Merci à tous ceux qui me donnent des reviews ! Bonne lecture !
Chapitre 3 : Les deux soldats
« J'ai vu Mycroft, à la réception. Il m'a dit qu'il avait des conférences très importantes, et qu'on devrait se débrouiller seuls. Par contre, il a arrangé le coup avec Mme Shell, la patronne de l'hôtel. Nous serons donc des clients normaux pour les autres, et des détectives privés pour elle. On a carte blanche pour enquêter. Apparemment, elle ne voulait pas que la police intervienne dans son hôtel-mauvaise pub, elle perdrait des clients- et il ne faudra surtout pas se faire remarquer, en tout cas le moins possible. Sherlock, tu m'écoutes ? »
« Mmmm. »
Sherlock observait le hall immense de l'hôtel. Le parquais si ciré qu'on pouvait facilement faire de la patinoire dessus, des murs couleur or et beaucoup, beaucoup de gens qui circulaient. Sherlock voyait tout. Les hommes d'affaires, les faux hommes d'affaires, les mannequins et ex-mannequins, les acteurs, les actrices, les employés, tous s'agitaient en-dessous de plusieurs monstres volants. Sherlock vacilla et John le rattrapa de justesse.
« On vas prendre l'ascenseur, okay ? »
Les portes rouges coulissèrent sans un bruit. Les deux hommes pénétrèrent dans la pièce. Sherlock s'appuya contre le mur. John se maudissait intérieurement. Médecin, et infoutu d'aider un génie !
« John ? »
« Quoi ? »
« Arrête de froncer les sourcils, on n'a pas encore commencé l'enquête. » Dit Sherlock d'une voix basse mais moqueuse.
BRAOUM.
« Braoum ? » répéta John. « Quand l'ascenseur est arrivé, on n'est pas censé entendre « ding ? » »
« On n'est pas arrivé, mais arrêté. » Sherlock tapota les portes. « Je déteste être coincé dans des endroits idiots, ça me perturbe. »
Mais heureusement, l'ascenseur redémarra rapidement.
Une minute trente plus tard, Sherlock était écroulé dans un lit spacieux. John prit la peine d'admirer combien leur chambre était grande et belle –peut-être trop ? Avant de lancer à Sherlock :
« Je vais voir Mme Shell maintenant. Plus vite on commencera l'enquête, plus vite on la terminera. Non Sherlock ! » John rallongea le détective qui était prêt à repartir. « Je refuse de te fatiguer encore plus. Je ne peux peut-être rien pour soigner ton état, mais je peux éviter qu'il s'empire. Tu vas te reposer ! »
« Hors de question ! » Protesta l'autre. « Tu sais bien qu'on enquête toujours ensemble ! »
Mais John était supérieur physiquement et plaqua le détective contre le matelas. Leurs visages se touchaient presque.
« Je te promets que, dès que tu iras mieux, je te laisserais t'amuser, mais s'il te plait, dors un moment. S'il te plait. »
Comment ne pas craquer quand c'est demandé de cette façon, si gentiment avec un soupçon d'autorité en arrière-plan ? Sherlock baissa les yeux, pour les relever aussitôt.
« D'accord, mais je veux un plan de l'hôtel, et trouve des choses intéressantes sur les proches de Jones, et dépêche-toi ! »
John soupira de soulagement, content que Sherlock ai craqué. Il ouvrait la porte quand le brun le rappela.
« John ? Une dernière chose. »
Qu'espérait le médecin ? Un mot gentil, un baiser avant de partir, quelque chose d'encourageant en tout cas.
« Ne prends pas l'ascenseur. Il a bloqué une fois, il peut bloquer encore. On ne peut pas se permettre encore du temps. »
« Il s'est arrêté moins d'une minute, Sherlock ! » S'exaspéra John.
Les yeux de Sherlock se firent brillants.
« Chaque seconde compte. Allez, fonce ! »
Le médecin, exaspéré, ferma la porte tandis que Sherlock se rallongeait.
…
…
…
Mme Shell portait beaucoup de bijoux, sentait un parfum exotique sûrement très cher, et son bureau abondait de choses inutiles mais probablement très coûteuses. John comprenait mieux que cette femme tenait tant à ses clients. Pas pour l'honneur d'avoir un hôtel sans aucun scandale, ou même parce qu'elle était fière de son métier, mais juste pour l'argent.
« Asseyez-vous, monsieur Watson. » Offrit Shell avec une voix forte. « Je vous remercie pour votre aide. Une disparition d'un de nos techniciens de maintenance ne peut que nuire à notre réputation, j'apprécierai volontiers votre discrétion, si c'est possible ? »
«Bien sûr, bien sûr » répondit John. « Alors, c'est heu…La liste des clients ? »
« Oui, et je vous ai rajouté dans le dossier tout ce que nous avons sur Derrick Jones. Ainsi qu'un plan de l'hôtel, comme vous me l'aviez demandé. Vous souhaitez autre chose ? »
« Et bien, non, merci, c'est très gentil de votre part… » Remercia John, un peu surpris. Shell fit cliqueter l'ensemble de ses bijoux. « C'est normal, voyons. Savoir qu'un malade se promène dans un hôtel et capture des employés n'est pas bon pour le sommeil. »
« Je suppose que vous devez avoir raison. »
« Cela ne vous dérange pas si je vous laisse seul ? Derrick Jones était le seul capable de s'occuper des installations électriques correctement, et comme je refuse de perdre de l'argent à le remplacer, beaucoup de disfonctionnements sont apparus, l'ascenseur qui se bloque, des problèmes en cuisine, je ne vous fait pas de liste. Je dois donc un peu motiver les autres employés pour régler tout ça» acheva-t-elle.
John était bouche bée. Shell n'aimait pas juste l'argent. Elle était tellement avare qu'elle refusait de remplacer un employé. La patronne ne sembla pas remarquer l'expression choquée de John, et avec un signe de main, sortit en fermant soigneusement la porte.
John travailla une heure avant de se décider à partir. Il n'avait rien trouvé qui pouvait faire avancer les choses. Dans la liste de clients, aucun ne lui avait attiré l'attention. L'hôtel ne semblait pas avoir de salle particulière qui pouvait cacher un malade non plus. Quand il sortit du bureau pour aller manger, il percuta un homme qui fonçait vers lui. Il trébucha et tomba par terre.
« Oups, pardon. » s'excusa l'homme. « Je ne voulais pas vous blesser. »
Il tendit la main à John et l'aida à se relever. Le médecin, un peu sonné par la violence du coup, détailla l'autre homme. Grand, musclé, roux-brun…Il ne ressemblait pas autres clients, alors que la plupart se promenaient en short et en tee-shirt, lui portait des vêtements chauds. Etrange…
« Ce n'est rien, ce n'est rien» grommela John. « Si vous veniez pour voir Mme Shell, vous l'avez manqué, elle est absente depuis un moment. »
« Ho, je reviendrais plus tard, dans ce cas. » dit l'homme.
Mais il n'avait pas l'air de vouloir bouger. John, qui ne tenait pas à rester planté là toute l'après-midi, vérifia que personne d'autre n'était dans le couloir avant d'avancer quelques questions :
« Vous ne teniez pas à la voir, n'est-ce pas ? »
« Et bien… » L'homme fixa un moment John, comme s'il hésitait à parler, puis il haussa les épaules. « De toute façon, vous finiriez par le savoir, vous ou Sherlock Holmes. » John sursauta. « Comment savez-vous que Sherlock est ici ? »
L'homme posa son dos contre l'encadrement de la porte.
« Je sais qui vous êtes parce que je connais votre blog. Je m'appelle Sebastian » annonça-t-il. « Je suis une sorte d'agent secret…Je dois retrouver Derrick Jones. »
« Mme Shell ne m'a pas parlé de vous. » Rétorqua le blond.
« Je ne suis pas engagé par elle. En fait, je travaille pour un patron privé. Une espèce de génie brun hystérique qui vous rabaisse tout le temps…Au début, il s'intéressait à la disparition de Jones, mais maintenant c'est moi qui doit me taper tout le boulot parce qu'il a trouvé mieux pour s'amuser. Vous voyez le genre de boss, quoi…»
John sourit malgré lui. « Oui, je connais ça. C'est assez dur de ne pas leur hurler dessus, non ? »
« Oui, surtout quand ils n'arrêtent pas de nous engueuler parce que nous n'avons pas le QI nécessaire pour « comprendre quoi que ce soit à la situation » » grimaça Sebastian.
Les deux hommes échangèrent un sourire. Une détente « soyons amis dans nos malheurs » s'était créée.
« Je cherchais un plan de l'hôtel, en vérité » confia Sebastian. « Plus vite nous aurons trouvé le kidnappeur de Jones, plus vite nous retrouverons Jones et pourrons partir de cet endroit. »
« Vous aussi, vous détestez cet hôtel ? »
« Evidemment ! Je ne comprends même pas comment on peut avoir l'idée de concevoir un lieu pareil… »
« Travaillons ensemble, dans ce cas » suggéra John. « Je comptais interroger quelques employés. Vous venez ? »
…
…
…
« Derrick Jones ? J'ai du le croiser plusieurs fois, mais vous savez, ici, on est là pour travailler, pas pour bavarder. »
« Je le connais un peu, mais bon, les rares moments de détente, il les passait avec sa copine. Depuis sa disparition, on est tous plus gentils avec Rose. »
« Ouais, je le connais de vue. En tout cas, retrouvez-le, il y a plein de problèmes techniques maintenant.»
« C'est un ami à moi. Je ne dors plus la nuit. Je n'arrête pas d'imaginer ce qui a pu lui arriver ! Je n'ose même pas penser à ce qu'endure Rose… »
« Moi, je le connais pas trop, mais sa disparition m'inquiète beaucoup. Qui a pu l'enlever ? Est-ce qu'il est encore vivant ? S'il vous plait, retrouvez le coupable vite… »
…
…
…
John s'étira en baillant. Passé outre le fait que les clients sur la terrasse le regardait de travers à cause de son accoutrement, cela faisait du bien de sortir un peu, après des heures d'interrogatoire. Sebastian, à sa droite, relisait ses notes. L'homme s'était révélé un très bon soutien. John avait immédiatement senti une confiance mutuelle naitre entre eux -moins forte que celle qu'il avait avec Sherlock- mais du même genre. Sebastian était intelligent mais ne l'insultait pas toutes les deux minutes d'idiot –contrairement à Sherlock- posait les bonnes questions et avait des réflexions pertinentes. En quelques heures, les deux hommes avaient sympathisés et quand John appris que Sebastian avait été soldat, cette sympathie s'était renforcée. Cela faisait aussi du bien de parler avec quelqu'un qui avait vécu les mêmes choses que vous. Rester à l'hôtel n'était pas une si mauvaise chose, finalement…
« Ce que je ne comprends pas, c'est le motif de cet enlèvement. » Dit soudain Sebastian. « Personne n'a reçu de demande de rançon. Jones ne semble pas avoir d'ennemis. Peut-être qu'un prédateur sexuel spécialement vicieux l'ait enlevé pour s'amuser avec lui ?»
John lança à Sebastian un regard mi inquiet, mi interrogatif.
« Un prédateur sexuel, carrément ? Vous êtes sérieux ? »
« J'ai déjà vu ça -je ne veux pas en parler » ajouta le roux précipitamment.
« De toute façon, il y a pleins de clients beaux et connus, ici. » Le regard de John se posa sur un mannequin blond aux mèches orange d'une vingtaine d'année qui nageait dans la piscine. « Si on veut accomplir nos fantasmes dans la réalité, autant prendre un jeune acteur, non ? »
« Vous savez, parfois il ne faut pas chercher la logique chez les criminels, » rétorqua Sebastian. « Je vous assure. Cela vaut mieux. »
John allait demander à Sebastian de préciser ses pensées quand il vit une jeune femme aux cheveux bleus électriques hurler sur une employée. D'un accord silencieux avec Moran, les deux hommes contournèrent la terrasse et s'approchèrent du bord de la piscine.
«Vous vous rendez compte que votre incompétence va m'empêcher de me baigner pendant deux jours ? » Hurlais la femme aux cheveux bleus.
« Je suis vraiment désolé, vraiment » balbutia l'employée, une femme blonde aux yeux verts, accroupie près de l'eau. « Je ne savais pas que vous étiez allergique à ce produit…Mais voyez-vous, c'est celui qu'on utilise habituellement… »
« Et bien vous auriez du demander avant ! » Ragea l'autre, hors d'elle. « Walter ! »
Un homme brun se précipita vers elle.
« Oui, madame ? »
« Préparez une voiture, je pars de cet hôtel dès ce soir ! Je refuse de rester dans un hôtel où le service est inacceptable ! »
L'homme fit demi-tour tandis que la furie lançait un dernier cri hargneux pour montrer à quel point elle était outragée. Mais avant de s'en aller, elle écrasa la main de la blonde avec son pied.
La victime gémit et se tendit, essayant de retenir ses larmes devant les autres personnes environnantes. John se baissa immédiatement et lui attrapa la main.
« Laissez-moi faire, je suis médecin… « John examina la main rouge. « Ca fait mal sur le coup mais il n'y a rien de grave. »
« Je vais chercher des glaçons » proposa Moran.
John aida la femme à se relever, cette dernière tremblant un peu –encore choquée par ce qui venait d'arriver mais aussi surprise de la gentillesse du blond-.
« Ce ne sont pas mes affaires »dit John, « mais cela vous arrive souvent d'être agressée par des clients comme ça ? »
« Non. Enfin si. Pas physiquement, en tout cas. Merci. » La femme eu un sourire triste. « Elles sont rares, les attentions comme les vôtres. »
« Je m'appelle John. Et vous ? »
« Je ne sais pas si c'est une bonne idée de discuter maintenant, Mlle Ojoo-Blue –Son doit sûrement être en train de se plaindre et je dois retourner travailler… »
« Mademoiselle qui ? » demanda John, perplexe.
« Ojoo-Blue-Son, c'est celle qui vient de partir. »
« Qui aurais idée de s'appeler comme ça ? »
« Il y a plein de gens étranges ici, enfin, pas comme nous… » La femme mit une main sur son crâne. « Je me sens mal… »
John la prit dans ses bras et l'amena à l'écart, près des arbres taillés. Il était tiraillé entre l'envie de réconforter cette jeune femme qui semblait si faible et l'envie de foutre une droite à cette Ojoo Blue machin.
« Ne vous inquiétez pas, c'est le stress, ça ira mieux dans quelques minutes » bredouilla la blonde. « Je vis des moments difficiles et parfois je n'arrive plus à supporter…à tout supporter… »
« Vous ne vous appelleriez pas Rose, par hasard ? » demanda John.
« Si ! Comment le savez-vous ? »
« Je me représente, John Watson, je suis détective privé. J'essaye de retrouver Derrick Jones, mais j'avoue que l'enquête traine un peu. Je n'ai aucune idée de qui a pu l'enlever, pourquoi et où il se trouve en ce moment. Vous n'auriez pas des éléments de réponses à m'apporter ? »
Rose le fixa, blessée, et John remarqua qu'il avait touché un point très sensible.
« Désolé ! Je ne voulais pas vous faire du mal, je veux juste aider… »
« Ce n'est rien. La dernière fois que j'ai vu Derrick, il était dans un couloir, en train de faire je ne sais pas quoi. » Rose renifla. « Il m'avait donné rendez-vous au bar à 21 heure, le moment où tout le monde dine au restaurant et où on pouvait être tranquilles. Il n'est jamais venu. Personne n'a remarqué sa disparition jusqu'à ce que je la signale. Les autres étaient occupés dans leur service. »
« Peut-être qu'un des clients l'a aperçu ? » suggéra John.
« Non. Ils ne nous voient même pas. Nous sommes comme des éléments de décorations, ou des meubles pour eux. Et quand ils se rendent compte de notre présence, c'est pour nous hurler dessus. »
« Pourquoi vous continuez à travailler à Plazza, alors ? »
« Derrick et moi avions décidés de partir à la fin de l'année… S'il vous plait, retrouvez-le vite… »
« Je ferais de mon mieux » promit John. Il entendit du bruit derrière lui et se retourna. Sebastian revenait, accompagné d'un autre homme, l'air grave. « Mettez ça sur votre main » ordonna-t-il à Rose. « John, j'ai une mauvaise nouvelle. Il y a eu une nouvelle disparition. »
…
…
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Ce chapitre vous a plu ? Sherlock n'est pas actif pour le moment, mais ne vous inquiétez pas, il va revenir…Pas au meilleur de sa forme, mais revenir tout de même !
