Chapitre 7: Le Quidditch et ses remises en question.
Enfin. Enfin l'évènement qui faisait vibrer d'excitation Gryffondor et Serdaigle depuis une semaine était arrivé : le premier match de Quidditch de la saison.
Depuis le début de la matinée, les supporters des différentes équipes lançaient des encouragements à leurs amis ou leurs joueurs favoris. Réunis dès le petit-déjeuner, l'équipe des rouges et ors entourait James Potter, leur capitaine, qui leur donnait les dernières indications et la stratégie à suivre durant le match. Assise non loin, Lily observait le capitaine : jamais elle ne l'avait vu aussi sérieux, même durant les Buses il avait gardé son petit sourire confiant. Là, ses sourcils étaient froncés dans un mouvement sévère et les autres membres de l'équipe étaient aussi concentrés, buvant chacune de ses paroles comme si elles étaient les dernières qu'ils allaient entendre.
Puis, ils se levèrent comme un même homme et traversèrent la Grande Salle, accueillis en triomphe par les élèves qui les soutenaient. A leur passage, la rousse attrapa la manche du Potter et sourit timidement :
- Bonne chance ! Vous avez intérêt à gagner…
Il la dévisagea quelques secondes, surpris, puis lui rendit son sourire et son visage se regorgea d'optimisme et de confiance. La préfète pesta intérieurement contre elle-même : elle avait senti ses joues rougir furieusement devant ce rictus qui la fascinait depuis un mois, et elle se traita mentalement d'adolescente stupide dérangée par ses hormones.
Avec une moue moqueuse, June se pencha vers elle et susurra :
- Tiens tiens, pourquoi est-il le seul à recevoir vos encouragements, Miss Evans, et pourquoi votre meilleure amie n'en a pas eu ?
L'interpellée allait répondre mais elle fut interrompue par Sirius, une lueur confiante dans le regard :
- Ceux qui demandent des encouragements sont ceux qui ont le plus peur de perdre, lança-t-il dans un sourire amusé.
La batteuse lui donna une claque sur la tête et l'insulta de tous les noms –notamment de sale vantard tellement imbu de lui-même qu'il était au bord de l'explosion d'orgueil- et bien vite rejoint par James qui chercha à défendre son honneur et la vie de son ami face à la violence de leur coéquipière. Les autres membres de l'équipe ricanèrent, l'ambiance lourde retomba et ils sortirent de la salle pour gagner les vestiaires.
Bientôt, le flot d'élève et de professeur dans la Grande Salle s'évanouit, chacun s'empressant de rejoindre le terrain de Quidditch.
- Nous devrions y aller, s'écria Peter à l'adresse de Lily et Remus, nous n'aurons pas de bonnes places sinon…
Et c'est sur ses sages paroles que les trois sorciers quittèrent la table des Lions.
Lily n'avait jamais été passionnée par le Quidditch : ce n'était pour elle qu'un sport distrayant mais violent qui montait pendant plusieurs semaines les maisons contre les autres. Mais elle suivait pourtant chaque match avec attention, en tant que supportrice de son équipe, fascinée malgré elle par la grâce des balais volants dans les airs et les balles traçant des sillons de couleurs dans le ciel.
Sur le terrain, les gradins réservés aux élèves étaient remplis et le loup-garou, l'Animagus et la préfète en chef se frayaient un chemin entre les adolescents hystériques. Comme toujours, la tension était à son comble, les supporters scandaient des slogans en faveur de leur équipe et agitaient dans les airs des drapeaux aux couleurs de leurs maisons. C'était bruyant, mais jamais personne n'avait été dérangé par cette ambiance festive qui mettait un peu de piment dans le quotidien des étudiants.
Un « un deux, un deux » résonna et bizarrement, tout le monde leva le nez vers le ciel lorsqu'une voix joyeuse claironna :
- Bonjour à tous ! Je suis Sam Jordan, et serais votre commentateur durant cette saison. Le premier match oppose Gryffondor contre Serdaigle, deux équipes qui se valent et qui promettent un match admirable et plein de rebondissement ! Je rappelle les règles pour les premières années…
Lily sourit. Sam était un élève de Gryffondor d'un an son cadet, connu dans tout Poudlard pour commenter les matchs de Quidditch depuis son arrivée dans l'école. Il était un adorateur de ce sport et malgré les nombreuses remontrances des professeurs, personne ne l'avait délogé de sa place.
- Et voici l'équipe de Gryffondor ! s'écria-t-il vivement, rapidement remis à sa place par le professeur McGonagall. Leur capitaine, et attrapeur est James Potter, connu pour ses farces continuelles et pour être le tombeur des demoiselles !
- Jordan…
- Pardon professeur. Il est capitaine depuis l'année dernière et l'équipe est au meilleur de sa forme depuis, elle a d'ailleurs remporté le tournoi cette même année. Son bras droit, le très populaire Sirius Black est le séducteur poursuiveur au côté de la très séduisante Karen Spencer et Jonathan Bantley, les nouvelles recrues de cette année qui n'attendent que de prouver leur talent. Nous retrouvons la sympathique mais néanmoins extrêmement violente June Swan et son coéquipier Ben Bradford, les deux inséparables batteurs de l'équipe. Enfin, leur excellent gardien est Jim Nosack, surnommé Jim-la-flèche. Les joueurs de Serdaigle arrivent à leur tour avec pour capitaine le poursuiveur Therence Crandford accompagné de Dylan Dawson et Victor Finch. Les batteuses sont les deux jumelles Kelly et Jennifer Arsen, le gardien Teddy Jacobs et l'attrapeur Thomas Donagan.
Queudver éclata de rire tandis que ses deux amis esquissèrent un rictus amusé : Sam Jordan était aussi connu pour sa préférence –et son favoritisme - envers les rouge et or. Après ces commentaires, la rousse imagina parfaitement sa meilleure amie lancer des regards noirs à Sam et Sirius bouder, vexé qu'on le considère simplement comme le bras droit de James.
Sur le terrain, James s'avança vers Therence, à cheval sur son balai. Madame Bibine les firent se serrer la main mais malgré ce geste en apparence amicale, la tension était palpable. Dans le public, chacun retenait son souffle, le silence était tombé sur le terrain. Le professeur de vol laissa s'échapper le vif d'or qui s'envola en loin et siffla enfin le coup d'envoi. Un souffle retentit, une ovation du public et les balais se retrouvèrent à la seconde même propulsée vers le ciel. L'arbitre libéra le Souaffle et les Cognards. Le match pouvait commencer.
Le spectacle était grandiose : ce fut Dylan Dawson qui attrapa le Souaffle et se dirigea à grande vitesse vers les buts, entourés par ses coéquipiers bleu et argent Victor et Therence. Mais Karen Spencer et Jonathan Brantley furent plus rapide et le garçon des Lions attrapa la balle rouge alors que Dylan la passait à Therence. Il se dégagea et enchaîna les passes avec la jeune fille, évitant à la perfection les trois poursuiveurs. La poursuiveuse de Gryffondor envoya la balle à Sirius, qui fonçait vers les cerceaux, inconscient de ce qui se passait autour de lui. Il ne remarqua pas le Cognard qui se dirigeait sur lui, malgré les cris désespérés de ses coéquipiers. June arriva à la dernière seconde et frappa la balle avec force avec sa batte, visant Jennifer Arsen qui la renvoya à l'autre bout du terrain. Le descendant des Black voulut la remercier mais la jeune femme avait déjà filé pour protéger Jim.
Il envoya la balle avec force dans les anneaux mais elle fut renvoyée par Teddy Jacobs …
- Mais Jonathan Brantley la réceptionne et il marque, hurla Sam Jordan dans les hauts parleurs, à en exploser les tympans des spectateurs ! IL MARQUE ! Dix à zéro pour Gryffondor, le premier but de la saison et de Brantley, mais surement pas le dernier ! Quelle équipe ces Gryffondor ! Et quels petits génies Jonathan et Karen ! Alors qu'ils ne sont qu'en quatrième année…
- Jordan, menaça une nouvelle fois le professeur de métamorphose.
- Pardon. Therence Crandford rattrape le Souaffle, June Swan lui envoie le Cognard… Mais… oh non ! La batteuse de Gryffondor se l'ait pris en pleine poire par Kelly, à moins que ça ne soit Jennifer ? Enfin bref, elle tombe !
Lily plaqua la main sur sa bouche et se précipita vers les bords des gradins pour voir la chute de sa meilleure amie, descendant en piquée vers le sol à une vitesse hallucinante. Ben Bradford plongea à son tour pour la rattraper mais elle fût plus rapide et réussit à redresser son balai. Une ovation résonna dans le public et la brune essaya de rester droite, complètement sonnée, une partie du visage couverte de sang. Elle fixa Kelly Arsen et marmonna avec fureur :
- Ça ma petite, tu vas me le payer…
Et elle fonça pour reprendre position. Dans les gradins, la rousse retint un soupir de soulagement et se re-concentra sur le match.
Gryffondor avait maintenant un léger désavantage et Serdaigle menait soixante à quarante. Le vif d'or restait introuvable et James fonçait sur tout le terrain pour tenter d'apercevoir une traînée dorée. Il se démenait également comme un diable pour semer Thomas Donagan, l'attrapeur de cinquième année qui le suivait de près depuis le début du match. Un cri de la part du public le fit détourner la tête et il retint son souffle alors que le Souaffle se dirigeait avec violence vers les cercles gardés par Jim, mais un soupir de soulagement dépassa le seuil de ses lèvres lorsque celui-ci plongea magistralement pour le bloquer. Sirius récupéra la balle et fonçait vers le camp adverse. C'est à ce moment-là qu'il le vit. La petite balle dorée suivait rapidement l'Animagus, cachée par sa cape rouge qui volait au vent.
L'attrapeur de Gryffondor s'apprêta à foncer mais Thomas était toujours sur ses talons et remarquerait le vif très facilement. S'ensuivrait alors une couse endiablée pour traverser le terrain tout en évitant les joueurs ou les Cognards. Il n'y avait alors aucune certitude qu'ils gagnent. Il devait bloquer Donagan. Une idée lui vint, et il fonça alors vers le joueur de son équipe le plus proche -ici Karen- et lui lança :
- Sirius doit rester près du sol et continuer de jouer comme si rien n'était ! Fait passer le plus discrètement possible.
La jeune fille blonde hocha la tête et partit avertir son coéquipier le plus proche.
Le brun à lunettes engagea des zigzags serrés entre les joueurs de Serdaigle, comme s'il suivait quelque chose à l'opposé exact où se trouvait en réalité le vif d'or. Thomas tomba dans le panneau et manqua plusieurs fois de renverser ses coéquipiers. Il dut ralentir et monter haut dans le ciel car il n'avait pas la même adresser que le Potter au balai. Celui-ci sourit, confiant. Maintenant que son adversaire était suffisamment haut dans les airs et à une distance raisonnable, il fonça aussi vite que l'éclair à deux mètres du sol pour rejoindre son ami. Ce dernier, comme le lui avait fait passer Ben, se maintenait à basse hauteur et enchaînait l'air de rien les passes avec Jonathan.
- J'espère que tu sais ce que tu fais ! hurla-t-il à l'encontre de son meilleur ami.
- Non, mais on va bientôt le savoir ! répondit James en riant.
Il tendit alors la main à travers la cape de son ami. Alors que sa main se referma sur le vif d'or, il attrapa aussi la cape de Sirius qui tenta de garder le contrôle de son balai.
Lily ferma les yeux quelques secondes et lorsqu'elle les rouvrit, elle fut tirée par Remus qui la faisait descendre rapidement des gradins derrière Peter, l'air grave. Ils coururent jusqu'au terrain où June, Karen et Ben étaient très proches du sol, toujours sur leur balai pour ne pas être disqualifiés, penchés légèrement vers les deux corps au sol. Elle se détacha de l'emprise du loup-garou et se faufila entre les personnes agglutinées pour découvrir, allongés sur le sol, James et Sirius hurlant de rire. Les six adolescents les dévisagèrent avec perplexité. Lupin et Pettigrow se décidèrent à agir et relevèrent les deux garçons qui étaient pris d'un fou rire. La préfète en chef s'approcha de sa meilleure amie, voletant autour d'eux et murmura :
- Que s'est-il passé ?
- Je ne sais pas trop… James nous a demandé de dire à Black qu'il devait rester près du sol, puis James a foncé et ils sont tombés…
Alors que Remus soutenait James, ce dernier brandit en l'air le vif d'or qu'il avait gardé dans la main. Un flot d'applaudissement accueillit ce geste lorsque Madame Bibine siffla, accourant vers les deux garçons en compagnie de Madame Pomfresh.
- Gryffondor a remporté le match ! hurla Sam Jordan. James Potter a réussi un coup de maître en attrapant le vif d'or ! GRYFFONDOR A GAGNE !
Le professeur McGonagall n'eut pas le cœur à le réprimander.
Les membres de l'équipe des rouges et or descendirent de leurs balais et se précipitèrent sur le préfet en chef qu'ils acclamèrent par des « hourras » ou des félicitations. L'arbitre et l'infirmière arrivèrent en courant vers eux, et cette dernière dégagea les élèves de la main :
- Oui, oui, félicitation, félicitation, maugréa-t-elle, mais avant de faire la fête, il faut que j'examine Messieurs Black et Potter.
- Ne vous inquiétez pas madame, sourit ce dernier, nous allons très bien !
- S'il y a quelqu'un à soigner, surenchérit le poursuiveur, c'est cette demoiselle –il désigna June du menton-, le sang séché, ce n'est pas très glamour.
Cette dernière sembla revenir à la réalité alors que l'infirmière passa une serviette sur son visage en marmonnant des paroles incompréhensibles. La brune tourna la tête vers Kelly Arsen et sourit sadiquement, frappant son poing droit dans sa main gauche. Alors que June se faisait retenir par le gardien et le deuxième batteur et traiter de petite brute par Sirius, Lily s'approcha du flot d'élève, profitant que l'agitation ait un tantinet diminué.
Elle s'approcha de James et posa sa main sur son épaule tout en claironnant d'une voix douce :
- Félicitation ! C'était juste, mais vous avez bien joué.
Emporté par l'euphorie du moment, l'attrapeur la serra dans ses bras. La rousse retint un hoquet de surprise et écarquilla les yeux. Elle se sentit rougir affreusement et n'osa pas bouger, sentant parfaitement les regards des autres membres de l'équipe braqués sur elle. Même June avait cessé de proférer des menaces à l'encontre d'une des jumelles, son poing toujours levé mais son attention concentrée sur les deux adolescents.
James se rendit compte quelques secondes après de ce qu'il venait de faire et croisa le regard vert émeraude déboussolée de son amie. Avant de la lâcher, il nota que ses cheveux sentaient l'orange, ou un mélange d'agrumes. Il remarqua sans mal que Lily fuyait son regard, ne trouvant même pas les mots pour retrouver la face. Il se contenta simplement de lancer des regards noirs aux personnes présentes qui souriaient un peu trop à son goût et alla répliquer quelque chose pour s'excuser lorsque Madame Bibine lança avec désinvolture :
- Bon, les enfants, c'est bien beau les mamours mais il serait temps de débarrasser le terrain, une fête vous attend je crois.
Lily entra dans la Salle Commune des Gryffondors, qu'elle n'avait pas encore rejointe à cause de la pile de devoir qu'elle devait faire pour le lendemain. Lorsque le tableau de la Grosse Dame la laissa passer, elle découvrit sans surprise qu'une fête avait lieu. Normal, songea-t-elle en souriant. Au centre de la pièce étaient bien évidemment mise en valeur l'équipe de Quidditch qui riait aux éclats au milieu de l'agitation ambiante et des confettis de chez Zonko.
Elle passa au milieu des élèves et posa sa main sur l'épaule de sa meilleure amie qui se retourna et lui tomba dans les bras dans un éclat de rire :
- On a gagné Lily ! Cette année encore, la coupe est à nous !
- Tu n'as pas l'impression de vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué ? marmonna celle-ci dans un rictus moqueur.
La brune lui tira la langue tel un enfant et répliqua, implacable :
- Depuis que James est capitaine et que Karen et Jonathan on rejoint l'équipe, nous avons toutes les chances de notre côté. En parlant du héros de la fête, compléta-t-elle alors que ses lèvres s'élargissaient, il est encore bien entouré à ce que je vois.
Elle désigna du menton un coin de la pièce et la rousse se retourna. Sans savoir pourquoi, la jeune femme sentit son sang se glacer dans ses veines et ses membres trembler bizarrement. Elle essaya de réfréner les battements de son cœur, qui lui faisaient horriblement mal dans sa poitrine et elle se mordit la lèvre dans un ultime élan de détresse.
Dans un coin de la pièce, James était entouré de deux très jolies filles de sixième années qui ne manquaient pas de le coller, et il racontait pour la énième fois, le sourire aux lèvres, comment il avait attrapé le vif d'or. Les deux filles –une blonde et une brune- le regardaient les yeux papillonnants, l'une posant sa main discrètement sur son épaule, buvant chacune de ses paroles.
- Il est vraiment incorrigible, marmonna June prête à exploser de rire devant le ridicule de la situation, le succès lui monte vraiment à la tête n'est-ce pas Lily ? Lily ?
Elle se retourna mais son amie n'était déjà plus à ses côtés. Elle fronça les sourcils et tout un tas de questions lui traversèrent l'esprit, mais elle se dit simplement que la rousse avait eu besoin de s'écarter de toute cette agitation et rejoignit Erin.
Lily se faufila aux milieu des élèves, baissant la tête pour qu'on ne voit pas son visage, les poings serrés. Elle avait besoin de sortir, de prendre l'air, elle se sentait prête à étouffer.
Elle avait presque atteint le couloir qui menait dehors quand une main la retint :
- Eh, tu ne restes pas faire la fête ? Viens, Jordan a ramené de la Bierraubeur !
Elle fuit son regard et repoussa le brun à lunettes violemment du poignet. Ce dernier l'observa, perplexe, et la rattrapa par l'épaule, visiblement inquiet :
- Lily, qu'est-ce qui ne va pas ? la questionna-t-il doucement.
Cette dernière ferma les yeux et se pinça les lèvres, le rejeta une deuxième fois d'un mouvement d'épaule.
- Arrête, arrête d'être si gentil, songea-t-elle pour elle-même.
Elle ne savait pas d'où lui venaient cette colère, cette rage et cette tristesse immense. Tout ce qu'elle savait c'est qu'à ce moment-là elle lui lança un regard meurtrier et terriblement froid. A l'expression du garçon, il était clair qu'il ne comprenait pas.
- Il n'y a rien, répondit-elle extrêmement sèche. J'en ai juste assez et je suis terriblement déçu.
- Déçu de quoi ? On a gagné !
- Tu crois sincèrement qu'il n'y a que le match qui compte ? Non, je suis déçue de toi et de ton attitude ridicule !
Il écarquilla les yeux, et ses paupières clignotèrent d'incompréhension. Mais au déchirement de son visage et de son expression naturellement joyeuse et insouciante, elle savait qu'elle l'avait blessé. Et ça, plus que tout, ça lui fendait le cœur. Mais Lily n'était plus complètement lucide et laissa sa colère inexpliquée prendre le dessus :
- Tu te pavanes comme un paon devant toute la gente féminine, tu fais le fier car tu as attrapé une misérable balle volante, tu n'hésites jamais à partager ton intelligence et à t'en vanter… Et le pire, c'est que ce que tu dis sont des paroles en l'air.
Par là, elle entendait qu'il lui avait demandé d'innombrables fois de sortir avec elle et pourtant il flirtait avec d'autre. Mais jamais elle n'aurait pu l'avouer.
Heureusement, ils étaient à l'écart de la fête et des cris, sinon tout le monde l'aurait entendu car au fur et à mesure qu'elle parlait, la voix de la rousse montait. Elle détourna son regard vert, qui ne pétillait plus du tout maintenant, n'osant pas croiser les yeux chocolats de son ami déchirés par la tristesse de tels aveux. Elle sortit de la salle commune et se réfugia sur les bancs menant à la tour des Gryffondors où personne ne passait.
Là, Lily laissa ses larmes couler. Tout ce qu'elle avait dit à James, elle le pensait sans le croire. Elle savait qu'il n'était plus le petit garçon orgueilleux qu'elle avait toujours connu. Mais le voir avec ces deux filles, bizarrement ça l'avait comme tuée. Elle se sentait vide et affreusement mal. Et pourtant, elle ne devait pas pleurer, ce n'était pas normal. Pas pour James, il était son ami. Rien de plus. Et pourtant elle se sentait affreusement malheureuse.
Malheureuse de s'être découverte si horrible en crachant au visage de l'attrapeur des vérités qu'elle ne pensait plus, simplement pour déverser sa colère et sa tristesse. Malheureuse de se trouver le cœur en miette simplement parce qu'elle l'a vu parler avec d'autres filles. Et quelles filles ! La jeune femme savait parfaitement qu'elles couraient après le préfet en chef depuis le début de sa scolarité. Elles étaient incroyablement jolies et tous les représentants de la gente masculine étaient à leurs pieds.
La rousse passa une main sur son visage, comme pour stopper ses larmes qui inondaient ses joues. Lorsqu'elle releva la tête de ses genoux qu'elle avait entourée de ses bras, elle aperçut Katherina qui remontait les escaliers. Cette dernière la dévisagea longuement, troublée par les peurs de son amie. Celle-ci fuit son regard pour lui montrer clairement qu'elle ne voulait pas parler. La petite brune timide remonta les escaliers jusqu'à la salle commune et appuya tendrement sur l'épaule de son amie pour lui montrer à quel point son soutient était-là. La sorcière la remercia intérieurement.
Quelques minutes après, le tableau menant à la tour des Gryffondor se rouvrit mais Lily ne se retourna pas, plongée dans ses pensées. June observa le dos de son amie tremblant, puis jeta un autre regard à sa droite. Caché dans l'ombre, le visage meurtri de son capitaine écoutait les sanglots de celle qu'il aimait, fixant le ciel d'un air malheureux. La brune s'approcha du garçon et posa sa main sur son épaule et lui sourit tristement. Ce dernier ferma les yeux et la remercia du bout des lèvres, et retourna dans la Salle Commune.
Le garçon manqué descendit les escaliers et s'assit aux côtés de son amie. Lily n'était pas étonnée de la voir, elle se doutait bien que Katherina l'avait prévenue discrètement. Elle se laissa aller sur l'épaule de la batteuse qui l'entoura de ses bras, telle une maman.
- Qu'est-ce qu'il y a Lily ? chuchota-t-elle. C'est ta semaine ?
L'interpellée fronça les sourcils, ne comprenant pas ce que sa meilleure amie voulait dire.
- Enfin, tu comprends… Tu es indisposée ?
Sans prévenir, la rousse éclata de rire dans le creux du tee-shirt de June, et celle-ci sourit tendrement. Au moins, elle avait réussi à la faire rire, c'était tout ce qu'elle demandait.
- Tu es bête, Ju' ! rétorqua-t-elle entre deux gloussements.
- Alors pourquoi tu pleures ?
Les rires se turent et le silence plana. Les sanglots s'étaient taris et seuls les joues de la rousse étaient mouillés. Elle avait retrouvé son sang-froid et si ses idées n'étaient pas très claires, elle était pleinement prête à réfléchir et analyser la situation. Mais pas à en parler.
- C'est dur d'être amoureuse non ? continua June, prête à la faire parler.
- Tu parles de toi là ? taquina l'autre.
- Pas du tout, mais depuis cette année, tu es passée par tellement de phase et de sentiments que je souffre pour toi…
La rousse soupira. Son amie crut bon d'ajouter :
- Remus vous a vu et il m'a raconté. Tu sais, ce ne sont que des filles sans intérêt, il n'en a rien à faire…
- Je m'en moque.
- Menteuse, tu es jalouse comme une tigresse ! Et amoureuse de surcroît.
- Je ne suis pas amoureuse de James.
- Qui t'as parlé de James ?
June essaya de cacher qu'elle avait vu le garçon quelques minutes plus tôt.
Lily soupira une deuxième fois, puis passa une main dans ses longs cheveux et essuya de l'autre son visage trempé.
- Je sais très bien ce que tu insinues, et je sais que tu n'es pas si bête que ça… Tu as envie que je sorte avec James.
- Non, pas du tout, répondit-elle dans un sourire amusé. Je veux que tu sois heureuse, pour que je n'ait plus à m'occuper de toi et que tu puisses voler de tes propres ailes !
Les deux jeunes filles éclatèrent de rire, puis Lily parla de Sirius et de June. Cette dernière se mit à grommeler et à pester contre le garçon, mais le vague sourire qui trônait sur ses lèvres laissait planer le doute et Lily le nota parfaitement. Après quelques rires et des grognements, la brune lâcha dans un soupir :
- Je peux te poser une dernière question ?
- Oui ?
- Si tu n'es pas amoureuse de lui, pourquoi tu pleures ?
- Bon, Cornedrue, si tu racontais tout ce qui n'allait pas à Tonton Sirius ?
Le brun ébouriffa les cheveux de son meilleur ami, déjà sacrément en bataille, dans l'unique but de lui remonter le moral. James était assis sur le canapé, les yeux dans le vague, la tristesse peinte sur son visage, fixant avec un air lugubre les flammes qui dansaient dans la cheminée, alors que Sirius se tenait sur le dossier de ce même canapé, en hauteur par rapport à son presque frère. A leurs côtés, la fête battait son plein, Karen et Jonathan étaient au centre de toute l'attention, heureux.
Le capitaine des lions lança un vague sourire à l'égard de son ami puis replongea dans ses pensées. Sirius fronça les sourcils puis descendit de son perchoir et se posta au côté de son ami, l'air soucieux, tentant de découvrir au travers de ses traits les pensées du garçon à lunettes. Puis dans un souffle, laissa échapper :
- Lily n'est-ce pas ?
Son interlocuteur croisa les bras au niveau de son torse et se mordit la lèvre. Puis les mots s'échappèrent de sa bouche, comme un flot continu de paroles qu'il ne maîtrisait pas. Il avait besoin de se confier, à son grand étonnement. Et son frère de cœur l'écouta sans l'interrompre une seule fois, ses yeux souris fixant les lunettes du garçon. Entre temps, Remus et Peter les avait rejoints, écoutant le Potter déverser ses sentiments et ses questionnements par rapport à la scène qui s'était déroulée plus tôt. A la fin de son récit, les deux bruns lâchèrent au même moment dans un soupir :
- Ah, les filles…
Les Maraudeurs se sourirent, puis Sirius posa sa main sur l'épaule de l'attrapeur en marmonnant :
- T'inquiète, Lily devait être de mauvaise humeur et tu étais là au mauvais moment… C'est pareil avec June… sauf que pour elle c'est tout le temps.
Un rictus amusé se traça sur les lèvres du Potter, alors que le loup-garou fixa le brun, légèrement agacé.
- Peut-être, compléta James, mais elle m'a dit que je l'avais déçu.
Il frappa du poing sur ses genoux et se mordit la lèvre, de fines gouttes-de-sang perlant sur son menton.
- Et pourtant… Pourtant depuis le début, je fais tout pour qu'elle me voit, je fais tout pour qu'elle m'apprécie…
Les trois autres l'observèrent avec stupeur. Aucun de ses trois meilleurs amis n'osa faire le moindre commentaire. Ils savaient tous que James était mordu de la rousse depuis leur cinquième année d'études. Ce qui était d'abord un flirt d'adolescent, un jeu avait rapidement mué en une réelle adoration et une passion sans bornes. Parfois, ils le taquinaient avec ça. Mais jamais ils n'avaient imaginé que cet amour était aussi fort, au point de rendre malheureux leur meilleur ami.
Le regard de Sirius se fit ténébreux, et croisa celui de Peter qui frissonna. Personne ne pouvait faire du mal à son meilleur ami, c'était interdit tant qu'il était là. Fille ou garçon, personne n'avait le droit de rendre malheureux son presque frère. Et s'il appréciait énormément Lily, allant jusqu'à la considérer comme sa meilleure amie, il ne pouvait pas non plus lui pardonner de rendre le cerf ainsi, aussi triste et désemparé. Pour une fille en plus ! Il avait du mal à comprendre ça, jamais il n'avait ressenti autant de déchirement. Sauf peut-être quand…
L'ambiance était devenue lourde, et pour remédier à cela, le petit blond décida de changer de sujet :
- A ce propos, Cornedrue, comment vas-tu faire pour le défi ?
Ce dernier soupira et se tourna vers Remus, lui lançant un sourire mêlant des sentiments que le loup-garou ne sût réellement distingué :
- J'aimerais abandonner… si c'est possible, je ne vois plus l'intérêt de jouer à un jeu pareil. Nous ne sommes plus des enfants.
Un large sourire apparut sur les lèvres de Lunard, fier de son ami et de lui-même, ayant obtenu ce qu'il souhaitait du Potter. Il allait approuver cette solution lorsqu'il fut coupé par Patmol :
- Ah non, je refuse. Nous avons commencé ce défi, nous le finissons !
- Arrête Sirius, c'est ridicule, parlementa l'autre brun, on ne peut plus jouer avec ça.
Mais c'était trop tard : le regard de Remus s'était rembruni, et il coupa sèchement, catégorique :
- Je suis désolé James, mais dans ces conditions et en tant qu'arbitre, je ne peux accéder à ta requête. Si Patmol ne comprend pas et ne veut pas, le défi continue.
Le cerf et le loup-garou poussèrent un soupir alors que les deux autres les observaient, perplexes, ne comprenant pas le sens de ses dernières paroles.
C'est à ce moment précis que June rentra dans la salle, passant une main lasse dans sa tignasse marron. Son regard croisa celui du Potter et elle lui lança un sourire conciliant. Lorsqu'elle passa à ses côtés, il la retint par le bras et ouvrit la bouche, cherchant les bonnes paroles à prononcer. Devant son silence, la batteuse marmonna :
- Elle est partie se coucher.
Il hocha la tête, puis continua de fixer, peiné, la cheminée. Après quelques minutes d'hésitation, elle se pencha à son oreille et murmura, pour que les trois autres n'entendent pas :
- Excuse-là, elle était… indisposée disons, et donc elle était énervée. Elle ne pensait pas ce qu'elle disait, tu n'as juste pas eu la chance d'être au mauvais endroit au mauvais moment.
Si elle l'apprend, pensa-t-elle juste après, elle me tue, c'est assuré.
Cette phrase décrocha un sourire au Potter, et attendit que la jeune fille monte les marches des dortoirs pour marmonner :
- Ah, les filles…
A suivre…
Note de lecture: Je crois que ce chapitre est le plus long que j'ai écrits. Premier chapitre de la partie "Débacle des sentiments" ou "love, love et tout ce qui va avec" xD.
Pour ce qui est des deux prochains chapitres, un autre dessin est fait pour illustrer le contenu (les deux regroupant la même idée générale) qui spoil légèrement sur l'athmosphère dans laquelle se dérouleront ses chapitres. Pour les intéressés, c'est comme pour le chapitre précédent: par MP !
J'espère que ce chapitre vous aura plus, et à bientôt !
