression que tous ses muscles étaient entièrement détendus. Que le calme régnait en lui. Il se demandait vaguement comment c'était possible, comment il pouvait être si déconnecté de tout ce qui faisait d'ordinaire son quotidien. Et étonnamment, il ne cherchait pas à savoir. C'était comme si un mécanisme dans son cerveau… dans son corps… le lui interdisait. À chaque fois qu'un semblant de question surgissait dans son esprit, un fusible devait sauter quelque part, le forçant à se détendre, à se laisser aller.

Ne pas penser. Savourer. Il était comme hypnotisé par son sourire si serein, par les gestes tendres qu'ils échangeaient, par ce pouce qu'elle faisait tourner légèrement dans sa main, par la texture de ses cheveux dont les reflets roses réapparaissaient…

Réapparaissaient ?

Par chance, il réussit à maîtriser son corps pour ne pas sursauter et l'affoler mais ses propres yeux s'étaient écarquillés de surprise. Il continua machinalement son geste, força du mieux qu'il put son cœur à garder le rythme qu'il avait adopté jusque-là tout en observant plus attentivement les mèches de cheveux qu'il parcourait de ses doigts. Il constata avec surprise qu'elles semblaient elles aussi suivre un rythme régulier, les reflets mauves apparaissant et disparaissant successivement comme s'ils ponctuaient une mélodie :

- ROSES… TERNES… ROSES… TERNES…

Se pouvait-il que ce simple moment ait autant d'emprise sur les pouvoirs de Nymphadora ? Était-elle juste… heureuse ? Ses tourments apaisés… le choc émotionnel surmonté ? Il sentit ses entrailles se contracter à cette idée et les questions qui s'échouaient contre une barrière invisible quelques secondes auparavant furent sans doute trop nombreuses. Le barrage céda. Son rythme cardiaque augmenta imperceptiblement. Il tenta de n'en laisser rien paraître, de maîtriser la situation mais il était assailli.

Et après ? Pourquoi avait-il un tel pouvoir sur elle ? Merlin savait qu'il n'avait jamais voulu cela. Depuis plusieurs mois, il n'arrivait plus à maîtriser quoi que ce soit dans ses relations avec elle. Il n'avait jamais eu à le faire auparavant de toute façon ! Et chaque fois qu'il avait prémédité quelque chose, qu'il avait voulu l'éloigner, il avait lamentablement échoué. Et aujourd'hui ? Pourquoi était-il venu ? Il n'avait pas supporté l'idée de la savoir seule le jour de Noël alors il avait voulu réparer ses erreurs. Sans savoir comment. Il n'avait pas aimé la voir si fatiguée, comme au bout du rouleau, alors il avait improvisé pour lui remonter le moral, jusqu'à…

Ah ! Pour ça, il pouvait se féliciter, se dit-il avec amertume. Joli travail, Remus ! Il s'était complètement laissé porter par la situation, il n'avait absolument rien contrôlé… et voilà le résultat ! Nymphadora allait visiblement mieux mais à quel prix ? Et, surtout, jusqu'à quand ? N'aurait-il pas pu être plus fort et réfléchir deux secondes avant de seulement profiter comme un irresponsable ? Qu'allait-il faire à présent, hein ? Aller contre ses propres idées, contre sa volonté, en sachant qu'elle courrait à sa perte par la suite parce qu'il était trop lâche pour faire machine arrière ? Qu'adviendrait-il s'il s'excusait maintenant ? Une voix dans sa tête lui soufflait « tu lui briseras le cœur » mais une autre protestait en disant « ce sera pire ensuite ».

Mais qu'avait-il fait ? Il se méprisait tellement à cet instant. Il ne voulait pas la faire souffrir. Pourquoi agissait-il toujours de travers dès qu'il était question d'elle ? Pourquoi avait-il fallu qu'elle… tombe amoureuse de lui ? Cette fois, c'était décidé. Il ne pouvait plus se montrer aussi faible. Il devait l'éloigner de lui une bonne fois pour toutes sinon il la détruirait davantage à l'avenir.

Il se permit un dernier regard vers son visage, comme pour se donner du courage, pour se convaincre qu'il agissait pour son bien. Il remarqua avec tristesse qu'elle n'était plus aussi sereine qu'auparavant et que ses mèches de cheveux étaient toutes redevenues ternes. Il soupira intérieurement et tenta d'ignorer le pincement qui saisit son cœur. Il ne voulait pas. Mais il devait. Les mâchoires contractées, il se força à adopter le masque le plus neutre qu'il put et il fit glisser sa main baladeuse dans la sienne, de manière à ramener leurs deux mains jointes entre eux, pour la regarder en face :

- Nymphadora…

Ses paupières se crispèrent comme si elle priait Merlin pour que ce qu'elle redoutait n'arrive pas. Que devait-il faire ? Il ne pouvait tout de même pas décemment partir en la laissant espérer quelque chose qu'il refuserait de lui offrir ? Elle était forte et plus courageuse que lui, elle devait bien s'attendre à ce qu'il s'apprêtait à lui dire… et elle ne le voulait visiblement pas...

À contrecœur, il reprit :

- Nymphadora… OoOoOo

oOoOoOoOoOo

oOoOoO Deux yeux brillants de larmes contenues s'étaient ouverts devant lui…

Il ne pouvait pas. Il allait encore la faire pleurer. Il ne le voulait pas.

Peut-être que s'ils essayaient seulement quelques jours, elle se rendrait compte d'elle-même que ce n'était pas possible. Oui, il n'avait pas vraiment besoin de l'accabler aujourd'hui pour rien. C'était Noël… Mais quelques jours… il ne les avait pas… à quoi bon la faire languir davantage ?

- Oui ? l'encouragea-t-elle à regret.

- Je… je dois passer voir Dumbledore ce soir avant de retourner en mission demain matin. On… on ne pourra pas se voir avant un moment et je ne crois pas… commença-t-il sans connaître lui-même la suite.

- Je comprends, ce n'est pas grave, le coupa-t-elle avec empressement comme pour l'empêcher de dire ce qu'elle ne voulait pas entendre.

- Tu… ça ira ? Je veux dire…

Oui, que voulait-il dire ? Il se le demandait bien et interrogea les grands yeux de Nymphadora en lui relevant doucement le menton d'une main. Alors il sut :

- J'essaierai quand même de t'envoyer un hibou.

Il ne pouvait pas.

- Merci, souffla-t-elle, soulagée.

Voyant leurs mains toujours entrelacées, il hésita puis finalement en porta une à ses lèvres pour y déposer un baiser.

- Prends soin de toi, lui avait-il murmuré en guise d'au revoir. OoOoOo

oOoOoOoOoOo

Voilà, voilà ce qu'elle se souvenait de la veille. Le reste n'avait pas eu lieu, il n'était pas resté. Mais au moins l'avait-il épargnée comme elle l'avait souhaité et malgré ses craintes. Elle en avait été un peu surprise d'ailleurs, tellement persuadée qu'il allait mettre un terme à leur embryon de relation dans la foulée. Mais non, au lieu de cela, il lui enverrait un hibou. Enfin, il essaierait. Mais ça voulait dire quand même beaucoup pour elle.

Elle ricana nerveusement et s'enroula un peu plus dans ses draps. Il lui enverrait un hibou ! Merlin, allait-elle passer par ce stade où la fille attend comme une cruche que l'autre daigne lui faire un signe ? et en vain ? Elle se voyait déjà scruter les fenêtres au moindre mouvement suspect, sur les nerfs, dans une attente fébrile, incapable de se concentrer sur autre chose.

Non, elle ne tiendrait pas longtemps dans ces conditions. Son moral enchaînerait les feintes de Wronski à ce rythme-là… espoir le matin… désespoir au coucher… et ainsi de suite jusqu'à déprime croissante de jour en jour. Elle devait juste lui être reconnaissante de l'avoir ménagée hier, apprécier cela et continuer d'y croire mais sans extrapoler. Certes, ils s'étaient embrassés, mais il n'était pas question de se faire trop d'illusions, elle savait que rien n'était joué, qu'elle devrait encore lutter. C'était seulement une étape dans sa lente avancée, une parenthèse qui lui donnait quelques jours de répit, un souvenir pour se donner du courage, et Merlin savait qu'elle en avait bien besoin ces jours-ci. Elle espérait que cela jouerait en sa faveur, que lui aussi pourrait s'y référer, s'y laisser prendre. Une fêlure dans sa carapace. S'il n'avait pas pu la repousser, c'est qu'il ne l'avait pas assez voulu, alors peut-être qu'avec le temps, il se ferait à cette idée. Il fallait qu'elle s'accroche à cette brindille d'espoir, même si la tâche s'annonçait rude. Car elle n'était pas dupe, être seul avec elle, le jour des festivités par excellence, avait forcément aidé à instaurer ce climat favorable pour retrouver leur complicité et pour qu'il se laisse aller à ses sentiments et non à sa raison. Mais dehors, face aux autres, face à leur regard, seul avec ses pensées… il serait étonnant qu'il ne cherche pas à reculer. Elle en était consciente. Mais elle n'abandonnerait pas.

oOoOoOoOoOo

oOoOoO Après être sorti de chez Tonks, Remus avait pris le chemin de Poudlard où l'attendait Dumbledore.

Arrivé dans le couloir qui menait au bureau du vieux sorcier, il croisa Rogue qui visiblement en sortait.

- Lupin, le salua-t-il avec un rictus moqueur.

Remus hocha simplement la tête en prononçant son prénom d'une voix froide. Il n'était pas vraiment disposé à converser avec lui, surtout après ce qu'il avait appris à propos du Patronus de Nymphadora. Malheureusement, Rogue semblait d'humeur loquace pour une fois.

- Je ne savais pas que les chiens étaient de sortie aujourd'hui. Ah, non ! Excuse-moi, c'est vrai, ce n'était pas toi le chien.

- Qu'est-ce que tu veux, Severus ? demanda Remus sur la défensive.

- Rien, j'ai été surpris, voilà tout, continua son vis-à-vis d'un ton doucereux, satisfait de lui-même. Je te croyais revenu à ta place, avec tes congénères.

- Merci de t'en inquiéter, j'ai justement eu la chance d'y être durant ces fêtes. Molly ne t'avait pas invité ?

- Mais quel joli conte de Noël nous avons là, répliqua le professeur d'un ton railleur moins léger. Le loup-garou apprivoisé passe les fêtes chez ses amis. C'est vrai que les histoires à dormir debout ont la cote ces temps-ci.

- Serait-ce de l'amertume, dans tes propos ? Je ne comprends pas, c'est pourtant bien toi qui n'a fait aucun effort pour tisser… ou plutôt conserver des amitiés dignes de ce nom.

Le visage cireux de Rogue perdit encore un peu de couleur si c'était possible.

- Vous et votre grand couplet sur l'amitié… laisse-moi rire. On peut dire que ça vous a réussi en effet : un traître, deux morts et la bête sauvage qui se retrouve seule et égarée.

Les deux hommes tenaient à présent leur baguette fermement serrée en main.

- Moins seul que toi à Noël visiblement ! rétorqua vivement Remus avant de reprendre avec plus de contenance. Écoute, Severus, au lieu de mépriser ceux qui t'entourent, tu devrais peut-être essayer de…

- Je rêve ou un hybride me tend la main plutôt que de sortir ses crocs ? trancha l'intéressé pour dédaigner cette tentative.

- Si tu le prends comme ça, il se peut en effet que je le fasse. Surtout si j'apprends que tu as été une nouvelle fois désobligeant envers mes amis, menaça Remus dont les jointures de doigts commençaient sérieusement à blanchir autour de sa baguette.

- Moi, désobligeant ? s'étonna Rogue avant de comprendre et d'attaquer avec un rictus plus sarcastique encore. Oh ! je vois, Lupin, tu prétends vraiment pouvoir jouer au prince charmant, alors ? Comme c'est touchant…

- Je ne prétends rien du tout mais tu devrais faire attention, si tu continues comme ça, on pourrait croire que c'est la jalousie qui t'a rendu aigri. Ce qui serait ridicule, n'est-ce pas… qui pourrait être jaloux d'un loup-garou ? Et on sait bien tous les deux que tu as toujours été exécrable et asocial, ce serait dommage que les gens se fassent une fausse opinion de toi, en particulier ici où les murs ont des oreilles et propagent les rumeurs plus vite que Rita Skeeter.

Il appuya ses propos en lançant un regard aux tableaux les plus proches et eut juste le temps de voir les personnages des portraits détourner rapidement leur tête. Rogue, qui avait fait de même, allait riposter lorsque…

- Ah, Remus ! s'exclama Dumbledore en s'avançant vers eux. Je commençais à m'inquiéter mais je vois que tout va bien.

- Oui, nous finissions juste notre conversation, désolé pour le retard. Severus avait besoin de discuter un peu semble-t-il, s'excusa-t-il en affichant un sourire affable.

- Je suis agréablement surpris que vous parveniez enfin à mettre vos différends de côté. Mais il est vrai que cette période de l'année est propice aux rapprochements, j'en suis enchanté, s'enthousiasma le directeur.

- Oui, un vrai miracle, se força à dire Rogue d'une voix lugubre, frustré de n'avoir pu rabattre son caquet à Remus et alors que les deux autres le regardaient en souriant.

- Si cela ne vous dérange pas, Severus, je serais ravi que vous rendiez visite à Sybille, maintenant que vous êtes lancé. Son moral m'inquiète toujours un peu…

Rogue le regarda comme si on venait de lui demander de plonger dans le lac glacé en sous-vêtements mais quand il vit que Dumbledore ne plaisantait pas, la tête qu'il tira fut l'un des plus beaux cadeaux de Noël que Remus eut reçu… OoOoOo

oOoOoOoOoOo

La pendule de sa cuisine annonça six heures et demie, le sortant de ses souvenirs. Remus revint alors dans sa chambre pour se préparer à reprendre sa mission. Dumbledore lui avait demandé de la poursuivre même si les résultats étaient peu concluants pour l'instant. Lorsqu'il vit son reflet dans le miroir de son armoire, il se dit que son cauchemar aurait au moins servi à une chose : avec cette tête de déterré, il y avait peu de risques que les autres loups-garous le soupçonnent et l'accusent d'avoir passé de bonnes fêtes auprès de proches plutôt que de se morfondre comme la plupart d'entre eux.

Une fois prêt à quitter son appartement, il jeta un dernier coup d'œil circulaire à sa pièce principale. Elle faisait preuve d'une certaine vacuité mais elle était tout de même chaleureuse. Il n'y remettrait pas les pieds avant plusieurs jours, voire même semaines, puisqu'il ne s'accordait ce droit que de façon sporadique afin de conserver sa couverture de loup-garou exclu de la société. Il se félicita alors d'avoir suivi les conseils de Dumbledore et d'être revenu. Ces deux jours lui avaient été bénéfiques, il avait pu se rendre compte, se rappeler de la chance qu'il avait. Cela l'aiderait à supporter plus facilement cette tâche indésirable confiée par l'Ordre. Oui, il s'efforcerait de penser à ces bons souvenirs pour tenir le coup, sans se soucier des questions délicates tant qu'il pouvait l'éviter. Elles le rattraperaient bien assez vite, il le savait.

Dans un soupir, il ferma la porte, lança un Collaporta et transplana.


Vous voulez me crier dessus ? Ne vous gênez pas, les reviews sont là ! Non, mais, j'aurais adoré moi aussi qu'ils roucoulent enfin pour de vrai, mais c'est Jo qui en a décidé autrement, c'est pas ma faute… Comment ? qui est responsable du début sadique si ce n'est moi ? Ah oui, je vois ce que vous voulez dire… O:D mais pour ma défense, je l'ai écrit en pleine nuit ce début (sans rire, à 2 h du matin, vendredi dernier si vous voulez tout savoir, je mettais enfin une touche finale à ces cauchemars qui ont mis des mois à être pondus… parce que mes premiers jets étaient vraiment trop guimauve, ça ne me convenait pas du tout… j'espère avoir réussi à rattraper un peu le coup !)