Chapitre 12 : Sors. Sors de ma vie.
La fin des vacances arriva beaucoup trop vite au goût de Lily. Elle avait l'impression que c'était la veille qu'elle montait dans le Poudlard Express pour retrouver sa famille, mais elle était déjà en train de parcourir le couloir pour se trouver une place dans le train.
Les « au revoir » n'avaient pas été émouvants. Ses parents avaient juste un peu trop ponctué la chose de baisers sur les joues et d'encouragement, mais à part ça, les adieux s'étaient déroulés comme à chaque rentrée scolaire. Pétunia n'était pas venu à King Cross, et ses parents s'étaient arrêtés entre la voie 9 et 10 avant de la regarder plonger dans le mur avec, comme toujours, ce même petit sursaut lorsqu'elle passait à travers les pierres.
Quand elle avait attendu sur le quai, elle n'avait pu s'empêcher de guetter avec un froncement de sourcil inquiet. Il n'y avait aucune trace de ses amies mais ce n'était pas elles qu'elle cherchait. Elle se sentit frissonner lorsque le groupe de garçon qu'elle redoutait tant apparu dans son champ de vision, Remus et Peter rejoignant James et Sirius qui venaient d'apparaître ensemble. Sans crier gare, elle força presque le passage et se réfugia dans le wagon, retenant quelques instants sa respiration. Elle se tapa le front et se traita mentalement d'idiote. Elle avait honte d'elle-même et son esprit lui hurlait de faire demi-tour et d'aller les saluer. Mais elle se persuadait elle-même que cette distance serait pour son bien. A elle et à eux.
Elle s'engouffra donc dans le couloir et chercha les compartiments où l'attendaient ses amies. Elle finit par trouver June, discutant avec avidité avec David Johns, le Poufsouffle qui n'avait d'yeux que pour la rousse. La jeune femme ne put retenir un sourire alors que le visage de sa meilleure amie s'était illuminée à sa vue :
- Lily ! Nous parlions justement de toi !
- Vraiment ? En bien j'espère, rigola celle-ci.
Les deux autres échangèrent un sourire et la brune enchaîna :
- On parlait du bal.
- Oh, répondit évasivement la préfète en chef, en s'installant au côté de son amie, en face de David.
Ce dernier se pencha en face d'elle, faisant tomber devant ses yeux bleus ses cheveux blonds en pagaille, et marmonna dans un sourire sincère :
- Tu étais vraiment magnifique.
Ce n'était certes pas la première fois qu'on lui faisait ce compliment, mais l'adolescente ne put s'empêcher de rougir et rangea d'une main gênée une mèche de cheveu derrière son oreille. Le visage de sa meilleure amie se barra d'un sourire narquois et lorsque David ajouta bien trop tard à son goût que June aussi avait été très jolie, elle rit :
- Ne te fais pas de mal, j'ai parfaitement compris le message.
Ceci contrastant étrangement avec son froncement de sourcil surpris. Et ça, la rousse le remarqua sans peine mais ne fit pas de commentaire.
La conversation laissée en suspend quelques instants plus tôt fut repris par les filles qui firent des tas de commentaires sur la soirée : les musiques choisies (et la brune râla une énième fois en faisant remarquer que les Green Wizards n'avaient pas été mis une seule fois durant la soirée), les robes et bien sur les couples qui se sont formés.
Ce sujet se faufilant dans la discussion, Le Poufsouffle sembla regorgé d'un accès d'enthousiaste et se mit à railler :
- Swan, je ne savais pas que Black te plaisait. Votre couple était plutôt…inattendu.
- Nous ne sommes pas ensemble, c'était simplement un service rendu, marmonna-t-elle dans un soupir.
Mais la préfète remarqua que son amie n'avait ni râlé ni pesté contre le descendant de la noble famille comme à son habitude : elle semblait même plutôt pensive et rêveuse, et la jeune femme se dit qu'elle ne manquerait pas de faire revenir le sujet sur le tapis.
David se tourna ensuite vers la rousse, un petit air mélancolique trônant sur son visage qu'il tentait tant bien que mal de cacher par un sourire, et lâcha dans un murmure :
- Et toi, ça y est, tu es avec Potter.
Immédiatement après ces mots, June fit voler ses longs cheveux bruns fadasses en pivotant la tête vers son amie, avide de commentaires et de confirmation sur ses doutes. L'adolescente resta quelques instants pantoise, à cligner des paupières alors qu'elle fixait le garçon en face d'elle qui tripotait ses mains.
- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
- Et bien…vous aviez l'air plutôt proche au bal donc je me suis dit…
- Il n'y a rien du tout entre nous. Nous ne sommes même pas amis, il n'est rien pour moi.
Elle aurait aimé ajouter, pour sa bonne conscience, « n'est plus rien ». Elle aurait tout aussi bien préféré se taire et dire la vérité. Mais justement, ici, c'était la vérité qu'elle combattait pour retrouver un semblant d'équilibre qu'il lui manquait depuis qu'elle fréquentait l'attrapeur. Et quoi de mieux que de la combattre par le mensonge ?
Mais la vie et les événements qui la parsèment sont entièrement dû au hasard*, et Lily n'aurait jamais pu se douter qu'à l'instant précis où ses mots s'échappèrent de ses lèvres gercées par le froid de l'Angleterre, la porte du compartiment s'ouvrirait violemment devant un James fixant la préfète, mi-hébété mi-furieux, ses trois amis s'observant avec suspicion derrière lui.
Les deux adolescents se fixèrent lentement. La Gryffondor essayait tant bien que mal de ne rien laisser paraître dans ses yeux verts alors que la détresse et la rage étaient clairement visibles dans ceux de son ami. Mais elle se surprit à être bonne comédienne, et ne dévoila rien de ses pensées les plus secrètes. L'espace d'un instant elle détourna son regard pour remarquer avec amusement les trois autres Maraudeurs qui fixaient ce pauvre David, qui enfonça sa tête dans ses épaules, avec la haine partagée de leur ami.
Et ce dernier se contenta simplement de donner un énorme coup de poing dans la porte, ce qui fit craquer distinctement ses jointures. Et sans un mot de plus, il tourna les talons, suivit par ses amis.
June avait, durant tout cet échange muet, fait glisser son regard entre James et Lily, sans bouger de son siège, suivant avec béatitude et stupeur la scène qui se déroulait devant ses yeux. Rien ne se passait, il n'y avait pas de mot, mais tout se disait par cette tension palpable et la froideur qui naissait dans leur regard. Et elle se retrouvait en simple spectatrice, sans pouvoir ni dire ni faire quoi que ce soit. Et elle détestait cela.
Elle avait lancé un regard désespéré à Sirius, qui lui avait répondu par une expression inquiète désignant son meilleur ami. Lorsque le brun à lunette était parti, le Black l'avait suivi mais avait fait comprendre à la brune par gestes qu'ils en discuteraient tout à l'heure. Et l'osmose et l'entente qu'ils avaient gagnée depuis peu dans leur relation ne put l'empêcher de lui faire décrocher un sourire.
La suite du voyage se passa dans la tension la plus totale. Des amis de David et ceux des deux filles les avaient rejoints et personne ne refit référence à l'incident passé ultérieurement.
Pourtant, durant tout le trajet, Lily sentit dans son dos le regard de sa meilleure amie, et le peu de fois qu'elle croisait son visage, elle y décela cette même curiosité, ce même froncement de sourcil et cette expression qui voulait très clairement faire comprendre que la rousse lui devait des explications et qu'elle ne la lâcherait pas avant d'en avoir obtenu. La préfète lâcha un soupir et colla son front contre la vitre. Elle n'aurait su dire si elle regrettait ou non. Certainement, ses entrailles se tordaient atrocement et ses yeux la piquaient. Mais elle n'en prit pas compte, comme elle aurait pu chasser une mouche d'un simple mouvement de main. Avec une certaine indifférence. Parce qu'elle ne voulait plus ressentir ça.
Une fois qu'ils furent arrivés à Poudlard, un éternel discours de fin de vacance prononcé par le directeur devant le dîner coloré les accueillit dans la Grande Salle. Chaque élève avait l'impression de remonter le temps et d'être à nouveau en Septembre, aux mêmes places et aux mêmes tables, à l'exception près qu'aucune répartition n'avait lieu.
Lily avait évité James très clairement, ainsi que les trois autres Maraudeurs. Et si l'attrapeur le lui avait bien rendu en ne lui adressant aucun regard, Remus et Peter avaient demandé des explications qui ne vinrent pas.
Chacun donc était assis devant son assiette, silencieux. A l'un des bouts de la table des Gryffondors, Erin faisait la conversation avec Katherina, ne percevant pas le trouble de ses deux autres amies. La rousse n'écoutait pas, et faisait simplement semblant d'être captivée en ajoutant par-ci par-là des « vraiment ? » ou des « ah je vois ». Mais si la blonde et la brune ne voyait pas la différence, tellement prise dans leur conversation, ce n'était pas le cas de June qui observait ce petit manège en silence, observant son amie préfète-en-chef entre chaque gorgée de jus de citrouille. Elle pouvait dire, sans se méprendre, que sa meilleure amie était plus malheureuse qu'elle ne semblait l'être. Elle brûlait d'envie de l'interroger sur l'incident du Poudlard Express mais elle voyait très clairement que ça n'était pas une bonne idée. Elle conclut ses élucubrations dans un soupir en se promettant à elle-même qu'elle ne questionnerait pas Lily tout de suite, afin de voir comment évoluaient les choses et de laisser le temps à la jeune femme de mettre les choses au clair.
A l'autre bout, leurs homologues masculins tentaient vainement de discuter de choses et d'autres simplement pour changer les idées à l'attrapeur de la maison des lions. Queudver semblait particulièrement intéressé par un ragot futile qu'habituellement, il ignorait avec dédain. Ce qui paraissait être le cas également de Sirius et Remus qui faisaient leur maximum pour passer comme captivés par les nouvelles que déblatéraient leur ami, qui ne les intéressaient pas plus que de connaître la couleur des caleçons de Merlin.
Et leurs efforts à tous les trois pour faire rire le brun à lunette étaient vains car il ne faisait nullement attention à ce qu'ils pouvaient dire. En réalité, il fixait sans même s'en rendre compte le coin opposé de la table en bois et son regard était perdu dans la contemplation d'une chevelure rousse familière. En réalité, il essayait de comprendre. Et il avait peur de savoir.
Le baiser ne lui avait pas plus. C'était bien ce qu'il avait crû comprendre, après ce refus plus que clair. Mais quand même. Qu'elle aille jusqu'à dire qu'il n'était rien pour elle, même pas un ami… ça faisait plus mal que de raison. Et surtout, il y avait cet idiot de David Johns…
Le visage de James se barra d'un sourire mauvais, puis il retourna la tête vers ses trois amis en susurrant d'une voix trop douce pour ne pas être malveillante.
- Dites-moi les gars… ça fait longtemps que les Maraudeurs n'ont pas été actifs… ça ne vous manque pas, les farces, les retenues et les courses-poursuites la nuit avec Rusard ?
Les trois autres froncèrent les sourcils et échangèrent des regards inquiets. Sirius répondit, mi-taquin mi-perplexe :
- Je ne sais pas toi, mais mois les retenues ne me manquent pas tant que ça. Et puis, ce n'était pas toi qui te la jouait il n'y a pas si longtemps en assurant que nous avions passé ce stade et que, tout compte faits, ses farces n'étaient que des attitudes d'enfants ?
Les trois Maraudeurs ne purent s'empêcher d'échanger des sourires amusés avant que le préfet-en-chef n'ajoute :
- Peut-être, mais je pense qu'il faudrait qu'on clôt notre année en beauté non ? Avec la meilleure farce qui n'aurait jamais été faites dans Poudlard ? Et il se trouve que j'ai une petite idée d'une blague qui pourrait être…hilarante.
En appuyant ses propos, ses yeux noisette à peine cachés par le verre de ses lunettes rondes se posèrent sur un Poufsouffle blond qui riait aux éclats, à quelques tables de là. Remus avait suivi son regard et leva les yeux au ciel :
- James, je pense sincèrement que tout ça est une mauvaise idée… marmonna-t-il en fronçant les sourcils.
- Peut-être, peut-être pas. En tout cas, nous préparerons ça demain.
Et il se pencha vers ses amis et leur révéla son plan. Ses amis, qui avaient toujours été plus ou moins partant pour faire les quatre cents coups dans l'école, étaient plus que réticents cette fois-là. Dans leur esprit, une alarme sonnait, et ils sentaient que leur ami allait regretter sa blague.
Toutefois, si ça pouvait l'empêcher d'être malheureux à cause de Lily…
***
Le soir même, une adolescente de première année rentrait dans les cuisines pour rejoindre la salle commune de Poufsouffle. Elle chantonnait gaiement en saluant les elfes de maison de la tête, heureuse. Elle était loin de se douter que depuis son entrée, elle était suivie par deux des plus beaux garçons de l'école, cachés sous la cape d'invisibilité de leur meilleur ami. Pour la énième fois, Remus lâcha un soupir ennuyé.
- Tais-toi Lunard ! Je ne crois pas qu'un soufflement provenant de nulle part ne soit très naturel, et ce, même provenant d'une cuisine remplie d'elfe.
Le lycanthrope ne put s'empêcher d'esquisser un sourire, avant de murmurer dans un chuchotement à son ami l'Animagus un vague mot d'excuse peu sincère. Sirius leva les yeux au ciel, fixant de ses yeux souris la jeune fille devant elle qui donnait le mot de passe pour entrer dans sa salle commune :
- Ne crois pas que ce petit jeu m'amuse, au contraire.
- James se fait du mal tout seul, rétorqua Remus, et pourtant en faisant ça, nous l'encourageons !
Ils entrèrent à la suite de la fille qu'ils perdirent rapidement de vue et furent éblouis par la dominante jaune et argentée qui régnait dans la pièce et par le brouhaha incessant des Poufsouffle qui étaient présents et qui bavardaient de tout et de rien. Ce qui était un avantage pour eux, personne ne pourrait les entendre.
- Ecoute, il fait ça pour oublier Lily…
- Tu es bien naïf Sirius. Tu sais tout aussi bien que moi que c'est une vengeance personnelle plus qu'autre chose. Lily est juste le facteur de cause et de conséquence. Et il va perdre beaucoup plus que ce qu'il ne gagnera.
L'Animagus resta silencieux, se perdant dans la contemplation d'un groupe de garçons qui riaient aux éclats dans un coin.
- Peut-être… mais nous sommes ses amis et…
- Justement, en tant qu'amis, ne devrions-nous pas le dissuader de mettre à terme cette stupide farce ?
Les deux garçons réfléchirent, et le descendant des Black ne pouvait s'empêcher d'esquisser un petit sourire. L'amitié, la solitude, son ami loup-garou connaissait parfaitement tout ça. Mais…
- Ecoute, il a besoin de nous. Je ne pense pas que ça changera quoi que ce soit si nous lui disions que c'est une mauvaise idée. Nous ne sommes pas ses parents, et puis, tu le connais : il est têtu comme une mule. Effectivement, nous sommes ses amis, et tout ce que nous pouvons faire pour l'aider c'est de rester à ses côtés.
Remus ne paraissait pas réellement convaincu, c'est pourquoi son ami lui donna une amicale tape discrète sur l'épaule et murmura :
- Et puis, lui rendre ce petit service qu'il nous a si gentiment demandé ne signifie pas que le jour J, nous n'essaierons pas de contrecarrer ses plans.
Les deux meilleurs amis se sourirent et suivirent du regard David Johns qui pénétraient dans sa chambre. Ils le suivirent le plus discrètement possible, Remus sortit la potion « Goutte-du-mort-vivant » de sa poche et Sirius un marqueur indélébile. Le lycanthrope demanda à son ami s'il était sur que la potion était bien préparée, ce à quoi le garçon lui répondit qu'ils l'avaient testés sur une sourie passagère qui s'était réveillée quelques heures plus tard.
- Et ils rentrèrent dans la chambre du garçon.
***
Le lendemain, à l'heure du déjeuner, James se posta derrière une colonne du Hall d'entrée, un large sourire étirant ses lèvres et une étincelle de malice brillant derrière le verre de ses lunettes. Remus était à ses côtés, assis contre le poteau, les yeux au ciel.
Et Peter était posté en plein milieu de la pièce, cherchant du regard les deux personnes qu'il attendait avec impatience.
- Vous êtes sur qu'il ne s'est rendu compte de rien ? interrogea le garçon à lunette.
- Certains, soupira pour la énième fois son ami loup-garou. Il était déjà en tenue de sorcier, et nous avons bien fait attention à ce qu'il ne porte ni chemise ni pull. Il n'y verra que du feu.
Le garçon acquiesça dans un sourire et se redressa lorsque Peter aborda David qui passait par là. Le Poufsouffle avait l'air surpris mais resta avec le garçon qui lui posait des questions sur le dernier cours. Il ne remarqua pas que Queudver paraissait anxieux, attendant quelque chose qui ne venait pas.
- Qu'est-ce que fait Patmol ? marmonna, énervé, l'attrapeur des Gryffondors.
Lunard ne put s'empêcher d'esquisser un sourire amusé en songeant que, conformément au plan, leur ami descendant des Black n'était pas allé chercher Lily, mais plutôt sa meilleure amie, qui pourrait peut-être les aider à empêcher que le plan ne se réalise. Et puis, sans Sirius, il n'y avait que très peu de chance pour que la jeune femme n'arrive à temps.
Et pourtant… le loup-garou blêmit en apercevant la rousse, au détour d'un couloir, discutant joyeusement avec Erin. Il était tellement désemparé, priant intérieurement pour que June n'arrive, qu'il ne remarqua pas la vague de tristesse qui voila le regard de James. Mais il chassa rapidement ses états d'âmes et sortit sa baguette, souriant d'un air mauvais, alors que Peter et David abordait la préfète.
- Accio robe de David, murmura le garçon.
Et le résultat ne se fit pas attendre : la robe du garçon vola, laissant aux personnes autour le loisir d'admirer les inscriptions pour le moins extravagantes sur le torse de David : des « Love Lily » jusqu'au « épouse-moi Evans», de multitudes d'écrits surprenant étaient gravés à l'encre indélébile sur son corps. Immédiatement, le garçon piqua un fard, essayant de cacher ces mots dont il ne s'expliquait pas la provenance. La préfète-en-chef observa les inscriptions, muette de stupeur, avant de tourner la tête, furieuse, vers la colonne d'où l'on pouvait clairement entendre des éclats de rire. Rapidement, un cercle se forma autour des protagonistes, se moquant du pauvre Poufsouffle.
Dans la foule compacte qui riait aux éclats, June et Sirius tentaient de se frayer un chemin. Ils observaient avec horreur le spectacle honteux qui se dressait devant eux, impuissants.
La brune donna un petit coup de poing dans le torse de son ami, désemparée :
- Vous avez osé l'aider à mettre cette plaisanterie plus que douteuse à exécution ?
- Ecoute, soupira le garçon, si on ne le faisait pas, James l'aurait totalement déshabillé et exhibé devant l'école entière. Nous avons simplement voulu lui épargner ça, et je pense que c'est tout à notre honneur.
La jeune femme s'autorisa un soupir et continua à observer la scène, lèvre pincée, hésitant entre agir ou rester là.
- Vous n'auriez pas pu l'attacher quelque part ?
Son ami ne put s'empêcher de sourire devant le comique de la situation que lui proposait June.
- Et maintenant… que pouvons-nous faire ?
- Je ne sais pas… pas grand-chose j'imagine.
Pendant ce temps, Lily n'avait cessé de jeter des regards noirs meurtrier à James, adossé contre le pilier, conquérant et exhibant sa victoire, la robe noire de David dans une main, sa baguette dans l'autre, prouvant très clairement qui était l'auteur du méfait.
Elle s'approcha de lui, la tête haute, fière, tout le mépris du monde collé sur son visage en colère. Elle se posta devant lui, bras croisés tandis qu'il la toisait avec amusement, remarquablement doué pour cacher la peine qui l'envahissait, chassée par ce sentiment de fierté après avoir réussi son tour.
- Tu es fier de toi, n'est-ce pas ? lâcha la jeune femme avec dégoût. Le grand James Potter a de nouveau pu affirmer sa force et sa stupidité avec ses farces qui n'amusent que lui.
- Tu crois vraiment que ça n'amuse que moi ? répondit-il, en écho à des éclats de rires assourdissants, un sourire impertinent se traçant sur ses lèvres.
La jeune femme rousse lança un éclair de colère du regard à l'assistance puis s'empara de la robe de sorcier avec force. Mais le capitaine de Quidditch ne comptait visiblement pas en rester là, car il maintenait sa pression sur le vêtement :
- Ne trouves-tu pas que ce revêtement lui va bien ? lança-t-il à la cantonade, en désignant David du regard. Que dirais-tu s'il restait comme ça… pour la journée au moins ?
David ne savait plus où se mettre, au comble de la honte, et il maudit le Potter pour sa blague mesquine et méchante. Lily plongea ses yeux verts dans ceux du Potter puis tira violemment sur la robe, que l'Animagus lâcha sans réticence réelle. Elle la tendit au Poufsouffle, lui murmurant de vagues excuses sincères, avant de se retourner vers le chef des Maraudeurs.
- Tu me déçois Potter. Je croyais vraiment que tu n'étais pas ce crétin arrogant, mais je me suis plantée. Tu es vraiment ridicule, à te pavaner comme un coq et à vouloir épater la galerie en montrant que tu es le plus fort… Tu es pathétique.
- Et tu crois sincèrement que tu es plus blanche que moi ? Moi, au moins, je ne fais pas croire des choses qui sont fausses, je ne parle pas dans le dos des gens et je ne cherche pas à tout prix à vouloir me placer au dessus des autres.
La rousse ne put s'empêcher de laisser sa bouche s'entrouvrir sous le coup de la surprise, choquée par cette attitude quelque peu inhabituelle de la part du garçon. Elle ne comprenait pas, ne se mettait-il pas à ses pieds normalement ? Lily se mordit la lèvre et serra des poings. C'était de sa faute, il l'avait habitué à des réponses beaucoup plus souples, et recevoir une vérité qui n'était pas si fausse faisait toujours mal. Surtout une vérité qu'elle avait du mal à admettre.
Tout ce qu'elle réussi à articuler fut :
- Tu…Tu n'es qu'un gamin arrogant et surtout incroyablement immature.
- La perfection n'existe pas Evans, et ce n'est pas à moi que ça fait défaut.
L'adolescente bouillonnait de colère, tandis que James se faisait du mal tout seul à tenter de faire souffrir la jeune fille, dont il était amoureux, au maximum. Mais il soulageait sa conscience en s'avouant à lui-même qu'il ne faisait que lui rendre la monnaie de sa pièce. Six années d'ignorances pour quelques minutes d'humiliations. Ce n'était pas cher payé.
- James, ne put-elle s'empêcher de lâcher dans un souffle, qu'est-ce que… Qu'est-ce qui te prend ?
L'espace d'un instant, les battements du cœur du garçon s'accélérèrent. Non, il fallait qu'il se ressaisisse. Il se l'était promis, pendant les vacances après son refus, presque inconsciemment que s'était fini, qu'il arrêtait d'avoir la tête qui tournait quand ces cheveux roux flottaient au gré du vent, qu'il arrêtait de se plier à toutes les volontés de ces yeux verts…
Et pourtant, l'entendre murmurer dans un soupir choqué, ses deux yeux taillés en amande s'écarquillant de stupeur… ça lui avait tout simplement redonné de l'espoir.
Mais l'espoir est assassin, ce vague instant de bonheur est meurtrier, car éphémère. Il se brise comme du verre, en même temps que ses illusions. Trop vite, trop brutalement. Et après, on souffre.
- J'y ai vraiment cru tu sais ?
La préfète-en-chef avait murmuré ses mots dans un trémolo, coupant le silence glacial qui s'était installé, après quelques instants de réflexion. La colère qui était monté et avait marqué son visage de porcelaine s'était écoulée pour laisser seulement des traces de fatigues et de chagrin.
- J'y ai cru, répéta-t-elle, j'ai cru en ta sincérité. J'ai accepté ton amitié. Mais je me suis trompée, comme la dernière des idiotes. Tu t'amusais bien, n'est-ce pas ? ça te faisait rire de me voir te sourire… Mais c'est fini. J'ai parfaitement compris. Tu n'es qu'un idiot, doublé d'un arrogant crétin qui se croit au dessus des autres et qui raisonne comme un enfant à qui on volerait son jouet. Tu joues avec les sentiments des autres, Potter. Et c'est pour ça, que je te déteste.
Crac. C'était le bruit du cœur du garçon qui se fissurait tout le long de la tirade de la demoiselle. Il avala sa salive, lentement, essayant de garder un semblant de dignité qui ne trompait personne. Oui, ça faisait mal. Trop mal. Même l'assistance qui leur servait de spectateur ne riait plus. Tout n'était plus que silence. Il voyait Remus baisser la tête, les yeux bleus de Peter s'écarquiller sous le choc, visiblement embarrassé, Sirius et June qui avaient joué de leurs coudes au milieu de la foule compacte et qui les dévisageaient maintenant, sidérés et ahuris. Ça leur faisait tous mal, chacun à leur manière…
Mais le préfet-en-chef ne pouvait s'empêcher d'imaginer que sa douleur était inégalable, à tel point qu'il sentait le sol s'effacer sous ses pieds. Tout n'était plus que vide autour de lui. Et il se sentait incroyablement seul.
Mais il était loin de se douter que quelqu'un d'autre, dans cette pièce, ressentait la même détresse. Lily sentait que sa tête était sur le point d'exploser. Prononcer cette tirade déchirante lui avait fait l'effet d'un arrache-cœur. En pire.
Elle s'en voulait terriblement, autant qu'elle lui en voulait, à son brun à lunettes. Elle se détestait d'avoir pu prononcer ces paroles. Et encore plus à les penser. Car la rousse était perdue. Elle se sentait trahie, humiliée. Oui, elle était désormais certaine que James s'était joué d'elle depuis le début. Là-dessus, il n'y avait plus aucun doute. Sinon, il ne serait pas revenu à sa vraie nature, ce gamin prétentieux et stupide. Celui qu'elle détestait. Il n'y avait aucun soupçon à avoir, elle avait en face d'elle le vrai James Potter.
Mais celui qui lui avait souri, celui avec qui elle avait ri, avec qui elle avait dansé… Celui qui avait posé ses mains sur ses hanches, qui l'avait embrassé cette froide nuit de Décembre…
Ce James là, où était-il ?
Et pourquoi est-ce qu'elle se sentait si mal, rien que pour lui ?
Ça n'allait pas du tout, elle tombait amoureuse. Et elle ne le voulait surtout pas. Pas de lui. Il l'avait tellement déçu, en déshabillant David. Mais ne l'avait-elle pas mérité ? C'était elle qui avait commencé par l'ignorer, pour son bien, à elle et à lui…
Embrouillée par toutes ses pensées austères, elle tourna les talons.
Œil pour œil, dent pour dent. L'attrapeur n'en avait pas fin avec elle.
- Tu espères sincèrement pouvoir partir comme ça après avoir déversé ton venin ? Moi aussi, j'ai des choses à dire… lâcha-t-il en l'attrapant de force par le poignet.
- Potter, lâche-moi !
Lily avait prononcé cette phrase froidement, le fusillant du regard, tirant violemment sur son bras pour se dégager de l'emprise du garçon. Mais il avait une poigne de fer et ne faiblissait pas, malgré les insistances de la jeune femme.
- Tu crois sincèrement que tu es parfaite ? Mais c'est ça qui est navrant chez toi Evans. Tout doit être propre, rangé. Tu ne sais pas t'amuser et ne peux t'empêcher de faire ta loi.
- Laisse-moi tranquille, pesta la rousse.
- Je n'ai pas fini. Tu jubiles à faire ton devoir de préfet, à punir tout le monde et à imposer ta vision des choses, tel un petit dictateur. Tout ça pour cacher ton manque de personnalité. Face à ça, qui est le plus prétentieux des deux ?
Et il continua, à déblatérer des vérités qu'il ne pensait pas. La pousser à bout, la faire souffrir autant que lui souffrait, c'était l'objectif qu'il venait de se fixer inconsciemment pour noyer sa peine. La sorcière n'en pouvait plus d'entendre tous ces défauts de sa bouche, de l'écouter la rabaisser et l'humilier. De lui rappeler qu'elle n'était pas celle que tout le monde croyait. Une larme coula le long de sa joue. Pas un sanglot, pas un éclat. Une simple larme de colère, d'impuissance et de tristesse qui arrêta le garçon net. Elle le dévisageait froidement, de ses yeux émeraudes glaciales, et le brun à lunette se tût, la fixant sans gêne, abasourdi.
Il ne sentit même pas les mains de Sirius sur ses épaules qui le tira en arrière, alors que de l'autre côté, les bras de la batteuse des Gryffondors encerclaient celles de son amie avec chaleur. Ils se turent et s'éloignèrent, sans mots dire.
Et le descendant des Black et la Swan ne purent s'empêcher de penser, presque en osmose :
- Et bien sur, c'est nous qui allons devoir réparer les pots cassés…
A suivre…
*et dans ce cas précis surtout à la volonté de l'auteur, parce que sinon ce ne serait pas drôle.
Note de l'auteur:
Je suis sincèrement désolé pour l'attente et le temps qu'a mis ce chapitre à sortir. L'entrée au lycée fut une épreuve pas facile et très épuisante à franchir. Il me manquait du temps, de l'inspiration et surtout de l'envie. J'étais loin d'être inspiré et j'ai longtemps bloqué sur la fin de ce chapitre. D'après ma beta-lectrice, que je remercie chaleureusement, c'est bien, mais je n'en suis pas convaincue. Mais je vais quand même me fier à son jugement et espérer que vous serez satisfait. Après toute cette attente, je ne peux pas me permettre de poster un chapitre médiocre.
Je vais me dépêcher pour écrire la suite de l'histoire, mais une fois encore, ça risque d'être un peu long. Je finirais cette fiction coûte que coûte, seulement j'ai besoin de temps pour écrire et dans ma vie privée.
Merci à tous mes lecteurs/revieweurs pour leurs commentaires chaleureux. Sans vous, au risque de me répéter, ce chapitre et ceux d'avant n'auraient jamais vu le jour. Merci.
