Epilogue: Parce que tout à une fin

Malgré tous ses événements qui avaient mêlé les rires et les larmes, les élèves de derniers années devaient maintenant se concentrer sur leurs révisions pour les ASPICS qui approchaient à grand pas. Durant cette période, James râla beaucoup : Lily maintenait avec une volonté de fer qu'ils ne devaient pas se fréquenter plus que de raisons afin de ne pas perturber leurs révisions, ceux à quoi le jeune homme répondait que, de toute manière, il n'avait pas besoin de révision pour « avoir ce fichu examen par la barbe de Merlin ! ». L'attrapeur était donc de très mauvaise humeur et se consolait donc régulièrement avec le Quidditch et ses trois amis. Mais le soir, dans leur salle commune, étrangement la rousse abdiquait bien vite lorsque son petit ami la suppliait à genoux d'abandonner l'espace de quelques instants ses livres et sortilèges.

Leurs examens arrivèrent bien plus vite qu'ils ne le songèrent, au grand damne de June qui, malgré ses dires, angoissait plus que de raison. Ils passèrent des heures et des journées dans une salle d'examen renfermée, à remplir des questionnaires aussi difficiles les uns que les autres. Et si le temps passait lentement, la fin du calvaire finit par arriver.

Ainsi que la fin de l'année scolaire.

Lorsqu'ils sortirent de la salle de métamorphose, épuisés d'avoir trop réfléchi, la bande d'adolescent se dirigea naturellement vers le Saule au bord du lac. Cet endroit était rapidement devenu leur repère, le lieu où ils se retrouvaient régulièrement.

La préfète-en-chef s'assit contre l'arbre et sortit un livre de son sac. James la rejoignit rapidement, à sa droite, déposa un baiser sur ses cheveux et lança d'un air mi-réprobateur mi-amusé :

- Nous venons à peine de finir l'un des examens les plus important de notre vie que tu prends déjà un livre pour réviser ?

L'interpellée sourit malgré elle lorsque le brun à lunette lui murmura à l'oreille qu'elle n'était qu'une junkie des livres. Puis il s'allongea, la tête sur les genoux de sa belle et Lily ne put que refermer son livre et, instinctivement, caressa de ses doigts les cheveux en bataille de l'attrapeur.

Peter et Remus s'étaient assis de l'autre côté de l'arbre, mal à l'aise aux côtés du couple.

June et Sirius les rejoignirent rapidement. Et il aurait été étonnant qu'ils n'arrivent pas sans crier. Le capitaine de l'équipe de Gryffondor releva lentement la tête, un mince sourire étirant ses lèvres tandis que Lily soupira malgré elle.

- Vous avez-vu les résultats du tournoi de Quidditch ? vociféra la brune en donnant un coup de pied dans une malheureuse pierre environnante.

Le sourire du préfet en chef se décomposa et il posa sa tête sur les genoux de Lily en soupirant, cette dernière caressant doucement le visage du garçon.

-Oui, nous avons vu, répondit la rousse à la place de son petit ami.

- C'est complètement injuste, s'époumona son amie, injuste ! Nous avons gagné deux matchs sur trois et c'est la même chose pour les Serpentard ! Il a simplement fallu qu'ils marquent un point de plus que nous contre les Serdaigle ! Vous vous rendez compte ? Un seul ridicule point de différence !

Sirius s'assit aux côtés de Remus, un bras sur son genou, lançant un coup d'oeil complice à son meilleur ami montrant très clairement que ce n'était pas le moment d'énerver la jeune femme. Cette dernière perçut très bien ce regard et lança à l'égard de son petit ami:

- Si tu n'avais pas raté ton tir, tout cela n'aurait jamais eu lieu !

- Pardon ? s'exclama le brun, choqué par les insinuations directes de June. Rappelle-moi qui m'a foncé dessus au moment où j'allais tirer ?

- Si je ne l'avais pas fait, tu te serais pris un cognard dans la tête ! Ceci dit, ça n'aurait pas été plus mal, peut-être que ça t'aurait percé ta grosse tête !

Et ils continuèrent à se disputer ainsi au grand désespoir de Lily qui leva les yeux au ciel. Les trois autres garçons s'amusaient de la situation, pariant déjà sur la date de rupture du couple. Peter ne leur donnait pas plus de trois semaines tandis que Remus était persuadé que ce serait fini la semaine après. James n'avait pas pu se prononcer, trop préoccupé par l'aura menaçante de Lily qui l'avait entendu prononcer le mot de «pari».

Ils en avaient oubliés que dès le lendemain ils se sépareraient pour vivre leur vie d'adulte. A ce moment précis, ils étaient encore des enfants insouciants qui n'envisageait qu'un futur radieux.

3 ans plus tard…

- J'en ai marre, marre, marre !

Lily leva les yeux au ciel, un mince sourire élargissant ses lèvres. Sa meilleure amie se tenait en face d'elle, le visage collé sur la table en bois signifiant son épuisement. A chaque fois que la rousse obtenait des visites de la part de June, elle ne pouvait s'empêcher de penser que, contrairement à elle, la brune avait atrocement changé : elle avait laissé tombé sa chevelure sauvage qui lui tombait jusqu'au bas du dos pour arborer une coupe beaucoup plus courte -ses mèches se battaient entre elles et lui tombaient au creux du cou- et ses tâches de rousseurs avaient légèrement disparues. La jeune femme avait changé physiquement, certes, mais même la lueur qui brillait dans ses yeux n'était plus celle qu'elle arborait lorsqu'elle était encore à l'école : elle était beaucoup moins vive et étincelante, beaucoup moins agressive et plus douce, fruit de la fatigue et de l'accumulation des contraintes. Et son amie était certaine que c'était Sirius qui avait changé ça et l'avait rendue plus délicate et paisible.

Quoi qu'il en soit, June était désormais assise à sa table, une tasse de thé devant son visage et en train de ruminer de sombres pensées. Sa meilleure amie posa une main réconfortante sur son épaule et lui sourit tendrement :

- Allez, arrête de désespérer, ça va s'arranger.

- Non, c'est bon, c'est fini, je le quitte.

La rousse dut se mordre la lèvre pour ne pas exploser de rire et la brune le remarqua parfaitement et lui lança un regard noir, ce qui n'intimida aucunement Lily. Cette dernière fit mine de réfléchir et ajouta dans un large sourire :

- Dis-moi, ça fait combien de fois que tu me dis ça ? La sixième ou la septième ?

- Mais cette fois c'est la bonne. J'en ai assez, c'est fini entre lui et moi.

- Attends, James a noté sur le calendrier les fois où vous vous êtes « séparés », je vais voir.

La brune se leva en même temps que son amie et s'écria dans un froncement de sourcil inquiet :

- Tu ne devrais pas trop bouger, ce n'est pas bon pour toi.

- Mais non, rassura la rousse dans un sourire tranquille, je n'en suis qu'à mon troisième mois il n'y a aucun soucis.

June paraissait dubitative et fixa pendant toute la course de son amie son ventre encore suffisamment plat pour que personne ne remarque l'heureux événement à venir. La jeune femme ne put s'empêcher de remarquer d'un air rêveur :

- C'est drôle. J'ai l'impression qu'hier, nous étions encore à l'école et te voici mariée, enceinte, et moi bientôt marraine !

Lily sourit largement en se plantant devant le frigo de la cuisine, et ne put s'empêcher d'observer son alliance avec un air heureux flottant sur son visage. Oui, elle était la plus heureuse des femmes, marié au meilleur des hommes et attendant le plus heureux des événements. Elle n'aurait échangée sa vie contre aucune autre.

Faisant voler les pages du calendrier, elle remarqua :

- Vous n'avez jamais pensé, avec Sirius, à vous marier ou à fonder une famille ?

- Le couple modèle, c'est vous, pas nous, rétorqua l'autre dans un soupir excédée. Et puis je t'ai dit que c'était fini entre nous, après la dispute d'hier, il ne reviendra pas et je n'ai pas envie de me mettre à genoux !

- C'est ce que tu dis, mais à chaque fois que tu affirmais que tu avais tourné la page, vous vous remettiez ensemble le lendemain.

- On ne va pas encore…

- Ça y est ! Sept fois en sept mois rien que pour cette année!

La femme enceinte se tourna vers son amie et marmonna, au bord de la crise de fou rire :

- Une séparation par mois, vous faites fort quand même. Je suis sure que ce soir, vous serez de nouveau ensemble !

La brune passa une main lasse dans ses quelques mèches de cheveux et ajouta :

- Madame « je-suis-mariée-et-je-mène-une-vie-de-femme-comblée-exemplaire », je ne vous ai pas demandé votre avis, grimaça-t-elle.

L'interpellée allait répondre quelque chose, comme à chaque fois que sa meilleure amie venait se plaindre après une dispute avec le beau brun, mais elle n'en eut pas le loisir car la porte d'entrée claqua et une voix claironna joyeusement « je suis rentré ! ». Le visage de Lily se barra d'un sourire rayonnant lorsque son époux traversa la pièce. June s'était rassise et les observait, mi-amusée mi-attendrie. Mais James sortit sa baguette et la pointa sur la poitrine de sa femme, qui ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel :

- Qu'elles menaces m'as-tu lancé notre premier soir en tant que préfet en chef si je continuais à te harceler ?

C'était la guerre, et le Potter avait insisté pour vérifier que les personnes qui lui étaient proches n'avaient pas été victimes d'un Impérium, quels qu'elles soient.

-Je t'ai dit que je t'éclipserais en haut de la volière, qu'il vente ou qu'il neige, répondit-elle dans un soupir.

La jeune femme brune explosa de rire, notant qu'elle n'avait jamais entendu parler de cette histoire. L'homme baissa sa baguette et s'approcha de la rousse, le visage rayonnant d'un sourire comblé.

- Bonjour toi, susurra le jeune homme en déposant un baiser sur le front de son épouse, avant d'ajouter dans un murmure un mot d'excuse.

Et en apercevant la meilleure amie de sa femme, James s'approcha, relevant sa baguette et l'interrogea elle aussi sur leurs années à Poudlard. Elle répondit juste, sans fléchir ni soupirer, et le Potter l'accueillit alors avec un sourire et lui donna l'accolade en chantonnant :

- Tiens, la batteuse des « Flèches d'Appleby » nous a fait le plaisir de sa visite ! Comment vas-tu ?

- Ça va… dis-moi, tu ne serais pas venu accompagné de l'un de tes amis par hasard ?

L'homme haussa les sourcils et les épaules dans un sourire énigmatique alors qu'il s'assit entre les deux femmes.

- Il y a du boulot avec l'Ordre ?

L'ancien Gryffondor hocha la tête avec dépit et signala à la brune qu'il faudrait qu'elle se rende au QG dans la semaine au vu des nouvelles informations qui circulaient : par les temps qui couraient, il était trop dangereux qu'il retranscrive le discours de Dumbledore chez lui, alors que quiconque pouvait être suspect.

- Chéri, tu ne devineras jamais ! s'exclama Lily en claquant des mains. June et Sirius…

- … se sont encore une fois séparés, j'en ai vaguement entendu parler, ajouta-t-il dans un sourire énigmatique. Ça fait combien de fois, six fois depuis le début de l'année ?

Les jeunes mariés éclatèrent de rire alors que la rousse le corrigeait en remarquant que c'était la septième fois, et non pas la sixième, et James s'empressa de le noter sur le calendrier sous le regard assassin de leur amie. Laquelle ajouta dans un soupir mauvais :

- James, si tu demandais à ton crétin d'ami de sortir de sa cachette ?

Le couple l'observa quelques instants, interloqué. Un sourire tendre et réprobateur naquit sur les lèvres de Lily alors qu'elle demandait du regard des explications à l'homme de sa vie. Ce dernier soupira et passa une main dans ses cheveux en marmonnant :

- Patmol, je crois que tu peux venir, tu es complètement grillé.

Suite à ses paroles, un énorme chien noir apparut dans la pièce et avança lentement, comme si la foudre allait s'abattre sur lui. Lily salua son meilleur ami d'une caresse furtif et Sirius s'avança vers sa petite amie, les oreilles baissées, le regard du chien le plus malheureux du monde. Il se planta vers la brune, posa sa tête sur les genoux de la jeune femme et lâcha un gémissement penaud. Cette dernière l'observa longuement, hésitant sur sa manière d', attendrie, elle passa une main sur la tête de l'animal et le caressa en chuchotant d'une voix tendre :

- Si tu crois que tu vas te faire pardonner en faisant le chien battu, tu te mets le doigt dans l'œil.

Et elle déposa un baiser sur la tête du chien, qui secoua la queue et se mit à aboyer, comme un éclat de rire. Leurs deux amis eurent du mal à en retenir un d'ailleurs devant la scène que leurs offraient le couple, et la brune dû hurler dans un rougissement violent pour que le brouhaha que faisaient les rires et les aboiements cesse :

- Oui bon ça va hein !

***

Pour une des première fois de sa vie, Lily eut tort : Sirius et June ne se remirent pas ensemble le soir mais le lendemain et elle soupçonna un complot du couple pour leur faire donner raison. Et comme à chaque fois que ces deux-la se retrouvaient, ils paraissaient les plus heureux du monde : ils restaient constamment ensemble, organisaient des soirées avec le couple Potter où les rejoignait parfois Remus et Peter. Et tout le monde percevait le changement. Ils étaient heureux.

Mais le bonheur est éphémère et lorsque l'on prend de la joie, il faut aussi en rendre. C'est le principe de l'échange équivalent de la vie. Et cette fois-là, elle fut particulièrement injuste.

Un soir, June ne rentra pas. Avec le sourire, James avait songé à une énième dispute, mais ce ne fut pas le cas. Lors d'une soirée où Sirius venait râler contre la jeune femme, le beau brun émit l'hypothèse qu'elle était parti avec un autre. Mais il fut rapidement rassuré par Lily qui lui assurait le contraire.

Toutefois, June ne rentrait pas.

Patmol la chercha partout, rapidement aidé par ses trois meilleurs amis. Elle restait introuvable, elle n'allait même plus aux entraînements de Quidditch. Lily n'avait plus aucune nouvelle et la panique les gagna rapidement. Jusqu'à ce qu'un membre de l'Ordre, au détour d'un chemin, dans une ruelle sombre, ne la retrouve.

La marque des Ténèbres flottant au dessus de son corps vide de vie.

Rapidement après avoir appris la nouvelle, Sirius et James se rendirent sur les lieux. Afin de vérifier qu'il n'y avait pas erreur, afin de garder un soupçon d'espoir. Les deux hommes restèrent figés en détaillant avec horreur le corps de leur amie. L'absence de vie était choquant sur ce visage autrefois si marqué par la vivacité. Les sourires étirant ses lèvres maintenant sombres, les larmes qui avaient coulées sur ces joues pâles et sales avaient disparu. L'horreur et la douleur étiraient le visage de la brune, témoin des derniers sentiments qu'elle avait ressenti. Ses traits étaient étirés en larges grimaces, son bras droit était complètement retourné, si bien que les articulations avaient lâché. Un pantin. Elle n'était plus qu'un pantin désarticulé. Et si l'ancien préfet-en-chef ne pouvait détacher son visage de ce spectacle macabre, n'acceptant pas la vérité et cherchant à trouver une preuve que la femme en face de lui n'était pas son amie, Sirius avait rapidement détourné les talons. Son meilleur ami le laissa faire. Le descendant des Black n'avait jamais aimé partager sa peine et il voulait encore moins que la femme qu'il aimait ne soit témoin de ses larmes.

Ce meurtre fit rapidement la une de la Gazette du Sorcier : le nouvel espoir des Flèches d'Appleby, torturée et assassinée par un Mangemort ou pire, par Lord Voldemort en personne. On parla beaucoup de la jeune femme dans les journaux, évoquant son enfance, sa famille, ses études où elle montre rapidement son potentiel pour le Quidditch en jouant dans l'équipe de Gryffondor, évoquant la rumeur comme quoi elle ferait parti de l'Ordre du Phoenix…

Sirius ne s'en remit pas. Rapidement, chacun devina qu'il ne fallait pas en parler. Et ils firent comme si rien n'était. Personne ne reparla plus de June, le Black n'en fit jamais l'illusion. C'était comme si elle n'avait jamais existé.

Mais quiconque connaissait suffisamment le descendant de la noble lignée des Black savait parfaitement que ce meurtre l'avait détruit. Il ne souriait plus, il ne mangeait plus et ne dormait plus. Ou si peu. Les traces de la fatigue et du chagrin étaient maintenant clairement marquées sur son visage, voilant de plus en plus sa beauté passée. Il avait du mal à se faire à cette disparition, et James craignait le pire pour son ami: il semblait si faible...

Malgré tout, Lily ne pouvait supporter cette absence de réaction chez Sirius. Qu'il refuse de parler de sa meilleure amie, de l'évoquer, qu'il se force à l'oublier, c'était trop dur pour elle. Elle n'arrivait pas à l'accepter tant elle aussi elle était tiraillée par le chagrin de la perte de sa presque soeur, de sa confidente, de son amie la plus proche. Elle avait la sensation que l'Animagus fuyait la réalité, comme si elle n'avait jamais existé. Mais elle se trompait.

Et elle en eut la preuve le jour de l'enterrement. Ce n'était pas un enterrement privé, malheureusement, des journalistes avaient couvert l'événement comme un scoop croustillant qui rapporterait de l'argent. Sans respect pour les proches.

Les amis proches étaient restés en retrait de cette foule d'anonymes, Patmol n'était pas venu et la rousse lui en voulait terriblement. James ne savait se partager, tiraillé entre sa propre peine, celle de sa femme et celle de son meilleur ami. C'était trop lourd à porter sur ses épaules et lui-même se retenait de craquer. Il s'en empêchait: s'il se laissait emporter par le chagrin, sur quelle épaule pourrait pleurer sa femme ?

Vint enfin le moment où le comité d'anonyme disparu au loin et laissa les amis et la famille de June se recueillir auprès de la pierre tombale fraîchement plantée. Lorsque même les parents, accablés de douleur et de chagrin, s'en furent allé, ne laissant que le couple des Potter devant les inscriptions en marbre, Sirius se résolut à apparaître. Vêtu comme un vagabond, le visage sale et la barbe naissante, les cheveux gras et les yeux vitreux de n'avoir pas assez dormi. Il ne dit rien, ne s'excusa pas et se planta simplement devant la tombe, les poings serrés de douleur. Si elle en avait eu la force, Lily l'aurait réprimandé de son retard, mais comme James lui avait demandé, elle se résolu à attendre plus loin.

Son époux posa une main réconfortante sur l'épaule de son ami, prêt à voir des larmes perler sur les joues de son ami. Il n'en fit rien. Il fixait la tombe d'un regard insondable. James aurait juré qu'il essayait de dire quelque chose à la plaque en marbre. Sirius ferma les yeux. Son coeur battait la chamade, et chaque battement était lourd au fond de son corps vide d'émotion. Il se sentait vide et anéanti. Oui, son coeur résonnait dans sa poitrine, oui la faim tiraillait son ventre, le sang coulait dans ses veines. Oui, il respirait. Mais au final, c'était comme s'il était mort.

Après quelques minutes de réflexions, le beau brun rouvrit les yeux et lut et relut l'épitaphe: A notre fille June Swan, 1960-1980. Il grava ces mots, ces dates dans son esprit pour les connaître par coeur. Pour qu'il puisse se remémorer le sourire de June, pour qu'il puisse se remémorer le son de son rire ou la manière dont elle ébouriffait ses cheveux pour les remettre en place. Il avait oublié. Ou il n'y avait pas porté tellement d'importance, il ne savait plus trop. Il les apprit par coeur pour que ces dates aient une signification, aient une raison d'être et apportent une réponse à la question qui le hantait chaque seconde où il repensait à elle: Pourquoi ? Le jeune homme cherchait une réponse dans la gravure, dans les trous dans le marbre, dans le nom de la jeune femme. Rien. Il n'y avait aucune raison. Et cette évidence qu'il se martelait en tête alors que son meilleur ami serrait de plus en plus fort son épaule, réaliser que la mort de la jeune femme était inéluctable le fit pleurer. Il ne voulait pas pleurer. Sirius essaya de retenir ses larmes et les essuya de sa main sale. Ne surtout pas pleurer. Pas devant elle. Elle lui en voudrait atrocement.

Mais elle est morte se dit-il. Elle est morte et elle ne peut plus le voir, elle ne peut plus lui en vouloir. Il regrettait maintenant toutes les fois où elle lui avait hurler dessus, toutes les fois où elle l'avait insulté. Cela lui manquait atrocement et il se dit qu'elle se moquerait de lui si elle savait ça. Mais ces histoires de fantômes, d'esprits ou des morts qui vivent dans ton coeur et qui te protègent, c'était des absurdités qu'on inventait pour ressentir moins de peine. Pour se sentir moins seul. Il n'arrivait plus à retenir les larmes désormais. Elles coulaient à flots, entre des sanglots et des reniflements. Il se sentait tellement sale, tellement pathétique, tellement laid. Tellement malheureux. Il sentit les ongles de son ami s'enfoncer plus profondément dans son épaule, des larmes coulaient derrière ses lunettes rondes et des pas s'approchaient en courant. Lily entoura les épaules du descendant des Black de ses bras et le serra dans ses bras en laissant quelques sanglots serrer sa gorge. Ils pleurèrent, évacuant leur peine, la colère et le chagrin accumulé ses derniers jours. Ils pleurèrent tellement qu'ils en eurent le souffle coupé et le visage trempé. Puis sans crier gare, Sirius se détourna et ne revint plus jamais.

James, Remus et Peter avaient eu peur. Ils avaient eu peur que leur ami Animagus ne fasse de bêtise. Pendant deux mois, il avait été introuvable, errant de ville en ville pour oublier sa peine. En plus du deuil de sa meilleure amie, Lily devait supporter l'inquiétude de son époux -et la sienne- au sujet de Patmol et l'étirement autour de son ventre qui commençait à loger son enfant. Son ventre commençait à s'agrandir et le malheur de la mort de June était compensé par la joie d'une nouvelle vie qui naissait au creux de son ventre.

James était heureux et c'était ce qui la rendait heureuse. Il était aux petits soins avec elle, se pliant sans se plaindre à toutes ses exigences et ses caprices. Le bonheur était au seuil de leur porte, et ils ne l'auraient échangé pour rien au monde.

Les blessures et le souvenir d'un mort mettent du temps à s'estomper. Elles ne disparaissent jamais réellement, mais finissent par faire place à une douce mélancolie amère. Et une lourde nostalgique.

Le ventre de la rousse commençait déjà à s'arrondir quand Sirius réapparut, un jour de pluie, les cheveux dégoulinant sur ses épaules abaissées. Il avait attendu longtemps sur le seuil de la porte, le regard vide, hésitant à déranger le jeune couple ou non. C'est James qui lui ouvrit, et bien qu'une intuition l'ait bercé toute la journée, il ne put s'empêcher d'être surpris par la visite de son meilleur ami. C'est dans une étreinte amicale et forte que les deux amis se retrouvèrent, après deux mois sans nouvelles, sur le perron de la maison des Potter.

A partir de ce moment-là, Sirius fut très présent dans leur vie.

Il était devenu presque aussi épanoui par l'annonce de l'arrivée du fils de son meilleur ami. Il avait beau être au courant de la nouvelle depuis longtemps, voir l'idée d'un bébé se concrétiser par le large ventre de Madame Potter le rendait heureux. Il n'avait jamais été très porté sur les enfants, et pourtant...Malgré le fait qu'il ne se privait pas pour taquiner son meilleur ami à ce sujet, il se surprenait à être enchanté pour le jeune couple, à s'inquiéter pour Lily lorsqu'elle avait des nausées ou à se trouver extrêmement comblé en apprenant qu'il allait devenir parrain.

Toutefois, cette période heureuse où chacun se reconstruisait autour de la naissance du futur Harry Potter toucha à sa fin.

Car on apprit l'existence d'une prophétie, liant à jamais leur futur enfant au Seigneur des Ténèbres. Parce qu'ils ont dû se cacher pour préserver leur vie et celle de leur enfant, menacés de mort par Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. Ils se cachèrent dans une petite ville, à Godric Hollow, où seul Peter savait qu'ils s'y réfugiaient. Le jeune enfant naquit le 31 juillet 1980 dans la maison de Godric Hollow,.

Et malgré l'enfermement, malgré la fuite, malgré la peur et la terreur qui régnait sur le logis, les deux jeunes adultes ne connurent pas de plus beaux moments de bonheur. L'enfant grandissait, s'épanouissait. Lily et James étaient des parents comblés, et si la solitude était pesante, être avec leur fils, la chair de leur sang, la preuve de l'union charnelle et de l'amour de James et Lily Potter était la chose la plus extraordinaire qui pouvait leur arriver. On ne sait pas, avant d'être parent, tout l'amour qu'il est possible de ressentir lorsqu'un petit être de quelques centimètres serre ses petits doigts autour de votre pouce.

Lily sentait qu'elle était la femme la plus heureuse du monde alors qu'elle regardait son fils reposer paisiblement et que son époux la serrait contre elle, observant leur bébé dormir. Oui, le bonheur était parfait, et les perspectives d'avenir étaient magnifiques.

Mais ils ne se doutaient pas qu'un an plus tard, la mort viendrait frapper à leur porte sous le nom de Voldemort, le jour des quinze mois de leur enfant.

- Lily ! Prends Harry et va-t'en ! C'est lui ! Va-t'en ! Cours ! Je vais le retenir...*

Ils ne se doutaient pas qu'au milieu des cris de terreur, des visages pétrifiés par la mort, des lumières vertes fusant de baguettes, de corps désarticulés qui s'écrasent sur le sol comme de pauvres marionnettes,...

-Non, pas Harry, je vous en supplie, tuez-moi si vous voulez, tuez-moi à sa place...*

...et des visages dénués de vie de ses parents, la légende du Survivant débuterait.

Mais cela, c'est une autre histoire...

Fin

*Répliques de Harry Potter et les Reliques de la Mort par JK Rowling

Note de lecture: Voilà, cette histoire touche enfin à sa fin. Je tiens encore une fois à vous présentez mes plus plates excuses pour le retard considérable entre les chapitres, et pour cette fin très tardive. Et plus que m'excuser, je voulais vous remercier tous pour votre soutien, votre fidélité, vos critiques constructives qui ont illuminé mes journées. Je ne saurais exprimé ma gratitude à vous d'avoir apprécier mon travail, à avoir pris le temps de le lire, de commenter peut-être, et de revenir pour certains afin de lire la suite. Donc un grand merci à vous, tous, et encore mes plus plates excuses pour ce retard de publication honteux. Merci.