Après à peine plus d'une semaine, me revoilà, comme promis. Je fais une petite retouche sur le doc. en ligne pour remercier les personnes qui m'ont laissé un commentaire sur les deux dernier chapitre.
C'est à dire: Cloums, Schizeiphren, Dreams-Twilight, Titi et CeriseBella. Voilà ! :D
Bonne lecture!
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Chapitre 13
Une évidence s'était imposée à moi. Je ne pouvais pas rester à Boston. Je ne pouvais pas rester près de lui. J'avais mal, beaucoup trop mal pour ne serait-ce qu'imaginer une telle éventualité. Mes douces victimes ne m'aidaient en rien. Je souffrais trop, elles ne me soulageaient plus : il fallait que je parte. Seulement, maintenant qu'Edward savait où je me trouvais, il était facile pour lui de me suivre.
Je connaissais les principes de bases de la disparition organisée. Charlie m'en avait déjà parlé. La règle numéro un était : pas de carte de crédit. Du liquide, seulement. Beaucoup d'argent en espèces. Carlisle m'avait passé deux milles dollars. Ils allaient m'être utiles.
Il me restait deux problèmes à résoudre. Le premier était que je ne pouvais pas me procurer un faux passeport. Néanmoins, cela n'était pas mon plus gros souci. Mon plus gros était qu'Alice pouvait prédire le moindre de mes déplacements. C'était véritablement gênant. Je ne savais comment faire pour me dépétrer de sa surveillance permanente.
Je pris cependant mes quelques petites affaires personnels – en tout et pour tout : les deux milles dollars de Carlisle – et quittai l'appartement sans aucune valeur. Je n'avais rien ici, ne possédait rien.
Je n'étais rien.
En chemin pour la sortie de la ville, je me rendis compte que quitter le pays sans passeport n'était pas un problème. Je n'avais qu'à pas prendre l'avion. Pourquoi le prendrai-je, d'ailleurs, au risque de tuer tous les passagers ? Non pas que cela me posait un problème éthique mais je ne voulais pas attirer l'attention sur moi maintenant.
Alors que je quittai la rue, je remarquai un jeune couple, main dans la main, s'approcher de moi. Ne remarquaient-ils pas le danger que je représentais ? N'étaient-ils pas fou de sortir ainsi, ces imbéciles heureux, alors que je les tuais sans pitié ? Avaient-ils vécu dans une grotte, cette dernière année ?
Je remarquai que ma douleur s'était décuplée. Je me pliai sous le choc. Puis après tout… Deux de plus, deux de moins. Personne ne ferait la différence, dans la masse. Vraiment personne. De plus, si je n'avais pas le droit d'être heureuse, eux non-plus.
En moins d'une demi-seconde, ma décision était prise. Je me jetais contre la femme et l'assommai, espérant que son sang serait encore chaud, dès que j'en aurai fini avec l'homme qui n'avait rien vu venir.
-Mais… Qui… Que… Vous… Enfin…
En ayant marre de ses bégayements, je me jetai sur sa jugulaire, le vidant de son sang. Des gémissements de douleurs s'élevèrent de sa voix. Son sang… Son sang si merveilleux, à l'instant, avait un goût infâme, répugnant. Je recrachai ce que j'avais dans la bouche, avant de régurgiter ce que j'avais dans l'estomac. Qu'arrivait-il ? Jamais je n'avais eu ce genre de problèmes ! Mais ce sang était si… imbuvable ! J'en avais mal au ventre. Puis je remarquai que ce n'était pas le sang qui provoquait ce mal mais ma douleur qui revenait, encore plus forte, encore plus intense. Allongée au sol, la douleur était insupportable. A cet instant-même, je ressemblai à Jasper, quelques heures plus tôt : pitoyable comme jamais. J'arrivai à attendre le corps de la femme et plantai mes dents dans son cou. A peine deux gorgée que je recrachai tout, vomis tout. Que se passait-il, bon Dieu ?
Je me couchai au sol et pleurai toutes les larmes de mon corps (du moins, en théorie, la pratique étant moins joyeuse). Puis, une voix s'éleva dans mon esprit, douce mais en colère.
« Tu veux comprendre ? »
« Oui. »
« C'est pourtant tellement évident. Ne t'en rends-tu point compte ? »
« … »
« Encore une qui essaye de m'ignorer. »
« Quoi ? »
« Rien, ne fais pas attention ! Ecoute plutôt ça ! Tu leur prends leur vie parce que tu dis qu'ils n'ont pas le droit au bonheur qui ne t'a pas été accordé. »
« Et c'est exact. »
« Peut-être, mais maintenant que tu pourrais avoir ce bonheur… »
« Je ne peux pas. »
« Edward se trouve à l'hôtel. Ton Edward. Il est tellement proche. Et toi tu veux partir le plus loin possible de lui, le faire tant tu es lâche. Maintenant que tu as droit à ce bonheur inespéré, tu ne tueras plus de gens de cette manière. Pas pour cette raison. Je t'en empêcherai. »
« Qui es-tu pour m'infliger cela ? »
« Appelle-moi ta conscience. »
Était-ce une mauvaise blague ? Elle était tout sauf drôle. Je ne pouvais pas aller rejoindre Edward. J'avais trop mal en sa présence.
« Crois-moi que tu iras le voir lorsque tu n'auras pas étanché ta soif durant plus de deux semaines. »
« Laisse-moi tranquille, pars ! »
« Non. »
« Va-t-en ! »
« Tu ne te débarrasseras pas de moi ainsi. »
Je me levai et quittai les lieux du crime, non sans avoir énuqué mes victimes avant les prémices de la transformation.
J'espérai pouvoir semer la petite voix mais j'en étais tout bonnement incapable. Comment fuir sa conscience ? On ne peut pas. Je m'effondrai à nouveau dix rues plus loin. Je me trouvais encore dans le quartier mal famé. Autour de moi, sous moi, des poubelles. Un rat me passa à côté et je laissai aller mes sanglots. Je n'en pouvais plus. Que faire ? QUE FAIRE ? Ma conscience ne pouvait pas me donner un indice ?
« Va le voir ! »
« C'est hors de question. J'ai trop mal. Ca ne ferait qu'empirer. »
« C'est ça, trouve-toi des excuses. Tu es aussi lâche que lui. »
Je trouvai un certain réconfort quand à mon lieux de… de quoi ? De repos temporaire ? Je pouvais aussi rester ici et refuser de bouger jusqu'à la fin des temps. Les services publics ne risquaient pas de passer avant encore un moment. L'odeur qui se dégageait des poubelles était tout simplement nauséabonde. Insoutenable. Je me sentais bien ici, à ma place. Un déchet parmi des déchets.
J'entendis une boîte de conserve vide bouger. Sûrement un rat. Je n'allai pas me retourner pour si peu. Je me sentais tellement bien, ainsi couchée, à plat ventre.
-Bella…
Un ton affligé. Triste, peiné, indigné. Une pointe de regret. Voilà ce qui voilait le magnifique ténor qui venait d'appeler mon nom.
-Va-t-en !
Je sentis deux bras s'enserrer autour de moi puis me soulever du sol. Je ne me débattais pas, même si c'était tout ce qu'il méritait. Que je le frappe, que je l'injurie, que je le tue. Je restais immobile. Je ne faisais rien, le laissais faire. Il me serra contre son torse en position de bébé.
-Bella, parle-moi !
Que voulait-il que je lui dise ? Qu'il m'avait détruite ? Il le savait. Il le savait parce que tout avait été dit.
-Lâche-moi et vas-t-en !
-Je resterai Bella. Je ne partirai plus.
Je rigolai d'un rire mauvais.
-Désolée de ne pas réussir à te croire, Edward. Alors fiche le camp et lâche-moi !
-Alice m'a dit que tu avais dans l'intention de quitter le pays ?
-J'avais pensé au Canada, répondis-je le plus normalement du monde.
Il me déposa au sol.
-Je te suivrai.
-Tu ne me suivras nulle part. Et maintenant, il est fort probable que je change de destination.
-Je t'en supplie, Bella, laisse-moi m'expliquer.
-Expliquer quoi Edward ? Tu ne me dois rien, je ne te dois rien. Nous ne sommes rien l'un pour l'autre.
-Crois-tu vraiment ce que tu dis ?
-Et que serions-nous, Edward ? Hein ?
-Je t'aime. Je t'ai toujours aimée, à partir de la seconde où je t'ai rencontrée, tu le sais.
-Non, Edward, tu m'as aimée, tu as aimé une autre moi. Tu as aimé la Bella qui se cachait derrière ses cheveux en cours de biologie. Tu as aimé la fille fragile et innocente qui était venue à Forks pour le bonheur de son entourage, de sa mère, de son beau-père. Tu as aimé la Bella qui avait besoin d'être protégée parce qu'elle avait une fâcheuse tendance à s'attirer tous les ennuis du monde. Cette Bella n'existe plus Edward, elle n'existe plus depuis que tu l'as abandonnée dans cette forêt, un jour pluvieux.
-Pardonne-moi, Bella !
-Tu souhaites que je te pardonne ? Arrête de me faire souffrir !
-J'arrêterai, je te le promets, tu peux me faire confiance, maintenant.
-Ce que tu ne comprends pas, Edward c'est que ta simple présence me fait du mal. Te voir devant moi alors que je sais que tout est de ta faute me tue. Essaye de comprendre ma douleur, je t'en prie. Souviens-toi de Jasper ! Revois-le se tortiller de douleur devant toi, impuissant face à la situation !
-Je me souviens.
-Tant mieux. Maintenant imagine-moi à la place de lui. Lorsque tu m'as vue, je venais de tuer, j'allais bien.
Demi-mensonge. Ce n'était pas uniquement parce que j'avais tué, que je me sentais bien, mais aussi parce je m'étais habituée à la douleur.
-En temps normal, c'était moi qui devais me trainer par-terre. C'était moi qui était obligée de ramper pour gagner le matelas qui me servait de lit dans ma longue agonie. J'espérais plus que tout au monde que tu allais revenir mais tu ne le faisais jamais. Jamais. Et j'ai fini par perdre espoir et me suis jurée de ne jamais plus te faire confiance, de ne jamais plus accepter ta présence.
-Je t'aime, Bella.
-Moi aussi, Edward.
Une forte incompréhension se peignit sur ses traits.
-Quoi ?
-Réfléchit, Edward… Pourquoi crois-tu que je souffre ? Pourquoi crois-tu que je ne peux pas t'oublier ? Si j'en suis incapable, c'est parce que je ne peux cesser de penser à toi pour la simple et bonne raison que je t'aime, Edward. Je ne pourrais jamais faire autre chose que de t'aimer.
-Alors reviens-moi, Bella ! Reviens-moi ! On oubliera. On passera un trait sur ce qu'il s'est passé cette dernière année, comme si elle n'avait jamais existé. Je te promets de ne pas te juger sur ce que tu as fait. Je te promets que ce sera comme avant.
-Non, Edward. Ce n'est pas la peine d'insister.
Il resserra ses bras autour de moi, à mon plus grand dam.
-Lâche-moi !
-Non. Ecoute-moi…
-Je ne peux…
« C'est pas bientôt fini, ton cinéma ? Tu viens de lui avouer que tu l'aimes, sois au moins honnête avec toi-même, tu ne fais cela que par orgueil. »
« Tu ne comprends rien ! »
« Je te comprends mieux que quiconque, Bella, je suis ta conscience. Alors écoute-moi bien, Bella… Tu vas faire ce que tu veux, frappe-le, humilie-le, mais finis-en une bonne fois pour toute avec cette histoire et laisse-le réintégrer ta vie, vous en avez autant besoin l'un que l'autre. De plus, il sera bientôt trop tard. »
Trop tard ?
Aucun bruit. Elle était partie ? Mais qu'avait-elle voulu dire ?
« Eh, de quoi tu parles ? Comment ça : il sera bientôt trop tard ? »
Encore une fois, elle ne me répondit pas. J'abandonnai pour me remettre face à la réalité, face à Edward. Celui-ci me secouait d'ailleurs énergiquement.
-Bella ? Parle-moi, qu'est-ce qu'il se passe ?
-Rien, rien.
Il soupira et me lâcha.
-Qu'est-ce qu'il faut que je fasse, Bella ? Que dois-je faire pour que tu m'acceptes à nouveau, pour que tu me pardonnes ? Dis-le-moi, je t'en supplie !
Je ne voulais pas lui pardonner. Je n'acceptai pas cette simple idée. Mais j'avais peur. Peur de ne jamais le revoir si je ne faisais rien. Cela me serait insupportable, je m'en rendais enfin compte. Je m'en étais rendue compte lorsque cette voix, ma conscience, m'avait dit qu'il serait peut-être bientôt trop tard. Trop tard pour quoi ? Pour lui pardonner ? Pour lui parler, pour l'aimer ? Cette voix m'avait dit sa phrase comme si Edward allait disparaître. Je refusais qu'il me quitte, tout comme je refusai de lui pardonner.
-Bella, je t'en supplie, s'il y a quoique ce soit…
-Embrasse-moi !
Quoi ? Qu'avais-je dit ? C'était sortit tout seul. Non, je n'avais quand même pas…
Edward fut d'abord surpris par ma demande mais s'approcha lentement de moi et leva sa main contre mon visage. Je ne bougeai pas. Une part de moi voulait ce baiser, une autre aurait voulu partir le plus loin possible de lui, de sa main, de ses lèvres. Ses deux parties se battaient à armes égales, se battaient sans vergogne, me laissant clouée devant lui, incapable de faire le moindre geste. Il passa sa main derrière ma tête et posa l'autre sur ma hanche. Il s'avança vers moi, tout en me tirant vers lui. Il s'approcha plus encore et je pus sentir son haleine se mélanger à la mienne. Je rêvais de cet instant depuis si longtemps. Tout le temps, je n'avais pensé qu'à ça, qu'à lui. Ma conscience avait raison. La seule chose qui me retenait de me jeter dans ses bras était mon orgueil. Pourtant, en ce moment, il n'était plus rien. Rien ! Je ne souhaitais qu'Edward. Ses lèvres se posèrent sur les miennes. Toute mon angoisse, toute ma douleur s'envola. Jamais encore l'embrasser ne m'avait procuré de telles sensations. Il était tellement doux, tellement tout. Qui l'eut cru ? Qui aurait cru nos retrouvailles si merveilleuses ? Je l'aimais tant. J'avais été folle de renier mes sentiments, renier les sentiments que j'avais pour lui. Il était mon tout, j'avais besoin de lui pour vivre. Il était mon oxygène, ma dose d'héroïne. Notre baiser se prolongeait en je sentis ma tête me tourner. Je le sentis sourire sous mes lèvres et j'aurai pu pleurer que je l'aurai fait. Il me serra contre lui, forçant mes lèvres à lui créer un passage.
Ce moment était parfait, un moment comme jamais je n'avais encore vécu. Il fut néanmoins soudainement coupé par des applaudissements, ainsi que par un rire hypocrite.
-Bravo, les jeunes, bien joué.
Edward me lâcha et se retourna. En face de nous se trouvait un homme que je reconnus immédiatement.
-Toi ?
Edward me regarda, interrogateur.
-Tu le connais ?
L'homme rit.
-Oh… presque pas. Je me suis simplement… « envoyé en l'air », avec elle. C'était… merveilleux.
Je sentis la tristesse que provoqua cette nouvelle à Edward. Je tentai de lui dire que ce n'était pas vrai, que je n'avais jamais voulu mais aucun son ne sortait de ma bouche.
-C'est vrai, Bella ?
-Bien sûr que c'est vrai, brave Edward. Si cela peut te consoler, elle n'était pas consentante. Elle n'était même pas consciente.
Un grondement naquit dans la gorge à Edward. L'homme rit. Edward allait l'attaquer, j'en étais sûre, mais ce dernier s'écroula au sol, comme endormi. Je paniquai. Je voulais aller voir comment il allait mais ne pus faire un seul pas. Je sentis un voile sombre se déposer sur mes yeux. Je me sentis vaciller. L'homme s'approcha de moi et posa une main sur ma joue.
-Bonne nuit, Bella.
La dernière chose que je vis fut son sourire aux airs sadiques. Je sombrai.
