Le lendemain matin, encore un peu dans les choux, Katherine s'étira longuement. Son chemisier rose pâle découvrit, par la même occasion, ses hanches jusqu'au bas de sa poitrine généreuse, dévoilant au passage une cicatrice rosée, pourtant à peine visible, sur son ventre plat, délicieux rappel de ce qu'elle s'était volontairement infligée à l'époque où elle avait littéralement perdu la raison.

Elle avait enchaîné, en effet, dépression nerveuse et sa passion obsessionnelle à l'égard de son ex-petit-ami, le plombier Michael Delfino. Et comme si cela ne suffisait pas, Michael lui avait volontairement fait mal pour l'éloigner de sa famille. Elle avait eu si mal qu'elle l'avait supplié de la tuer. Elle avait pensé qu'il serait probablement préférable de mourir plutôt que d'accepter la fin de leur amour. Mais elle n'en avait pas valu la peine. C'était ce qu'il lui avait dit. Il ne tenait pas suffisamment à elle pour vouloir l'éliminer. Malheureusement pour lui, les éléments s'étaient rapidement liés dans l'esprit tordu de Katherine. Elle était subitement devenue un être absolument machiavélique. Elle avait eu une pensée qu'elle avait trouvé merveilleuse sur le moment. Un couteau de cuisine. Des empreintes digitales. La folie de Katherine l'avait alors guidée vers l'envie incontrôlable de le blesser à son tour, en se blesser d'abord. Elle avait vu cela comme une forme d'automutilation contrôlée. Son objectif principal était d'accuser Michael de tentative de meurtre. Après avoir téléphoné aux urgences, elle avait saisi le couteau de cuisine. Elle l'avait dangereusement approché d'elle. Le couteau avait alors épousé la forme de son ventre avant de traverser violemment sa chair dans un bruit sourd. Ne supportant pas la douleur, elle s'était laissée glisser à même le sol en attendant les secours.

Aujourd'hui totalement remise de ses émotions morbides, elle savait qu'elle allait à jamais porter la marque de sa blessure sur sa peau claire.

Elle porta sa main sur la cicatrice, la caressa du pouce et supplia les instances supérieures de ne pas lui faire subir le même calvaire mental une seconde fois. Elle n'avait aucune envie de retourner à l'hôpital psychiatrique. Après cela, elle rabattit farouchement son haut sur ses hanches et s'évada dans ses pensées.


Robin préparait sa valise, le cœur brisé à la simple idée de quitter définitivement la demeure chaleureuse de Katherine. Elle s'était terriblement attachée à cette maison. Presque autant qu'à la propriétaire. C'était une évidence pour elle: Katherine était délicieusement parfaite. Son sourire angélique. Ses cheveux roux incandescents. Ses tâches de rousseur. Ses yeux couleur olives. Tout en elle faisait craquer Robin. Et aujourd'hui, cet amour lui avait été soudainement refusé. Elle avait le curieux sentiment d'être une enfant à qui on venait de retirer un cadeau qui lui avait tout juste été donné. Katherine l'avait chassée de chez elle parce qu'elle commençait à avoir des sentiments pour l'ex-strip-teaseuse et qu'elle était terrifiée à l'idée de se voir changer. Robin soupira. Elle avait mal. Si mal qu'elle n'arrivait même pas à rassembler ses forces pour réunir toutes ses affaires et quitter la maison sans faire de drame.

Soudain, un bruit attira son attention. Robin tourna la tête vers l'entrée de la porte de sa chambre et sentit son cœur se réchauffer dans sa poitrine.

Katherine était là. Radieuse et hésitante. Elle ferma la porte derrière elle juste après être entrée dans la pièce. Robin sourit. Katherine tirait un trait sur ses peurs parce que son amour pour Robin était bien plus fort encore.

Robin se leva et s'avança lentement vers la rousse. Elle se pencha lentement vers Katherine et l'embrassa tendrement sur les lèvres. Katherine frissonna. Le baiser se fit de plus en plus intense. Si intense que les deux femmes perdirent bien rapidement le contrôle de leurs actes. Leurs vêtements semblaient atrocement lourds. Katherine leva les bras en l'air. Robin en profita pour lui ôter son pull vert clair. Elle s'arrêta soudain face au corps à moitié nu de sa partenaire.

_ Tu es sûre de vouloir cela?, demanda-t-elle.
_ J'en suis sûre, Robin. Parfaitement sûre.

Katherine lui offrit son plus beau sourire. Robin se mordit timidement la lèvre inférieure. Katherine était terriblement attirante. Comme hypnotisée par les courbes de sa partenaire, Robin resta un moment immobile au milieu de la chambre. Face à elle, Katherine s'allongea sur le lit. À quatre pattes sur le lit, Robin s'approcha lentement d'elle. Elle passa les jambes au dessus du corps de Katherine et s'assit à califourchon sur elle. Elle sourit. Elle se pencha sur le corps de la rousse et lui embrassa les lèvres avec douceur. Elle s'amusa à dessiner un parcours avec ses doigts de fée, parcours qu'elle comptait bien suivre plus tard avec sa langue.

Soudain, elle s'arrêta net dans son mouvement; elle venait tout juste de découvrir une cicatrice encore bien rouge sur le ventre de Katherine.

_ Qu'est-ce que c'est?
_ Ce n'est rien!, répondit Katherine du tac au tac.

Robin sursauta. Le comportement soudain défensif de Katherine l'effrayait. Elle observa un moment la blessure de son amie et la caressa du pouce avec une douceur extrême. Katherine plongea dans un mutisme incroyable. Malheureusement pour elle, Robin ne comptait pas s'arrêter là: elle voulait une réponse claire à sa question.

_ Est-ce que ça te fait mal?, demanda-t-elle.
_ Pas le moins du monde.
_ Pourtant, elle n'est vraiment pas jolie à voir.
_ Complètement indolore.

Katherine était froide. Si froide qu'une distance virtuelle s'installa entre les deux femmes. Robin se sentit blessée. Katherine savait que Robin était une personne de confiance. Elle acceptait tout. Elle avait elle-même eu une vie difficile. Avoir une mère alcoolique qui prenait sa fille pour un punching ball n'avait pas été tous les jours amusant. Robin prit alors la décision de continuer à interroger Katherine jusqu'à ce qu'elle daigne lui répondre.

_ Comment... ?
_ Robin, s'il te plaît…, l'interrompit Katherine. N'insiste pas.

Tout-à-coup, la situation sembla évidente pour Robin.

_ Tu— tu t'es fait ça toute seule, c'est ça ?
_ Tu n'y es pas du tout.
_ J'ai horreur du mensonge. Dis-moi la vérité.
_ C'est— c'est un vilain souvenir de ma période déglinguée.
_ Ne parle pas comme ça, Katherine.
_ Je ne vois pas comment nommer cette période autrement qu'ainsi.
_ Je refuse de t'entendre parler ainsi de toi-même.

Katherine eut un demi sourire. Elle se redressa. Robin passa une jambe au dessus du corps de Katherine et se laissa tomber de l'autre côté du lit. Elle posa sa tête sur l'épaule de Katherine.

_ Raconte-moi, murmura-t-elle.

Katherine soupira. Elle n'avait visiblement pas d'autres choix que de tout raconter à Robin. Après tout, elle était déjà au courant au sujet de son séjour à l'hôpital psychiatrique et ne l'avait pas rejeté pour autant.

_ J'étais désespérée. Et complètement folle. Folle amoureuse de Mike Delfino. Et je t'assure que, pour mon cas, ce n'était pas qu'une simple expression. J'étais véritablement folle. J'ai perdu la raison par amour pour un homme.

Elle prit une profonde inspiration avant de poursuivre.

_ Je suppose que personne ne t'a raconté cette partie de l'histoire. J'étais en couple avec Mike pendant un petit moment. Et je l'aimais sincèrement. Nous devions même nous marier. Mais il a compris qu'il avait toujours des sentiments amoureux pour Susan. Alors il l'a choisi plutôt que moi. Puis, je me suis enfermée dans une bulle. Une bulle de bonheur illusoire et de démence. J'ai commencé à mentir. J'ai menti à tout le monde, Robin. J'ai menti à ma propre fille. Je lui ai fait croire que j'étais celle que Mike avait épousé. Je lui ai fait croire que Susan était celle qui essayait de détruire un mariage pour recevoir sa part de contentement.

Sa voix se brisa. Elle n'aimait pas laisser ce si douloureux souvenir remonter à la surface. Mais Robin voulait savoir. Et elle en avait parfaitement le droit.

_ J'essayais par tous les moyens de reconstruire le lien perdu entre Mike et moi. Tout ce que je voulais, c'était me rapprocher de lui pour qu'il comprenne une fois pour toute que je l'aimais plus que tout au monde. Et je voulais mourir plutôt que de l'entendre me dire qu'il ne m'aimait plus. Et c'est ce qu'il a fait. Après avoir invité M.J à la maison, Mike m'a menacé. Il m'a dit de me tenir à l'écart de son fils. Il me pensait dangereux pour lui. Mais malgré mon état mental bien faible, je me savais incapable de faire du mal à un enfant. Surtout M.J. Mike m'a alors dit qu'entre nous, ce n'était jamais que du sexe. J'ai senti mon cœur se briser dans ma poitrine. J'avais mal. Si mal que je l'ai supplié de me tuer plutôt que de l'écouter. Il a saisi le couteau de cuisine que je lui tendais et m'a annoncé que je n'en valais pas la peine. Alors je l'ai fait moi-même. Et je l'ai accusé auprès des ambulanciers et de la police de Wisteria Lane. Tout était parfait. Il y avait ses empreintes digitales sur le couteau. À ce moment-là, je pensais que si je ne pouvais pas l'avoir, il était hors de question qu'une autre personne ne l'ait. Je voulais l'envoyer mourir en prison plutôt que de laisser Susan profiter de lui.

Katherine soupira.

_ J'ai si honte, Robin. Honte ce que j'ai fait. Honte de cette cicatrice. J'ai honte parce qu'aujourd'hui je ne suis plus cette femme. Je ne suis plus cette folle. Mais cette cicatrice restera à jamais gravée sur ma peau pour me forcer à me souvenir de cette période sombre de ma vie. Elle sera là, sur mon corps et sur mon reflet dans le miroir, comme pour me dire: « Tu es une demeurée, ma vieille et tu le resteras à jamais. ».

Robin fut extrêmement touchée par les paroles de la rousse. Elle fronça les sourcils. Elle se déplaça sur le lit de manière à faire face à Katherine.

_ Je ne suis pas d'accord avec toi. Je pense au contraire que cette cicatrice fait parti de toi. Elle est une des nombreuses marques de ta vie, à la différence que c'est une marque physique et non psychique. C'est une preuve de ce que tu as traversé. Je ne comprends pas pourquoi tu en as si honte. Quand je vois celle que tu es devenue, Katherine, celle que je connais aujourd'hui, celle qui m'a avoué avoir des sentiments pour moi et celle qui m'a embrassé, je me fiche de tout le reste. C'est la Katherine que j'ai sous les yeux que j'apprécie. Et la « déglinguée », comme tu dis, fait parti intégrante de cette Katherine. Elle est son histoire. Elle est ton histoire. Alors sois fière de ta cicatrice. Tu es une personne admirable, brave et courageuse, en plus d'être jolie.

Katherine sourit. Soudain silencieuse, elle fit naître en Robin une nouvelle inquiétude. Elle craignait plus que tout au monde le fait de l'avoir complètement bloqué dans son élan. Pour la rassurer, Robin reprit son discours là où elle l'avait laissé.

_ Et ne te braque pas pour cela: ce n'est pas pour autant que je ne vais pas continuer ce que j'ai entrepris.

Robin adressa un clin d'œil coquin à Katherine. Elle s'immisça entre les cuisses de la rousse et commença son luxurieux parcours si délicatement tracé dans son imagination quelques minutes auparavant.


Katherine sortit de la chambre en prenant bien soin de fermer la porte derrière elle. Ce geste, aussi inconscient était-il, eut le don de l'apaiser au plus profond de son être. En fermant cette porte, elle fermait aussi métaphoriquement la porte sur ses souvenirs partagés avec Robin en ces lieux. Elle descendit au rez-de-chaussée d'où elle saisit une de ses valises soigneusement disposées à l'entrée et se rendit dans la salle de bain afin de prendre une bonne douche.