Merci mesdames d'être aussi patientes et de me gratifier de vos commentaires amusants et stimulants. Vous lire est une telle joie. Non, que dis-je: un drogue! Bonne année et merci donc à Juliette, Laurence, Fumeseck666, Anna, Yo, Lilouth33 et France-ena et à toutes celles qui suivent mes histoires depuis le début! N'hésitez pas à m'écrire en privé aussi. Toute ma gratitude à ma préciseuse Youk sans qui me lire ne serait pas aussi plaisant. Merci Youk d'être mon ange gardien.
Sixième partie
En ouvrant les yeux au petit matin, je constatai que Charlotte était allongée à côté de moi, mais qu'elle était encore habillée. Il faut croire que sa soirée s'était beaucoup mieux terminée que la mienne.
Je regardai l'heure, me levai et quittai la chambre sur la pointe des pieds. Jake et son épouse qui étaient déjà levés depuis longtemps m'apprirent que les enfants étaient partis jouer chez une voisine. Comme Jake connaissait très bien mes habitudes – après tout, nous avions partagé un appartement à mon arrivée en Gaspésie au moment où nous avions commencé à travailler au Musée - me servit un café noir tandis que ma belle sœur me passait une assiette dans laquelle reposait un croissant. Ils me questionnèrent à propos de ma soirée, mais ce qui intéressa surtout Jake ce fut de connaître mes impressions sur le bar le Démon et sur son atmosphère. Je lui racontai alors que ce qui avait contribué à me rendre l'endroit inoubliable avait été la présence du même disque jockey que celui que ma cousine France avait engagé pour le cinquantième anniversaire de mariage de ses parents.
-Elle avait engagé Richard?
-Oui! En tout cas, Charlotte le connaît certainement encore mieux que moi après hier soir…
-Charlotte connaît qui? Et mieux que qui? Nous demanda celle-ci en arrivant dans la cuisine à son tour.
-Oh, tu daignes te lever finalement?
-Ma sœur me dit que vous avez rencontré Richard?
-En effet…
-Elle l'a plus que simplement rencontré. Il lui a fait tout un effet! Blaguai-je en la dévisageant.
Charlotte devint toute rouge. Pour ne pas l'embarrasser davantage, je décidai de changer de sujet. Après le petit déjeuner, nous ramassâmes nos effets personnels et reprîmes la route pour la maison, non sans avoir pris le temps de remercier chaleureusement Jake et son épouse pour leur hospitalité. Dans la voiture par contre, je n'attendis pas une seconde de plus et m'empressai de la questionner.
-Alors? Tu vas tout me dire maintenant ou sinon, je te laisse sur le bord de la route.
-Quoi?
-Allez, Charlotte. Tu peux tout me dire… Comment ça s'est réellement passé avec Richard?
-Bien. Il est vraiment très à mon goût, on a décidé de se revoir. Dommage qu'il demeure si loin.
-Attends une minute : Montréal c'est loin, Québec aussi, mais Mont-Saint-Pierre, pas tant que ça. Sans compter qu'aujourd'hui, il y a plein de façon de communiquer : le courriel, skype, msn, les caméras web, Facetime.
-On a décidé d'aller lentement, de laisser les choses venir naturellement.
-C'est bien. Très bien même. Vous êtes très sages tous les deux. «L'apanage de la jeunesse » me dis-je pour me donner une leçon. Après une longue période de deuil, je me découvrais tellement moins patiente que ma voisine. Voilà pourquoi, William devait partir vite afin que je puisse passer à autre chose très rapidement.
Une autre minute de silence régna dans la voiture pendant laquelle nous étions toutes les deux perdues dans nos pensées.
-Et toi Liz?
-Quoi moi?
-Tu n'as rien à me raconter?
-À propos de quoi?
-À propos de William?
-Non… pourquoi me demandes-tu ça? «Aurait-il discuté avec elle en retournant dans le bar?» Me demandai-je paniquée.
-Oh, c'est juste parce que quand tu es partie du bar, William t'a suivie des yeux jusqu'à ce que tu passes la porte…
-Simple curiosité probablement.
-Hum, je ne crois pas puisqu'une minute plus tard, il a quitté Charles pour sortir à son tour. Comme si son intention était d'aller te rejoindre…
-Eh bien. C'est drôle, mais je ne l'ai pas vu. Affirmai-je en réalisant que je n'étais pas en position de lui raconter ce qu'il m'avait dit et pas seulement parce qu'il ne m'avait pas donné la permission de dévoiler qu'il était un détective.
-C'est étonnant, il avait vraiment l'air pressé d'aller te rejoindre.
-Oh, j'imagine que c'est parce que je me suis rendue sur le bord de la plage qu'il ne m'a pas vue, si réellement il voulait me parler… D'ailleurs, j'ai marché jusque chez Jake, sans croiser personne.
-Ah bon. Comme je ne l'ai pas vu revenir, j'ai cru qu'il t'avait rattrapée.
En arrivant à Sainte-Anne-Des-Monts, je pris congé de mon amie, récupérai ma propre voiture et repris la route en direction de Capucins. Je m'arrêtai faire quelques courses à Cap-Chat, puis rentrai directement chez moi. Bien plus tard et à mon corps défendant, mes pensées dérivèrent vers William. J'y songeai principalement lorsque je retournai marcher sur le bord de la mer. Ses propos et son histoire me laissaient perplexe. Il avait admis être attiré par moi – n'en avais-je pas eu la preuve à plus d'une reprise ?- mais refusait catégoriquement de se laisser aller, se cachant derrière le fait que sa situation professionnelle temporaire l'emmènerait loin de la Gaspésie, au terme de son contrat. D'une manière ou d'une autre, qu'il en eût été conscient ou non, jamais il ne s'était soucié de connaître mes propres sentiments, ni même de me demander mon avis.
«Pour lui, je ne compte pour rien, c'est évident…»
Une profonde tristesse m'envahit et je ressentis le besoin de crier tant je souffrais. Ma dernière pensée en retournant vers la maison fut assez sombre.
«Il veut que je continue à le traiter comme avant? Ça sera facile. Puisque je le déteste tout autant, maintenant que je sais qu'il est déterminé à se tenir loin de moi.»
En arrivant au travail le lendemain, Caroline m'attrapa dès mon arrivée comme à son habitude et me força à entrer dans son bureau. J'avais hâte de voir comment j'allais réagir en l'entendant me raconter comment évoluait sa relation imaginaire avec William, surtout depuis que je savais de source sûre que celle-ci n'étais pas réelle.
-Bon matin Caroline. Comment s'est passée ta fin de semaine?
-J'ai accompagné William en Kayak dimanche après-midi. Il est vraiment doué.
-Je n'en doute pas.
-Après, il m'a invitée à souper chez lui. Tu sais, Élisabeth, je crois bien que je vais devoir déménager mes affaires dans son appartement très bientôt.
-Tant mieux pour toi. Et ton frère? Il dit quoi de ton histoire avec son meilleur ami?
-Charles? Oh, il est ravi pour moi…
-Tu as vraiment de la chance alors. Pas d'être avec William. Non, tu as de la chance d'avoir un amoureux, je veux dire. J'ai perdu le mien, il y a quelques années. Il est mort dans un accident de voiture. Ça m'a pris bien du temps à m'en remettre.
-Oh, je suis désolée Élisabeth. J'ignorais tout de cette histoire. Je te l'assure.
-Ne t'en fais pas Caroline. Mon deuil est fait depuis longtemps…
-Bon, je te laisse retourner au travail. Merci encore pour tes conseils Élisabeth.
Je quittai son bureau juste à temps pour voir William arriver au musée. Il salua Anne d'un signe de tête, posa les yeux sur moi, sembla hésiter quelques secondes, avant de baisser les yeux et de bifurquer vers son bureau. Je me remis en marche, pestant contre moi-même – ne venais-je pas d'espérer, ne serait-ce qu'une seconde, que son impulsion première qui était de venir vers moi aurait été la plus forte ?
«T'es masochiste ou quoi?» Me sermonnai-je une bonne fois pour toute.
Dans les jours qui suivirent, une routine rassurante s'installa, apaisant mon âme et reposant mon esprit. Aucun incident douteux ou mystérieux ne vint troubler la quiétude qui s'était installée dans le Musée. Les rumeurs de licenciement avaient diminué de manière significative et les travaux de réaménagement avaient enfin débuté. Le projet Fourchette bleue allait être officiellement lancé dans deux semaines et nous nous préparâmes pour la conférence de presse qui précéderait nécessairement cet événement.
Depuis ma déclaration choc à propos de mon défunt conjoint, Caroline avait complètement cessé de me faire des confidences. Je me demandai tout de même si je ne devais pas également y voir l'intervention d'une autre personne.
«Charles? William? Difficile à dire.»
Charlotte continua à fréquenter le beau Richard. Ils se voyaient chaque fin de semaine. Je ne tombai donc pas des nues lorsqu'elle m'apprit qu'ils allaient commencer à chercher un appartement et que leur premier critère de recherche serait la distance : le but étant que chacun n'ait pas à conduire plus de 45 minutes pour se rendre à son travail. En Gaspésie, il n'y a pas à dire, les distances que nous devons faire pour répondre à nos besoins, pratiquer nos loisirs ou simplement pour nous ravitailler étaient vraiment impressionnantes. Dans ce beau coin de pays, il était presqu'impossible de survivre sans voiture.
Pour ce qui était du comportement de mon – tout sauf nouvel – employeur, «nihil novi sub sole» (Rien de nouveau sous le soleil). Il m'évitait ou plus précisément, je n'existais plus pour lui. Il n'assistait que très rarement aux réunions auxquelles je participais, sauf aux assemblées générales, et ne venait jamais manger à la cafétéria.
Un vendredi soir, en quittant le musée, j'étais très excitée, j'avais rendez-vous avec mon oncle Valère Pelletier. Il m'avait donné rendez-vous deux jours plus tôt et j'avais sauté sur l'occasion en espérant pouvoir en apprendre plus sur la mission qu'il avait confiée à William Darcy et surtout à quel moment celle-ci se terminerait. Il m'invita au restaurant du Quai puisqu'il était curieux de goûter aux recettes que nous avions l'intention d'inclure dans le menu qui serait offert dans le cadre du projet Fourchette Bleue. Alexandre nous accueillit chaleureusement et nous installa sur la terrasse. Il y avait peu de clients à cause de l'heure tardive et l'ambiance était très agréable. Après avoir fait du «surf» sur les sujets que je considérai sans risque comme : famille, famille et famille, je tentai une première fois de faire glisser la conversation vers le sujet qui m'intéressait plus particulièrement. J'avais tout simplement vraiment hâte de connaître les raisons pour lesquelles il avait décidé de faire appel à un détective privé, tout comme j'étais curieuse de savoir pourquoi il ne m'en avait pas parlé.
-Élisabeth, comment as-tu appris cela? J'ai beau savoir que les nouvelles vont vite dans la famille…
-C'est William qui me l'a dit.
-J'aurais préféré qu'il ne t'en parle pas. Rétorqua-t-il en soupirant profondément.
-Tu n'as pas confiance en moi?
-Il ne s'agit pas de cela voyons. C'est parce que la situation pourrait être dangereuse.
-Qu'est-ce qui se passe au juste?
-Quelqu'un essaie de nuire au Musée de l'intérieur. Quand ce ne sont pas des fonds qui sont détournés, ce sont des données qui disparaissent du système informatique.
-Ou des projets volés.
-Oui. Alors voilà pourquoi j'ai engagé William et les autres… Je veux régler ce problème une bonne fois pour toute.
-C'est Anne qu'il faut arrêter… c'est elle qui m'a….
-Ouais… je sais… William le sait aussi, mais ce que nous voulons avant toute chose, c'est mettre la main sur ses complices.
-Est-ce vrai qu'il peut faire partie de mon équipe?
-Oui, William en est certain depuis l'accident qui est arrivé à l'un de vos passagers.
-Celui qui m'a valu d'être virée.
-Seulement temporairement.
-Qu'est-ce ça change? Tout le monde sait que j'ai été virée.
-Tu ne lâches pas le morceau, hein?
-Et comment. Cet incident m'est imputable noir sur blanc, dans mon dossier maintenant. Et les écrits restent malheureusement…
-Je règlerai ça en revenant au Musée.
-Et tu comptes revenir quand? «Pourvu que ce ne soit pas trop tôt.» Pensais-je tout d'abord avant de me reprendre et d'ajouter : Le plus tôt sera le mieux évidemment.
-L'enquête n'est pas encore terminée.
-Mais elle avance, non?
-Pas assez vite à notre goût.
-Pourtant, tout est calme, depuis quelques temps,
-Fais confiance à William. Ça va bouger bientôt.
Valère se pencha vers moi avec un air de conspirateur.
-Il a l'intention de faire des coupures bientôt. Il est convaincu que cela fera réagir ceux ou celles qui se cachent derrière toute l'opération.
-J'espère qu'il n'a pas l'intention d'annoncer cela avant la conférence de presse?
-Si, justement.
-Oh non.
-Ne t'en fais pas, tout est planifié au quart de tour.
-De quelle façon communiquez-vous?
-Nous avons des échanges diversifiés.
Et… au cours de vos nombreux échanges, avez-vous déjà parlé de moi? «Venais-je vraiment de lui demander cela?» Réalisai-je en essayant de ne pas rougir.
-Non, pas vraiment. Nous avons tant de choses à régler et si peu de temps.
-Donc, ils travaillent tous pour toi? Charles, Caroline? M'enquis-je, pressée de profiter du fait qu'il n'avait rien remarqué.
-Non, ils travaillent pour William.
-Charles me semble très compétent, mais Caroline? Je ne comprends pas son rôle.
-William m'assure qu'elle est excellente. Il m'a expliqué qu'elle utilisait une méthode totalement différente des autres agents. Le scénario qu'il a prévu avec elle cette fois-ci est très simple : elle doit jouer la carte des sentiments avec tous les membres de l'équipe. Séduisant les uns et parlant de ses histoires de cœur avec les autres. En utilisant des moyens comme ceux-là, plus souvent qu'à son tour, elle met la main sur le nœud des intrigues plus rapidement que les autres agents.
-Si je comprends bien, son histoire d'amour avec William ne représente rien d'autre qu'un moyen de tester les gens?
-Il semble bien, oui.
-Est-ce à dire qu'elle me soupçonnait?
Devant son absence de réaction, je devins blanche comme la nappe et me penchai vers lui, osant à peine formuler oralement ma question.
-Tu me soupçonnais?
Le temps qu'il prit pour finalement renoncer à répondre me renseigna mieux que s'il l'avait fait.
-Mais pourquoi? Balbutiai-je incapable d'empêcher ma mâchoire inférieure de trembler.
-Élisabeth, à vrai dire, en ce qui me concerne, je ne nourrissais aucun soupçon envers toi.
-J'espère bien. Soupirai-je.
-Toutefois, je dois admettre que me suis laissé convaincre par William à son arrivée.
Le regardant fixement, j'accusai le coup physiquement et gardai la bouche ouverte pendant qu'il reprenait son explication.
-William avait de bons arguments et je dois dire qu'il connaît bien son métier. Que veux-tu que je te dise? Une fois qu'il a eu terminé d'étudier le dossier de tous les employés, il m'a convaincu que je n'avais pas le droit de te traiter différemment parce que tu fais partie de la famille. Il m'a fait remarquer qu'en raison de tes liens familiaux avec Martin – qui dirige tout de même la compagnie qu'on a utilisé pour monter notre réseau en entier - de même qu'à cause de ton arrivée dans la région alors que tu menais un bien plus gros train de vie à Montréal, je ne devais pas retirer ton dossier de la pile des suspects possibles.
Je m'écrasai sur ma chaise et laissai couler sur mes joues les larmes qui se mirent à déborder. Incapable d'en supporter davantage, je me levai brusquement et me réfugiai dans les toilettes. La plupart des clients étaient déjà partis, ce qui me permit de m'asperger le visage d'eau fraîche sans avoir à me soucier d'autrui. Relevant la tête, un dialogue s'engagea entre moi et mon reflet.
«Il est tout à fait normal que William ait lutté contre l'attirance qu'il éprouvait pour toi. Tu faisais partie des suspects.
-Mais maintenant? Maintenant qu'il a la preuve que je n'avais rien à voir avec les problèmes du Musée, pourquoi continue-t-il à me fuir?
-Valère vient de te donner la réponse. William repartira en ville une fois l'enquête terminée. Il ne veut pas de toi.
-Non, je refuse de croire ça. Il se passe quelque chose de fort entre nous deux.
-Tu rêves ma fille. Bon admettons qu'il te désire, qu'il te trouve drôle, belle et spirituelle, tu es avant tout, la nièce de son employeur. N'oublie pas ce détail important.»
N'en éprouvant plus du tout le désir, mais étant tout de même obligée de retourner manger – je m'essuyai rapidement et retournai vers la salle comme si de rien était. Arrivée à notre table, je constatai qu'Alexandre était en grande discussion avec mon oncle. J'étais soulagée puisque sa présence allait me permettre de changer radicalement de sujet.
Mon oncle dut souhaiter la même chose, car le reste de notre repas se passa à mettre nos informations concernant la famille immédiate à jour. Valère avait eu des nouvelles de mes parents et se préparait même à aller les voir à Québec très bientôt. Nous nous moquâmes un peu du leitmotiv de ma mère qui ne cessait de promettre à toutes ses sœurs qu'elle reviendrait s'installer en Gaspésie un jour. Nous trouvâmes donc amusant assurément, que ce fût moi, la première qui fusse venue m'établir ici, alors que je ne l'avais jamais dit ni même pensé.
Une trentaine de minutes plus tard, nous regagnâmes chacun nos voitures. Je l'embrassai sur les deux joues n'y mettant pas – pour la première fois de ma vie – la même ardeur qu'auparavant. J'avais eu un choc en apprenant qu'il s'était laissé convaincre de me soupçonner. Blessée dans mon orgueil, je savais toutefois que lui pardonnerais puisque je n'étais pas rancunière.
La fin de semaine se déroula comme toutes les autres – sauf que j'aurais bien aimé pouvoir déverser mon trop plein de colère sur quelqu'un, mais c'était impossible. Je ne pouvais en parler à personne, pas même à Charlotte, ma meilleure amie puisqu'elle travaillait avec moi au Musée. Quand ce sujet n'occupait pas mes pensées, c'était le stress lié à la conférence de presse à venir qui me gagnait. D'une manière ou d'une autre, durant toute ma fin de semaine, je n'eus que des préoccupations stressantes.
De retour au Musée le lundi matin, je me jetai dans les expéditions avec plaisir et pus enfin m'occuper sainement l'esprit. La rumeur dont mon oncle m'avait parlé – celle qui concernait les prochaines coupures que William devait faire incessamment – nous parvint au retour de notre dernière expédition de la journée sous forme d'une feuille accrochée dans l'entrée. On y voyait inscrit le nombre exact de personnes qui perdait leur poste dans chaque département. Pour couronner le tout, notre représentant syndical était présent et répondait aux questions de tout à chacun. Plusieurs employés pleuraient. Pour ma part, j'étais anesthésiée. Je levai les yeux vers Charlotte qui me regardait avec suspicion. Je haussai les épaules pour lui offrir une réaction même si la surprise ne correspondait pas du tout à mon état d'esprit réel. Elle contourna tous les autres pour venir vers moi. Arrivée à ma hauteur, elle m'entraîna dans les vestiaires en me tirant par la veste.
-Qu'est-ce qui t'arrives Liz? Pourquoi tu n'as rien dit?
-Je ne pense plus qu'à la conférence de presse à venir… Tentai-je me sachant tout sauf convaincante.
-Eh, mais ce n'est pas toi ça. Depuis quand laisses-tu passer une nouvelle comme celle-là sans rien dire? Sans ruer dans les brancards?
-Je laisse ma place à d'autres…
-La Liz que je connais aurait débarqué dans le bureau du grand patron et lui aurait dit… Non, mieux que ça, elle lui aurait hurlé sa façon de penser.
-Vas-y toi-même puisque ça te dérange tant que ça. M'emportai-je du tac au tac.
-Wooo. Élisabeth Bennet? Hurla-t-elle pour me secouer.
Et ce fut là que je fondis en larmes. Un torrent se déversa sur mon visage, une coulée de larmes que la chemise de Charlotte n'arriva pas à éponger.
-Eh, Liz. Oh la, la. Viens. On va partir d'ici. Je t'emmène chez-moi. On va bavarder comme ça fait longtemps qu'on ne l'a pas fait. Tu vas me raconter ce qui te tracasse…
J'acceptai de la suivre, tout en sachant que je ne pouvais absolument pas lui révéler la vérité. Même si j'en avais eu le droit, jamais je n'aurais été capable de lui confier que rien ne pouvait me blesser davantage que l'indifférence actuelle de William à mon égard – d'autant plus que j'étais loin d'admettre ce que je ressentais pour lui.
Nous montâmes toutes les deux dans sa voiture en nous disant que nous n'aurions qu'à venir ensemble le lendemain. Nous passâmes l'une des plus belles soirées entre filles que j'avais connue, entourées de cartons – seule la télévision était encore branchée. Il faut dire que Charlotte et Richard avaient trouvé un très bel appartement et qu'ils allaient emménager bientôt.
Le lendemain, une atmosphère lourde et pesante régnait dans le Musée. Les employés chuchotaient entre eux et baissaient les yeux lorsqu'ils croisaient des membres de la direction.
Pour ma part, je ne pensais à rien d'autre qu'à rentrer chez moi lorsque je jetai un œil sur ma liste de passagers.
«Encore et toujours le maximum…»
D'autant plus que je venais d'apprendre que Lucie ne prendrait pas part aux expéditions de la journée puisqu'elle avait appelé Anne pour lui dire qu'elle était malade. Paul vint donc me rejoindre le moment venu, un grand sourire aux lèvres. Nous commençâmes donc notre présentation sans délais et accompagnâmes les passagers à bord du bateau. Steve était là et nous attendait sur l'Exploramer pour veiller sur les manœuvres d'embarquement. Je m'installai à côté de Steve pour assister comme à mon habitude à la suite des opérations qu'il devait réaliser pour quitter le port, tout en respectant le code maritime.
Pendant ce temps, je laissai Paul se débrouiller avec la première partie de la présentation. Lorsque nous fûmes à quelques minutes du premier panier, je quittai la présence silencieuse et rassurante de Steve pour entrer dans la cabine où Paul m'attendait certainement avec son air bougon habituel. Pas de chance pour lui, aujourd'hui, j'avais bien l'intention de lui abandonner toutes les tâches ingrates qu'il me laissait habituellement. En arrivant dans la cabine intérieure du Zodiac, je sentis immédiatement que quelque chose clochait. Un passager sur lequel mon regard glissait normalement, regarda vers sa gauche comme pour me mettre en garde contre un quelconque danger. Tournant la tête dans la même direction que la sienne, je constatai alors que Paul était armé et qu'il se déplaçait dans la second allée en donnant des ordres à deux autres hommes parmi les passagers. Me découvrant à son tour, Paul pointa son arme directement sur moi, me faisant signe de lever les bras.
-Surprise, hein?
-Qu'est-ce que tu fais?
Il éclata alors de rire, sans prendre la peine de me répondre. D'un signe de tête, il ordonna à l'un des deux hommes de venir m'attacher, tandis qu'il passait derrière moi dans l'intention évidente de surprendre Steve maintenant qu'il le savait seul. Compte tenu des antécédents de marin de Steve, j'espérais sincèrement qu'il saurait comment intervenir dans ces circonstances.
Mon regard survola rapidement les passagers, me permettant de constater que le premier groupe était calme. Un sentiment d'impuissance me terrassa lorsque je me souvins qu'un groupe d'enfants – une dizaine environ – était à bord. En effet, le camp de jour du Cap-Chat avait envoyé le groupe des plus vieux. Deux hommes d'âge mûr attirèrent aussi mon attention. Leur profonde concentration me convainquit que ceux-ci préparaient une offensive. J'attendis que leurs regards se posassent sur moi pour essayer de les dissuader de tenter quelque chose maintenant. Soudain, je notai que le bateau changeait de direction et compris que Paul et ses deux acolytes cherchaient à nous entraîner vers le large. Paul revint dans notre section, arborant un sourire radieux – comme s'il était certain de réussir son coup.
-Qu'est-ce que tu veux Paul? Osai-je lui demander.
-Ce que je veux? Qu'est-ce que tu en as à foutre de ce que je veux ? Tu ne t'en es jamais souciée jusqu'ici.
-C'est faux.
-Qu'est-ce que tu as fait pour éviter que je perde mon poste hein? Rien.
-T'as été licencié. M'exclamai-je, réellement surprise.
-Comme si tu ne le savais pas…
-Je n'étais pas au courant Paul…
-C'est toi qui aurais dû partir… S'emporta-t-il en avançant vers moi, menaçant.
Je préférai ne rien répliquer. Il continua sur sa lancée tout en marchant de long en large dans l'étroite allée. Les deux hommes que j'avais remarqués plus tôt suivaient également ses mouvements en ayant l'air d'étudier son comportement et chercher chez lui une faiblesse dont ils pourraient éventuellement profiter.
-J'avais tout prévu tu sais? L'accident, ton licenciement. Tout était parfait, mais il a fallu que tous aillent se plaindre… et que tu reprennes ton poste…
-Quelles sont tes intentions, Paul?
-Mes intentions?
-Oui. Que veux-tu faire exactement?
-Je ne vais certainement pas en discuter avec toi. J'attendrai que le grand patron m'appelle… C'est à lui que je ferai connaître mes intentions et à personne d'autre…
Je décidai de me taire, devinant qu'en continuant à m'obstiner, je ne réussirais qu'à l'énerver davantage. Paul cessa aussitôt son va-et-vient, pour prendre place devant, là où nous nous installions toujours vers la fin de l'expédition pour montrer les images des différents crustacés qui habitent le long des côtes aux passagers. Plusieurs de mes voisins semblaient anxieux et je déplorai que le regard rassurant que je posais sur eux fonctionne de moins en moins. Je cessai temporairement de faire des efforts en ce sens pour mieux me concentrer sur mes chances de survie. Selon les opérations déjà ordonnées par la Garde côtière, je savais avec certitude que celle-ci préviendrait le Musée en tout premier lieu, lorsqu'elle constaterait que Steve omettait de leur envoyer les coordonnées de notre premier arrêt, près du premier panier. Ce que nous étions tenus de faire, chaque fois que nous nous arrêtions pour faire monter un panier. Après un délai assez raisonnable, elle téléphonerait au Musée afin de savoir si nous avions fait demi-tour.
-Ils vont tomber sur Anne.
Lorsque la «banane» s'imposa à mon esprit, cela m'amena à m'interroger sur le type de relation qui existait réellement entre celle qui m'avait volé mon projet et Paul. S'il avait été assez rusé pour nous convaincre qu'il la détestait, j'osai à peine imaginer ce dont il serait capable si nous tentions de contrer ses plans.
Ayant perdu le fil de mon analyse de la situation, je me reconnectai sur notre condition actuelle et me demandai ce que William ferait une fois prévenu par Anne, si elle le prévenait évidemment. Son premier geste serait probablement d'essayer de joindre Steve via le radio émetteur qui se trouvait à l'avant du bateau, près du siège du capitaine. Si jamais cette longue suite d'événements aboutissait à ce fameux appel, de précieuses minutes se seront écoulées pendant lesquelles nous nous serions éloignés définitivement de la côte.
Arrivant sur ma gauche, l'un des hommes qui accompagnait Paul s'approcha de lui, se pencha vers son oreille et lui glissa quelque chose qui le fit réagir instantanément. Il dut le prévenir qu'il venait de voir le bateau de la Garde côtière passer plus bas, entre nous et la côte. Paul lui ordonna alors de retourner à l'extérieur et de continuer à surveiller les bateaux. Une fois celui-ci reparti, Paul se remit à marcher de long en large.
-Paul? Lui demandai-je.
-Quoi?
-Il est encore temps de faire marche arrière…
-Pas question…
-Je suis certaine que si tu demandais au patron…
-Ce que tu peux être naïve Élisabeth! Me coupa-t-il en bougonnant.
Soudain, un bruit insolite retentit en même temps que le moteur du bateau fit une embardée. Quelques passagers tombèrent de leur banc sous la force de l'impact. L'homme de main de Paul leur ordonna de reprendre leur place au fur et à mesure qu'ils arrivèrent à se relever. Paul, quant à lui, une fois redressé lui-même, se dirigea immédiatement vers l'avant du bateau, là d'où l'impact avait semblé provenir. Je me mis à songer à Steve : j'aurais dû deviner que si une occasion lui était donnée, il en profiterait aussitôt. Restait à savoir si cela nous aiderait réellement… Un coup de feu explosa tout à coup vers l'avant, nous prenant tous par surprise. Je me forçai à retenir mon souffle. Quelques secondes de silence interminables précédèrent les cris de panique de l'ensemble des passagers. Le bateau fit un mouvement de côté, me donnant l'impression qu'un corps venait d'être jeté à la mer. J'eus alors hâte de voir lequel des deux hommes reviendrait de la cabine de pilotage afin d'en avoir le cœur net sur le drame qui venait de s'y jouer. J'espérai, non, je priai pour que ce fut Steve au lieu de Paul. Je me préparai même à passer à l'action personnellement pour immobiliser celui qui nous surveillait toujours, à supposer, bien entendu, que ce fut Steve qui arriverait. Malheureusement, ce fut Paul qui entra à l'intérieur, un sourire triomphant sur les lèvres. S'arrêtant devant moi, il me fixa dans les yeux, faisant tout pour que je remarquasse la tâche de sang qui couvrait tout l'avant de son chandail, arborant les couleurs et le signe du Musée Exploramer. Le moteur se remit à ronronner, mais je savais que désormais ce n'était plus mon ami qui conduisait le Zodiac.
-Voilà ce qui arrive à ceux qui essaient de nous arrêter! Gronda Paul, sans me quitter des yeux.
Me redressant sur le bout de mon banc, j'attendis que Paul se fût éloigné pour m'étirer le cou et tenter d'apercevoir le corps de Steve qui, s'il était mort, flotterait quelque temps sur l'eau. Ne voyant rien qui put s'apparenter à un cadavre, je me raccrochai à l'espoir qu'il avait trouvé une manière de survivre.
Puis des pleurs attirèrent mon attention et celle de notre tortionnaire. Paul s'approcha de deux petites filles qui sanglotaient bruyamment, la tête enfouie dans la veste de leur éducatrice. S'esclaffant à cause de la terreur qu'il lisait dans les yeux de presque tous les passagers, Paul revint vers moi pour me narguer.
-Je crois sincèrement que monsieur Darcy me prendra au sérieux maintenant!
Voilà bientôt une heure que nous voguions vers le large. Les Gardes côtes, qui s'étaient enfin manifestés, avaient tenté de discuter avec Paul à l'aide d'un porte-voix, mais celui-ci était resté sourd à leur demande.
-Je ne négocierai avec personne d'autre que le grand patron du Musée.
Je me demandai - à juste titre – à quel moment William entrerait en communication avec nous. Je sentais la tension et la nervosité monter en flèche parmi les passagers. Plus inquiétants encore, j'avais la certitude que les deux hommes les plus susceptibles d'intervenir n'auraient pas la patience d'attendre encore longtemps. J'en eus la confirmation lorsque le plus grand des deux se mit à me fixer de plus en plus souvent. Dès que Paul et son collègue se détournaient de nous pour regarder ailleurs, il tentait de communiquer avec moi, à l'aide de signes. Après quelques essais supplémentaires, je compris qu'il voulait que je lui procurasse la hache, cachée sous mon banc. En effet, nous avions comme consigne de faire l'inventaire des accessoires considérés comme essentiels à notre survie au début de chaque sortie en mer : une hache pouvait effectivement s'avérer utile en cas de panne de moteur ou pour dégager les embarcations de sauvetage. D'un signe discret, je lui fis comprendre que j'allais tenter de m'en emparer dès qu'une occasion se présenterait et que j'aurais réussi à me détacher (problème sur lequel je me concentrais en cachette depuis quelques temps). Toujours à partir de signes discrets, le géant me désigna son ami ou son frère – comment pouvais-je déterminer le lien qui les unissait de toute façon ? – puis l'acolyte de Paul. Je devinai ainsi que lui-même avait décidé de s'en prendre au cerveau de l'opération.
Inutile de préciser que le tout se passa à la fois très vite et très lentement, mais qu'au final rien ne fonctionna comme prévu. Enfin, c'est bien difficile de qualifier de plan nos échanges non-verbaux, mais au moins, nous avions essayé quelque chose. Le problème maintenant était que nous avions un blessé sur les bras : celui qui s'était occupé de l'acolyte avait réussi à l'immobiliser assez rapidement, mais ce fut Paul qui provoqua l'incident qui valut à mon nouvel ami de recevoir une balle dans le ventre. Immédiatement après avoir évité la hache avec succès, Paul pointa son arme sur celui qui la tenait et l'atteignit à l'abdomen. Il ordonna alors à l'autre rebelle de relâcher son complice sans plus attendre. Quant à moi, je me penchai rapidement vers l'homme qui avait reçu une balle, préoccupée par le fait qu'il perdait beaucoup de sang.
Pendant que Paul et son acolyte attachaient le complice du blessé et le faisaient taire en lui mettant un bout de tissus dans la bouche, j'apostrophai Paul pour lui demander de me passer la trousse de premiers soins.
-Paul?
-Quoi?
-Cet homme doit être conduit à l'hôpital! Et rapidement. Lui assurai-je, réellement inquiète.
Il rit.
-T'as juste à faire le 911. Plaisanta-t-il en s'esclaffant à nouveau.
-Laissez-le partir à bord d'un des bateaux de sauvetage. Il a déjà perdu trop de sang plaidai-je, faisant appel à son bon sens et tout en continuant à m'occuper du blessé.
L'homme qui conduisait le bateau interpella Paul en frappant sur la vitre qui séparait les deux pièces. Celui-ci répondit à son injonction sans même se soucier de ma question et nous laissa sous la surveillance de son complice. Paul réapparut quelques secondes plus tard pour ramasser le téléphone portable que le Musée laissait en tout temps à bord du bateau en cas d'urgence et repartit vers l'avant, le visage déterminé. J'espérai sincèrement que Paul avait eu des nouvelles de William.
L'homme que je soignais avait perdu connaissance depuis quelques minutes, mais au moins, j'avais réussi à arrêter l'hémorragie. Je l'installai confortablement, faisant constamment pression sur sa blessure et orientai son corps de telle façon que les passagers ne puissent pas voir sa plaie ni la flaque de sang qui nous entourait.
J'observais maintenant Paul marcher de long en large dans la cabine de pilotage tout en poursuivant sa conversation, le portable bien enfoncé sur son oreille. Toutefois, puisqu'il avait pris le temps de fermer la porte derrière lui, je ne pouvais rien entendre de ce qu'il disait. Comme il avait l'air de plus en plus contrarié, je devinai que William, ou tout autre négociateur à l'autre bout du fil, n'acceptait pas de se soumettre à ses exigences.
Couvrant entièrement l'appareil d'une main, Paul s'entretenait maintenant avec celui qui conduisait le Zodiac. Confiant ensuite son portable au conducteur, il revint de notre côté où il s'entretint à voix basse avec son autre complice.
Se tournant enfin vers nous, il me regarda avant de reprendre la parole : Bon. Voilà ce qui va se passer. Je veux que les femmes et les enfants s'installent du côté gauche des bancs. La jeune femme que voilà – Il me désigna de la main – vous aidera à gonfler un bateau de sauvetage. Dès que celui-ci sera prêt, les femmes et les enfants monteront à bord. Un peu plus loin, un autre bateau viendra les chercher.
-Et le blessé? Demandai-je.
-Il pourra partir avec eux.
Pendant que je m'occupais du bateau de sauvetage, j'entendis l'homme qui s'était désigné capitaine annoncer à Paul que le bateau serait bientôt à court d'essence. Paul vérifia l'information et referma la porte pour composer un autre appel sur son portable. Il n'était pas difficile de deviner qu'il allait essayer d'exiger de l'essence. Pour ma part, j'y voyais une excellente occasion de tenter quelque chose pour neutraliser l'homme qui était resté avec nous. J'actionnai le système de gonflement automatique de l'embarcation et m'occupai ensuite de sa mise à l'eau. Je suggérai au complice de Paul de se mettre de l'autre côté pour aider les femmes et les enfants à embarquer. Une fois les enfants du camp de jour et leurs éducatrices installés, je me dirigeai vers le blessé et réclamai l'aide de l'acolyte. J'étais maintenant seule avec lui et le blessé sur le pont arrière, je m'apprêtais donc à grimper dans le bateau gonflable afin d'être en mesure de hisser le blessé. Je plaquai un sourire sur mon visage et espérai que celui-ci fût assez explicite pour que l'homme s'imaginât que mon intention était de profiter de l'occasion pour me sauver avec le bateau, une fois le malade à bord.
-On va changer de place. Me lança-t-il alors, me confirmant que j'avais réussi à le convaincre.
Je réprimai tout aussi soudainement mon sourire, lui donnant maintenant l'impression qu'il m'avait démasquée. Tout se déroula exactement comme je le souhaitai. D'un regard, je fis comprendre à l'ami ou au frère du blessé qu'il devait surveiller Paul qui était encore à l'avant. Bien qu'il fût pieds et mains liés, je lui faisais confiance pour s'interposer le moment venu s'il advenait que Paul revînt avant que je n'eusse le temps de passer à l'action.
Comme prévu, le compagnon de Paul tira le blessé à bord de la petite embarcation puis refit le chemin inverse en direction du Zodiac. J'attendis patiemment qu'il soit en déséquilibre entre les deux embarcations avant de le pousser de toutes mes forces vers la gauche. En désespoir de cause, celui-ci tenta de se raccrocher au bateau, mais les trois éducatrices – qui avaient compris que ce je voulais faire, le repoussèrent vers l'eau en combinant leurs efforts. Ce fut au moment où je le regardais nager désespérément, qu'une main ferme m'attrapa par les cheveux et me força à me retourner. J'eus tout juste le temps d'apercevoir les yeux injectés de sang de Paul et sa bouche se tordant en une grimace qui témoignait de l'effort qu'il déploya pour me projeter à l'autre bout du bateau où ma tête heurta le sol avec violence. Le goût du sang dans ma bouche et une violente envie de vomir me fit comprendre qu'il valait mieux que je restasse allongée. La vision trouble et la tête douloureuse, j'entendis Paul revenir vers celui qui avait essayé de m'aider sans succès et le rouer de coups de pied.
Nous étions tous les deux blessés maintenant, mais je n'en avais cure puisque c'était en prenant ce risque que nous avions pu éliminer l'un des complices, sans compter que les femmes et les enfants étaient désormais en sécurité. Je fermai les yeux à nouveau, devinant que je perdrais conscience pendant quelques précieuses minutes à cause de la douleur qui me vrillait le crâne et de ma vision qui était devenue encore plus floue.
À mon réveil, je seul indice que j'obtins du temps qui s'était écoulé fut le réservoir d'essence qui venait d'être rempli et Paul qui s'apprêtait à libérer les autres passagers, à l'exception de ma modeste personne et de l'homme qui était encore allongé par terre, de l'autre côté. Paul regardait les passagers pendant qu'ils manœuvraient le bateau de sauvetage, se tenant loin d'eux et pointant son arme dans leur direction. Lorsqu'ils furent tous à bord de la minuscule embarcation et qu'ils commencèrent à s'éloigner du Zodiac, je compris que mon protecteur et moi, avions désormais très peu de chance de nous en sortir vivants. Paul et son dernier complice étaient armés alors que nous étions blessés et sans défense. Notre seul espoir se résumait à une intervention extérieure. Mais laquelle ? Puisque je pouvais encore parler, je comptais bien essayer quelque chose.
-Paul?
-Tiens, tu es réveillée?
-J'ai soif…
-Tout ce que je peux t'offrir c'est de l'eau de mer…
J'optai pour une approche différente.
-Où sont les autres?
-Ils sont repartis. Tu vois que je suis gentil, je les ai tous libérés.
-Qu'as-tu demandé en échange?
-Assez d'argent pour… Oups, j'avais oublié à quel point tu peux être bonne pour faire parler les gens…
-Que vas-tu faire de nous?
-Tu es mon passeport pour la liberté.
-Où sont les gardes-côtes?
-Ils sont repartis.
-Ils vont revenir?
-NON!
-Comment peux-tu en être sûr?
-Ton ami ici présent sera jeté à l'eau avec une balle dans la tête s'ils reviennent et ils savent maintenant que je le ferai…
Je gardai le silence non pas parce que je n'avais rien à dire mais parce que je fus terrassée par une violente nausée.
-Je vais être malade…
-Quoi?
Ma voix était si faible que Paul fut obligé de se pencher pour me comprendre. Lorsqu'il s'affaissa sur moi et cessa de bouger, je compris que mon compagnon avait trouvé un moyen de l'assommer. Je repoussai le lourd corps inconscient de Paul jusqu'à ce qu'il basculât sur le côté et allai prêter main forte à mon sauveteur qui tentait de se débarrasser de ses liens. Ceci fait, je lui confiai la tâche d'attacher Paul pendant que je ramassai l'arme qu'il avait laissé tomber par terre et me dirigeai vers l'avant du bateau. En tant que dernier membre de l'équipage encore présent à bord du bateau, c'était à moi de faire quelque chose. Sans dire un mot à mon nouvel ami, je me dirigeai d'un pas traînant vers la cabine de pilotage.
À peine avais-je passé le bras de l'autre côté que le révolver m'échappa des mains sous la force d'un impact qui vint du côté gauche. Je n'avais même pas remarqué que le moteur avait été arrêté. Propulsée vers l'arrière après avoir reçu un second coup, je tombai sur le dos, mais je m'écrasai beaucoup plus loin à l'intérieur de la cabine. Reprenant lentement mes esprits, j'essayai de me redresser, prête à prendre la fuite, mais ne fus pas assez rapide puisque mon poursuivant m'écrasait maintenant de tout son poids et tentait de m'étrangler. Je n'arrivais plus à respirer. Ce fut alors que celui dont je ne connaissais toujours pas le nom mais à qui je vouerais une reconnaissance éternelle le frappa à l'aide de la bombonne à oxygène que nous gardions toujours dans la trousse de premiers soins, l'assommant sur le coup. Il m'aida ensuite à me dégager et entreprit d'attacher l'horrible personnage tandis que j'entrais dans la cabine de pilotage afin de remettre le moteur en marche.
Difficile pour moi de me repérer puisque ma vision était définitivement brouillée, toutefois, je constatai rapidement que nous étions vraiment très loin de notre point de départ et que le salaud qui avait été aux commandes temporairement s'y connaissait assez pour avoir volontairement endommagé le système de communication. Moi qui avais compté sur celui-ci pour m'aider à connaître notre position actuelle !
J'interpellai mon sauveteur et lui demandai de chercher le cellulaire que Paul avait utilisé pour contacter le Musée, mais découvris avec horreur que celui-ci était également inutilisable lorsqu'il me le rapporta. Le soleil commençait à tomber et je savais que la météo annonçait une petite tempête durant la nuit. Lorsqu'on travaille comme nous dans les expéditions en mer, on reste branché en permanence sur la météo.
-C'est quoi votre nom? Demandai-je à l'homme qui se tenait maintenant à mes côtés.
-Luc Bastien. J'arrive de l'île d'Anticosti où je travaille comme guide de chasse avec mon frère.
-Celui qui est blessé?
-Oui, c'est mon frère aîné.
-Ne vous en faites pas Luc. Il sera pris en charge très rapidement. Nous avons un excellent centre hospitalier à Sainte-Anne-Des-Monts.
-Je sais.
-Et bien, si mes calculs sont exacts, nous avons navigué pendant presque trois heures depuis notre départ. Je vais orienter le Zodiac en direction de ce que j'espère être la côte. Difficile pour moi d'être très précise puisque les instruments de navigation ont été endommagés alors… Heureusement que notre capitaine habituel m'a montré quelques repères. Ça devrait compenser.
La vision du corps de Steve dérivant sur le Fleuve me renversa brusquement l'estomac. Je me poussai rapidement sur le côté pour rendre le peu de nourriture qui me restait. Ma tête voulait éclater, mais je me redressai et m'appuyai sur Luc qui s'était approché de moi.
-Je vais couper le moteur dès qu'il fera trop noir pour que je puisse voir où nous allons.
-Quand ce sera fait, nous devrions faire des tours de garde.
-Bonne idée.
-Je ferais peut être mieux d'aller jeter un œil sur nos deux amis alors, histoire de voir s'ils sont encore inconscients. Ne pourrions-nous pas leur faire boire quelque chose qui les garderait endormis? Avez-vous un médicament qui puisse jouer ce rôle dans la trousse?
-Malheureusement non.
-Et de la nourriture, vous en avez quelque part?
-Sans doute des collations. Regardez sous le premier banc et cherchez un bac de plastique vert. Dedans, il y a de l'eau potable et une bonne variété de nourriture sèche. Merci à Steve qui a toujours insisté pour que nous en gardions là.
Me voyant grimacer à cause d'une autre nausée, Luc tint la barre pendant que je me vidais l'estomac un peu plus loin.
-Qu'est-ce que tu fais dans la vie Luc? L'interrogeai-je, le tutoyant pour la première fois.
-Je suis guide. Nous arrivions d'Anticosti mon frère et moi, tu as oublié?
-Oui…
-On reçoit tous une formation de secouriste avant de travailler là.
-Très bien. Devrais-je m'inquiéter du mal de tête que j'ai, depuis que je me suis cognée la tête?
-Laisse-moi voir tes yeux. Il m'examina les yeux sommairement avant de me demander à nouveau : Où as-tu mal exactement?
-Partout dans la tête. Ça résonne un peu partout.
-As-tu des frissons ou des chaleurs?
-Des bouffées de chaleur seulement et des nausées.
-Ta vision est comment?
-Embrouillée, mais ça diminue tranquillement.
-Je crois effectivement que tu as une vilaine commotion.
-C'est grave docteur? Blaguai-je sans y mettre beaucoup d'énergie.
-Oui et non. Il est important que tu ne dormes pas pour l'instant. Et pour ce qui est des autres symptômes, je vais te surveiller. Si tu sens que tu va tourner de l'œil, préviens-moi immédiatement.
Me laissant quelques minutes pour aller jeter un œil sur nos deux prisonniers, Luc revint les mains pleines de barres tendres, s'enfonça sur le siège que j'occupais toujours pour regarder Steve conduire et garda le silence pendant qu'il dégustait sa collation. La noirceur était presque là maintenant et le vent du «nordet» annonciateur de mauvais temps et surtout de vents froids commençait à se lever.
-Tu es marié Luc? Des enfants?
-Je suis marié oui. Et j'ai deux enfants : un fils de 17 ans et une fille de 15.
-Où est leur mère?
-Elle enseigne à Montréal.
-Belle vocation.
-Oui, surtout qu'elle travaille dans un milieu hostile.
-Si tu es guide à Anticosti, tu dois passer pas mal de temps loin d'elle?
-Non pas vraiment. Tu oublies que les enseignants ont congé l'été. Elle vient passer ses deux mois de vacances sur l'île avec moi. Pour les enfants et elle, c'est le paradis.
-Wow. Elle en a de la chance. Et qu'est-ce qui t'a fait quitter ton île?
-C'est pour accommoder mon frère qui voulait venir à Sainte-Anne pour faire une offre d'achat sur une maison. Il veut emménager dans le coin.
-Et que faisiez-vous sur l'Exploramer aujourd'hui?
-Tu vas rire mais on cherchait un moyen de mieux voir la maison tout en attendant la réponse du vendeur à notre offre d'achat… et comme elle est sur le bord de la mer…
Un premier vrai silence s'installa entre nous deux. J'attendis encore quelques minutes, puis encouragée par mon vis-à-vis, coupai les moteurs et lui demandai de me suivre pour aller jeter l'ancre. Je voulais éviter de dériver vers le large pendant la nuit. Luc m'aida à abaisser l'ancre à l'extérieur et revint dans la cabine quelques minutes après moi. Je devinai qu'il était allé soulager sa vessie dans la mer. Je l'imitai dès son retour et m'engouffrait à l'intérieur en claquant des dents. Luc me passa une couverture qu'il avait trouvée dans le bac de provision de Steve et me força à me poser sur la longue banquette. Quelques minutes plus tard, conformément à notre entente, Luc me laissa prendre le premier tour de garde et s'assoupit rapidement. Dehors, le vent soufflait de plus en plus fort et le bateau devenait très instable. Paul s'éveilla au bout d'une quinzaine de minute et se mit à m'insulter. Je le laissai s'époumoner et tentai de l'ignorer.
-Élisabeth, t'aurais dû me laisser partir. Je t'aurais libérée une fois de l'autre côté. Emmène-moi là-bas. J'ai des amis qui vont s'occuper de moi une fois sur place. Tu pourras rentrer facilement, personne ne saura que tu m'as aidé.
Je le regardais comme si je ne le connaissais pas. En fait, c'était vrai que je ne le connaissais pas bien. Paul avait beau faire partie de l'équipe depuis très longtemps, il n'avait jamais été très ouvert. Pendant qu'il s'épuisait à m'injurier, je laissai mes pensées vagabonder vers Steve. J'espérais que les Gardes-côtes l'avaient trouvé, pris en charge et qu'il n'était pas mortellement blessé. Paul essaya de se rapprocher de moi et hurla de rage lorsqu'il réalisa que nous l'avions attaché après l'une des rampes latérales pour le garder contre le mur. Mon mal de tête alla en augmentant, alimenté par les plaintes perpétuelles de Paul, le contrecoup des attaques dont j'avais été victime et le manque de sommeil.
Toutefois, comme une pile dont l'énergie diminue lentement, au bout d'un certain temps, Paul se tut et s'allongea sur le sol. Il me fit alors penser à un enfant qui se calme plus rapidement lorsque ses parents ne lui accordent aucune attention. Cinq minutes plus tard, il somnolait à nouveau. Le silence me fit du bien. En fait de silence, j'exagère un peu, le sifflement du vent était devenu aussi présent qu'un ronfleur peut le devenir lorsqu'on essaie de dormir. Je regardai vers l'arrière où Luc était allé se coucher et vérifiai qu'il dormait encore profondément.
Pendant que le vent martelait les grandes vitres de la cabine fermée du Zodiac, je me demandai ce que William et les autres pouvaient faire. Les Gardes-côtes nous avaient nécessairement perdus de vue et les passagers avaient dû leur raconter que Paul et ses complices étaient armés. Avait-il eu peur pour moi ? Avait-il fait prévenir mon oncle et ma famille ? Étaient-ils tous là, rassemblés au Musée où dans les bureaux de la Garde-côtière ?
Luc se réveilla une heure plus tard et m'ordonna de me reposer à mon tour. Je ne me fis pas prier. En bon samaritain, Luc me laissa dormir pendant presque quatre heures. Lorsqu'il me secoua pour m'éveiller, j'avais de nouveau mal à la tête et ma vision était encore plus embrouillée qu'auparavant. Luc m'examina attentivement en fronçant les sourcils.
-Je ne veux pas te faire peur, mais il faudrait vraiment que tu reçoives des soins… d'ici peu de temps.
Comme pour confirmer ses dires, je vidai le peu de nourriture qui subsistait dans l'estomac dans un coin du bateau. Frissonnante et frigorifiée, je m'affalai à même le sol pour calmer les élancements dans ma tête. Après quelques minutes, ma vision redevint presque normale, si ce n'était que la tête me tournait. Je précédai Luc dans la cabine de pilotage et ne fis aucun commentaire lorsque je découvris que Paul et son complice avaient tous les deux la bouche recouverte d'une large bande d'autocollant, réservé normalement pour réparer les fissures. Le moins que l'on puisse dire, c'était que nos deux prisonniers auraient très mal lorsqu'ils essaieraient de l'enlever.
Regardant à l'extérieur, je doutai que nous fussions le jour, tant il faisait sombre autour de nous. Puis, je me souvins des prévisions météorologiques, de la tempête qui devait toujours sévir et du ciel qui resterait longtemps couvert. Difficile de trouver ses repères sans instruments et surtout sans la présence du soleil sur qui on peut toujours se fier lorsque plus rien d'autre ne fonctionne. Avant de baisser les bras, je sortis la carte marine que Steve utilisait également pour naviguer et l'étudiai avec attention. J'étais presque certaine que Paul aurait voulu se rendre vers la pointe pour qu'on retrouvât de l'autre côté, là où des centaines de kilomètres séparent quelques petits villages de pêcheurs entre eux. Je fis des calculs approximatifs et actionnai le moteur. Pendant de nombreuses heures, nous avançâmes ainsi dans la tempête, brassés par des vagues de plus en plus hautes et incapables de déterminer si nous tournions en rond. Luc me força à avaler quelques biscuits soda et à boire quelques gorgées d'eau. Il me laissa à quelques reprises pour aller vérifier l'état de nos prisonniers. Voilà bientôt six heures que je faisais avancer le bateau vers ce que j'espérais être la côte. Je soulageais mon estomac à chaque fois que j'ingurgitais de la nourriture et je sentais que ma tête allait bientôt éclater tant la douleur était intense. Je me gardai bien d'en parler avec mon partenaire puisque je ne voulais pas l'inquiéter. Au moment où je fus certaine de perdre connaissance, je crus distinguer une lumière au loin, vers ma droite. Luc avait dû voir lui aussi, puisqu'il arriva à ce moment- là et s'assit à mes côtés.
-Tu crois que c'est la côte?
-À moins que ce ne soit un bateau…
-Dans les deux cas… c'est bon pour nous… non?
-OUI… J'espère que c'est un village assez important pour qu'il y ait un quai…
-Espérons surtout qu'on est du bon côté du Fleuve…
-Tant qu'on atteint la terre…
Le silence retomba entre nous tandis que je continuai à conduire le bateau en direction de la lumière qui devenait de plus en plus forte et qui – pour notre plus grande joie à tous les deux – se dédoublait à plusieurs reprises jusqu'à nous confirmer que nous arrivions dans un village d'une taille assez imposante pour qu'il y eût un port. Lorsque je repérais enfin les bouées qu'il me fallait suivre pour me rendre à la marina, je fis pivoter le bateau dans cette direction. Heureusement que Steve m'avait appris tous les rudiments pour ramener le bateau à bon port. Je fis ralentir le bateau comme il se devait et entrai dans ma marina en me concentrant uniquement sur l'étroit sentier à suivre. Le vent était très fort et la pluie qui s'abattait sur la vitre avant ne m'aidait en rien, mais je parvins à trouver un espace libre où je pouvais aller accoster le Zodiac. Je ne reconnaissais pas le port où j'étais, mais cela ne me dérangeait pas outre mesure. Tout ce qui m'importait était de pouvoir me coucher et dormir sans cette maudite douleur qui me rendait folle. Les vagues étaient si grosses que je dus effectuer à quelques reprises mes manœuvres d'approche. Luc, pour m'aider, me faisait de grands signes pour me guider. Les larmes aux yeux, tant la douleur était vive, je réussis à nous approcher assez du bord pour que Luc sautât sur le quai et attachât la première corde. Je distinguai alors la silhouette de quatre Gardes-côtes qui entreprirent d'assister Luc pour immobiliser le bateau. Le cri de joie de Luc me parvint comme dans un brouillard. Je voulais à tout prix me joindre à lui, mais dès que je me remis debout sur mes pieds, tout disparut autour de moi et je m'écrasai lourdement sur le sol.
-Élisabeth, nous sommes arrivés à Matane entendis-je Luc crier au loin.
-Elle a conduit le bateau jusqu'à Matane? Demanda une voix que je ne reconnus pas.
-Oui.
Je percevais ces voix distinctement, mais je n'arrivais pas à ouvrir les yeux. Avais-je encore mal à la tête? En fait, non, puisque je n'éprouvais plus rien. J'avais l'impression de flotter dans les airs et cette sensation était très agréable. Quelques secondes plus tard, je sentis une pression sur ma main et devinai qu'une personne me parlait, mais j'aurais été bien embêtée de l'identifier. Le vent ne soufflait plus et le sol était moelleux.
-Ils disent qu'on pourra la faire transporter au centre hospitalier de Sainte-Anne demain matin…
-Merci de vous en être occupé.
Des questions, des commentaires? Donnez-moi un peu de tout!
Miriamme
