\!/ Je reposte la version corrigée et commentée par ma Béta Yoro ^^ Merci à elle d'ailleurs \!/

Salut tout le monde !

Et non vous ne rêvez pas, cette fiction existe toujours malgré son ... léger retard... mais que dis-je ? SON ÉNORME RETARD ! *Pars se cacher dans les fins fonds du Pôle Nord*

Je tiens à m'excuser sincèrement pour avoir mis autant de temps à écrire ce chapitre, sérieusement je pourrais vous sortir des tas d'excuses, mais je doute que mes problèmes personnels soient le sujet du jour xD

Je précise quand même que beaucoup d'évènements me sont tombés dessus récemment (pas des plus heureux), sans parler de mon manque d'inspiration. Non pas que je sois perdue avec cette fiction, je sais exactement où aller et j'ai prévu pas mal de choses ^^ mais disons que mettre toutes ces idées sur papier ben... c'est pas pareil =/ Et une chose que je refuse de faire, est de me forcer à écrire. Lorsque je vois toutes ces auteurs qui finissent par tout arrêter et abandonner car elles se retrouvent dépassées, écrivent uniquement par obligation et en oublient même d'écrire pour leur propre plaisir, je me dis que je n'ai pas du tout envie de leur ressembler. J'écris avant tout pour moi car ce n'est jamais bon de se forcer à faire quelque chose. Mais soyez sûrs d'une chose, c'est que même si je tarde à poster (ce que je ne souhaite vraiment pas), je n'abandonne pas pour autant mes fictions. J'ai toujours été du genre à finir ce que j'ai commencé et donc, je continuerai cette fiction, même si tous mes lecteurs ont déserté ^^

Normalement j'étais sensée poster ce chapitre la semaine dernière, mais avec cette histoire de plagiat, l'envie de finir ce chapitre m'a manqué et j'ai dû prendre un peu plus de temps pour avoir à nouveau l'envie d'écrire.

Encore une fois désolée =(

Les excuses étant maintenant faites, passons aux remerciements ^^

.

Merci aux anonymes :

awat: Je suis contente que ma fiction te plaise, malgré le thème de déjà vu comme tu dis. Mon Edward n'est pas très dark avec Bella ça c'est sûr, mais c'est plutôt pour son travail qu'il est assez sombre. Et puis tu verras par la suite qu'il a commis des actes pas très exemplaires... Enfin bon ça tu le sais déjà puisqu'il tue des gens à longueur de journées xD Effectivement je ne confirmerai pas ton hypothèse quant au sujet de la fille mystérieuse, mais je vais quand même te sortir la phrase que tout le monde déteste : Ton idée est très intéressante ^^ Encore merci pour ta review =)

lily-rose : C'est sûr qu'Edward va ramer un peu, la pauvre peut pas lui accorder sa confiance comme ça ^^ En revanche pour les baisers volés... je crains que tu ne doives attendre encore quelques chapitres... LOL merci pour ta review =)

Tara : Je te remercie beaucoup, je suis ravie que mes fictions te plaisent ^^ J'avoue que je ne mets pas régulièrement à jour cette fiction, mais non, je n'ai jamais envisagé à l'arrêter. Elle me prend seulement plus de temps car les points de vue sont plus complexes et l'histoire est plus difficile à écrire. Excès de Vitesse me vient plus facilement et naturellement que celle-ci, ça arrive ^^ J'espère que le temps de postage ne t'empêchera pas de lire. Encore merci et bonne lecture =)

Merci aussi à :

BEA, shona, popo, la fille, PrincetonGirl818, TheJane15, Steephaniie, Kadopilou, Anykim, Lucy et Kiwi944

Et naturellement merci à toutes les inscrites à qui j'ai déjà répondu !


Petite pub personnelle : N'oubliez pas de participer au concours que j'organise avec Mzlle-Moon (The Opposed Passion Contest) , plus y a de participants mieux c'est =)

Et si vous avez le temps, allez lire notre fiction en commun : Beautiful Revenge (tous les liens sont sur mon profil).

...

Sans plus attendre, je vous laisse avec ce chapitre que j'imagine bien attendu ^^ J'espère qu'il vous plaira.

Bonne lecture =D


Chapitre 4 : Indifférence

Pov Bella

oO "No Good" Oo – Kate Voegele

Voilà au moins vingt bonnes minutes que je restais recroquevillée dans ce grand lit, encore incrédule face aux derniers évènements. Je n'aurais peut être pas dû lui parler comme ça. Qui sait de quoi il pouvait bien être capable. Il n'était pas du genre à aimer qu'on lui parle aussi méchamment que je l'avais fait. Quoi que, j'avais bien critiqué sa façon de cuisiner, et il n'avait rien dit. Je n'y étais d'ailleurs pas allée de main morte, je l'avais carrément qualifiée d'infecte. Je savais que ma réaction avant de m'en aller avait été excessive et démesurée. Après tout, juste avant il s'était comporté comme quelqu'un de gentil. Il ne m'avait pas crié dessus, ni ordonné de faire quoi que ce soit. Au contraire, on aurait dit qu'il avait vraiment essayé de faire des efforts pour ne pas m'effrayer et me mettre à l'aise.

Mais là était tout le problème justement.

Lorsque j'avais commencé à baisser ma garde et lui adresser la parole, j'ai commencé à apprécier le moment sans même m'en rendre compte. Je lui avais parlé, et j'avais même ri en oubliant complètement de qui il s'agissait, comme si nous avions été deux personnes… normales. Sur le coup je n'avais pas réalisé ce que j'étais en train de faire. Il m'avait donné l'impression d'être une bonne personne, un homme tout ce qu'il y a de plus d'ordinaire. Mais heureusement ma conscience ma rappelée à l'ordre à temps, me signalant que ce que je faisais, discuter avec lui comme si tout allait bien, n'était pas une bonne chose. Pas bonne du tout, même. Au moment où je l'ai vu attraper cet immense couteau de cuisine, capable de me trancher la tête ou me transpercer le cœur en une fraction de seconde, j'ai vu rouge.

Je me suis rappelée que derrière cette facette gentille et intentionnée, se cachait un vrai monstre assassinant des personnes à longueur de journée. Le voir brandir un couteau de cette ampleur, m'a rappelé la veille, quand il avait brandi son arme, et qu'il n'avait pas hésité à tirer sur ce pauvre homme. Je me suis souvenue de qui il était, c'est-à-dire un tueur sans cœur et impitoyable, et de ce qu'il avait fait, à savoir me hurler dessus, me menacer, me kidnapper…

Non, je ne voulais pas apprécier un monstre tel que lui. Et je savais très bien que si je continuais à lui parler normalement, comme si de rien n'était, je finirais par voir en lui son côté humain et gentil, et j'en oublierais son côté immonde et dénué d'humanité. Il ne fallait pas que je me laisse avoir et que je perde le fil des priorités. Je ne pouvais pas discuter de la pluie et du beau temps, je ne pouvais pas rire avec lui, ou pire encore… que l'on devienne amis. C'était juste impensable, incongru, et surtout dénué de sens. Je soupirai, les genoux repliés contre ma poitrine, au milieu de ce lit si confortable. Je repensais malgré moi à ce qui m'avait fait quitter Phoenix. Parce que d'un certain côté, j'avais fait exactement la même chose ce soir, en me braquant et en venant me réfugier dans cette chambre. J'avais fui. Exactement comme j'avais fui à Phoenix.

Peut-être était-ce là mon problème. Je fuyais lorsque la réalité me devenait trop insupportable, ingérable et surtout hors de contrôle. Peut-être aurais-je dû rester là bas, à Phoenix, et affronter la réalité au lieu de la contourner. Et maintenant, Dieu me punissait pour avoir tourné le dos à ma vie aussi facilement et impunément. Il me punissait pour avoir agi de façon aussi immature et pour avoir refusé de faire face aux responsabilités. J'avais fui ma vie, et tout ça pourquoi ? Pour atterrir tout droit dans un cauchemar… Et ça je ne pouvais m'en prendre qu'à moi-même, me le reprocher qu'à moi. J'avais l'impression d'avoir trahi mes parents, de les avoir déshonorés, et j'avais honte de moi-même. Terriblement honte. Je pouvais qualifier cet Edward de monstre, mais d'un autre côté qui étais-je pour le juger ? Je n'étais pas mieux. Non, ne comparons pas nos deux situations, rien n'est pareil, ni un minimum comparable. Je n'avais assassiné personne moi, ni blessé quelqu'un. Tout ce que j'avais fait avait été de prendre la fuite pour oublier cette réalité si douloureuse qui me broyait le cœur, sans penser une seule seconde aux conséquences.

En même temps quel autre choix me restait-il ?

Je n'aurais jamais pu rester une seconde de plus là bas, sachant que plus rien ne m'attendait. Que serait-il advenu de moi après cela ? Comment ma vie avait-elle pu en une seconde se transformer en un gouffre de monstruosités toutes plus barbares les unes que les autres ?

Je n'avais pas eu le choix que de m'en aller, ça avait été une nécessité après… après ce qui s'était passé, ce qui était arrivé, ce que j'avais découvert(N/B : On peut toujours pas savoir ? Ok, je sors…)

Maman, Papa… Puissiez-vous un jour me pardonner.

Une larme se mit à couler le long de ma joue, à mesure que leurs visages apparaissaient dans mon esprit. Plus jamais je ne les reverrai, et c'est ce qui me faisait le plus mal. J'étais condamnée à rester ici, entre ces quatre murs qui m'oppressaient, me donnaient du mal à respirer tellement l'air me manquait ici. J'avais l'impression d'être nauséeuse, d'étouffer dans cet endroit morbide. Ma respiration me tenaillait, j'avais le sentiment qu'à tout moment, mon cœur allait lâcher, et que j'allais cesser de me battre contre ce monde répugnant à souhaits. D'accord, j'exagérais un tantinet lorsque je qualifiais cette chambre de morbide, dans la mesure où elle était tout ce qu'il y a de plus soft et classieuse, propre et rangée… Rien avoir avec l'idée que je me faisais de la chambre d'un assassin. Mais c'était le fait de savoir à qui elle appartenait, dans quel appartement je me trouvais, les circonstances dans lesquelles j'y séjournais…. Le fait de savoir que j'y étais retenue séquestrée, que je n'avais aucun moyen de m'échapper d'ici, au risque de me faire découper en rondelles, par lui ou par un autre comme lui.

Je secouai la tête avidement, me traitant mentalement de pire poisseuse qui existe sur Terre. J'avais seulement pris un stupide vol pour Chicago, et me voilà coincée dans le repaire d'un tueur. Quelles personnes au monde peuvent prétendre vivre la même chose ? Si seulement j'avais pris l'avion suivant, ou choisi une autre destination… Tout que je voulais était de m'éloigner le plus possible de l'Arizona, et que ça ne me coûte pas trop cher. Mais l'option tueur à gages et enlèvement n'était certainement pas prévue au programme, ni comprise dans l'achat du billet d'avion. Et bien sûr, aucun moyen d'échange ni de remboursement. Bonjour l'arnaque… (N/B : Franchement, elle peut arrêter de se plaindre, je veux bien échanger avec elle moi …)

Quoi qu'il en soit, je ne pouvais pas revenir en arrière ni changer le passé. Donc j'allais vite devoir m'habituer à cohabiter avec ce… ce monstre. Et si je voulais garder la tête sur les épaules et les idées claires, je ne devais pas une seule seconde baisser ma garde et me laisser attendrir, ni troublée par son côté humain, puisqu'apparemment il semble qu'il soit pourvu d'humanité quelque part. Je ne devais absolument pas perdre le fil des réalités et pour cela, il fallait que j'évite un maximum tout contact avec lui. Moins je le verrais et lui parlerais, mieux je me porterais. Ainsi je ne risquerais pas de lui porter la moindre affection, comme j'avais failli commencer à en éprouver tout à l'heure.

Comme s'il avait senti que je pensais à lui et qu'il avait voulu se rappeler à mon bon souvenir, j'entendis la porte de la chambre frapper soudainement. Je sursautai, et me reculai à l'extrémité du lit, encore plus que je ne l'étais déjà, jusqu'à ce que mon dos se retrouve collé contre le mur, mes jambes repliées sur moi le plus possible, tellement que ça me faisait mal, mon menton reposant sur mes genoux tremblants.

« Hum Bella ? »

Sa voix était hésitante, et à peine audible à travers la porte. Il devait surement faire attention à ne pas m'effrayer. Je secouai la tête pour m'extraire ces pensées de la tête. Être curieuse quant à ses intentions n'était certainement pas le meilleur moyen pour l'éviter et contrer les quelconques sentiments affectifs envers lui susceptibles de se créer sans que je ne le désire.

« Bella, tu veux bien ouvrir cette porte ? » Demanda-t-il d'une voix plus forte, sans toutefois faire preuve d'autorité.

Son attitude incertaine me déconcertait quelque peu. Il était capable de s'énerver et me hurler de lui ouvrir, je sais que je me serais exécutée sans hésiter. Mais non il préférait avoir recours à la douceur, pensant sans doute que ça marcherait et m'aiderait à me dérider. Je ne devais pas me laisser avoir… je ne devais pas l'affronter, j'avais peur d'être trop vulnérable en cet instant pour m'imposer des barrières, et ne pas détruire le mur que j'avais érigé.

« Écoute, je sais que tu ne veux pas me parler ni rien, mais j'ai besoin que tu ouvres cette porte. » Fit-il d'une voix à la fois lassée et suppliante. « S'il te plait. » Rajouta-t-il, comme s'il n'y était pas habitué.

Je secouai à nouveau la tête, comme s'il pouvait me voir derrière la porte. Je ne voulais pas le voir, je voulais rester seule, sans risquer d'abaisser ma garde. Un nouveau cognement à la porte se fit entendre.

« Bella ? » Entendis-je. « Je ne t'embêterai pas longtemps, je te le promets. Ouvre cette porte, ça ne sera pas long ensuite je te laisserai tranquille. » Sa voix ressemblait à une supplique, ce qui me décontenançait.

Je ne répondis pas, me contentant de rester immobile et silencieuse, priant pour qu'il finisse par abandonner et me laisser seule. J'avais besoin d'être seule. J'avais besoin d'oublier… Un silence derrière la porte se fit, avant d'être rompu par un soupir de sa part, d'exaspération ou d'impatience, je l'ignorais.

« Comme tu voudras. » Marmonna-t-il soudainement, comme résigné.

Les secondes défilèrent, et aucun bruit ne perturba mon silence. Il avait dû renoncer et rendre les armes, puisqu'il ne se manifestait plus. Je soupirai enfin de soulagement, heureuse qu'il m'ait laissée tranquille.

Ce que je n'avais pas prévu, fût la seconde porte de la chambre s'ouvrant à la volée et lui, face à moi, me regardant avec impassibilité en entrant dans la chambre.

Ma respiration cessa subitement, mon cœur émit un raté, ma bouche s'entrouvrit et la panique s'insuffla rapidement à l'intérieur de mon organisme, me laissant avec un terrible sentiment d'apeurement et de crainte, qui me nouait le ventre et me faisait frissonner de frayeur. Mes membres se mirent à trembler, mes genoux claquaient l'un contre l'autre et je baissai la tête vers ces derniers le plus possible, ayant recours à tous les efforts du monde pour ne pas relever le regard vers lui et le regarder. Une chose que je devais admettre malgré moi et qui ne me plaisait pas du tout, était que son visage me fascinait à un tel point que j'avais peur de plonger mon regard dans le sien, de peur de me retrouver consumée. Il avait des yeux tellement profonds que c'en était déroutant. Et je savais que lorsque je me mettais à le dévisager, je perdais ma crédibilité et mes barrières s'amenuisaient. C'est ce qui s'était produit ce soir, je l'avais laissé m'atteindre et cela ne devait en aucun cas se reproduire. Garder la tête baissée, voilà ce que je devais faire.

« T'as oublié que la chambre donnait sur la salle de bain. » Me fit-il remarquer d'une voix presque… amusée. Bien décidée à l'ignorer, je m'évertuai à garder ma tête baissée vers mes genoux et à ne pas lui répondre le moindre mot.

Je sursautai puissamment, lorsque je sentis un poids s'affaisser brusquement sur le lit, comme quelque chose qu'on avait violemment jeté. Je fus dans l'obligation de soulever la tête de mes genoux, pour voir de quoi il s'agissait. Je fronçai les sourcils lorsque je découvris devant moi un carton de pizza posé sur le lit.

« Je me suis résolu à commander des pizzas après que tu sois partie t'enfermer. » Déclara-t-il d'une voix dénuée d'émotion, si bien qu'il était impossible pour moi d'identifier ses pensées.

Je fus dans l'obligation de laisser mes résolutions au placard l'espace d'un instant et de lever la tête vers lui, trop curieuse et troublée par son geste. Erreur monumentale puisque mon regard croisa ses prunelles vertes, assombries mais néanmoins flamboyantes et étincelantes, me faisant entrouvrir la bouche et me coupant la respiration. J'en arrêtai de respirer, momentanément éblouie par son visage et ses traits toutefois inexpressifs. La seule émotion que l'on pouvait discerner dans ses yeux, était de l'amertume. Il devait surement être désolé de m'effrayer autant, je ne voyais que cette raison pour expliquer la contrariété qui l'habitait. Je me sentis soudainement mal et coupable d'avoir réagi de cette façon, de manière aussi impulsive tout à l'heure et de lui avoir parlé comme je l'ai fait. Il essayait de faire des efforts alors que ce n'était pas du tout dans ses habitudes – c'était évident – et moi je gâchais tout. Et voilà, je me retrouve encore une fois en train d'abaisser ma garde et de le considérer comme un être humain ordinaire, gentil, dont il faudrait éprouver de la compassion. Je n'avais pas à montrer de l'indulgence envers lui, c'était contre nature. Il fallait absolument que j'arrête de le regarder, et même de penser à lui, si je ne voulais pas éprouver la moindre clémence pour lui. Comme s'il avait deviné mes pensées, il ouvrit la bouche pour parler, d'une voix calme et toujours impassible.

« Je ne m'attends pas à ce que tu acceptes de me parler. J'essayais simplement d'améliorer ta nouvelle condition de vie, puisque désormais tu es coincée ici. Tu prendras la chambre, je dormirai sur mon sofa jusqu'à ce que… je trouve une solution à tout ça. »

Il avait murmuré la fin de sa phrase avec une morosité feinte. Je me contentai d'hocher la tête, ne sachant quoi faire d'autre, et rabaissai ma tête vers mes genoux afin de ne plus être déconcentrée et de tenir mes résolutions de rester la plus éloignée de lui possible.

« Bon je te souhaite une bonne nuit et… et bon appétit aussi. » Marmonna-t-il avec embarras.

J'aurais pu être touchée par cette gêne et son incommodité, mais je me le refusais. Hors de question que je me laisse éprouver la moindre chose favorable envers lui, peu importe à quel point la cohabitation pourrait être difficile avec toutes les limites que je m'imposais. Me voyant plongée dans un mutisme imperturbable, il se détourna et sortit de la chambre en refermant la porte de la salle de bain sur son passage.

Une main se posa alors à plat sur ma poitrine, à l'endroit même où mon cœur se remettait à battre à faible allure. Je fermai les yeux et inspirai profondément, en proie au désespoir d'un jour m'extirper de cet Enfer dans lequel j'étais indéfiniment prisonnière. Je savais ce qu'il me restait à faire, malgré la difficulté que ça me couterait. Ignorer sa présence, faire comme s'il n'existait pas, oublier même qu'il existe et que je me trouve dans son domaine. Ne pas se laisser attendrir ni affaiblir par le coté humain qu'il pouvait posséder. Quelque chose me disait que j'allais avoir énormément de mal à tenir cette résolution…

...

Pov Edward

Je soufflai dans le but de contenir mon énervement, et me détendis en enclenchant la troisième vitesse. J'adorais ma voiture, c'était un fait. Elle m'apaisait lorsque je n'étais pas d'humeur, comme c'était le cas en ce moment même. Rouler vite me calmait, les sièges en cuir étaient si confortables que je pouvais même piquer une sieste en m'avachissant dessus, si je n'étais pas en train de conduire. La raison de mon état d'énervement était sans aucun doute due à cette matinée et cette soirée pour le moins… gâchée. J'avais fait tout mon possible pour la faire sortir de son cocon bien gardé, mais je n'y étais pas parvenu. Ce matin j'avais frappé à sa porte, elle n'avait pas répondu, elle ne m'avait pas décoché un seul mot. Alors j'étais parti, la laissant seule puisque c'était ce qu'elle voulait. Il fallait se rendre à l'évidence, Isabella Swan n'était pas prête à accepter son destin, ni à affronter la vie.

Il allait bien falloir qu'elle le fasse un jour. Rester dans son mutisme et refuser d'aller de l'avant n'était pas une solution, mais plutôt une preuve de déni et surtout un manque de courage. Je secouai la tête, me fustigeant mentalement. Je pouvais parler et donner des leçons, mais dans le fond je n'étais pas du tout le mieux placé pour ça. Parce que quand j'y réfléchissais bien, cela doit bien faire plus de sept ans que je stagne et refuse d'avancer moi aussi. Tout ce que j'ai fait aura été de mettre mes sentiments et mes états d'âme de coté, de les enfermer dans un coin de ma tête et de me contenter à ne rien plus rien éprouver. Sans parler de mon « travail » qui n'était pas vraiment un exemple ni une qualité. De toute façon, je n'avais pas le choix alors pourquoi perdre mon temps à y songer ? Je n'avais jamais eu le choix de bosser pour Aro et d'ôter de nombreuses vies, on me l'avait imposé. Et maintenant j'étais pris dans l'engrenage, incapable de m'en extraire.

Je me garai devant la maison d'Emmett et Rosalie et klaxonnai un bon coup pour témoigner mon arrivée. Une chose que je devais bien admettre dans ce boulot de merde, était qu'on était bien rémunéré, ce qui fait que l'on ne manquait pas de moyens, voilà pourquoi Emmett qui autrefois avait tant galéré, se retrouvait avec une belle maison dans un quartier bien tranquille, en compagnie de sa charmante et agaçante épouse. Quant à moi, je n'étais pas non plus à plaindre, vu le super appartement en plein centre ville dont j'étais doté. Emmett ouvrit la portière coté passager et s'engouffra dans l'habitacle, prenant soin d'attacher sa ceinture pour une fois.

« Rosie m'a raconté qu'elle adorait ta nouvelle coloc. » Salua-t-il avec un sourire amusé sur les lèvres. Je levai les yeux au ciel.

« Ce n'est pas ma colocataire. » Maugréai-je. Il éclata de rire.

« Elle est quoi dans ce cas ? Ta prisonnière ? Parce que ça n'en a pas l'air. Parait que tu lui as carrément refilé ton lit. » Je soupirai d'exaspération mais ne réfutai pas.

« Faut bien qu'elle dorme quelque part. Et bonjour à toi aussi. » Ironisai-je.

« Quoi qu'il en soit, cette Bella est devenue la nouvelle meilleure amie de ma femme, alors tu ne peux plus la tuer. » Consentit-il. Je roulai des yeux, légèrement amusé tout en démarrant la voiture en direction du QG.

« J'en avais pas l'intention. » Marmonnai-je. « Toi en revanche, t'étais plutôt du même avis que Black. » Lui rappelai-je. Il haussa les épaules de façon désinvolte.

« C'était avant qu'elle fasse la rencontre de Rosalie. Maintenant je suis coincé, j'ai pas le choix si je ne veux pas passer un sale quart d'heure. » Se défendit-il.

« Donc si je comprends bien, ta vie dépend de celle de Bella, c'est bien ça ? » Fis-je avec un sourire sur les lèvres.

« C'est à peu près ça. » Ronchonna-t-il, se renfonçant dans son siège.

« Sois rassuré, malgré le fait qu'elle m'exaspère et m'énerve au plus au point, j'ai toujours l'intention de la garder en vie. » Conclus-je en soupirant.

« Je ne comprends toujours pas pourquoi d'ailleurs. » Me fit-il remarquer, suspicieux.

« Moi non plus. » Répondis-je acerbe, mettant fin à la discussion.

Le trajet se fit dans le silence le plus complet, chacun appréhendant peu à peu ce qui allait suivre. Une chose était sûre, l'incident d'hier n'allait pas du tout plaire à Aro et qui sait comment il va réagir et se comporter. Emmett et moi sommes dans de beaux draps si la police a réussi à nous identifier. Et puis il allait falloir que l'on se bouge le cul pour trouver ce foutu indic rapidement. Je me garai devant le club de striptease d'Aro et Emmett et moi descendîmes du véhicule avec la peur au ventre. Nous débouchâmes vers l'arrière du club et eûmes la surprise de trouver un bon nombre de la garde rapprochée d'Aro dans son bureau. Felix, James, Paul, Sam, Benjamin, Jacob, Garrett, Alec, Jared… quasiment tout le monde était là, hormis ceux qui étaient encore en mission. Et lorsque nous entrâmes dans la pièce, nous pûmes constater qu'ils étaient tous en plein débat animé, voire en pleine révolte.

« Comment ça on a un poulet ? » S'énerva Paul, apparemment pas de bonne humeur. « Putain pas encore ! J'en ai ras le cul Aro, tu m'entends ? »

« C'est le jeu mon cher Paul. » S'exclama Aro, assis sur son traditionnel fauteuil en cuir, fumant son traditionnel cigare, ses traditionnelles lunettes noires sur le visage. « Je ne serais pas Aro Volturi si les flics n'essayaient pas d'avoir ma peau et de s'infiltrer dans mon réseau. »

« Qu'est-ce qui se passe ? » Demandai-je à Felix, étonné de tout ce grabuge.

« Aro a appris par Jacob ce qui vous était arrivé hier et il est en train d'en parler à tout le monde. »

« Black était sensé tenir sa langue jusqu'à notre arrivée. » Maugréa Emmett.

« Ne me dis pas que ça t'étonne. » Soupirai-je en levant les yeux au ciel.

« Alors qu'est-ce qui va se passer ? » S'impatienta James. « Tu vas encore nous surveiller vingt quatre heures sur vingt quatre jusqu'à ce que l'indic soit découvert ? »

« Pourquoi tu te plains Jimmy ? » Ironisa Garrett en haussant un sourcil suggestif. « T'as peur qu'on découvre que c'est toi l'enfoiré de poulet ? » James le toisa sévèrement.

« Appelle moi encore une fois Jimmy et je te fais sauter la cervelle. » Menaça-t-il en sortant son arme de sa poche et en la pointant sur Garrett avec zèle.

« Du calme ! » Rappela Aro à l'ordre. « Pas de mort dans mon bureau. »

« Pourtant si on tuait James, ça ferait un cafard de moins. » Susurra Garrett avec venin.

« Ouais, c'est clair. » Affirmèrent la plupart des personnes présentes. James enragea.

« Évite de me chercher, surtout quand je pointe un flingue au dessus de ta tête. »

« Techniquement, c'est en face de ma tête, pas au-dessus espèce de trou du cul. » Rétorqua Garrett.

« Bon ça suffit les enfantillages ! » Clama Sam impatient. « On a un vrai problème à résoudre, je vous signale. »

« Et pourquoi pas Jacon ? » Suggéra Jared. « C'est notre dernière recrue. »

« Je t'interdis de m'appeler Jacon ! » Protesta Jacob remonté. Jared le toisa amusé.

« Voyez-vous ça, le petit se rebelle… » Fredonna-t-il. « Si t'aimes pas ce surnom, on peut aussi t'appeler Jacouilles. » Sourit-il en haussant les épaules.

« Pour ça il faudrait déjà qu'il en ait. » Insinua Paul, l'air de rien.

« La ferme ! » Tempéra Black, apparemment vexé, tandis que beaucoup pouffaient.

« Non mais c'est pas bientôt fini ? ! » S'écria Aro subitement en se levant de son fauteuil. « Je vous parle d'un indic et vous, tout ce que vous faites c'est vous énerver à propos de fichus surnoms ? J'en ai strictement rien à foutre de comment vous vous appelez ! Non mais regardez-moi ça ! On dirait une bande de collégiennes ! Vous voulez pas aussi parler de vos fringues et de vos collants bas-résilles ? ! » Cingla-t-il en prenant tout le monde de court.

Il avait toujours détesté élever la voix et tout le monde savait que lorsqu'il montait sur ses grands cheveux, en général il n'hésitait pas à dégainer son pistolet et à tirer sur le premier venu pour se défouler. Voilà pourquoi tout le monde se taisait lorsqu'il se levait de son fauteuil comme dans le cas présent, et lorsqu'il perdait son sang froid.

« Pardon patron. » S'excusèrent Jacob, James, Jared, Paul et Garrett, tous penauds.

Aro les toisa méchamment, se calmant peu à peu.

« Cela dit Paul, c'était bien envoyé. » Le gratifia-t-il avec un clin d'œil. Jacob réprima un grognement tandis que Paul souriait fièrement, et que James se résignait enfin à ranger son arme. (N/B : Bien dit Aro, pour une fois je l'aime bien^^)

« Bien alors qu'est-ce qu'on fait ? » Demanda Alec qui jusqu'ici, n'avait encore pas dit un mot.

« C'est très simple. » Répondit Aro. « J'ai chargé Masen et McCarthy de le démasquer. »

Toutes les têtes se tournèrent vers nous avec effarement, et un silence de plomb se fit dans la pièce.

« Attends une minute. » Interrompit James, qui ne semblait pas très satisfait de ce qu'il entendait. « T'es en train de dire que je vais me faire surveiller par ces connards ? ! » Beugla-t-il.

« Fais gaffe à ce que tu dis Jim ! » Ragea Emmett. « J'aime rarement qu'on me traite de connard. »

« Et qu'est-ce que tu vas faire ? » S'exclama James faussement. « Me liquider ? Tu seras bien trop bourré pour viser droit. » Provoqua-t-il.

« Enfoiré ! » Jura Emmett en sortant son arme avec aplomb, pour la pointer droit sur James.

« Ben vas-y, tire. » Fit ce dernier en arquant un sourcil. « Oublie pas de reprendre un verre de whisky avant. »

« Je suis d'accord avec James, Je veux pas me faire surveiller par un alcolo. » Fit remarquer Paul.

« T'en fais pas pour ça. » Railla Emmett avec des yeux foudroyants. « Tu seras déjà mort avant. »

« J'en suis pas si sûr. » Répondit Paul en pointant à son tour son arme sur Emmett.

« Range ton arme tout de suite ! » Ordonnai-je en sortant la mienne à mon tour, la pointant sur Paul avec empressement. Une chose que j'avais toujours prônée : La loyauté.

« Sinon quoi ? » Lâcha Paul en me regardant avec dégout. « Tu vas me tuer ? »

« Ça se pourrait bien… » Susurrai-je haineusement.

« Qu'est-ce que j'ai dit ? ! » Tonna Aro. « Pas de mort dans mon bureau ! Pour l'amour du ciel, baissez vos armes tout de suite ! »

« Si tu crois que tu me fais peur, t'es peut être le plus craint et estimé, mais ça veut pas dire que t'es le plus fort. » Persiffla Paul, ignorant l'ordre d'Aro au passage.

« Tu parles, il est même pas capable de tuer une gamine. » Fit remarquer Jacob avec sarcasmes, me coupant le souffle. (N/B : Putain la boulette…)

Un silence se fit, tandis que je tournai la tête vers lui incrédule, la bouche entrouverte sous le coup du choc. Emmett écarquilla les yeux, et tout le monde se retourna vers moi, Aro y compris. La panique commença à s'insuffler à l'intérieur de moi peu à peu. Mes poils de bras se hérissèrent, mon corps frémit imperceptiblement, les battements de mon cœur s'étaient arrêtés. Jacob avait lui aussi la bouche ouverte, réalisant la boulette qu'il venait de commettre. Je pouvais voir l'éclat d'apeurement dans ses pupilles, alors que mon regard à moi était noir et dénué de clémence. Un léger coup d'œil vers Emmett m'indiqua qu'il était lui aussi affolé intérieurement, de savoir que ce blaireau avait osé me balancer sans le faire exprès. À cet instant, je n'avais envie que d'une chose, démembrer ce sale clébard et lui arracher les dents pour m'en faire un collier, avant de le brûler jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'un vieux tas de cendres.

« De quoi est-ce qu'il parle ? » S'enquit Aro sceptique.

Je quittai Black des yeux et me tournai vers le boss, tout le monde étant silencieux et attendant ce qui allait suivre. Il me fallait inventer un mensonge, un bobard et vite.

« Rien du tout. » Interrompit alors Emmett avec une crainte dissimulée dans la voix. « Je crois que le petit a mangé trop de Lion ce matin pour réaliser qu'il avait provoqué le vétéran. »

Jacob me regarda terrifié, avant d'hocher la tête silencieusement en déglutissant.

« Oui je… j'essayais juste de le provoquer. » Bredouilla-t-il pour se rattraper.

« Black, t'es carrément mort ! » S'exclama Garrett hilare.

« Le pauvre, il est novice et il veut déjà s'attaquer au plus grand. » Enchaîna Benjamin avec amusement.

Certains se mirent à rire, pendant que j'essayais de montrer un visage impassible, afin de dissimuler le soulagement qui me submergeait. Durant une minute, mon cœur s'était arrêté de battre et j'avais cru que c'était la fin. Jacob ne s'était pas rendu compte de la gaffe qu'il avait faite, il ne s'était pas rendu compte que cette gaffe aurait pu nous coûter la vie. Il me regardait d'ailleurs avec culpabilité et anxiété. Il savait que je ne comptais pas le laisser s'en tirer comme ça, que j'allais lui faire payer. Il allait mordre la poussière, ça c'était certain. De toute façon je n'avais pas le choix, ce n'était pas uniquement pour me venger de cet affront, mais c'était aussi pour sauver les apparences devant tout le monde. Tous s'attendaient à ce que je sois offensé d'avoir été provoqué de la sorte et à ce que je cherche à lui faire passer l'envie de recommencer. J'étais même sûr qu'ils voudraient tous assister au moment où je le massacrerais et lui rendrais la monnaie de sa pièce. Pour tout le monde ici, j'étais Edward Masen, le favori d'Aro et également son meilleur élément, ce qui faisait de moi le plus respecté. Personne ne prenait habituellement le risque de me défier. J'avais le droit de tuer qui je voulais, j'étais intouchable. Et surtout, tout le monde m'obéissait au doigt et à l'œil, s'il ne voulait pas avoir de problèmes avec le patron. Voilà pourquoi le fait que Jacob m'ait attaqué personnellement était un évènement hors norme, et qu'on attendait de moi une punition exemplaire. En temps normal, je lui aurais déjà fracassé le crane pour m'avoir sous estimé de la sorte, car j'étais rapidement susceptible lorsqu'on m'offensait ouvertement. Mais là j'étais beaucoup trop secoué intérieurement par la boulette de Jacob, que j'avais du mal à songer un tant soit peu à ma dignité et à mon honneur pour en tenir compte.

« Si seulement il savait… » Soupira Aro avec amusement. « Edward a fait bien pire que tuer une gamine, n'est-ce pas mon ami ? » Fit-il avec insinuation et légèreté.

Je me fronçai les sourcils et me tendis, prenant le visage le plus impassible qui soit. Je ne voulais pas répondre à ça, en vérité j'étais encore trop abasourdi pour faire comme si de rien n'était et me vanter des horreurs que j'avais commises par le passé. Heureusement qu'Aro avait une confiance aveugle en moi et en mon instinct meurtrier, pour ne pas croire une seconde que je puisse être incapable de liquider une jeune fille. J'étais à peu près certain que même si Jacob lui parlait de ce qu'il s'était passé le soir du meurtre d'Eric Yorkie, Aro croirait à une bonne blague et éclaterait de rire, ce qui me rassurait un peu.

« J-je… excusez-moi. » Bafouilla Jacob honteusement, soit pour avoir failli me balancer, soit pour m'avoir provoqué.

« Ce n'est pas grave mon garçon ! » S'exclama Aro avec entrain en lui donnant une tape dans le dos. « Tu es novice, je suis sûr qu'Edward pourra se montrer clément avec toi, pas vrai Masen ? » Je soupirai et abaissai mon arme que j'avais pointée envers Paul, en voyant que tout le monde avait baissé la sienne.

« Je verrai. » Répondis-je comme si de rien n'était, affichant un masque indéchiffrable.

Même si je me fichais de l'offense que Jacob venait de me faire, il ne faisait aucun doute quant au fait que je n'allais pas me priver de lui donner une bonne correction afin de lui apprendre à tenir sa langue. Mes poings me démangeaient…

« Pour en revenir à l'indic… » Coupa alors Felix. « On va vraiment tous être sous la surveillance de ces deux là ? » S'indigna-t-il en nous désignant du doigt, Emmett et moi.

« Pas toi mon cher neveu. » Le rassura aussitôt le patron. « Ça coule de source que tu n'as rien avoir avec tout ça. »

« Et qui nous dit que l'indic ne se trouve pas parmi eux deux ? » Râla Alec.

« Ne vas pas trop loin. » Prévint Emmett. « Me traiter de flic, c'est la pire insulte que tu pourrais me faire. »

Alec le fixa suspicieusement, pas du tout enclin à coopérer avec la décision d'Aro.

« Ça suffit ! » Clama Aro. « De toute façon c'est moi qui décide ici. Et ces deux là sont les seuls en qui j'ai réellement confiance pour savoir qu'ils sont hors de tout soupçon. Donc ils s'occuperont de me dénicher cette pourriture d'indic à ma place, que vous le vouliez ou non c'est comme ça que ça se passera. »

« Pourquoi c'est pas toi qui t'en occupes comme d'habitude ? » S'enquit Benjamin, apparemment ennuyé. Il ne devait surement pas apprécier de se faire surveiller par deux de ses coéquipiers.

« Pour la simple et unique raison que j'ai pas que ça à foutre de vous chaperonner. » Ironisa le boss.

« Moi je suis pas d'accord ! » Protesta Jared. « J'ai passé l'âge de me faire materner ! » ( N/B : Pourtant en vous regardant on se croirait à la maternelle…)

« C'est clair qu'on n'est plus des gosses. » Argumenta Paul.

« Pourtant quand on vous voit on dirait pas. » Fit remarquer Sam avec sarcasmes.

« Ferme-là Uley, si tu veux pas que je te fasse bouffer tes dents. » Incendia Paul avec colère.

« Qui que ce soit on le trouvera. » Interrompis-je afin de stopper une nouvelle querelle qui était susceptible de se former. « Je suis déjà à peu près certain que l'indic se trouve dans cette pièce. » Déclarai-je finalement.

Toutes les personnes présentes se turent et regardèrent autour d'elle, ébahies. Même Emmett semblait perdu et étonné de ce que je venais de dire.

« Qu'est-ce qui te fait penser ça ? » S'enquit Garrett.

« Ça pue le flic à plein nez. » Marmonnai-je en haussant les épaules avec désinvolture, comme si c'était une preuve suffisante.

« Attends de voir tout le monde. » Proposa Jared. « Les filles ne sont pas encore rentrées. »

« Victoria et Renata avaient un contrat à Singapour. » Apprit James.

« Et Jane revient de Floride demain. » Annonça Alec.

« Il manque encore Lucy et Heidi. Elles sont parties hier soir. » Informa Aro. « Il y a aussi plusieurs hommes, mais je vais passer le message à tout le monde par téléphone. Putain si mon indic est l'un d'entre vous, ça va saigner. » Siffla-t-il d'une voix tranchante.

« Est-ce qu'on peut y aller maintenant ? » Souffla Paul ennuyé. « Parce que là je me fais chier. »

« Allez-y, je n'ai plus besoin de vous. Pas de boulot aujourd'hui, c'est jour de repos. »

La plupart des personnes s'enthousiasmèrent et s'extirpèrent heureuses hors du bureau, sans aucun doute dans le but de profiter pleinement des stripteaseuses qui se trémoussaient honteusement à l'avant du club. J'avais les yeux rivés sur Jacob, exprimant toute ma haine et ma rage contenue. Ce dernier n'osait pas soutenir mon regard, trop apeuré et effrayé pour m'affronter. Emmett me tira par le bras, m'incitant à déguerpir de ce bureau qui suintait la fumée de cigare. Je toisai Jacob une dernière fois, lui montrant que je ne comptais pas en rester là, avant de suivre Emmett hors de la pièce. Nous traçâmes rapidement, ignorant Laurent le barman, ainsi que les danseuses sur le podium, jusqu'à l'extérieur du club, nous éloignant suffisamment pour que personne ne puisse nous voir ni nous entendre. Une fois hors de danger, nous soupirâmes tous les deux de soulagement.

« Putain on l'a échappé belle. » S'exclama Emmett. « J'ai bien cru qu'il nous avait mis dans de sales draps. »

« Quand je te dis que ce mec est dangereux. » Plaisantai-je. « Il a failli nous faire tuer. »

« Dangereux par sa bêtise et ses boulettes constantes. » Rigola-t-il. « Qui l'aurait cru ? »

« Parfois les plus dangereux sont les plus inoffensifs. » Récitai-je de façon théâtrale.

Il s'esclaffa, tandis que je regardais aux alentours pour voir si personne n'était là.

« Sérieusement Edward, il faudrait pas qu'une connerie comme ça se réitère. » Lança Emmett, reprenant tout à coup son sérieux.

« C'est pas à moi qu'il faut dire ça. » Marmonnai-je.

« Tu sais, je doute que tu puisses cacher cette filles aux yeux d'Aro très longtemps. » Souleva-t-il. Je fronçai les sourcils, mitigé.

« Je n'ai pas le choix. Je ne peux pas la laisser partir Emmett. »

« Je sais bien mais… dans tous les cas cette jeune fille est condamnée. Tu le sais ça ? » Fit-il remarquer. Je détournai les yeux, mal à l'aise.

« Oui je le sais. » Murmurai-je avec embarras et déception. « Mais je tiens tout de même à la préserver le plus longtemps possible. » Emmett me regarda suspicieusement.

« Edward je crois savoir pourquoi tu fais ça, et crois-moi tu as tout faux. »

Je me tendis, comprenant soudainement où il voulait en venir. Mes yeux s'assombrirent et toute trace d'amusement dans mon regard s'évapora à la minute même. Je le fixai avec des yeux durs et noirs, la colère me montant petit à petit. Il avait tort, mes raisons de garder Bella en vie n'avaient rien avoir avec ce qu'il pensait.

« Tu ne sais rien du tout. » Conclus-je sombrement, la voix sèche et dénuée de sentiment. Emmett me regarda, étonné par ma réaction.

« Écoute… » Tenta-t-il avec inquiétude. Il ouvrit la bouche pour parler mais son regard dériva derrière moi et il fût distrait. « C'est pas Jacob là bas ? » S'étonna-t-il, me prenant au dépourvu.

Je me retournai pour regarder dans la même direction que lui et reconnus sans mal cet imbécile d'indien qui marchait au loin. Aussitôt ma colère l'emporta et je ne pus me retenir plus longtemps.

« Black ! » Hurlai-je alors en sa direction, en me dirigeant vers lui d'un pas remonté.

Je vis le corps de Jacob se raidir et se figer, avant de se tourner vers moi avec appréhension. J'avançai vers lui rapidement, alors qu'il commençait à trembler d'affolement. Dès lors où je fus proche de lui, mon poing trouva sa joue et se permit de la cogner avec virulence. J'y avais mis tellement de force, qu'il tomba directement à terre. En même temps j'étais trop énervé pour l'épargner. Il toussa pendant que je secouais mon poignet.

« T'es vraiment une putain d'ordure ! » Incendiai-je avant de lui foutre un coup de pied dans l'estomac avec force. Il gémit lourdement. « J'aurais dû te laisser crever au port, au lieu de te sauver la vie. » Crachai-je.

« J-je suis désolé. » Bégaya-t-il, allongé au sol. « Je ne l'ai pas fait exprès, je ne pensais pas qu'on m'entendrait, je te jure que je ne voulais pas… »

Je soupirai et me pinçai l'arête du nez. Personnellement, je me trouvais vraiment gentil à l'heure qu'il était pour ne pas le frapper plus encore, mais à vrai dire, j'avais plutôt pitié de lui à ce moment là. Encore un peu et il allait se mettre à me supplier de ne pas le massacrer.

« T'es au courant que t'as failli tous nous tuer ? » Rétorquai-je avec rage. « T'es pire qu'inconscient, ma parole ! Il faut que tu oublies cette fille une bonne fois pour toutes. »

« Je ne peux pas l'oublier. » Murmura-t-il piteusement. « Elle nous met en danger. Il faut en finir au plus vite avec elle. »

Ma respiration s'accéléra et j'eus extrêmement de mal à me contenir. Pris d'un élan de fureur, je sortis mon revolver et le pointai droit sur lui, le chargeant pour l'effrayer, ce qui ne rata pas.

« Je ne sais vraiment pas ce qui me retient de te descendre. » Susurrai-je avec une voix venimeuse.

« N-non… » Commença-t-il à pleurnicher. « S'il te plait… »

« Oublie cette fille, bon Dieu de merde ! » Hurlai-je d'une voix féroce, faisant s'envoler les oiseaux aux alentours.

J'entendis Jacob chuchoter des paroles que je compris être des prières. J'avais l'impression de rêver. Ce con se mettait à prier. Il priait ! Il fallait que quelqu'un lui dise que Dieu n'existe pas, que tous ces trucs ne sont que des tissus de conneries destinées à nous berner et à nous prendre pour des imbéciles. J'avais cru en Dieu il fut un temps, mais aujourd'hui c'était de l'histoire ancienne, je savais que je ne ferais plus jamais la même erreur.

« Edward, laisse-le. » Interrompit alors une voix familière.

Je me retournai pour voir Sam, aux côtés d'Emmett qui nous regardaient avec inquiétude.

« Il a raison. » Intervint Emmett. « Ça ne sert à rien de le descendre, surtout ici. »

« Ce n'est qu'un gamin Edward. » Tempéra Sam. « Tu ne vas pas le tuer à cause d'une petite provocation ridicule ? »

Je roulai des yeux, mais ne réfutai pas. Après tout il ne connaissait pas les véritables raisons qui me poussaient à le dégommer, il pensait surement que je lui en voulais de m'avoir cherché. D'ailleurs je me demandais ce qu'il pouvait bien faire là.

« Tu n'es pas au club, en train de bander devant les stripteaseuses comme tous les autres ? » Répliquai-je sans détourner mon regard de Jacob au sol qui était toujours dans ses prières.

« C'est moi qui l'ai appelé. » Apprit Emmett. « Comme je ne me sentais pas capable de t'empêcher de zigouiller ce couillon, je me suis dit que j'allais demander à quelqu'un d'autre. »

Je soupirai en abaissant mon arme à contre cœur.

« Je ne comptais pas le tuer. » Maugréai-je. « Juste lui faire peur. »

« Bah c'est réussi ! » S'exclama Emmett. « Regarde-le qui arrête pas de trembler. Il est même en train de chialer. » Rit-il tandis que Jacob se relevait douloureusement, trébuchant quelques fois, les yeux larmoyants.

« Merci mon Dieu… » Murmurait-il de façon pitoyable. Je me surpris à sourire.

« Dieu ici c'est moi. » Lâchai-je avec dégout. « C'est moi qui t'ai épargné, donc c'est moi que tu dois remercier. » Lui fis-je remarquer.

Il releva la tête vers moi, quelques larmes s'échappant de ses yeux sous le coup de la peur. Pourtant dans le fond de son regard, c'était surtout de la détermination et du mépris que je vis. Beaucoup de mépris, et même de la rancœur.

« Je vais me venger Masen. » Déclara-t-il. « T'aurais jamais dû pointer une arme sur moi. »

Je me retins de ne pas éclater de rire devant une telle menace.

« Retourne dans ta cour de récré et viens pas jouer sur le terrain des grands. » Ripostai-je amusé par son ton qui était sensé être… menaçant.

« Bon je l'emmène. » Annonça Sam, voulant sans doute calmer le jeu. « Aro ne serait pas content d'avoir un mort près de son club. » Fit-il remarquer en allant prendre Jacob par le bras.

Ce dernier se laissa faire, non sans se retourner vers moi, et me montrer la détermination et le sérieux qui ornaient ses pupilles d'encre noire, ce qui me décontenança légèrement. Sam l'emmena rapidement, désirant sans doute l'éloigner de moi le plus possible. Emmett et moi nous retrouvâmes alors seuls, et celui-ci vint taper sur mon épaule.

« Il avait vraiment l'air bizarre avant de partir. » Fit-il remarquer. J'hochai la tête en soupirant.

« Il n'abandonnera pas la fille. » Conclus-je sombrement.

Emmett ne répondit pas, se contentant de rester silencieux, et je compris qu'il pensait la même chose. Jacob avait quelque chose dans la tête, d'après ses dires, il essaierait de se venger. D'un certain coté, je trouvais cela extrêmement amusant, mais mon instinct me disait qu'il préparait un mauvais coup, et que je devais rester sur mes gardes. Je n'étais peut être pas au bout de mes peines avec lui.

« Viens Edward, je t'emmène bouffer un truc. » Décida Emmett subitement. Je secouai la tête pour oublier les pensées que je venais d'avoir à l'instant, et hochai la tête.

« T'as raison, ça nous changera les idées. »

Emmett m'emmena dans un resto dans le centre ville. Il essayait de me faire oublier mes tourments de ces derniers jours, sans vraiment y parvenir. Nous passâmes la journée tranquillement, sans évoquer une seule fois le sujet Bella, ni même celui de l'indic. En réalité cela faisait longtemps que nous n'avions pas simplement parlé de tout et de rien. Et pour une fois qu'Aro ne nous confiait aucun boulot, nous pouvions nous estimer heureux. J'avais tout de même un gros doute quant à l'indic. Mon choix se portait sur plusieurs personnes, mais il y en avait une en particulier que je soupçonnais. Je refusai d'en parler à Emmett, car je voulais d'abord m'assurer que je ne me trompais pas. De toute façon seul le temps nous le dirait. Nous nous séparâmes en fin de journée, et je rentrai dans mon appartement sans grand enthousiasme. J'avais un doute sur ce que j'allais trouver en rentrant chez moi. Une Bella qui refuse de me parler ou même de me regarder.

Et cela ne manqua pas.

À peine avais-je franchi la porte de l'appartement, que je la vis s'empresser de se réfugier dans la chambre et fermant la porte bruyamment, sans même m'accorder un regard. Je soupirai en levant les yeux au ciel. Apparemment la cohabitation risquait d'être difficile…


Trois semaines…

Trois semaines de pure… indifférence.

J'avais cru que la présence de Bella allait changer et perturber mon quotidien, mais au final tout était resté exactement pareil. C'était comme si rien de tous les derniers évènements n'étaient arrivés. Je me levais le matin, partais bosser et rentrais le soir comme d'habitude, à la différence que je faisais attention à ne plus trainer avec Jasper dans les bars du coin. Je lui avais cédé ma chambre, et cela faisait déjà trois semaines que je dormais dans mon sofa qui n'était pas des plus confortables. Enfin bon, j'essaye de relativiser. Je ne dors jamais beaucoup de toute façon alors un sofa ou un lit… où est la différence ?

Je ne voyais que très rarement Bella, elle faisait tout pour ne pas m'approcher. Le matin, elle refusait de sortir de la chambre avant que je ne parte. Et lorsque je rentrais le soir, elle s'était déjà enfermée. Si au début, cette situation ne me convenait pas vraiment, à force je m'y étais habitué. J'avais compris que Bella n'accepterait jamais le moindre contact avec moi, et je pouvais aisément en comprendre les raisons. Qui voudrait côtoyer un tueur à gages ? A ses yeux, j'étais juste un monstre dépourvu d'humanité. Les seuls moments où je la croisais par mégarde étaient lorsque je lui apportais de quoi se nourrir. Et à chaque fois elle évitait mon regard au maximum. Mais lorsqu'il lui arrivait de relever la tête – ce qui arrivait extrêmement rarement – et de me regarder, je pouvais voir la médiocre considération qu'elle avait à mon égard. Je pouvais voir qu'elle n'avait aucune estime pour moi, et l'indifférence dont elle faisait preuve depuis trois semaines était vraiment des plus troublantes. J'admettais que je méritais ce mépris venant d'elle, je devais surement la dégouter comme jamais. Après tout elle m'avait déjà vu à l'œuvre, elle m'avait vu abattre sauvagement une personne et y prendre plaisir. Elle avait vu la délectation sur mes lèvres, et la fureur dont je faisais preuve. Elle savait à quel point je pouvais être impitoyable. Et elle me craignait. La seule personne que j'avais sauvée de la mort, me craignait pour ce que j'étais. Situation ironique, dans la mesure où j'étais véritablement incapable de lui faire le moindre mal. Je commençais à me demander si Jasper n'avait pas raison après tout. Elle incarnait tout ce que j'avais perdu il y a plusieurs années, tout ce qui représentait mon passé, toute cette innocence, cette jeunesse enfouie, cette insouciance…

Ce n'était pas son physique qui était ressemblant, qui la désignait comme étant son portrait craché. C'était plutôt un… tout. Son âge était similaire, son côté réservé et de ce que j'ai pu voir derrière toute cette crainte non dissimulée, sa timidité. Sa petite taille et son corps menu y jouaient également, mais ce qui était le plus flagrant était sans conteste les yeux. Tellement expressifs… J'ai toujours pensé qu'il n'y avait qu'elle qui soit dotée d'une telle profondeur et expression dans les yeux, mais visiblement je me trompais. Il se trouvait que Bella Swan était pourvue de la même intensité et capacité à exprimer toute une palette d'émotions différentes dans ses propres yeux chocolats, si ce n'est plus. la différenciait largement, une chose extrêmement importante. La joie de vivre. Si elle avait toujours été d'une jovialité et d'une joie de vivre effarante, du moins presque toujours, on ne pouvait pas en dire autant de Bella, qui elle avait plus l'air de vouloir qu'on l'achève. Elle ne croyait pas en la vie, ça c'était certain. J'étais presque sûr à cent pour cent qu'il avait dû lui arriver quelque chose, pour qu'elle en arrive à ne pas craindre la mort et à la voir comme une sorte de libération. Elle n'avait pas quitté Phoenix pour rien, il s'était passé quelque chose là bas. Quoi ? Je l'ignorais totalement. Il n'y avait strictement rien sur internet. J'avais à plusieurs reprises effectué des recherches pour comprendre son comportement, mais en vain. La seule chose qui était écrit à son sujet, était qu'elle était portée disparue, et que la police locale de Phoenix avait lancé un avis de recherche pour la retrouver. Mais rien sur ses parents. Je ne savais même pas comment ils s'appelaient. J'avais un léger doute, quant au fait que c'était la police qui refusait de donner une quelconque information. Ce que je ne comprenais pas c'était pourquoi. Étaient-ils des malfrats que la police essayait de coincer ? Cela expliquerait la raison de sa fugue. Mais j'avais du mal à croire que c'était la solution de l'énigme. Vu la douleur qui apparaissait dans les yeux de Bella, je pouvais facilement deviner qu'il s'agissait de quelque chose de beaucoup plus important et éprouvant que cela. J'aurais vraiment aimé savoir ce qui lui était arrivé, pour qu'elle décide de quitter sa ville natale pour atterrir ici, à Chicago, mais je me doutais bien que ce ne serait pas à moi qu'elle parlerait de sa vie passée, si toutefois elle décidait d'en parler.

Les premiers jours, j'avais essayé d'établir un contact avec elle, de me montrer gentil et rassurant, mais ça n'a pas fonctionné et elle s'est renfermée dans son mutisme, se contentant d'acquiescer de temps à autre. Je ne pouvais pas lui en tenir rigueur, sa réaction était tout de même des plus compréhensibles. Mais savoir qu'il y avait quelqu'un d'autre que moi dans cet appartement et que cette personne ne m'adressait jamais la parole, me faisait prendre conscience à quel point je pouvais être seul, depuis toutes ces années. Il fut un temps où j'étais très bien entouré, où je ne manquais de rien, où j'étais heureux… mais ce temps là était révolu. Aujourd'hui, le seul ami qui me restait du lycée, était Jasper et encore, il n'était plus lui-même. Il n'était plus le Jasper que j'avais connu. Il était seulement l'ombre de lui-même, buvant à n'en plus finir, dans l'unique but d'oublier, et se tapant des nanas à gogo, comme pour se défaire de tout ce poids qui le ronge et lui déchire les côtes. Je m'étais fait à l'idée que plus jamais je ne retrouverais mon meilleur ami Jasper, mais le voir se détériorer chaque jour un peu plus, c'était au-dessus de mes forces. Je sais que s'il est encore de ce monde aujourd'hui, s'il ne s'est toujours pas tiré une balle entre les deux yeux, c'est pour moi, parce qu'il sait que j'ai besoin de lui, et parce que je ne veux pas le perdre comme j'ai déjà perdu toutes les personnes qui comptaient pour moi. Mais le jour où il en aura l'occasion, je sais qu'il n'hésitera pas et se donnera la mort, afin d'être enfin en paix. Dans le fond, il avait beau être un super psychologue, c'était lui le suicidaire qui avait besoin de consulter.

Il y avait aussi Emmett, mais lui avait une vie épanouie à présent, en compagnie de sa femme Rosalie. J'apprécie beaucoup Emmett, c'est celui qui me ressemble le plus, dans l'univers où je bosse, mais nous menons tout de même des vies différentes. Lui il aspirait à une vie de famille, avec des enfants, un chien, un chat et des balançoires. Moi je n'avais pas du tout la même ambition. En réalité je n'avais même aucune ambition, ni motivation. La seule chose que je possédais était mon boulot, et ce n'était pas vraiment quelque chose dont je pouvais être fier. Et je savais que si je continuais à stagner, à rester toujours au même point, un beau jour, nos chemins à Emmett et moi se sépareraient à tout jamais.

Oui, un jour ces deux là disparaitraient de ma vie, et je me retrouverai réellement seul. Ce jour là causerait ma perdition, j'en étais persuadé. Je n'avais encore jamais songé à changer de vie, pour mener une vie normale, une auquel j'aspirais lorsque j'étais adolescent, lorsque je croyais encore en l'avenir et à toutes ces conneries de bonheur qu'on nous rabâchait depuis l'enfance. Autrefois j'avais de l'ambition, des projets de futur, de carrière et tout ce genre de trucs. Aujourd'hui je ne croyais plus en rien, je n'attendais plus rien car il n'y avait plus rien à attendre. Tout s'était arrêté ce jour là, ou ils m'avaient tous quitté, et où lui, m'avait trouvé. Si j'avais pu, j'aurais tout fait pour ne jamais croiser son chemin, pour ne jamais accepter d'être pris sous son aile… mais j'avais été faible, démuni, sans rien sur lequel me raccrocher. Et il avait réussi à me faire me sentir comme quelqu'un de spécial, comme quelqu'un qui a du potentiel… J'avais cru à ce moment là qu'il croyait en moi, mais en réalité ça n'avait été rien d'autre que de la manipulation pour arriver à ses fins. Il m'avait enrôlé, j'avais cédé dans un moment de totale vulnérabilité, et j'avais ainsi dit adieu à toute l'humanité qui était en moi, j'avais dit adieu à mon cœur blessé, et voilà maintenant près de sept longues années que je m'étais transformé en monstre, sans cœur, sans âme, sans but aucun.

Et aujourd'hui, je privais cette fille de son avenir et futur en la retenant prisonnière chez moi. J'essayais de me donner bonne conscience en me disant qu'elle était mieux comme ça, que morte. Car après tout j'aurais dû la tuer ce jour là. Son destin avait été de mourir, mais je ne l'avais pas autorisé et j'avais interféré dans son destin en la gardant en vie alors que ce n'était pas sensé arriver. Je n'avais toujours pas découvert pourquoi, la seule chose que je savais était que Bella avait ce soir là, réveillé un coté humain en moi que je n'avais pas eu depuis longtemps car étant bien enfoui quelque part, sommeillant profondément. Et étrangement, ce coté humain refaisait surface à chaque fois que je la voyais, ou que je croisais son regard marron et apeuré. J'avais beaucoup de mal à demeurer impassible ou froid lorsqu'elle était là, mais heureusement elle me facilitait le travail en s'isolant et en refusant le moindre contact avec moi. Je la voyais tellement peu que c'était à se demander si elle vivait vraiment ici. J'aurais aimé lui prouver qu'elle n'avait rien à craindre avec moi, qu'elle n'était pas forcément obligée de rester seule et passer son temps dans la chambre, mais je savais qu'il n'y avait rien à faire. J'avais essayé durant les premiers jours, mais rien ne marchait, elle refusait de s'ouvrir, et nos rapports étaient au point mort. C'était à peine si on se disait bonjour. J'étais rassuré de savoir qu'elle n'était pas seule, puisque la journée elle était la plupart du temps avec Rosalie. La femme d'Emmett qui s'était toujours sentie seule depuis quelques années avait enfin rencontré une personne à qui parler, et je pouvais voir que ça lui faisait du bien. Lorsque je rentrais et les voyais toutes les deux, je pouvais voir que la blonde était plus épanouie. Et Emmett en était heureux, il commençait à voir l'arrivée de la petite comme d'un bon œil, puisqu'elle faisait du bien à Rosalie. Mais je remarquais qu'il avait toujours du mal à accepter qu'elle reste vivante. De temps à autre, il me demandait si j'avais l'intention de la tuer et d'en finir. Il préfèrerait que je lui réponde par l'affirmatif, ça le réconforterait et le rassurerait. Mais malheureusement, j'en étais incapable. Une chose que je n'arrivais pas à m'expliquer, était que malgré moi, je tenais à la vie de Bella Swan.

Alors peu importe que nos relations ne soient pas au beau fixe et que jamais elle n'accepterait de me parler, tant qu'elle restait chez moi et que sa vie était préservée, je m'en fichais.

Quant à Aro, il était de plus en plus à l'affut en sachant qu'une taupe était parmi ses hommes. Depuis qu'il avait ordonné à Emmett et moi d'enquêter et de lui rendre compte, tout le monde nous dévisageait et nous évitait comme la peste. Emmett et moi tentions de surveiller tout le monde discrètement, mais à la vérité, pour le moment aucune information n'était encore venue à nos oreilles, ni aucun geste suspect avait été remarqué. Nous n'avions strictement aucune idée de qui pouvait bien bosser pour le F.B.I. Nous continuions à effectuer des recherches, et à faire la causette aux autres, mais ils étaient tous bétons. Les seuls qui n'étaient pas suspectés étaient Felix, car il est le neveu de Volturi, et Black, car il n'en avait tout simplement pas l'étoffe. Je n'avais toujours pas parlé de mes soupçons sur les deux trois personnes sur qui mon doute se portait, car pour le moment c'était loin d'être concret. Tout ce qu'il me restait à faire était d'attendre un faux pas de l'un d'eux.

J'étais actuellement avec mon ordinateur portable en train de faire des recherches sur Bella sur internet. Je désespérais de trouver quoi que ce soit la concernant. C'était toujours la même rengaine. Isabella Swan, actuellement portée disparue, la police persiste à effectuer des recherches fructueuses dans le but de la retrouver. Leur espoir de la retrouver vivante est mince, tous pensent qu'à l'heure actuelle, Bella Swan est morte. Voilà qui arrangeait mes affaires. J'avais vraiment eu peur de me retrouver avec la police sur le dos en apprenant qu'on la recherchait, mais s'ils la croyaient morte, alors les recherches s'amoindriraient petit à petit, jusqu'à cesser complètement. Mais j'avais beau chercher, je ne trouvais absolument rien sur sa situation, ses parents, la raison de sa fuite… Si seulement je pouvais trouver un quelconque indice, rien qu'un tout petit qui pouvait me mettre sur la voie, je pourrais comprendre le mystère que représentait cette jeune fille. Je ne lui avais même pas encore parlé d'aller voir Jasper, de toute façon je ne lui parlais pas du tout, alors je me voyais mal lui adresser la parole pour lui dire d'aller voir un psy. Je soupirai d'exaspération en relevant la tête de mon écran. Isabella, que t'était-il arrivé…

Je n'eus pas le temps de me poser la question plus longtemps, car on sonna à la porte. Je fronçai les sourcils, étonné. Nous étions en fin d'après midi, je n'attendais personne et cela ne pouvait pas être Rosalie qui vient rendre visite à Bella, dans la mesure où elle est partie il y a de cela au moins trois quarts d'heure. Bella était d'ailleurs enfermée dans la chambre, comme à son habitude. Je me levai du canapé, posai mon ordinateur sur la table et allai ouvrir, curieux de connaitre l'identité de mon visiteur impromptu.

Lorsque j'ouvris la porte, j'écarquillai les yeux, pris au dépourvu. Qu'est-ce qu'il faisait là ?

« Black ? » M'étonnai-je. « Mais qu'est-ce que tu fous devant ma porte ? »

Inutile de préciser l'effarement dans lequel je me trouvais. Voir Jacob Black sur le pas de ma porte était la dernière chose au monde auquel j'aurais pensé. En y repensant bien, l'attitude de Jacob avait été des plus étranges récemment. Depuis notre altercation où Sam était intervenu, il s'était mis en tête de m'éviter le plus possible. Chaque fois qu'il me voyait, il me fuyait, non pas comme quelqu'un qui avait peur, mais plutôt comme quelqu'un qui préparait quelque chose et qui craignait d'être découvert. Je n'arrivais pas à comprendre son comportement. Chaque regard qu'il me lançait ressemblait à une sorte d'avertissement. Chaque mission que nous faisions, il restait silencieux, se contentant d'observer et de me darder d'un regard mauvais. Je devais avouer que cela devenait de plus en plus pesant à force. Même Emmett le soupçonnait de quelque chose. Et là aujourd'hui, il se pointait chez moi, les yeux noirs et déterminés.

« Edward. » Salua-t-il froidement.

« Qu'est-ce que tu veux ? » M'impatientai-je.

« La fille est toujours chez toi ? » Demanda-t-il.

« Je vois pas ce que ça peut te faire. » Grinçai-je entre mes dents, l'énervement commençant peu à peu à me monter.

« Ça me regarde, dans la mesure où je suis tout aussi concerné que toi. » Jugea-t-il avec véhémence.

« Je ne crois pas non, alors barre-toi en vitesse. » Ordonnai-je en refermant la porte. Il arrêta la porte en mettant son pied dans l'entrebâillement, m'obligeant à presque le laisser pénétrer dans l'appartement contre mon gré.

« Je ne partirai pas d'ici tant que la gamine ne sera pas liquidée. » Déclara-t-il fermement.

« Va te faire foutre ! » Tonnai-je d'une voix sèche.

« Cette fille est dangereuse Edward. » Plaida-t-il. « Elle en sait beaucoup trop. »

Je partis dans un rire acide, totalement dénué d'humour.

« Dangereuse ? » M'exclamai-je avec sarcasmes. « Non mais tu t'es vu ? C'est toi qui portes un flingue et tu as peur d'une petite inoffensive ? »

« Elle va nous attirer des problèmes ! » Protesta-t-il. « Il faut en finir avec elle. »

« Si c'est pour ça que t'es venu, tu peux mettre les voiles, parce que je ne changerai pas d'avis. »

« Putain Edward ! » S'écria-t-il, le visage apparemment torturé. « C'est moi que tu mets dans la merde avec tes conneries ! Tu ne peux pas la garder indéfiniment ici, finissons-en une bonne fois pour toutes. »

« Je te conseille de te casser de chez moi au plus vite. » Susurrai-je haineusement. « Je fais ce que je veux, tu n'as strictement aucun ordre à me donner, et plus vite tu oublieras Bella, mieux ça vaudra pour toi. »

« Mais enfin pourquoi tu tiens tant à préserver cette fillette ? » S'écria-t-il incrédule.

« Jacob, si tu te tires pas maintenant je te jure que tu ressortiras pas de cet appartement avant d'avoir été défiguré. » Menaçai-je d'une voix venimeuse.

« Elle a quoi de spécial ? » Continua-t-il en ignorant mon avertissement. « Tu te la tapes, c'est ça ? »

« Non mais t'es malade ? ! » Hurlai-je soudainement. « Fous le camp de chez moi ! » Assénai-je d'une voix tonitruante, atterré par de tels propos.

« C'est toi le malade ici. » Rétorqua-t-il odieusement. « C'est toi qui gardes cette fille au risque de tous nous condamner. C'est toi qui refuses de la supprimer pour je ne sais quel problème de conscience. »

Il se rapprocha de moi, les yeux tellement noirs et impitoyables, que je commençai à comprendre pourquoi Aro l'avait pris sous son aile.

« La vérité Masen… » Susurra-t-il d'une voix vicieuse qui suintait la cruauté. « C'est que t'as pas de couilles. »

C'en fût trop. Incapable de tolérer plus, je lui assénai une droite sur sa joue gauche avant de le plaquer contre le mur à coté de la porte, laissée ouverte.

« Pour qui tu te prends, de débarquer chez moi comme ça, et de m'insulter dans ma propre maison ? ! » Cinglai-je d'une voix puissante et agressive. « Tu as oublié à qui tu t'adressais ! Un mot de moi et t'es un homme mort, Aro ne fera qu'une bouchée de toi. » Menaçai-je sérieusement. Je le vis déglutir, la peur émanant de tout son être.

« Il… il c-croit en m-moi. » Bafouilla-t-il à court de souffle, les yeux presque suppliants.

Je me figeai, choqué de ce que je venais d'entendre.

« Qu'est-ce que tu viens de dire ? » Fis-je abasourdi, oubliant momentanément ma rage envers lui. Jacob baissa la tête.

« Il croit en moi. » Répéta-t-il d'une voix plus concise. « Il a foi en moi. »

Ahuri par ce que j'entendais, je le lâchai subitement et reculai de trois pas, pris d'effroi comme si une météorite venait de s'abattre sur moi.

« Tu te trompes. Tu as faux sur toute la ligne. » Murmurai-je avec amertume.

« Non, c'est toi qui as tort. » Réfuta-t-il en reprenant sa respiration.

« Bon sang Jake mais ouvre les yeux ! » Explosai-je. « Quand est-ce que tu comprendras enfin qu'Aro te manipule ? ! Il se fiche de toi, tu ne représentes strictement rien à ses yeux ! »

« Il croit en moi ! » S'époumona-t-il, refusant de voir la réalité. « Il me l'a dit ! Il m'a dit que j'étais spécial ! »

« Il te ment. » Répliquai-je acerbe. « Il te raconte des cracs, des bobards destinés à te mettre dans sa poche. »

« Pourquoi tu dis ça ! » Protesta-t-il avec conviction. Je baissai les yeux avec dépit.

« Parce que c'est la vérité. » Répondis-je d'une voix faible, le regardant avec pitié. « C'est ce qu'il fait à tout le monde… » Marmonnai-je pour moi-même.

Les souvenirs que j'avais réussi à renflouer à l'intérieur de moi refirent soudainement surface devant mes yeux, me nouant l'estomac, me comprimant le cœur, faisant ainsi abaisser mon masque de monstre, et dévoilant ma vulnérabilité que je m'étais évertué à dissoudre et dissimuler.

« C'est ce qu'il fait à tout le monde. » Répétai-je écœuré.

« C'est ce qu'il fait à tout le monde… »

.

« Six ans plus tôt

Assis à la table de la cuisine, je contemplai le verre de vodka en face de moi. Il était encore plein, je n'avais pas osé y toucher. Je reniflai disgracieusement en posant mon regard sur la piteuse cuisine où je me trouvais. Les murs étaient tous fissurés, sales à en vomir, le papier peint était abimé au plus au point, les couleurs crasseuses étaient immondes. Tout cela me donnait la gerbe. L'odeur nauséabonde des poubelles pas sorties depuis des jours était infecte et insupportable, la vaisselle n'était pas faite et les assiettes étaient dans un état tellement répugnant que cela ne donnait pas du tout envie de la faire. Tous le mobilier de la cuisine était imbibé de crasse, les placards avaient perdu de leur éclat, ceux étant fixés au mur étaient même sur le point de tomber par terre. Mais c'était l'appartement de Jasper. Alors je ne pouvais rien dire, je devais seulement me la fermer.

Je soupirai lamentablement, reportant ma concentration une nouvelle fois sur mon verre de vodka non entamé. Je me faisais pitié à moi-même. J'étais dans un état tellement lamentable, malpropre, que j'en avais honte à un point inimaginable. Secouant la tête de désespoir, je levai mon verre avec solennité, trinquant tout seul, pour moi-même et pour tout ce que j'avais perdu.

« A ta santé mon gars. »

Je bus mon verre d'une traite, me brulant la gorge au passage, réchauffant ainsi mon cœur glacé.

C'est alors que j'entendis la porte claquer, ainsi qu'un boucan pas possible. Jasper était rentré, et vu le tapage et le vacarme qu'il faisait, j'en déduisis qu'il ne tenait pas debout. Quelques secondes plus tard, je le vis apparaitre dans l'encadrement de la porte ouverte de la cuisine, à moitié courbé en deux, se cramponnant déplorablement au mur. Ses cheveux étaient gras au possible, son visage blanc, un sourire de benêt étirait ses lèvres, il me regarda avec les yeux dans le vague, légèrement fermés, puis se mit soudainement à rire, avant d'avoir le hoquet.

« S-lut. » Salua-t-il hilare, tandis que je soupirais une nouvelle fois, désespéré de le voir dans un état pareil.

« C'est à cette heure si que tu rentres ? » Questionnai-je d'une voix amère.

Il haussa les épaules dédaigneusement, puis entra dans la pièce en titubant. Il avait tellement du mal à marcher qu'il manqua plusieurs fois de s'écrouler au sol, sous mon regard courroucé. Il s'appuya sur la table, comme pour s'accrocher à quelque chose.

« J-je… s-suis allé à… à ce bar là. » Bafouilla-t-il piteusement. « Et… y avait ces filles. » Rit-il avant de toussoter subitement. «J-j-j'ai pas vu le temps passer. » Hoqueta-t-il.

Je regardai mon meilleur ami avec une envie irrépressible de lui mettre mon poing dans la figure. C'était à chaque fois la même chose. Il rentrait tellement torché et déchiré qu'il ne se souvenait même plus de son prénom.

« Tu aurais pu faire un effort pour aujourd'hui. » Réprimandai-je avec désespérance.

« Pourquoi, y a quoi aujourd'hui ? » Marmonna-t-il en s'emparant de la bouteille de vodka sur la table que j'avais sortie précédemment. Je secouai la tête en soupirant.

« Rien, laisse tomber. » Éludai-je. « Et qu'est-ce que tu fous avec cette bouteille ? » M'enquis-je énervé. « Tu crois pas que t'as assez bu ? » Lui fis-je remarquer.

Il haussa une nouvelle fois les épaules, avant d'éclater de rire.

« C'est elle qui m'a supplié. » Rétorqua-t-il en portant la bouteille à sa bouche et en la buvant sans ménagement, engloutissant toute la vodka sans s'arrêter. Ne pouvant pas en supporter plus, je me levai avec rage, et toisai Jasper méchamment.

« J'en ai ras le cul Jasper ! » M'écriai-je d'une voix cinglante. « Je te jure que j'en ai marre ! »

« Je vois pas de quoi tu parles. » Répliqua-t-il en se dirigeant vers le plan de travail, puis posa la bouteille dessus.

« Tu te fous de moi ? ! » Tonnai-je d'une voix dure. « Tu ne fais que ça, rentrer complètement bourré au petit matin. J'en peux plus d'avoir affaire à un ivrogne ! »

« Je t'emmerde Edward. » Riposta-t-il, la voix partant dans les aigus.

Il se déplaça avec peine jusqu'au frigo, faillant de trébucher à plusieurs reprises.

« Tu sais quoi ? » Fit-il d'une voix tranchante. « Si c'est ça, je me casse d'ici. » Déclara-t-il en ouvrant le frigo avec détermination, sous mon regard étonné.

« Euh Jasper, ça c'est la porte du frigo. » Appris-je en voyant son visage paumé. « La porte de sortie est là bas. » Lui dis-je en pointant du doigt l'extérieur de la cuisine.

Il se retourna vers moi, et regarda l'endroit que je lui indiquais, avant de partir dans un rire de dépravé.

« Ah oui c'est vrai. » S'esclaffa-t-il, véritablement amusé, tandis que moi j'étais à bout de nerfs.

« Regarde-toi, tu es pitoyable. » Susurrai-je dégouté, alors qu'il refermait la porte du frigo avec fracas. « Oh et puis merde, c'est moi qui m'en vais. » Conclus-je en me dirigeant d'un pas décidé vers la sortie.

« Attends ! » Appela-t-il, la voix étonnamment… grave. Je me retournai vers lui qui avait les yeux rivés sur le calendrier accroché sur le frigo. « On est le vingt juin aujourd'hui ? »

Je détournai les yeux.

« Ouais. » Marmonnai-je irrité. Il se tourna alors vers moi, ayant apparemment dessoulé… enfin un peu… un chouïa.

« Alors c'est… ton anniversaire. » Constata-t-il simplement.

J'hochai la tête pour toute réponse, le regard fixant un point dans l'horizon.

« Lai-laisse-moi aller prendre une douche et m'habiller, on va sortir et… et… »

Il ne put finir sa phrase, car il se mit alors à tout dégobiller par terre, sous mon regard incrédule. La cuisine était déjà dans un état lamentable, mais alors avec du vomi en plus… Je secouai la tête en regardant Jasper qui gerbait par terre, courbé en deux et toussant bruyamment.

« Laisse-tomber Jasper. Tu ferais mieux d'aller te reposer, vu ton état. » Déclarai-je en me détournant, voulant sortir de cet endroit au plus vite.

« Attends Edward ! » Me rappela-t-il une seconde fois. Je levai les yeux au ciel et me retournai vers lui exaspéré.

« Quoi ? » Fis-je énervé.

Il me regarda, avant de mettre un doigt devant lui, m'intimant de patienter. Puis il se courba et vomit à nouveau, tandis que je détournai les yeux.

« Bon anniversaire. » Toussota-t-il, avant de gerber une nouvelle fois.

Je fermai les yeux l'espace d'un instant, souhaitant à tout prix que tout ceci ne soit qu'un rêve, qu'un abominable cauchemar, et que j'allais à tout moment me réveiller de ce présent sinistre. Malheureusement je ne rêvais pas, et tout ceci était bien réel. Et lorsque je rouvris les yeux, je me trouvai une fois encore nez à nez avec mon ivrogne de meilleur ami qui se vidait apparemment de tous ses boyaux. Poussant un profond soupir de résignation, je sortis de la cuisine sans un mot, sans une réponse, et m'extirpai de l'appartement, avec l'impression que jamais encore, je ne m'étais senti aussi seul de toute mon existence.

Je marchais durant une éternité dans les rues de Chicago, déambulant comme un perdu, ne sachant où aller, ni quoi faire. Je n'arrivais pas à trouver une chose qui me donne envie de rester envie, qui me donne envie de continuer ma vie pourrie. J'avais déjà tout vécu. J'avais été heureux, j'avais souffert, j'avais tout perdu, et à présent j'étais malheureux. Que me restait-il à vivre maintenant ? Pourquoi me battais-je encore ?

« Alors petit, on est perdu ? » Interrompit une voix que je reconnus aisément.

Je tournai la tête vers la route et vis un homme en lunettes noires, à l'arrière d'une berline teintée, m'interpellant par la fenêtre de la portière. Je lui fis un maigre sourire, tandis qu'il me faisait signe de monter dans la voiture. Je ne me fis pas prier, et me dirigeai vers la portière, avant de l'ouvrir et de m'engouffrer dans l'habitacle, aux côtés de l'homme qui me souriait mystérieusement.

« Edward, qu'est-ce qu'il t'arrive mon garçon ? » S'enquit-il d'une voix emprunte à de l'inquiétude.

« Bonjour Aro. » Saluai-je, étonnamment content qu'il soit là.

Aro avait été un véritable mentor depuis des mois. Il m'avait vu désespéré et abandonné, et était venu me trouver pour m'aider. Il avait joué un rôle qui n'était pas le sien, celui d'un père. Il m'avait guidé, aidé à remonter la pente, à faire quelque chose de ma vie, pour avancer. S'il n'avait pas été là pour moi, je serais encore en train d'errer sans but précis, et sans espoir ni envie de continuer.

« Tu ne devrais pas avoir une mine aussi défaitiste aujourd'hui, c'est un jour spécial après tout. »

« Pardon ? » M'exclamai-je ahuri. Son sourire s'élargit.

« Allons Edward, tu ne pensais tout de même pas que j'allais oublier ton anniversaire ! »

Je le regardai abasourdi. Je ne me souvenais pas lui en avoir parlé. Mon anniversaire n'était pas une date très importante à mes yeux. Au contraire je préférais l'oublier. Mais il s'agissait d'Aro Volturi, il savait toujours tout.

« Pour tout vous dire je n'ai pas vraiment envie de parler de mon anniversaire. » Marmonnai-je acerbe.

« Et pourquoi donc ? » S'étonna-t-il. « Il s'est passé quelque chose, cette date là ? »

« Non, pas du tout. » Réfutai-je. « C'est juste… » Je baissai la tête vers mes genoux, fixant mes mains qui s'entortillaient entre elles. « Me rappeler que c'est mon anniversaire me rappelle à quel point ma vie est minable et fichue. D'autant plus que c'est mon premier anniversaire depuis… tout ça. » Avouai-je sombrement.

Je le vis froncer des sourcils du coin de l'œil.

« Tu te méprends, mon garçon. » Contra-t-il en posant une main sur les miennes. « Ta vie est loin d'être fichue, au contraire elle ne fait que commencer. » Assura-t-il avec un sourire étrange… comme si cette phrase avait un double sens.

« Que voulez-vous dire par là ? » Demandai-je curieux.

« Enfin Edward, tu as dix neuf ans aujourd'hui, tu es encore jeune pour penser de cette façon, tu ne crois pas ? »

« Je n'ai peut être que dix neuf ans seulement, mais tous mes rêves et toutes mes ambitions se sont déjà bien envolés. » Répondis-je avec douleur.

Penser à ça me ramenait automatiquement à ce jour si fatidique, où ma vie avait changé en un claquement de doigts, où tout s'était transformé en cauchemar. Dire qu'il y a encore un an, j'étais heureux, j'avais une belle vie, une belle maison, des parents aimants, un avenir, sans parler d'elle… Et il avait fallu que je gâche tout, que je ne me montre pas à la hauteur et que l'on me punisse pour avoir failli à mon devoir.

« La vie est changeante. » Enchaina Aro. « C'est comme ça, on n'y peut rien. Les rêves se font et se défont. Et aujourd'hui tu as d'autres ambitions, d'autres projets. C'est pourquoi j'ai un petit cadeau pour toi. » Déclara-t-il d'une voix enjouée. Je fronçai les sourcils.

« Un cadeau ? » M'enquis-je suspicieux.

« C'est ton anniversaire, j'ai bien le droit d'offrir un cadeau à mon petit protégé. » Rit-il en farfouillant dans un sac à coté de lui.

Il en sortit un coffret en bois, assez petit pour être tenir dans les mains. Il me le remit avec un sourire rassurant, m'incitant à le prendre.

« Joyeux anniversaire Edward. » S'exclama-t-il tandis que je prenais le coffret qu'il me tendait avec appréhension.

Je l'ouvris délicatement, et fus bouche bée devant ce que j'avais sous les yeux. Je relevai la tête vers Aro qui me regardait avec affection.

« Ce neuf millimètres est un model datant de 1950. Prends-en soin. »

Je reposai mes yeux sur l'objet en pièces démontées, qui m'attirait d'une drôle de façon. Je n'arrivais pas à croire ce qu'il venait de faire.

« Aro… vous n'auriez pas dû. » Fis-je en secouant la tête. « Je ne mérite pas une telle chose. »

« Bien sûr que si tu le mérites amplement. » Assura-t-il. « Tu es spécial Edward. Tu as un énorme potentiel, et j'ai hâte de voir la façon dont tu vas l'exploiter. »

Je commençai à assembler les pièces du magnifique revolver donc j'étais à présent le propriétaire. Avoir une telle œuvre d'art dans les mains était un sentiment indescriptible. J'avais enfin l'impression d'être important, d'être quelqu'un… d'être un homme. J'étais soudainement doté d'une assurance étonnante, comme si j'étais capable de tout faire, même de me battre contre un dragon si je le voulais. J'avais l'impression d'être fort et indestructible, de mériter mon droit de vivre. Une fois le pistolet monté, je le portai devant mes yeux, l'inspectant avec fascination.

« J'étais sûr que ça te plairait. » M'interrompit Aro de ma contemplation. Je me tournai vers lui, qui souriait derrière ses lunettes noires, et le regardai avec des yeux pleins de gratitude.

« Je ne sais pas quoi vous dire… » Il ne se départit pas de son sourire.

« Alors ne dis-rien. Prends-le et surtout, fais-lui honneur. » Fit-il d'une voix sérieuse.

« Pourquoi vous faites ça pour moi ? » M'enquis-je, sincèrement reconnaissant et touché par autant d'affection venant de lui.

« Parce que je crois en toi. » Confia-t-il avec une voix d'où suintait l'honnêteté. « J'ai foi en toi et je sais que tu accompliras de grandes choses. »

Je le regardai avec dévotion. À cet instant, il était comme un père à mes yeux. Un mentor qui croyait en moi.

« Merci Aro. Merci de me faire confiance, et pour tout ce que vous avez fait. » Gratifiai-je sincèrement.

Il ôta ses lunettes lentement, dévoilant ainsi ses yeux noirs corbeaux, puis me salua de la tête.

« Maintenant rentre chez toi, tu recevras bientôt un coup de fil de ma part. Et surtout, arrête de broyer du noir et de me vouvoyer. »

J'hochai la tête, presque amusé par son ton paternel.

« Je ne vous décevrai pas, je vous le promets. » Promis-je en faisant exprès de le vouvoyer.

Si seulement j'avais su, que tout ceci n'était que mensonge, et que comme un pauvre idiot, je m'étais fait duper par le pire des salauds… »

.

Repenser à cet instant où j'avais fait preuve de la naïveté la plus totale me donnait la gerbe. Je le revoyais avec ses sourires innocents, ses mots si compréhensifs qui témoignaient son affection pour moi. J'étais jeune à cette époque là… si vulnérable et abattu qu'il en avait profité pour me manipuler et me faire penser comme lui. Il me donnait ses idéaux, me transmettait son savoir de meurtrier… Aro m'avait donné l'envie de tuer. Il n'avait pas fait de moi un homme, il avait fait de moi un monstre. Mais ça, je l'ai compris bien trop tard. Il était impossible de faire marche arrière.

Et aujourd'hui il reproduisait exactement le même schéma avec Jacob Black. Il profite de sa jeunesse et de sa naïveté. Jacob devait surement être dans un état vulnérable, comme je l'avais été. Il avait surement dû vivre quelque chose qui lui ait ôté tout espoir et toute ambition. J'arrive à me voir en lui, si jeune et si désespéré… Aro l'avait repéré, et il l'avait monté comme un pantin, exactement comme avec moi. Mais Jacob possède quelque chose que je n'ai pas : Quelqu'un pour lui ouvrir les yeux. Je me devais de lui montrer les véritables facettes d'Aro Volturi, avant qu'il ne soit trop tard pour lui, bien que je craigne qu'il soit déjà trop tard. Jacob en savait et en avait vu beaucoup trop pour rester en vie. J'aurais dû agir plus tôt, dès que je l'ai vu se faire enrôler par Aro. Mais j'avais été bien trop aveuglé par ma haine irrépressible envers lui ainsi que mon indifférence pour les autres, pour voir qu'il n'était rien d'autre qu'un pauvre garçon perdu et abusé, à l'effigie de ce que j'étais il y a environ sept ans. Apparemment l'arrivée de Bella avait changé bien des choses, puisque je commençais à ne plus être indifférent aux personnes qui m'entourent. Je me soucie même de Jacob Black, ce qui est en soit un progrès énorme.

Un cri strident provenant de la chambre me fit sortir de ma torpeur et de mes sombres souvenirs pour me ramener au moment présent. Je secouai la tête et écarquillai les yeux pour me reconcentrer. Jacob Black n'était plus là devant moi, il avait profité de mon moment d'absence pour filer. Un nouveau cri aigu provenant de la chambre se fit entendre et mon sang ne fit qu'un tour. Bella…

Je ne pris pas une minute pour réfléchir et accourus vers la chambre en quelques enjambées, paniqué à l'idée de la savoir entre les mains de cet enfoiré. Arrivé devant la chambre, j'ouvris la porte avec fracas, et me statufiai sur place, devant le spectacle que j'avais sous les yeux. Bella était à sa merci, en train de se faire étrangler et tirer les cheveux par ce sale chien. Elle avait les larmes aux yeux et gémissait tandis qu'il déchainait toute sa fureur sur elle. Ni une ni deux je déboulai dans la chambre, la rage s'étant emparée de tout mon être. S'il n'était pas en train de tenir Bella, j'aurais foncé sur Jacob, mais là il était hors de question de lui faire le moindre mal. Je me contentai donc de le tirer puissamment par le bras, de sorte à ce qu'il lâche Bella. J'eus juste le temps de la voir tomber au sol en sanglotant que j'attrapai Jacob par le col et le balançai contre le mur le plus proche avec force.

« Je t'avais dit de foutre le camp ! » Hurlai-je avant de lui coller mon poing dans la figure, cassant son nez au passage. Il gémit de douleur, une main protégeant son nez qui coulait à sang.

« Ce-cette fille doit mourir. » Bredouilla-t-il d'une voix faible.

« Enfoiré ! » M'écriai-je en le bombardant d'une nouvelle droite qui le fit tomber au sol.
Je ne lui laissai pas le temps de s'en remettre que je me baissai à sa hauteur et lui empoignai le col une nouvelle fois, le mettant debout sans le ménager, et le plaquant contre le mur avec virulence. Je rapprochai mon visage du sien et le dardai d'un regard meurtrier, mes yeux lui lançant des éclairs remplis de rage et de fureur. Mon visage était tellement proche que je pouvais sentir son cœur battre la chamade et son souffle s'ébruiter tellement il était effrayé, tandis qu'il se vidait de son sang par les narines.

« La seule personne qui va mourir, si elle ne part pas d'ici tout de suite, c'est toi. » Crachai-je furieusement.

Je le cognai une troisième fois, comme pour confirmer mes dires, ignorant ses gémissements et ses nombreuses plaintes douloureuses.

« Je te préviens Jacob ! » Avertis-je d'une voix dure et forte. « Cette fille est sous MA protection ! Tu la touches encore une fois et t'es un homme mort ! Je te jure que la prochaine fois que je te vois à moins de vingt mètres d'elle, je te descends sans hésiter. » J'approchai ma bouche de son oreille, le regard plein de haine et de dégout envers ce salaud, coinçant sèchement son menton entre mon pouce et mon index. « Et crois-moi… » Susurrai-je d'une voix cruelle et déformée par ma colère. « Ce sont loin d'être des paroles en l'air. »

Je m'écartai de lui, qui était tétanisé. Sa respiration était tellement hachurée qu'à l'heure qu'il était il ressemblait à un asthmatique en pleine crise d'asthme, ou à un malade cardiaque, en train de faire une attaque. Le sang de son nez coulait lentement le long de ses lèvres et de son menton, il s'essuya maladroitement, me regardant apeuré, comme s'il craignait de faire un faux pas. Dire qu'il y a encore quelques minutes, j'ai éprouvé de la pitié pour lui, que j'ai eu envie de l'aider et que je me suis soucié de lui… il n'était rien d'autre qu'un petit salopard de bas étage. Pris d'une fureur inégalable, je me déchainai en lui collant un coup de poing en plein dans l'estomac, lui coupant la respiration et le faisant hoqueter, tandis qu'il se courbait, se tenant le ventre avec ses mains, toussant comme un dératé.

« Maintenant je te le demande une dernière fois. » Lâchai-je la voix remplie de venin et d'intensité. « Barre-toi de chez moi ! »

Jacob continua de tousser fortement, à court de souffle. Il se releva légèrement, incapable de se mettre debout totalement et me regarda les yeux presque… larmoyants. Il commença à marcher vers la porte, à moitié courbé, ses mains toujours sur son ventre. Il n'arrivait pas à marcher bien droit, ce qui m'enragea encore plus que je ne l'étais à ce moment là. Je soufflai pour ne pas que mes nerfs lâchent.

« Grouille-toi ! On va pas y passer toute la journée, je te signale que je suis à deux doigts de t'exploser ! » Assénai-je durement.

À mon grand soulagement, cela eut l'effet escompté, Jacob se mit soudainement à détaler aussi rapidement qu'un lièvre, courant vers la sortie et s'engouffrant hors de mon appartement en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Je suivis l'endroit où il était parti, et refermai la porte de mon appartement avant de cogner ma tête dessus en soupirant. J'avais l'étrange impression d'avoir oublié quelque chose. Un sanglot étouffé me parvint de la chambre que j'avais laissée ouverte et je me rappelai aussitôt de Bella. Je m'insultai mentalement pour l'avoir oubliée. J'avais été tellement accaparé et aveuglé par ma colère envers Black que je ne m'étais pas souvenu de la présence de Bella dans la chambre, qui devait surement être bouleversée. Je me dirigeai alors vers la chambre avec inquiétude, à pas lents, appréhendant légèrement sa réaction en me voyant. Je toquai d'abord à la porte, bien qu'elle soit déjà ouverte pour ne pas lui faire peur. Lorsque la vis, mon cœur se serra inexplicablement à cette vision.

Elle était toujours par terre, sur les genoux, à moitié pliée en deux, ses mains encerclant son ventre dans un geste protecteur qui faisait office de bouclier. Les larmes coulaient silencieusement le long de ses joues, elle clignait des paupières plusieurs fois, et de légers sons atténués et réprimés sortaient de sa bouche. Elle reniflait discrètement, la tête baissée vers ses genoux. Si elle n'a pas tressailli d'un pouce lorsque j'ai frappé à la porte, il ne faisait aucun doute qu'elle m'avait entendu, puisque j'avais vu son corps se raidir. Je me sentis soudainement mal pour elle. La pauvre n'avait que dix sept ans, elle ne devrait pas avoir à assister à ce genre de choses. Elle n'avait pas choisi de vivre ça, on lui avait imposé. Je commençai à me reconnaitre un peu en elle. Elle me faisait penser à moi, au fait que dans le fond, je n'avais rien choisi non plus, que j'avais son âge à peu de choses près, lorsque ma vie avait totalement changé et s'était transformée en cauchemar. Si je pouvais je la laisserais partir, je me fichais un peu qu'elle me dénonce à la police, mais je n'étais pas le seul impliqué dans l'affaire. Emmett l'était aussi, et je ne pouvais pas lui faire ça alors qu'il avait des projets d'avenir et de bébés. Et puis au moins ici elle était en sécurité… enfin quand Black ne déboule pas sans prévenir.

« Bella ? » L'appelai-je en m'approchant légèrement de l'endroit où elle était assise.

Elle se tendit mais ne releva pas la tête. Je me doutais qu'elle n'avait certainement pas envie de me parler à l'heure qu'il était, elle ne le faisait déjà pas d'habitude, alors dans un moment pareil… il valait mieux que je fasse profil bas et que je la laisse tranquille.

« Je ne vais pas t'importuner maintenant mais… je veux juste savoir si ça va. » M'enquis-je désolé.

Elle ne répondit pas, son regard rivant toujours sur ses genoux, immobile comme une statue. Je ne pouvais pas la laisser par terre dans cette position avant de partir. Elle allait finir par se faire des tas de courbatures à ce train là. Je secouai imperceptiblement la tête et me dirigeai vers elle, avant de me baisser à sa hauteur. Je sentis sa respiration s'accélérer et j'en déduisis que c'était une réaction de frayeur à ma présence. Je tendis une main vers elle et la posai délicatement sur son épaule, m'attendant à ce qu'elle me rejette violemment. Ce contact augmenta la vitesse de ses battements de cœur que j'arrivais même à entendre et à percevoir, tellement son cœur battait fort dans sa poitrine. À mon plus grand étonnement, elle ne fit rien pour m'empêcher de la toucher. Elle devait être en état de choc car en temps normal, j'étais certains qu'elle se serait débattue sèchement en me lançant un regard plein de dégout. Voyant qu'elle ne réagissait pas ni ne se débattait, je profitai de son moment d'inertie pour desserrer ses bras enroulés autour de son ventre, et placer mes mains sous ses aisselles pour la soulever. Elle se laissa faire, ne montrant aucune réticence, ce qui à la fois me surprit et me décontenança. Je n'étais pas habitué à ce qu'elle soit aussi réceptive à ma présence. J'aurais plutôt cru qu'elle aurait soumis une objection à me voir la relever, mais non, elle acceptait de me laisser lui venir en aide.

Je la fis s'asseoir sur le lit, m'attardant plus que nécessaire pour vérifier son état. Elle n'osait toujours pas me regarder, tandis que je la tenais par les épaules. Ses larmes avaient cessé, mais je pouvais sentir son corps qui tremblait encore, ainsi que les battements frénétiques de son cœur. Je décidai de la laisser tranquille, la dernière chose qu'elle voudrait en ce moment soit d'avoir un tueur à coté d'elle. D'autant plus que j'avais probablement dû l'effrayer avec toute la fureur et la brutalité dont j'avais fait preuve.

« Je vais te laisser, je crois que c'est mieux. » Déclarai-je, légèrement soucieux de son état.

Je la lâchai et me levai du lit, quand je sentis une faible pression sur mon bras. Je me retournai et fus étonné de voir Bella qui avait relevé la tête et me regardait avec insistance, me tirant le bras. Elle ouvrit la bouche et un léger son en sortit, comme si elle essayait de dire quelque chose sans y parvenir. Je la regardai en fronçant les sourcils, déconcerté par son changement d'attitude. Elle semblait se démener et lutter avec ses cordes vocales, incapable de parler. J'attendis patiemment, la regardant avec curiosité.

« Reste. » Émit-elle d'une voix éraillée, presque voilée, comme si ça lui avait demandé un effort surhumain.

J'entrouvris légèrement la bouche, ébahi par ce qu'elle venait de me demander. Une chose est sûre, je ne m'étais pas attendu à ce qu'elle me supplie de rester, mais plutôt à ce qu'elle me congédie. Peut être avait-elle peur et refusait de rester seule. J'ignorais d'où lui venait ce brusque revirement mais je n'allais pas m'en plaindre, dans la mesure où cela faisait trois semaines que j'attendais un changement. Je me rassis à coté d'elle, et l'observai silencieusement. Ce devait bien faire un bout de temps qu'elle n'avait pas levé la tête assez haut pour me regarder droit dans les yeux, alors je n'étais pas vraiment habitué à ses yeux chocolats si intenses et vifs. Mais je me retrouvai complètement envouté par la profondeur de son regard, si bien que je ne compris rien à ce qui suivit.

Sans que je ne puisse réagir ni réaliser ce qui se passait, Bella se blottit dans mes bras, me laissant complètement pantois et désarmé.

Je n'avais pas l'habitude de ce type de situations, c'est pourquoi je ne réagis pas, me contentant simplement de me figer ahuri, la bouche ouverte. Elle avait calé sa tête contre mon torse et enroulé ses bras autour de moi, comme si je n'étais pas un tueur qui avait tenté de l'assassiner. À présent j'ignorais ce que je devais faire. C'est drôle, d'habitude j'ai toujours la solution à tout, je sais me débrouiller dans n'importe quelle situation. Mais là j'étais totalement perdu, incapable de réagir correctement face à ce genre de circonstances. J'avais vraiment l'impression de ne pas du tout assurer ces derniers temps. Je ne contrôle plus rien, je fais tout de travers et ça ne me ressemble pas. En même temps, c'était la première fois qu'une fille se mettait à pleurer dans mes bras depuis… je ne compte même plus les années. En vérité je préférais ne pas y repenser, cela me serait trop douloureux. Bien trop douloureux…

Bella sanglotait silencieusement sur mon teeshirt et je ne réagissais toujours pas, comme figé ou extérieur à la scène qui se déroulait sous mes yeux. Au bout de quelques minutes d'inaction, je me décidai enfin à agir et faire quelque chose. Je passai mes bras autour d'elle avec hésitation et tapotai maladroitement son dos, ne sachant quoi faire d'autre. J'avais légèrement le sentiment d'avoir l'air d'un imbécile, tellement je manquais d'habileté et de tact. Mais bon qu'importe, si ça la satisfaisait… (N/B : En même temps, qui ne serait pas satisfait d'être dans les bras d'Edward Masen… Ok, je sors.)

Nous restâmes plusieurs minutes dans cette position, si bien que je commençais à trouver le temps long. Je n'étais pas à l'aise avec les effusions et je n'avais envie que d'une chose, que tout cela se termine. Seulement elle ne semblait pas être de cet avis puisqu'elle continuait à se serrer contre moi, les larmes cessant peu à peu de couler. J'étais même certain que si elle avait eu plus de force, elle m'aurait déjà broyé les os. Je l'entendis soudainement renifler fortement et relever la tête vers moi, les yeux humides, les pommettes légèrement rougies. Puis pour la première fois depuis des semaines, ses lèvres s'étirèrent légèrement – très légèrement même – en un sourire adorable.

« Merci. » Murmura-t-elle, sans baisser la tête, ce qui m'étonna de sa part.

J'étais bien trop habitué jusqu'à présent à ce qu'elle fuie mon regard à chaque occasion, à ce qu'elle garde sa tête baissée constamment et à ce qu'elle refuse de m'adresser le moindre mot, pour ne pas afficher une mine hébétée, tandis qu'elle me regardait toujours. Mais à cet instant, en la voyant me fixer profondément, le visage indescriptible avec ce mini sourire sur ses lèvres et cette faible proximité entre nous, je me surpris à espérer qu'à partir de maintenant, les choses allaient changer…


Et voilà !

Personnellement je ne suis pas satisfaite de ce chapitre, je le trouve même un peu baclé par moments mais bon, on n'est jamais content de ce qu'on fait en général...

J'étais sensée finir ce chapitre un peu plus loin, après un long passage Edward/Bella, mais ma Passion (Mzlle'Moon) m'a conseillée de le finir là, alors voilà xD Et puis si j'avais dû le continuer, vous ne l'auriez pas eu tout de suite. D'autant plus qu'il est déjà un peu long.

Alors les paris pour trouver qui est l'indic sont ouverts ! A vous d'émettre vos pronostics ^^

Le prochain chapitre arrivera plus rapidement je vous le promets, je vais même essayer d'offrir un teaser pour chaque review laissée ;)

N'oubliez pas de cliquer sur la petite bulle avant de partir, je prends toujours énormément de plaisir à lire vos commentaires ^^

En attendant portez-vous bien et mettez des pulls !

Votre Dévouée Popolove