Sydney :
Lyle nous avait fait enfermé dans une pièce pas très grande et il nous avait prévenu que l'échange n'aurait lieu que dans 24 heures et donc, que nous devions passer la nuit ici. J'avais fait tout mon possible pour obtenir des couvertures car la température avait baissé et la petite Debbie avait froid malgré tout ce que Broots essayait de faire pour la réchauffer. Un nettoyeur en apporta quatre, au bout de quelques minutes, avec quatre…choses auxquelles on ne pouvait plus donner de nom, qui, autrefois, avaient dû être des matelas. Je le remerciai brièvement et j'allai installer nos "lits" pour la nuit.
Angelo n'avait rien dit depuis notre arrivée et je ne savais pas si, dans la situation actuelle, c'était plutôt un bon ou un mauvais signe. La petite Debbie ne tremblait plus de froid depuis qu'elle avait une couverture sur les épaules. Elle avait aussi cessé de poser des questions à son père sur la raison de notre présence à tous ici et sur celle des hommes qui nous avaient amené ici.
Elle n'était plus "la petite Debbie", la petite fille que j'avais connu quand Broots avait dû la confier à Mlle Parker. C'était une adolescente maintenant. Ses cheveux, plus clairs que la dernière fois, étaient retenus en une queue de cheval haute qui lassait échappé quelques mèches tombantes non loin de ses yeux. Ses yeux, justement, étaient légèrement maquillés. Je m'apercevais alors que je ne l'avais pas vu depuis longtemps.
Broots, quant à lui, était assis à côté d'elle et lui parlait, sûrement pour la rassurer ou pour la faire penser à autre chose qu'à cette situation. Il était paniqué à l'idée d'être retenu par Lyle sachant, comme moi, de quoi l'homme sans pouce était capable, mais ne laissait rien paraître devant sa fille. Elle ne semblait pas voir la peur de son père ou, peut-être, ne voulait elle pas la voir mais, moi, je la voyais à ses gestes tremblants, ses regards furtifs dans ma direction pour savoir si j'étais toujours calme.
Je m'avançai vers mon "matelas" et vis Angelo s'endormir. Je remontai sa couverture un peu plus haut que ses épaules et j'allai m'asseoir près du reste du groupe.
MP :
Nous avions travaillé toute la journée sur le plan qu'on avait établi pour les sortir de là. Jarod avait d'abord obtenu un plan de l'entrepôt en se faisant passer pour un employé d'un service chargé de vérifier les différentes installations et leurs effets sur l'environnement. A partir de là, nous avions mis en place notre plan de sauvetage.
Notre collaboration s'était très bien passée. On s'entendait bien et nous avions eu, parfois, les mêmes idées aux mêmes moments. Mais, je trouvais ça normal. Après tout, nous avions tout de même passé beaucoup de temps ensemble au Centre pendant notre enfance et la complicité, qu'il y avait toujours eu entre nous, devenait plus forte au fil du temps que nous passions ensemble à présent.
Jarod s'assit bruyamment sur le canapé. Il était fatigué même s'il disait le contraire. Il avait travaillé toute la journée, s'était mis à la place de chaque personne pour envisager toutes les possibilités mais cela avait été rendu difficile par le fait que nous ignorions le nombre de nettoyeurs présents lors de l'échange et leur identité. Cependant, il avait eu besoin d'aide et, en me rappelant les dossiers rouges, il avait réussi à me convaincre d'essayer de me mettre à la place de quelqu'un d'autre. Bien que je n'avais que des prédispositions pour devenir un Caméléon et que je n'avais pas reçu l'éducation et l'entraînement de Jarod, j'avais réussi une fois. Jarod avait été étonné de la rapidité de mon succès. C'était étrange comme sensation de "devenir" quelqu'un d'autre et cela demandait une très grande concentration. Je comprenais pourquoi Jarod était fatigué.
Il passa une main dans ses cheveux et dit :
J: Il faut qu'on parle
Il n'avait pas parlé de ce qu'il s'était passé entre nous depuis que nous avions commencé à travailler. Je m'installai donc à côté de lui sur le canapé. Je savais ce qu'il voulait savoir :
J: Tout à l'heure…ce qui s'est passé…
MP: … ce n'était pas un moment de faiblesse.
Je lui avais dit ça en le regardant droit dans les yeux. Il sourit. J'avais raison, c'était ce qu'il voulait savoir. Son visage s'approcha du mien. Nous reprenions les choses là où nous les avions laissées.
