Chapitre 2 : Lui
Les élèves descendaient un par un du bus, et depuis le banc où j'étais assis, je pouvais les sonder chacun leur tour. Une jeune fille blonde m'a fait un immense sourire en m'apercevant et a failli se prendre les pieds dans le trottoir et tomber. Encore une Normale...
J'ai pourtant souri à mon tour.
Le Don réapparaissait.
Un jeune homme est sorti du bus, suivi par une fille brune, très souriante, plutôt petite et un peu ronde. C'était elle. Elle dégageait quelque chose de spécial, d'authentique presque. C'était une Douée. C'était ma protégée.
Je les ai suivis du regard en les détaillants à ma guise.
Lui était grand, large d'épaule, les yeux dorés, les cheveux noirs, épais et légèrement bouclés. Il devait avoir la vingtaine.
Elle lui ressemblait beaucoup. Même nez bien droit, mêmes yeux rieurs, en amande, et même fossette, sur la joue droite.
Elle avait des cheveux bruns, tirant sur le châtain, coupés au carré, au niveau des épaules, elle avait aussi de beaux yeux noisette. Son joli sourire dévoilait des dents parfaitement droites et alignées, d'un blanc crème naturel. Elle portait un Jean's qui traînait par terre malgré un ourlet et un Anorak gris trop large aux épaules, passe partout. Avec son petit mètre soixante, elle devait être invisible au cœur d'une foule. Elle était tellement... simple, banale !
Mais cette banalité apparente cachait un Don.
Arrivés à un passage piéton, ils se sont séparés, il a traversé et elle a continué seule.
Je me suis levé. C'était le moment rêvé pour un premier contacte. J'ai déplié les doigts de ma main gauche et me suis concentré pour y laisser apparaître un stylo-bille mais deux garçons – deux colosses – m'ont bousculé et se sont précipités sur mon inconnue.
Ils ont hurlé « Eh roule la Boule ! » et l'ont violemment poussée dans une flaque boueuse au bord du trottoir avant de se sauver en courant.
Par Rose Poquelin, si j'avais su dans quelle ville je me trouvais, je les aurais suivis et il en aurait vu de toutes les couleurs ces deux-là.
Excusez mon expression typique chez les Guides. Rose Poquelin était la Douée la plus puissante du siècle dernier, mais elle s'est... évaporée il y a un peu moins de 10 ans. Elle avait déjà coupé les ponts avec les Guides une dizaine d'années avant de disparaître complètement. Je n'avais pas eu la chance de la rencontrer, mais Dannic a travaillé avec elle quand elle a découvert son Don. Depuis, son nom est passé dans le langage courant, comme on pourrait dire « Nom de Dieu ! » ou « Putain c'est pas vrai » chez les Normaux.
J'ai hâté le pas pour m'approcher de ma protégée.
- Rien de cassé ? lui demandais-je en lui tendant la main pour l'aider à se relever.
Son sourire radieux avait déserté son visage, qui avait sensiblement pâli, et je me suis aperçu qu'elle avait des taches de rousseur sur le nez.
Elle a secoué la tête pour me signifier que tout allait bien et a saisi la main bienvenue.
- Moi c'est Charlie. Et toi tu es... ?
Elle a levé les yeux vers moi. En un instant ses prunelles pleines de gratitudes e sont emplies de dédain.
- En retard, merci, au revoir.
Une revêche en plus. Génial.
Elle a remonté ses lunettes sur son nez et m'a tourné le dos pour s'en aller en c'est en fixant l'arrière de son crâne, que sous la boue j'ai aperçu un liquide visqueux, rouge.
- Attends ! Ai-je hurlé en lui courant après. Ta tête... tu... tu saignes !
Sur le coup elle m'a fait penser au lapin blanc aux yeux roses dans Alice au Pays des Merveilles. Et de sa phobie du retard.
Elle s'est arrêtée d'un coup et je l'ai percutée de plein fouet.
- Raah, tu pourrais pas faire attention, t'es un vrai Boulet !
Je me suis senti nul à ce moment-là.
- Tu... tu voudrais pas aller à l'hosto ?
Elle avait les larmes au bord des yeux, elle m'a fait de la peine. Un « Driiiiiing » étouffé a raisonné dans la rue où nous nous trouvions. Probablement depuis un établissement scolaire.
- Merde, a soufflé lapinou avant de se sauver en courant.
- Eh... Eh toi ! Et ta tête alors ?
Elle s'est tournée vers moi, toujours en courant.
- Juré, le bon samaritain, si je vais pas bien je vais à l'infirmerie ! A-t-elle lancé dans une sorte de cri entrecoupé de sanglots.
Et elle a passé un grand portail d'un vert moche sur lequel un panneau m'indiquait que c'était un lycée. « Les infos du Lycée Charles Baudelaire ». Trop mignon.
Le plastique lisse me renvoyait mon image.
Un jeune homme, un ados, même. Blond. Des cheveux ondulés qui cachait des yeux verts.
J'avais perdu l'habitude de me regarder dans le miroir, faute de trouver une utilité à cette occupation. Mais mon reflet m'a choqué. Ça fait bizarre de se dire qu'on a une tête de gosse, quand on a près de...
Je me suis aperçu qu'une femme d'une trentaine d'année me regardait avec dédain.
- Tu rentres ou je ferme, gamin ?
J'avais envie de rire.
- J'suis pas au lycée, tu sais ?, lui ai-je répondu.
- Non mais t'es gonflé toi ! Tu m'tutoie pas ! Attends un peu que j'aille chercher le principal et on va voir si t'est pas au lycée... et pis si t'es pas au lycée, tu dégage, t'as rien à faire là, OK ?
- Bien madame, ai-je répondu sur un ton que je voulais sarcastique et provoquant.
Elle ne portait pas d'alliance, et si vous voulez mon avis, elle est loin d'en avoir une, si elle est aimable comme ça avec tout le monde...
J'ai fait demi-tour, laissant derrière moi ma protégée et l'adorable surveillante.
Je me suis glissé près des entrés de garage d'un petit immeuble pour pouvoir m'évaporer à l'abris des regards.
- Oh, tiens, Charles. Comment vas-tu ? tu t'es levé aux aurores ce matin, non ?
Dannic. J'ai faillit lui atterrir dessus. Comme quoi, c'est périlleux de s'évaporer.
- Bonjour Dannic, ça va, et toi ?
- Bien. Tu es préoccupé.
J'ai mordu l'intérieur de ma joue. Je la sentais en danger. Blessée. Souffrante. Une douleur aux tempes. Et au moral.
- C'est que... ce lien. C'est insupportable. En deux jour, cette fille que j'ai vu qu'une fois, ben... elle m'obsède.
- C'est normal au début, avec un Lien. Et puis, c'est ta première expérience. Tu verras, on s'y fait assez vite, même si c'est déroutant. Si elle a pu créer le Lien, c'est q'elle a sûrement déjà pris conscience de son Don.
- Peut-être, mais elle a pas l'air commode.
- Tu t'y feras, c'est un peu dur au début de se dire qu'on accède aux pensées et au subconscient de quelqu'un, mais comme généralement il y a une grande complicité entre le guide et le Doué qui sont liés, l'impression de s'incruster dans la vie et dans l'esprit de quelqu'un passe vite.
- Mais c'est pas ça, Dannic, c'est que… j'ai pas pu l'approcher ! Elle est tellement sur la défensive, on dirait qu'elle s'est construit des murailles. Je sais ce qu'est la communication par subconscients interposés, ou la télépathie, qui fonctionnent au premier contacte entre le guide et le Don qui sont liés mais là, elle m'a attrapé la main et…
- Et… ?
- Et rien ! rien du tout, même pas la moindre petite pensée, le moindre petit rêve ! je connais même pas son nom.
Il a paru perplexe, une ride profonde lui barrait le front.
- Mais tu la sens, c'est ça ?
- Oui, c'est exactement ça. Je sens très bien qu'elle a mal au crâne et je peux la localiser à quelques dizaines de mètres près mais rien d'autre.
Je me suis laissé tomber sur un banc qui était le long du mur, dans le grand couloir où nous nous trouvions.
- C'est étrange, a dit mon mentor après un silence. Je n'ai été Lié que deux fois, comme tu le sais, mais comme la première était consciente de son Don et qu'elle attendait son Guide, je n'ai eu aucun problème. Le second par contre, j'ai dû l'approcher en douceur.
J'ai hoché la tête avant de répondre :
Dannic, j'ai lu tous les livres sur le Lien qui existent. J'ai toujours attendu d'être lié. Depuis des siècles. Avant même que j'aie la Maturité. Et là, ben… Je changerais bien ma place, tu vois.
À ce moment, Camille, une des Guide de premier niveau, nous a interrompus.
- Bonjour, Dannic, tiens, j'ai les documents sur… Oh, Charlie, salut.
Elle a remis une de ses mèches derrière son oreille et a rougi en baissant les yeux. Elle avait les cheveux clairs, la peau légèrement bronzée, les yeux gris.
- Je vous laisse, je vais essayer de trouver d'autres trucs sur ses anomalies. Merci Dannic.
- C'est rien mon grand. Tu me préviens, quand tu as du nouveau ?
- C'est noté ! Camille.
J'ai hoché la tête pour tout au revoir et me suis évaporé dans ma chambre. Car oui, les guides aussi dorment.
Je me suis retrouvé directement allongé sur mon lit, les bras croisés sous la tête. Elle avait froid. Les pieds mouillés. Je le sentais. Je le savais.
Il faut que j'attende la fin des cours des Normaux pour aller la voir. Il le faut. Il faut que je sache qui elle est.
En me concentrant, je pouvais entendre de la musique. Sûrement elle. Natural Blues, de Moby. Au moins elle a bon goût.
J'ai jeté un petit coup d'œil à mes réveils. Celui de l'heure française indiquait midi moins le quart. Je n'avais pas vu le temps passer.
Et pourtant il m'en restait à tuer. Mais je crois qu'au fil des siècles, on a une notion du temps différente.
Enfin bref, j'ai du m'endormir car quand j'ai à nouveau regardé le réveil « Paris » il était dix-sept heure quarante.
Par Rose Poquelin, mais c'est pas vrai ! Je suis pas foutu d'être à l'heure !
J'ai sauté de mon lit, ai secoué la tête pour vérifier que mes cheveux n'étaient pas trop emmêlés – car il faut dire que quand il y a trop de nœuds, j'ai l'air d'une serpillière, même si d'après Dannic j'ai toujours l'air d'une serpillière - et ai changé de tee-shirt avant de m'évaporer au Bureau pour prévenir que je partais , et qu'il faudrait dire à Dannic de surtout ne pas essayer de me parler, car Dannic a ce pouvoir sur moi. La discution instantanée, mais il est le seul à pouvoir la mettre en place, je n'ai pas assez de sagesse. En même temps, fallait pas faire de moi un Guide à dix-sept ans…
Nouvelle Evaporation, direction ma protégée.
Fin du chapitre 2
Désolée de mon retard de 3 longs mois, vraiment désolée. Je vais faire de mon mieux pour poster le plus vite possible.
Gros bisous
No
