Note : ah ! ah ! pour faire les choses vraiment bien, j'ai regardé le calendrier lunaire de 1996/1997 pour savoir quand était la pleine lune et donc, si je ne me suis pas trompée d'année, c'est Jo qui l'a fait (ou sans doute qui n'a pas contrôlé ou est passé outre :D) car la pleine lune de décembre 1996 était le… 24 décembre ! Remus n'aurait donc pas pu assister au réveillon de Noël chez les Weasley. Bon bah tant pis, je mets une pleine lune quand ça m'arrange du coup !
Sinon, pour le délai… euh… vous l'aurez sans doute remarqué, toute la fin de la fic n'est pas mise au pied du sapin et… euh… je crois que je vais encore rajouter un chapitre avant le dernier XD Et puis celui-là, il n'est franchement pas dans l'esprit de Noël (snif) donc je m'excuse de ce cadeau empoisonné (mais vous pouvez relire les 6 et 7èmes si vous voulez vous remettre dans l'ambiance des fêtes (hum, hum)).
Un énorme merci à tous les lecteurs qui passent par là, à ceux qui ajoutent cette fic dans leurs favoris ou alertes et encore plus à ceux qui prennent le temps de me donner leur avis, ça compte beaucoup ! Alors merci à Atchoum16, chizuru300 (toujours des problèmes de mail ? :S), Nymph93, lolinette, Oceanna et Caramelise.
Précédemment : Tonks et Remus se sont embrassés chez elle le jour de Noël et ont profité d'un petit moment de complicité jusqu'à ce que Remus prenne de nouveau peur en voyant l'effet (positif) que ça avait sur Nymphadora. Il ne veut pas lui donner de faux espoirs mais n'arrive pas non plus à la repousser car ça lui briserait le cœur. Chacun de leur côté, le réveil est difficile : trop solitaire pour la Métamorphomage qui arrive à réfréner ses espoirs en sachant que la route est encore longue trop morbide pour le loup-garou qui s'est vu mordre la sorcière dans son rêve. C'est à moitié ébranlé par ce cauchemar et à moitié ragaillardi par ces deux jours passés entre amis qu'il est retourné effectuer sa mission auprès des lycanthropes en marge de la société…
Chapitre IX
Début janvier, un lendemain de pleine lune…
Lorsqu'il ouvrit les yeux ce jour-là, il sut tout de suite que quelque chose de grave s'était produit. Il reconnut rapidement les symptômes d'une gueule de bois carabinée mais il y avait autre chose. Instinctivement, il laissa retomber ses paupières pour diminuer son mal de crâne puis il prit peu à peu conscience de l'environnement qui l'entourait : le sol plus meuble que d'ordinaire, le froid mordant qui lui gifla le visage, les vrombissements des véhicules moldus un peu plus loin… Où était-il ? Et quelle était cette sensation oppressante qui le tenaillait ? Dans un geste automatique pour se protéger les yeux alors qu'il allait de nouveau les ouvrir, il approcha ses mains de son visage et se rendit compte que ses ongles étaient incrustés de sang séché. Il déglutit péniblement à cette vision et se redressa d'un coup, ce qui lui donna le vertige. Affolé, il regarda autour de lui à la recherche d'explications.
Il était seul, allongé à demi sur l'herbe d'un parc qu'il mit quelques secondes à reconnaître : le St James's Park. Il reporta son attention sur ses mains et tenta de se souvenir… il se revit aller sur l'Allée des embrumes… entrer dans le premier pub qui s'était présenté… enchaîner les whisky Pur Feu…
Le reste était flou. Il lutta contre la nausée qui l'assaillait et prit la décision de se rendre à son appartement. Il hésita quelques secondes entre transplaner ou s'y acheminer à pieds. Il ne se sentait vraiment pas bien… alors, oui, il y avait les caractéristiques des lendemains de soirée alcoolisée… oui, il y avait ce malaise qu'il ne pouvait s'expliquer au fond des tripes, cette peur de ce qui était advenu, de ce que signifiait l'hémoglobine qui marquait ses doigts… mais il y avait autre chose… qu'il connaissait… ses articulations… ses muscles… il était tellement courbaturé… chaque pas le martyrisait… comme… comme à chaque…
Non.
Ce n'était pas possible. Il écarquilla les yeux tout en les posant de nouveau sur ses mains. Elles tremblaient à présent. Ou peut-être était-ce lui. Son corps entier secoué par la révélation qui semblait faire jour dans son esprit. D'autres images de la veille lui revinrent. Elle était venue le rejoindre dans ce bar… elle l'avait exhorté à la suivre… et puis… Son estomac ne supporta pas cette idée. Il se pencha en avant alors qu'il fermait les yeux pour s'interdire cette vision. C'était impossible. Il n'avait pas pu. Mais il devait en avoir le cœur net. Il avait besoin d'aide. Dans un éclair de lucidité, il se souvint que l'un des endroits où les autres s'isolaient était ici, à quelques pas. Oui, il avait dû essayer de les rejoindre avant que… Peut-être l'un d'eux pourrait-il comprendre…
Il se mit à courir aussi vite qu'il put, faisant fi des douleurs qui le tiraillaient de toute part et des deux ou trois premiers promeneurs matinaux qu'il croisa. Le vent glacial lui permettait au moins d'avoir les idées plus claires. Il n'était pas très coutumier du lieu mais il en avait entendu parler par d'autres. Il atteignit rapidement le milieu du parc et longea durant quelques secondes les berges du lac pour se rapprocher du Pont Bleu. Lorsqu'il l'atteignit, il chercha à l'aide de sa baguette magique l'entrée cachée aux yeux des Moldus et prononça le mot de passe qui permettait de l'ouvrir. Il s'en était rappelé facilement car il ne manquait pas d'ironie ou, plutôt, d'humour noir, à l'instar de l'emplacement choisi : sous un pont pour les rebuts qu'ils étaient mais au cœur de l'écrin serein et élégant de la royauté. À l'énoncé de « Loup y es-tu ? », des marches se formèrent sous ses pieds, l'invitant vers les entrailles du parc tandis que l'ouverture s'élargissait dans la pile du pont pour lui permettre de s'y engouffrer. Il jeta un coup d'œil alentour pour s'assurer que personne ne l'avait remarqué mais les rares Moldus présents dans l'espace vert n'étaient pas dans son champ de vision. Il prit une grande inspiration et entama sa descente.
Des torches fixées aux murs éclairaient un chemin étroit qui déboucha dans une première salle, vaste et aménagée comme un grand salon. Le mobilier semblait avoir été récupéré à droite et à gauche, certaines chaises paraissaient bancales, la plupart des fauteuils étaient éventrés, râpés. L'absence de cheminée était compensée par une quinzaine de feux de fortune autour desquels les canapés et autres meubles avaient été regroupés pour former des coins plus conviviaux. D'autres sièges, souvent entourés d'amas d'objets divers, étaient isolés le long des murs, jamais loin des torches. L'endroit était sombre et froid… lugubre… avec toutes ces ombres dansantes projetées par les flammes dispersées.
Du fait de l'heure prématurée, l'endroit ne réunissait qu'une petite dizaine de sorciers. Il balaya la pièce des yeux, à la recherche d'un visage connu mais dut s'approcher des quelques occupants afin de mieux les distinguer. Il se sentait de plus en plus désemparé à mesure qu'il voyait les regards revêches et dissuasifs se poser sur lui lorsqu'il s'avançait vers eux. Découragé après sa sixième tentative de prise de contact, il se laissa tomber sur une chaise isolée et se remit à trembler compulsivement. Comment allait-il faire ? Qu'allait-il devenir ? Il se prit la tête, de plus en plus lourde, dans ses mains et, soudain, sursauta. Quelque chose lui avait touché l'épaule. Il releva brusquement la tête et resta bouche bée. Un homme aux cheveux grisonnants, aux cernes marquées et à l'air épuisé lui tendait une tasse de café fumante et lui demanda, inquiet :
- Est-ce que tout va bien ?
Ce sorcier… il l'avait déjà vu… oui, cela faisait un an. Il s'en souvenait parfaitement… il avait essayé de lui remonter le moral après les fêtes, dans la chambre de Ste Mangouste qu'il occupait avec ce rouquin qui avait été mordu par un serpent. Peut-être voudrait-il bien l'aider une nouvelle fois…
- Je… je me souviens de vous, lui murmura-t-il.
L'autre haussa un sourcil d'étonnement avant de le scruter davantage pour se souvenir d'où il l'aurait connu.
- À Ste Mangouste… l'an dernier… je venais d'avoir été mordu… vous êtes… non, je ne me rappelle pas votre nom.
- Bien sûr, je me souviens également à présent, je ne vous avais pas reconnu. Je suis Remus Lupin, lui dit l'autre en lui tendant la main.
Il allait la lui serrer quand son regard s'arrêta sur ses ongles assombris. Il leva des yeux paniqués vers son interlocuteur pour le voir à son tour observer ce sang coagulé avec appréhension.
- Je… j'ai besoin d'aide… souffla-t-il d'une voix chevrotante d'effroi.
oOoOoOoOoOo
Remus se posa dans un des fauteuils défoncés du « souterrain de James ». Il n'aimait franchement pas ce lieu bien trop glauque à son goût mais il fallait avouer qu'il était pratique pour les lycanthropes. Il l'avait découvert peu après le début de sa mission par le bouche-à-oreille. Outre la grande salle principale, le lieu regorgeait de multiples cellules individuelles qui servaient de chambres quotidiennes à plusieurs loups-garous déracinés ou de prison temporaire à de nombreux autres lors des pleines lunes. Ça n'avait rien de réjouissant mais c'était sécurisant. Il avait décidé de passer la nuit ici afin de pouvoir nouer de nouveaux contacts le lendemain.
Il était l'un des premiers éveillés et décida de préparer du café. Alors que le breuvage se confectionnait, il se laissa tomber en arrière et ferma les yeux en faisant tourner sa tête pour dénouer son cou douloureux. Les lendemains de pleine lune étaient vraiment harassants. Il ne pourrait pas faire grand-chose aujourd'hui. Peut-être pourrait-il prendre le temps d'écrire à Nymphadora ? Il n'avait pas encore osé, se laissant prendre par ses occupations ou par son sommeil alors qu'il avait, chaque soir, une pensée pour elle. Il ne savait pas par quoi commencer. Il ne voyait autour de lui que désolation, rancœur, désespoir et haine… À quoi rimerait de lui dire qu'il pensait à elle si… Un tintement retentit, indiquant que l'entrée de l'abri venait d'être activée. Qui pouvait bien rejoindre cet endroit à une heure pareille ?
Il scruta l'arrivée du sorcier en question. Il semblait apeuré, troublé par l'ambiance sordide de la pièce mais aussi à la recherche de quelqu'un. De loin, Remus observa avec pitié ses tentatives avortées de dialogue jusqu'à son abandon sur une chaise proche. Son café allait au moins être utile à une chose. Il se leva tout en amenant une tasse à l'intéressé.
oOoOoOoOoOo
- Je… j'ai besoin d'aide… lui souffla-t-il d'une voix chevrotante d'effroi.
Remus avait senti ses boyaux se tordre à la vue du sang séché qui maculait l'extrémité des doigts du loup-garou. Il resta cependant maître de lui-même et invita l'homme à le rejoindre sur un canapé plus confortable.
- Comment vous appelez-vous déjà ? lui demanda-t-il pour essayer de l'apaiser.
- Jack… Jack Barton.
- Très bien, Jack. Que s'est-il passé ?
- Je… je crois que j'ai… hier soir, j'étais tellement déprimé, vous comprenez ? Mon patron… la semaine a été tellement chargée… j'ai travaillé très tard tous les soirs pour ne pas perdre mon job… c'est le seul que j'ai pu trouver en huit mois de recherche… mais hier… je ne sais pas… quelqu'un lui a sans doute fait peur… parce qu'il savait ce que j'étais quand il m'a embauché… mais hier, il s'est mis à me crier dessus, à me traiter d'incapable, de monstre… Je n'avais rien fait pourtant, je le jure… mais il m'a viré, comme ça… en m'humiliant devant tous les autres employés… j'étais tellement… dégoûté… si fatigué… je me suis sué sang et eau pour le garder ce boulot ! Alors je suis allé dans un pub, je voulais oublier, oublier ces voix qui m'insultaient ou qui réclamaient vengeance dans ma tête, oublier ma vie… et après…
Ses yeux s'écarquillèrent à mesure que les fragments de scènes défilaient à nouveau devant ses yeux. Remus, dont la bouche s'asséchait d'appréhension, l'encouragea à poursuivre d'une voix rauque mais calme :
- Et après ?
- Après ?
Il tourna ses prunelles anxieuses vers Remus et s'agrippa à son avant-bras :
- Elle est arrivée… ma petite-amie… elle ne m'a pas abandonné, vous savez, l'an dernier. Vous aviez raison quand vous m'aviez dit que ma vie pouvait continuer… qu'il fallait s'accrocher… Elle est restée… malgré le chômage, malgré le regard des autres… elle est restée…
Les larmes lui montèrent aux yeux et il ne put retenir un sanglot avant de gémir « pourquoi ? » et de s'agripper les cheveux de désespoir.
Remus était devenu livide et il entendait le sang battre à ses tempes. Non, c'était impossible… ça n'avait pas pu arriver… Les images du propre cauchemar qu'il avait fait quelques jours auparavant revinrent le hanter mais il fut tiré de ses pensées par la pression qu'exercèrent les deux mains de Barton sur son bras.
- S'il vous plaît… dîtes-moi que je n'ai pas pu… il faut… ça ne peut pas… ça ne peut pas être… son sang… n'est-ce pas ? supplia-t-il en exposant ses paumes vers le haut.
- Vous… où vous êtes-vous réveillé ? l'interrogea Remus.
- Dans… dans le parc, avoua-t-il dans un souffle coupable.
Remus déglutit difficilement.
- J'étais ivre… je ne voulais pas… je n'aurais pas dû mais… j'étais au bout du rouleau et j'ai… j'ai oublié, finit-il dans un couinement.
- C'est pour ça qu'elle est venue ? Elle voulait vous amener ici ? Peut-être qu'elle est rentrée avant que… tenta de raisonner Remus.
- Je… oui. Elle voulait me faire sortir… me mettre à l'abri et je… je me suis souvenu de cet endroit mais… après je ne veux… je ne sais pas… c'est le noir total, dit-il en secouant la tête.
Remus n'insista pas, ne voulant pas l'accabler davantage. Il restait un espoir, aussi infime soit-il et il voulait à tout prix s'y raccrocher. C'était au-dessus de ses forces de croire que le pire était arrivé.
- Je vais aller à Ste Mangouste, pour vérifier. Ce n'est pas très loin. Comment… comment s'appelle-t-elle ?
- Euphrosina… Zina Burke. Te… tenez.
Il tâta ses poches à la recherche d'une bourse de laquelle il sortit une photo représentant une jeune femme aux longs cheveux blonds qui souriait en leur faisant des signes de la main. Il la confia à un Remus blême.
- Très bien, restez ici. Je n'en ai pas pour longtemps.
oOoOoOoOoOo
Une demi-heure plus tard, Remus faisait les cent pas dans le couloir du premier étage de l'hôpital. On lui avait confirmé la présence d'une sorcière attaquée par un loup-garou mais on ne pouvait pas lui indiquer son état car elle était encore dans l'unité d'urgence aux mains des Guérisseurs. Finalement, le Guérisseur-en-chef, Hippocrate Smethwyck, sortit de la salle et Remus se précipita vers lui.
- Excusez-moi, est-ce que… est-ce que c'est cette femme que vous… demanda-t-il en lui tendant la photo d'Euphrosina.
- Mon pauvre… je ne saurais vous dire avec certitude. Elle a bien les cheveux blonds mais, elle a… son visage a été lacéré, vous comprenez ? Nous avons fait tout ce que nous avons pu mais…
- Elle est morte, s'entendit dire Remus d'une voix caverneuse alors qu'il avait l'impression que le temps s'arrêtait autour de lui.
- Non, elle a survécu. De justesse. C'est une battante. Moralement et physiquement. Elle a réussi à soutenir l'attaque de son agresseur et il n'a pu l'atteindre qu'avec ses griffes. Elle a réussi à transplaner ici avant qu'il ne la morde mais elle est tombée inconsciente. Elle a perdu beaucoup de sang. Ses jours ne sont plus en danger mais je crains qu'il n'y ait des séquelles psychologiques graves après une telle agression. Elle sera défigurée à vie et ses cordes vocales ont également été touchées et…
Un Guérisseur stagiaire venait de l'interpeller derrière lui.
- Professeur, nous avons trouvé son identité. Elle avait des papiers dans son sac. Il s'agit de Mlle Burke, Euphrosina.
- C'est bien votre amie ? demanda le Guérisseur-en-chef à Remus dont les mâchoires s'étaient serrées.
- Oui, je dois… je vais…
Il ne put finir sa phrase et s'enfuit en courant vers la sortie. Il avait besoin d'air. Il fallait qu'il respire. Elle était vivante, mais dans quel état ! Il atteignit le rez-de-chaussée et fut quelque peu ralenti par la foule qui commençait à s'agglutiner dans l'attente d'être dirigée vers le bon service. Comment allait-il annoncer ça à Barton ? Comment ce dernier pourrait-il jamais se pardonner ? Un haut-le-cœur le saisit lorsqu'il se remémora les paroles du loup-garou « Vous aviez raison quand vous m'aviez dit que ma vie pouvait continuer… qu'il fallait s'accrocher… Elle est restée… » Et voilà où ses bons conseils avaient mené. Cette situation… cette sorcière… ça aurait pu être… Chamboulé, il heurta sans le faire exprès un sorcier qui hoquetait étrangement et s'excusa machinalement sans même le regarder, trop pressé d'atteindre la sortie. Il avait envie de vomir.
oOoOoOoOo
- Je t'assure, ma chérie, je peux me débrouiller tout s… hic…
- On dirait un poisson avec ces bulles qui sortent de ta bouche à chaque fois que tu as le hoquet ! Comment tu as fait ton compte ? l'interrogea sa fille alors qu'elle s'amusait à percer lesdites bulles à l'aide de sa baguette et qu'ils se rangeaient dans la file d'attente bondée des patients de Ste Mangouste.
- Ta mère ne te l'a pas… hic… dit ? s'étonna-t-il.
- Non, sa lettre disait seulement : « Ton père a encore fait l'imbécile en tentant de faire le ménage. Je ne le supporte plus. Viens vite ! », l'imita-t-elle en rigolant.
- Elle exagère, je… hic… j'essayais seulement de bien fair… hic… mais je me suis trompé dans les sorts et… hic…
- Tu n'as jamais été doué pour le ménage, papa ! constata-t-elle en rigolant alors qu'elle devait accélérer ses gestes pour vaincre la multitude de bulles apparues. Tu devrais le savoir à présent et laisser faire maman, même si ça part d'une bonne intention, ça finit toujours par l'énerver. Depuis quand tu hoquètes comme ça ?
- Depuis trois jours… hey-ic ! s'exclama-t-il lorsqu'un sorcier lui percuta l'épaule dans sa course vers la sortie.
L'individu ne s'arrêta même pas en plus ! Même s'il avait baragouiné quelques excuses inaudibles, elle trouvait qu'il ne manquait pas d'air et était prête à lui dire de faire plus attention aux gens… lorsqu'elle le reconnut.
Remus.
Blanc comme un linge.
Qui courait vers la sortie, l'esprit visiblement ailleurs.
Ce n'était pas du tout bon signe. Il n'aurait pas dû se trouver ici et encore moins être capable de courir un sprint un lendemain de pleine lune. Il avait dû se passer quelque chose de grave. Un accident… qui ? Elle se mordit les lèvres et, d'instinct, amorça quelques pas pour le suivre. Se rappelant pourquoi elle était là, elle se tourna rapidement vers son père et lui demanda :
- Papa, je dois… je peux te laisser seul, ça ira ?
- Bien sûr, Dora, lui garantit-il avant de demander d'un ton inquiet face à l'air soudain grave de sa fille. Une urgence ?
- Je ne sais pas… c'est un ami et il n'a vraiment pas l'air dans son état normal. Je préfère savoir.
- File, je suis un grand garçon, lui assura-t-il alors qu'un nouveau hoquet « bullesque » vint ponctuer ses dires.
Tonks sourit et lui déposa un baiser sur la joue avant de s'élancer à la suite de Remus.
Elle n'eut pas trop de mal à le repérer et à le rattraper. Même s'il avançait vite, ses courbatures devaient le ralentir quelque peu. Elle était néanmoins maintenue à une certaine distance par la foule qui arpentait les trottoirs londoniens. Et, évidemment, elle ne manqua pas de se prendre les jambes dans leurs sacs ou attaché-case à deux ou trois reprises, ce qui lui arracha des jurons assez… sonores. Mais sa maladresse n'attira même pas l'attention de Remus qui, en temps normal, n'aurait pas manqué de remarquer que quelqu'un le suivait. Il y avait définitivement quelque chose qui clochait pour qu'il soit ainsi déconnecté de ce qui l'entourait. Quelques secondes plus tard, elle aperçut les pans de sa cape virevolter sur les pelouses d'un parc. Qu'allait-il faire là-bas ? Était-ce un raccourci ? Elle le vit enjamber un petit pont puis descendre sur la rive du lac et se rapprocher de l'ouvrage… pour disparaître ! Son cœur s'emballa alors. Un sortilège anti-Moldu devait camoufler quelque chose, elle devait se dépêcher si elle ne voulait pas le perdre de vue. Elle franchit l'étendue d'eau si vite qu'elle sentit les quelques passants qui profitaient de la vue grommeler sur son impatience. Après un virage serré, elle déboula devant le pilier où une ouverture était en train de se refermer. Sans réfléchir, elle emprunta les escaliers en s'agenouillant pour y passer à temps.
Une fois à l'intérieur, elle s'arrêta quelques secondes afin de reprendre son souffle, penchée un peu en avant, les mains appuyées sur ses cuisses. Alors qu'elle commençait à ausculter l'endroit où elle avait atterri, un frisson lui parcourut l'échine. Ce souterrain n'avait rien de très accueillant… Elle hésita un court instant avant de poursuivre son chemin mais son angoisse pour Remus prit le dessus sur l'appréhension du lieu. Elle voulait savoir ce qui n'allait pas, elle ne pouvait pas faire comme si elle n'avait pas vu l'air blafard et le comportement étrange de Remus.
Sa baguette bien en main, elle suivit le corridor jusqu'à une grande pièce où elle découvrit avec un certain malaise une ambiance sinistre. À la lueur morbide des quelques feux de camp, elle distingua le mobilier décharné et les individus… épuisés et aux vêtements usés qui y étaient installés. Les plus proches la dévisagèrent de façon hostile, murmurant ce qui ressemblait à des grognements. De moins en moins rassurée, Tonks se fustigea alors mentalement. Quelle idiote ! Elle aurait mieux fait d'y réfléchir à deux fois avant de se jeter dans la gueule… du loup. Évidemment, Remus était encore occupé par sa mission auprès des lycanthropes. Elle n'avait pas pensé une seconde à ce que pourrait être ce souterrain lors de sa course effrénée ou alors que l'entrée se refermait. Elle n'avait pensé qu'à suivre Remus pour comprendre…
Bon, relativisons. De toute façon, il n'y avait aucune raison que l'un d'eux s'en prenne à elle sans rai…
Un cri à fendre l'âme retentit dans la salle. L'obscurité et l'écho qui s'ensuivit dans cet espace dénudé perturbèrent ses sens alors qu'elle recherchait la provenance de cette souffrance. Elle pivota lorsqu'elle sentit un sorcier se mettre à courir vers la sortie et alors qu'elle le suivit des yeux, une main l'agrippa violemment par le bras. Elle laissa échapper une exclamation de surprise mais ne put s'empêcher de sourire de soulagement lorsqu'elle identifia Remus. Elle déchanta bien vite cependant. Lui ne souriait pas du tout. Il avait les traits durs et ses yeux, noirs d'une colère contenue, semblaient sortir de leurs orbites. Il l'empoigna fermement et la força à sortir avec lui dans le parc. Il ne chercha même pas à les isoler suffisamment pour être à l'abri des regards des promeneurs avant qu'il ne se mette à lui hurler dessus :
- QU'EST-CE QUE TU FAIS ICI ?
- Je… je t'ai juste suivi parce…
- SUIVI ? MAIS TU ES COMPLÈTEMENT INCONSCIENTE OU QUOI ?
Il lui faisait mal sans s'en rendre compte en lui serrant le bras. Seule la colère semblait l'animer. Pour la première fois, elle distingua avec effroi l'ombre du loup sur son visage.
- Remus, tu me fais mal, lui murmura-t-elle d'un ton qu'elle voulait le plus calme possible en l'implorant du regard.
Cela agit comme un électrochoc sur lui. Il la lâcha soudainement et se mit à regarder d'un air hagard, presque fou, son bras là où il l'avait tenaillée.
- Remus, que s'est-il passé ? Pourquoi tu réagis comme ça ? Je t'ai juste vu à Ste Mangouste, tu semblais si… perturbé… j'ai voulu…
- Tu n'aurais pas dû ! la coupa-t-il d'un ton glacial mais absent, toujours obnubilé par sa main qui avait agrippé le bras de la Métamorphomage. Jamais… plus jamais…
- Non, je te le promets ! Je ne te suivrai plus, c'est promis, essaya-t-elle de le rassurer mais elle sentait qu'un point de rupture s'était produit et elle ne le voulait définitivement pas, alors elle continua de parler pour tenter de recoller les morceaux de ce qui avait été brisé malgré elle. J'ai hésité, je te le jure, mais tu paraissais si perdu, j'ai cru qu'il était arrivé quelque chose à quelqu'un, j'ai eu peur…
Elle s'était avancée vers lui en disant cela, avait posé ses deux mains sur son torse pour réduire cette distance qu'elle sentait grandir entre eux.
- Peur ? réagit-il enfin en la regardant dans les yeux et en lui prenant ses deux poignets pour l'éloigner de lui.
- Tu devrais avoir peur Nymphadora ! rugit-il d'un ton dur. Tu sais quelle mission m'a confiée l'Ordre ! Comment peux-tu… on s'en fiche de mon état ! Évidemment que ce n'est pas rose tous les jours ! Tu croyais quoi ? Est-ce que tu sais au moins quel jour on est ?
- Oui, je…
- Arrête ! C'est fini ! Rentre chez toi ou à Poudlard, va où tu veux tant que c'est loin d'ici, et loin de moi… Je ne veux plus te voir !
Un coup de poing dans l'abdomen lui aurait fait le même effet. Tonks resta sans voix, complètement éberluée. Que s'était-il passé pour qu'il réagisse comme ça ? Pourquoi… comment, en quelques minutes, la situation avait-elle dégénéré à ce point ? Elle se revoyait rigoler au hoquet de son père il y avait à peine une demi-heure. Et là, elle était devant un Remus méconnaissable, au visage plus crispé et au regard plus féroce que jamais. Où était la compassion qu'il lui réservait d'ordinaire ? Où était le Remus doux, calme et juste ? Pourquoi avait-il ainsi perdu toute mesure ? Il lâcha ses poignets d'un geste sec et se dirigea vers la tanière des lycanthropes en la dépassant sans un regard, en lui crachant seulement un « va-t'en ! » sans réplique.
Qu'avait-elle fait ? Mais qu'avait-elle fait ? Elle tomba à genoux et commença à sentir les larmes couler sur ses joues. Quelques Moldus qui visitaient le parc, alertés par la dispute, la regardaient avec pitié, hésitant à venir l'aider. Une flamme d'appréhension monta en elle. Elle ne voulait pas de leur aide, elle ne voulait pas se montrer faible comme ça, elle ne voulait pas être faible. Elle voulait juste comprendre. Elle porta son regard vers le pilier du pont et croisa le visage torturé de Remus qui s'empressa de détourner les yeux et de s'enfoncer dans l'abri magique. Elle retint un nouveau sanglot et, sans se préoccuper des Moldus, transplana au premier lieu chaleureux qui lui vint à l'esprit.
oOoOoOoOoOo
Il dévala les escaliers, poussé par la rage qui grondait en lui. Arrivé dans le couloir morbide, il écrasa ses poings contre la paroi murale dans un geste désespéré pour faire sortir cette colère qu'il exécrait. Il détestait perdre le contrôle, il détestait agir de la sorte mais il n'arrivait pas à empêcher cette voix dans sa tête qui lui criait que Tonks l'avait cherché, qu'elle n'aurait jamais dû… Et penser à elle ne faisait qu'augmenter le courroux qui lui rongeait les entrailles. Comment avait-elle pu être aussi inconsciente ? Il la revit lui murmurer qu'il lui faisait mal au bras et un sentiment désagréable mêlant culpabilité et satisfaction lugubre l'envahit. Enfin, enfin elle avait dû comprendre ce qu'il était, enfin elle aurait peur de lui à l'avenir, cette peur qui le hantait sans qu'il le comprenne, cette peur qui avait déclenché l'ire qui l'avait saisi à la vue de la Métamorphomage dans ce taudis. Enfin, pensa-t-il en donnant un nouveau coup de poing dans le mur tandis que ses larmes tapissaient le sol sans qu'il s'en aperçoive.
oOoOoOoOoOo
Elle atterrit à genoux dans l'herbe boueuse, laissant à présent s'évacuer toutes les larmes qui déferlaient. Elle n'avait même pas la force de regarder vers la maison à laquelle elle avait pensé. Elle avait juste l'impression de ne plus pouvoir respirer… Elle avait tellement mal… Elle resta ainsi proscrite pendant quelques minutes avant qu'elle n'entende des pas approcher.
- Tonks ? Tonks, ma chérie, c'est toi ? Par Merlin, que t'arrive-t-il ?
Elle sentit l'une des mains de Molly se poser sur son dos tandis que l'autre lui soulevait le bras pour l'encourager à se relever. Elle se laissa faire, se laissa guider jusqu'au canapé moelleux du Terrier et tomba dans les bras de son amie pour mieux y verser son chagrin.
- Que s'est-il passé, Tonks ? Quelqu'un a-t-il été blessé ? demanda-t-elle d'une voix blanche.
La jeune sorcière secoua la tête négativement et tenta de s'expliquer :
- C… c'est… Re… Remus…
- Oh, ma chérie !
Elle ne la força pas à plus de confidences, voyant bien qu'elle n'était pas en état. Elle savait que les mots ne servaient à rien dans ces cas-là et elle lui offrit simplement le réconfort des bras compatissants qu'elle était venue chercher. Plus tard, elle connaîtrait le fin mot de l'histoire mais pour l'instant, elle devait juste la soutenir dans ce moment difficile.
Soupir.
J'espère que vous ne trouvez pas ça trop mélodramatique… je me suis dit qu'il fallait vraiment un événement déclencheur assez marquant pour qu'il veuille à nouveau la repousser après ce qu'il s'est passé. Au début, je pensais faire mourir la petite amie de l'autre loup-garou mais je trouvais que ça faisait trop redite avec son cauchemar (déjà que ça continue à le faire un peu…). Et l'unité du chapitre est plus cohérente comme ça, vu ce que je prévois pour la suite (d'où mon projet de chapitre supplémentaire).
En attendant sa rédaction (pas pour tout de suite car je suis censée réviser pour la rentrée et que je n'ai rien fait cette semaine XD), je vous souhaite de très bonnes fêtes de fin d'année !
