Chapitre 1 : Elle
J'ai pressé le pas.
Les piaillements de monsieur Lebaquet ont résonné dans le couloir, Il voulait du calme pour faire l'appel.
J'ai enfin atteint la porte et y ai frappé.
Par dessus le vacarme de la classe, le professeur a hurlé un « Entreeeeeeeez ! » à peine audible.
J'ai donc poussé le battant et suis restée un moment sans bouger. J'assistais à une véritable bataille.
Entre les lancés de stylos et ceux de boulettes de papier, le petit homme chauve qui avait le devoir de nous enseigner les mathématiques se serait arraché les cheveux, s'il en avait eu.
J'ai posé le mot excusant mon retard sur le bureau du professeur et suis allé m'asseoir en toute hâte, mal à l'aise.
Un ou deux « Eh ! Laboule est là ! » me sont parvenus alors que je sortais ma trousse.
« Laboule », c'est mon surnom.
En effet, je suis obèse, et mes idiots de camarades de classe si peu imaginatifs n'ont rien trouvé de mieux pour me pourrir mon année de seconde. Mais j'ai l'habitude. Depuis mes six ans, j'ai ce surnom, partout, où que j'aille. « Laboule ». pourquoi cela aurait-il changé, à mon arrivée au lycée ?
Quelle bande de cons !
Alors que le conseiller principal d'éducation passait la porte, agitant toujours plus mes camarades, j'ai ouvert mon cahier. Il a tenté (le CPE, pas le cahier !) de parcourir les rangs en distribuant les petits coupons bleus habituels, significatifs d'heures de colle.
Comment m'étais-je retrouvée là, déjà ? Au milieu de cette cohue qui élèverait des classes entières de maternelles au stade de savants, entourée de cette bande d'ingrats ?
J'avais eu mon diplôme du brevet avec la mention Bien, et j'étais entrée dans un lycée près de chez moi. Un lycée banal, avec son groupe de privilégiés et ses rejetés de la sociétés. Pas un lycée à la 'Hight School Musical', non, rien du genre. Un simple lycée de banlieue, le seul accessible en bus depuis mon domicile.
Quand la cloche a retentis, annonçant la fin de la journée, je me suis empressée de ranger mes affaires et d'enfiler ma veste.
J'ai enfin franchi la porte du lycée et j'ai attendu que la voiture engagée dans la rue passe avant de traverser. Il pleuvait et j'ai rabattu ma capuche sur mon visage de façon à couvrir aussi mes lunettes.
Le jeune homme sur le trottoir d'en face m'observait. Il était grand, élancé, avait de magnifiques boucles brunes qui surmontaient de beaux yeux bleu clair. Matthieu, je crois. Un des membres de ''l'élite'' du bahut. Un de mes tortionnaires.
Il a esquissé un sourire et, sous son parapluie, ses dents d'un blanc parfait ont reluit.
J'ai accéléré le pas et suis parti en direction de mon arrêt de bus quand un bras s'est accroché au mien. En un bond, j'ai sursauté et je me suis retournée.
- Chloé !
Mes deux amis, Chloé et Philippe se trouvaient là. Tout deux rejetés par les autres, comme moi. Chloé à cause de son excentricité excessive et Philippe à cause de son homosexualité affichée.
Et pour ces deux raisons, j'avais une grande admiration et un immense respect pour eux.
Phil s'est emparé de mon autre bras.
- Alors beauté, quelque chose de prévu ce soir ? M'a-t-il demandé d'un ton enjoué
- Mais bien sûr, mon chéri, on passe la soirée ensemble, je te rappelle ! Ai-je plaisanté.
Bien sûr que non, idiot, demain on est vendredi, je vais rentrer chez moi, faire mes devoirs, prendre une douche bien chaude, dîner avec ma famille ( faut-il avoir une définition du terme ''Famille'' très large ) et aller me coucher.
Nous avons ri puis, après m'avoir salué, mes deux seuls amis sont partis, bras dessus bras dessous, en direction de leur chez-eux. Je les ai regardé partir en pensant que j'avais de la chance de les avoir.
J'ai ouvert mon sac, en ai extirpé mon Ipod d'un orage vif et ai commencé à démêler les fils de mes écouteurs. Concentrée sur mon travail, je n'ai pas vu le jeune homme blond qui arrivait droit sur moi.
Il m'a percutée de plein fouet. Mon Ipod, mes écouteurs et une grande partie du contenu de mon sac se sont retrouvés exposés à la pluie battante, sur le trottoir.
- Désolé, je ne t'avais pas vue.
Je me suis penchée pour ramasser mes affaires. Il avait la'ir de chercher quelque chose, ou quelqu'un.
« Désolé, je ne t'avais pas vue »
Le coup classique. Remarquez toute fois l'absence de faute de grammaire, rare chez ceux de mon espèce (à mon grand désespoir) : les Adolescents.
« Désolé, je ne t'avais pas vue »
j'entends ça souvent. Trop, peut être. Sûrement trop.
J'ai fini, à force de me l'entendre répéter, par élaborer une théorie.
Oui, je dois être une vitre.
Un carreau, une plaque de verre si vous préférez.
On sait que je suis là, mais on ne me voit pas vraiment. Parfois, même, si on ne fait pas attention, on me rentre dedans. Puis on repart, s'excusant à peine, regardant ailleurs. Mais c'est vrai, au fond, pourquoi s'excuser auprès d'une vitre ? Ce serait ridicule. Oh, pour sûr, je ne parle pas des jolis vitraux colorés qu'on trouve dans les églises, mais de ces vitres moches qu'on trouve un peu partout.
Bref, je dois être transparente.
Le bus est arrivé et tous ces imbéciles se sont rués dessus. J'ai attendu patiemment qu'ils soient tous montés pour me mettre à l'abri dans l'habitacle du transport. Le chauffeur m'a souri et a fermé la porte dans mon dos. Je suis allé me trouvé une place seule, à l'avant, c'est plus calme et surtout, moins peuplé.
J'ai finalement pu boucher mes oreilles avec mes écouteurs et ce sont les Beattles qui sont venu taire les voix de mes camarades.
Mais ce moment d'accalmie n'a que peu duré, puisque le bus s'est arrêté à la gare au dessus de chez moi et que j'ai du en descendre.
J'ai parcourue la rue et suis arrivée dans le petit lotissement où je réside, passant devant la grande maison jaune, une maison vide depuis des années.
Je suis entrée et ai jeté mon sac dans ma chambre et suis allé me poser sur un fauteuil dans le salon. Mon père cuisinait. Une odeur de vanille flottait dans la pièce.
- Bonne journée ?
- Absolument pas, et toi ?
- Pas mieux que la tienne ! Être papa-poule, ça me réussit pas, j'ai besoins d'une autre activité.
J'ai ri. Mon frère a franchi la porte en sifflotant.
- JH, laisses-nous être de mauvaise humeur, s'il te plais ! A réclamé mon père.
JH, c'est mon grand frère. Dix-neuf ans, des cheveux noirs et des yeux noisette pouvant tirer sur l'or, grand et musclé, il était beau. Il ne s'appelait pas vraiment JH, son nom c'était John-Harris, mais depuis qu'il savait écrire, au lieux d'écrire son prénom entier, il écrivait JH, au grand dam de ses instituteurs.
Carrie lui a sauté dessus et il l'a prise dans ses bras. Carrie, c'est ma cousine, enfin, la fille de la sœur de mon père, ou encore la nièce de mon paternel. Ma tante est décédée il y a trois ans et c'est mon père le tuteur légal de Carrie, qui a cinq ans.
- Pourquoi voulez-vous être de mauvaise humeur, je vous prie ?
- Mauvaise journée, ai-je expliqué.
- Méfies-toi, Lalie, ça deviens de plus en plus fréquent ! M'a-t-il mise en garde en s'avançant dans le salon.
Oh, j'oubliais. Je m'appelle Lauralie Jourdan. Bon, au point où j'en suis, je peux faire une biographie, non ?
J'ai quinze ans, et j'en aurais seize le vingt-huit décembre prochain (étant actuellement le quatre mars, j'ai encore de la marge avant mon prochain anniversaire.)
Mon père, Régis Jourdan, était architecte avant de faire une dépression importante, l'empêchant d'aller travailler durant une année, et depuis, il est homme au foyer, s'occupe de Carrie en permanence et veille à notre bonheur à tous les trois.
Et ma mère, me demanderez-vous. Ma mère s'est.. évaporée alors que j'avais neuf ans. Elle a disparu et on n'a jamais eu aucune nouvelle d'elle. Ah, et JH n'est pas le fils de ma mère. La sienne vit aux États Unis depuis une dizaine d'année, où elle a deux autres enfants et un mari qui ne parlent pas français. JH va la voir une semaine tous les étés.
Voilà un résumé de ma situation familiale.
J'ai attrapé mon sac, j'avais dix minutes d'avance sur mes habitudes ce matin.
- Attends, Lauralie ! M'a hélé mon grand frère au moment où j'ouvrais la porte pour aller prendre le bus.
- Oui JH ?
Il s'est approché, souriant.
- je viens avec toi ce matin, j'ai besoins d'aller en ville.
Il est sorti, je l'ai suivi en souriant et nous avons monté la rue qui mène à la gare en discutant. En passant devant la maison jaune, je me suis arrêtée pour la contempler. De jolies boiseries peintes en blanc ornaient les contours des fenêtres aux volets clos. J'avais une drôle de sensation. JH m'a tiré par le bras.
- Viens, on va rater le bus.
J'ai donc cessé toute contemplation pour écouter mon aîné me raconter comment il avait convaincu une vieille femme de se séparer de vieux meubles.
Mon frère suit des cours de niveau universitaire par correspondance une partie de son temps. Le reste, il le passe à faire du bénévolat au EMMAÜS près de chez nous ou à son travail à temps partiel au café du village.
En arrivant devant la petite gare, un groupe de filles de mon âge a rigolé et j'ai froncé les sourcils quand l'une d'elles s'est approchée de nous avec un air mielleux.
- Salut John-Harris, ça vas ? On t'avais pas vu depuis un moment trainer par ici..
JH s'est lentement tourné vers elle, qui papillonnait du regard, ses yeux couverts d'une couche épaisse de fard à paupière violet. J'ai vu mon frère réprimer un fou rire et n'ai pas pu m'empêcher de pouffer. Elle m'a regardé d'un air mauvais, m'en voulant probablement de faire tomber à l'eau son plan drague du jour.
- Toi, Laboule, on t'a pas sonné.
Son ton était agressif.
JH a posé sa main sur mon épaule.
- Non mais tu te prends pour qui, toi ? A-t-il demandé, rageur. Une poupée Barbie ? Oh non, probablement un pot de peinture. C'est vrai, avec ta couleur et ton maquillage étalé au rouleau, tu ne dois même plus te souvenir de ce à quoi tu ressemblait la semaine dernière.
Il m'a entraînée vers l'abri de bus, la laissant au milieu du parking, complètement décontenancée, et probablement vexée aussi.
- Merci JH, mais elle n'en valait pas la peine, tu sais. De toute façon, ça va recommencer une fois au lycée...
Il m'a serré contre lui pour toute réponse et nous sommes montés dans le bus qui venait d'arriver.
Fin du premier chapitre.
j'espère que mon premier chapitre t'aura plu, je poste très bientôt le deuxième.
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Bisous
