« Nous avons été envoyés sur Nabta car les Séparatistes viennent d'y établir une base, déclara Plo-Koon. Elle doit impérativement être détruite au plus vite: nous ne sommes qu'à trois jours de Coruscant, et nous ne pouvons pas laisser notre ennemi aussi proche du coeur de la République. »
Autour de lui, les clones hochèrent gravement la tête.
« Comme vous avez pu le remarquer en arrivant, reprit Plo-Koon, des perturbations électromagnétiques surviennent la nuit et brouillent tous les instruments de relevés. Cela a permis à notre transporteur de se mettre en orbite sans être repéré, puis nous avons pu discrètement poser nos appareils dans cette forêt. Je vous savais suffisamment bons pilotes pour réussir cette opération sans relevés, et avec une faible visibilité. »
Plo-Koon perçut une vague de fierté émaner de ses hommes, et quelques-uns se permirent un petit sourire de remerciement.
« Nous attaquerons demain matin, c'est-à-dire dans trois heures: les nuits sont courtes sur cette planète. Puis nous retrouverons notre transporteur qui nous déposera à Coruscant. Nos chasseurs ont besoin d'un bon check-up… et vous avez bien mérité quelques jours de repos! »
Cette fois-ci, aucun clone ne put s'empêcher de sourire.
« -Merci, mon général, dit Wolffe, parlant pour ses hommes. Nous nous montrerons dignes de cette faveur. - J'en suis sûr, commandant », répondit Plo-Koon en souriant à son tour à travers son masque.

Ils prirent leur dîner dans une ambiance plus informelle, assis par terre, entourés de leurs chasseurs. Ils avaient atterri au milieu d'une forêt au sol nu, hormis les buissons touffus qui poussaient au pied des arbres gigantesques. La nuit était chaude, le ciel était clair, et aucune espèce agressive n'avait été répertoriée dans ce secteur de Nabta.
Plo-Koon mangeait paisiblement, écoutant les discussions de ses hommes. Au début, le voir retenir sa respiration et soulever légèrement son masque pour prendre une bouchée avait été un spectacle que les clones avaient découvert avec curiosité, le plus discrètement possible (mais pas suffisamment pour échapper au Jedi), plongeant le nez dans leurs rations et jetant des coups d'oeil furtifs au Kel Dor. Celui-ci ne s'en était pas formalisé, et avait prétendu ne rien remarquer: il fallait bien que ses hommes et lui apprennent à se connaître, et les contraintes de son masque en faisait partie.
A présent, les clones n'y prêtaient même plus attention.
« -Une fois à Coruscant, j'irai visiter le conservatoire animalier, dit Comet en piquant dans sa ration avec sa fourchette. Il paraît qu'il y a un targon, j'aimerais bien voir ça. Qui voudra venir avec moi?
-Tu perdras ton temps, répliqua Sinker la bouche pleine, il y a bien mieux à faire! Moi, je me rendrai dans le premier bar venu et je commanderai une coru-glacière!
-Ca ne m'étonne pas de toi, j'ai vu ta tête quand le pilote du transporteur en a parlé, dit Wolffe en riant. Tu es toujours prêt à goûter toutes les nouveautés qui te tombent sous la main. »
Comet se tourna vers Plo-Koon.
« -Et vous, mon général? Est-il indiscret de vous demander où vous passerez votre temps libre? Si vous voulez vous joindre à l'un de nous, je crois que ça ne déplairait à personne.
-Merci, Comet, mais je ne pense pas que je ferais un bon compagnon, répondit Plo-Koon en souriant. Je n'apprécie pas beaucoup de voir des êtres vivants en captivité, même s'ils sont bien traités. Et les Jedi ne prennent pas d'alcool. Non, ne faites pas cette tête! Il ne s'agit pas d'une interdiction sans fondement. L'alcool, comme les anti-douleurs, brouille notre relation avec la Force. »
Les clones l'écoutèrent gravement, comme chaque fois qu'il parlait de la Force. Ses hommes avaient conscience qu'ils ne pouvaient pas y comprendre grand-chose, mais respectaient infiniment sa condition de Jedi.
« -Mais alors, demanda timidement Sinker, comment faites-vous quand vous êtes blessés ou malades?
-Se relier à la Force aide beaucoup à diminuer les sensations d'inconfort et de douleur, répondit Plo-Koon. Cela demande des années d'entraînement, mais nous préférons largement conserver cette relation, plutôt que la supprimer avec des antalgiques. »
Sinker hocha pensivement la tête, et le silence s'établit. Le dîner touchait à sa fin. Plo-Koon comprit que ses hommes n'oseraient plus aborder de sujets plus légers, et il se leva.
« Je vous propose de vérifier une dernière fois vos appareils, puis de vous reposer un peu. Je vous réveillerai avant le lever du soleil, pour que nous puissions atteindre la base avant que les capteurs ne nous repèrent. »

Les soldats s'éloignèrent pour inspecter rapidement leurs vaisseaux. Ces derniers avaient été minutieusement inspectés avant leur arrivée, mais Wolffe les avaient habitués à ce rituel, comme pour les préparer à l'action. Plo-Koon ouvrit son esprit aux variations de la force et fit lentement le tour du campement sommaire. Le Kel Dor percevait nettement les émotions de chacun de ses hommes, mais refusa délicatement d'y porter attention de manière individuelle. Il préféra s'arrêter à une impression globale, où se mêlaient l'excitation et l'appréhension envers la mission, ainsi que l'impatience du séjour à Coruscant. Trois fois, il sentit que l'un d'eux le regardait à la dérobée, mais feignit de ne rien remarquer. Chaque fois, il perçut les même sentiments: gratitude, obéissance admirative, mais aussi une sorte d'affection un peu timide.
Pour la énième fois, il se demanda si son comportement envers eux était le bon. Certes, il ne faisait qu'obéir au code des Jedi, qui exigeait la compassion envers toute forme de vie, mais l'étrange tendresse qu'il ressentait de plus en plus envers les clones sous son commandement risquait peut-être, à la longue, de brouiller son objectivité…
Il faudrait qu'il prenne le temps de méditer là-dessus. Mais cela devrait attendre Coruscant.
Son attention se détourna de ses hommes et se concentra sur la forêt alentour. Il ne ressentit aucune menace, hormis celle, très lointaine, de la base des Séparatistes. En revanche…
« -Y a-t-il un danger, mon général? demandant Wolffe en le voyant s'immobiliser, tourné vers la forêt.
-Non, commandant, tout va bien, répondit le Kel Dor. Mais je perçois une grande émanation de la Force autour de nous, venant spécialement des buissons au sol. Par précaution, pourriez-vous aller dire à vos hommes de ne pas y toucher, ni de les abîmer? Je ne sais pas de quoi il s'agit, et je n'ai pas le temps d'étudier ce phénomène. Cependant, je ne ressens aucune obscurité, et cela ne devrait pas influencer notre mission. Ensuite, allez dormir, Wolffe! Je vais veiller.
-Bien, mon général », répondit le clone avant de s'éloigner.
Plo-Koon lança un dernier regard à la forêt, et relâcha dans la Force sa frustration de ne pas bénéficier de davantage de temps. Il alla s'asseoir contre son chasseur, resserra son manteau autour de lui, ferma les yeux et commença une méditation qui, au petit matin, lui permettrait d'aiguiser ses sens et la vitesse de ses réflexes.