Hello, hello^^
Alors là je ne sais vraiment pas quoi dire... Plus de 110 reviews pour un premier chapitre, franchement j'aurais jamais cru avoir autant, vous m'avez vraiment épaté. Je suis vraiment ravie et touchée de voir que cette fiction vous plait =)
Merci infiniment à vous pour toutes vos reviews. Ça m'a tellement fait plaisir que j'aie décidé de prendre le temps de vous mettre la suite, juste avant d'aller prendre le train ! XD
Je vais répondre à la question que tout le monde (ou presque), m'a posé. Il s'agit de l'âge d'Edward. Sachez que si Bella a 17ans, Edward en a 25. Pour ce qui est de comment et pourquoi il est devenu un tueur à gages, ça je ne le dirai pas hihihi.
Ensuite pour ce qui est de la fréquence des mises à jour de chapitres, honnêtement je n'en ai aucune idée. Contrairement avec mon autre fiction Excès de Vitesse, je n'ai aucun chapitre d'avance, je n'ai pas toute la fiction dans ma tête donc je marche au feeling et j'écris lorsque je suis inspirée. J'essaierai dès que je peux de prendre de l'avance pour vous mettre des teasers pour vos reviews, comme je le fais d'habitude.
Merci aux anonymes:
nanaki, VampNinis, EDWARD 7012, Lena, shona, PrincetonGirl818, titine, Alexia, lily-rose, BEA, fanny, Ana (la copine à Lou'^^), aulandra17, symine, lilou, Sylvia, Lynn, PatiewSnow, Steephaniie, farfarella, marion, Thirty, nanou, Ju, FanTwilight et Jennifer
Sans plus attendre, je vous laisse avec le chapitre 2 ^^ J'espère que le fait qu'il soit assez long rattrapera le temps que je mets à poster ;)
Bonne lecture !
Chapitre 2 : Bouleversements
Pov Bella
Le bruit de la rue et des voitures qui klaxonnent me sortirent peu à peu du sommeil. Je refusais d'ouvrir les yeux, ne voulant pas avoir à affronter le présent désastreux qui m'attendrait lorsque je me réveillerais. J'avais tellement espéré que tout ceci ne fut qu'un affreux cauchemar, que mon anniversaire n'était pas encore passé et que j'allais me réveiller dans ma chambre, dans ma maison, le sourire aux lèvres…
Mais les images des derniers évènements étaient bien trop précises, bien trop ancrées en moi pour que je puisse penser un seul instant qu'elles ne fussent pas réelles. Il fallait que je me rende à l'évidence, c'était ma vie le cauchemar, et non pas mes rêves. Je ne revoyais que trop bien le moment où ma vie a basculé, a pris une autre tournure infâme et effroyable, où en une seconde le temps s'est arrêté et m'a ôté toute joie de vivre à l'intérieur de moi. Je me revoyais abattue, le cœur déchiré, le visage déformé par les nombreux pleurs versés sans pouvoir les arrêter, sans pouvoir les contrôler, sans même désirer les estomper de mon plein gré. J'avais ainsi pris la seule décision que j'étais capable de prendre à ce moment là. Je n'avais plus eu d'autre choix que de fuir.
Fuir si loin, afin que la réalité ne me rattrape jamais, afin de laisser la douleur là où elle était et de partir, sans attache, jusqu'à oublier ma propre identité déchue…
« Je marchai d'un pas maladroit, la tête baissée, exprimant à quel point ma dignité était faible. Je manquais cruellement d'assurance, si bien que tout le monde autour de moi pouvait deviner que ma fierté était pitoyable, à supposer qu'elle existe au plus profond de moi. J'avais avec moi un vieux sac de voyage dont je m'étais servie quand j'étais petite et que j'allais rendre visite à mon père chaque été. J'y avais mis quelques affaires notoires, indispensables, comme la toilette, mes papiers, mon argent ainsi que quelques vêtements. J'avais préparé mon sac à la hâte, voulant m'échapper de ce monde macabre et répugnant le plus vite possible. Et j'étais là, dans l'aéroport international Sky Harbor de Phoenix, ne sachant pas du tout dans quelle direction aller.
L'aéroport était bondé de monde, les queues pour les enregistrements étaient interminables et j'étais là, seule parmi tous ces gens pressés, perdue et désorientée. Je décidai d'aller faire la queue pour acheter mon billet, ne connaissant même pas la future destination qui m'attendait. Je voulais simplement qu'elle ne soit pas trop chère et très éloignée d'ici. Lorsque vint mon tour, je m'avançai timidement, le regard livide. Je n'étais toujours pas remise de ce qui était arrivé, et je n'arriverai sans doute jamais à m'en remettre.
« Bonjour… je… Vous pouvez me dire quel est votre vol le moins cher et qui part le plus rapidement ? » Bafouillai-je en farfouillant dans mon porte monnaie à la recherche de billets. Le type avait les yeux rivés sur son ordinateur puis se tourna vers moi d'un air las.
« Nous avons le vol en partance pour Chicago qui fait trois cents quarante neuf dollars. Celui-ci décolle dans trente minutes et atterrit tout droit à l'aéroport de Midway. Vous avez encore le temps pour embarquer. » Je fronçai les sourcils d'étonnement. Je ne m'attendais pas vraiment à cette destination. En même temps je ne m'attendais à rien du tout, je voulais juste un vol qui coute moins de cinq cents dollars.
« Chicago ? Comment se fait-il qu'il ne soit pas cher ? »
« Vous êtes dans un aéroport international mademoiselle. Les vols intérieurs sont les moins chers. De plus, je vous rappelle que l'aéroport de Midway est pour seconde classe et n'est pas ce qu'on peut qualifier de magistral puisqu'il est utilisé par les compagnies aériennes à bas prix. »
J'hochai la tête faiblement, voulant en finir le plus rapidement avec cet individu qui me prenait apparemment pour une idiote. De plus, une nouvelle vague de sanglots était prête à surgir et j'avais besoin de m'isoler pour fondre en larmes une fois de plus.
« Bien, alors un aller simple pour Chicago. » Murmurai-je en sortant l'argent, les yeux humides et probablement rouges. Il me tendit mon billet d'avion et je m'empressai de disparaitre rapidement pour aller m'enregistrer avant d'embarquer.
Ce jour là, le jour de mes dix sept ans, j'avais quitté Phoenix, la ville où j'avais grandi pour aller m'enterrer dans une ville inconnue et démarrer une nouvelle vie. Je ne savais pas ce que j'allais faire une fois sur place, ni comment j'allais me débrouiller, mais je ne pouvais pas rester une minute de plus dans cette ville, cette maison et ce présent épouvantable. Les larmes coulantes, les espoirs effondrés et les rêves détruits à jamais, j'embarquais dans l'avion le cœur lourd en me disant que même si ma vie n'avait plus de sens, je serais toujours moins malheureuse ailleurs qu'ici… »
J'entendis les sirènes de police s'approcher et s'éloigner et cela finit par me réveiller et me faire ouvrir les yeux progressivement. Je mis quelques secondes à m'habituer à la lumière filtrant dans la chambre où j'avais apparemment passé la nuit. J'ignorais combien de temps j'avais dormi car il faut dire que le lit avait été des plus confortables. Mais à mesure que j'immergeais, je pris soudainement conscience que je n'avais strictement aucune idée d'où j'étais. Je savais que j'étais dans une chambre avec un lit extra, mais du reste, je n'en avais pas la moindre idée. C'en était vraiment déroutant. Je commençais à paniquer. Surtout lorsque je me rendis compte que j'étais en sous vêtements. Je ne dormais jamais aussi peu vêtue donc cela voulait dire que ce n'était pas moi qui m'étais couchée toute seule. Quelqu'un m'y avait aidée. Je cherchais dans ma mémoire ce qui s'était passé après l'atterrissage de l'avion à Chicago mais plus je farfouillais dans ma mémoire, plus mon cœur accélérait à mesure que les souvenirs ressurgissaient. Ma respiration devenait hachée, saccadée et la panique s'insufflait en moi petit à petit. J'étais en train de me rappeler.
Les souvenir affluaient par bribes, comme des flashs, tous plus violents les uns que les autres. Et pourtant, ils étaient tous ombrageux, comme si j'avais besoin de quelque chose de précis qui les illumineraient et les éclairciraient entièrement, afin que je puisse me souvenir de chaque détail qui me manquait.
La porte en face du lit s'ouvrit lentement et je sursautai. Je ramenai ma couette vers moi, désirant me protéger au mieux tandis que l'homme inconnu entrait, un sachet dans les mains en refermant la porte. Puis son regard se posa sur moi et je me crispai. La mémoire me revenait d'un seul coup.
L'arrivée à l'aéroport de Chicago en fin de journée après trois heures et demi de vol, la ruelle sombre que j'avais traversée, ne sachant pas vraiment où aller étant donné que je ne connaissais pas la ville, les cris et gémissements qui m'avaient intriguée… Je me rappelle avoir suivi le bruit des coups, à la fois anxieuse et en même temps curieuse. J'aurais dû prendre mes jambes à mon cou à ce moment là, rebrousser chemin et aller dans la direction opposée. Mais la tentation qui s'était emparée de moi fut plus forte et l'emporta sur mon besoin de me préserver. (N/Yoro: Pffff Bella, aucun instinct de survie)
J'avais avancé doucement, avec appréhension et avais assisté à la scène effroyable de loin. J'avais d'abord posé mon regard sur un grand indien affreusement baraqué, la tête dans le creux de sa main, l'air de s'ennuyer ferme. De l'autre côté, un peu plus loin, deux hommes, dont je ne distinguais point l'apparence à cause du manque de lumière. L'un à la carrure impressionnante était en train de marteler de coup un pauvre homme ensanglanté. Quant au second, il était un peu plus en retrait derrière, et pourtant on devinait aisément l'assurance qu'il dégageait, même de dos. J'étais paralysée en observant cet homme se faire battre. Comment osaient-ils s'en prendre à lui de cette manière ?
L'homme à la démarche assurée avait pris la relève et sorti un pistolet qu'il pointa sur lui. J'étais atterrée. Un pistolet ! Cet homme avait un pistolet et je n'avais toujours pas bougé.
Qu'attendais-je pour décamper ?
J'avais entendu leur conversation par brides. Apparemment le type leur devait un paquet d'argent. J'étais restée là, pétrifiée au lieu de courir le plus loin possible de ce traquenard. Surtout que j'étais à peu près certaine que personne ne m'avait vue. Mais sans trop savoir comment ni pourquoi, je voulais voir si l'homme allait l'achever. Je voulais savoir, ou plutôt j'en avais besoin. J'avais vu la victime se mettre à supplier, comme s'il espérait parvenir à le faire changer d'avis avec ça. Puis l'homme avait tiré. Sans hésiter. Sans culpabilité. Sans remord.
J'avais vu un meurtre commis de sang froid, par un homme qui n'avait pas une seule once d'humanité. Et le pire, c'était que je ne bougeais toujours pas. Le type était à terre, mort, baignant dans son propre sang, son visage blanchissant à vue d'œil. J'avais un drôle de sentiment de déjà vu face à cette vision cadavérique et c'est sans doute pour ça que je refusais de m'en aller. En réalité, j'étais fascinée. Fascinée de voir à quel point la vie ne tenait qu'à un tout petit fil. Mais j'étais aussi déboussolée et bouleversée.
C'en était trop pour une seule journée. Je ne pouvais plus supporter une nouvelle vision cauchemardesque. Je haletais. J'allais vaciller, je le sentais. J'avais entendu une voix mais n'avais pas écouté, les yeux rivés sur le mort. Et pourtant, une nouvelle voix m'avait ramené sur Terre, ou plutôt un fragment de voix. Je n'avais toujours pas réussi à détacher mon regard du cadavre mais j'avais senti qu'on avait les yeux braqués sur moi, qu'on m'épiait et je m'étais sentie mal. J'avais alors relevé les yeux et croisé les pupilles du tueur, celui qui avait abattu l'homme devant mes yeux. Il avait le visage assombri et inaccessible à cause de l'obscurité, mais je pouvais discerner sans difficulté le regard perçant et dur qu'il me lançait. Puis je l'avais entendu jurer, ce qui avait déclenché un frisson le long de ma colonne vertébrale. J'eus un mouvement de recul, je reculai de quelques pas, trop apeurée.
J'ai voulu m'en aller d'ici, fuir pour ne plus avoir à faire face à ce regard obscur mais il avait apparemment prémédité mes actions puisqu'il avait pointé son arme devant moi en me hurlant de ne pas bouger. Voir ce pistolet braqué devant moi, me menaçant implacablement avait provoqué chez moi un effet de paralyse. Je savais que cet homme m'aurait abattu sans remord si je m'étais enfuie, dans un sens, peut être que j'avais encore un instinct de survie enfoui au plus profond de moi. (N/Yoro: Alléluia! Bella a un instinct de survie!)
Je n'entendais même pas ce qu'il disait, tellement le choc avait obstrué tout ce qui se passait autour de moi. Puis j'avais senti deux grosses mains me tenir fermement les bras, jusqu'à m'en faire mal. J'avais grincé des dents tellement ces mains me serraient indubitablement, les larmes menaçant de couler à tout moment, bien que je faisais vraiment tout pour les réfréner. J'entendais des voix s'élever, ou plutôt sa voix à lui, réprimander méchamment l'indien qui était resté en retrait. Je les entendais vaguement discuter entre eux, ou du moins si on peut appeler ça une discussion. Ils étaient en train de parler de ma prochaine mort. C'était assez évident. Je venais d'assister à quelque chose que je n'aurais pas dû voir. Me tuer est dans leur intérêt. Mes sanglots s'emparèrent de moi malgré ma volonté de tenter de les contenir.
Mon attention était entièrement dirigée vers l'homme au revolver, qui se dirigeait vers moi. À mesure qu'il s'approchait, tel un prédateur se rapprochant de sa proie, je pus distinguer son visage dans la pénombre. Et il n'était pas du tout comme je l'avais imaginé. Il était plus jeune que je ne le pensais, les yeux d'un vert sombre, le visage marqué de traits qui lui donnait un air dur que je trouvais plutôt inapproprié avec son physique. Les cheveux d'un blond cuivré et coiffés n'importe comment, il était d'une beauté hors du commun, presque irréelle, c'était ce qui le rendait véritablement effrayant. J'avais été tellement obnubilée par son splendide apparat que je ne me rendis même pas compte qu'il m'avait adressé la parole. Il m'avait posé une question et je n'avais pas su quoi lui répondre, me contentant de le fixer. Il s'était alors emporté et avait brandit son pistolet contre ma trempe, me faisant ainsi frissonner et appréhender. Je lui avais dit comment je m'appelais, avant de baisser le regard, ne pouvant plus supporter ce contact visuel qui me déstabilisait.
Puis il m'avait annoncé ma mort, comme un coup fatal et inévitable. Je m'étais donc résolue et avais attendu patiemment que la mort vienne me chercher. Je n'étais pas si triste de mourir, après tout ma vie venait tout juste de se briser et de partir en fumée. Alors la mort ne m'effrayait pas. Pas réellement. J'avais fermé les yeux, attendant silencieusement l'instant où cette balle me percuterait entre les deux yeux, me disant qu'une fois que j'aurais rejoint la mort, je ne serai plus seule, comme je l'étais à cet instant.
Mais cette balle n'arriva jamais. À la place, je l'avais entendu me parler d'une voix dont j'avais pu pouvais percevoir l'ébahissement total. J'en avais été tellement étonnée que j'avais ouvert les yeux au moment où il m'avait adressé la parole, surpris que je ne me mette pas à le supplier de d'abréger ma vie. Mes larmes coulaient toujours mais ma curiosité avait pris le dessus sur toutes mes émotions. C'est vrai qu'il devait avoir l'habitude qu'on l'implore, y avait qu'à comparer avec le pauvre défunt qu'il avait assassiné à l'instant. Mais personnellement, je n'allais certainement pas le supplier de m'épargner, bien au contraire, vivre m'était devenu insupportable. (N/Yoro: Pauvre Bella...) De plus, je mettais ma main au feu que cet homme se fichait qu'on le supplie ou non. Quoi qu'il arrive, j'étais sûre qu'il finissait toujours par tuer.
J'avais répondu, me fichant de ce qui pouvait m'arriver. J'avais peut être peur de lui, mais pas de la mort. Et ce type était mon bourreau, donc il était effrayant, sans pour autant m'effrayer.
Puis l'indien avait crié. Il lui reprochait de ne pas en finir assez vite et l'homme au revolver - c'était comme ça que je l'appelais – l'avait remis à sa place de manière assez méchante et sans équivoque, ce qui montrait clairement que c'était lui qui commandait. Du moins c'est ce que je supposais. Celui qui me broyait les os les avait rappelés à l'ordre et l'homme avait reposé son regard sur moi. Je voyais bien qu'il était en train de m'étudier. Il avait un air concentré et ses yeux étaient dans le vague, comme s'il était parti dans une réflexion intense, loin du moment présent et du lieu. Il essayait probablement de me percer à jour, je le devinais aisément. Je me demandais bien pourquoi d'ailleurs. Je n'étais pas intéressante du tout, de plus je n'étais qu'une victime de plus parmi tant d'autres qu'il a déjà dû assassiner. Donc il n'y avait pas de raison pour qu'il veuille tenter de me déchiffrer.
Je n'avais même pas réalisé qu'il avait fini par abaisser son arme tellement j'avais été obnubilée par son visage froncé. Et lorsqu'il avait murmuré qu'il ne pouvait pas, je n'avais strictement rien compris. Pourquoi ne pouvait-il pas me tuer ? En quoi étais-je différente des autres ? Il avait l'air aussi étonné que moi de sa réaction. Il ne devait certainement pas avoir l'habitude d'avoir ce type de comportement. Les deux autres furent également incrédules et pas vraiment heureux d'entendre ça. Et lorsqu'on lui avait demandé la raison de cette attitude, il avait parlé de mon âge. Je me rappelle avoir été un petit peu vexée qu'il me pense plus jeune que je ne l'étais réellement. C'est sans doute pour cette raison que je lui avais répondu impulsivement que c'était le jour de mes dix sept ans. Il m'avait d'ailleurs souhaité joyeux anniversaire, ce qui était affreusement inapproprié, tellement inapproprié que j'aurais pu en rire, si la situation n'était aussi dramatique. (N/Yoro: Ouais! Pour ton anniversaire je t'offre comme cadeau le droit de pas mourir! Oups, je m'égare lol)
L'indien avait fini par le rappeler à l'ordre une fois encore et ils s'étaient tous les deux disputés violemment, l'un menaçant de me tuer et l'autre prenant ma défense. Le gros baraqué s'en était mêlé, se liguant avec l'indien, contre mon bourreau, qui ne l'était plus vraiment d'ailleurs. Je ne comprenais pas pourquoi il refusait de me tuer, alors que les deux autres lui ordonnaient de le faire. D'autant plus qu'ils auraient apparemment des ennuis. Sans doute leur patron qui serait mécontent de connaitre l'existence d'un témoin gênant dans ses pattes. Le pire, c'est qu'il ne savait pas lui-même pourquoi il tenait à me laisser la vie sauve. Et il refusait également de me laisser partir. Je ne pense pas que s'ils m'avaient laissé m'en aller librement, j'aurais été voir les flics pour les dénoncer. En réalité j'avais juste envie d'oublier ce moment atroce. Donc je n'aurais rien dit à personne. Mais ça n'aurait servi à rien que je le leur dise, car ils ne m'auraient jamais cru.
Au final, si je ne pouvais ni m'en aller, ni bouger, je ne voyais pas pourquoi je devais rester en vie. Autant qu'il m'abatte, puisque ma vie était de toute façon fichue. Et puis au moins, comme ça ils n'auraient plus de problème. J'avais fini par lui dire de me tuer, histoire d'en finir. Il avait été pris de court, c'était évident. Remarquez, combien de personnes demandent à ce qu'on les tue ? Surtout que je n'étais pas suicidaire. Enfin pas vraiment.
Et puis pourquoi ne pas vouloir me tuer si je n'avais pas le droit de m'en aller ? Je le trouvais bizarre sur ce coup. (N/Yoro: T'es pas la seule...) C'est pourquoi je lui avais posé la question. Ce à quoi il avait répondu en me demandant si j'étais suicidaire. Je n'avais rien répondu et avais détourné les yeux. La vérité était que je n'en avais aucune idée. Je ne pensais pas l'être, car je ne comptais pas abréger ma vie moi-même, ni provoquer la mort. Mais dans le fond, si j'étais en train de gravir montagne et que j'étais sur le point de tomber, suspendue dans le vide et m'accrochant uniquement de mes mains, je n'aurais eu aucun mal à lâcher prise et abandonner en me laissant tomber. À quoi sert de lutter lorsqu'on n'a rien sur lequel s'accrocher ?
Et c'était encore parti en dispute entre eux. L'indien n'arrêtait pas de s'énerver et de clamer qu'il fallait me tirer dessus, et l'autre refusait et s'énervait. C'était tellement surprenant de le voir me défendre avec autant d'acharnement, jamais personne ne s'était préoccupé de moi comme ça. C'est peut être étrange, mais la personne qui est sensée mettre fin à mes jours, est celle qui a le plus veillé sur moi durant toute ma vie. Il est même allé jusqu'à lui mettre une droite en plein dans son visage. Dire que je n'avais pas trouvé ce geste soulageant aurait été mentir car il est vrai que cet indien m'énervait. Mais il l'avait cogné avec une telle violence que j'en avais frissonné et que j'en avais été terrorisée. Même si dans le fond, une part de moi avait tout de même envie de le remercier.
Il s'était ensuite mis à réfléchir posément et j'avais attendu silencieusement, le fixant d'une façon fascinée. J'avais bien vu qu'il était tiraillé et c'était justement ce qui m'avait étonné. Il avait eu l'air de remettre en cause beaucoup de choses. Beaucoup de principes. Pourquoi se torturait-il ainsi pour moi ? Je n'en avais strictement aucune idée. Toujours est-il que quand il avait rouvert les yeux d'un air déterminé et qu'il avait ordonné au troisième qui me tenait toujours atrocement les bras de m'assommer, j'avais sans le vouloir paniqué subitement.
Puis ce fut le trou noir.
Je ne me souviens plus de rien après. Je supposais que le grand brun m'avait cogné jusqu'à me plonger dans l'inconscience, mais rien de bien concret.
Et maintenant il était là, devant moi, l'homme qui m'avait épargné et qui me terrifiait, autant qu'il me fascinait… Dans un sens. Car oui, les contradictions de cet homme me fascinaient. Il me fixait de ses yeux verts que je trouvais bien plus clairs à la lumière du jour. Beaucoup moins inquiétants. Mais son visage demeurait impassible. Ses traits étaient durcis. La seule chose qui avait un tant soit peu l'once d'une humanité chez lui, était le fond de son regard. Ses pupilles étaient recouvertes d'un sombre voile, dévoilant une peine profonde. Je supposais qu'il avait laissé ses sentiments au placard, qu'il s'était refermé comme une huitre depuis des jours ou des années. Je n'arrivais pas à comprendre ce que je faisais là, encore en vie. Où étais-je d'ailleurs ? Pourquoi ne m'avait-il toujours pas liquidée ? Était-ce parce qu'il comptait le faire dans peu de temps ? Quand ? Et est-ce qu'au moins il avait l'intention de le faire un jour ? Qu'allais-je devenir ?
Tant de questions affluaient mon cerveau que j'en avais des maux de têtes. Il me balança sèchement le sachet qu'il avait dans les mains, ce qui me fit ramener à la raison.
« J'ai pris ça à la boulangerie. Tu dois surement avoir faim. » Déclara-t-il toujours impassible et froid.
Sa voix m'avait un peu prise au dépourvu. Je ne m'en rappelais plus dans mes souvenirs, mais à présent je l'entendais et je la trouvais surprenante venant de lui. J'aurais cru qu'il aurait une voix correspondant à son physique et à son trait de caractère, à savoir, meurtrier sanguinaire. Mais non, en réalité il avait une voix d'homme de tout ce qu'il y avait de plus mélodieuse et envoutante. Je pris le sachet qui contenait apparemment des croissants dans les mains, posant mon regard dessus, de peur de le regarder lui. Je le sentis se déplacer et il quitta la pièce en refermant la porte, me laissant à nouveau seule.
Je ne comprenais pas sa réaction. Peut être n'avait-il pas envie de me parler. Quoi que, moi non plus je n'en avais pas envie. Il avait tué quelqu'un devant moi, et je représentais un élément perturbateur pour lui. J'étais une plaie. Rien d'autre. J'ouvris le sac et m'emparai d'un croissant que je croquai à pleine dents, tellement j'étais affamée. Je n'avais pas mangé depuis au moins vingt quatre heures. Le matin du jour précédent.
La porte s'ouvrit une nouvelle fois et il revint, avec un ordinateur portable allumé dans les mains. Je fronçai les sourcils, tout en dévorant mes croissants à la hâte. Il s'assit sur un coin du lit, à l'opposé de moi qui étais en tailleur à côté des oreillers et je le vis taper sur son ordinateur de façon rapide et agile. Il ne m'accordait aucune attention, comme si j'étais invisible et je n'arrivais pas à comprendre. J'avais les yeux baissés sur mon sachet de croissants, la peur s'insufflant peu à peu en moi.
« Décline-moi ton identité. » (N/Yoro: Wahou, ça fait super officiel, genre FBI... La classe!)
Sa voix me fit sursauter et je relevai les yeux sur lui, qui avait les yeux rivés sur son écran, de profil. Je commençais à paniquer. Il était tellement dur à cet instant, que c'en était déroutant. J'avais l'impression qu'il m'en voulait. Mais de quoi ? D'être en vie ? Parce que si c'était ça, c'était de sa faute à lui, pas la mienne. Son ton glacial m'empêchait d'émettre un son. J'avais peur de ce que je pouvais dire ou faire, peur de lui tout court.
Il se retourna brusquement vers moi et me toisa sévèrement.
« Tu pourrais répondre quand je te parle ? » Fit-il sèchement.
J'hoquetai légèrement, des frissons de peur me parcourant. J'étais tétanisée. Il n'avait vraiment pas l'air commode et même si l'idée de mourir ne me faisait pas peur, dans le fond, je n'avais pas envie de me faire tuer. Pas maintenant. Pas à cet âge là.
J'ouvris la bouche, sans parvenir à parler. C'était comme si ma voix m'avait quitté, que mes cordes vocales ne fonctionnaient plus. Je le voyais qui m'observait, le visage impénétrable. Il avait les traits froids et distants, mais je pouvais déceler une pointe de curiosité. Il attendit patiemment, sans toutefois se dérider une seconde. Je baissai les yeux, incapable de soutenir son regard insistant et parvins à répondre.
« Je vous ai déjà dit comment je m'appelais. » Murmurai-je sur la défensive. Je l'entendis soupirer lourdement. (N/Yoro: Si tu tiens à la vie vaut mieux éviter de lui parler comme ça...)
« Je me fiche de ton prénom tout court. » Répondit-il impatient. « Ce dont j'ai besoin c'est de ton nom entier afin que je puisse savoir tout ce que j'ai besoin de savoir sur toi. »
« Pourquoi vous avez besoin de savoir des choses sur moi ? » Demandai-je curieuse.
« C'est moi qui pose les question ici. » S'emporta-t-il soudainement. « Alors donne-moi ce putain de nom et évite de me faire perdre mon temps ! » J'étais figée, apeurée comme pas permis. J'évitais de remonter les yeux vers lui, sachant qu'il m'effraierait encore plus.
« Isabella Marie Swan. » Annonçai-je d'une voix faiblarde. Il fronça les sourcils.
« Je croyais que tu t'appelais Bella ? » Fit-il surpris. (N/Yoro: Ben en même temps Bella... Isabella... ça se ressemble! Pas la peine d'avoir fait polytechnique pour comprendre que c'est un surnom...)
« Je… j'aime qu'on m'appelle Bella alors… je n'ai… pas fait attention… » Bafouillai-je avec anxiété. Il hocha la tête et je l'entendis taper sur son clavier en silence.
« D'où est-ce que tu viens ? » Demanda-t-il sans détourner les yeux de son écran.
« Phoenix. » Répondis-je rapidement.
Repenser à Phoenix me fit repenser à la raison pour lequel je suis partie et que j'aie pris l'avion jusqu'à Chicago. Des sanglots ressurgirent inconsciemment et quelques larmes se répandirent sur mon visage. Il ne le remarqua pas puisqu'il ne me regardait tout simplement pas. Pas un seul regard vers moi. C'était comme si je n'existais pas. Cette indifférence me troublait. D'un coté, je n'avais pas envie d'être une source d'attention pour un meurtrier. Mais d'un autre coté, si j'étais ici, ce n'était pas pour rien, donc j'aurais apprécié ne pas être ignorée de cette façon.
« Qu'est-ce que tu fais à Chicago toute seule ? » Finit-il par demander, l'air de rien. J'entrouvris la bouche de surprise face à cette question dont je n'avais, aucunement, l'envie de répondre. Les larmes affluaient de plus en plus et je gardais le silence. Il n'avait pas le droit de me demander ça. Je ne pourrais pas le supporter, d'en parler à quelqu'un. Je ne le pourrais pas. Voyant mon mutisme, il se tourna enfin vers moi et fronça les sourcils.
« Je croyais t'avoir ordonné de me répondre, quand je te posais une question ? » Râla-t-il.
J'étouffai un sanglot et secouai la tête de droite à gauche, exprimant mon refus de répondre. Il me regarda étrangement, j'avais l'impression qu'il avait l'air soucieux de mon état sanglotant. Ce que je trouvais un peu déplacé dans la mesure où depuis mon réveil, il avait joué la carte de l'insensible. Je l'entendis soupirer et abandonner.
« Très bien, si tu tiens à rester silencieuse… » Marmonna-t-il pour lui-même.
Il continuait à taper sur son ordinateur tandis que je finissais mes croissants, m'appliquant à ne pas le regarder une seule fois. Chose bien difficile à faire puisque j'étais dirigée par une envie incontrôlable de le scruter et de l'étudier. Il était immobile, telle une statue de marbre.
Seul ses doigts bougeaient et se déplaçaient sur son clavier mais le reste était figé. Il n'avait pas l'air humain. En fait, ses actions n'avaient rien d'humain. Après tout il était un monstre qui tuait sans état d'âme. On ne pouvait pas le qualifier d'être humain.
Puis sans crier garde, je vis sa tête s'approcher du pc, comme s'il ne croyait pas ce qu'il lisait. Ses sourcils se froncèrent et je vis sa bouche s'entrouvrir.
« Mais qu'est-ce que… » Murmura-t-il bouche bée. Je le vis prendre un air inquiet, puis incrédule et enfin, effaré. Soudain il se leva brusquement, apparemment en colère. « Mais c'est pas vrai ! » Hurla-t-il horrifié. « Tu es recherchée ? »
Je le regardai abasourdie.
« Quoi ? » M'étonnais-je. « Mais non ! » Protestai-je avec crainte.
« Bien sûr que si ! » S'exclama-t-il énervé. « C'est marqué noir sur blanc, la police a lancé un avis de recherche pour te retrouver. Tu es portée disparue ! » S'écria-t-il furieux.
À cet instant je fus prise de panique en le voyant aussi hostile et rageur. Il faisait vraiment peur. Je me recroquevillai près de l'oreiller, les jambes repliées sur moi, mes bras les encerclant et ma tête posée sur les genoux.
« Je ne savais pas que la police me recherchait… » Murmurai-je tremblante. Il se pinça l'arête du nez.
« Enfin c'est évident pourtant. » S'emporta-t-il. « Tu t'es barrée de chez toi alors que tu es encore mineure. Tu croyais sincèrement que tes parents n'essaieraient pas de te retrouver ? »
Je levai les yeux vers lui, effarée. Mon cœur eut quelques ratés et je me sentis vaciller.
« Mes parents ne sont pas en train de me chercher. » Déclarai-je inflexible, la voix dénuée de toute trace d'émotion. Il émit un rire bref.
« Qu'est-ce que tu en sais ? Tu n'es pas avec eux. »
« Parce que je le sais, c'est tout ! » Me braquai-je, les larmes coulantes.
« Alors explique-moi ce putain d'avis de recherche lancé à ton sujet ! » Cria-t-il.
« Mais j'en sais rien ! C'est peut être uniquement la police qui souhaite me retrouver. » Déduis-je maladroitement.
« Et comment la police pourrait-elle savoir que tu t'es enfuie ? Il faudrait qu'ils se soient pointés chez toi ou que quelqu'un constate ta disparition. » Contra-t-il.
« Mais pas mes parents ! » M'exclamai-je.
« Pour la dernière fois, comment tu peux le savoir ? » Rugit-t-il. « Tu veux que je te dise ce que tu es ? En réalité tu n'es qu'une pauvre adolescente qui a cru que parce qu'elle avait dix sept ans, elle pouvait faire ce qu'elle voulait, se tirer de chez elle, fuguer et vivre sa vie sans autorité parentale. Tu n'es qu'une gamine qui cherche un peu d'attention. » Tonna-t-il durement.
J'avais la bouche ouverte d'ébahissement face à cette déclaration aussi blessante et surtout, tellement éloignée de la vérité. Ses propos me firent l'effet d'une bombe, elles m'avaient marqué à l'encre indélébile et cette fois, j'explosai.
« Mais qui es-tu pour prétendre me connaitre ? » M'écriai-je sans même me rendre compte que je m'étais mise à le tutoyer. « Tu ne sais strictement rien de moi ! Rien du tout ! T'as pas le droit de me juger de la sorte alors que tout ce que tu sais de moi, c'est mon prénom ! Tu n'as pas le droit ! » (N/Yoro: Tu tiens vraiment pas à la vie...)
Je m'étais mise à hurler, avant de convulser soudainement, me balançant d'avant en arrière. Je savais que j'avais dépassé les bornes et que j'allais avoir des représailles. Il n'allait certainement pas accepter de se faire parler ainsi. Surtout par une pauvre fillette vulnérable comme moi. Il allait surement me frapper, me faire du mal, ou peut être même me tuer. D'ailleurs pourquoi ne me tuait-il pas ? Je n'avais rien à faire ici, de plus je n'étais qu'une source à problèmes pour lui. Surtout qu'à présent, la police était apparemment à ma recherche. Je comprenais qu'il soit remonté et aussi énervé. Je ne faisais que lui causer des ennuis dont il se serait probablement bien passé. Mais qu'il me tue dans ce cas, qu'il m'assassine, qu'il mette fin à mes jours et qu'on n'entende plus jamais parler de moi ! Je préférais mourir plutôt que de me faire violenter, battre, séquestrer et tout un tas de trucs sinistres dont il était capable de me faire subir.
Je n'entendais même plus les bruits aux alentours, je ne voyais plus rien autour de moi, je ne sentais plus rien, j'étais dans un autre monde, complètement coupée de la réalité. Cette crise que j'étais en train de faire obscurcissait tout. Je pleurais sans m'en rendre compte, mes articulations ne me répondaient plus, tout mon corps tremblait et ma tête me donnait la migraine.
Je me sentis soudainement secouée par deux mains se trouvant sur mes épaules. J'entendis qu'on m'appelait, mais je ne réagis pas. Puis on me secoua plus fort et mon cœur fit un puissant bond dans ma poitrine qui me fit ramener à la raison petit à petit. Les points noirs dans mon champ de vision laissèrent place à l'endroit où je me trouvais et surtout, à mon ravisseur face à moi, me regardant avec inquiétude. C'était la première fois qu'il était aussi proche de moi et ma respiration s'accélérait à mesure que la panique s'insufflait en moi à cause d'une telle proximité.
« Bella ? » Appela-t-il, me secouant encore une fois par les épaules.
Je frémis en réalisant que cet assassin avait ses mains sur moi. Sans réaliser, je me dégageai violemment en le repoussant brusquement et m'éloignai de lui comme s'il était Lucifer. Je le regardai tétanisée et déboussolée. Je ne voulais pas qu'il m'approche, ni qu'il me touche. Je l'entendis soupirer et il détourna les yeux, impassiblement. J'ignorais si je l'avais blessé ou s'il s'en foutait que j'aie refusé son aide, car il ne montra rien. Il se leva du lit et me tourna le dos.
« Tu vas rester un moment enfermée ici, le temps qu'on trouve une solution qui n'implique pas de te tuer, alors mieux vaut que tu évites d'avoir peur de moi. » Finit-il par déclarer sans se retourner. « Sache que toutes les fenêtres de cet appartement sont condamnées et que la porte d'entrée est munie d'une caméra, m'indiquant qui rentre et qui sort. La caméra est contrôlée directement par mon voisin du dessus qui te verra tout de suite, si jamais tu tentais de t'enfuir. De plus, je verrouille toujours la porte lorsque je suis absent donc tu n'as aucun moyen de l'ouvrir, étant donné qu'elle est blindée. Tous les murs sont insonorisés, ce qui fait que personne n'est susceptible de t'entendre crier, si jamais cette idée te passait par la tête. Et sache que je suis le seul à habiter cet étage. Donc aucun voisin pour t'aider à te sortir de là. En clair, tu es piégée Bella. » Acheva-t-il avec calme, ce qui contrastait drôlement avec son attitude colérique de tout à l'heure.
Mon cœur tambourinait dans ma poitrine, tandis que je réalisais petit à petit que je n'avais aucune échappatoire à cette situation. J'étais sa prisonnière pour une durée indéterminée et je ne pouvais pas m'échapper. J'étais paralysée, ne sachant que dire tellement ma vie m'échappait et partait en fumée. Je me détruisais à petits feux, sans pouvoir remonter la pente, ni même le vouloir.
Il reprit la parole sans prévenir, ne me laissant pas le temps d'encaisser sa déclaration précédente.
« Je ne compte pas te faire de mal, tu sais. Si j'avais voulu te tuer, je l'aurais fait au lieu de t'emmener ici et de m'encombrer de toi. Je ne sais pas ce que je vais faire de toi, je ne sais même pas pourquoi je t'ai ramenée ici d'ailleurs. Mais jusqu'à nouvel ordre, tu es forcée de rester là. Mieux vaut t'y habituer et t'y faire tout de suite. Je ne vais pas t'attacher ni rien, tu es libre d'utiliser la salle de bain et la cuisine autant que tu veux. Autant te prévenir, je ne manque pas d'argent, je n'ai aucun problème d'ordre financier, bien au contraire, donc si jamais tu comptes me faire sortir de mes gonds en abusant de l'eau chaude ou en vidant tout mon frigo, sache que ça ne servira strictement à rien. » Termina-t-il avec une sorte d'amusement dans la voix. Je souris involontairement en me disant que ça avait été exactement ce que j'avais prévu de faire, et qu'il l'avait vu venir tout de suite. (N/Yoro: ça va, moi aussi je veux être séquestrée, t'as un Edward pour toi toute seule et tout le confort, le lit bien confortable, eau et bouffe à volonté, moi je signe tout de suite^^)
« Si… si je comprends bien… » Hésitai-je d'une petite voix, à peine audible. Il se tourna vers moi et me scruta intensément, sans toutefois laisser filtrer la moindre émotion. « Je suis libre de faire ce que je veux? » Dis-je en écarquillant les yeux tellement j'étais abasourdie.
« Tant que tu restes dans cet appartement, et à condition que tu ne te mettes pas à tout casser. » Fit-il avec un regard amusé.
Je baissai les yeux en rougissant, sans trop comprendre pourquoi. Il arrivait à m'intimider d'une drôle de façon.
« Cela dit… » Reprit-il avec une voix étonnamment sérieuse et sans réplique. « Si jamais tu en venais à mal te comporter, à me désobéir et faire n'importe quoi, je n'aurai d'autre choix que de prendre des mesures radicales. » Prévint-il sévèrement et fermement. « Tu n'es qu'une enfant, je n'ai pas envie d'avoir à t'attacher ni d'être obligé à avoir un comportement violent avec toi. Alors sois gentille et conduis-toi bien. Ne me pose aucun problème. J'en ai déjà suffisamment en te retenant captive ici. »
Sa voix impitoyable ne contenait aucune émotion, autre que de la menace et de la froideur. Il était intraitable là-dessus. Il ne me ferait pas de cadeau et serait intransigeant avec moi. Cependant, j'aimais rarement qu'on me dise comment je devais me comporter, et il était hors de question que je lui laisse la liberté de me donner des ordres et de me dominer. Je refuse de me soumettre à quoi que ce soit.
« Et qu'est-ce que tu comptes faire contre moi, hein ? » Répliquai-je sarcastique, pour dissimuler mon anxiété. « Tu n'as même pas été capable de me tuer. » Fis-je remarquer avec mépris.
Il se raidit soudainement, son masque d'impassibilité flancha et je vis ses poings de main se serrer, ses jointures se tendre et ses yeux se détourner de moi. J'avais touché un point sensible. Apparemment ça ne lui plaisait pas de savoir que j'avais raison. Il devait certainement se sentir impuissant de ne pas être capable de m'achever.
Au bout d'un moment de mutisme infernal, il reposa son regard glacial sur moi et s'approcha de moi qui étais toujours recroquevillée sur le lit lentement. En un éclair il s'empara de mon bras et me tira vers lui pour m'extraire du lit, avant de me coller brutalement contre le mur et de me fixer avec haine et cruauté, sous mon ébahissement le plus total, m'arrachant un cri de panique et de douleur contre ma volonté. (N/Yoro: J'ai peur!)
« Je ne peux peut être pas te tuer, c'est vrai. Mais je n'aurai aucun mal à te faire du mal et te réduire à l'état d'agonie. » Susurra-t-il entre ses dents, tout près de mon visage désormais affolé. « Alors à moins que tu veuilles te retrouver avec une jambe en moins, ou que tu tiennes à ce que je t'écartèle les doigts, je te conseille, de ne pas me contrarier. » Termina-t-il cinglant et inflexible. (N/Yoro: Bon en fait, je vais peut-être réfléchir avant de signer...)
Des larmes se répandirent sur mon visage. Il l'avait dit avec une telle cruauté, que j'avais hoqueté de terreur en réalisant avec effroi que cet homme, à cet instant, n'avait rien d'un être humain. Il ressemblait à un monstre sans cœur, inhumain. J'ignorais s'il jouait la comédie pour me faire peur ou s'il était vraiment sincère, j'espérais vraiment pour lui qu'il mentait car être aussi ignoble, c'est juste triste et malheureux à voir. Toujours est-il que je ne préférais pas parier sur s'il pensait vraiment mettre ses menaces à exécution ou si c'est juste pour me discipliner et m'impressionner, car je tenais à rester entière. Je préférais la mort brève et rapide, plutôt que la souffrance longue et lente. Alors je ferai ce qu'il me dirait. J'essaierai de me comporter sagement, peut être qu'avec un peu de temps, il finirait par me relâcher, ayant assez confiance en moi pour me laisser partir sans craindre que je n'aille voir la police.
Et puis ce n'était pas si horrible, s'il me laissait la liberté de me déplacer dans son appartement comme je l'entendais. Dans les films, le ravisseur attache toujours son détenu avec une chaine incassable, par terre ou sur un lit. Il lui apporte une bouffe aussi dégueulasse que la pâtée pour chien et l'accompagne aux toilettes. Là d'après ses dires, j'étais libre de mes mouvements, je pouvais me faire à manger et utiliser la salle de bain comme je l'entendais. À condition bien sûr que je ne fasse pas n'importe quoi. C'était plus une sorte de cohabitation forcée et contraignante pour moi, plutôt qu'une séquestration.
Je sentis son regard sur moi et c'est seulement à ce moment précis que je réalisais que j'étais en sous-vêtements devant lui, complètement à sa vue, avec une proximité pire que déraisonnable. Je sentis mon embarras habituel et ma gêne constante revenir, ainsi que mes joues prendre feu, alors qu'il balayait mon corps dénudé du regard, le visage crispé, assombri et contrarié par quelque chose. Puis il me lâcha brusquement, me faisant tomber violemment au sol. Je gémis de douleur, tentant vainement de réfréner mes sanglots et levai la tête pour le regarder. Il arborait un visage fermé et irrité en même temps. Il était perturbé par quelque chose et j'ignorais quoi. J'aurais bien aimé le savoir car j'étais certaine que ça avait un rapport avec moi. Mais il était hors de question que je ne lui demande.
Un coup de sonnette se fit entendre et je le vis qui se déridait et revenait au moment présent.
« Ils sont arrivés. » Annonça-t-il impassiblement. « Cette porte mène directement à la salle de bain. » Dit-il en désignant du regard une porte à ma droite que je n'avais jusque là pas remarquée. « Va prendre une douche. Ton sac est dans la salle de bain. Tu dois avoir des affaires à porter là dedans. »
J'hochai vigoureusement la tête, ne voulant pas le contredire. Il se détourna et se dirigea vers l'autre porte, celle par où il était précédemment entré, puis me laissa ainsi seule étalée par terre, tentant tant bien que mal de me relever avec difficulté.
Pov Edward
J'avais été soulagé quand j'avais entendu Emmett et Rosalie arriver. J'avais ainsi pu m'échapper de cette vision d'elle et de son corps offert à ma vue. Cette fille avait dix sept ans bordel, je n'avais pas le droit d'avoir des pensées aussi impétueuses que celles que je venais d'avoir à l'instant, ni d'éprouver quoi que ce soit. Je serais un beau salaud si c'était le cas. Quoi que, j'étais déjà un salaud. J'étais un tueur, un barbare, un connard de première, un sadique, un monstre, un cruel sans état d'âme, mais il était hors de question que je rajoute pervers et pédophile à la liste. (N/Yoro: Pédophile... T'y vas fort quand même, elle a plus cinq ans!)
Je commençais sérieusement à regretter mon choix de l'avoir embarqué ici, car je n'arrivais pas à rester moi-même en sa présence. Déjà tout à l'heure, j'avais dû jouer la carte de l'intimidation et l'effrayer pour la maintenir sous mon contrôle. Elle avait eu entièrement raison, j'étais incapable de la tuer. Et j'étais également incapable de la blesser. Mais ça, il ne fallait en aucun cas qu'elle le sache. Il fallait au contraire qu'elle me craigne, qu'elle ait peur de moi afin qu'elle m'obéisse et qu'elle ne se retourne pas contre moi. J'espérais avoir été assez convainquant car tout n'avait été qu'improvisation et mensonge.
Sans tergiverser plus longtemps là dessus, je me dirigeai vers la porte et l'ouvris à la hâte. Je fronçai les sourcils lorsque je réalisai qu'il n'y avait que Rosalie.
« Emmett n'est pas avec toi ? » Demandai-je déçu.
« Il est en train de garer la voiture. » Répondit-elle sèchement. « Et tu pourrais au moins dire bonjour et me remercier d'accepter de me lever super tôt, rien que pour t'amener des fringues. » Remarqua-t-elle. Je soupirai d'exaspération et lui accordai le point.
« Bonjour Rosalie. » Saluai-je sarcastique. « Et merci de bien vouloir te lever le matin, afin de m'amener des vêtements dont tu rêves de te débarrasser. »
Elle leva les yeux au ciel et se permit d'entrer sans que je ne l'aie autorisé. Je secouai la tête et refermai la porte sur son passage. Je me tournai vers elle pour lui faire face et elle me toisa durement, apparemment énervée. J'arquai un sourcil, attendant qu'elle me dise ce qu'elle avait contre moi.
« Tu l'as fait boire. » Accusa-t-elle.
J'ouvris la bouche, puis la refermai. Comment avait-elle su ? (N/Yoro: Wahou, elle est trop forte cette fille!)
« Je ne vois pas ce qui te pose problème. » Rétorquai-je en haussant les épaules.
« Tu n'avais pas le droit ! » S'emporta-t-elle en pointant son index sur moi.
« Tu n'as pas à me dire ce que je dois faire, ni à moi, ni à lui. » Répliquai-je. « Et je ne l'ai pas forcé, ton mari était parfaitement consentant. » Elle me regarda incrédule.
« Mais évidemment qu'il n'allait pas te dire non ! C'est d'Emmett dont on parle ! Tu crois vraiment qu'il refuserait un verre d'alcool ? » Lança-t-elle ironiquement.
« Il serait peut être temps que tu arrêtes de le couver et que tu lui fasses confiance. » Déclarai-je.
« Ça n'a rien avoir et tu le sais ! Et je ne le couve pas ! » S'indigna-t-elle. « Seulement ça, je ne le tolère pas. »
« Mais de quoi tu parles ? » M'exclamai-je. « Emmett n'est pas rentré ivre, il était même en état de conduire ! Je n'ai pas eu besoin de l'arrêter, il s'est arrêté de boire tout seul, alors pour l'amour du ciel, laisse-le vivre ! »
« Tu ne comprends rien du tout. » Cracha-t-elle. « Ce n'est pas qui toi as dû supporter ses beuveries, ses écarts de conduites, ses comportements dégradants et ses sautes d'humeur. Tu n'es pas passé par l'enfer par lequel MOI je suis passée. Et de nous deux, je suis la seule à comprendre vraiment ce qu'il a traversé. »
« Emmett est mon ami. Tu crois sincèrement que j'aurais toléré de lui donner une seule goutte d'alcool si j'avais eu un doute qu'il puisse rechuter ? »La défiai-je. Elle détourna les yeux.
« Je n'en sais rien, tu fais souvent n'importe quoi. La preuve avec l'acte irréfléchi que tu viens de commettre en t'emparant d'une pauvre fillette. » Je me pinçai l'arête du nez et soupirai afin de contenir mon énervement.
« Tu sais ce que je crois ? » Ripostai-je en haussant un sourcil provocateur. « Je crois qu'en fait, tu fais tout ce cirque uniquement parce que tu as peur de voir qu'il est finalement guéri et qu'il peut boire sans faire de rechute. » Elle écarquilla les yeux, abasourdie.
« Je te demande pardon ? » S'écria-t-elle choquée. « Mais enfin t'es malade ! Pourquoi est-ce que j'aurais peur qu'il soit guéri ? Ça n'a pas de sens ! »
« Si justement. » Contrai-je sûr de moi. « Si c'est tout à fait logique. Tu as peur de voir qu'il est guéri, car ça voudra dire que lui a réussi, dans un domaine où toi tu as complètement échoué. » Achevai-je avec un sourire. Elle me jeta un regard empli de haine et de mépris, mais aussi plein de trouble et d'étonnement.
« Je ne vois pas de quoi tu parles. » Nia-t-elle. « Et pourquoi est-ce que je discute avec toi de toute façon ? Je ne peux pas m'attendre à ce que tu comprennes quoi que ce soit. »
« C'est ça, prends-moi pour un idiot. » Rétorquai-je. « En attendant, je sais que j'ai raison. » Affirmai-je.
« Peu importe, je te demande d'arrêter de faire boire mon mari, je ne suis pas d'accord. » Éluda-t-elle. Je réprimai un rire.
« Désolé mais si tu crois une seule seconde que je vais accepter gentiment de faire ce que tu me demandes, tu peux aller te rhabiller. Si j'ai envie de proposer un verre à Emmett, je le fais, à toi de faire avec. »
Elle soupira d'énervement mais ne répondit pas.
« Où est-elle ? » Changea-t-elle subitement de sujet.
« De qui tu parles ? »
« De qui je parle ? » S'exclama-t-elle en colère. « Tu veux que je te rafraichisse la mémoire ? La fille que tu te trimballes chez toi et pour qui toi et Emmett risquez de vous faire descendre ! » S'écria-t-elle.
« Ça va t'énerve pas. » Soupirai-je. « Elle prend sa douche. » Consentis-je. « Enfin je crois. »
« Franchement Edward, sur ce coup là t'as vraiment merdé. » Critiqua-t-elle.
« Rosalie, lâche-moi, j'ai pas besoin d'entendre tes leçons de moral. » Râlai-je.
« Tu mets mon mari en danger. » Ignora-t-elle. « Ne crois pas que je vais te laisser faire n'importe quoi sans réagir, quand ça concerne l'homme de ma vie. »
« Tu sais quoi Rose ? Tu me gonfles. » Assénai-je. « Alors ferme ta putain de bouche, le temps que ton cher mari arrive. »
Rosalie arbora un visage outré que je lui aie parlé de cette façon, puis son regard fut attiré par quelque chose se trouvant derrière moi. Je me retournai et aperçus Bella dans l'encadrement de la porte de la chambre, légèrement incertaine et déboussolée. Elle sortait de la douche puisque ses cheveux étaient mouillés, elle avait mis des vêtements amples, bien trop longs pour elle, ce qui ne la mettait pas vraiment en valeur. De toute façon elle ne sortirait pas de cet appartement, donc elle n'a aucune raison de se faire belle. Pas sûr que ce soit son genre en plus…
« Rosalie, je te présente Bella, la fille que je trimballe chez moi comme tu dis. » Fis-je sarcastique. « Bella, voilà Rosalie qui est venue t'apporter des vêtements. » Bella n'osait pas bouger, tandis que Rosalie la regardait de travers. Je décidai, en bon lâche que j'étais, de me barrer de ce moment bizarre. « Bon Rose, quand Emmett arrivera, dis-lui que je suis en haut chez Jasper. »
Celle-ci hocha la tête, sans quitter Bella des yeux. Je m'avançai vers la porte d'entrée après avoir pris mes clés au cas où, puis quittai cet appartement, les laissant toutes les deux seules.
Peut être qu'elles arriveraient à s'entendre, ça permettrait à Rosalie de ne plus se sentir seule. Dans le fond, j'appréciais Rosalie, même si je ne le montrais guère. Tout comme je savais qu'elle m'appréciait. Enfin, il me semble, car avec elle on n'est jamais sûr de rien. Mais elle m'exaspérait, à toujours vouloir régenter la vie d'Emmett. Même si je sais qu'elle m'apprécie, je sais aussi qu'elle pense que j'ai une mauvaise influence sur lui. Ce qui n'était pas tout à fait faux en y pensant. Mais tout de même, Emmett était libre de faire ses propres choix, de mener sa vie comme il l'entendait, sans que ni elle ni moi ne nous en mêlions. Bien sûr que jamais je n'accepterais de filer de l'alcool à Emmett si je sentais qu'il pouvait redevenir dépendant. Mais à l'inverse de Rosalie, j'avais foi en lui et je savais qu'il ne replongerait pas dans l'Enfer dont il avait eu du mal à se sortir. Il était retenu à la surface et la lumière par Rosalie. C'était elle qui l'empêchait de couler.
Je n'avais pas connu Emmett lorsqu'il était dépendant à l'alcool. Quand je l'ai rencontré, il essayait déjà de s'en sortir. Il fréquentait les alcooliques anonymes depuis pas mal de temps. Et il était déjà avec Rosalie, même s'il ne l'avait pas encore épousée. J'étais déjà dans le service depuis quelques années. C'est Aro qui nous avait présentés, lorsqu'il avait enrôlé Emmett pour qu'il bosse à son compte. Il m'avait chargé de le former, tout comme j'avais été formé. Et en voyant à quel point notre binôme fonctionnait, Aro avait décidé de nous garder tous les deux en équipe, moi comme dirigeant et Emmett comme sous homme.
Enfin bon, ça c'était avant car depuis quelques temps, Aro a tout misé sur sa nouvelle recrue, j'ai nommé Jacob Black, le stupide indien qui ne sait pas lire une carte et qui n'est pas fichu de surveiller sans se faire surprendre par une pauvre adolescente sans moyen de défense. Il fallait lui reconnaitre le fait qu'il était assez costaud et ne manque pas de sang froid. Dommage qu'il se batte comme une merde, qu'il ne sache pas tirer sans manquer sa cible et qu'il chie dans son pantalon lorsqu'on lui colle un pistolet sur la tempe. (N/Yoro: Joli tableau!)
J'ignore ce qui était passé par la tête d'Aro pour ne plus jurer que par lui, et pourquoi il avait fait de Black son nouveau protégé, mais j'espérais qu'il savait ce qu'il faisait, car Jacob était loin d'être le meilleur ado qu'il ait recruté.
Je chassai les anciens souvenirs qui affluaient mon cerveau et qui me rappelaient que moi-même, j'avais un jour été un ado recruté et dont le potentiel n'était pas des plus élevés. Je pris les escaliers et montai à l'étage du dessus, le plus haut de l'immeuble. Une fois arrivé, j'allai frapper à la seule porte de l'étage. Je n'eus aucune réponse, mais à la place, ce fût des sons étouffés et des gémissements que j'entendis. Je soupirai en me passant une main au visage. Ce mec ne changerait jamais.
« Jasper ! » Criai-je pour qu'il m'entende de derrière la porte. « Je te préviens, tu as cinq minutes pour extraire ton pénis du vagin de la fille qui est avec toi et te rhabiller, avant que je ne défonce la porte ! »
J'entendis un « Putain de merde » suivi d'un cri de frustration appartenant sans aucun doute à la personne qui était avec lui. J'entendis du mouvement de là où j'étais et j'attendis qu'ils se rhabillent car la dernière chose que j'avais envie de voir dès le matin, était mon pote Jasper en train de se déverser à l'intérieur d'une de ses conquêtes.
« C'est bon tu peux venir. » Entendis-je.
Je secouai la tête de désespoir et ouvris la porte que Jasper avait dû déverrouiller. Il possédait un verrou automatique avec une télécommande. Comme ça il n'avait pas besoin d'effectuer le déplacement. (N/Yoro: Wahou, c'est high-tech!)
Vive la technologie…
Je marchai dans le couloir pour arriver jusqu'à son bureau qui lui faisait office de cabinet et également, de lieu de parties de jambes en l'air. Il était là, debout près de son bureau, la braguette ouverte, une jolie petite brune à côté de lui, les cheveux en batailles. Elle remettait son chemisier correctement, des rougeurs apparaissant sur ses joues.
« C'est comme ça que tu bosses ? » Fis-je remarquer en arquant un sourcil inquisiteur. Il leva les yeux au ciel.
« Tu vois un patient quelque part ? » Rétorqua-t-il blasé.
« Heureusement que non, qu'est-ce qu'il penserait du très cher Docteur Withlock qui se tape des nanas au même endroit où il fait ses consultations ? » Ironisai-je avec un sourire amusé. Il soupira de lassitude et se tourna vers sa partenaire.
« Laisse-nous Sam. » Pria-t-il avec un regard à la fois mielleux et sans équivoque. (N/Yoro: Mince, je pensais que c'était Alice!)
Celle-ci lui fit un sourire aguicheur et se rapprocha de lui, avant de passer ses bras autour de ses épaules et de l'embrasser goulument, le tout sous mon regard courroucé. Ses mains fourrageaient désormais dans ses cheveux tandis que je détournai les yeux et que je les laissai à leurs petites affaires. J'entendis des gémissements provenant de lui et levai les yeux au ciel.
« Tu sais où me trouver. » Susurra-t-elle avec mièvrerie. Elle l'embrassa une dernière fois et se détourna vers la porte. « Salut Edward. » Fit-elle avec un sourire charmeur une fois passée près de moi.
« Sam… » Saluai-je d'un hochement de tête, réfrénant un soupir d'exaspération face à son attitude enjôleuse que je connaissais par cœur.
Elle avait toujours adoré faire du gringue aux hommes qu'elle trouvait à son goût, sans toutefois se montrer vulgaire. Voilà pourquoi j'appréciais cette fille, comparé à toutes les allumeuses – la plupart du temps blondes à forte poitrine – qu'on pouvait trouver dans des bars miteux.
Elle prit la porte et quelques secondes après, il ne restait plus que nous, dans une pièce qui puait le sexe à plein nez. Je me tournai vers mon ami qui était comme à son habitude, dans un état pitoyable. La barbe de trois jours, ses cheveux blonds mal coiffés, les traits tirés, signe qu'il n'avait pas dormi, sans parler des bouteilles vides étalées sur ce qui lui servait normalement de bureau.
« Qu'est-ce que tu me veux de si bon matin ? » Soupira-t-il.
« Tu te fais la voisine maintenant ? » Lançai-je avec remontrance. « Depuis quand ? »
« Je ne vois pas en quoi ça te regarde. » Éluda-t-il.
« C'est vrai que ce ne sont pas mes affaires… » Consentis-je. « Mais je te signale quand même que cette fille en pince pour toi depuis que tu t'es installé dans l'immeuble. J'ai pas envie d'avoir de problèmes avec les voisins donc essaie de la ménager, une fois qu'elle voudra obtenir plus que de simples parties de baise et que tu la largueras parce que tu ne partages pas ses sentiments. »
Il roula des yeux et me lança un regard peu amène.
« Sam sait parfaitement qu'il n'y aura jamais quoi que ce soit de sérieux entre nous, elle ne me posera aucun problème. »
« C'est ce que tu dis à chaque fois, et la fille finit toujours par retourner pleurer dans les jupes de sa mère parce que tu lui as brisé le cœur. »
« C'est bon Edward. » Râla-t-il. « Qu'est-ce que t'en as à foutre de ma vie de toute façon ? T'as déjà assez à faire avec la tienne, tu crois pas ? »
Je détournai la tête et fixai un point derrière lui. Dans le fond il avait raison, je n'avais pas à lui donner des leçons de moral, quand moi aussi, j'avais une vie qui craignait un max. En y repensant, ça me rappela la raison pour laquelle j'étais venu en tout premier lieu.
« Je suis venu parce qu'il faut que je t'avoue un truc. » Annonçai-je avec embarras. « Un truc qui s'est passé hier, pendant que je bossais. »
« Si on peut appeler ça un travail… » Répliqua-t-il sarcastique. « Qu'est-ce qui s'est passé ? T'as buté le mauvais gars ? »
« Très drôle. » Soupirai-je. « En fait Black a commis une boulette hier. » Rectifiai-je.
« Black ? Tu parles du nouveau ? »
« Ouais. » Confirmai-je avec amertume.
« Bon et alors ? Il a fait quoi ? » S'enquit-il curieux.
« Ce con a pas surveillé la ruelle comme il fallait, ce qui fait qu'on a eu une témoin qui a tout vu. » Balançai-je remonté. Jasper écarquilla les yeux d'étonnement et sa mâchoire manqua de se décrocher.
« Alors ça pour une boulette, c'en est une. » Marmonna-t-il. Je réprimai un sourire antipathique.
« Je te jure, c'est la première fois en six ans que ce genre de truc m'arrive. Tout ça à cause de ce merdeux. »
« Qu'est-ce que tu as fait ensuite ? Tu t'es débarrassé du témoin ? » Déduit-il. Je passai une main dans mes cheveux avec gêne.
« Bah… Pas vraiment à vrai dire. » Avouai-je avec difficulté. Il fronça les sourcils.
« Tu ne l'as pas tué ? » S'étonna-t-il.
« J'ai essayé. » Réfutai-je.
« Comment ça t'as essayé ? » S'exclama-t-il interloqué. « Je croyais que le verbe « essayer » ne faisait plus partie de ton vocabulaire. »
« Je sais » Maugréai-je. « Mais là disons que je n'ai pas réussi. »
« Je te demande pardon ? » S'écria-t-il ahuri. « Tu veux dire que le témoin est toujours vivant ? »
« Oh ça va ! » Fulminai-je. « Cette fille n'était qu'une adolescente sans défense, j'ai pas eu le courage de lui ôter la vie. » Il me regarda abasourdi, comme si ce que je venais de lui déballer était incroyable.
« Si je ne me trompe pas, tu as déjà fait bien pire que de liquider une adolescente. » Constata-t-il. Je roulai des yeux, lassé de l'entendre à chaque fois toucher un point sensible.
« Peut être, mais là j'ai pas été capable de la tuer, point final. » Pestai-je, en particulier contre moi-même.
Jasper m'étudia scrupuleusement, comme si j'étais l'un de ses patients, ce qui eut le don de m'horripiler. J'avais horreur quand il faisait ça, car je ne savais pas du tout ce qu'il cherchait à déceler chez moi, ni ce qu'il trouvait. Il ne laissait jamais filtrer la moindre parcelle d'émotion susceptible de m'indiquer ce qu'il pense.
« Alors qu'est-ce que t'en as fait ? » Finit-il par demander, me sortant de ma rêverie.
« De quoi ? » Demandai-je paumé.
« Bah du témoin, crétin ! » S'emporta-t-il. « Si tu ne l'as pas supprimé, alors t'en as fait quoi ? » Je pris une profonde inspiration et déglutis avant de lui avouer.
« Je l'ai enlevée et ramenée à la maison. »
Je crus que Jasper allait s'étouffer après avoir entendu ma réponse. Il me toisa du regard, comme s'il voulait entrevoir le mensonge dans ce que je disais. Quand il comprit que je ne plaisantais pas, que j'étais très sérieux et qu'il réalisa que j'avais vraiment embarqué une fille chez moi, il blanchit comme s'il était sur le point de faire une syncope. On aurait dit un vampire.
« Bon Dieu mais t'es complètement malade ? » S'écria-t-il fou de rage. « Qu'est-ce qui t'a pris de faire ça ? »
« J'en sais rien ! » Me défendis-je. « C'était ça ou je la laissais partir. Et tu sais très bien qu'il était hors de question que j'accepte qu'elle s'en aille ! Non mais tu imagines si elle allait nous balancer ? C'est même pas des flics dont j'ai peur, c'est plutôt des représailles ! Aro en a liquidé pour moins que ça ! »
« Quand bien même ! T'aurais pu laisser quelqu'un d'autre la tuer à ta place si t'étais pas capable de le faire toi même ! »
« Je ne pouvais pas ! » Protestai-je. Je commençai à bouillonner intérieurement. « Cette fille elle… » Je lui jetai un regard perdu. « Je ne sais pas… et c'est bien ce qui m'énerve. Je me suis senti… »
« Protecteur ? » Devina-t-il, un sourcil haussé.
« Oui, voilà. » Accordai-je. « Je crois que c'est ça. »
Il me regarda de travers, l'air de dire : « T'es dans la merde ». Il se pinça l'arête du nez en fermant les yeux, comme pour tenter de comprendre quelque chose. Pour ma part, j'attendais simplement qu'il daigne me donner son avis sur la situation chaotique dans lequel je m'étais fourré.
« Quel âge elle a ? » Finit-il par demander en levant les yeux vers moi.
« Dix sept ans pourquoi ? » Fis-je, surpris qu'il me demande ça. Il me regarda avec des yeux intrigués, comme s'il avait compris ce qui allait pas.
« A quoi elle ressemble ? » Je lui jetai un regard peu amène.
« Pardon ? »
« Physiquement. » Précisa-t-il. « A quoi elle ressemble ? »
« Jasper… » Menaçai-je. « Ne commence pas. » Je voyais très bien où il voulait en venir, et je ne voulais pas en parler.
« Pourquoi tu ne veux pas me le dire ? » Demanda-t-il l'air de rien. « Est-ce que c'est parce tu sais que ça a un rapport ? » (N/Yoro: Avec qui? On veut savoir *trépigne du pied*)
« De quel droit tu oses me parler de ça alors que toi-même, tu refuses d'en parler ! » Tonnai-je durement.
« Réponds à ma question Edward. » Fit-il en ignorant ma remarque.
« Je ne vois pas à quoi ça servirait, je t'assure que ça n'a strictement rien avoir. »
« Alors réponds à ma putain de question ! » Tempéra-t-il impatient.
« Très bien ! » Consentis-je. Je soufflai avant de répondre. « Elle est petite, mince, plutôt jolie… » J'hésitai à continuer mais lorsque je vis son regard énervé, je rendis les armes en détournant la tête. « Elle est brune, les yeux marrons et… »
« Ok c'est bon. » Coupa-t-il. Je le vis qui arborait un visage devenu pâle. « Je crois que j'ai compris… »
« Ce n'est pas du tout ce que tu crois Jasper. » Contredis-je. « Emmett m'a fait la réflexion hier et je t'assure que ça n'a rien avoir avec…
« Ne prononce pas son prénom. » Susurra-t-il entre ses dents avec haine.
« C'est toi qui a voulu aborder le sujet, je te signale. » Observai-je.
« Peu importe. » Éluda-t-il. « Tu ne peux pas la garder chez toi. Il faut que tu t'en débarrasses. »
« Pourquoi ? » M'énervai-je. « T'as peur de la croiser, c'est ça ? »
« Je croyais qu'elle n'avait rien avoir avec elle ? » Rappela-t-il.
« C'est le cas ! C'est toi qui as insinué que je n'avais pas pu la tuer pour ça. »
« Parce que c'est ce que je pense ! » Confirma-t-il. « C'est pour cette raison que tu dois te débarrasser d'elle, et vite. »
« Je ne peux pas me débarrasser d'elle ! Je ne peux pas la laisser partir tranquillement, je ne peux pas parler d'elle à Aro, sinon je suis un homme mort, je ne peux pas non plus la tuer pour je ne sais quels scrupules… Je suis obligé de la garder. » Déclarai-je.
« Tu réalises que c'est pas en la retenant captive chez toi que tu vas arranger ton problème ? » Me fit-il remarquer.
« Je sais. Mais au moins ça me laisse de la marge et du temps pour trouver une solution. » Répondis-je.
« Et là tu l'as laissé toute seule ? » S'exclama-t-il choqué.
« Évidemment que non. Elle est avec Rosalie et Emmett. » Rassurai-je. « Mais quand je serai absent pour… »
« Ton pseudo job. » Coupa-t-il ironiquement.
« Si tu veux. » Soupirai-je. « Bref, quand je ne serai pas là, il faudra que tu la surveilles de chez toi. Vu que c'est toi qui détiens les caméras. »
« C'est bon je le ferai. » Accepta-t-il. « Si jamais je vois qu'elle tente de s'échapper, je m'occupe de la maitriser. » Je lui fis un sourire de remerciement.
« J'ai autre chose à te demander aussi. » Tentai-je. Je le vis me regarder de travers.
« Tu veux quoi encore ? » Râla-t-il. « Ça te suffit pas de me déranger en plein ébat sexuel, faut en plus que tu m'emmerdes avec tous tes problèmes et tes services ? »
Je réfrénai un rire et répondis avec hésitations.
« Il faudrait que tu lui parles. »
Il se décomposa subitement.
« Tu peux répéter ? »
« Cette fille a l'air d'avoir des problèmes dans sa tête. Essaie de lui parler, c'est ton job de t'occuper des gens, non ? »
« Tu veux pas aussi lui offrir une maison au bord de la mer ? » Persiffla-t-il sardoniquement. « Tu te prends pour qui au juste ? Un bon samaritain ? Si tu crois que c'est comme ça que tu vas expier toutes tes calomnies, tu te goures. »
« Ça n'a rien à voir avec une envie d'expier. » Contrai-je. « Écoute Jasper, je te paierai si tu veux. Et je ne vois pas ce qui t'empêche de dire oui, ton cabinet n'est pas vraiment débordé en ce moment, donc tu n'es pas très occupé. Sauf quand c'est pour t'envoyer en l'air sur ton bureau, là en revanche t'es débordé. »
« Épargne-moi tes leçons de moral. Peut être que si je veux pas la voir, c'est que j'ai pas envie de me retrouver nez à nez avec son sosie. » Concéda-t-il amer.
« Je t'ai déjà dit qu'elle n'avait rien avoir avec elle. » Interrompis-je. « Elle ne lui ressemble même pas. »
« Ouais bien sûr. Si tu le dis. » Répliqua-t-il la voix pleine de sarcasmes.
« S'il te plait Jasper. T'es psy, t'es mon pote, tu peux bien faire ça pour moi. » Suppliai-je. Je le vis secouer la tête et lever les yeux au ciel.
« Pourquoi tu fais ça pour elle ? Ça t'avance à quoi ? »
« Rien du tout. » Me rebiffai-je. « Je trouve juste qu'être instable psychologiquement, à son âge c'est pas ce qu'il y a de mieux. Je ne te demande pas de la voir régulièrement. Juste de lui parler de temps en temps et de me dire ce que t'en penses. »
Il me regarda étrangement, presque curieusement. Je devais avouer que ce genre d'attitude n'était pas du tout mon style. Même moi je m'étonnais de mon comportement. Enfin bon, quitte à avoir une otage chez moi, autant que ce ne soit pas une fille timbrée.
« Je vais voir ce que je peux faire. » Consentit-il avec difficulté. Je souris de satisfaction.
« Merci Jasper. »
« Ouais c'est ça. » Coupa-t-il. « Maintenant fous le camp de chez moi. »
Je ris brièvement et fis ce qu'il m'ordonnait, sachant très bien que de toute façon, il n'était pas du tout énervé contre moi.
Pov Bella
« Bah dis donc… Je comprends pourquoi Edward m'a demandé de venir. Tes fringues sont tous affreux. » S'exclama la blonde qui était en train de jeter un coup d'œil aux affaires que j'avais mis dans le sac avec lequel j'étais venue à Chicago. (N/Yoro: Sympa...)
Je l'avais suivie dans la chambre sans rien dire, et je m'étais assise par terre, près de là où elle défaisait mes affaires. Cette fille m'intimidait, elle était ce genre de femme sûre d'elle, pleine d'assurance, n'ayant pas froid aux yeux. Tout le contraire de moi en somme. Cette Rosalie était le genre de personne sur qui tout le monde se retourne dans la rue, alors que moi j'étais de celles qui se fondent dans le décor. Je la regardais déplier mes affaires, envoyer mes vêtements voltiger dans la pièce, et sortir les siens du sac qu'elle avait apporté. Je ne comprenais pas pourquoi elle faisait ça. Qui était-elle ? Je l'avais entendue se prendre la tête avec mon ravisseur avant que je ne fasse mon entrée dans la pièce. Mais qu'avait-elle à faire dans l'appartement d'un monstre ? Était-elle une amie de l'homme qui m'avait enlevé ? Était-elle sa femme ? Sa sœur ? Sa cousine ? Était-elle au moins au courant qu'il était un assassin ?
Que de questions qui me brulaient les lèvres, mais que je n'osais les poser. J'ignorais si j'avais le droit de parler, ou si j'étais sensée me taire. D'autant plus que cette fille n'avait pas l'air des plus commodes. Dire que je la trouvais jolie aurait été un euphémisme. Elle était magnifique. Resplendissante même. Grande, mince, les cheveux d'un blond doré, tombant sur ses épaules, la bouche pulpeuse et bien dessinée, un front pas trop élevé… Que ne donnerais-je pas pour avoir un centième de sa beauté naturelle… Moi qui n'avais rien d'exceptionnel, qui ne ressemblais à rien et qui avais l'habitude de passer inaperçu…
« Tu sais que tu peux parler, je ne vais pas te manger. » M'interrompit-elle dans mon débat intérieur. Je baissai les yeux, incapable de soutenir le sien si profond, si bleu qu'on aurait envie d'y plonger.
« Désolée. » M'excusai-je. « Je ne sais pas trop ce que je suis autorisée à faire ou pas… » Elle se mit à sourire, probablement d'amusement.
« Écoute. » Aborda-t-elle en scindant son regard au mien. « Je ne suis pas méchante, je n'ai rien avoir avec les boucheries que ces deux imbéciles font pendant la journée, alors tu n'as pas à me craindre. » Assura-t-elle.
Je restai bouche bée devant son franc parler et sa façon d'aller droit au but, sans peser ses mots. Alors elle savait qu'elle fréquentait des meurtriers. Et ça ne lui faisait ni chaud ni froid. Elle était même mariée à l'un deux sans que cela ne lui pose de problème. Je doutais fortement que ce soit celui qui me détient prisonnière. Ils n'avaient pas vraiment l'air de s'entendre. Mais après tout qu'est-ce que j'en sais ?
« Comment vous faites ? » Ne pus-je m'empêcher de demander. Elle fronça les sourcils de questionnement. « Pour être proche avec des criminels. » Précisai-je. « Vous savez ce qu'ils font et ça ne vous fait rien. Comment vous faites ? »
Elle sourit gentiment.
« On s'y fait. J'essaie de ne pas penser à ce que mon mari fait lorsqu'il n'est pas à la maison. »
« Vous êtes mariée à un tueur ? » M'exclamai-je incrédule.
« Tu l'as croisé hier. Il était avec Edward, celui qui te retient prisonnière ici parce qu'il a pas eu le cran de t'assassiner. Il s'appelle Emmett. »
Aussitôt qu'elle m'apprit son nom, la mémoire me revint et un frisson de peur me parcourut l'échine. Elle parlait de celui qui avait la carrure d'un ours. Celui qui m'avait fait tellement mal en me broyant les bras, que les marques rouges de ses gros doigts sur mes avants bras n'avaient toujours pas disparu. Celui qui m'avait assommée.
« J'arrive pas à croire que vous puissiez aimer un homme pareil. Il n'est pas humain. » Répliquai-je avec dégout. Elle secoua la tête amusée.
« Il n'est pas comme tu peux le penser. » Défendit-elle. « Et puis les choses ne se sont pas passées vraiment comme ça. Il n'était pas encore un homme de main quand on s'est connus. J'étais déjà follement amoureuse de lui avant qu'il ne devienne… ce qu'il est maintenant. » Déclara-t-elle avec nostalgie.
Je la regardai avec affection. Elle était vraiment éprise, peu importe ce que l'homme de sa vie pouvait faire, elle ne pouvait pas s'éloigner. Elle le supportait.
« J'ignorais qu'on pouvait éprouver ça pour quelqu'un. » Murmurai-je. « Accepter toutes ses mauvaises facettes et l'aimer sans condition, peu importe à quel point il peut être monstrueux… »
« Ils ne sont pas monstrueux. » Contra-t-elle vexée. « Tu sais, ce n'est pas parce que le travail qu'ils font est abominable, et mal, qu'ils sont forcément mauvais. Emmett et Edward ne sont pas fréquentables, je te l'accorde. Ils ne sont pas respectables, et ce ne sont pas des gens biens. Mais ils ne sont pas inhumains. La preuve, Edward ne t'a pas tué, il t'a même défendu, d'après ce qu'Emmett m'a raconté. »
Je détournai les yeux, repensant à l'homme qui ce matin, avait menacé de m'écarteler les doigts. Je n'arrivais pas à le voir comme elle, elle le voyait. Pour moi, il n'était rien d'autre que celui qui avait sauvagement abattu un homme innocent devant moi, qui m'avait collé un pistolet sur la tête et qui m'avait kidnappée. Mais peut être qu'elle avait raison. Peut être pouvais-je revoir mon point de vue et le considérer, non pas comme celui qui me séquestrait, mais comme celui qui m'avait épargné…
« Contrairement à ce que tu peux croire, » Reprit-elle, « ils ont un cœur, ils n'ont pas cherché à devenir ce qu'ils sont, et ce ne sont pas eux qui commanditent les meurtres qu'ils commettent. Ils travaillent pour le compte de quelqu'un. »
« C'est ce que j'aie cru comprendre. » Marmonnai-je pour moi-même. Elle me regarda avec peine, comme si je lui inspirais de la pitié, ce dont j'avais horreur.
« Ton nom c'est Bella, pas vrai ? » J'hochai la tête avec gêne et elle me fit un maigre sourire amical.
« Et toi Rosalie. » Affirmai-je sûre de moi, bien que je ne l'avais entendu qu'une seule fois. Elle ne se départit pas de son sourire.
« Si tu veux Bella, je peux te tenir compagnie la journée, ça nous évitera d'être seules. Tu m'as l'air d'être une fille gentille et je ne pense pas que tu aies mérité de te retrouver là. Mais ça fait partie des malheurs de la vie et dans le fond, mieux vaut ça, plutôt qu'il t'ait tué, tu ne crois pas ? »
Je baissai les yeux, mon regard s'assombrissant. Je ne savais pas si je partageais le même avis qu'elle ou non. Nous n'avions pas les mêmes points de vue et ce n'était pas elle qui était condamnée à rester enfermée ici, dans le repère d'un meurtrier. Bon, elle était mariée à l'un d'eux, donc c'était peut être pire pour elle… Quoi que non, ce fût un mariage volontaire, elle l'avait voulu, personne n'avait décidé pour elle. Donc elle n'était sans doute pas à plaindre. Et moi ? L'étais-je ?
« Je veux bien passer mes journées avec toi, ça ne me pose pas de problème. » Finis-je par sourire légèrement en éludant sa question.
Elle m'offrit un sourire radieux et contre toute attente, elle vint me prendre dans ses bras, sans que je n'y sois préparée. Je ne comprenais pas comment elle pouvait m'étreindre alors qu'elle venait à peine de me rencontrer, mais je devais avouer que ce comportement affectueux me faisait du bien. C'était le premier contact normal que j'avais depuis… hier, qui me semblait être un jour horriblement lointain.
« Courage Bella. » Murmura-t-elle. « Ce ne sera pas si terrible, je te le promets. » Je fermai les yeux, savourant cette étreinte qui j'espérais, n'était pas le fruit de mon imagination.
« Merci. » Parvins-je à formuler.
Les larmes me montaient, j'avais envie d'éclater en sanglot et de craquer une bonne fois. Je n'en avais pas eu l'occasion depuis les derniers évènements et j'étais à bout. Ma vie était complètement réduite en miette, en l'espace de vingt quatre heures, j'avais vécu des horreurs que je ne souhaite à personne. Et ce que je regrettais le plus, c'est de ne pas avoir eu qui que ce soit pour me réconforter et m'épauler. J'étais persuadée que j'étais condamnée à rester seule. Mais peut être qu'en fin de compte, il y aurait la présence de Rosalie avec moi pour m'aider. Quant à celui que je surnommais mon bourreau, Edward… Après tout il m'avait sauvé des griffes de la mort… A sa façon.
On m'avait toujours appris à relativiser. Peut être que je n'allais pas être aussi seule que je ne le pensais. Dans le monde cruel du meurtre et de la barbarie, peut être serai-je en sécurité finalement.
Seul l'avenir me le dirait.
Voili voilou!
Je remercie ma Yoro chérie pour sa correction et ses commentaires =)
Alors la fin n'était pas du tout prévue de cette façon, j'étais sensée continuer encore un peu et Bella n'était pas sensée avoir ce genre de pensée à la fin, mais bizarrement au moment de l'écrire, c'est ce qui m'est venu et j'ai trouvé que ça collait bien.
Je vous apprends que je pars en vacances (et oui comme tout le monde) et que je n'aurais peut être pas internet tout le temps, tout dépend. J'essaierai de prendre beaucoup de temps pour écrire. En attendant laissez-moi une review pour me dire ce que vous avez pensé du chapitre, vous savez à quel point j'adore ça *_*
Sur ce bonnes vacances et à la prochaine =)
Pauline^^
