Chapitre 13 : Opération Réconciliation
Ils ne se parlaient plus. La rousse ne se sentait pas de pardonner ni de donner des explications au brun à lunette, et celui-ci préférait d'ailleurs ne pas lui en demander, en plus de ne pas lui présenter d'excuses. Ils ne s'adressaient donc plus la parole, tout simplement. Même pendant leurs rondes ou dans leur salle commune. Aucun son ne dépassait le seuil de leurs lèvres lorsqu'ils étaient dans la même pièce. Et cette froideur ambiante, leurs amis avaient du mal à la supporter. C'était triste à dire, mais le lien des Maraudeurs à Lily était James, et inversement. Et en bons amis qu'ils étaient, chacun d'eux, même ceux qui ne connaissaient pas l'histoire en détail –bien que les ragots qu'avait entraînés la dispute publique avaient longtemps fait jaser les plus bavards- ne restaient pas indifférents à la peine et aux chagrins des deux protagonistes.
James se refusait à l'avouer. Il paraissait, aux yeux d'anonymes ou d'inconnus, aussi heureux et jovial que les jours précédents. Et même, pour certain, c'était comme si le vrai James Potter était revenu : les farces puérils qui avaient façonné sa réputation reprenaient de plus belles, et au grand damne des professeurs, cela réussissait à faire des heureux. Mais les deux autres Animagus et leur ami lycanthrope le voyait bien au fil des jours : si leur meilleur ami savait bien le cacher, il ne pouvait pas dissimuler ce froncement de sourcil malheureux qui avait pris place entre ses yeux, ni ces quelques secondes de vague à l'âme où le brun était tout simplement déconnecté de la réalité. Il ne pouvait pas prétendre avoir suffisamment mangé lorsqu'il n'avait pas touché à son assiette. Régulièrement, les trois garçons échangeaient des regards affolés et Sirius ne pouvait s'empêcher de solliciter de l'aide du regard à June.
Toutefois, celle-ci était aussi désespérée que lui.
Lily le cachait très bien, et ce beaucoup mieux que James. Elle marchait toujours fièrement, brillait toujours par ses études et souriaient aussi souvent qu'a l'accoutumé. Personne n'avait remarqué le changement, et tous les élèves de l'école ignoraient ses tourments. Mais sa meilleure amie l'avait bien remarqué. Elle avait bien remarqué la tristesse, cet infime regard, qui voilait ses yeux amandes. Et elle n'osait pas la questionner, l'assener de questions pour qu'elle lui déballe ses peines de cœurs. Bien que cette situation n'enchantait pas du tout la batteuse, elle ne pouvait l'obliger à se confier à elle. Dans ces cas-là, être amis revenaient à laisser à la rousse le temps de se remettre les idées en place, mais l'épauler toujours même sans connaître le fond du problème. Si elle voulait se confier à elle, June serait là. Pas avant.
Justement, Lily venait de la laisser, prétextant un travail de préfet pour se retrouver seule dans ses pensées. June n'était pas dupe, mais elle ne pouvait pas violer l'intimité de son amie. Elle n'avait plus qu'à accepter.
C'est ainsi que la brune se retrouva seule entre deux salles de cours, culpabilisant de ne pas pouvoir offrir à son ami un meilleur réconfort que celui qu'elle lui proposait déjà. Et elle jugeait que ce n'était pas assez.
La batteuse était tellement perdue dans ses pensées qu'elle ne sentit qu'à peine la main chaude qui lui agrippa le bras et qui l'entraîna doucement vers un endroit moins fréquenté.
La jeune femme cligna des yeux de surprise en suivant contre son gré Sirius Black qui l'attirait vers la salle sur demande, se moquant de ses protestations. Une petite pièce pas plus grande qu'un placard à balai s'ouvrit à eux.
- Sirius, nous n'avons pas le droit d'être ici, chuchota la brune, jetant des regards ça et là aux différents endroits de la pièce.
Le garçon haussa les épaules et ajouta dans un sourire :
- Je ne pensais pas que tu pourrais craindre de violer les règlements. Tu n'es pas une aussi dure à cuir que je le pensais.
June grogna un moment des phrases incompréhensibles puis se tût, fronçant les sourcils. Le descendant des Black s'étonna de cette réaction et lui demanda si tout allait bien :
- Je me demandais, simplement… La salle sur demande n'offre qu'un endroit qu'on cherche. Et là nous sommes enfermés dans un placard à balai. Et nous sommes très… serrés. Que cherchais-tu exactement comme…pièce ?
Les joues de la batteuse se rosirent quelque peu, fuyant le regard gris du garçon, tandis que le brun écarquilla les yeux, ne sachant que répondre à cette question pertinente et compromettante. Il s'en sortit en balayant la
question d'un revers de main et enchaîna :
- J'avais besoin de te parler. Au sujet de James et Lily.
Le regard de la brune s'illumina à cette parole, et les deux amis poussèrent à l'unisson un soupir révélateur.
- Sais-tu pourquoi Lily s'est entêtée à nous ignorer dès le retour des vacances ? Tu crois que ses cadeaux ne lui ont pas plu ?
June se mordit la lèvre et secoua la tête en signe de dénégation. Sirius parût surpris d'une telle réponse, mais ne fit pas de commentaire.
- Quoi qu'il en soit, la raison de leur dispute est ridicule.
L'interpellée haussa un sourcil d'incompréhension et enchaîna :
- C'est vous qui aviez été ridicules... et idiots : vous avez suivi James dans sa petite vengeance minable, sans tenter véritablement de le raisonner ou de l'en empêcher.
- Tu crois que tu es plus intelligente que nous ? répliqua le garçon d'un air mauvais. Tu as trop peur de te disputer avec ta meilleure amie pour lui demander ce qu'il ne va pas, et tu n'essaies même pas de l'aider.
La jeune femme allait répliquer, les joues rouges de colère et des paroles agressives pleins la bouche, mais se résigna :
- Ecoute, espèce de crétin, ce n'est pas le moment pour nous de nous disputer. Il faut que nous arrivions à les réconcilier coûte que coûte, l'ambiance est trop pesante !
-Pour une fois, je suis d'accord avec toi, ajouta Sirius dans un sourire. Et j'ai une idée pour les réconcilier…
Après la farce que les Maraudeurs avaient fait subir quelques jours plus tôt à David, June lui lança un regard sceptique. Mais lorsqu'il lui expliqua l'étendue de son plan, un mince sourire écarta son visage. Ce n'était pas dit que ça allait marcher… mais le jeu en valait la chandelle.
***
Lily passa une main distraite dans ses longs cheveux roux alors que la sonnerie annonçant la fin des cours résonna dans toute la vieille école. C'est avec lenteur et un manque de détermination cruel qu'elle rangea ses affaires en écoutant d'une oreille sourde la voix forte du professeur Slughorn donner les exercices pour la fois prochaine. Lorsqu'elle sortit de la salle de potion, préparée psychologiquement à s'enfermer dans sa chambre pour faire la monticule de devoir qui l'attendait pour la semaine prochaine, son cœur manqua un battement et elle retint un cri de peur lorsqu'une masse de cheveux bruns fadasses lui sauta littéralement dessus :
- Lily, s'écria June d'une voix trop enjouée pour être honnête, j'ai un service à te demander…
Cette peur passée, la jeune femme accueillit dans un sourire les propos de son amie et l'invita de ses yeux forêts à continuer :
- J'aimerais que tu m'aides à réviser les Aspics de potion.
La rousse sourit tendrement, petit mouvement de lèvre chaleureux, et lui assura que, bien évidemment, elle serait là pour l'aider à réviser avant les examens. Elle s'excusa ensuite auprès de la brune et commença à s'écarter gentiment pour regagner la salle commune des préfets. Elle ne fut néanmoins aucunement surprise de sentir se resserrer autour de son poignet la main glacée par le vent de janvier de sa meilleure amie.
- Lily, insista la batteuse de l'équipe de Gryffondor, légèrement embarrassée, lorsque je te demandais de l'aide pour les examens, j'entendais... maintenant.
- Maintenant ? s'exclama avec un mélange de surprise et d'amusement l'autre demoiselle. C'est à dire que j'avais déjà prévu de travailler le devoir du Professeur Mcgonagall et...
June la stoppa sans sourciller et minauda de sa voix la plus chaleureuse et agréable possible:
- S'il te plait, ça ne te prendra pas longtemps, une heure tout au plus. Mais comme je n'ai, encore une fois, rien compris au cours d'aujourd'hui... je me suis dit que tu devrais peut-être m'expliquer dès maintenant pour ne pas que je...
- C'est bon Ju', ça va. Le devoir de Métamorphose pourra bien attendre, conclut-elle dans un soupir alors que le visage de son amie se para d'un sourire rayonnant. On s'installe en salle commune ? Ce sera plus agréable...
- Non ! hurla l'autre. Enfin, je veux dire, on sera mieux à la bibliothèque tu ne penses pas ?
Le visage de Lily se voila d'un masque de suspicion tandis que sa meilleure amie se mordilla la langue, certaine d'avoir été découverte. Mais la rousse se contenta simplement d'éclater de rire :
- Pour que tu veuilles aller à la bibliothèque, toi qui fuit les livres comme la peste, tu dois être vraiment désespérée !
June grogna, bougonne puis s'ensuit une crise de fou rire avec sa meilleure amie. C'était presque comme si Lily ne s'était jamais disputée avec James. La brune avait craint que cette dispute ne l'oblige à faire un choix entre sa meilleure amie et ... les Maraudeurs. Mais il n'en était rien, et elle était désormais rassurée de voir que son amie ne lui posait pas d'ultimatum.
C'était donc dans la joie et la bonne humeur que les deux jeunes femmes se dirigèrent vers la bibliothèque. La rousse était en train de se dire qu'elle était réellement chanceuse d'avoir une amie comme June, qui l'acceptait telle qu'elle était, qui ne la blâmait pas ou très peu et la laissait maître de son destin. Elle savait parfaitement que dans de telles circonstances, si la batteuse n'avait pas été là, Erin et Katherina l'auraient assenée de question sur elle et James, les raisons de leurs disputes, ou pire, les auraient obligé à se réconcilier. Mais elle pouvait compter sur June, et savait que ce n'était pas le genre de chose qu'elle lui ferait. Et ça lui faisait du bien.
Du moins, c'était ce dont elle était certaine lorsqu'elle ouvrit la porte en bois de la bibliothèque de la prestigieuse école de Poudlard.
Et pourtant, cette pensée s'évapora aussitôt que James et Sirius apparurent dans son champs de vision, attablé à une table, la fixant avec stupeur.
Elle se retourna vers son amie qui l'observait avec attention, silencieuse désormais. En un éclair, la vérité prit place dans l'esprit de la préfète : elle s'était faite avoir. Elle commença à essayer de quitter le lieu silencieux mais sa grande amie l'en empêchait. Puis elle tenta vainement d'aller s'installer sur une table loin de celle des deux garçons, mais la brune lui barrait le passage.
- Tu as osé, murmura-t-elle, bouillonnant intérieurement de rage devant l'air courroucé de Mme Pince, la bibliothécaire.
- Lily, ce n'est pas ce que tu crois, je te jure que je voulais étudier la potion.
- Par Merlin, tu penses que je vais te croire ? Mais imaginons, juste une seconde, que c'est un hasard: je refuse d'aller m'asseoir avec eux.
La grande brune aux yeux gris commença à chercher de l'aide auprès du descendant des Black, mais ce dernier essayait à grande peine de retenir le préfet-en-chef, qui tentait vainement lui aussi de quitter la pièce.
- S'il te plait, fais ça pour moi... J'aimerais vraiment qu'on aille s'asseoir avec eux...
- Donne-moi une seule bonne raison pour que j'accepte, la fusilla-t-elle de ses yeux verts, les bras croisés sous sa poitrine.
Rapidement, le cerveau de la jeune femme brune commença à tourner, cherchant un échappatoire ou une solution. Une idée lui venait bien mais... c'était beaucoup trop humiliant. Mais c'était ça ou rien. Et elle voulait vraiment que ses deux amis se réconcilient. Et pour cela, il fallait leur donner l'opportunité d'un face à face. Elle pouvait donc bien se permettre un petit mensonge...
- Je ... bégaya-t-elle... j'ai envie d'être avec ... Sirius.
- Pardon ?
- Ne m'oblige pas à répéter, c'est beaucoup trop gênant, chuchota June, rouge comme une tomate.
La rousse l'observa longuement, les yeux dans les yeux, la bouche grande ouverte. Puis un large sourire éclata sur ses lèvres et elle se retint de serrer sa meilleure amie dans ses bras, trop heureuse par la portée des révélations qu'elle venait de lui faire.
- Tout ce que je te demande, c'est de ne pas m'obliger à leur parler.
Et c'est sur ces mots qu'elle se déplaça, guillerette, vers la table des deux Maraudeurs et s'assit à la gauche de Sirius, en face de James, sans un mot.
Elle fut très vite rejointe par sa meilleure amie qui s'assit à la gauche du Potter, silencieuse. Aucun mot ne sortait, et seul le bruit des pages tournées fébrilement troublait le silence embarrassant qui s'était installé dans la pièce.
Sirius et June cherchaient les mots à dire, les sujets de conversations à aborder pour briser ce silence pesant et désagréable. Pourtant, ils avaient beau se triturer les méninges, ils ne pouvaient qu'observer car rien ne leur venait à l'esprit.
Pendant ce temps, James ne pouvait s'empêcher de poser ses yeux noisettes sur le visage pêche de la rousse. Il aurait voulu pouvoir se contrôler, se concentrer sur ce stupide livre de Quidditch et ignorer la présence féminine en face de lui. En vain. Il n'arrivait pas à s'obliger à passer outre l'aura de sa collègue préfète. C'était ridiculement impossible. Il ne pouvait s'empêcher d'être fascinée par son aura, ses mèches rousses qui glissaient le long de son épaule, ses yeux émeraudes rivés sur son cours battant élégamment des cils... Et il s'en voulait, plus qu'il n'en voulait à la jeune femme d'exercer sur lui une telle fascination. Alors qu'elle lui avait fait si mal.
Lily ouvrit la bouche, et ignorant superbement les deux garçons, elle commença ses explications sur la potion vue ce jour. June avait beau se concentrer pour l'écouter, elle n'arrivait pas à dériver l'attention que portait son cerveau sur la mission qu'elle s'était donnée avec le poursuiveur. Et elle voyait bien que ce dernier avait du mal lui aussi avec son meilleur ami.
Puis la préfète-en-chef parla d'un livre de potion de référence, et son amie prit ceci pour un signe.
- Tiens, je vais chercher ce livre, ça pourrait m'être utile !
Et elle se leva précipitamment, s'engouffrant entre l'obscurité des étagères de la grande bibliothèque de l'école. Lily roula des yeux, ennuyée. Finalement, elle avait peut-être eu tort de faire confiance à son amie. Mais au bout de quelques secondes, elle réapparut et fixa leur table, sourcils froncés. Comme personne ne réagit, elle leva les yeux au ciel, excédée et se posa devant la table et demanda d'une voix trop mièvre pour être sincère:
- Sirius, tu veux bien m'accompagner ?
- Pourquoi ?
- Cherches pas, tu te lèves, et tu viens compris ? ordonna-t-elle, sèche, se retenant d'hurler.
- June le tira par la manche, et l'obligea à la rejoindre. Ce dernier la suivit malgré lui, interloqué, ne comprenant pas immédiatement le petit manège de la jeune fille. Ils se dissimulèrent entre deux étagères et la demoiselle le plaqua contre l'une d'elle de sa main, son visage trop occupé à observer leurs deux amis restés à l'écart. Une fois qu'elle s'était assurée que son amie ne lui en voulait pas trop, elle lâcha le garçon et lui donna une tape sur la tête:
- Tu es idiot ou tu le fais exprès ? Tu as oublié pourquoi nous sommes venus ici ?
- Non, bien sur, mais tu aurais pu trouver plus subtile que «je vais chercher un livre».
La brune se justifia par l'urgence de la situation et ils retournèrent à la contemplation de leurs deux amis. Ils semblaient silencieux et évitaient chacun le regard de l'autre, comme des enfants:
- On leur a donné l'opportunité, maintenant nous ne pouvons pas nous réconcilier à leur place, marmonna June dans sa barbe.
- Comment as-tu fais pour faire venir Lily à notre table ? A voir la tête qu'elle a fait lorsqu'elle est rentrée, je suppose que tu as réussi à être très persuasive pour qu'elle s'installe de son plein gré en face de James.
La jeune femme resta silencieuse quelques instants et répondit dans un rire nerveux:
- Je lui ai dit que je voulais m'asseoir à côté de toi. C'est idiot n'est-ce pas ? Je me demande comment elle a pu croire à un mensonge pareil...
Sirius posa son regard sur le visage de son amie, ne partageant pas son rire dissimulant tant de vérité. Il se contenta simplement de détourner son regard brumeux de la sorcière et d'ajouter dans un murmure morne:
- Idiot... en effet.
***
Du côté de James et Lily, le silence était devenu morbide, tendu. Prêt à exploser. Si la jeune femme ignorait superbement son ami, ce dernier ne se cachait plus pour l'observer maintenant. Les sourcils cachés derrière ses lunettes rondes étaient froncés, et il hésita un peu avant de lancer, courageusement:
- Bon, on va continuer longtemps à se comporter comme des enfants ?
Cette phrase surprit la rousse, qui leva le nez de son livre, perplexe. Après une pause, elle se décida à répondre, dédaigneusement :
- Pardon ?
- Tu m'as très bien entendu. On n'a plus onze ans et ce genre de querelle est ridicule.
- Dois-je te rappeler que c'est toi qui a commencé ? Ce n'est pas à moi de m'excuser.
- Pardon ? murmura après un temps James, interloqué avec incompréhension.
- Oui, ce n'est pas moi qui ai déshabillé ce pauvre David devant la moitié de l'école.
Cette phrase laissa le jeune homme pantois. Où était donc la Lily qu'il taquinait autrefois, avec qui il avait dansé, celle qu'il avait embrassé ? Comment pouvait-elle se montrer si odieuse avec lui ?
- ça n'était pas tes affaires, c'était une histoire entre lui et moi. A toi, personnellement, je ne t'ai rien fait. Ce n'est pas moi qui ai dit à ce «pauvre David» que je n'étais rien pour toi.
- Oh, tu es jaloux ? s'offusqua-t-elle. C'est pour ça que tu l'as humilié publiquement ? Tu es vraiment immature.
- Tu me l'as répété de trop nombreuse fois pour que je m'en soit rendu compte, répondit-il en roulant des yeux.
La rousse retint un sourire amusé, mais qui disparut bien assez vite: le moment de la confrontation était arrivée, c'était maintenant qu'ils se disaient les choses en face.
- Tu m'as traité de dictateur...
- Sur le moment je l'ai pensé, soupira-t-il -et le coeur de la jeune femme se décomposa peu à peu-. Mais c'était après que tu m'as dit que tu me détestais... ça ne compte pas.
- Tu veux me rejeter la faute dessus ?? C'est trop fort ça. Ce n'est pas à moi de m'excuser, je ne suis pas celle qui a sorti la hache de guerre !
La rousse commença à se lever, lasse de cette dispute idiote, se surprenant elle-même par la vivacité et la froideur de leur échange. Mais le garçon n'en avait pas fini et lui attrapa avec un mélange de délicatesse et de force le poignet:
- Qui donc alors ? Je ne t'ai rien fait, je ne t'ai jamais porté de préjudice moi.
- Si, tu m'as embrassé ! hurla-t-elle, au bord de l'exaspération.
Et elle regretta immédiatement ses paroles. Madame Pince leur lança un regard sévère et intima la demoiselle au silence. Sirius et June, toujours entre leurs étagères, les observaient, interloqué qet ne comprenant pas la portée de tous ses propos. Malgré elle, le visage de la brune se détendit en un sourire. Elle comprenait enfin ce qui tracassait son amie. Et peut-être même qu'elle pourrait aider James. Mais...
De son côté, le préfet dévisagea la jeune fille et lâcha son poignet pâle sous le coup de la surprise. Alors s'était ça. La cause du problème. De la destruction de leur amitié. C'était donc ça. Un simple baiser, si lourd de conséquence.
- ça t'a tant dégouté, murmura-t-il faiblement.
- James, je ...
Mais que pouvait elle lui répondre ? Elle avait simplement envie de pleurer. Elle avait eu envie de lui faire mal, d'être en position de supériorité vis-à-vis de lui. Elle avait voulu qu'il soit écoeuré de sa personne, pour être débarrassé de son emprise si forte. Elle avait réussi, mais ça ne lui convenait toujours pouvait-elle pas être simple ? Faire comme toutes les filles de son âge ? Se laisser bercer par des vagues de sentiments, sans que logique ou raison n'interfère ? Là, à cette instant précis, devant l'air dépité du Potter, elle avait envie de faire tomber son masque d'impassibilité. Elle était fatiguée. Fatiguée par cette guerre stupide, qui ne lui apportait que du mal pour si peu de bien. Mais du bien, y en aurait-il seulement un jour ? Que ressentirait-elle lorsqu'elle verrait James dans les bras d'une autre ? Pourrait-elle seulement faire face et faire comme elle faisait toujours, l'orgueilleuse et l'insensible ? Ou alors ressentirait-elle de l'indifférence ?
Elle n'en était plus si sûre.
Et pendant que Lily réfléchissait à ses propos, le garçon quitta la pièce sans un mot. Sans un regard pour elle non plus d'ailleurs. Un partout, balle au centre. Ils s'étaient fait mal mutuellement. Et ils n'avaient plus envie de continuer ce jeu stupide, de chat et de souris. C'était fini.
La rousse attendit quelques minutes. Elle attendit quelques minutes avant de sortir à son tour de l'immense bibliothèque, oubliant son amie à qui elle avait promis son aide. Elle n'en avait plus la force ni l'envie. Elle n'avait plus goût à rien pour le moment.
Elle marcha dans le couloir rapidement, évitant de son regard sapin les groupes d'amis qui discutaient, les amoureux qui s'enlaçaient et tous ceux qu'elle connaissait de près ou de loin. Elle regardait ses pieds, et une larme coula silencieusement sur sa joue. De haine et d'impuissance. De rage contre elle-même. Longtemps elle avait été fière d'être celle qu'elle était, un brin de différence par rapport aux autres qui en séduisait plus d'un. Désormais, cette différence, elle n'en voulait plus. A cet instant précis, elle voulait être comme tout le monde: simple. Avoir des rapports normaux avec les autres, ne pas faire souffrir ceux qu'elle appréciait, fuir ce flot de questionnement et d'agitation qui l'empêchait d'être la gentille-Lily. Cacher le démon qui sommeillait en elle.
Pour la première fois, la sorcière souffrait de son trop d'orgueil.
Elle était tant perdue dans ses pensées qu'elle ne remarqua pas la personne qui était devant elle. Et rentra la tête la première dans le torse chaud d'un garçon de Poufsouffle, au vue des ornements qui décoraient ses chaussures:
- Attention où tu vas Evans, rigola David.
- Pardon.
La jeune femme tenta de fuir l'aura amicale du garçon mais ce dernier l'attrapa délicatement par les épaules et l'obligea doucement à le regarder en la retournant vers lui. Elle plongea dans ses yeux saphirs tandis qu'il lui demanda d'une voix maternelle:
- Lily, qu'est-ce qui ne va pas ?
- Rien du tout, répondit-elle dans un sourire, ressemblant à une grimace. La fatigue, le stress des examens, tu vois... ne t'inquiète pas.
Il ne paraissait pas un seul instant convaincu par ses propos et ne la laissa pas s'enfuir. Il déplaça une mèche de cheveu lui tombant dans les yeux et murmura:
-Tu peux me faire confiance. Je ne suis peut-être pas le plus drôle ou le plus intelligent, mais tu peux me faire confiance. Je... j'interdis à quiconque de te faire du mal, sinon je mords.
Et il réalisa dans une imitation parfaite un grognement de chien. Ceci eut pour effet de faire rire la jeune femme et le garçon retrouva le sourire.
- Merci David.
Il lui répondit par un «pas de quoi» maladroit et timide, ce qui eut pour effet de faire sourire la jeune sorcière, attendrie. Après un bref silence, auquel Lily souhaitait mettre fin par un «à bientôt», elle fut prise de cours par l'expression sérieuse qu'arborait maintenant la jeune homme. Ceci eut pour effet de décontenancer la demoiselle et elle se tût, attendant que des paroles dont elle ne s'attendait pas franchissent le seuil de ses lèvres:
- Tu te rappelles ce que Potter et ses amis m'ont... écrit dessus ?
La préfète n'osa pas répondre, embarrassée. Bien sur qu'elle s'en souvenait. Mais elle n'osa pas retourner le couteau dans la plaie, cet épisode était si humiliant... Elle se contenta donc simplement d'hocher de la tête, en signe d'approbation. David se mordilla la lèvre, visiblement ennuyé. Il prit une longue inspiration et ajouta:
- Tu sais... ils n'avaient pas tout à fait tort...
- A propos de quoi ? l'interrogea-t-elle, dubitative.
Le garçon sembla hésiter un instant avant de répondre, sans oser la regarder dans les yeux :
- Est-ce que tu voudrais... par hasard, j'imagine bien que ça ne t'es jamais venu à l'esprit, mais si par hasard ça t'intéresserait, est-ce que tu voudrais...
- David, je ne comprends rien à ce que tu veux dire, rigola-t-elle doucement. Vas-y, dis-le !
Il sourit doucement avant d'ajouter, sans s'arrêter et en serrant les poings pour se donner du courage:
- Est-ce que tu veux être ma petite amie ?
Lily écarquilla les yeux et ouvrit la bouche, confuse. Elle ne s'attendait pas à une telle confession de la part du sorcier, et ne savait que répondre. L'espace de quelques instants, elle perdit de son assurance habituelle et ne sut pas quoi répondre. David passa une main gênée dans ses cheveux et ébouriffa ainsi ses boucles blondes:
- Mais si tu ne veux pas, je comprendrais... Je suis désolé, je ne voulais pas t'embarrasser... je suis un idiot, je...
- D'accord.
Le blond s'arrêta dans son élan et l'observa attentivement de ses yeux bleus, comme s'il n'avait pas compris un mot de ce qu'elle avait dit. La rousse se mordilla la lèvre. Pourquoi pas, s'était-elle dit ? Il était gentil, drôle et simple. Le garçon rêvé par bons nombres de filles. Donc pourquoi n'essaierait-elle pas ? Elle pourrait ainsi devenir plus gentille, oublier les sentiments stupides qu'elle éprouvait pour le Potter et peut-être qu'avec le temps, elle tomberait amoureuse de David... Elle se détestait à cet instant, à être si calculatrice. Mais deux mots résonnaient dans son esprit et elle ne pouvait que les écouter: Pourquoi pas ?
- Tu... tu veux bien ? la questionna-t-il, certains d'être au bord de l'hallucination.
- Oui.
Le garçon sourit largement, puis se mit à rire. Il la serra doucement dans ses bras,protecteur, hurlant de joie puis s'en alla en sautillant. Amoureux et joyeux.
La jeune femme sourit doucement en le regardant s'éloigner, puis, alors qu'elle tournait les talons pour remonter à la salle commune des Gryffondors, elle se demanda si elle n'avait pas fait une erreur...
A suivre...
Note de lecture: J'aime pas les résolutions faciles. Et comme ça, on peut voir que Lily n'est pas la miss parfaite dépeinte dans le roman. Je suis sure qu'elle était comme ça dans sa jeunesse avant de devenir l'épouse et la mère modèle.
Brefouille, le prochain chapitre devrait être rempli de rebondissements... il marquera le début de la fin de l'histoire, prévue dans trois-quatres chapitres. Et oui, le défi est toujours de mise malgré tout ;)
