MP :

J'entendais des pas derrière la porte. Pas les même que tout à l'heure. Il y avait deux hommes. J'entendais également un grincement qui ressemblait à celui que faisait la bouteille de Raines quand il la tirait derrière lui. La porte s'ouvrit et la lumière de l'extérieur m'éblouit. Mes yeux s'habituèrent peu à peu lorsque la porte se referma. Une seconde lumière éclaira alors la pièce mais elle ne venait pas de l'extérieur. Je levai la tête et vis des néons. C'était Raines qui venait d'entrer : je savais qu'il était mêlé à mon enlèvement. Le Centre, c'était lui ! J'allais voir ce que voulait l'emphysémateux.

MP : Pourquoi ne suis-je pas étonnée de vous voir ? Et qu'est-ce que je fais ici ? Pourquoi m'avoir fait enlever ?

Il s'apprêta à parler mais je ne lui en laissai pas le temps.

MP : Laissez-moi deviner, ce n'est pas moi qui pose les questions !

R: Vous êtes ici pour répondre à quelques questions. Nous avons remarqué qu'à chaque fois que vous aviez Jarod en face de vous, à portée de tir, vous le ratiez. Nous avons regardé votre dossier et nous avons vu que vous avez gagné tous les concours de tirs du pays et que vous avez réussi tous nos tests haut là main. Alors comment se fait-il que vous n'arriviez pas à toucher Jarod ?

Je ne savais pas par où commencer, j'avais envie de lui répondre tellement de choses à la fois ! Alors, je me lançai :

MP : D'abord, qui est ce "nous" ? Ensuite, vous n'avez pas de preuve que je n'ai jamais blessé Jarod par balle et de toutes façons, même les champions ne réussissent pas à tous les coups.

R: "Nous", c'est moi.

MP :J'ai déjà entendu ça quelque part ! Dis-je en levant les yeux au ciel.

R: Tel père tel fils.

Etait-il vraiment obligé de me rappeler le fait que Lyle et lui soient des membres de ma famille ?

R : Je n'oserais jamais amener de telles accusations sans preuves !

Son air faussement outré me donna la nausée. Comme s'il allait se gêner !

R: Nous vous faisons filmer depuis un mois. Durant cette période, vous avez eu deux fois Jarod dans votre viseur et pas une fois vous ne l'avez touché !

Je me souvins des deux fois où j'avais effectivement croisé Jarod mais je n'avais pas remarqué que j'étais suivie.

Et puis, de quel droit me fait-il suivre ?

Je devais rester calme, il ne fallait pas que je m'énerve. J'étais sûre qu'il n'attendait que ça ! Je décidai de l'agacer un peu : j'allais jouer avec sa patience. Je plantai mes yeux dans les siens et j'attendis. C'était à celui qui tiendrait le plus longtemps ! Au bout d'un moment, il ouvrit la porte et dit :

R : Amenez les enregistrements.

J'avais gagné ! Il avait craqué avant moi et comme la patience n'était pas mon fort, j'étais plutôt fière de moi. Et puis, en me concentrant sur ce jeu, je ne m'étais pas énervée. Quelques minutes plus tard, un nettoyeur entra avec une télévision placée sur une table à roulettes.

R : Très bien. Puisque vous n'êtes pas décidée à parler, je vais vous rafraîchir les idées.

Une fois le nettoyeur sorti, Raines inséra une cassette dans le magnétoscope et des images apparurent :

Mlle Parker courait derrière Jarod quand il tourna dans une impasse. Il s'arrêta au bout et fit face à Mlle Parker qui pointait son arme sur lui. Ils ne s'étaient pas revus depuis leur retour de Carthis. Ils ne savaient pas comment se comporter l'un envers l'autre alors chacun garda sa position. Puis, au bout de quelques secondes, Mlle Parker attrapa une paire de menottes dans son dos et l'envoya à Jarod qui la rattrapa.

MP : Mets-les. Et pas d'entourloupes !

J: Tu ne vas pas faire ça Parker ?

MP : Mets ces menottes Jarod. Ne complique pas les choses.

J: Et si je refuse ?

MP : N'essayes pas !

Elle tournait le dos à la caméra qui les filmait. Sur l'écran, on ne voyait que Jarod essayant de trouver une solution pour s'enfuir.

MP : Dépêches-toi !

Il passa alors les menottes autour de ses poignets mais, avant que Mlle Parker n'ait pu faire quelque chose, Jarod l'avait désarmée. Il s'enfuit en courant en laissant Mlle Parker, seule, dans cette impasse. Elle courut à sa poursuite mais, arrivée dans une autre rue, elle ne le trouva pas. Elle rejoignit sa voiture et l'enregistrement s'arrêta.

Qu'est-ce qu'il voulait faire avec ça ? J'avais été impeccable sur ce coup là.

R : Pourquoi n'avez-vous pas tiré quand vous avez vu qu'il n'attachait pas ses menottes ?

MP : J'étais trop loin pour voir qu'il ne les avait pas mises correctement.

R : Alors pourquoi ne pas avoir tiré quand il s'est rapproché de vous pour vous désarmer ?

MP : Parce que je n'avais que le cœur dans ma ligne de mire et que le Centre veut récupérer Jarod vivant.

Ce qu'il n'avait pas vu, par manque d'humanisme sans nul doute, c'était que Jarod m'avait supplié du regard de le laisser partir et que j'avais dit oui, du regard également. Mais Raines ne savait pas ce que c'était que de ressentir des sentiments, il n'était pas assez humain pour voir ce genre de chose. Je continuai donc à faire semblant :

MP : J'ai pensé qu'une autre occasion, plus favorable, se présenterait pour le ramener en vie.

R : Et vous avez pensé juste puisque deux semaines plus tard, vous l'avez à nouveau eu en face de vous.

J'espérais seulement que la caméra était aussi mal placée que sur le premier enregistrement parce qu'il s'était passé à peu près la même chose…à un détail près : Jarod s'était approché de moi…très près de moi…et nous avions échangé un long regard qui, et j'avais du mal à l'avouer, voulait tout dire, tout ce qu'on ressentait l'un pour l'autre. J'espérais que Raines n'avait rien vu là aussi.

Jarod :

J'étais entré chez Calie depuis environ une demi heure. Nous parlions de tout, de rien mais surtout du lycée dans lequel nous enseignions actuellement. Je sentais ses regards sur moi. Des regards qui étaient des invitations à aller plus loin qu'une simple conversation, assis sagement sur le sofa.

Elle s'impatientait, je le voyais dans ses gestes. Ils étaient plus brusques, moins attentionnés. Elle ne devait pas avoir l'habitude qu'on lui résiste. Il fallait que je parte bientôt, parce que si elle tentait quelque chose pour aller plus loin qu'une sage conversation, je ne pourrais pas lui résister bien longtemps. Je ne vis qu'une cause à ça : l'alcool. Pourtant, je n'avais bu qu'un verre de whisky. Il faut dire que ça faisait longtemps que je n'avais pas bu d'alcool, c'était peut-être pour ça.

Calie vint s'asseoir à côté de moi, mais elle était plus proche que tout à l'heure. Il fallait vraiment que je parte ! J'essayai de me lever mais elle fut plus rapide que moi. Elle se mit sur moi et commença à m'embrasser dans le cou, puis sur la bouche. Je n'avais pas les idées très claires, je me laissais plus ou moins faire quand j'entendis vaguement qu'elle me disait qu'elle devait passer un coup de téléphone. Malgré mon esprit qui s'embrouillait, j'entendis un peu ce qu'elle dit:

C : Monsieur, c'est moi.

: …

C : Oui, il est là, conformément à vos attentes.

: …

C : Non, pas encore, mais ça ne saurait tarder car il vient de boire le produit.

: …

C : Très bien, en attendant, je vais l'occuper…à ma façon.

: …

C : Oui Monsieur Raines, vous ne serez pas déçu.