Je profite de ce moment pour souhaiter joyeux anniversaire à ma cousine France (et oui, la seule et unique France qui est si présente dans cette histoire). Je lui souhaite une journée à la mesure de sa folie! Un autre merci tout spécial à Youk qui m'est devenue aussi précieuse que vos commentaires. Merci de penser à elle aussi dans les messages que vous m'adressez. Merci à Marie, Juliette, Yo, Laurence, Miss Papagena, Anna, Mouette, Fumeseck666 et Lilouth33! J'espère que la suite vous plaira... Miriamme.
Septième partie
Deux voix distinctes chuchotaient depuis quelques minutes à mon chevet. Je finis par identifier l'une d'elle comme étant celle ma tante Valérie puis, un peu plus tard, celle de son époux… mon ex-patron… mon vrai patron en fait. Je me demandai alors si j'étais encore à l'hôpital de Matane ou si j'avais déjà été transférée à Sainte-Anne. J'essayai de révéler ma présence en remuant la tête, mais rien ne se produisit. Je tenais tant à leur faire comprendre que j'étais réveillée, que je les entendais et que j'étais contente qu'ils fussent là ! Rien à faire, mon esprit était maintenu dans les airs où je flottais légère comme un nuage. Je n'insistai pas davantage et profitai de l'instant pour me détendre. Soudain, tout devint noir, me laissant croire que je venais de fermer les yeux.
«Étaient-ils seulement ouverts?» Me demandai-je, incapable de trancher.
Un peu plus tard, bien que je fusse totalement incapable de situer tous ces événements dans le temps, je sentis une main se poser sur mon front. Elle était fraîche et agréable.
-Quand je pense qu'elle aurait pu mourir. Marmonna une voix tout près de mon oreille. Je n'ai jamais voulu lui faire courir ce risque…
Le temps que je me demande de qui il s'agissait, la voix de mon oncle répondit à la première : On n'avait pas assez de preuves, tu le sais bien. Sans compter qu'on ne connaissait pas l'identité du coupable.
-Peut-être, mais vous saviez qu'Anne était impliquée… N'est-ce pas Charles? Argumenta ma tante, me révélant ainsi l'identité de la personne qui se tenait très près de moi et dont la main était encore posée sur mon front.
-À vrai, dire, c'est le complice de Paul contre qui nous n'avions pas encore assez d'éléments. Répliqua celui-ci.
-Ses complices tu veux dire? Intervint mon oncle.
-Ouais… c'est ça. Reconnut finalement Charles en soupirant.
Une quatrième voix s'ajouta aux trois autres, beaucoup plus énergique.
-Alors, comment va-t-elle?
-Oh. Bonjour Luc. Son état est stable. Rien de nouveau depuis hier… Lui répondit ma tante.
-Que disent les médecins? Demanda le nouveau venu.
-Qu'elle devrait se réveiller sous peu. Et vous Luc, comment va votre frère? S'informa mon oncle, faisant écho à mes pensées.
-Il est déjà sorti. Je dois aller le rejoindre à l'Auberge des Gouverneurs. Nous devons retourner sur l'île d'Anticosti, dès demain matin.
-Élisabeth aurait certainement aimé vous revoir avant votre départ.
J'aurais tellement voulu être capable de lui faire comprendre que ma tante avait parfaitement raison et que je ne voulais pas qu'il partît sans que j'eusse eu l'occasion de lui reparler ! Son frère et lui avaient été tellement extraordinaires à bord du Zodiac ! Sans eux, je savais que je ne serais plus en vie aujourd'hui…
-Je sais, mais malheureusement, je ne peux pas retarder notre départ…
-Dommage! S'exclama ma tante Valérie.
-D'une manière où d'une autre, je resterai en contact avec votre nièce. Je lui donnerai de nos nouvelles.
-Je ne sais toujours pas comment vous remercier jeune homme. Si vous n'aviez pas été à bord du bateau, elle serait morte à l'heure qu'il est. Lui lança mon oncle avec un tremblement dans la voix.
-Tout comme mon frère et moi, si elle n'avait pas été là…
-Vous êtes des héros, tous les trois. Conclut mon oncle avant de se moucher bruyamment.
-Nous sommes des victimes aussi, ne l'oubliez pas trop vite. Votre nièce a eu un grand choc, surveillez-la de près durant les premières semaines. Personne ne réagit de la même façon après un traumatisme…
-Vous avez raison Luc. Merci pour tout.
-Très bien… je vais vous laisser… Appelez-moi sur mon cellulaire quand elle se réveillera.
Je tentai de bouger à nouveau, mais mes ordres ne se transmettaient plus à mon cerveau, sans compter que je me sentais trop bien pour lutter réellement. Je devinai alors que j'étais sous l'effet d'un médicament puissant contre la douleur et cela acheva de me rassurer. J'étais heureuse de savoir le frère de Luc hors de danger, mais ce qui contribua davantage à m'alléger l'esprit, ce fut lorsque j'entendis Charles raconter que Paul et ses complices étaient sous les verrous et que mon ex-collègue était passé aux aveux. La main de Charles qui était toujours posée sur mon front se retira lentement faisant naître un élancement douloureux dans ma tête. C'était d'autant plus surprenant que je ne sentais rien depuis que je m'étais éveillée. Lorsque ma bouche laissa échapper un petit gémissement, je compris que je venais de reprendre possession de mon corps. J'arrivai même à ouvrir les yeux.
Un étrange silence régnait dans la pièce et la seule chose que je distinguai, avant de refermer les yeux à cause de la brûlure provoquée par l'excès de lumière, fut le visage anxieux de ma tante, penchée au-dessus de moi.
-Élisabeth. Dieu merci, tu es réveillée. S'écria-t-elle en se mettant instantanément à pleurer.
J'émis un borborygme en guise de réponse et attendis qu'elle réagît.
-On est soulagé de t'entendre.
-Tu nous as fait peur, tu sais. Renchérit mon oncle en arrivant de l'autre côté du lit.
-Valère a prévenu tes parents, ils vont arriver cet après-midi.
-Déranger. Fut le seul mot que mes lèvres furent capables de prononcer correctement.
-Tu as failli mourir ma chérie. Me répondit mon oncle pour me faire taire.
-Sans soins, tu serais morte.
J'eus tout juste le temps de saisir au vol «hémorragie cérébrale» avant de ressortir de mon corps et de m'abîmer à nouveau dans la noirceur.
-C'est normal, tu crois? S'enquit avec inquiétude ma tante.
-Oui, souviens-toi. Le docteur Langlois nous a avertis que même si elle reprenait conscience, elle risquait de perdre connaissance encore quelques fois.
-Au moins maintenant, on sait qu'elle n'a pas perdu la mémoire…
Mes parents arrivèrent vers le milieu de l'après midi. J'étais maintenant totalement réveillée. Le médecin était revenu m'examiner et avait même fait réduire la dose de médication. Depuis ce moment-là, j'oscillais entre des moments d'éveils accompagnés de légers maux de tête et des périodes de sommeils profonds. Mes parents eurent droit au récit complet de ce que mon oncle Valère appelait «mon acte d'héroïsme» à la suite de quoi, ils émirent le souhait de rencontrer Luc pour le remercier personnellement. Dans la soirée, j'eus la confirmation que mes géniteurs avaient pu discuter avec mon compagnon d'infortune puisqu'ils ne tarissaient plus d'éloges à son sujet. Valère m'apprit également que Steve avait survécu, que sa blessure à l'épaule était superficielle et qu'il avait été repêché par les Gardes-côtes, peu de temps après qu'il eut été jeté à l'eau par Paul et l'un de ses complices.
Le médecin de garde revint me voir avant la nuit et se déclara satisfait de mon état. Assez en tout cas pour qu'il me déclarât officiellement transférable. Il compléta les papiers nécessaires et réserva une ambulance afin que je puisse être transportée à l'hôpital de Sainte-Anne-des-Monts, dès le lendemain. Je fus très heureuse de sa décision car j'avais des raisons très égoïstes de vouloir me rapprocher du Musée. J'avais des papillons dans le ventre à l'idée de revoir William sous peu et ne pus faire autrement que de fantasmer sur la réaction que je m'imaginais qu'il avait eue en apprenant que nous étions tous en danger à bord du bateau, puis sur ce qu'il avait ressenti ensuite en apprenant que nous étions hors de danger. J'avoue à mon corps défendant que j'osai même m'enorgueillir du fait que j'étais en partie responsable du succès de sa mission et que j'imaginai William «amoureusement fou et terriblement fier de moi» à la suite de cela. Je m'endormis habitée par ce long et merveilleux rêve et me réveillai le lendemain avec un léger mal de tête.
Le médecin vint m'examiner avant mon transfert et me donna un somnifère pour le trajet de retour dans l'ambulance. Mon état ne suscitait plus aucune inquiétude sérieuse.
Une fois ce court voyage accompli, je me réveillai dans une nouvelle chambre et découvris un décor qui me sembla familier. Charlotte était assise dans un fauteuil tout près de la fenêtre et feuilletait une revue. Je lui souris avec tendresse, terriblement soulagée de la savoir là.
-Oh ! Tu es réveillée? M'accueillit-elle en s'approchant de moi pour me prendre la main.
-Charlotte, tu es là depuis longtemps? Me renseignai-je, les larmes aux yeux.
-30 minutes seulement. Je suis arrivée au moment où tes parents sortaient pour aller dîner.
-Alors? Comment va ton bel amant?
-Bien. Tu nous as inquiétés, tu sais. Oh, avant que j'oublie, Richard va venir te voir ce soir.
-À quand le déménagement?
-On doit aller signer le bail au début de la semaine prochaine. M'annonça-t-elle fièrement.
-Je suis contente pour toi. Et au Musée, l'ambiance est comment? Questionnai-je ensuite, me foutant complètement qu'elle devinait que j'utilisais un moyen détourné pour savoir si William était encore à Sainte-Anne-Des-Monts ou s'il était déjà reparti.
-Oh. Tu divines bien que tout le monde ne parle que de cette vilaine histoire, surtout depuis qu'on sait la vérité.
-La vérité? Quelle vérité? Insistai-je, me doutant un peu qu'elle faisait allusion à William.
-Que William n'était pas réellement notre patron. C'est un détective privé.
-Ah, ça. Rétorquai-je, décidant qu'il n'y avait plus aucun risque à lui dire que je le savais déjà puisque mon oncle pouvait très bien me servir d'alibi maintenant que l'enquête était terminée.
-Incroyable, n'est-ce pas? Dire que Charles, Caroline et lui-même ont été engagés par ton oncle pour découvrir qui se cachait derrière les problèmes que rencontrait le Musée.
-Mais la plus grande surprise pour moi comme pour vous tous, ce fut Paul. Ajoutai-je en soupirant.
-Ouais, sans compter qu'il n'était pas seul. Et là, je ne parle pas d'Anne – puisqu'on savait bien toutes les deux qu'elle était impliquée – je parle de ses deux autres complices que tu as rencontrés sur le bateau. William a révélé qu'ils ne travaillaient même pas au Musée. Est-ce vrai?
Après avoir brièvement confirmé en hochant la tête, je changeai de sujet et m'enquis de la conférence de presse prévue pour le lancement du projet Fourchette bleue. J'appris alors de la bouche de mon amie que l'événement avait été annulé, compte tenu du drame qui s'était joué sur l'Exploramer et qu'aucune nouvelle date n'avait été annoncée.
-William a ordonné qu'on attende que tu sois capable de t'en occuper. Tu te rends compte Liz, William savait depuis le début que le projet était de toi. Ajouta-t-elle, croyant encore me surprendre.
-Ouais, je le sais, Valère m'a tout expliqué. Admis-je, contente de ne plus avoir à la maintenir dans l'ignorance de ce que je savais.
-Ah bon? Et pour Steve et Lucie, savais-tu qu'ils étaient également soupçonnés?
Puisqu'elle m'ouvrait également cette porte, autant en profiter pour balancer tout le reste : Oui, Valère m'a aussi avoué que William et son équipe m'avaient soupçonnée moi aussi.
-Vraiment?
-Vraiment. Je ne blaguerais pas avec ça voyons.
-Et ton oncle ne les a pas détrompés?
-Il ne pouvait pas. Tout cela à cause de mon lien avec Informidata et mon cousin Martin.
Pendant que Charlotte digérerait ces nouvelles informations, je retombai dans mon mutisme et me mis en quête d'un moyen détourné qui me permettrait non seulement de savoir si William était encore au Musée, mais également de connaître ses intentions maintenant que sa mission était terminée. Toutefois, il me fut impossible de trouver comment formuler ma question sans que Charlotte ne se doutât de quelque chose. Mon amie était tellement intuitive que je préférai me taire et attendre qu'elle abordât elle-même le sujet qui m'intéressait tant. N'ayant rien appris encore lorsqu'elle m'annonça son intention de prendre congé, je me préparai à tenter le coup lorsqu'une voix familière retentit à l'entrée de ma chambre.
-Alors, où elle est cette grande héroïne? M'interpella joyeusement ma cousine France.
-France, Daniel, salut. M'écriai-je en les découvrant.
-Oh, salut Charlotte. Ajouta France en voyant que je n'étais pas seule.
-Bonjour vous deux. Les salua mon amie en leur cédant la place.
Après les embrassades d'usage, Charlotte prit finalement congé de moi avant que j'eusse l'occasion de lui poser ma question. Après son départ, France et Daniel me donnèrent des nouvelles de tous les membres de la famille et m'apprirent que la plupart d'entre eux avaient décidé d'attendre que je fusse retournée chez moi avant de me rendre visite. Il faut dire que même présentement, les médecins préféraient que je ne reçusse pas plus de trois ou quatre personnes à la fois.
Dans la soirée, je passai un agréable moment avec Richard et Charlotte puis, avec mes parents qui restèrent jusqu'à 21h00 (moment où les visites sont officiellement terminées). Ma mère me surprit en arrivant avec un immense bouquet de fleurs, offert par l'ensemble des employés du Musée. Le cœur battant la chamade, j'ouvris d'une main tremblante la carte qui accompagnait devinant que ma lecture risquerait d'être longue puisque le bouquet était d'une grosseur indécente.
Qu'à cela ne tienne, je n'avais qu'une hâte : vérifier si une certaine personne avait apposé sa signature sur la carte. Je dois avouer, à mon corps défendant, qu'en découvrant que le nom de William n'y figurait pas, je ne fis que survoler rapidement l'ensemble des charmants messages que mes collègues m'avaient adressés. Le coup de grâce, je le reçus en découvrant que les Bingley (la grande échalote et son frère) avaient pris le temps d'y inscrire un message de prompt rétablissement alors que le nom de William brillait par son absence. Sentant l'émotion sur le point de me submerger, je m'autorisai à laisser couler les larmes qui montaient d'elles-mêmes, sachant pertinemment que ma mère plus particulièrement n'aurait aucune raison de croire que mes pleurs exprimaient autre chose que de la joie.
-Ils sont tellement gentils, tous. S'extasia celle-ci, tout en m'ôtant la carte des mains pour l'examiner à son tour.
Lorsque mes parents partirent, je reçus une dernière visite de mon infirmière qui se déclara satisfaite de mon état. Cette nuit-là, je dormis très mal et fis un cauchemar en lien avec ma mésaventure à bord du Zodiac. Je me réveillai en criant, en sueur et la tête tellement douloureuse que je dus sonner une infirmière. Celle qui était de garde, m'examina brièvement et m'administra un calmant non sans s'être assuré auparavant que cette médication était bien inscrite dans mon dossier. Je retrouvai le sommeil rapidement et n'en gardai aucune séquelle à mon réveil.
Le surlendemain, un vendredi, je fus autorisée à faire quelques pas hors de mon lit et je reçus enfin des nouvelles de William, mais de façon totalement inattendue. Dès son arrivée dans ma chambre, ma mère m'annonça qu'ils allaient devoir repartir pour Québec compte tenu qu'elle n'avait pu prendre congé pour la fin de semaine.
-On ne partira pas avant d'avoir mangé. De plus, j'ai demandé à ton oncle Valère de venir te tenir compagnie dans la soirée. Il viendra tout de suite après avoir fini son travail au Musée.
-Il est de retour au Musée pour de bon? M'étonnai-je tandis que mon cœur s'emballait.
-Oui, l'enquête est terminée. L'équipe qu'il avait engagée est repartie. Se tournant vers mon père, elle lui demanda : Hier? Ils sont partis hier?
-Oui, c'est ça, jeudi.
J'essayai de contenir mes larmes, mais je fus trahie par ma mâchoire qui se mit à trembler malgré les nombreux efforts que je dus produire pour contrôler mes sanglots.
-Tu préfèrerais que nous restions, hein? Me demanda ma mère, croyant que je réagissais ainsi à l'idée de leur départ imminent.
-J'ai simplement hâte de sortir d'ici et de reprendre une vie normale. Répondis-je en respirant de manière saccadée.
Ma mère ma passa des papiers mouchoirs avec lesquels je me mouchai abondamment. Peu à peu, ma peine fut remplacée par la frustration et la colère. J'étais furieuse contre moi et m'en voulais d'être tombée amoureuse d'un homme qui ne le méritait pas. Ma situation était pathétique, voire presque comique puisqu'il était reparti vers la ville sans m'avoir revue, ni même m'adressé un petit mot. Je ne pus m'empêcher de me dire que puisque j'étais en partie responsable du succès de toute l'opération, il eut été normal qu'il passât me saluer à l'hôpital pour me remercier personnellement.
Mon père quant à lui, m'observait avec inquiétude et restait silencieux. Contrairement à ma mère, celui-ci n'était certainement pas dupe de mes fausses excuses, mais je le connaissais assez pour savoir qu'il n'aborderait jamais le sujet avec moi, à moins que je ne lui ouvrisse moi-même la porte. Sa discrétion était l'une des qualités que j'admirais chez lui, sans compter qu'il était capable de rester là, à côté de moi, sans parler pendant des heures. Sa présence était d'autant plus rassurante que je ne sentais pas obligée de lui expliquer quoi que ce fût. Il acceptait mon état pour ce qu'il était et n'attendait rien de plus que ce que j'étais capable de lui donner. Pour l'instant, c'était exactement ce que j'espérais de lui et ce fut également ce qui m'aida à faire face au départ de William.
Ma mère qui n'était pas aussi vertueuse, attendit que je déposasse mon dernier mouchoir avant de reprendre la parole.
-Ton médecin confirme que tu pourras sortir dès demain matin. Veux-tu que nous restions jusque-là? Je peux toujours m'arranger pour le travail si tu crois que c'est mieux?
-Non, maman. Ça ira très bien, ne change surtout pas tes plans.
-France m'a demandé de te dire qu'elle va passer la fin de semaine chez toi.
-Oui, je sais. Elle me l'a proposé hier.
-Ton père et moi, on peut revenir dès lundi, si tu le souhaites?
-Non… je crois que ça ira…
-Si tu changes d'idée… Fais-le-moi savoir. Je reviendrai. Termina mon père en se levant pour s'approcher de mon lit et venir poser ses lèvres sur mon front.
-Prend soins de toi, ma chérie. N'oublie jamais que je t'aime.
-Moi aussi Chuchotai-je, puis à voix haute : Merci d'être venus.
Plus tard dans la journée, j'appris de nouvelles choses à propos de William, par mon oncle qui arrivait du Musée. Dès son entrée dans ma chambre, il m'annonça que la ville de Sainte-Anne avait l'intention d'organiser une soirée pour nous rendre hommage à Luc et à moi-même. Il m'informa qu'une médaille nous serait remise lors de cet événement. J'eus beau protester, lui dire que je m'y opposais, mon oncle me convainquit qu'il valait mieux que j'y assistasse.
-N'oublie pas que lorsqu'on remet une médaille à quelqu'un, cela donne de l'espoir à tous. Qui sait si face au danger un jour, une autre personne ne repensera pas à vous deux et ne se décidera pas à agir à son tour?
-C'est plutôt monsieur Darcy et son équipe qui devraient être récompensés.
-Non, puisqu'ils ont été bien payés avant de partir.
-Je ne savais pas qu'ils nous avaient quittés. Mentis-je dans le seul but d'obtenir davantage d'information.
-Oui, hier soir.
Un silence régna que je ne fus pas pressée de combler.
-Oh, j'allais complètement oublier, William m'a demandé de te remettre cette lettre. Se rappela mon oncle tout en fouillant dans la poche intérieure de son veston.
-Merci. Je la lirai plus tard. Rétorquai-je en posant la lettre sur ma table de chevet, faisant exprès d'en banaliser l'importance.
-Je ne sais pas s'il t'en parlera dans sa lettre, mais William considère qu'il a commis une grave erreur dans le cadre de cette enquête.
-Une erreur, vraiment? «Aurait-il parlé de nos baisers à mon oncle…» M'inquiétai-je soudainement.
-Lorsque ta collègue Lucie a appelé pour se déclarer malade, il n'était pas du tout prévu que Paul la remplace. Sans Anne, qui a dérogé à la procédure en ne prévenant pas William du changement, Paul ne serait jamais monté à bord du Zodiac sans qu'un agent secret ne soit présent à bord avec vous tous.
-Un agent secret?
-Oui, depuis que la rumeur de licenciement a été relancée par William, un homme de confiance montait à bord du zodiac chaque fois que Paul travaillait.
-Mais pourquoi ne pas m'avoir prévenue?
-Il fallait que votre comportement demeure naturel.
-Oui, mais puisque vous saviez qui était le coupable, il me semble que…
-Nous manquions de preuves… Ce qui est certain, c'est que William s'en veut de t'avoir fait courir un tel danger.
«N'éprouve-t-il aucun remords concernant mon cœur meurtri?» Me retins-je juste à temps de demander.
-En tout cas, dès qu'il a su que Paul était à bord du Zodiac et qu'aucun agent n'était monté avec vous, il a mis Anne aux arrêts.
-Que voulait Paul exactement? Pourquoi cherchait-il à nuire au Musée?
-Il voulait que j'en vienne à leur vendre le Musée à bas prix. Les deux complices de Paul que William a fait arrêter attendaient que le Musée soit au bord de la faillite pour me faire une offre d'achat que je n'aurais pas pu refuser. Leur objectif en soi n'était pas mauvais, ils voulaient ouvrir un restaurant de fruits de mer. Il faut avouer que l'édifice est vraiment bien placé. Un restaurant situé là aurait de fortes chances de réussir.
-Paul a donc cédé à la panique en apprenant qu'il allait perdre son emploi?
-Oui, il était désespéré. Lorsqu'Anne lui a offert de remplacer Lucie, il a contacté ses deux associés, déterminé à jouer le tout pour le tout, le jour même. Il croyait qu'en prenant le Zodiac et ses passagers en otage, il convaincrait William de lui vendre le Musée pour un prix dérisoire.
-Eh bien. Pour le Musée, tout est bien qui finit bien alors.
-Si l'on veut oui. En tout cas, c'est exactement ce que j'ai dit à William avant son départ.
-J'aurais aimé le saluer…
-Lui aussi, mais il ne pouvait pas remettre son départ. Sa compagnie a un autre contrat à honorer tout près de Montréal. Ah, en passant, avant que j'oublie : Charles et Caroline voulaient aussi que je te dise qu'ils sont fiers de toi.
Ma tante vint nous rejoindre un peu plus tard m'annonçant qu'elle venait d'assister à l'instant au départ de mes parents.
-Ils ont dit qu'ils m'appelleraient une fois rendus à Québec.
Mes deux visiteurs me quittèrent vers 20h30, me laissant seule avec une lettre que je mourrais d'envie de lire au moins tout autant que de la jeter.
Je pris mon temps pour la décacheter. Il y avait trois feuilles pliées dont l'une seulement était noircie par une écriture soignée et aussi parfaite que peut l'être la calligraphie d'une personne qui avait dû reprendre sans relâche ses leçons. J'en commençai la lecture sans tarder.
«Chère mademoiselle Bennet,»
– Pouvais-je m'attendre à autre chose qu'à ce début plutôt froid et impersonnel? Il commence immédiatement en prenant ses distances comme s'il voulait me faire comprendre où se situait ma place dans sa vie : nulle part.
J'avais de moins en moins hâte de lire la suite. Je faillis déposer la feuille sur la table devant moi et attendre que l'infirmière arrivât pour lui demander de tout mettre au recyclage, mais la curiosité l'emporta.
«Vous n'avez pas idée du soulagement qui fut le mien lorsque nous avons reçu un appel du service de surveillance du port de Matane pour nous avertir que vous veniez d'y ramener l'Exploramer. Que vous ayez conduit le Zodiac toute seule était déjà un exploit, alors imaginez ma surprise lorsque que j'ai appris qu'en plus de cela vous avez réussi, avec l'aide d'un autre passager, à maîtriser Paul et l'un de ses complices. Puisque j'étais moi-même directement en discussion avec Paul à quelques reprises pendant que vous étiez tous pris en otage, je suis bien placé pour savoir qu'il n'avait pas toute sa tête et qu'à cet égard, il était terriblement dangereux. Quant à ses complices, je les connaissais aussi et les faisais surveiller depuis que mon informateur principal, qui travaille comme serveur au bar le Démon, m'avait avisé qu'ils négociaient de racheter le Musée pour un prix dérisoire. »
–Voilà donc pourquoi il était là, ce fameux soir, et surtout pourquoi Charles a mentionné que William y était déjà allé plusieurs fois alors que je dansais avec lui. -Compris-je avant de reprendre ma lecture.
«Sachez que j'ai remis mon rapport d'enquête à votre oncle en prenant bien soins de préciser que désormais, je recommande qu'à chaque expédition, on retrouve obligatoirement à bord au moins deux personnes à même de naviguer. Je n'ose imaginer ce qui vous serait arrivé si Steve n'avait jamais pris le temps de vous enseigner les rudiments de la navigation. Je lui serai toujours reconnaissant de cette initiative.
Par ailleurs, vous trouverez également ci-joint, la copie originale du blâme dont vous avez fait l'objet suite à l'accident qui, nous le savons maintenant avec certitude, avait été planifié par Paul lui-même. Le rapport que vous aviez rédigé à ce moment-là de même que le document officiel vous incriminant ont été retirés de votre dossier. Par contre, j'ai pris la décision de remplacer ceux-ci par un certificat de «rendement exceptionnel» signé de ma main et de celle de votre oncle. Ce certificat vous donne droit à une bourse de 3000$ que vous avez grandement méritée. Je vous souhaite la meilleure des chances avec le projet Fourchette bleue et vous assure que je garderai de vous un souvenir impérissable.
Bien à vous,
William Darcy
Détective privé.»
J'étais abasourdie et ne savais vraiment pas comment réagir. Je jetai un œil distrait sur les deux autres feuilles avant de les déposer devant moi sans même les parcourir. Après un bref moment, je rangeai les trois feuilles dans l'enveloppe et jetai celle-ci dans la poubelle de ma chambre à côté du lit.
«Il vaut mieux que je la fasse disparaître aussi. Si William est arrivé à faire disparaître les traces de l'accident dont j'ai été reconnue responsable, je dois bien être capable de faire de même en faisant disparaître toutes les traces visibles de son passage dans ma vie. Adieux William Darcy!»
Je m'allongeai, fermai les yeux et sombrai dans le néant, volontairement.
Samedi matin, France et Daniel arrivèrent vers 9h00, juste à temps pour rencontrer le médecin qui devait venir m'examiner avant de décider s'il signait mon congé. Celui-ci s'estima satisfait de mon état et me permit de quitter l'hôpital en me recommandant de ne pas me remettre au travail avant une semaine. Il me remit un formulaire réservé à mon employeur et me souhaita bonne chance. Je suivis ma cousine et son amoureux jusqu'à leur voiture où je pris place à l'arrière.
Nous arrivâmes à Capucins vers 10h30 à la suite de quoi, Daniel prit congé de nous deux en promettant de revenir dormir chez moi pour être avec France. Je le remerciai et allai me reposer dès que sa voiture s'éloigna. France en profita pour regarder ce que j'avais dans mon réfrigérateur et dans mes armoires. Elle me quitta peu de temps après pour aller faire les courses. Je me réveillai en larmes deux heures plus tard alors que France n'était pas encore rentrée. J'avais mal à la tête et n'arrivais pas à chasser de mon esprit, l'image du trou béant que j'avais aperçu dans le ventre du frère de Luc. Je me levai et me dirigeai vers la salle de bain dans l'intention de me faire couler un bon bain chaud. France arriva quelques minutes seulement après mon entrée dans l'eau chaude. Dès que je lui eus fait comprendre où j'étais, je l'entendis commencer à ranger le contenu de ses sacs d'épicerie dans les armoires de ma cuisine et dans le réfrigérateur. Enfin calme et apaisée, j'émergeai de la salle de bain et fus conquise par l'odeur appétissante d'une sauce à spaghetti qui mijotait sur le feu. Lorsque notre repas fut prêt, nous nous installâmes sur ma galerie, profitant de la belle vue sur le fleuve comme j'avais l'habitude de le faire avant mon aventure. France me quitta ensuite pour rendre visite à mes tantes. Je m'installai dans la chaise longue que ma cousine avait pris le temps de déplier. Les nombreuses sœurs de ma mère, qui demeuraient toutes dans les environs, avaient hâte de savoir à quel moment elles pourraient venir me rendre visite. France avait décidé de m'aider à coordonner leurs venues afin qu'elles n'arrivassent pas toutes en même temps, tâche dont elle s'acquitta très bien d'ailleurs.
Daniel arriva immédiatement après le repas du soir et passa la soirée à regarder la télévision avec nous. Pour ma part, très rapidement je m'endormis sur ma chaise et fus réveillée par France quelques minutes plus tard. Elle m'aida à me rendre dans mon lit et me borda comme une enfant. Je la remerciai d'une voix ensommeillée et ne l'entendis même pas lorsqu'elle referma ma porte.
Le dimanche se déroula sensiblement sur le même rythme. Je reçus quelques membres de la famille et me préparai en prévision des journées que je devrais passer toute seule, puisque France retournerait à Matane pour reprendre son travail. Nicole, la plus jeune sœur de ma mère s'était engagée à venir me voir dès son retour du travail vers 16h00 afin de s'assurer que tout allait bien pour moi et que je ne manquais de rien.
Les journées se succédaient les unes aux autres et mes forces augmentaient au même rythme que mes maux de tête diminuaient. Le vendredi arriva et je me sentis presque entièrement rétablie. J'avais repris mes marches sur le bord de la mer et l'air salin m'aidait même à faire le vide dans mon esprit, de moins en moins tourmenté. Le samedi matin France revint avec Daniel vers 9h00 pour constater que j'étais suffisamment remise pour faire mon marché avec elle. Nous revînmes vers 11h00 et discutâmes de tout et de rien, tout en préparant notre dîner. France avait bien fait de me laisser conduire ma voiture en rentrant du marché, car cela me rassura et me prouva que j'étais assez solide pour retourner au travail le lundi suivant comme prévu avec le médecin. Le dimanche, je le passai seule à cuisiner et à lire tranquillement dans la maison. Malheureusement, à cause de la pluie, je ne fus toutefois pas en mesure d'aller marcher sur la plage et me couchai tôt.
Lundi matin, jour décisif pour moi, en arrivant au Musée, je fus accueillie par mon oncle Valère, Charlotte et ma collègue Lucie. Mon oncle m'annonça que j'étais exceptionnellement dispensée de participer aux expéditions de la journée, mais que j'aurais droit à deux rencontres pendant lesquelles Charlotte et moi planifierions la conférence de presse du projet dont j'étais redevenue la propriétaire. Presque tous les employés du Musée – que je les connus ou non – vinrent me saluer et me féliciter pour ce qu'ils appelaient mon «acte de bravoure». J'aurais tant aimé que Luc et son frère fussent avec moi pour recevoir ces louanges… Je me promis tout de même de leur envoyer un courriel le soir même pour leur transmettre les remerciements de mes collègues. La plupart des travaux initiés avant le départ de monsieur Darcy (je fus toute heureuse de constater que par réflexe, je recommençais à le nommer ainsi) étaient déjà terminés.
En milieu de l'après-midi, j'eus également l'immense joie de revoir Steve. Il en profita pour compléter mon éducation en me racontant comment il avait été repêché par les Gardes-côtes quelques minutes seulement après avoir été jeté hors du Zodiac.
-La balle n'a fait que m'effleurer. J'ai donc fait le mort assez longtemps pour qu'ils se décident à me jeter à la mer.
Il était venu me voir à l'hôpital un soir, mais comme j'étais sous l'effet d'un puissant sédatif, il n'avait pas pu me parler. Pour sa part, il avait recommencé à travailler le jeudi de la semaine précédente.
-Élisabeth, il était temps que tu reviennes. Les expéditions ne sont plus les mêmes quand tu n'es pas là.
-Ha, ha. Très drôle
-Eh, n'oublie pas que je dois terminer ta formation. J'ai le feu vert maintenant. J'ai même débuté l'entraînement de Lucie la semaine dernière.
-Super!
Nous échangeâmes encore quelques banalités avant qu'il ne nous eût quittés pour se préparer à sa dernière sortie en mer de la journée. Quant à moi, j'allai directement voir mon patron afin de lui demander la permission de me retirer plus tôt. J'arrivai chez moi vers 16h30 et je me couchai sans plus attendre, tant j'étais épuisée. Je m'éveillai vers 19h00, me fis chauffer un plat préparé la veille et me posai devant mon ordinateur pour réceptionner mes messages. J'avais des courriels de mes deux frères, de plusieurs amis que je fréquentais alors que j'habitais Montréal et de mes parents, bien évidemment.
Comme son message venait tout juste de me parvenir, je saisis la chance de contacter mon frère aîné en utilisant «skype». Serge répondit aussitôt, se déclarant catastrophé par ce qui m'était arrivé et s'excusant de ne pas être venu me rendre visite parce qu'il était débordé de travail.
-Mes supérieurs sont très nerveux présentement. Tu te souviens de cette promotion dont je t'ai parlé? Le poste que je reluque depuis le mois dernier?
-Oui, tu l'as enfin décroché?
-Non, pas encore. Ils analysent les dossiers des candidats cette semaine. Si tout va bien, je serai convoqué à une entrevue au début de la semaine prochaine.
-Tu me préviendras dès que tu le sauras?
-Promis petite sœur. Josie te salue et t'embrasse. Oh, je ne t'ai pas dit? Elle prépare une exposition, comme tu le lui avais suggéré avant ton départ de la ville.
-Génial! Je suis contente qu'elle se soit enfin décidée, ses toiles sont tellement belles.
Après avoir parlé de nos parents, je fermai la fenêtre de communication et retournai répondre à Jake qui voulait savoir comment j'allais depuis que j'étais sortie de l'hôpital. Je le rassurai sur mon sort, rédigeai un bref message pour Luc puis un dernier message à mes parents pour leur raconter comment s'était passé mon retour au travail. Je fermai mon ordinateur en me promettant de prendre le temps de répondre à mes amis le lendemain.
Le reste de la semaine se déroula relativement bien. Le Musée était toujours bondé au point où j'en vins presque à souhaiter que nous ayons un peu moins de monde. Les sorties en mer étaient toujours remplies. Plusieurs passagers osèrent même nous poser des questions sur l'événement dramatique que nous avions vécu à bord du Zodiac. Je compris ainsi que cette histoire avait fait le tour du Québec. Bien que cela n'eût aucun lien avec mon projet, la publicité involontaire que ce drame avait générée se déversa aussi sur la conférence de presse, prévue pour le lancement officiel du projet Fourchette bleue. Mon oncle était débordé d'appels et ne savait plus où donner de la tête.
Le jour J, un jeudi, j'arrivai au Musée plus tôt que j'habitude. Nous attendions des journalistes de tous horizons, de même que des promoteurs du jardin de Métis et de la mine Lyall qui s'étaient engagés à participer au projet et d'en faire la publicité auprès de leur clientèle. Mon oncle prit la parole pour parler des nouveautés du Musée, puis me céda la place pour présenter le projet dans son ensemble. Le chef Alexandre avait préparé des petites bouchées pour faire découvrir certains mets que le projet mettrait en avant.
Un poissonnier du coin intervint également pour expliquer aux journalistes de quelle manière les clients pouvaient influencer la pêche dans son ensemble en choisissant une espèce de crabe plutôt qu'une autre. Nous apprîmes finalement ce qui inquiétait les journalistes, lorsqu'ils furent autorisés à poser leurs questions ils se demandaient si les grandes villes comme Montréal, Ottawa et Québec accepteraient de remettre leurs pratiques en question et s'adapter.
J'expliquai alors que nous venions justement de mettre sur pied un groupe de travail incluant des propriétaires des poissonneries et de restaurants de fruits de mer provenant de ces trois grandes villes.
-Il est déjà prévu que les chefs et les propriétaires des poissonneries visés viennent faire un tour au Musée à nos frais afin de goûter et essayer ces nouvelles recettes. Complétai-je avant de les remercier de s'être déplacés.
La conférence terminée, plusieurs journalistes vinrent me demander une rencontre individuelle afin de mieux saisir les nuances du projet et compléter leur documentation. Je leur suggérai de prendre rendez-vous avec mon oncle pour le lendemain, de profiter de leur présence au Musée pour goûter aux divers mets préparés par Alexandre et de visiter nos nouvelles installations. La grande majorité de nos invités restèrent pour la visite et dégustèrent les bouchées préparées par le chef du restaurant du Quai. Certains réservèrent même une table à son restaurant pour le soir même. Alexandre était tellement content qu'il vint me serrer contre lui et complimenta mon oncle.
Plus tard, j'accompagnai ceux et celles qui voulaient bien me suivre dans le Musée où je continuai à répondre à leurs questions. Je me consolai en me disant que cela m'épargnerait probablement la peine d'avoir les rencontrer tous de nouveau. Les semaines qui suivirent furent éreintantes et diablement folles. Toutefois, les retombées du projet Fourchette bleue dépassèrent toutes nos attentes et nous apportèrent une clientèle imprévue.
Les propriétaires du jardin de Métis et de la mine Lyall profitèrent tout autant de cette hausse de popularité au point où nous convînmes de nous entraider davantage. Désormais, lorsque nous serions tenus de participer aux foires ou aux événements où nous aurions à tenir un kiosque d'information pour le public en général, nous n'enverrions qu'un seul représentant de nos trois organismes et celui-ci aurait comme tâche de faire mousser la publicité des trois institutions en même temps. En nous y rendant ainsi en rotation, cela nous permettrait de réduire les frais au maximum.
Peu à peu, notre association et le projet Fourchette bleue devinrent un modèle pour la région et nous permit de gagner un prix grâce à leur originalité et à l'effort fourni par les gens de la région pour se distinguer et sortir des sentiers battus. Le prix qui me réjouit le plus fut celui que nous octroya l'association de la protection du Fleuve Saint-Laurent parce que nous faisions découvrir de nouvelles espèces comestibles et permettions ainsi à celles qui subissaient la plus grande pression commerciale de se reposer un peu.
Vers la fin du mois de septembre, j'étais épuisée mais totalement comblée, professionnellement parlant. J'avais tellement de travail en plus des sorties en mer, que j'en vins à céder ma place à deux nouvelles recrues. Cela me permit de me consacrer au projet Fourchette bleue à temps plein.
En octobre, je fus invitée à tenir un kiosque lors de deux colloques importants afin de représenter l'association (je parle ici de notre Musée, du Jardin de Métis et de la Mine Lyall). Après la première conférence, j'appris que j'avais été invitée par une importante chaîne de télévision pour parler du projet et de notre association. J'acceptai immédiatement et laissai mon oncle négocier la durée et la teneur de mon séjour à Montréal au moment de l'enregistrement.
Lorsque je quittai Capucins en prévision de cet événement, mon séjour s'était déjà vu prolonger à trois reprises. Avec toutes les entrevues que j'allai devoir donner par la même occasion et pour les besoins du tournage, l'escale durerait deux semaines et risquait même de s'étendre encore s'il advenait que d'autres journalistes demandassent à me rencontrer. J'étais très excitée à l'idée de revenir en ville dans ces circonstances. J'aurais enfin l'occasion de revoir certaines connaissances que j'avais négligées depuis de décès de mon amoureux et surtout l'opportunité de passer du temps avec mon frère aîné et son épouse Josie.
Je savais que Serge se relevait à peine de la déception de ne pas avoir obtenu le poste qu'il avait convoité pendant quelques temps. En effet, au terme de sa troisième entrevue, le job avait finalement été offert à un autre candidat. Ses patrons avait préféré engager un illustre inconnu recruté à Toronto. J'avais bien hâte de pouvoir lui parler et si possible lui remonter le moral. Mon frère et son épouse Josie, d'origine Italienne, possédaient une maison grandiose dans la banlieue de Montréal, à Beaconsfield plus exactement. Tous deux avaient travaillé pendant de nombreuses années pour la compagnie Air Canada avant que Josie n'eût pris sa retraite pour des raisons de santé – elle est allergique à presque tout – et que Serge ne fût transféré pour l'une des plus grandes entreprises indépendantes de services en technologies de l'information et en gestion des processus d'affaires : le groupe CGI.
Durant la première semaine de mon séjour à Montréal, je me consacrai principalement aux journalistes de la presse écrite. Je les rencontrai à tour de rôle et m'amusai à lire les articles qu'ils publiaient au fur et à mesure. Dans l'ensemble, ils arrivaient à rapporter mes propos et nos idées en cohérence avec nos intentions. La même semaine, je pris aussi des rendez-vous avec plusieurs chefs cuisiniers dont Alexandre m'avait fourni les noms et les rencontrai pour leur faire découvrir les recettes développées par notre chef bien de chez nous, devenu par la force de choses un ami précieux. Il faut dire qu'en Gaspésie, Alexandre était rapidement devenu une vedette et que depuis, sa réputation s'était étendue jusque dans la métropole que je redécouvrais moi-même après plusieurs années d'absence. J'allai même faire le tour des poissonneries pour les inciter à acheter d'autres fruits de mer et d'autres espèces de crustacés.
Le vendredi soir, j'étais épuisé, mais puisque j'avais un rendez-vous avec un couple d'amis, je passai une soirée des plus agréables, étonnée moi-même de découvrir que je pouvais enfin parler de mon amour disparu sans avoir envie de pleurer. De retour à ma chambre d'hôtel, j'avais un message de mon frère Serge qui me laissait les coordonnées de la galerie d'art où son épouse réalisait actuellement son premier vernissage. Celle-ci peignait des toiles vraiment très intéressantes et venait tout juste de terminer une série de tableaux qu'elle souhaitait mettre en vente. Je le rappelai et discutai avec lui pendant presque une heure avant de me laisser convaincre de faire un saut à la galerie, en début d'après-midi.
Dans la matinée de samedi, j'allai effectuer quelques longueurs dans la piscine de l'hôtel et pris mon temps pour manger et me préparer. Je sautai dans un taxi vers 13h30 et arrivai à la galerie un peu à l'avance. J'en profitai donc pour arpenter la rue Saint-Laurent pour redécouvrir ses odeurs et ses saveurs si particulières. Vers 14h00, je revins sur mes pas et entrai dans la galerie, déjà pleine de gens. Apercevant Josie, mon italienne de belle-sœur, je m'approchai lentement d'elle, très amusée de réentendre cette belle langue utilisée par plusieurs membres de sa famille qui discutaient dans un coin. Ils me firent signe en me reconnaissant et me pressèrent vigoureusement contre eux avec toute la chaleur dont ils étaient capables. Sylvio, un cousin de Josie avec lequel je m'étais toujours bien entendue, m'entraîna un peu à l'écart et me fit visiter l'exposition tout en prenant de mes nouvelles.
-T'aurais pas dû disparaître comme ça, cara.
-Sylvio, comme ton accent m'a manqué.
-Mais, Lizzie, tu sais bien que je n'ai pas d'accent.
Mon frère m'apercevant enfin, vint vers moi et me prit dans ses bras. Il me montra d'un signe où se trouvaient ses collègues de travail et me quitta pour aller terminer sa discussion avec eux.
-Ils ont pris la peine de venir… Je reviendrai te voir dès que j'aurai passé assez de temps avec eux. Me promit-il
-Ne t'inquiète pas Serge. Je suis en bonne main. Le rassurai-je en montrant Sylvio qui me suivait comme un petit chien.
-Elle dit vrai Sergio. Sylvio est là. Ajouta-t-il en se frappant le torse comme un gorille.
Tout en blaguant et flirtant ouvertement avec moi, Sylvio me fit parcourir la salle à nouveau, me permettant ainsi de voir chacune des œuvres de ma belle-sœur. Je fus particulièrement touchée par la dernière de ses toiles. Elle avait réalisé un paysage marin qui représentait exactement ce que je ressentais lorsque je venais me promener sur le bord de la mer. Je demandai à Sylvio de me guider vers la feuille sur laquelle les visiteurs pouvaient inscrire leurs offres d'achat. Je fus surprise de constater que nous étions au moins deux à éprouver le même intérêt pour le tableau en question. J'inscrivis mon nom et lus celui de mon concurrent dans l'intention de partir à sa recherche afin de tenter de le convaincre de me le laisser.
-S. Beaurivage? Lus-je à voix haute, questionnant Sylvio par la même occasion.
Comme celui-ci haussait les épaules en guise de réponse, je repérai ma belle-sœur dans la salle et me dirigeai vers elle dans l'espoir d'en apprendre davantage sur cet homme. Celle-ci était très contente de me voir et quitta le petit groupe avec lequel elle discutait pour venir me serrer dans ses bras.
-Merci d'être venue Élisabeth. Et surtout de me servir de prétexte pour me libérer de ces journalistes un peu accaparants.
-Oups, mais ça ne va pas te nuire de les quitter comme ça?
-Non. J'avais fini de toute façon. De plus, j'ai plein d'autres gens à rencontrer. Où est Serge?
-Il est coincé avec des collègues de bureau d'après ce que j'ai compris.
-Encore?
-Ouais. Josie, je voulais que tu saches que ta dernière toile, je l'aime beaucoup.
-Je m'en doutais. Je l'ai peinte à partir d'une photo que j'ai prise devant chez toi… devant ta nouvelle maison…
-Oh, j'aurais dû m'en douter.
-Je te la réserve volontiers. Va inscrire ton nom sur la feuille.
-C'est que je ne suis pas la seule à la vouloir.
-Ah oui? Qui d'autre?
-Un certain S. Beaurivage…
-Oh non!
-Qu'est-ce qui se passe?
-C'est le supérieur immédiat de Serge. Le nouveau. Je ne le connais pas assez pour tenter de le dissuader. Peut être que Serge y arrivera… Tu le vois?
-Qui?
-Serge.
-Oui. Il discute toujours avec ses collègues.
-Je vais aller le trouver pour le lui demander.
-Non Josie. Retourne à tes invités. Je vais m'occuper moi-même de mon frère. Sans compter qu'il sera sans doute très content que je lui permette de s'éloigner de ces pots de colle.
-Oh, oui. Ça c'est certain.
Sitôt que je l'eus quittée, Josie fut aussitôt assaillie par plusieurs invités qui voulaient la complimenter à propos de ses œuvres. Pour ma part, je m'approchai lentement de mon frère et décidai de m'imposer dans son groupe, avec l'espoir de découvrir lequel voulait me prendre la toile que je considérais déjà comme mienne.
-Serge, tu ne me présentes pas à tes collègues de travail?
Pendant que mon frère se tournait vers moi et me serrait contre lui pour me faire entrer dans le petit cercle que ces collègues masculins formaient avec lui, j'accrochai un sourire engageant sur mon visage et commençai à les examiner de gauche à droite. Les deux premiers collègues qu'il me présenta portaient des noms qui ne m'étaient pas inconnus. Je me souvins que Serge m'avait déjà parlé de ces deux hommes et je savais qu'il les aimait bien. Le second avait beaucoup de charme et me tint la main un peu plus longtemps que nécessaire. Je me tournai vers la droite afin que mon frère puisse maintenant me présenter à ses deux derniers collègues et restai figée par la surprise.
-Élisabeth, voici d'abord mon nouveau patron immédiat, monsieur Simon Beaurivage.
Je tendis la main mécaniquement incapable de réfléchir puisque je me trouvais devant un homme que je connaissais très bien, mais sous le nom de William Darcy.
...À suivre...
Qui a une idée pour la suite? Laurence? Juliette? Yo? À vous la parole!
