Chapitre XI
Note : vous n'y croyiez plus ? Après tous ces mois d'attente, il est pourtant enfin sorti ! Je vous jure, j'ai essayé, mais y'a rien eu à faire avec cette fic, chaque chapitre a vraiment choisi tout seul son temps de gestation… Et cette fois, c'est bel et bien le dernier, je suis arrivée au bout de ce que j'avais planifié ! Oh, bien sûr, y'aurait encore le tome 7 à explorer et je succomberai peut-être un jour, mais je crois que si ça devait arriver, il faudrait vraiment que j'écrive tout avant de commencer à publier ! J'en reviens toujours pas de la date de naissance de cette fic XD
Alors voilà, c'est avec émotion que je vous présente ce dernier chapitre qui m'aura donné du fil à retordre malgré moi. Je pensais qu'en ayant écrit toute la fin depuis le début, ce serait plus simple sauf que, non, pas du tout ! Il a fallu que j'enlève les éléments que j'avais finalement exploités entre temps, que je racle la guimauve bien trop épaisse (désolée s'il en reste trop, j'ai fait ce que j'ai pu :S), que je fusionne des passages que j'avais écrit en double ou triple versions… et que je trouve un début satisfaisant pour faire la jonction ! Bref, au final, j'en suis assez contente pour vous le présenter en croisant les doigts pour qu'il vous plaise !
Oh ! Une chose ! A l'époque, j'avais parlé d'une idée spéciale pour la fin, d'un petit délire personnel que je proposerai en fin alternative. Bah, tant pis, c'est la seule et unique (désolée pour les fans du perso, moi il me tape sur le système et c'est donc ma petite vengeance personnelle ^^)
Et comme cette fic ne serait pas ce qu'elle est sans vous, un grand merci pour tous vos messages et ajouts en alertes et favoris ! C'est vraiment génial de savoir que ce qu'on écrit plaît à d'autres que nous. Alors merci à tous ceux qui suivent cette fic et particulièrement aux fidèles de la première heure qui ont tenu jusqu'au bout et à ceux qui m'ont laissé un message sur le dernier chapitre : Atchoum16, clodina, Caramelise, Gabi (si tu es passée sur mon profil, tu as peut-être vu que oui, oui, la suite était bien prévue ! merci vraiment pour ta review, c'est trop gentil !), marguii (tu as dû lire trop vite, ce n'était pas fini ! j'espère que tu auras quand même l'occasion de passer par là pour ne pas rester sur ce sentiment d'inachevé, tes compliments me font énormément plaisir, merci beaucoup !), Aria Lupin (eh oui, même pour Noël, j'ai pas réussi XD j'espère que tu as pu patienter malgré tout jusque-là )), Bulle1206 et Ecchymose (WOUAH ! tu ne peux pas savoir comme ton avalanche de reviews m'a fait plaisir ! que tu prennes le temps de laisser un message à chaque chapitre alors que tout était déjà publié, c'était vraiment chouette ! J'ai pu lire tes réactions au fur et à mesure et ça m'a vraiment fait chaud au cœur alors merci beaucoup. J'espère que ce dernier chapitre ne te décevra pas =D)
Une fois encore, les passages en italique et entre guillemets ne m'appartiennent pas, ils sont tirés de la version française du tome 6.
Et comme ça fait très longtemps, je vous propose un petit (euh, non, long) rappel si vous voulez vous replonger dans l'histoire :
Chapitre I : Après la bataille du Ministère, Tonks fait des siennes à Ste Mangouste mais se rend compte des sentiments qu'elle a pour Remus lors d'une visite de ce dernier et de Maugrey.
Chapitre II : Ils se rendent chez Sirius à la recherche de son testament. Elle l'incite à se confier à elle puis lui avoue qu'elle tient à lui mais il la rabroue sans ménagement.
Chapitre III : Elle se met en tête qu'il lui reproche la mort de Sirius et s'aperçoit que ses dons de Métamorphomage l'abandonnent. Elle le rencontre au Terrier et essaye de lui ouvrir les yeux mais ce dernier reste buté et être confronté à ses démons devant la cabane hurlante ne l'aide pas.
Chapitre IV: Une réunion de l'Ordre les réunit. Il l'appelle Tonks, elle veut protester contre la mission que lui assigne Dumbledore, ils s'expliquent au bar, elle lui vole un baiser et lui promet de l'attendre.
Chapitre V: Il se rend au ministère pour sa visite mensuelle en tant que loup-garou. Il se retient d'aller la saluer, parce qu'elle a l'air bien accompagnée, parce qu'il est un paria. Ses souvenirs d'enfance remontent à la surface. Molly joue leur confidente à tour de rôle.
Chapitre VI: Il sert de guide aux futurs Aurors en faction à Poudlard. Elle arrive à se rapprocher de lui mais Dawlish le boulet mine ses efforts. À la rentrée, elle doit subir les remarques désagréables de Rogue puis l'éloignement alors qu'il s'isole chez les loups-garous. Il rejoint cependant le Terrier pour Noël au dernier moment et y apprend qu'elle est seule chez elle pour les fêtes.
Chapitre VII : C'est Noël, elle déprime, décide de faire du tri puis lui claque la porte au nez alors qu'il joue les invités surprise. Elle se reprend, ils discutent, éclatent de rire, se trouvent…
Chapitre VIII : Chacun son cauchemar, son réveil douloureux, chacun les souvenirs de la veille pour se réconforter, se donner du courage pour affronter de nouveau la réalité, la séparation.
Chapitre IX : Un loup-garou en détresse le replonge dans le pire. Elle le croise, le suit, découvre à ses dépens à quel point il est chamboulé. C'est fini.
Chapitre X : Un mois après, elle reprend du poil de la bête en jouant au Quidditch. Elle décide d'aller de l'avant alors que, de son côté, il est au bout du rouleau. Elle lui envoie une carte pour son anniversaire, pour le faire réagir – sans succès – puis s'inquiète d'une attaque de loup-garou. Il rend visite à Molly suite à cela, lui apprend que sa mission est finie, lui demande de ses nouvelles, espère qu'ils vont pouvoir redevenir amis…
Précédemment : « Non, il savait ce qu'il devait faire, ou ne pas faire. Alors il allait prendre un parchemin et une plume, l'expliquer calmement à Nymphadora avec des mots soigneusement choisis, s'excuser au passage pour tout ce qui s'était passé entre eux et lui demander s'ils ne pouvaient pas simplement redevenir amis, oublier tout cela et repartir à zéro, comme au bon vieux temps. »
Chapitre XI
Mi-avril
Tonks froissa la lettre qu'elle venait de lire et effaça rageusement les larmes qui s'étaient écrasées sur ses joues. Elle ne savait même pas pourquoi elle pleurait. De dépit ? De tristesse ? De détresse ? La colère qu'elle ressentait en revanche, elle la comprenait. Ne s'était-elle pas juré d'être forte ? De ne plus pleurer pour lui ? De tourner la page s'il le fallait ? Alors, pourquoi n'y arrivait-elle pas ? Pourquoi une simple lettre la mettait-elle dans cet état ? Une lettre de réconciliation en plus ! Une lettre d'excuses ! N'était-elle pas censée en être heureuse ? Au lieu de cela, elle avait l'impression que son cœur se déchirait à nouveau, chaque phrase ayant fait craquer un à un les points de suture qui avaient mis tant de temps à se broder.
Deux semaines, il avait mis plus de deux semaines à lui écrire depuis qu'il l'avait dit à Molly. Heureusement, cette dernière lui avait indiqué dès le lendemain de sa visite nocturne qu'il allait bien, que l'attaque de loups-garous ne l'avait pas concerné et qu'il semblait vouloir renouer avec elle. Mais il avait mis aussi longtemps pour lui demander simplement ça ? Il y a quelques mois, son cœur aurait probablement sauté de joie à la lecture de cette lettre. Elle avait besoin qu'il fasse le premier pas, qu'il reconnaisse que leur amitié ne pouvait pas voler en éclats de la sorte. Mais aujourd'hui, après lui avoir tendu – sans retour – une perche à son anniversaire, après s'être fait une raison, après s'être rongé les sangs à l'idée qu'il puisse être mort, balayant au passage la soi-disant raison forgée, après avoir attendu cette missive avec espoir… ce n'était pas suffisant ! Elle s'en rendait compte.
Recommencer à zéro ?
Non, elle ne pouvait visiblement pas. Elle ne pourrait pas faire semblant.
Elle comprima ses paupières pour empêcher de nouvelles larmes de couler. Pour être honnête avec elle-même, elle sentait bien aussi qu'il y avait une part de soulagement dans ces dernières. Remus reconnaissait qu'il s'était emporté, qu'il n'aurait pas dû… Il lui présentait ses excuses, ne souhaitait pas qu'elle sorte de sa vie…
Mais il lui ressortait aussi les mêmes arguments qu'au début. Se contentait de se réfugier derrière ces mots qui sonnaient tellement creux pour elle « trop pauvre, trop vieux, trop dangereux ». Et ça la blessait ! N'avaient-ils pas dépassé ce stade ? Ne lui avait-elle pas fait comprendre que ce n'était pas ce qui comptait ? Il réaffirmait que c'était folie de penser à un « eux amoureux ». Il évoquait à peine l'événement qui l'avait traumatisé au lendemain de la pleine lune. N'avait-il donc pas assez confiance en elle pour lui exposer clairement ce qu'il s'était passé ? Pour qu'ils cherchent des solutions ensemble ? N'était-elle donc pas assez intéressante à ses yeux pour qu'il fasse l'effort d'essayer de sortir de sa carapace ? Non, visiblement, non. À la moindre difficulté, il préférait se refermer comme une huître. Et cela l'épuisait. Il ne semblait même pas se rendre compte du mal qu'il lui faisait, ne voulait pas le voir.
Parce qu'il ne se faisait pas confiance lui-même en fait. Parce qu'il avait peur.
Elle soupira et déplia la lettre chiffonnée. Lut entre les lignes cette fois-ci. Il cherchait à se protéger en choisissant une fois de plus le chemin qui lui semblait le plus simple. Mais dorénavant, elle ne lui faciliterait pas la tâche. Tant pis si ça devait nuire à leur entente. Elle en avait marre d'encaisser en silence, de l'attendre. Elle ne supporterait pas d'être face à lui, de lui parler, lui sourire, de se forcer à faire comme si de rien n'était.
Alors, non ! Elle n'allait pas l'aider cette fois. Du moins, pas comme lui le voulait. Elle allait instaurer ses règles du jeu. Si de jeu on pouvait parler. Ce ne serait amusant ni pour elle, ni pour lui. Mais c'était nécessaire. Et elle espérait qu'il serait forcé de s'y plier… à défaut de quoi, il la perdrait.
Ses mains tremblèrent à cette idée mais elle agrippa plus fermement la feuille de parchemin entre ses doigts. Cette lettre n'était-elle pas la preuve qu'il ne voulait pas ça ? La preuve qu'elle lui manquait ? Elle devait s'y raccrocher, espérer une dernière fois qu'il prenne conscience qu'il la voulait auprès de lui, mais qu'il la voulait entière. Et cela avait beau paraître pathétique, elle savait qu'elle ne le serait pas tant qu'ils n'auraient pas essayé ce « eux » qui l'appelait, qui s'imposait à elle.
Les mâchoires serrées, elle jeta un coup d'œil à son reflet. À ses cheveux toujours aussi ternes. À ce visage qui lui semblait figé depuis bien trop longtemps maintenant.
Elle voulait redevenir elle-même.
oOoOoOoOoOo
Les doigts crispés, Remus relut le bout de papier qu'il venait de recevoir.
Une phrase.
Une seule et unique phrase pour répondre à la longue lettre qu'il avait mis des heures – des jours ! – à écrire. Il s'était pris la tête pour savoir comment l'entamer, réécrivant sans cesse et sans aucune originalité les premiers mots qui étaient censés annoncer le ton de sa missive. Il s'était arraché les cheveux pour savoir comment formuler chaque phrase, pour choisir presque chaque mot, tournant et retournant à l'infini ses arguments dans sa tête. Pour ne pas se tromper, pour être le plus juste possible, pour ne pas la blesser.
Et elle répondait par une seule et unique phrase ?
Par un refus qui plus est !
Un refus !
« Et si je n'en ai pas envie ? »
Sans même un « désolée ».
Sa tête bourdonnait étrangement et il préféra s'asseoir. Alors quoi ? Il avait cru quoi ? Que c'était acquis ? Parce que Molly lui avait dit que leur amitié lui manquait et que, s'il le souhaitait, tout pouvait probablement redevenir comme avant ? Avait-il oublié que Nymphadora pouvait ne pas être de cet avis ? Qu'elle avait finalement peut-être réussi à tourner la page ? Qu'il l'avait sûrement trop blessée pour qu'elle puisse lui pardonner ?
Comment ça allait se passer maintenant ? Ils allaient forcément se croiser aux réunions de l'Ordre. S'éviteraient-ils ? Seraient-ils juste polis l'un envers l'autre ? Ne pourraient-ils plus engager de conversation ?
Alors qu'un sentiment désagréable s'emparait de ses entrailles, une petite voix dans sa tête lui soufflait que c'était de sa faute après tout. Il l'avait bien cherché. C'était lui qui lui avait crié dessus et l'avait chassée de sa vie. C'était normal, pas de quoi en être aussi estomaqué. Que croyait-il ? Qu'elle n'attendait que ses excuses pour ramper à nouveau devant lui ? Il savait qu'il avait dû la blesser... qu'il l'avait blessée ! Qu'il regarde la vérité en face, nom d'un chien ! Mais il avait pensé… sa proposition de redevenir amis lui avait semblé la meilleure. Pour tous les deux. Repartir à zéro. Oublier cette année chaotique. N'était-ce pas le compromis idéal ? Il ne pouvait pas lui offrir plus. C'était au-dessus de ses forces. Il ne voulait pas être responsable de son malheur. Était-ce trop dur à comprendre pour elle ? Ne voyait-elle pas qu'il ne pouvait que la tirer vers le bas ? C'était bien beau de rêver, mais la réalité lui avait clairement fait comprendre que ça ne servait à rien au final. Il n'avait pas le droit de lui faire ça. Mais il n'avait pas davantage envie qu'elle sorte définitivement de sa vie…
oOoOoOoOoOo
Début juin. Cuisine du Terrier.
- Oh, là, là ! Et il reste encore des tas de choses à faire comme boucler la liste des invités. Ça devient urgent ! Eureusement, tout le monde a répondu chez moi mais vous êtes tellement nombreux ici ! D'ailleurs, Molly, vous savez si les enfants viendront accompagnés ? s'enquit une Fleur perchée sur les genoux de Bill.
Une ambiance chaleureuse régnait en cette soirée printanière. Le temps était comme suspendu alors qu'ils venaient pourtant d'assister à une réunion de l'Ordre. Plusieurs membres étaient restés pour profiter du repas alléchant préparé par Molly. Les conversations enjouées avaient rapidement germé, la plupart tournant autour de souvenirs de mariage alors que quelqu'un avait lancé Fleur sur le sujet.
- Eh bien, si j'en crois la dernière lettre de Ginny, son cavalier a changé de nom, annonça la matriarche avec un sourire un coin.
- Vraiment ? Ça ne m'étonne pas ! Elle est très jolie quand elle ne fait pas ses grimaces idiotes. Qui est l'heureux élu ?
- Il est déjà invité au mariage, pour tout te dir…
- Noooooon ? C'est Arry ? J'en étais sûre, j'ai toujours trouvé qu'ils seraient très mignons ensemble.
Molly acquiesça en souriant, ravie que la chaussure que sa fille voulait à son pied l'ait enfin trouvée.
- Et Ron-Ron ? rigola Bill. Toujours avec cette Lavande ?
- Non, c'est fini d'après votre sœur. Et mon petit doigt me dit qu'il n'y aura pas non plus de nouvelle invitée à prévoir de ce côté.
- Oh, là, là ! Cette Ermione n'est pas très drôle pourtant mais ils me font rire à se tourner autour ces deux-là ! Oh ! D'ailleurs, Viktor a répondu, il va venir ! J'ai hâte de voir ça, on dirait le dernier roman-feuilleton de Sorcière hebdo, s'amusa la fiancée.
- Tu n'auras sans doute pas trop la tête à y penser, lui souffla Bill au creux de l'oreille.
Elle acquiesça en rigolant puis en lui volant un baiser avant de se relever brusquement :
- Et Charlie ? Pas de changement ?
- Non, il viendra seul, malheureusement, soupira sa mère.
- Il n'y a que toi que ça ennuie maman, il est très heureux comme ça lui, répliqua Bill d'un ton amusé.
- Oui mais à son âge, il pourrait commenc…
- Tonks ! s'écria Fleur en signe de victoire.
Plusieurs têtes se tournèrent vers elle dont celle de l'interpelée qui n'écoutait pour le moment leur conversation que d'une oreille distraite.
- Euh… oui ? demanda-t-elle.
- On cherche une cavalière pour Charlie. Vous avez le même âge, non ? Oh, là, là ! Si vous tombiez amoureux ce jour-là, ça serait tellement romantique !
Tonks émit un ricanement nerveux et, avant de répondre, planta son regard dans celui de Remus qui n'avait pu résister à l'appel de ce nom et avait donc loupé sa chance d'écouter cette conversation sans se faire repérer.
Et voilà ! pensa-t-il avec mécontentement. Encore une occasion pour elle de tourner le couteau dans la plaie.
Il avait découvert à ses dépens que le refus de Nymphadora n'était pas un problème de pardon. Elle était tout à fait prête à lui pardonner. Mais pas à être son amie. Elle en voulait toujours plus et ne comprenait pas qu'il n'était pas en mesure de le lui donner. Alors, depuis qu'ils s'étaient revus, elle cherchait à le lui faire comprendre par des piques ou des regards équivoques. Elle le provoquait et il ne pouvait s'empêcher de trouver cela puéril. Même s'il devait avouer qu'il préférait largement ça à son indifférence, comme il l'avait craint. Leurs relations n'étaient pas non plus polaires… ou disons qu'elles oscillaient entre polaires et électriques.
- Non, ça ne risque pas. Charlie est trop jeune pour moi, je préfère les hommes mûrs qui ne s'amusent pas à jouer avec le feu en risquant de se faire brûler chaque jour, dit-elle calmement avant de plaisanter. Et puis, déjà à Poudlard, il n'avait d'yeux que pour le Quidditch et les dragons, alors...
- Mais alors, tu seras toute seule ? lui demanda Fleur d'un ton légèrement désapprobateur.
- Il faut croire, se força-t-elle à répondre avec le sourire.
À tout hasard, Tonks reporta son attention vers Remus mais celui-ci s'était bien évidemment dépêché de détourner le regard et de participer à une autre conversation.
oOoOoOoOoOo
Plus tard en juin. Entrée de Poudlard.
Bill et Remus arrivèrent quasiment en même temps devant le portail aux sangliers ailés. Ils échangèrent un regard et comprirent que Dumbledore les avait fait venir pour la même raison. Le message qu'ils avaient reçu était succinct « besoin d'un renfort supplémentaire à Poudlard ce soir » mais ils savaient que Tonks devait avoir davantage de renseignements à leur fournir.
Cette dernière arriva d'ailleurs pour leur ouvrir. Elle salua chaleureusement Bill et essaya de se contenter du hochement de tête froid et mécanique qu'elle réservait désormais à Remus mais celui-ci remarqua que son regard disait tout autre chose. Que s'était-il passé ?
Alors, elle leur expliqua ce que Dumbledore lui avait dit ainsi qu'à McGonagall et Flitwick. Qu'il devait s'absenter quelques heures et qu'il souhaitait donc qu'ils patrouillent au cas où. Il leur confiait ainsi la sécurité du château et, par précaution, leur conseillait d'être particulièrement attentifs.
Ils échangèrent leurs impressions sur cette requête. Dumbledore demandait rarement quelque chose à la légère, il devait en suspecter plus qu'il ne le disait. Dans ces conditions, ils se demandèrent où il serait le plus judicieux de monter la garde. L'atmosphère était assez lourde et une ou deux remarques désagréables s'échappèrent malgré elle de la bouche de Tonks à l'encontre de Remus. Sans doute un moyen d'évacuer la pression et la peur qui étaient montées en elle suite à l'annonce de Dumbledore. Elle avait eu un mauvais pressentiment dès le début de la journée et ce besoin de renforts n'avait bien sûr rien arrangé. Quelque chose se tramait, quelque chose qui ne lui plaisait pas du tout.
Ils décidèrent d'un plan de patrouille avec des points de rencontre réguliers pour se tenir au courant d'éventuels incidents. En informèrent Minerva et Filius via les Patronus de Bill et Remus. Puis rejoignirent chacun leur zone d'affectation.
Une heure plus tard, après avoir déjà croisé Minerva et Filius, Tonks rencontra à nouveau Bill et Remus pour leur rapport. Tout semblait calme, bien trop calme même, ne pouvait s'empêcher de penser Nymphadora. Et alors qu'ils allaient à nouveau se séparer, des pas précipités retentirent dans un des couloirs adjacents. Ron, Ginny et Neville déboulèrent et, soulagés de les trouver, leur apprirent que Malefoy était sorti de la Salle sur demande avec des intentions qu'ils soupçonnaient d'être tout sauf louables et, surtout, qu'il était accompagné. La tension monta d'un cran et les adultes s'échangèrent un regard lourd de sens.
- Quelle direction ? s'enquit Tonks.
- Si on doit s'attendre au pire… s'ils cherchent des renforts par la voie des airs… la tour d'astronomie, réfléchit Remus.
Ils hochèrent la tête mais avant qu'ils s'élancent, Bill les retint une seconde.
- Ecoutez, je ne sais pas ce qui se passe entre vous, mais il est évident que c'est tendu alors, avant qu'on se lance je veux juste être sûr… Est-ce que… ça va aller, n'est-ce pas ? Vous pouvez collaborer ?
Remus et Tonks se regardèrent un instant dans les yeux et n'eurent pas besoin de mots pour se comprendre. Bien sûr que ça irait, qu'ils pouvaient compter l'un sur l'autre. Aucune crainte à avoir. Dans une situation aussi critique, ils oubliaient forcément leurs différends qui semblaient tout de suite plus futiles, presque dérisoires. Il n'y avait plus de relation conflictuelle, ils oubliaient temporairement qu'il y avait un « eux ». Ou peut-être ne pouvait-il au contraire s'exprimer pleinement que dans ces moments-là, épuré, débarrassé des problèmes accolés d'ordinaire à lui. Quand ils n'avaient pas le temps de réfléchir, quand seuls leurs sentiments et leur instinct importaient.
Qu'ils ne communiquent plus que froidement en se lançant des regards noirs depuis plusieurs semaines ne voulait plus rien dire, qu'ils aient pu se maudire la veille pour être aussi obstinés n'était plus qu'un lointain souvenir. Ils se protègeraient l'un l'autre aujourd'hui, au péril de leur propre vie.
- Ne t'en fais pas Bill, tout va bien.
oOoOoOoOoOo
Infirmerie de Poudlard. Après la bataille.
« - Tu as vu ! dit une voix crispée.
Tonks regardait Lupin d'un œil noir. »
Voilà, la bataille était finie, ils étaient sains et saufs, la peur pouvait s'évacuer, la rancœur et la colère revenir.
« - Elle veut toujours l'épouser, même s'il a été mordu ! Elle s'en fiche !
- C'est différent, répondit Lupin, remuant à peine les lèvres, l'air soudain tendu. Bill ne sera pas un loup-garou à part entière. Les deux cas sont très…
- Mais ça m'est égal, ça m'est complètement égal ! s'écria Tonks.
Elle attrapa Lupin par le devant de sa robe et le secoua.
- Je te l'ai répété un million de fois…
[…]
- Et moi, je t'ai répété un million de fois, répliqua Lupin, les yeux fixés sur le sol, refusant de croiser le regard de Tonks, que je suis trop vieux pour toi, trop pauvre… trop dangereux…
- Je t'ai dit depuis le début que ton attitude était ridicule, Remus, lança Mrs Weasley par-dessus l'épaule de Fleur qu'elle tapotait dans le dos.
- Je ne suis pas ridicule, répondit Lupin avec fermeté. Tonks mérite quelqu'un qui soit jeune et sain.
- Mais c'est toi qu'elle veut, objecta Mrs Weasley en esquissant un sourire. D'ailleurs, Remus, les hommes jeunes et sains ne le restent pas forcément.
Elle montra d'un geste triste son fils étendu entre eux.
- Ce n'est pas… le moment d'en parler, déclara Lupin, qui évita le regard des autres en détournant les yeux d'un air égaré. Dumbledore est mort…
- Dumbledore aurait été plus heureux que quiconque de penser qu'il y a un peu plus d'amour dans le monde, dit sèchement le professeur McGonagall.
À cet instant, la porte de l'infirmerie s'ouvrit à nouveau et Hagrid entra. »
Remus le remercia mentalement de cette diversion. Qu'avaient-ils tous à se liguer ainsi contre lui ? Il y a avait franchement plus dramatique que sa vie personnelle à l'heure actuelle. Dumbledore… il n'arrivait pas à le croire… Il n'écouta que d'une oreille distraite ce que disaient Hagrid et McGonagall. Qu'allaient-ils devenir ? Sans Dumbledore pour les guider, quel espoir restait-il ? Il porta son regard sur Harry qui quittait justement la pièce à la demande de la nouvelle directrice de Poudlard. Harry… tout reposait-il vraiment sur les épaules du fils de James et Lily ? Dumbledore lui en avait-il révélé davantage qu'aux membres de l'Ordre ? Il était… avait été… si secret.
- Que va-t-il se passer ? s'enquit Hermione d'une petite voix. Je veux dire… sans Dumbledore… Poudlard… vous croyez qu'ils vont le remplacer ?
Tous s'observèrent à tour de rôle, un peu perdus, à la recherche de celui qui aurait la réponse. Comme plusieurs regards s'arrêtèrent finalement sur lui, Remus prit la parole :
- Je suppose que le Conseil d'administration va plutôt vouloir fermer l'école. Au moins pour prendre le temps de réfléchir… Mais avec Voldemort à l'extérieur et sans Dumbledore pour… je… excusez-moi je… quelqu'un doit prévenir Abelforth…
L'idée lui était venue soudainement mais tombait à pic. Il commençait à se sentir à l'étroit, oppressé. Il avait besoin d'air et fut donc soulagé de pouvoir sortir de cette infirmerie.
Dumbledore était mort.
Ces mots ne cessaient de résonner dans sa tête et il ne savait pas quoi faire. Il avait l'impression que c'était la fin. Comment pourraient-ils s'en sortir sans lui ? Maugrey allait sûrement prendre la tête de l'Ordre mais combien de temps résisteraient-ils face à Voldemort ? Dumbledore était le seul qu'il ait jamais craint, tout le monde savait ça. Tout le monde comptait sur ça. Mais maintenant qu'il en était débarrassé…
- Remus ! cria une voix derrière lui.
oOoOoOoOoOo
Remus venait de trouver une excuse pour quitter l'infirmerie et elle bouillait intérieurement. Bien sûr, prévenir Abelforth était normal, quelqu'un devait le faire. Mais elle avait l'impression que Remus cherchait juste à fuir. Fuir la situation, fuir ses pensées, la fuir elle. Et elle n'allait pas laisser passer ça ! La pensée fugace qu'elle était égoïste lui traversa l'esprit mais elle s'en fichait.
Tout à l'heure, l'annonce de la mort de Dumbledore lui avait porté un coup. Elle s'était retrouvée sonnée pendant quelques minutes, comme prise d'une léthargie soudaine. Mais la scène qui avait eu lieu entre Fleur et Molly avait agi comme un électrochoc.
Oui, Dumbledore était mort.
Oui, les temps devenaient par là même encore plus sombres et dangereux.
Mais Dumbledore n'avait-il pas toujours dit que la plus grande force de l'homme était l'amour ? Fleur ne venait-elle pas de prouver que l'amour surmontait les obstacles les plus tenaces ? Alors pourquoi Remus s'opposait-il encore à leur donner une chance ? Lui qui croyait tant en Dumbledore, pourquoi ne l'écoutait-il pas ? Pourquoi s'obstinait-il à s'enfermer dans sa solitude ? À la repousser ? La colère avait alors pris le dessus sur ses autres émotions. Qu'importe la présence des autres ! Cela contribuerait peut-être même à le faire réagir, à y voir enfin clair. Elle n'avait rien à cacher après tout. Elle n'avait pas honte d'avouer ses sentiments. Et elle ne supportait plus de souffrir en silence à cause de ses refus alors que d'autres avaient droit au bonheur.
Elle chassa ce souvenir de sa tête et, sans même prendre congé auprès des autres, elle s'élança à sa suite, bien décidée à finir la conversation qu'ils avaient eue avant d'être interrompus par Hagrid.
Il avait déjà pris une bonne longueur d'avance mais elle parvint à le rattraper à hauteur de la porte d'entrée du château.
- Remus ! l'appela-t-elle d'une voix plaintive et accusatrice.
Elle le vit se crisper, arrêter sa course à contre cœur en bas des marches.
- Ce n'est vraiment pas le moment, Nymphadora, dit-il à la fois las et sur la défensive.
- Mais ce n'est jamais le moment ! s'emporta-t-elle en descendant les quelques marches qui les séparaient. Je n'en peux plus, Remus, il faut qu'on en parle, je…
- Dumbledore est mort ! la coupa-t-il d'un ton dur. Tu ne crois pas qu'il y a mieux à faire que de se préoccuper de tes petites affaires de cœu…
CLAC !
Alors qu'elle retirait sa main de sa joue en feu en la contemplant, comme interloquée par ce qu'elle venait de faire, il ferma les yeux et soupira fatalement. Il l'avait sans doute méritée, celle-là. Mais il n'en pouvait plus lui non plus ! Il se sentait acculé, désemparé et il ne savait plus quoi faire. Il avait déjà blessé Tonks suffisamment comme ça, il était temps que toute cette farce prenne fin.
- Pardon, mais je ne changerai pas d'avis, Nymphadora, reprit-il d'une voix neutre.
Remise de son geste, Tonks le regarda intensément, cherchant à voir ce qui se cachait derrière ce masque d'indifférence.
- Là, c'était Dumbledore, Remus ! Et c'est affreux, parce qu'il était notre plus grand espoir et je sais à quel point il a compté pour toi, à quel point il a cru en toi alors que les autres te rejetaient. Mais ça aurait pu être toi ! Ou moi ! Alors oui, bien sûr, on n'a pas le pouvoir de Dumbledore ni son savoir pour nous sortir de cette guerre, mais on est là quand même ! On existe ! On n'est pas seulement des pions sur l'échiquier de Dumbledore et Tu-Sais-Qui. On a le droit de vivre nos vies, on doit le faire ! Sinon, à quoi ça sert tout ça, hein ? Je ne sais pas si tu en as conscience mais… si ça avait été toi ce soir… comment tu crois que j'aurais réagi ? Comment j'aurais pu… alors qu'on n'est même plus fichus de se regarder en face sans aigreur depuis des semaines ? C'est ça que tu veux ? Que l'un de nous deux meure en ayant des regrets ? Parce que ça peut être moi, demain ! Est-ce que tu trouverais ça moins insupportable que la mort de Dumbledore ? Est-ce que ça serait moins important pour toi ? Parce que pour moi, ta mort, elle le serait bien plus figure-toi.
Mâchoires contractées, poings serrés, Remus l'observa sans savoir quoi dire. Cette femme avait le don de le pousser dans ses derniers retranchements. Bien sûr que sa mort aurait été insoutenable, rien que l'idée lui… mais c'était justement pour ça, pour elle, qu'il ne pouvait pas succomber…
- Si je… tu ne mérites pas ça. Tu as besoin de quelqu'un qui te fasse rire, qui ne soit pas une menace pour toi, qui t'offre une vie heureuse et insouciante, qui…
- Arrête ! répliqua-t-elle d'un ton acerbe, presque ironique. Une vie insouciante ? Je n'en aurai jamais une. J'ai choisi d'être Auror, Remus ! Tu sembles l'oublier mais je ne suis pas une petite fille qui a besoin d'être protégée. Je sais me défendre ! Je passe mon temps à chasser les criminels pour protéger les autres ! Vous, les Gryffondor, vous croyez être les seuls à être courageux et à pouvoir faire face à l'adversité…
- Je n'ai ja… tenta-t-il de protester.
- Mais vous n'êtes pas les seuls, Remus ! Tu ne l'as peut-être pas remarqué mais je suis courageuse. Et je ne suis pas idiote ! Je sais parfaitement que ta vie n'est pas facile, je sais que ce monde est plein de pourritures qui se croient supérieures aux autres, et je n'ose imaginer à quel point tes métamorphoses doivent être douloureuses et à quel point tu dois te sentir seul dans des moments pareils. Mais ce n'est pas en me tenant éloignée de toi que ça s'arrangera ou que je me sentirais mieux. Parce que je t'aime, d'accord ! Je t'aime et je sais ce que veut dire partager ta vie. Et ça ne me fait pas peur, à moi ! Est-ce que tu peux en dire autant ? asséna-t-elle.
- Pardon ? demanda-t-il interloqué.
- Tu m'as très bien entendue. De nous deux, celui qui a le plus peur, celui qui est le moins brave, c'est toi, Remus, répéta-t-elle en croisant ses bras sous sa poitrine, sûre d'elle. Tu as peur de t'engager, peur des conséquences. Je ne te blâme pas, je peux le comprendre. Parce que je sais que ce tu as traversé, je sais que tu as perdu tous les êtres qui t'étaient chers, ceux qui t'avaient accepté comme tu es et…
- Qu'est-ce que ça a à voir là-dedans ?
- Sérieusement, Remus ? Tu n'y as pas pensé ? Ça ne t'a pas effleuré l'esprit que le problème dans l'histoire, ce n'est pas mon bien-être mais le tien ? Tu dis toujours que tu agis dans mon intérêt alors que ton choix ne peut que me blesser ! Regarde la vérité en face ! C'est toi que tu protèges. Tu as peur de t'engager, peur de t'attacher à moi, peur de me perdre ensuite ou, pire, peur que je t'abandonne peut-être ? Non ! Ne dis rien, ordonna-t-elle alors qu'il ouvrait la bouche pour répliquer. Je suis peut-être en train de me ridiculiser plus encore que jamais auparavant – et Merlin sait pourtant que j'en ai connu des humiliations avec ma maladresse légendaire – mais tu vas m'écouter jusqu'au bout parce que je n'en peux plus, Remus, vraiment ! Je suis épuisée, j'en ai marre de te courir après alors que tu t'obstines à fermer les yeux. Regarde-moi ! Tu crois vraiment que je vais bien ? Que je peux continuer longtemps comme ça ? Ça fait presque un an que mes pouvoirs m'ont abandonnée ! Un an ! Un an que je tiens le coup parce que j'y crois, Remus ! Sincèrement, j'y crois. Ça peut marcher. Tout ce que je te demande, c'est une chance. Laisse-nous une chance, laisse-nous essayer ! Qu'est-ce qu'on a à perdre ?
Remus resta interdit un instant, son regard plongé dans celui de Tonks alors que des larmes en glissaient sans qu'elle s'en rende compte. Il fut surpris de sentir les battements de son cœur si prononcés, sa poitrine se serrer devant ce visage suppliant aux pommettes saillantes, bien qu'amaigries depuis ces quelques mois.
Que devait-il répondre ? Que voulait-il répondre ? Le pouvait-il ? Le savait-il seulement ? Avait-elle raison ? Avait-il plus peur pour lui que pour elle ? Il ne savait plus. Il était perdu.
Alors qu'il s'apprêtait à poser sa main sur la joue de la Métamorphomage, poussé par le désir de sécher ces pleurs qui semblaient l'oppresser un peu plus à mesure que les secondes s'égrenaient, une silhouette massive provenant du château s'approcha d'eux.
Surpris, Remus stoppa net son geste et se tourna vers le nouvel arrivant. En hurlant intérieurement, Tonks l'imita : pourquoi maintenant, alors qu'il allait faire ou dire quelque chose ? qui avait osé les dérang… Hagrid ? Elle soupira nerveusement et se surprit à détester violemment le demi-géant qu'elle avait pourtant toujours affectionné. Qui d'autre à part ce lourdaud ? C'était la deuxième fois dans la soirée qu'il interrompait un moment crucial pour elle, pour eux. Bien sûr, elle se trouva méchante, les circonstances ne permettaient pas de telles pensées… mais les épaules basses et le visage ruisselant du garde-chasse ne réussirent ni à l'émouvoir ni à lui ôter cette envie de lui crier dessus – le frapper serait plus douloureux qu'autre chose – et elle dut se mordre l'intérieur des joues pour se contenir.
- Re… Remus, articula péniblement Hagrid. Je sors du bureau du professeur Dumb… de… du… du professeur McGonagall, éclata-t-il en sanglots. Il faudrait pré… prévenir Abelforth. Il ne doit pas encore… Tu… tu pourrais…
- Oui, bien sûr, je… j'y allais de toute façon, le rassura Remus d'une voix blanche, en posant une main compatissante sur son énorme bras – main qui était destinée quelques secondes plus tôt à une tout autre personne.
Un coup d'œil en biais à Nymphadora lui permit de découvrir un visage choqué, trahi, suivi d'un regard noir. La jeune femme fit volte-face pour ne pas avoir à entendre, une fois de plus, des excuses minables mais ce fut cette fois-ci Remus qui la retint par le coude.
- Nymphadora, je… Ne m'en veux pas, s'il te plaît, mais… je ne sais pas… je ne sais plus. Il s'est passé trop de choses, je dois réfléchir et…
- D'accord, le coupa-t-elle le plus calmement possible malgré sa respiration saccadée. Mais c'est la dernière fois, Remus. Cette fois-ci c'est la dernière.
Il acquiesça d'un faible mouvement de tête pour lui montrer qu'il avait bien saisi. Il n'avait plus le droit à l'erreur. Et elle dut supporter une fois de plus en serrant les dents la vision de l'homme qu'elle aimait lui tourner le dos et s'éloigner d'elle.
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Remus ne cessait de tourner dans son lit, à la recherche d'une position dans laquelle il pourrait s'endormir ou, tout du moins, trouver du repos. Il n'arrivait ni à arrêter de penser, ni à réfléchir convenablement, tout tourbillonnait dans sa tête : Nymphadora, la mort de Dumbledore, l'attaque de Bill par Greyback et le souvenir de sa propre attaque qui était remonté à la surface, ses conséquences sur ses proches qui s'étaient éloignés un à un, les paroles de Nymphadora, les souvenirs de James, Lily et Sirius qui avaient rejailli plus vifs encore que d'ordinaire, les pleurs de Nymphadora, Peter, l'histoire de Jack Barton et d'Euphrosina, la carte d'anniversaire Gryffondor que Nymphadora lui avait envoyée à son anniversaire et qui prenait enfin tout son sens, et même Abelforth qui lui avait offert un verre pour le réconforter, lui qui avait une tête à faire peur, d'après le barman, plutôt que l'inverse… Il lui avait même offert une chambre pour la nuit, craignant qu'il se désartibule en rentrant chez lui vu l'état de choc dans lequel il était.
Se pouvait-il qu'il ait simplement peur, comme elle le prétendait ? Qu'il se voilait la face depuis le début ? Énervé d'être ainsi agité, il se leva et alla contempler le paysage qu'offrait la fenêtre de sa chambre. Comme pour mieux le perturber, le narguer, la silhouette de la cabane hurlante se dessinait fièrement face à lui. Était-il le lâche que dénonçait Nymphadora ? Qu'auraient pensé ses amis de ce qualificatif ? Eux qui étaient l'incarnation du courage à ses yeux…
Sirius… Non, Sirius était plus que courageux encore, il était téméraire, sourit-il tristement en repensant au jeune homme intrépide qu'il était.
Et James… lui aussi avait fait preuve du même courage que Nymphadora lorsqu'il s'était déclaré à Lily et heurté à ses refus. À partir du premier jour où il lui avait avoué ses sentiments, il avait montré la même obstination que la jeune Métamorphomage, persuadé que Lily était faite pour lui et qu'elle ouvrirait les yeux, tôt ou tard. Et il avait eu raison, ils avaient été si heureux malgré les épreuves, malgré le danger, Voldemort à leurs trousses… Il lui semblait pourtant que rien, pas même la certitude de cette fin tragique, ne les aurait incités à renoncer à être ensemble en fin de compte. L'important était l'amour qu'ils s'étaient porté, les heures heureuses qu'ils avaient vécues… ensemble…
Avait-il lui aussi droit à un tel bonheur ? Que lui coûtait de dire oui à Nymphadora ? Craignait-il de souffrir à nouveau ? Aveuglé par ses certitudes, il n'avait pas assez pris soin de l'observer, mais elle avait raison, elle semblait bien plus malheureuse que ce qu'il avait bien voulu admettre. James ne serait pas fier de lui de la faire languir autant, de se moquer de ses sentiments alors que lui-même avait fait beaucoup d'efforts pour que Lily le prenne au sérieux. Et Merlin savait que James avait été sincère envers elle depuis le début, même s'il s'y était pris comme un manche pour le lui montrer. Que ce serait-il passé si Lily ne lui avait jamais accordé une chance, sa confiance et son amour ? Aurait-il surmonté le coup ? Nymphadora allait-elle perdre cette joie de vivre qui la caractérisait tant et qu'il avait toujours appréciée sans se l'avouer clairement. Elle avait raison, elle était une adulte responsable et intelligente, elle seule était en mesure de faire les choix qui la rendraient heureuse.
Alors quoi ? C'était bien lui le problème, pas elle. Lui et son manque de confiance, lui et sa condition, lui et ses démons, lui et ses peurs, ses craintes de souffrir à nouveau, de perdre une fois encore ceux auxquels il tenait, de les perdre par sa faute. S'il tombait amoureux d'elle mais que les choses ne se passaient pas comme elle l'espérait, alors… alors il se retrouverait seul avec sa peine, une fois de plus.
Il n'avait jamais eu de relation sérieuse avec une femme, il se l'était toujours interdit. Il avait abdiqué parfois aux sous-entendus de James, Sirius et Lily qui lui reprochaient de ne pas se donner sa chance, d'avoir peur des conséquences alors que lui aussi avait droit à une vie normale, qu'il était normal. Pour avoir la paix et faire plaisir à ses amis qui voulaient juste le voir heureux, il avait donc cédé, avait accepté de sortir quelques fois avec des connaissances. Mais sans jamais s'attacher, juste pour la forme, l'apparence. Et ils l'avaient compris, n'avaient plus cherché à le pousser malgré lui, d'autant plus que la guerre n'était pas une période très propice aux badinages. Même Sirius avait décrété que les filles n'étaient pas importantes, qu'il y avait mieux à faire. Et il avait un jour entendu Lily déclarer aux autres qu'il ne servait à rien de le brusquer, qu'il la trouverait le moment venu et qu'à ce moment-là, il saurait.
Était-ce ce moment ? Nymphadora était-elle celle qu'il attendait sans le savoir, celle qui le rendrait heureux, et réciproquement, alors qu'il pensait la chose impossible ? Il s'était attaché à elle, il ne pouvait le nier. Et un poids dans sa poitrine lui rappelait douloureusement que jamais plus il ne voulait la faire pleurer quand il revoyait ce visage pâle en forme de cœur baigné de larmes et encadré par ces cheveux si tristes. Par sa faute.
Avait-il besoin d'être sûr de lui pour leur laisser une chance ? L'était-on jamais dans ce genre de relation ?
Laisse-nous une chance, laisse-nous essayer ! Qu'est-ce qu'on a à perdre ?
Elle avait raison. Si son refus catégorique exprimait la peur de la perdre par la suite, mieux valait tenter le coup que la perdre maintenant, non ? Sa poitrine s'oppressa davantage à cette pensée. La perdre maintenant. Supporterait-il de ne plus la côtoyer ? De la voir indifférente, passer à autre chose, dans les bras d'un autre… N'avait-elle pas dit que c'était la dernière fois ? Sa dernière chance…
Les battements de son cœur s'accélérèrent. Il appuya son front contre la vitre froide pour tenter de se calmer. Mais son cœur ne voulait pas l'écouter, il avait besoin de savoir, d'être fixé. Il devait suivre la volonté de ses amis qui avaient tant œuvré pour son bonheur, parfois au péril de leur vie. De quoi aurait-il l'air devant eux aujourd'hui s'ils savaient qu'il repoussait peut-être sa dernière chance d'être heureux… parce qu'il avait peur. Il leur devait bien ça. Il lui devait bien ça. Une dernière fois, tenter d'y croire, s'attacher à quelqu'un plus que de raison. Risquer de souffrir pour connaître le bonheur. Se persuader que, lui aussi, il avait le droit d'avoir ces étincelles stupides dans le regard, et de les voir briller dans celui d'une personne qui se tiendrait à ses côtés. Elle l'avait dit, ils pouvaient mourir demain. Comme ça. Sans préavis. Et regretter de ne pas avoir essayé.
À cette pensée, une irrésistible envie de la voir le saisit. Il savait qu'elle avait une chambre ici comme les autres Aurors en poste à Poudlard, se souvenait même de son numéro. Alors, il sortit en trombe de la sienne à sa recherche. Parvenu devant sa porte, il ne prit même pas la peine de réfléchir à ce qu'il allait lui dire ni même, tout simplement, à l'heure qu'il était. Aussi, lorsqu'il tambourina assez bruyamment sur le panneau en bois et qu'il la vit apparaître l'air aux aguets après quelques secondes qui lui parurent des minutes, il ne comprit pas trop pourquoi la jeune femme semblait si fatiguée et sur le qui-vive, comme si un nouveau malheur avait eu lieu.
- Remus ? s'étonna-t-elle. Que se passe-t-il ? Une nouvelle attaque ?
- Une attaque ?
Remus cligna des paupières avant de comprendre. Il regarda sa montre et jura en silence contre lui-même.
- Non, je… je suis désolé. Je ne voulais pas te réveiller. Je n'ai pas fait attention à l'heure et… pardon, je reviendrai plus tard, murmura-t-il en reculant.
- Attends ! répliqua-t-elle d'une petite voix avant de se mordre les lèvres pour ne pas trop espérer. Tu… tu voulais me dire quelque chose ?
Remus la regarda et s'autorisa même à contempler son visage pour la première fois depuis longtemps. Elle avait les yeux bouffis comme si elle avait pleuré une bonne partie de la nuit, ses traits étaient tendus, anxieux, comme si elle redoutait ce qu'il allait lui dire, mais ses yeux… une lueur s'était remise à y briller malgré elle. Une lueur que Remus voulait voir encore, le plus longtemps possible. Il le savait maintenant. Parce qu'il la trouvait belle à cet instant alors qu'elle se serait trouvé une tête effroyable.
Exaspérée d'être ainsi observée, Tonks tenta de dompter un peu sa chevelure et souffla :
- Laisse tomber, ok. Je suis affreuse, je sais, pas la peine de me fixer comme ça de ton air si impassible. Si… si tu penses à quelque chose, dis-le. Ça me stresse quand tu restes muet.
- Tu es belle, idiote, dit-il d'un ton très doux. Voilà ce que je pense à l'instant, ajouta-t-il pour s'expliquer devant le regard ahuri de son vis-à-vis dont l'estomac avait fait un looping.
- Très drôle, Remus, si tu es venu pour me torturer…
Elle fut stoppée dans sa tirade par la main de Remus qui prit la sienne.
- Pardon, murmura-t-il d'une voix rauque et vibrante qu'il ne contrôlait pas vraiment. Je te demande pardon pour toute la peine que je t'ai infligée. Je… j'ai réfléchi… à ce que tu m'as dit et je… et…
Il ne savait plus trop quoi dire. Il n'avait pas préparé de discours, n'arrivait plus à faire le tri dans toutes les pensées qui l'assaillaient en demandant de sortir. Il aurait dû réfléchir à ça avant de se lancer tête baissée et de penser que tout sortirait tout seul.
- Et ? l'encouragea-t-elle en fermant les yeux de peur de la suite, se refusant à trop espérer.
- Et tu avais raison, je crois. Je suis un froussard… ou quelque chose comme ça. Je me suis toujours demandé pourquoi j'avais eu la chance d'atterrir à Gryffondor à bien y réfléchir. J'ai toujours douté de moi depuis… depuis toujours… mais en aucun cas je ne te permets de douter de toi. Depuis le début, c'est moi le problème, uniquement moi. Ça ne veut pas dire que…
- D'accord ! le coupa Tonks qui redoutait plus que tout d'entendre la fin de cette phrase – elle préférait le dire elle-même finalement. Mon ultimatum n'a pas fonctionné on dirait, « restons amis malgré tout s'il te plaît », c'est ça ? lança-t-elle en fuyant son regard et en retenant les larmes qui pointaient à nouveau – le réservoir ne s'épuiserait donc jamais ?
- Non ! s'exclama Remus. Enfin, je… balbutia-t-il alors qu'elle tournait vivement la tête vers lui. Ce n'est pas… Raaah ! grogna-t-il devant sa propre maladresse en se pinçant l'arête du nez. Nymphadora Tonks, je ne te garantis rien, je ne suis sûr de rien… Enfin, si ! Je suis sûr d'une chose. Je ne veux pas te perdre. Et je ne veux plus jamais te voir pleurer, ajouta-t-il en plaçant fébrilement sa main sur sa joue pour essuyer de son pouce la première larme qui perlait. Plus jamais. Ça me broie le cœur.
Et ils se perdirent un instant dans les yeux l'un de l'autre. Puis lentement, mais sûrement, leurs visages se rapprochèrent jusqu'à ce que…
Un grand fracas retentit à l'autre bout du couloir les faisant tourner la tête à l'unisson. Hagrid, sifflotant la chanson de Odo avançait en titubant, soutenu tant bien que mal par Abelforth.
- Désolé, grogna ce dernier. Notre pauvre ami a un peu trop abusé ce soir, il aimait tellement mon satané frangin…
- Un grand homme, Bumdlebore ! approuva Hagrid avant de hoqueter.
- Laissez-le moi ! gronda Nymphadora.
Déjà, elle relevait ses manches d'un geste rageur avant de tirer sa baguette de sa poche tandis que sa chevelure terne passait au rouge vif sans qu'elle s'en aperçoive. Remus eut juste le temps de l'attraper par la taille en souriant pour calmer ses ardeurs. Mais elle se débattait, la bougresse ! Alors, sans vraiment le préméditer, il l'embrassa dans le cou, à la naissance de sa mâchoire. Surprise, elle se tourna vers lui les yeux écarquillés et lui se mit à rougir comme un adolescent.
- Bon, puisque c'est comme ça… capitula-t-elle avec un sourire en coin qu'elle tâchait de contenir. Mais tu ne perds rien pour attendre ! s'exclama-t-elle à l'adresse de Hagrid alors qu'elle agrippait la robe de Remus pour le tirer à sa suite dans sa chambre.
oOoOoOoOo
Quelques jours plus tard. Parc de Poudlard. Enterrement de Dumbledore.
« C'était une magnifique journée d'été.
Une assistance d'une extraordinaire diversité s'était déjà installée sur la moitié des chaises : […] Tonks, ses cheveux ayant miraculeusement retrouvé leur teinte rose vif, Remus Lupin, dont elle tenait la main […] »
oOoO Fin OoOo
Et voilà, l'aventure s'arrête ici. J'espère que ce dernier chapitre aura été à la hauteur de vos espérances et j'attends avec impatience vos avis sur le sujet.
Encore merci et, qui sait, peut-être à une prochaine fois sur une autre fic ! Mine de rien, en attendant ce chapitre qui ne voulait pas se montrer, j'ai écrit pleins de OS (oui, la pub, c'est perfide, ça se glisse partout XD =)
