Chapitre 3 : Harcèlement
La sonnerie retentit, stridente, et c'est dans un brouhaha infernal que le professeur Slughorn rappela le devoir à rendre pour la semaine suivante. Lily passa une main dans ses longs cheveux roux, un sourire étincelant ornant son visage : comme toujours, elle avait fait merveille lors de ce cours de potion et l'enseignant n'avait pas manqué de lui en faire éloge devant toute la classe, ce qui l'avait un peu gênée.
Elle rangea ses affaires dans son sac avec rapidité et suivit certaines de ses amies pour se rendre en cours d'histoire de la magie, laissant June tenter de convaincre Horace Slughorn de lui remonter un peu sa moyenne en potion, prenant en compte sa bonne volonté et sa participation régulière. Ayant à peine passé le pas de la porte de la salle, elle fut surprise de sentir une main sur son épaule et sa meilleure amie lui chuchota à l'oreille :
- Potter en vue !
Lily se retourna vivement alors que June haussa les épaules de lassitude. En effet, James arrivait derrière la brune, les mains dans les poches, suivit fidèlement par ses trois fidèles amis. La rousse émit un rictus de dégoût lança un sourire désolé à son amie et s'enfuit en se cachant derrière les autres personnes de sa classe. La brune eut un petit sourire et soupira en sentant derrière elle le regard réprobateur des Maraudeurs.
- Swan, marmonna James dans un soupir las, ça t'amuse tant de me voir me ridiculiser devant Lily ?
- Je n'aime pas ça : j'adore ! répliqua-t-elle dans un rictus amusé.
Le brun à lunettes soupira une seconde fois avant de bredouiller quelque chose dans sa barbe, passant une main lasse dans ses cheveux corbeaux, une expression déçue peinte sur le visage. Derrière lui, Remus chuchota quelque chose à l'oreille de Peter et Sirius fixait le sol, vexé, ayant essuyé pour la énième fois un refus de la part de la fille manquée. Cette dernière ne put s'empêcher de fixer James, un petit air triste sur trônant sur le visage. Dire qu'elle détestait les Maraudeurs serait mentir : elle ne haïssait que Sirius pour les moqueries qu'il lui avait lancées gratuitement tout au long de sa scolarité.
Ce qu'elle méprisait et bannissait chez eux c'était leur attitude sadique à l'égard des autres élèves, qui consistait à ridiculiser de la pire manière possible les élèves qu'ils haïssaient. Ce à quoi, avec l'aide de sa meilleure amie, elle s'efforçait de remédier en se dressant devant eux. Seulement à ce moment-là, ils étaient véritablement en conflit. Mais en dehors de ça, June s'était surprise à apprécier les Maraudeurs, en particulier Remus pour sa maturité et l'espèce de sérénité qu'il dégageait. Et elle appréciait James, ayant été assise à ses côtés pendant quelques cours pour sa vivacité d'esprit et son sens de l'humour qui, lorsqu'il ne servait pas à brimer les autres, était plutôt drôle. Et elle en était certaine, Lily ressentait la même chose. Toutefois, elle avait du mal à s'en persuader.
C'est dans un froncement de sourcil désolé qu'elle posa maladroitement une main sur l'épaule de James qui le remercia d'un pauvre sourire :
- Ne te prends pas la tête pour ça… Laisse-lui du temps. Et surtout, cesse d'être si présent, elle ne le supporte pas.
Le souci, c'était que du temps, il n'en avait pas.
- Je croyais que tu empêchais certains garçons de l'approcher, je suis surpris de voir que…
June avait pris son sac par la lanière et l'avait placé dans son dos, l'autre main rangée dans sa poche. La jeune fille se sourit à elle-même, pensant secrètement qu'elle passait aux yeux des autres pour une mère poule qui protégeait avec tout l'amour possible sa « fille » Lily. Mais c'était vrai, elle aimait Lily. Comme elle aime son exécrable petit frère, malgré elle, comme elle aime une amie chère, une sœur jumelle, une confidente et une camarade de jeu. Et avec les gens qu'elle aimait, elle avait tendance à être trop protectrice.
Elle se retourna vers les garçons, Sirius attendant particulièrement sa réponse ce qui le surprit lui-même.
- Disons que toi… je ne te déteste pas.
Elle avait marmonné cette phrase de mauvaise foi, mais ses lèvres n'avaient pu se retenir de former un sourire sincère, voire tendre. Elle savait parfaitement qu'au-delà des apparences que se donnait le garçon, il ressentait beaucoup plus qu'une simple attirance physique pour son amie.
Ceci rassura James, qui la remercia en silence, attendrit Remus et Peter qui s'étaient un peu inquiété de la tournure que prenaient les événements et énerva Sirius pour une raison qui l'échappait complètement.
Lily ralentit le pas, certaine maintenant que les Maraudeurs étaient suffisamment loin d'elle pour qu'elle puisse enfin souffler. Lorsqu'elle s'installa dans la salle d'Histoire de la Magie, un des cours qu'elle suivait d'une oreille distraite, elle ne masqua pas sa surprise en voyant June arriver presque en même temps que la bande des quatre garçons. A leur vue, elle se raidit et cacha son visage dans ses livres. Le problème, ce n'était pas les Maraudeurs, ce n'était pas June. Le problème, c'était James. Voilà trois semaines qu'ils étaient rentrés en cours, et au bout de ces trois semaines, il ne l'avait pas lâché.
Elle lui avait pourtant demandé avec toute la fermeté dont elle pouvait faire preuve de ne pas l'approcher à l'école. Et pourtant, comme il ne respectait pas le règlement de Poudlard, il avait pris un malin plaisir à faire des entorses à ses réglementations : lors de ses rondes, il restait toujours près d'elle, tentant des approches maladroites et qui l'exaspérait au plus haut point. Pendant les cours ou dans les couloirs, il lui parlait, s'approchait beaucoup trop près d'elle et laissait sous-entendre mille et une choses –ce qui amusait beaucoup June-.
Et le pire, c'était qu'il écartait tous ses prétendants. Il se trouvait que cette année, la jeune fille s'était surprise à apprendre qu'elle était populaire auprès de la gent masculine, et bon nombre garçons tentaient des approches, certains lui demandant immédiatement de sortir avec eux, d'autres étant plus subtils et romantiques –tout à fait son genre- et se contentant simplement de la raccompagner au dortoir en discutant ou de lui porter son sac. Mais lorsque James l'apprenait, il ne manquait pas de faire fuir ses prétendants en les prenant pour cibles des nouvelles farces des Maraudeurs. Si bien que sa popularité avait chuté et que si elle était toujours aussi appréciée pour sa beauté et sa bonne humeur naturelle, les garçons y réfléchissaient à deux fois avant de tenter une nouvelle approche.
Un oiseau en papier voleta jusqu'à sa table avec toute la grâce possible pour un bout de papier et vint s'écraser devant le nez de la rousse. Sa meilleure amie, presque endormie à ses côtés, jeta un œil à l'oiseau et sourit largement en devinant sans peine l'identité de l'envoyeur, puis retourna à sa somnolence quelques instants plus tard. Lily se retint de laisser échapper un soupir et se retourna vers le fond de la classe d'où James la fixait de ses yeux chocolat, un sourire entendu sur les lèvres. Elle déplia avec lassitude et fatigue le morceau de papier et fronça les sourcils à l'évocation du message. Griffonné d'une écriture penchée et fine, était inscrit en lettres d'imprimeries :
« Will you dare? Will you fall? »
Quelques instants, elle resta perplexe face à ce message peu révélateur. Oseras-tu ? Tomberas-tu ? Lily ne comprenait pas le sens de ses questions énigmatiques, et se tourna une nouvelle fois vers James qui ne cessait de la contempler avec ce sourire mystérieux. Ce à quoi elle ne pouvait empêcher un rougissement, se sentant étrangement fondre face à ce regard. Elle essaya encore de résoudre cette énigme mais renonça rapidement et brûla le papier discrètement. Voilà une autre forme d'harcèlement qu'il mettait en classe : James jouait d'elle, lui envoyait des mots mystérieux qui n'avaient aucun autre sens que de la pousser à bout. Elle ne comprenait pas où il voulait en venir. Il se faisait de plus en plus insistant dans ses approches, beaucoup plus pesant. Et ça la surprenait beaucoup. Par le passé, il n'avait jamais été très subtil mais peut-être pas autant. Que se passait-il ?
Le déjeuner sonna, accueillit par le ventre de la rousse qui gargouilla. Elle plaqua sa main contre son ventre mais June ne put étouffer un rire moqueur. Alors qu'elle rangeait ses affaires pour rejoindre son amie qui était allez leur réservé des places à la Grande Salle, elle sentit un murmure au creux de son oreille, si imperceptible qu'elle en sursauta :
- Will you dare? Will you fall?
Elle n'eut pas à se retourner pour connaître l'identité du garçon. Lily se fit même violence pour se retourner et pour observer d'un air réprobateur le sourire arrogant de James. Elle se contenta simplement d'empoigner son sac et de quitter la salle pour retrouver son amie, suivit d'autres filles de sa classe qui discutèrent avec elle sur le chemin de la Grande Salle. Will you dare, will you fall ? Le garçon avait espéré par ses mots provoquer la jeune fille et ainsi, qu'elle le regarde un peu. Car elle l'évitait grossièrement depuis la rentrée. Et ça lui faisait mal. Will you dare, will you fall ? Par ces mots, il entendait « Oseras-tu tomber amoureuse de moi ? ». Il l'espérait, sincèrement, et n'osait pas l'avouer à Peter, ou même à Sirius. Une sorte de honte et un sentiment d'insécurité l'envahissait, lui l'imperturbable James Potter.
James sortit de la salle de classe et reçut une tape dans le dos de la part de Sirius et un sourire désolé de Peter, qui s'éloignèrent vers la salle de déjeuner, le laissant seul avec Remus qui le prit par les épaules et lui demanda :
- James, qu'est-ce qu'il se passe ?
- Rien, marmonna-t-il l'air maussade -mais il se reprit rapidement pour sourire à un groupe de filles qui gloussèrent à son passage-. Je suppose que c'est Sirius qui t'a demandé de me cuisiner ?
- Oui, sourit-il. Et Peter aussi. Et j'avoue que moi-même je m'inquiète. Mais qu'est-ce qu'il se passe vieux ? Tu es bizarre ses derniers temps ?
Le garçon ne répondit pas immédiatement, se contentant de flâner aux côtés de son ami loup-garou afin d'éviter de répondre à la question. De toute manière il savait qu'il céderait si Lunard insistait trop. Mais il préférait repousser le moment.
- A propos de quoi ?
- Ne te moque pas de moi s'il te plait Cornedrue, soupira Lupin. Tu sais très bien de quoi je parle : on ne dirait pas que tu veux gagner le défi que je vous ai lancé, tu es tellement peu convaincant avec Lily… Si ça continue, Sirius gagnera ce qui m'étonnerait beaucoup mais…
James ne put retenir un sourire, avant de marmonner en croisant les bras derrière la tête :
- Tu l'as fait exprès n'est-ce pas ? De choisir Lily…
- Tu avais remarqué ?
- C'est justement ça qui ne va pas. Je n'arrive pas à penser au pari et à elle à la fois. Pour moi ce sont deux choses bien distinctes. Et comme il y a ce stupide défi, je n'arrive pas à être concentrée sur Lily et à pouvoir la séduire comme j'arrive si bien à le faire avec les autres. Parce que c'est elle tu comprends ? Et puis, de toute manière,-il soupira en levant les yeux au ciel- quoi que je fasse, aucune de mes techniques ne marche sur elle…
Remus fronça les sourcils. Cette réaction ne l'étonnait pas, mais il avait mal pour son ami. Il était responsable du dilemme qui faisait rage dans son esprit. Il savait parfaitement que James était amoureux de Lily, et même plus qu'amoureux, complètement mordu s'il pouvait le dire. Inquiet de l'attitude étrange de son ami, Sirius était venu lui demander d'annuler le pari –ce qui l'arrangeait également- et de les déclarer comme égaux. Mais James avait refusé : il ne pouvait pas plier face à un défi.
- Ça veut dire que tu es plus mature que Sirius à ce niveau-là. Je n'y aurais jamais cru mais… ça me rassure.
James sourit et continua :
- Mais je ne peux pas perdre contre Sirius non plus. Contre lui, je refuse. Il va falloir que je me ressaisisse… Aucune fille ne m'a jamais résisté… Lily met juste un peu plus de temps que les autres c'est tout.
Remus éclata de rire et donna une frappe amicale dans l'épaule de son ami. Si James avait dit ça, c'était pour rassurer ses amis, et lui-même car il savait parfaitement que ça n'était pas si simple. Mais le loup-garou sentit que dans ses paroles, si James arrivait à faire tomber sa rousse dans ses bras elle ne serait pas la première mais certainement la dernière.
- Contente-toi simplement de rester celui que tu es, et pas cet espèce de mollusque maladroit et bizarre que tu nous jouais il y a quelques jours.
Ils éclatèrent tous deux d'un rire franc et rassuré et partir dans une discussion animée dans laquelle ils furent rapidement rejoint par Sirius et Peter, ravis de l'éclatement de James qui avait retrouvé son assurance pendant le déjeuner.
Pas si loin, de l'autre côté de la table, Lily était en discussion intensive avec June :
- Je n'en peux plus de son attitude Ju' !
- Lily…
- Il est insupportable, arrogant, et… et j'en passe.
- Lily, il a des qualités aussi et tu le sais, marmonna la brune, fatiguée par les élucubrations de son amie qui refusait de regarder la vérité en face. Il sait être drôle et intéressant, et puis il est plutôt courageux et mignon.
La rousse ne put empêcher un rougissement, ce que son amie remarqua très bien mais ne releva pas : elle était bien trop remontée contre James.
- Oui, mais ses défauts sont tellement détestables qu'ils cachent ses qualités !
- Qui essaies-tu de convaincre ? Toi ou moi ?
Lily ouvrit la bouche et la referma, pantoise. Elle serra du poing et jura contre sa meilleure amie : c'était insupportable de savoir que quelqu'un vous connaissait tellement bien qu'elle pouvait relever chacune de vos mensonges et de vos faiblesses sans mal. Ce qui était aussi très rassurant. June nota le trouble de son amie, et murmura dans un sourire étincelant, tout en pointant sa fourchette pleine de pommes de terre vers Lily :
- Si tu veux mon avis ma chère, je pense que tu ne vas pas résister longtemps au charme de Potter. Je suis même certaine que tu es lentement en train de sombrer…
- Tu me connais mal ! rétorqua-t-elle avec dédain. Je ne suis pas comme ses innombrables conquêtes, une bécasse sans cervelle.
- Je n'ai pas dit le contraire, soupira la brune. Toutefois, je vois parfaitement que ton comportement a changé face au sien entre l'année dernière et cette année. Tu essaies de te convaincre toute seule qu'il ne te plaît pas, alors qu'en sixième année, tu n'en parlais même pas.
Elle n'avait rien à répondre, c'était ce qui la désolait. Lily lança un regard résigné à son amie qui lui répondit par un sourire maternel.
- Je pourrais dire la même chose de toi et de Sirius, répondit la jeune fille rousse sur le ton de la plaisanterie.
- Ce n'est pas comparable…
- Evans !
L'interpellée se retourna vers un garçon blond qui courait vers elle, un livre à la main. Elle le connaissait, il s'appelait David Johns, un Poufsouffle, et était dans sa classe en cours de sortilège.
- Evans, enfin je te trouve ! s'écria-t-il. J'ai un problème en sortilège, et comme tu es une crac en cette matière, je me demandais si tu ne pouvais pas m'aider.
La jeune femme ouvrit le livre et commença ses explications au garçon, qui lisait derrière son dos et hochait d'un signe de tête. Au cours de ses explications, il laissa sa main se balader sur son épaule et son doigt suivre celui du doigt de Lily. Elle sentait son souffle s'accélérait et ne put retenir un sourire, heureuse de constater qu'elle plaisait aux garçons, même si Johns ne l'attirait pas particulièrement.
Toutefois, le piètre jeu de séduction de David s'arrêta brusquement. Il venait de recevoir une patate sur la joue qui avait explosé violemment contre sa peau, salissant son uniforme. Un silence accueillit cet acte et le blond lança des menaces, cherchant à savoir qui était la cause de ce jeu ridicule. Son regard se posa rapidement sur James et il pâlit, bredouilla des excuses et s'éloigna. Le garçon le regarda partir avec un mélange de mépris et de colère retenue bouillonnant dans tout son être. Il n'avait pas été suffisamment violent ni trop méchant dans son sortilège, se contentant seulement de faire passer le message sans que les professeurs ne soient alertés.
Mais il nota le regard noir que Lily lui lançait. Et s'il ne regrettait pas son geste simplement poussé par un élan de jalousie, il appréhendait maintenant l'arrivée au dortoir des préfets en chefs, sachant que la discussion avec la jolie rousse serait très longue.
Et pourtant, il attendait ce moment avec un mélange de crainte et d'excitation.
Il aurait au moins l'occasion de passer du temps en sa compagnie innocemment. Ou presque.
A suivre...
