Chapitre 14 : Entre deux blessures

Lily n'avait pas voulu que tout le monde soit au courant. Elle avait espéré que le fait qu'elle soit la petite amie de David depuis plus d'une semaine reste un secret, du moins pour le début. Elle ne l'avait même pas dit à ses trois amies que déjà, toute l'école était au courant. Et beaucoup l'assenaient de questions.

C'était au détour d'un couloir, alors qu'elle se dirigeait vers la Grande Salle qu'un de ses camarades de classe -et meilleur ami de David- lui sauta littéralement dessus avec ses interrogations. Et rapidement, d'autres se chargèrent de transmettre le message. Elle s'en rappelait très bien. A ce moment-là, il y avait beaucoup de monde. Trop de personnes avaient entendu la voix nasillarde et forte de l'ami de son petit ami qui la félicitait devant tout le monde.

La rousse se souvient avec tristesse du regard de June lorsqu'elle avait appris la vérité. Elle semblait ne pas y croire et se contenta de se taire en l'observant avec un mélange d'étonnement et de déception. Mais elle n'avait rien dit et avait fait comme si rien n'était par la suite. Bien que par moment, ses yeux trahissaient son besoin de faire part de son mécontentement à son amie.

Et elle avait croisé malgré elle le regard chocolat de James. Il était passé devant elles, comme si rien n'était jusqu'à ce que le garçon l'accoste et révèle à tous ce qu'elle souhaitait tant cacher. Le brun à lunette s'était arrêté dans sa marche, comme paralysé, choqué par les paroles de l'ami de David. Elle se rappelait avec exactitude ses poings serrés, ses traits énervés qui cachaient si bien le chagrin qu'il éprouvait. La préfète s'était sentie comme honteuse après ça, mais que pouvait-elle faire ?

Et puis il était parti, tout simplement, las, dans un soupir, comme si la nouvelle ne l'atteignait pas le moins du monde. Peter lui avait donné un tape dans le dos réconfortante tandis que Remus le serrait par l'épaule, comme pour lui faire oublier ce qu'il venait d'entendre plus tôt. Le capitaine de Quidditch leur avait souri, empli de gratitude puis avait enchaîné sur un autre sujet de conversation.

Lily avait essayé d'oublier ce regard. Cette colère contenue, ces sourcils froncés derrière ses larges lunettes. Et pourtant, il occupait constamment son esprit, comme une douce mélodie qui nous reste en mémoire. Ceci la désolait bien. Elle songea dans un sourire qu'elle ressemblait à une junkie, avant de secouer la tête et de se remettre les idées en place : il fallait qu'elle arrête de penser à James, c'était avec David qu'elle était en couple désormais.

D'ailleurs, à la fin du repas, il vint se poster derrière elle et lui demanda dans un sourire si elle souhaitait faire une balade dans le parc avec lui. Surprise, la préfète avait questionné ses amies du regard qui l'encourageaient dans un sourire, puis elle acquiesça et c'était sous les regards médusés et admiratifs des autres élèves qu'ils sortirent de l'école.

De son côté, discrètement, James donna un violent coup sur la table et se laissa tomber en arrière sur sa chaise, fixant penaud le sol magique de la Grande Salle.

***

Le Poufsouffle et la Gryffondor étaient seuls dans le parc, à l'exception d'un groupe d'élèves contre les murs de l'école, sous un soleil radieux, ce qui était plutôt rare en ce mois de janvier plutôt rude.

- Je suis désolé, marmonna le garçon.
- Pardon ?

L'adolescente cligna des yeux, stupéfaite et perplexe quant aux excuses du jeune homme. Ce dernier accueillit ceci dans un sourire et déclara en rangeant une main dans sa poche, l'autre secouant ses cheveux bouclés :

- J'ai bien vu que tu étais embarrassée ... que tout le monde soit au courant pour nous deux.
- Oh.

Un léger écartement de lèvre s'esquissa sur ses pommettes et elle affirma doucement :

- Ne t'inquiète pas pour ça. Ne te moque pas, mais tu es la première personne avec qui... enfin tu comprends. Cela m'a fait bizarre au début. Mais ce n'est pas de ta faute, tu n'as pas à t'excuser.

Le blond reçu cette réponse avec soulagement et enchaîna sur le cours de divination qu'il avait subi quelques heures plus tôt, imitant merveilleusement bien leur professeur. La rousse s'agrippait le ventre pour ne pas écrouler de rire et elle se surpris à penser que David était tout de même une présence agréable. Elle ne l'avait jamais détesté, mais il avait été souvent une présence fade et invisible pour la jeune fille. Un simple camarade de classe. Mais là, en ayant accepté d'être sa petite amie, elle découvrait un garçon maladroit, amical et drôle. Peut-être pas le plus beau, ni le plus intelligent, mais une personne humaine. Et inconsciemment, elle trouvait le jeune homme très attachant et commençait à se plaire de sa présence. Peut-être que finalement, elle n'avait pas fait une erreur, mais le bon choix...

Le temps passa si vite qu'ils découvrirent avec un mélange de consternation et de déception qu'ils étaient déjà arrivés devant la porte qui menait au jardin et que les cours allaient reprendre très rapidement.

- A plus tard, lança Lily d'une voix chantante.
- Attends, s'il te plait.

La rousse se retourna, étonnée par l'expression grave qui avait remplacé les traits jovials du Poufsouffle. Il paraissait réfléchir, chercher les mots justes, pourtant aucun mot ne sortit de ses lèvres. Il posa simplement sa main contre le mur, emprisonnant la demoiselle de son corps et rapprocha doucement son visage du sien. La jeune femme écarquilla les yeux, perdue. Elle ravala sa salive et se prépara à répondre au baiser du garçon. Il était son petit-ami, il était normal qu'ils s'embrassent. Alors, pourquoi son coeur battait-il ainsi, aussi rapidement ? L'excitation ou la peur ? Elle ne saurait dire et se contenta simplement de fermer les yeux en passant outre ses vagues à l'âme.

L'image qui lui apparut immédiatement à l'esprit fut celle de son premier baiser. Elle sentait encore la bouche chaude de James sur ses lèvres, sa langue tentant de se frayer un passage dans sa bouche. Ses mains glacées par le froid de décembre l'agripper doucement par la taille tandis qu'elle cachait les siennes entre les mèches brunes de son partenaire.

Et elle ouvrit brutalement les yeux, la bouche de David à quelques centimètres de la sienne.

Lily détourna la tête, gênée, haletante et le repoussa doucement en tremblant. Elle n'osait pas le regarder en face et commença à pester intérieurement contre elle-même. Pourquoi ? Pourquoi, même dans ses moments là, revenait-il la hanter ? Pourquoi ce souvenir lui créait-il une douce chaleur au creux de son estomac ? Elle ne voulait pas de tout ça. C'était ce dont elle tentait vainement de se persuader, mais elle se cachait la vérité à elle-même : elle avait surtout peur de ce qu'elle ressentait pour le Potter et ce n'était que maintenant qu'elle s'en rendait compte. C'était beaucoup trop fort, beaucoup trop violent. Elle ne maîtrisait pas. C'était ce qu'elle détestait. Elle ne supportait pas de ne pas être maîtresse de ses sentiments.

Le blond détacha son visage et observa silencieusement la jeune femme, dépitée.

- C'est trop tôt c'est ça ? demanda-t-il, inquiet et la voix légèrement tremblante. Si tu veux, on peut attendre, c'est...
- Ce n'est pas de ta faute, c'est moi... Je... je pense que ce n'était pas une bonne idée.

Le garçon resta silencieux, ouvrant la bouche, puis la fermant tel un poisson rouge. Puis il passa une main sur ses yeux clairs et marmonna, hésitant entre rire et pleurer :

- Qu'est-ce que j'ai fait de mal ? Tout ce que j'ai fait, ce n'était pas suffisamment bien ?
- Ce n'est pas de ta faute David, répéta-t-elle, tu as été parfait. C'est la mienne. Je suis désolé, je ne peux pas.

Il n'osait pas la regarder. Il se mordait la lèvre violemment, si bien que quelques gouttes de sangs perlèrent, mais il ne s'en préoccupa guère. Son regard était rivé vers les branches d'un arbre voisin, les yeux plissés et paraissant rêveurs, alors qu'en réalité, il essayait de contenir sa douleur.

- Donne-moi une seconde chance, la supplia-t-il. Tu sais, je... je t'aime depuis le début de l'année et ... je saurais être à la hauteur, me montrer patient.
- Non, le coupa-t-elle dans un murmure à peine audible. Tu préférerais vraiment que je me force à t'aimer ? Ça te soulagerait de savoir que je cherche simplement à te faire plaisir en restant avec toi ? A long-terme, tu en souffriras. Et je ne veux pas ça. Je suis désolé.
- Et pourtant, tu es en train de me faire mal.

Une pique se plantait dans le coeur de la jeune femme. Elle suffoquait. Là, encore une fois, elle se haïssait de lui faire du mal. Ce n'était pas ce qu'elle avait voulu et pourtant, elle aurait dû se douter que ça se terminerait comme ça. Pour la première fois depuis longtemps, elle se laissait guider par ses sentiments... et étrangement, ce n'était pas si désagréable que ça.

La rousse approcha sa main du bras du garçon, pour tenter de le réconforter, mais elle se ravisa : elle n'était pas la personne la plus apte à ça.

- Est-ce que... Est-ce que je peux savoir pourquoi ?

Elle n'osa pas répondre. Comment le dire ? Comment expliquer que depuis décembre, elle s'était rendu compte qu'elle était incroyablement attirée par James ? Qu'elle n'arrivait toujours pas à l'accepter, par peur d'un rejet, d'une farce, ou tout simplement parce que ce n'était pas ce qu'elle avait prévu ? Et que désormais, elle en avait assez de se mentir à elle-même et qu'elle ne souhaitait plus réfléchir et se laisser simplement porter par les événements ? Rendre les autres malheureux -et elle avec- l'avait beaucoup trop fatiguée pour qu'elle continue à être calculatrice.

Le blond comprit qu'il n'aurait droit à aucune réponse et se contenta de hausser les épaules, lugubre, tout en commençant par s'éloigner vers l'entrée du château.

- Est-ce que... je peux espérer qu'on reste amis ? demanda-t-elle d'une petite voix.
- Laisse-moi le temps de digérer... C'est trop tôt, je ne suis pas surhumain... Ça pourra être long, je ne sais pas trop. Quand j'aurais oublié, que je ne serais plus amoureux de toi, ça sera avec plaisir.

Et il la quitta, la laissant seule dans le parc. Un soupir épuisé traversa le seuil de ses lèvres et elle leva les yeux au ciel rayonnant. Bizarrement, elle se sentait beaucoup mieux, beaucoup plus apaisée désormais.

***

Lily rentra dans l'appartement des préfets, passant une main lasse sur son visage, épuisée par la séance intensive de révision qu'elle avait passée en compagnie de Katherina, Erin et d'un groupe de Serdaigle. Elle jeta un coup d'oeil à la salle commune et devina sans peine que son colocataire était absent : l'entraînement pour le match de Quidditch du lendemain ne devait pas être fini...

Elle profita de ce moment de solitude pour se laisser tomber sur le canapé de leur salle commune et remettre ses idées en place. La préfète se sentait à la fois apaisée et soucieuse. Elle en était sûre désormais, elle avait fait le bon choix. Et elle devait se rendre à l'évidence: James lui plaisait. Elle baissait les armes, mais ce n'était pas pour autant que ceci lui plaisait. Pourquoi se bornait-elle à lutter ainsi ? Tout simplement parce qu'elle était trop orgueilleuse. Parce qu'elle n'arrivait pas à croire que les gens changent. Elle avait tant détesté le Potter pendant longtemps, donc qu'elle se rende compte qu'elle éprouve du désir pour lui... C'était un changement trop brutale pour elle.

La rousse laissa tomber sa tête en arrière, ses cheveux ondulant autour d'elle telle des vagues majestueuses. Illustrant parfaitement son état de trouble, tel le tumulte de l'océan avant la tempête. Mais elle fut coupée dans ses réflexions par des bruits contre la porte d'entrée, tels des coups de poings. Un instant, le coeur de la jeune femme fit un tour de montagne russe en imaginant son colocataire rentrer alors qu'elle ne se sentait pas encore prête à ça. Puis elle se rappela que le garçon avait les clés et qu'il ne frappait pas à la porte habituellement. A la fois rassurée et déçue, elle se leva et se dirigea d'un pas anxieux vers la porte d'entrée, tout en essayant de deviner qui pourrait bien être son visiteur.

- Toi et moi, il faut qu'on parle, s'écria son interlocuteur une fois la porte ouverte.

Lily sourit doucement en pensant qu'elle n'avait pas eu à chercher bien loin pour trouver l'identité de sa visiteuse. Cette dernière rentra sans-gêne et demanda à discuter avec son amie à l'étage.

Une fois dans la chambre, June se laissa tomber sur le lit de sa meilleure amie et la fixa de son regard souris tandis qu'elle s'asseyait sur sa valise, à la verticale contre l'un des quatre murs de la pièce.

- Tu n'as pas des choses à me dire ?

La préfète fit mine de réfléchir à la question. Elle devait lui dire qu'elle avait rompu avec David, mais elle avait également peur que la batteuse ne la juge ou ne la considère comme une fille facile qui changeait trop rapidement d'avis. Aussi préféra-t-elle taire, l'espace de quelques instants, cette vérité.

- Non, mais toi par contre, je suppose que tu as des choses à me demander.

La brune ne pouvait s'empêcher de sourire, bien qu'elle ait tenté vainement de garder son visage impassible et vide d'émotion. Mais avec Lily, June ne pouvait rester froide bien longtemps, comme elle n'avait jamais vraiment réussie à se disputer avec elle. C'était la confiance qui les liait. Elles savaient tout l'une sur l'autre et devinait tout. Pas besoin de mot : un regard ou une grimace suffisait pour en dire long.

Mais, pour la forme, le sourire de l'adolescente disparut bien vite pour être remplacé par cette moue dédaigneuse et déçue, qu'elle avait décidé d'arborer pour faire réfléchir son amie.

- Pourquoi tu ne m'as pas dit que tu avais embrassé James ?

Les commissures des lèvres de la rousse qui s'étaient légèrement étirés s'écroulèrent aussitôt. Elle savait parfaitement qu'un moment viendrait où elle devrait mettre des mots sur ce qui s'était passé et raconter le pourquoi du comment à sa meilleure amie. Elle avait seulement espérée que ce moment aurait été retardé et pas qu'elle devrait en parler quelques heures après avoir rompu avec le Poufsouffle. Et elle se demanda si c'était réellement un hasard si cette question résonnait dans ses oreilles juste après ça...

Le visage de la Gryffondor se teinta d'une grimace ennuyée alors qu'elle annonça comme si ça n'avait que peu d'importance :

- Parce que ce n'est pas moi qui l'ai embrassé, mais lui.
- Ne joues pas sur les mots, soupira son amie.

La préfète-en-chef soupira doucement, fatiguée. Elle se sentait réellement las ce jour-là. Elle n'avait pas envie de mentir ni de fuir son amie. Elle en avait assez.

- Je n'arrivais déjà pas à m'expliquer la chose à moi-même, alors à toi cela aurait été impossible.

La jeune femme brune fronça les sourcils, ne semblant pas comprendre la portée de ses paroles. Mais elle préféra ne pas forcer son interlocutrice et se contenta de demander d'une voix chaleureuse :

- Et maintenant, tu arrives à te l'expliquer ?
- Je crois, ajouta la rousse après un instant de réflexion. Mais c'est... compliqué.
- Je ne suis peut-être pas très intelligente, mais je peux peut-être t'aider.

Sa meilleure amie éclata de rire et se leva, rejoignant la joueuse de Quidditch sur son lit. Les deux jeunes filles se laissèrent tomber en arrière, manquant de se cogner la tête l'une contre l'autre, leurs cheveux roux et marrons mélangés alors qu'elles fixaient sans grande conviction le plafond du lit baldaquin. Elles ne dirent rien pendant un moment, se délectant chacune de la respiration lente de l'autre, apaisante. Le simple fait de ressentir une présence était rassurant et empêchait de plonger dans la solitude.

Mais Lily brisa le silence de sa voix cassée, légèrement paniquée, ce qui alerta son amie :

- Je n'arrive pas à comprendre. Je n'avais pas envie de tomber amoureuse de James, je ne l'ai pas demandé. Il n'avait rien d'intéressant avant. Il était juste ce garçon arrogant qui ne manquait pas une occasion pour m'embêter, moi ou les autres. Et puis, on a fini par être amis, et ça me suffisait. Alors, pourquoi est-ce que quand David essaie de m'embrasser, c'est lui que je vois ? Ça en devient vomissant, pire que dans les films d'ados stupides. Il ne me manque pas, ce n'est pas ça. Je n'ai pas non plus envie de me jeter à son cou à chaque fois que je le vois et je suis certaine que s'il me répétait qu'il m'aimait, ça me ferait peur, ça serait terrifiant. Mais je m'en veux, tu ne peux pas savoir. Ça me fait mal de le voir fuir mon regard ou m'ignorer.
- Pourtant, c'est toi qui a commencé.

Cette réplique laissa Lily pantoise. Son amie avait complètement raison et la culpabilité la rongeait. June se releva et observa le visage perdu et empli de doutes de sa meilleure amie puis au bout de quelques secondes, prit l'oreiller correctement rangé sur le lit et tapa son amie avec ce coussin.

Cette dernière se releva éberluée avant de se reprendre un autre coup dans la figure, lui ébouriffant totalement les cheveux autour du visage. Cette vision eut pour effet de faire rire aux éclats la brune qui ne vit rien venir lorsqu'elle se prit un autre oreiller dans la figure. Les deux adolescentes continuèrent de jouer ainsi, mais June avait plus d'expérience dans les batailles de lits -entraînées depuis longtemps par ses deux aînés puis devenue elle-même mentor de son petit frère- et la rousse supplia son amie, entre deux hoquets de rire, de ne pas l'achever alors que la joueuse de Quidditch tenait en l'air les deux coussins.

- Ça y est ? Tu as réfléchi ? la questionna la brune entre deux halètements. Maintenant, il faut que tu arrêtes de te prendre la tête pour pas grand-chose. Et surtout, il faut que tu arrêtes de te croire supérieur à James ! Mince, si j'avais su que ma meilleure amie avait la tête aussi enflée que Sirius...

Malgré les reproches, Lily ne put s'empêcher de sourire et se redressa calmement sur son lit, la tête dans ses mains à se masser le visage. Sa meilleure amie lâcha les oreillers et se posa à ses côtés, une main sur son épaule gauche.

- Tu n'as pas à avoir honte. Tu n'as pas à avoir honte d'être amoureuse de James. Il n'est peut-être pas le plus intelligent ou le plus beau, mais il a ses qualités, c'est quelqu'un de bien et il ne faut pas que lorsque tu entendes son nom, que tu ne penses qu'à ses défauts. Tu as le droit d'être heureuse.

Bizarrement, ses mots de la part de son amie furent comme une délivrance. Elle y avait longtemps pensé, mais jamais ça ne lui avait paru aussi claire, aussi limpide. C'était comme si une vérité s'imposait à son esprit. Toutefois, ce n'était pas pour autant qu'elle était certaine que ses sentiments soient réciproques, elle ne pouvait éloigner de son esprit la perspective que tous ces « je t'aime » et ces baisers n'étaient que jeu. Mais elle savait ce qu'elle voulait. Et bizarrement, ça lui faisait du bien.

- Mais si tu te rends compte que tu l'aimes, il faut que tu rompes avec David, car il ne faut pas que...
- C'est déjà fait.

June observa son amie avec perplexité, puis un grand sourire éclata sur ses lèvres et elle ne put s'empêcher de crier sa victoire, heureuse pour son amie. Elle savait depuis le début que la préfète faisait une erreur en sortant avec le garçon et puis, même si elle ne voulait pas l'avouer, elle préférait que James embrasse son amie que le blond. Sans savoir pourquoi.

Sur ce, la brune s'apprêta à sortir, sous prétexte qu'elle devait se reposer pour le match de Quidditch du lendemain. Alors qu'elle posa sa main sur la poignée, Lily l'interpella:

- Et Sirius ? Je veux bien que tu me fasses la morale, mais pour Sirius ?

La brune se figea puis observa son amie avec un petit sourire en coin:

- Qu'est-ce que tu veux que je fasse d'un idiot ?

Mais malgré tout, la rousse avait vu. Elle avait vu, dans ce sourire, ce regard, cette démarche, le ton de sa voix que pour June aussi, tout était limpide, claire, qu'elle savait ce qu'elle voulait. Et que bizarrement, ça lui faisait du bien.

***

Après cette discussion avec sa meilleure amie, Lily se persuada qu'elle devait parler avec James. Au moins qu'ils se réconcilient. Maintenant, étrangement elle se sentait portée par une force nouvelle, la force de la certitude. Et si elle avait trouvé ça stupide au début, elle l'acceptait maintenant.

Elle attendit longtemps dans la salle commune, à fixer avec avidité le feu qui commençait à s'éteindre. Une heure, deux heures, trois heures... le garçon ne rentrait toujours pas. L'inquiétude commença à l'envahir alors que bientôt, il était deux heures du matin. Peut-être avait-il préféré dormir dans la salle commune des Gryffondors ? Afin de mieux l'éviter, de nouveau...

Son regard s'attarda sur la fenêtre fermée qui donnait vue sur le parc. Rapidement ses yeux verts rencontrèrent la clarté de la lune et elle comprit. C'était une nuit de pleine lune.

Un petit sourire attendri écarta ses lèvres et elle se dit qu'il ne rentrerait pas de sitôt et préféra aller se coucher.

Lorsque son pied prit appui sur la première marche des escaliers, elle entendit la poignée de la porte tourner. Son coeur rata un battement et elle se dépêcha vers l'entrée pour ouvrir la porte. Elle trouva le préfet-en-chef, épuisé, se tenant de son épaule valide contre le mur, la main contre son autre épaule d'où s'échappaient d'épais filets de sangs. La jeune femme ne put retenir une exclamation d'horreur alors que le garçon l'écartait d'une main de son passage, chancelant pour arriver jusqu'au canapé. Ses pieds trébuchaient et lorsque Lily fut sortit de son état de léthargie, elle se précipita sur le garçon et le soutint pour l'aider à marcher et à s'asseoir. Le corps du garçon fut parcouru d'un frisson que la rousse ignora.

- Qu'est-ce que tu fais-là ? la questionna-t-il entre deux gémissements.
- Je t'attendais, furent les mots qui sortirent automatiquement de la bouche de la jeune femme.

L'attrapeur la dévisagea, stupéfait, mais ne dit rien. La jeune fille le força à s'allonger et écarta la main du garçon de son épaule pour observer l'étendue de la blessure. Des coups de griffes étaient nettement visibles et il ne fallut pas plus de quelques secondes pour la major de leur promotion pour recréer entièrement le scénario qui avait bien pu se dérouler dans la Cabane Hurlante. Lily monta dans sa chambre pour chercher un onguent resté au fond de sa valise.

Une fois redescendu, elle demanda d'une voix faussement détaché où était Remus. James la fixa, songeur et perplexe, puis lança sur le ton de la banalité:

- Dans sa chambre, en train de dormir je suppose.
- Ne me prends pas pour une imbécile, je sais parfaitement que c'est lui qui t'a fait ça.

Le garçon chercha quelque chose à rétorquer, mais aucun son ne sortit de ses lèvres. Il se contenta donc de simplement demander :

- Depuis quand es-tu au courant ?
- Depuis plus longtemps que tu ne le crois... murmura-t-elle dans un vague sourire en s'asseyant à ses côtés.

La rousse appliqua doucement l'onguent sur l'épaule du garçon qui gémit de douleur. Elle retira quelques secondes sa main, mais le sourire fier du Gryffondor l'incita à continuer et elle poursuivit ses pressions, plus doucement ce qui espaça les exclamations de l'attrapeur. Le silence se fit trop rapidement, seuls les cris étouffés de James venaient le combler. Au bout de quelques minutes et après avoir fini de laver l'épaule blessée du Potter, Lily demanda d'une voix qui se voulait indifférente, mais qui trahissait quelques trémolos, qu'il enlève sa chemise ensanglantée. Il s'exécuta et l'adolescente ne put s'empêcher de se sentir vaciller et de frissonner. Mais elle n'en montra rien et continua à déposer le médicament sur son corps.

Au bout de quelques minutes, la jeune femme se mordilla la lèvre et lâcha dans un murmure :

- Je suis désolée. Ce que j'ai dit et ce que j'ai fait, ce n'était pas très correct. Et surtout affreusement méchant. Le pire, c'est que je ne le pensais pas... Je suis vraiment désolée.

Il hocha la tête et ajouta dans un soupir, paraissant excédé :

- Les excuses ne pardonnent pas tout.

Elle le fixa quelques instants, surprise et légèrement déboussolée par cette attitude. Mais au fond, elle n'avait eu que ce qu'elle méritait. Comment pouvait-elle espérer qu'il lui pardonne dans un claquement de doigt ? Il lui avait passé beaucoup de choses, mais ça, il ne pouvait pas. C'était normal.
James sursauta et gémit entre ses dents alors qu'elle appuya trop fort sur la blessure puis fixa l'adolescente qui semblait perdue dans ses pensées.

- Tu espères peut-être que je m'excuse pour t'avoir embrassé ?

Cette phrase réussit à lui décrocher un sourire.

- Non, je te connais suffisamment pour savoir que tu ne le feras pas. Et je ne t'en veux pas particulièrement. Ce que j'ai dit à la bibliothèque... je crois que je ne l'ai pas pensé.
- Il faudra me passer sur le corps pour que je puisse regretter quelque chose de pareil.

La sorcière éclata de rire et le visage de James se radoucit.

- Tu sais, commença-t-il. Jamais je ne pourrais m'excuser de ça. Je suis désolé que tu m'aies repoussé, je suis désolé qu'on se soit disputé et encore plus de savoir que nous ne sommes plus amis. Mais ça, je ne peux pas.

Etrangement, elle se sentit embarrassée par ces paroles. Elle n'osa pas relever le visage de l'avant bras du garçon et il perçut parfaitement ce trouble.

- Je t'aime trop pour ça.

Lily arrêta son mouvement, essayant de contrôler les feux d'artifices qui éclatèrent au fond de son estomac. Ses yeux émeraude s'écarquillèrent brutalement et elle releva lentement la tête pour se plonger dans le regard résigné du préfet-en-chef. Elle chercha la trace d'une plaisanterie, d'une farce ou quoi que ce soit mais rien. Rien que cette profonde tristesse vaincue dans ce marron chocolat.

Sa lèvre tremblait lorsqu'elle lui demanda de répéter.

James l'observa longtemps après ça, surpris par cette demande. Il fronça un sourcil et sembla réfléchir, comme cherchant un piège dans cette demande. Mais il s'exécuta :

- Je t'aime.

La rousse fronça les sourcils alors que l'émotion gagnait sa gorge, que son cœur jouait de la batterie et que ses joues la brûlaient. Elle avait eu tort. Ce trop plein d'émotion ne lui faisait pas peur.

- Est-ce que tu peux répéter une seconde fois ?
- Ne me dis pas que tu en doutes ? répondit-il dans un sourire amusé. D'après Peter, ça se voit pourtant comme le nez au milieu de la figure...
- S'il te plait, répète-le.

Et il le fit. Trois fois au moins. Le temps que la sorcière la plus intelligente de leur promotion percute et que se grave la force de ces mots dans son esprit.

- Tu n'es pas sérieux... Ecoute James, je n'ai vraiment pas envie de jouer, ce n'est pas drôle.
- Qu'est-ce qui te fait dire que je plaisante ? Je pense n'avoir jamais été aussi sérieux de toute ma vie, ce qui en soit, est déjà un exploit que tu m'as fait accomplir.

Cette phrase leur fit décrocher à tous deux un sourire et elle lui demanda de répéter une nouvelle fois, sa main sur la sienne. Lorsque le message fut clair et que le regard de son ami lui paru suffisamment sincère, elle ne put s'empêcher de ramener doucement ses mains contre ses lèvres.

Le garçon n'en menait pas large : il était complètement perdu. Il ne comprenait pas cette réaction plus que surprenante. Beaucoup seraient mortes pour ces mots de sa bouche. Et pourtant, il ne pouvait que se plier à sa demande et lâcher dans des souffles ces mots qui l'apaisaient autant qu'ils le terrifiaient. Et ses mains étaient moites, son cœur dansait un rock'n'roll endiablé et rien ne sortait de sa bouche que ses trois mots, porteurs de tant de promesses…

Puis il se tut. Quand Lily cessa de le faire répéter. Un sourire indéfinissable s'était tracé sur les lèvres de l'adolescente et des petites rougeurs faisaient revivre ses joues alors qu'elle chuchota :

- Je crois que moi aussi… Enfin non. J'en suis sûre.

Cette fois, ce fut au garçon d'écarquiller les yeux et d'avaler sa salive. L'espace d'un instant, son cœur rata un battement. Il avait envie de se frapper pour vérifier qu'il ne rêvait pas, mais les douleurs qui envoyaient des décharges à son corps lui évitaient ce supplice. Il devait se retenir pour ne pas sourire comme un idiot.

- Est-ce que tu peux formuler la chose clairement ? quémanda-t-il. Il me semble que mon cerveau n'a pas bien enregistré l'information.

La jeune femme rit doucement puis ajouta dans un sourire étincelant et dans un regard vide de tout tracas :

- Je t'aime James.

Les deux adolescents s'observèrent longuement. On aurait pu entendre une mouche voler. Tant de choses passaient dans un seul regard que ce serait trop difficile de tous les citer. C'était intense, intimiste et par leurs pupilles ils se disaient tout ce qu'ils n'avaient jamais osé se révéler alors qu'ils se souriaient béatement.

Puis le garçon avança doucement sa main. Lily nota sans mal qu'elle tremblait légèrement. Il déposa ses doigts sur la joue pêche de la sorcière qui ferma doucement les yeux à ce contact et posa elle-même sa main sur la sienne. Le capitaine des Lions sourit tendrement puis approcha son visage de celui de la rousse, doucement, sans précipitation. La jeune fille sourit et attendit.

- Je peux t'embrasser ?
- Pourquoi poses-tu cette question ? l'interrogea-t-elle en rouvrant les yeux brutalement, mi-interloquée mi-amusée.
- La dernière fois je me suis fait repousser comme une vieille chaussette. Je préfère demander la permission maintenant. Alors ?

L'adolescente fit mine de réfléchir puis plaqua d'elle-même ses lèvres sur celles du garçon qui eut un mouvement de recul, étonné par son geste. Puis un lent mais doux baiser suivi cette surprise.

Il y a des moments, des jours clés dans votre vie. Des jours où tout bascule, où des multitudes d'événements se produisent d'un coup alors qu'on espérait qu'ils se réalisent durant les jours mornes et ennuyeux qui les précèdent. Et alors que Lily posait sa tête contre le torse du garçon pour apprécier la quiétude du moment, elle ne put s'empêcher de songer que ce jour-là était peut-être arrivé. Que le jour qui déterminerait toute sa vie future jusqu'à sa mort était celui-ci.

Elle n'imaginait pas à quel point.

Note de lecture : C'est un peu cuicui les petits oiseaux non ? Je sais, mais l'inspiration n'était pas vraiment là, et puis il fallait bien qu'ils se réconcilient -part se pendre, honteuse de tant de neuneutitude-

Je suis désolé encore pour ce retard, mais je me suis concentrée sur la correction de ce chapitre et ça m'a pris du temps, à cela s'ajoutait ma vie privée et surtout le travail... ce fut difficile de concilier tout ça et de terminer dans des brefs délais.

Je viens tout juste de remarquer que la relation entre June et Lily était un calque, une transposition de celle que j'ai avec celle que je considère comme ma meilleure amie. J'espère que certain(e)s se seront également retrouvés dans cette relation, ce qui me ferait plaisir ^^

La dernière phrase est assez équivoque et se réfère plutôt aux évènements du moment. Je suis de celles qui pense que le jour où James et Lily ont commencé à sortir ensemble, que leur vie future et leur mort fut déterminée. Car s'ils n'étaient pas tombés amoureux, Harry ne serait pas né, la menace de Voldemort n'aurait pas touché les Potter et que, peut-être ils auraient pu vivre une longue vie. Mais est-ce que ça aurait pu être une vie aussi heureuse ? That's the question...

C'est sur ce petit instant philosophique que je vous laisse pour le prochain chapitre. Qui marque le début de la fin.