Titre : Le cas des hiboux électroniques

Genre : Slash DM-BZ

Résumé : Draco a été contraint de suivre le cours facultatif d'Etudes moldues pour montrer l'exemple en tant que Head Boy. Parmi les enseignements du module, il y a une obligation de prendre un correspondant via internet. L'école est jumelée avec une école moldue alors motus et bouche cousue sur le monde magique. Ce que Draco ne sait pas c'est que son correspondant n'est pas celui qu'il croit.

Rating : M

Spoilers : aucun, on ne tient absolument pas compte des livres

Disclaimers: persos de J.K. Rowling, Marc Levy - 7 jours pour une éternité

Playlist conseillée pour ce passage / écoutée au moment de l'écriture : rien de spécial

Note : Slash qui n'est pas composée de mails uniquement


- Lundi 19 décembre -

Au coin du feu

Draco tournait-virait dans sa chambre. L'Ange le remettait en question. En l'espace d'une semaine et demi son monde si bien « contrôlé » s'effritait petit à petit. Au bout de seulement neuf jours, le correspondant mystère du sorcier avait ébranlé toutes ses certitudes. Quel magicien cet Ange était-il ? « Magicien ». Draco poussa un soupir. Un moldu était venu à bout de lui. A bout de sa tour d'ivoire. La veille il s'était confié dans un long mail et avait raconté sa rupture avec cet abruti de fleuriste. Les « mails… » ou « courriels » comme Draco préférait employer. Autre bizarrerie moldue qui avait fait prendre à sa vie un tournant décisif. Ce module d'étude moldue il avait été obligé de le suivre. Trop peu d'élèves y participaient. Comme il était Head Boy, « on » lui avait intimé de montrer l'exemple. « On » était Dumbledore, évidemment. Snape avait essayé de l'en préserver, mais le proviseur d'Hogwarts n'avait rien voulu savoir. Draco avait fulminé lorsqu'on lui avait appris la nouvelle. Il n'avait pas assez de travail comme ça ? Etudier les… moldus ? A quoi cela pourrait-il servir excepté lui brûler la cervelle ? Et le correspondant sur lequel il était tombé… Un pauvre garçon, fleur bleue, qui ne connaissait rien à la vie sinon des bouquins pour filles et qui se défonçait, tellement sa vie était misérable. « On a au moins la défonce en commun, » avait pensé Draco. Un pauvre garçon, peut-être, fleur bleue, sûrement, mais à présent, la défonce de Draco… c'était ce « pauvre garçon. » Il avait pensé le refiler à Zabini. Lui aussi suivait ce module. Qu'il l'ait choisi volontairement n'aurait pas étonné le blond. Zabini était rêveur et mutique, ascendant asocial. Aujourd'hui, pour rien au monde, il ne renoncerait à son Ange. Et pour couronner le tout, c'est les conseils de Zabini qu'il allait chercher à présent. Le brun pourrait peut-être lui dévoiler les secrets du cœur. Le problème de Draco était : comment aborder Zabini ? En quatre ans de chambre commune, ils n'avaient jamais parlé et depuis qu'il était préfet, puis Head Boy, Draco ne lui exprimait que des reproches sur sa tenue – toujours négligée – vestimentaire. Tous les Slytherins devaient être soigneux et soignés ! C'est l'image de la Maison qu'ils véhiculaient et Draco en était le gardien. Et non, il n'était pas psychorigide ! Tiens ! Zabini lui dirait s'il était psychorigide ou non… Lui, il devait connaître le sens du mot et peut-être n'aurait-il pas peur de Draco, contrairement aux autres slythy, le brun était un… spectre. Invisible. Silencieux. Draco avait néanmoins l'œil sur lui… Son teint de porcelaine mettait en valeur ses yeux ambrés/marrons et ses cheveux noirs. Draco aimait aussi cette petite perle nacrée bleu pâle qui retenait une mèche fine qui retombait délicieusement sur la joue gauche. Le brun était magnifique. Svelte, élancé, gracieux. Et pourtant seul. Les rumeurs allaient bon train sur le brun. Draco ne leur portait aucun crédit. Le jeune homme était trop effacé pour avoir vécu tout ça. Cela faisait plusieurs mois qu'il voulait mettre le brun dans son lit. Cela remontait à l'an dernier, un peu avant l'anniversaire du brun. Ornella Zabini, la mère de l'adolescent, l'avait « chargé » de dépuceler son fils qu'elle soupçonnait gay. Draco avait hésité. Il était attiré par le jeune homme, mais il était si farouche… Ornella lui avait promis une belle récompense s'il réussissait. « Quelle proie de choix aussi » avait pensé Draco. L'affaire était conclue. Draco ferait connaître à Blaise les mêmes plaisirs que sa mère lui avait fait connaître quelques années auparavant. Une réception fastueuse avait été donnée pour l'anniversaire de la majorité de Blaise. Le jeune sorcier y était venu contre son gré. Il n'avait pas su refuser l'invitation pour la fête donnée en son honneur. Mais il s'y ennuyait. Très vite la fête avait viré à la débauche. Il allait partir quand Draco, en Lord Scarlet l'avait abordé. Le blond, alors teint en roux et avec des lentilles violettes, avait tenté une approche mais dès le début il avait su qu'il ne coucherait pas avec Blaise. Ils avaient dansé un peu ensemble puis Draco l'avait quitté. Il perdait son temps. A la surprise du blond, le brun l'avait retenu et entraîné dans sa chambre. Une pièce immense avec une bibliothèque démesurée. Draco n'avait pas pu s'empêcher d'en parcourir rapidement le contenu. Tous ces auteurs lui étaient inconnus. Plus tard, il avait compris, c'était des livres blasphématoires, des livres moldus. Dans cette chambre, ils avaient fait un pacte forcé, involontaire : ils feraient comme s'ils avaient couché ensemble. Cela convenait aux deux : Draco ne serait pas puni de son échec et Blaise aurait la paix. Que Blaise ait proposé cet accord avait encore plus excité Draco. Le blond s'était juré de faire plier le brun. Tôt ou tard… Il avait tout son temps… Puis Draco s'était lassé. Bien sûr qu'il voulait Blaise mais Zabini était sûrement de ceux qui s'accrochaient et ça Draco n'en voulait pas. En une semaine, son Ange lui avait fait renoncer à ce projet et Draco le voyait différemment. Il n'était plus seulement le bout de viande raffiné, la pièce tendre et goûteuse, rôle auquel Draco l'avait réduit. Blaise détenait quelque chose que Draco n'aurait jamais. Le brun devait connaître les méandres étroits et sinueux de l'âme. « Oui, Zabini fera l'affaire ! » D'un pas décidé, Draco quitta sa chambre et trouva le jeune homme où il était chaque soir, inlassablement, depuis presque six ans et demi. Il s'avança vers le brun, une enveloppe écrue à la main, qu'il venait de recevoir.

« Dis-moi Zabini, en toute honnêteté, je ne râlerai pas après. Suis-je... psychorigide ? Oui tu comprends, je ne peux pas le demander à Crabbe ni Goyle ils comprennent pas les mots de plus de deux syllabes. Quant à Nott… Il a trop peur de moi pour me répondre. »

La réaction du brun ne surprit guère Draco.

« Mais pourquoi... Moi ?

- Ben tu lis pas mal, tu dois avoir du vocabulaire, non ? Puis les filles... elles me veulent alors elles diront non. Toi.. tu es plus ou moins neutre.

- Neutre ? »

Draco essaya de se rattraper. Il ne voulait pas froisser son camarade.

« Enfin ce n'est pas une insulte, hein !

- Tu tiens vraiment à ce que je te réponde honnêtement? »

Le blond sourit.

« Oui... Il n'y aura aucune conséquence. Je peux m'asseoir au fait ?

- Fait comme chez toi, ça n'est pas MA cheminée, après tout...

- Merci, je ne t'ennuierai pas longtemps. Alors, suis-je psychorigide ? »

Draco se lova avec élégance dans le fauteuil face à la cheminée. Le visage du brun était indéchiffrable. Il répondit enfin.

« Je ne te connais pas très bien... Mais je dirais... Sans aucun doute, oui.

- Je m'en doutais. On ne se refait pas, hein ?

- Il n'y a qu'à voir le soin quasi-obsessionnel que tu portes à ta tenue, à ta coiffure et à la tenue des autres... »

Le brun accompagna ses propos d'un sourire un brin narquois. Draco, lui, soupira. Le brun poursuivit.

« On croirait que tu vas mourir si tu as un cheveu de travers. Dans un sens, ça m'a toujours amusé...

- Amusé ?

- Oui, amusé.

- Pourquoi ? Le soin, la recherche de la perfection c'est le contrôle et le contrôle... c'est la tranquillité. »

Blaise plissa les yeux et se caressa doucement le menton, son livre sur les genoux. Il sourit légèrement.

« Donc tu es franchement psychorigide. »

Draco sourit à pleines dents.

« Franchement, regarde-moi, je suis la tranquillité même... et je me prends pas la tête avec ce genre de considérations : « ma cravate est-elle parfaite ? » « Mes chaussettes vont-elles avec mon caleçon ? » « Mon pantalon a-t-il un revers parfait ? »

- Et je ne te parle même pas des plis des chemises ! »

Blaise rit doucement. Draco prenait bien la chose. Il en rajouta même.

« Parfois je recopie trois fois mes essais pour qu'il n'y ait aucune rature ! Oula ! J'aggrave mon cas. Psychorigide incurable !

- Mmmmh, c'est sûr… Le mieux c'est d'être parfait naturellement, c'est moins fatigant. Je ne dis pas ça pour moi, ne t'inquiète pas.

- Parfait naturellement ? Parfait naturellement… (Draco réfléchit.) Par Merlin, je ne pourrais pas sortir avec ma cravate nouée correctement… enfin incorrectement je veux dire. »

Blaise se pencha vers Draco.

« Je vais te dire un secret mais ne le répète pas...

- Promis, parole de serpent… »

Blaise sourit Le Slytherin tendit la main vers Draco, doucement et lui ébouriffa légèrement les cheveux. La réaction du blond en tarda pas à venir.

« Hé !

- L'imperfection rend beaucoup plus beau...

- Ah Blaise... Utiliser la flatterie... C'est petit… Mon deuxième pêché… »

Le brun se recala dans son fauteuil avec un rire cristallin.

« Non, non, c'est vrai, je t'assure. Regarde les fleurs, tu crois qu'elles sont parfaites? Non. Mais leur beauté « naturelle » nous éblouit tellement qu'on ne voit plus leurs défauts. »

Inconsciemment, le blond se recoiffait.

« Elles naissent froissées mais lissent leurs atours pourtant… sauf le coquelicot !

- Tu commences à comprendre... Blaise esquissa un sourire très doux. C'est marrant...

- Marrant ?

- Oui, je me disais que ça doit être la première fois qu'on parle vraiment en sept ans... »

Draco approuva puis s'excusa de l'avoir dérangé dans sa lecture. Il allait le laisser poursuivre. Le brun n'avait pas dit ça pour le faire partir. Mais Draco se leva. Il le remercia pour son honnêteté. Blaise était une bouffée d'air pur dans ce nid à serpents. Draco partit puis revint sur ses pas. Blaise avait ouvert son livre et ne s'aperçut pas que le Head Boy se pencha pour lui ébouriffer les cheveux à son tour. Il dit dans un clin d'œil.

« Il paraît que ça rend beau.

- Moi je suis toujours beau...

- C'est pas faux. Je suis presque jaloux. Bonne soirée, Blaise »

Le brun rougit légèrement. Draco s'éloignait quand Blaise l'interpella. Il se retourna.

« Eh ! Tu sais, Malfoy… C'était pas de la flatterie, tout à l'heure.

- Tu me dragues alors ? »

Cette fois, le visage du brun s'empourpra. Il bafouilla.

« N... Non ! Noon !

- Sois pas si choqué !

- Pou… Pourquoi tu dis ça ?

- Pour... plaisanter et tu es craquant quand tu rougis. »

Blaise devint pivoine. Il essaya de se replonger dans livre, comme si de rien n'était. Draco tourna les talons et s'éloigna de nouveau. Il ajouta néanmoins.

« Si.. si tu lis tard, n'oublie pas une couverture comme l'autre soir. Bonne soirée. »

Blaise reposa le livre et le regarda partir.

« Tu veux pas m'en apporter une ?

- Pas de problème.

- Vraiment ?

- Bien sûr, c'est ma journée de bonne action, profites-en. Une boisson chaude ?

- Oui, je veux bien... un chocolat chaud ?

- Très bon choix. »

Draco lui demanda une quinzaine de minutes et il serait exaucé. Blaise n'en croyait pas ses oreilles. Il pensait que le blond blaguait. Il regarda le Head Boy sortir du donjon. Blaise rouvrit son livre. Draco ne reviendrait sûrement pas. Pourtant, le blond revint. Il déposa deux chocolats chauds fumants sur la petite table. Il allait chercher la couverture dans sa chambre. Blaise était abasourdi. A son retour, le blond la tendit au brun.

« Elle est fine mais super chaude. »

Draco prit sa tasse de chocolat. Il boirait dans sa chambre. Blaise l'invita à rester mais le blond ne voulait pas le déranger dans sa lecture. Le brun insista.

« C'est bon, j'ai tout mon temps pour lire, c'est pas comme si je faisais des devoirs...

- Tes devoirs… Justement… »

Blaise avait encore rêvé et n'avait pas vu le temps passé, et les devoirs, on le sait, ne se faisaient pas tout seuls. Mais au grand plaisir de Blaise, Draco laisserait le psychorigide au placard pour la soirée. Il dénoua même sa cravate et demanda, se moquant de lui-même, s'il survivrait une soirée dépenaillé puis il s'assit dans le fauteuil. Blaise sourit. Draco en rajouta.

« J'essaie de ne pas penser à mes cheveux ébouriffés ni à la cravate dénouée mais ça m'obsède ! »

Blaise gloussa doucement en réponse. Puis Draco lança la question qui le tenait tant à cœur.

« Tu crois que... que des gens diamétralement opposés puissent... s'apprécier ? »

Le brun huma rêveusement le chocolat chaud. Draco continua.

« Qu"on puisse apprécier des gens qu'on hait depuis sa plus tendre enfance ?

- Je ne savais pas que mon avis pouvait avoir la moindre importance pour toi... Je vais faire de mon mieux pour ma réponse... »

Draco essaya de le rassurer.

« Stresse pas, sois cool comme toute à l'heure.

- D'accord. Bon, la vraie question, c'est pourquoi on hait quelqu'un depuis sa plus tendre enfance... une idée? Allons, élève Malfoy, une suggestion, s'il vous plaît ?

- Euh... L'éducation ? La peur ?

- En partie, oui.

- L'ignorance !

- Il y a aussi - et surtout - l'inconnu. Bravo, 20/20. »

Sur un ton joyeux, Draco demanda s'il pouvait rejouer, s'il pouvait avoir une autre question. Blaise et lui rirent. Le blond s'enivra du parfum du chocolat. A cause de ses problèmes de concentration et de mémoire, Blaise lui redemanda qu'elle était la question. Pourquoi haïr quelque chose ou… quelqu'un ? Pendant ce temps, Draco sortit de son manteau des cigarettes, du papier à rouler un briquet et de la résine. Il interrogea Blaise pour savoir si ça le gênait qu'il fume. Le brun hocha la tête négativement. Draco émietta la cigarette. Blaise, lui, sortit, un sachet d'herbes. Spécial « soirées au coin du feu. » Il en proposa au blond avec un sourire charmant qui accepta. Les deux Slytherins se roulèrent un joint.

« Donc, la haine... souvent on croit haïr quelque chose ou quelqu'un alors que c'est juste la peur de l'inconnu et en apprenant à connaître cette chose, on peut découvrir énormément d'éléments passionnants en elle. Ou, si tu prends l'exemple d'une personne, tu peux te rendre compte que cet « inconnu » et toi n'êtes pas si différents, que vous avez même beaucoup de points communs ou mieux... que vous êtes complémentaires.

- Non... il y a un énorme fossé que je ne pourrais jamais franchir.

- Oh, oh ! On parle donc de quelqu'un en particulier ? Ce n'est pas une question en l'air. »

Draco rougit légèrement puis bafouilla.

« Non, non ! Enfin… peut-être… »

Blaise semblait réfléchir. Il suçait inconsciemment sa lèvre inférieure dans le processus de réflexion. Draco ne lui laissa pas le temps de parler.

« Enfin... C'est pas grave, ma vie est tracée, aucune place pour... l'inconnu.

- C'est dommage ! C'est tout le piment de l'existence.

- Dans une autre vie peut-être… »

Draco était amer à présent. Blaise était doux.

« Pourquoi dans une autre vie? Tu préfères jouer un rôle toute ton existence ?

- Celle-ci est déjà écrite depuis la première seconde de ma vie.

- Mmh, à croire que c un problème universel.

- Le truc le plus fou que j'ose faire c'est ma cravate dénouée et mes cheveux ébouriffés et encore, le temps d'une soirée. »

Blaise étouffa un rire.

« Vraiment? C'est pas ce qu'on dit de toi...

- Oh ! Et que dit-on de moi ? Tu fais allusion à... ma décadence ?

A présent, Draco tripotait nerveusement l'enveloppe écrue qu'il avait posé sur ses genoux. Cette enveloppe représentait à elle seule les sept pêchés capitaux. L'invitation aux Nuits Bleues de Madame Zabini. Nuits au goût d'opiacés. Nuits imprégnées de déliquescence. Nuits interminables. La mère de son camarade était une hôtesse remarquable. Ses invités ne s'y ennuyaient jamais. Les convives venaient masqués mais Draco se rajoutait lentilles violettes et se teintait en roux, ce qui lui valait le pseudonyme de Lord Scarlet. Si lui reconnaissait les participants, lui passait incognito. Seule Madame Zabini savait qui il était. Il n'était pas exactement proche d'Ornella Zabini mais c'était elle qui l'avait initié à tous les plaisirs sexuels. Quand il partageait encore la chambre de Blaise, elle était venue apporter en personne la tenue de bal de son fils. Il n'y avait que Draco dans la pièce. Il étudiait. Au début, il n'avait accordé aucun regard à la jeune femme. Mais aussi silencieuse qu'une chatte, elle s'était approchée de Draco. Elle s'était penchée sur l'épaule de l'adolescent. Elle avait murmuré des banalités. Comme quoi il perdait son temps à étudier. Qu'il devait s'amuser comme les garçons de son âge. Il s'était retourné et avait rétorqué « Et comment s'amusent les garçons de mon âge ? » La mère de Blaise lui avait décoché alors un sourire lumineux. Ses yeux ambrés, en amande, brillaient de luxure. Son sourire était celui d'une succube. Elle n'avait pas eu besoin de parler. Draco avait dégluti puis lâché sa plume et se leva pour faire face à Madame Zabini. Il parut troublé l'espace d'une seconde. Jamais il n'avait couché avec une fille, alors une femme… Ornella lui retira son pull et avait défait sa chemise très lentement. Un sourire carnassier s'était affiché sur les traits fins du blond. Il avait déshabillé la mère de son coturne sans un remord. La seule chose qui lui avait semblé malsaine avait été de faire l'amour dans le lit de Blaise. Ce qui ne l'avait pas empêché de recommencer à chaque fois que Madame Zabini venait, c'est-à-dire pour l'anniversaire de Blaise et pour le Bal de Noël, excepté cette année. Ornella ne viendrait pas, elle serait en croisière dans les mers du sud. Au début, ses rapports avec Ornella étaient irréguliers puis ils devinrent de plus en plus fréquents. Au bout d'un an, Draco avait reçu sa première invitation aux Nuits Bleues. Pas une seconde il n'avait hésité. Le jeune sorcier avait quinze ans et deux loisirs : torturer ses camarades et le sexe. Les Nuits Bleues comblaient les deux. Soirées échangistes, sado-masochistes, suintant le mal et le stupre. Madame Zabini était une tentatrice. Sa peau caramel, sa longue chevelure ébène, soyeuse à y mourir englué, ses yeux en amande : ambré ou noirs comme le jais selon l'humeur, et un sourire… à corrompre Merlin lui-même… Ses courbes, plus que généreuses, étaient toujours mises en valeur par les plus riches étoffes et les dentelles les plus raffinées. Elle n'avait pas besoin de tous ces atours superficiels. Ornella rayonnait de grâce et de charme. Il était difficile de résister à cette croqueuse d'hommes.

« Oui mais je connais ça aussi... A bien plus petite échelle, bien sûr !

- Mais je ne suis pas le Head Boy dans ces moments-là, je suis le chasseur. J'ai une tenue pour chacun de mes visages. »

Le regard bleu azur brillait à présent. Il était parsemé de luxure. Blaise rosit et dégusta son chocolat. Avec un sourire carnassier, Draco développa.

« Quand je chasse, je ne représente plus l'école. Ni les valeurs de bienséance.

- Tu… « chasses » ? C'est charmant comme terme... C'est quoi ton gibier ?

- Je séduis si tu préfères…

- Et tu séduis quoi ?

- Ca dépend de mon humeur. Des filles, des garçons, parfois des inaccessibles pour le challenge. Mais toujours classes mes proies. »

Draco tira une latte. Blaise se referma un peu mais le blond ne le remarqua pas.

« Classes ou sexy ou les deux.

- Je vois…

- Mais bon... je crois que j'aborde mal la vie et la séduction.

- Pourtant tu m'as jamais chassé. »

Le ton était froid. Le sourire carnassier de Draco s'évanouit.

« Oh ! Ne sois pas vexé !

- Je suis pas assez classe ou sexy ?

- Il était un temps où... où je te voulais mais… on m'en a dissuadé. Tu fais partie des inaccessibles. Tu étais mon challenge par excellence mais j'ai renoncé. »

Il ralluma le joint et tira dessus. Blaise se radoucit.

« Et qui t'en a dissuadé? Je suis curieux...

- Qui... Qui... Ca n'est pas tant ça la question... « Comment » est plus approprié.

- Oh ? Alors « comment » ?

- J'ai moi-même du mal à le croire. Je ne peux plus séduire... gratuitement. Ça me pose des problèmes de... de... J'arriverai pas à le dire ! »

Draco sourit. Blaise compléta.

« Conscience ?

- Merci. Oui… Conscience.

- Bien, je suis rassuré alors… Tu ne vas pas me droguer pour faire des folies de mon corps.

- Si, si... Je vais virer Crabbe, Goyle et Nott de votre chambre, je vais me glisser dans ton lit une fois que tu es plus ou moins inconscient, je fais ma petite affaire et je repars. »

Draco fit un clin d'œil. Le brun leva les sourcils et esquissa une petite moue.

« Ah oui ? Ca me va… mais autant aller dans ta chambre ça doit être plus confortable…

- Vraiment ? »

Blaise tira une latte et fit quelques ronds de fumée. Il répondit avec un sourire plus que charmeur.

« Non.

-Tant pis. Je te viole alors.

- Ben tiens ! »

- Non... je pourrais pas… Qu'est-ce qui m'arrive ? »

Draco se prit la tête en les mains puis tira sur le joint. Blaise s'inquiéta. Le blond faisait-il un bad trip ? Non. Le Head Boy ricana. Il lui en fallait plus pour bad tripper. Pourtant, il aurait préféré bad tripper plutôt que de « ressentir ». Blaise avait vu où Draco voulait en venir.

« Qu'es-ce qui a ? C'est ton problème... de relation avec quelqu'un d'haïssable ?

- Peut-être…

- Qui ne doit pas l'être tant que ça vu ta tête... Fille ou garçon? ... Pardon... ça me regarde pas.

- Les deux.

- Quoi ?

- Une sensibilité féminine dans un corps masculin.

- Ah… Problèmes en perspectives, alors. C'est des complexes, ceux-là.

- Surtout pour un psychorigide. »

Le blond tira une latte, le brun ébaucha un sourire et tira également sur son joint.

« C'est sûr. Joli ?

- Oui... fabuleux.

- Il en vaut la peine ? »

Draco avait peur de salir son Ange, de le souiller. Comme si le toucher équivalait à lui transmettre ses miasmes ! Blaise en déduisit qu'ils n'avaient pas couché ensemble. Draco acquiesça puis expliqua. Sa relation n'était pas une vraie relation. Tout ça était si… bizarre.

« Hmmmm… Il te connaît au moins ? Ou tu l'admires de loin ?

- Plus ou moins les deux. »

Zabini fronça les sourcils. Il réfléchissait en fumant.

« C'est pas simple en effet… Et tu irais jusqu'où pour lui ?

- Je sais pas...

- ... Tu... tu l'aimes ?

- Je sais pas... c'est... si... étrange. »

Le blond tira une bouffée. La voilà la vraie question que Draco se posait. Il avait espéré que son camarade aurait la réponse à « sa » question. L'aimait-il ? Qu'était-ce « aimer » ? Voilà une question à laquelle Draco ne savait pas répondre. Lui pour qui aucune substance n'avait de mystère. Lui qui avait passé des heures à lire le dictionnaire quand il s'ennuyait au Manoir – autant dire chaque été. Il séchait sur cette simple question qui ne demandait qu'une réponse du cœur et pas une quelconque connaissance apprise dans un grimoire. Blaise eut un petit sourire tendre et un regard rêveur. Lui aussi connaissait ça. Quand Draco lui demanda s'il était amoureux, le brun eut beaucoup moins de pudeur et de doutes. Il soupira puis sourit.

« Oui.

- Cœur qui soupire n'a pas ce qu'il désire. Que désires-tu Blaise ?

- Quelqu'un au-delà des étoiles. »

Il se rembrunit. Draco fronça les sourcils d'incompréhension.

« Les étoiles… Pourquoi vouloir décrocher la lune alors qu'on a les étoiles ? Tu lui as dit ?

- Je... lui ai... pas directement… C'est compliqué aussi. »

Le bien-aimé de Blaise était non seulement quelqu'un étranger à l'école mais il habitait Londres… Un moldu… Zabini aimait un moldu. Pourquoi cela n'étonnait pas Malfoy ? Blaise rougit et baissa les yeux. Il s'empressa d'ajouter.

« C'est pas ce que tu crois. »

Draco sourit et lui dit qu'il comprenait. Mais ça sonnait faux. Les Malfoy haïssaient les moldus, joliment surnommés sang-de-bourbe et Draco ne faillissait pas à sa famille. C'était notoire qu'il exécrait quiconque n'était pas sang pur. Blaise lui–même ne comprenait pas. Il tira sur son joint. Il tremblait. Draco lui demanda s'il allait bien.

« Ca va super bien... J'ai une vie de merde et en plus elle part en live, tout va bien...

- Et que ressent cette personne ? Tu l'as connu comment ? Pardon, je comprends que tu ne me dises rien. »

Draco écrasa son pétard dans le cendrier.

« Quelle garantie j'ai que tu n'iras pas tout raconter dans mon dos après ?

- Aucune.

- Je dois te faire confiance, alors ?

- Une langue de serpent reste une langue de serpent… »

Dans un sourire, le brun murmura qu'il aimait les langues de serpent. Il n'avait aucune garantie que Draco n'irait pas tout mais il avait besoin de parler et Draco était le seul confident de fortune qui s'était présenté. Le blond avait toujours cru que le brun détestait la Maison des serpents.

« Non, pas vraiment. On peut y être tranquille. C'est un bon côté des slythys. Si tu cherches l'isolement, on te l'accorde. Je serais huffy, mon dieu ! Je serais mort étouffé ! Les Ravy me saouleraient et les gryffys me harcèleraient pour que je leur refile mes devoirs... parce que même si je les fais toujours en retard, ils sont bons. »

Il alluma un autre pétard et tira une latte. Draco enchaîna.

« Ici c'est chacun pour soi, sans chaleur, sans aide. Sans am... sans amitié.

- Moui.

- Bon plan pour la tranquillité.

- C'est sûr mais des fois, tranquillité rime un peu trop avec solitude...

- Oui... C'est le revers de la médaille. Ici on ne rie pas, on ricane. Et on est pas tranquille, on est seul. On est pas aimé, on est craint. Enfin plus que six mois à tirer.

- Tu t'entendrais très bien avec mon ami... il est aussi cynique que toi parfois. »

Draco répondit qu'il n'était pas cynique mais réaliste. A ce mot Blaise bondit presque de son fauteuil.

« Le réalisme, ça me saoule. C'est un concept inventé par les psychorigides pour se rassurer. Je préfère le fantasme... au sens large du terme, bien sûr. Ce que je voulais dire, c'est qu'on peut sublimer la vie en étant moins terre à terre. Le rêve est important, il fait avancer les philosophes, les poètes... même les chercheurs. »

Draco avait aimé le mélange spécial de Zabini. Il demanda s'il pouvait se refaire un joint. Le brun accepta. Le blond se roula dons un deuxième pétard, l'alluma et tira dessus.

« Celui que j'aime... enfin que j'apprécie, rêve l'impossible.

- La vie est magique, Draco, il ne faut pas l'oublier (le brun souriait) On en sait quelque chose, non ?

- La magie n'est pas toujours au bout de la baguette, elle peut-être en nous ou... dans le regard d'un autre.

- Oui... la magie vient du cœur. »

Draco s'emballa.

« Blaise, fonce rejoindre ton ami.

- Quoi ?

- Ici tu n'as pas ta place, je veux dire c'est trop carré pour toi, trop « psychorigide ». Londres... c'est... le Nouveau Monde. Tu peux vivre tes rêves. Tu... je suis sûr que quand tu lis un livre, tu es aux côtés des héros, tu traverses le temps et l'espace, tu vogues sur les mots, pour toi tout ça, ça a un sens non ?

- Oui, bien sûr...

- Ecris ta vie et vit-la !

- Mais... je ne suis pas certain...

- Toi tu n'es pas comme moi. Moi j'estime mes certitudes à des pourcentages, des chiffres. »

Draco conseillait Blaise comme il aurait aimé l'être, mais il était sincère. Le brun avait la force de vivre ses rêves que lui n'aurait jamais. Jamais il ne briserait les maillons conventionnels qui l'enchaînait à Pansy. Les yeux du brun brillaient. Draco parlait avec émotion. Blaise était si différent des autres Slytherins. Il ne participait jamais aux bacchanales de la Maison et encore moins à celles de sa mère. Blaise préférait se plonger dans ses livres, moldus de surcroît et si quelqu'un pouvait réaliser ses rêves, c'était lui. Il n'avait aucune attache sociale, il était libre, il l'avait toujours été. Le brun hésitait pourtant. Il pensait que son ami ne voulait pas de lui.

« Il m'a repoussé « pour mon bien »… Quelle connerie ! Je n'ai rien de pur ou de merveilleux, je ne suis qu'un... qu'un idiot, un idiot de rêveur.

- C'est ce qui fait ton unicité, essaya de le sécuriser Draco.

- Je reste moi-même dans ma connerie ? C'est rassurant... »

Draco s'inspira d'une latte de son pétard.

« Va le voir, déterminé, et bats-toi !

- Tu comprends pas ! Je peux pas faire ça !

- Pourquoi ? Parce que t'es rêveur ?

-Je... je sais pas où il habite, je sais juste que c'est à Londres. »

Arf… L'amour donnait des ailes mais pas une boussole… Londres était très vaste alors retrouver quelqu'un même avec la meilleure volonté du monde ne suffisait pas. Mais ils étaient sorciers. Alors pourquoi pas ? Un entrain à toute épreuve animait Draco.

« Ah oui c'est embêtant... File-lui rencard ! Ou remue ciel et terre mais fait quelque chose !

- Tu crois ? Ça marcherait ?

- Je ne sais pas... mais fait quelque chose !

- On ne s'est jamais vu... et s'il ne m'aimait pas ? Si je ne lui plaisais pas ? »

Pourquoi Blaise partait-il perdant ? Draco avait toujours eu ce qu'il voulait, il fonçait. Il ne comprenait pas le brun. Il avait plus d'un atout dans sa poche. Son sourire. Ses délicieux yeux en amande noirs comme la nuit. Ce corps gracile… Draco soupira. Blaise lui faisait toujours autant d'effet ! Puis il pensa à son Ange. Blaise et sa beauté s'estompèrent. A quoi ressemblait-il ? Il prononça à voix haute sa pensée, le regard perdu dans la danse désordonnée des flammes de l'âtre.

« C'est peut-être ton Bachert…

- Mon quoi ? »

Surpris de l'avoir dit à voix haute, Draco s'embarqua dans des explications vagues. Comment lui le gardien de la Raison et de la Logique pouvait-il croire à ces sornettes ? Ah oui… Sept jours pour une éternité… Un ouvrage impie de l'auteur moldu Marc Levy, « trouvé » au hasard, que Draco avait littéralement dévoré. Oui, il s'était jeté à corps perdu dans l'histoire. Dieu et Satan avaient dépêché leur meilleur agent pour réussir une mission très spéciale : conquérir le monde. Zofia, l'Ange, et Lucas, le Démon, avaient une semaine pour prêcher leur conviction. Ce qu'ils n'avaient pas prévu : se rencontrer et surtout tomber amoureux. Draco le cartésien y avait vu un signe. Son Ange électronique et lui le Démon ne devaient pas se rencontrer… et encore moins tomber amoureux. Amoureux ? Jamais de la vie ! Plutôt crevé ! Enfin crever… c'est un peu radical… Draco secoua discrètement la tête et expliqua.

« Jamais entendu parlé ? Oh c'est un concept genre âme sœur, j'ai lu ça dans un livre.

- Mon âme sœur ? Ca expliquerait bien des choses...

- Oui, oui ce genre de chose. « Toute l'intelligence de ta vie sera de le trouver et surtout de le reconnaître. »

- J'aime, comme idée... je crois que... ça pourrait être lui. »

Que Zabini aime ce concept ne le surprit guère. Pourtant il renouvela ses encouragements.

« Alors fonce ! Le lâche pas et bats-toi ! Avec tes armes bien sûr : ton sourire et tes rêves devraient faire l'affaire.

- Mon sourire ?

- Et quand tu rougis aussi.

- C'est gentil, gloussa doucement Blaise.

- Non, non, non. Draco Malfoy n'est pas gentil, mauvais pour la réputation.

- Fais attention, d'ailleurs, tu deviens de plus en plus gentil en ce moment.

- On va dire... moins casse-couille. »

Il ralluma le joint qui s'était éteint et tira dessus.

« Apporter un chocolat chaud et une couverture à un rêveur abandonné dans un coin... c'est de la pure gentillesse, Draco, pas de l'amoindrissement de casse-couillage. »

Draco soutenait mordicus que non. Blaise tenta la pitié. Draco nia fermement. C'était du relâchement, de la lassitude peut-être. En avait-il assez de jouer au petit chef autoritaire ? Draco rit. Jamais il ne se lasserait de ce rôle-là. En avait-il marre d'être le psychorigide de service ? Non ! Ça non plus il n'y renoncerait pas. Qu'était-ce alors ? Il expérimentait quelque chose de nouveau : être sympa.

« Oooh, je suis un cobaye, alors... s'exclama Blaise. »

Draco bredouilla que non.

« Tu comptes faire la cour à ton ami avec une couverture et un chocolat chaud ? interrogea Blaise avec un sourire chaud.

- Pourquoi pas ! Ça marcherait peut-être… Non, non je rigole ! Je n'ai pas de plan, je ne veux pas en avoir pour lui, je mise sur... ma spontanéité…

- C'est un très bon début, » approuva le brun.

Pour la première fois, Draco se sentait maladroit. Selon lui, même Crabbe se débrouillerait mieux. Cela fit sourire Blaise.

« Oh, Draco Malfoy fait aussi des gaffes, alors ? On m'a menti toutes ces années ! »

Le visage de Draco se colora légèrement. Quand un sujet l'intéressait, il s'y jetait à 200 mais là il ne maîtrisait pas. Il se faisait avoir sur des livres moldus. Il n'y connaissait rien ! Il se ridiculisait à chaque fois. Blaise lui dit que son ami ne devait pas lui en vouloir pour ça, qu'il n'avait pas à s'inquiéter. Lui en vouloir non, mais cela soulignait encore plus leur différence. Ils étaient comme le jour et la nuit. Et on se demande qui était la nuit… Mais pourquoi Draco se prenait autant la tête ?

« Peut-être parce que tu ressens quelque chose pour lui, » suggéra Blaise.

Le blond s'assombrit. A quoi cela servait de créer des liens avec quelqu'un ? Dans six mois, une fois diplômé, il se fiancerait avec Pansy.

« L'événement 2006 chez les sorciers… mes fiançailles ! Youpi je vais être à la fête ! »

Draco était amer, Blaise compatissant. Oui, Draco adorait pavaner mais là, il y allait avoir une nuée de journalistes, sans parler de la réception colossale. Il y a deux semaines de ça, Draco en jubilait mais là, le goût était bien aigre.

« Tu penseras à moi? J'habiterai sous les toits avec un moldu déshérité... je serai obligé de vendre mon corps pour nous nourrir... ...A moins que tu plaques tout ça toi aussi.

- Je ne sais pas… »

Puis Draco tilta.

« Déshérité et… moldu ? »

Blaise s'étouffa avec la fumée de son pétard, il en avait trop dit ! Draco poursuivit.

« Ah, ah ! Il va donc tout plaquer pour toi en plus… Ben tu vois, il tient à toi ! »

- ... J'ai pas dit qu'il le ferait, et puis... il est... en quelque sorte engagé ailleurs. Blaise s'embrouillait.

- Pourtant tu as dit que vous vivrez sous les toits… tu sais quoi ?

- Quoi ? »

Draco était tout égayé : le mélange spécial de Blaise lui frisait les neurones.

« J'ai pensé à un truc dingue aujourd'hui, vraiment dingue ! Je me suis dit que si je venais à tout plaquer pour lui, j'aurais plus de tunes. Donc il faut que je pense à ma reconversion puis en me baladant vers Covent Garden j'ai eu un flash, j'me suis dit « Et si tu faisais pianiste dans un jazz bar ? »

- Tu joues du piano ?

- Ouep. Pas du jazz mais j'ai acheté des partitions, j'essaierai au Manoir.

- C'est génial comme carrière !

- Ouais j'adore ça me plait ! Plus que Mange-mort ou rentier ! »

Blaise pouffa de rire puis s'excusa.

« Pardon ! Je voulais pas rire !

- Puis Mange-mort... on finit soit tué soit en prison et la prison... trop cheap pour moi ! »

Blaise ne put retenir un éclat de rire.

« Pardon, c'est pas drôle…

- Si, si c'est drôle ! J'adore Ray Charles tu connais ? Un interprète /compositeur moldu épatant !

- Oui, je connais un peu.

- Je serais jamais génialissime comme lui mais j'm'en tape !

- Oh, vraiment, ce garçon a une très bonne influence sur toi !

- Je louerai, on louera une chambre minable, on mangera un jour sur deux, on sera rejetés par nos compatriotes, mais...

- Lui aussi ?

- Il a l'air déjà isolé. On sera seul mais... on sera seul à deux… »

On sera seul à deux. Blaise se figea un instant. Il avait déjà entendu ça quelque part. Ou plutôt, il avait lu ça quelque part… Où avait-il lu ça ? Il n'écoutait Draco que d'une oreille.

« Oui, oui. Ah bon ? marmonna le brun, l'esprit ailleurs.

- Oui... seul au milieu des autres.

- Tu es si seul, malgré ta petite cour ?

- Mais bon je ne fais rien pour me socialiser, les choses pourraient être pires.

- Je me demande ce qui est pire entre être tout seul ou seul dans la foule. »

Draco ne savait pas.

« Etre marié à Pansy Parkinson, » hasarda Blaise.

Le blond tira sur son pétard.

« Oui entre autre. Imagine sa tête : Pansy je te quitte pour un homme et c'est un moldu. Mon père meurt, Pansy hurle, tante Bella m'aveda kadavrera, maman... et bien maman je ne sais pas…

- Attends une seconde... tu as dit un MOLDU?

- Euhmmmm j'ai dit ça ? Non, non j'ai pas dit ça !

- J'en ai peur, si. »

Draco en avait trop dit. Il n'arrivait pas à noyer le poisson. Fort heureusement c'est à Blaise qu'il avait révélé son secret. Mais le brun embraya sur autre chose.

« Tu sais Draco, je crois que la boucle est bouclée. : ça doit te plaire, on a fait une démonstration fabuleuse... CQFD. »

Draco était nerveux et ne voyait pas où le brun voulait en venir. Ce dernier poursuivait pourtant.

« Tu es venu me voir pour savoir si deux personnes opposées pouvaient s'entendre. Nous on ne se connaissait pas, avouons-le... et visiblement, on a beaucoup plus en commun que ce qu'on pourrait croire comme... Un amour secret et interdit par exemple...

- J'ai.. j'ai jamais dit que je l'aimais…

- Non, c'est vrai... mais tu penses à tout plaquer pour lui.

- Je crois que... je veux vivre… vivre pour moi et faire « mes » erreurs des fois que ça marche pas, hein !

- Et pas pour ta famille ou la société ?

- J'en ai rien à foutre de Pansy, je suis malhonnête avec elle, on a une relation intéressée et pas intéressante…

- C'est joliment dit… »

A présent, Draco rayonnait.

« Je sais pas je m'enflamme sûrement mais je veux vivre. Je ne veux pas me trouver sur mon lit de mort et me dire que ma vie aurait pu être différente. J'ai brûlé la vie par les deux bouts jusqu'ici mais c'était pas ça la vie. Il y a eu un bon timing on va dire qui a déclenché une prise de conscience. Je crois pas aux signes, je crois pas aux coïncidences, je crois pas au diable, aux anges, à la destinée à ce genre de truc mais là... c'est troublant alors je me casserai la gueule peut-être mais je dois pas le laisser partir ! Enfin si… je crois aux anges…

- Pourquoi ? Tu as croisé un ange ? »

Oui, le blond avait rencontré un Ange et le plus merveilleux, le plus fabuleux. L'Amour incarné ! Draco ne savait pas de quel conte de fées ni de quelles légendes son Ange venait mais une chose était sûre : il était… magique. Blaise eut un rire clair. Il pouvait mourir heureux. Il avait assisté à un spectacle très rare, voire unique au monde : un Draco amoureux. Le blond nia gentiment. NON ! Il n'était pas… Amoureux ! Oui ! Il était AMOUREUX ! Non seulement il était amoureux mais il allait le dire à son Ange. Il se leva brusquement et s'excusa. Il quitta le donjon et courut jusqu'à la salle informatique. « Je t'aime et ne t'éloigne pas de moi ! » envoya-t-il à son Ange. Son cœur était gorgé d'amour, de bien-être et de plénitude. C'était la première fois qu'il disait « Je t'aime » à quelqu'un, hormis sa mère, et il se sentait bien. Il revint essoufflé là où il avait laissé son camarade, pris au dépourvu. Puis ils plaisantèrent sur les cours moldus.

« Ce sont ces cours de machins moldus, ça nous fait exploser la cervelle ! lança Draco.

- Oui, c'est bien vrai et pas que la cervelle... reconnut Blaise, un sourire rêveur aux lèvres.

- C'est clair ! Enfin les yeux aussi ! Ca fait mal aux yeux !

- Hum, hum... Oui, leurs écrans pourris... C'est... terrifiant !

- Ces hiboux électroniques c'est nul mais moins salissant je le conçois.

- Ouais, n'empêche, c'est une vraie perte de temps. Toutes ces heures passées assis devant un clavier.

- Oui... (Draco soupira.) Tu m'étonnes que Potter ait des lunettes, ça bousille les yeux, le dos, les doigts glacés, brrrr. »

Les deux jeunes garçons riaient puis la discussion dériva sur les lunettes et les porteurs de lunettes. Draco avoua même qu'il en portait lorsqu'il étudiait tard. Blaise voulait voir ça. Gentiment Draco refusa : il était trop coquet pour ça. Encore plus coquet que Pansy. Mais les deux jeunes garçons étaient d'accord : ça n'était vraiment pas difficile d'être plus élégant que la jeune fille. Elle n'avait aucun goût et ne différenciait pas le chic du vulgaire et elle avait une hygiène déplorable. Draco passait des heures à la préparer quand il rencontrait ses futurs beaux-parents. Il lui achetait des vêtements magnifiques mais rien n'y faisait. Draco avait honte de s'affichait avec elle devant Narcissa. Personne ne valait sa mère de toutes façons… mis à part un autre ange…

« Elle en penserait quoi ? De ton ange ? demanda Blaise.

- Je ne sais pas… Elle me dit toujours que quels que soient mes choix, elle me soutiendra, je comprenais pas quand elle me disait ça… J'ose espérer que mon ange est inclus dans les choix, je ne sais pas. Et puis rien n'est gagné avec lui. Un ange reste un ange. Mais je lui ai plus ou moins filé rencard on verra.

- Oh ! Il a répondu quoi ?

- Bah… dans le vague : «Oui mais non... et si je te plaisais pas. Blablabla. »

- Classique… »

Blaise s'étonna pourtant. Ainsi Draco n'avait jamais rencontré son « Ange. » Si Draco sortait souvent, lui semblait plus raisonnable et moins à faire le mur.

« Un timide, peut-être, suggéra Blaise.

- Oui... il manque de confiance en lui. Je serais lui, le monde m'appartiendrait. Quand on autant d'amour en soi on ne devrait pas avoir peur. L'amour c'est la plus grande force, plus que les persiflages. L'amour c'est la vie.

- L'amour c'est magique. »

Draco approuva. Tout en tirant sur le joint qu'il s'était roulé, Draco admit qu'il regrettait d'avoir fermé son cœur toutes ses années. Il avait pourtant confiance en l'avenir. A deux, les choses seraient plus simples. Il n'était peut-être pas trop tard.

« Il n'est jamais trop tard, répéta Blaise.

- Même le diable peut tomber amoureux !

- Donc tu admets être amoureux ? le taquina Blaise.

- Ca serait admettre que je suis le diable...

- C'est vrai…

- J'admets alors. »

Les deux adolescents sourirent. Le blond continua.

« Un diable diaboliquement sexy mais purement... amoureux. (Il tira une latte.) Puissant ton mélange pire que le veritaserum !

- Oui, il me retourne souvent les méninges. L'avantage, c'est que demain on risque les trous de mémoire donc ta réputation ne sera pas touchée.

- Au diable ma réputation ! s'exclama Draco. Au diable Pansy ! Au diable Père ! Je lève mon pet' à l'Ange qui illumine mes nuits, me rappelle que j'ai un cœur et... que j'aime.

- Alors à ton ange ! »

Blaise leva son pétard également. Draco demanda à son camarade s'il était convaincu à présent de rencontrer son ami. Le brun acquiesça. D'ailleurs, comment était-il cet ami ? Le brun soupira.

« Il est... malheureux. Il a besoin de réconfort. Il ne lui manque plus qu'une étincelle pour illuminer le monde. Il est fort et fragile à la fois, il me fascine, il ne m'inspire pas la pitié. Il parait dur mais je perçois son cœur rempli de douceur et ce simple aperçu me... me fait vaciller, m'étourdit, m'envoûte. Le jour où je le verrais, je le serrerais fort contre moi et je lui apporterai cette chaleur dont il a besoin et dont j'ai besoin aussi... »

Il tira une latte. Le blond demanda à Blaise s'il était prêt à faire le grand saut.

« Au pire, on tombera de haut, non ? Autant tenter le tout pour le tout... Je crois que ça en vaut la peine, pas toi ?

- Les chutes... ça me fait plus peur, on se relève toujours ! Enfin j'espère pas tomber hein ! (Lui aussi tira une latte.) Dis... s'il te file rencard ou si tu lui files rencard, tu... tu y vas comment ? J'veux dire... enfin moi j'avais pensé au polyjuice… »

Draco trouvait certes lâche d'avoir recours au polyjuice mais Londres regorgeait de sorciers et se faire apercevoir avec un moldu n'était pas ce qu'il souhaitait… Pas pour le moment du moins… Mais qu'en était-il de commencer une relation sur un mensonge ? Une illusion ? Le sujet préoccupait Blaise également. Draco comptait-il lui dire qu'il était sorcier ? Le blond en avait l'intention mais il voulait s'assurer de la solidité de sa relation avant. Ensuite, il lui ferait des tours simples, pour commencer, puis de plus en plus élaborés. Après, selon sa réceptivité, il lui dirait. Blaise rit doucement. Lui, il espérait ne pas chercher le lutin dans le frigo. Devant l'incompréhension de Draco, le brun développa. Un frigo ! Le truc pour faire du froid et qui s'allume quand on l'ouvre. Sa tante en avait un et lui avait raconté qu'il y avait un lutin à l'intérieur qui allumait la lumière chaque fois qu'on ouvrait le porte. Il y en avait un aussi dans le four. Celui-là s'occupait d'allumer la chaleur pour chauffer les plats. Draco plaida qu'il n'écoutait pas en cours. Il était trop occupé à composer des « recettes » de drogues. Mais que Blaise ne le répète pas à son parrain ! Puis il se rappela son chocolat chaud… qui était froid à présent. Ils n'avaient pas vu l'heure passer ! Il était une heure ! Il était une heure et… Blaise n'avait pas terminé son essai sur l'histoire de la magie. A la surprise du brun, le blond proposa son aide. Il lui ordonna gentiment d'aller chercher ses parchemins et de le rejoindre dans sa chambre où ils travailleraient tranquillement. Le brun s'exécuta. Ils étudièrent efficacement. Le blond proposa même son canapé, les ronflements de Crabbe le gênaient peut-être pour dormir. Ce n'était pas de la drague, souligna le blond, amusé. Le brun accepta, il était épuisé et avait besoin d'une nuit réparatrice.

« Tu sais... il a bien de la chance ton ange... tu es adorable, quand tu veux, mais chuuut, je le dirais à personne ! » souffla Blaise.

Puis il lui dit gentiment qu'il voulait dormir. Le blond demanda s'il voulait dormir dons le lit. Lit qu'aucune de ses conquêtes n'avaient foulé. Sa chambre était un temple, son lit en était l'autel. Blaise serait le premier à y dormir. Mais Blaise était si pur qu'en aucun cas il ne tâchait la virginité du lit. Le brun accepta et, tout en se déshabillant, demanda s'il pouvait avoir un bas de pyjama. Draco lui indiqua où en trouver et le laissa se dévêtir. En bas de pyjama uniquement, le brun se glissa sous la couette moelleuse et chaude. Il se blottit confiant dans l'oreiller et pensa à son bébé serpent. Il adorerait ces draps de soie. Si seulement son bébé serpent pouvait être là, à ses côtés dans ce grand lit étranger. Doucement, il coula dans un doux sommeil, rêvant à son bébé serpent. Il souriait et… avait l'air d'un ange…

Draco termina sa douche, se précipita en salle internet, veillant à ne pas réveiller son camarade puis revint dans sa chambre et se glissa lui aussi sous la couette. Il observa un peu son camarade. Il était vraiment magnifique. Le soupir de Blaise le tira de sa rêverie. Il se retourna et si ses paupières étaient fermées, il ne voyait que son ange…


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