Hello tout le monde !

J'espère que tout le monde va bien, et que vous êtes prêts à encaisser un nouveau chapitre tout droit sorti de mon cerveau détraqué ^^

Un grand merci pour toutes vos reviews qui sont toujours aussi géniales ! D'ailleurs à ce propos, je suis sincèrement désolée d'y avoir répondu aussi tardivement encore une fois, mais le temps me manque vraiment =/

J'ai vu que les avis concernant les méthodes thérapeutiques de Jasper étaient mitigés. Certains ne seraient pas du tout d'accord pour consulter chez lui (ce qui est assez compréhensible xD), tandis que d'autres trouvent ses méthodes géniales ! Alors je vais vous suivre... Parce que ça n'existe pas en vrai, vive les psychologues dépressifs et bourrés !

Je fais un spécial bisou à ma Robounette adorée (a-single-night) pour la merveilleuse review qu'elle m'a laissée *-* D'ailleurs je vous conseille vivement d'aller lire sa fiction qu'elle vient tout juste de poster et qui s'intitule "Sex Love & Drugs", car elle est vraiment très prometteuse ;)


Merci aux anonymes

diana, Martine16, PrincetonGirl818, EdwardxBella, Bellacullen, anauda, popo, Marie, triskelle sparrow, mmev, Littlegirl, phelie, kiwi944, lily-rose, steephanie, Marie, xHouna, kccb, lincece49, smile, lolo, Claire de Lune, une lectrice, Flooe et Bloom95701

...

Sur ce, place au chapitre qui commence directement sur l'arrivée d'Edward... Comment va-t-il réagir en voyant l'état d'ébriété dans lequel se trouvent Jasper et Bella?

Voyez par vous même =D


Chapitre 6 : Secours

oO "California King Bed" Oo – Rihanna

Pov Edward

Je rentrai dans mon appartement, étrangement éreinté par cette journée. Je ne comprenais pas pourquoi, ce n'est pas comme si je n'avais pas l'habitude de tuer de façon aussi… répugnante, mais là ça m'avait épuisé, comme si ça m'avait valu un effort surhumain. Peut être étais-je seulement fatigué… ce n'est pas comme si je commençais à me ramollir et à être attendri, je n'ai jamais eu de mal à tuer en six ans, je ne vois pas pourquoi j'aurais du mal à le faire aujourd'hui. J'appuyai sur l'interrupteur, allumant les lumières de l'appart étonnamment sombre. D'habitude quand je rentre, tout est éclairé…

Je soupire avant de me diriger dans la cuisine et d'ouvrir mon frigo pour m'emparer d'une canette de bière. Je la décapsule puis retourne à mon salon pour m'assoir sur le canapé, mes pieds sur la table et ma bière à la main. Je fermai les yeux et savourai ce moment de tranquillité et de plénitude. J'appréciais ces instants de solitude et de silence chez moi, ça me permettait de faire le vide avec moi-même, c'était ma façon à moi de me reposer et de recharger les batteries, puisque mes nuits n'étaient plus reposantes depuis bien longtemps. Je ne dormais jamais bien, en tout cas plus depuis des années. Non pas que j'avais des cauchemars ou des problèmes avec ma conscience quant à ce que je faisais dans la vie, j'avais la conscience parfaitement tranquille. Seulement… le sommeil ne me prenait jamais totalement. Même endormi, je restais éveillé. Je ne dormais jamais sur mes deux oreilles, j'avais perdu le goût du sommeil il y a presque sept ans, depuis le jour où tout a basculé et où ils sont tous partis. Tous partis par ma faute. Parce que je n'avais pas su me montrer digne, me comporter de la façon qu'il fallait et faire ce qu'on attendait de moi. J'avais failli, j'avais échoué, et on a tous fini par couler. Et depuis je ne dormais plus. Je ne pense pas réussir à bien dormir un de ces jours, le sommeil m'a quitté définitivement, tout comme mes scrupules et ma conscience.

Voilà pourquoi je me contentais de ces moments éveillés où j'étais seul, sans aucune ombre au tableau ni aucun bruit. Pas d'Emmett pour jouer les lourdauds, pas de Rosalie pour me prendre la tête, pas de Jasper pour me déprimer, et pas de…

Je recrachai soudainement ma gorgée de bière et écarquillai les yeux, horrifié.

Merde, Bella ! (N/Yoro: Ben dis donc, il était temps que tu t'en rendes compte lol)

Je toussotai en reposant ma canette sur la table basse et en me levant à la hâte, me fustigeant mentalement pour la boulette que je venais de faire. Je l'avais complètement oubliée celle là. Je l'avais envoyée chez Jasper il y a de ça plusieurs heures, la pauvre devait vraiment en avoir ras le bol de devoir se coltiner un ivrogne pour psychologue. Comment avais-je fait pour ne pas me rappeler de passer la récupérer ? En même temps, cette fille me sortait vraiment par les yeux, alors une journée sans penser à elle, ben ça ne m'avait pas fait trop de mal. J'attrapai mes clés posées sur la table et filai chez Jasper avec empressement, espérant qu'elle ne se rendrait pas compte que je l'avais zappée. Oh et puis, je ne lui avais pas donnée d'heure fixe il me semble, alors elle pouvait encore attendre, qu'est-ce que j'en avais à foutre ?

Je pris l'ascenseur pour un étage, trop flemmard pour me taper l'escalier. Une fois les portes de l'ascenseur ouvertes, je me précipitai à la porte de Jasper, et cognai à la porte, attendant qu'il m'ouvre. Lorsque celui-ci ne m'ouvrit pas, je fronçai les sourcils, soupçonneux. Il ne pouvait pas être bourré puisqu'il était avec Bella. (N/Yoro: T'inquiète, il a pas fait son égoïste, il a fait tourner la bouteille)

Je soupirai d'exaspération et tambourinai à la porte avec plus de force et de vigueur.

« Jasper ! Ouvre, je dois récupérer Bella ! »

J'entendis la porte se déverrouiller automatiquement et j'ouvris la porte, m'engouffrant dans l'appartement. Quelques rires me provenaient de son bureau et je commençai à m'inquiéter.

Jasper ne riait jamais lorsqu'il était sobre. Il devait obligatoirement avoir ingurgité une dose de vodka et de whisky suffisamment élevée pour ne plus se souvenir de comment il s'appelle pour être capable de rire de cette façon. J'espérais qu'il ne s'était pas permis de boire devant elle, car je n'ose même pas imaginer le choc que ça pourrait lui faire. (N/Yoro: J'ai hâte de voir sa tête mdr)

J'ouvris alors la double porte de son cabinet et ma mâchoire se décrocha littéralement.

Plusieurs bouteilles de whisky étaient ouvertes sur la table, quelques verres renversés, de l'alcool coulant sur le sol… mais le pire était sans aucun doute l'état dans lequel Jasper et Bella se trouvaient. Jasper était affalé sur son fauteuil, le visage blafard, les yeux dans le vague, la chemise encore plus débraillée que ce matin, tâchée et imbibée d'alcool. Il avait un sourire de débile collé au visage, et un verre dans chacune de ses mains. Bella quant à elle, était dans un état que je n'avais encore jamais vu. Les cheveux complètement décoiffés, le visage semblable à celui de Jasper, en train d'engloutir une bouteille sous mon regard incrédule. (N/S : Je sens que ça va barder. Vite, tous aux abris !)

« Edward ! Te voilà mon pote ! » S'exclama Jasper complètement ivre.

Ma bouche était toujours ouverte, tandis que l'information grimpait progressivement dans mon cerveau. Jasper l'avait fait boire… il avait osé faire boire une pauvre gamine de dix sept ans… J'allais le tuer.

« Dommage que tu sois pas venu plus tôt, t'aurais entendu Bella chanter. » Dit-il avant de partir dans un rire incontrôlable.

« Il a dit que je chantais comme un rossignol. » Gloussa Bella, les yeux hagards et un sourire de benêt collé aux lèvres.

« Le plus beau de tous les rossignols ! » S'écria-t-il en ricanant. « Et l-le plus b-bourré aussi. » Bafouilla-t-il en tombant de son fauteuil, tandis que Bella pouffait de façon ridicule.

Je secouai la tête devant un spectacle aussi navrant. La fureur montait petit à petit en moi, à mesure que je prenais vraiment conscience de ce que j'avais sous les yeux. Putain de merde, il l'avait vraiment rendue ivre… Ma parole il avait soulé Bella ! Mais qu'est-ce qui lui est passé par la tête à ce crétin ? Il a perdu l'esprit ou quoi ? Où est passé son foutu cerveau !

« Jasper… t'es un homme mort. » Susurrai-je haineusement entre mes dents, mes yeux rivés sur Bella qui était écroulée sur le sofa, quelques larmes de rire perlant sous ses yeux.

Elle était tellement délirante qu'elle en oublia la bouteille qu'elle tenait et la lâcha. Celle-ci tomba par terre et l'alcool se répandit sur le tapis et je soufflai de désespoir, pour masquer ma colère.

« Oh allez Edward, trinque avec nous ! » S'enthousiasma Jasper accroupi par terre, qui tentait de se relever en prenant appui avec le fauteuil.

« En tout cas t'avais raison Jasper. » Rigola Bella. « Je me suis jamais sentie aussi bien de… de t-toute ma vie. » Acheva-t-elle en éclatant de rire, tandis que je les regardais avec des yeux prêts à sortir de leurs orbites, tellement je n'arrivais pas à croire ce que je voyais.

Je pris une profonde inspiration pour tenter de me contenir, mais ma fureur était tellement énorme que je finis par exploser.

« Bordel de merde ! JASPER ! » Hurlai-je en accourant vers Bella allongée à plat ventre.

Je passai son bras autour de mes épaules et la relevait en encerclant sa fine taille, tandis qu'elle titubait et riait comme une idiote. Elle avait tellement de mal à tenir debout que même avec mon poids, elle était sur le point de tomber.

« Quoi ? » Rétorqua Jasper qui parvint difficilement à se rasseoir sur son fauteuil. Je tournai ma tête vers lui, outré qu'il me pose la question.

« Tu me demandes ce qui va pas ? » M'énervai-je. « Non mais tu te fous de ma gueule ? Tu m'avais promis de prendre soin d'elle, putain ! »

« Et bah ? » Pouffa-t-il. « Elle va très bien, regarde elle rigole comme une oie. »

« Je croyais que j'étais un rossignol ? » S'enquit Bella avec une moue déçue. Je me pinçai l'arête du nez avec ma main libre.

« Non mais regarde-la bon sang ! On dirait Amy Winehouse ! » M'écriai-je effaré. (N/S : La comparaison est peu flatteuse.)

« C-c'est qui A-Amy Winehouse ? » Bredouilla Bella chancelante.

J'inspirai profondément pour ne pas sortir de mes gonds. À cet instant je regrettais amèrement de l'avoir oubliée et de ne pas être arrivé plus tôt. Non, en fait je regrettais carrément de l'avoir emmenée ici. J'aurais dû me douter que Jasper allait me la foutre dans cet état. Merde elle est mineure quand même !

« Je crois que c'est la chanteuse qui a plus de bouteilles et de coke chez elle que de disques vendus. » S'esclaffa Jasper.

« Bon ça suffit ! » Clamai-je remonté. « Bella viens, je te ramène à la maison. » Elle me regarda attristée.

« Pourquoi ? Je m'amuse bien ici moi. » Bouda-t-elle en voulant s'écarter.

Je raffermis ma prise autour de sa taille pour l'empêcher de tomber, puis fermai les yeux, priant pour que tout ceci ne soit qu'un affreux cauchemar. Réalisant que je ne rêvais pas, je rouvris soudainement les yeux, la rage m'envahissant totalement. Je me tournai vers Jasper le dardant d'un regard meurtrier.

« Tu vas me payer ça Jasper. » Profanai-je. « Je te jure que tu vas me le payer. »

« Ça va Ed ! » Soupira-t-il en balayant une main devant moi, signe qu'il prenait ça à la légère. « Je lui ai juste changée les idées à ta gosse. Tu vas pas m'en vouloir pour ça. »

« T'étais sensé t'occuper d'elle et l'aider ! » Incendiai-je. « Pas la faire picoler et me la foutre dans un état pareil ! Elle tient même pas debout ! »

« Je l'ai pas forcée, je te signale. » Rétorqua-t-il avec un sourire de con. « Je crois que la petite a apprécié, pas vrai Bella ? » Lança-t-il hilare. Bella continua de rire en hochant la tête comme une demeurée.

« Non mais tu te rends compte de ce que t'as fait ? ! » M'écriai-je en colère. « Elle est mineure bordel ! T'avais pas le droit Jasper ! » Ce dernier ricana.

« C'est toi qui me parles de ce qu'il faut ou ne pas faire ? » Railla-t-il. Il partit dans un rire, uniquement causé par les effets de l'alcool. (N/Yoro: C'est moi ou il cherche les problèmes?)

« Je me sens pas bien… » Marmonna Bella, le visage légèrement blanc. Génial ! En plus de ça il fallait qu'elle ne supporte pas l'alcool… Combien de verres avait-elle bu au juste ?

« Prends donc un petit verre pour la route. » Suggéra Jasper, affalé sur son fauteuil, sa bouteille en train de se renverser sur sa chemise sans qu'il ne s'en rende compte.

En temps normal j'aurais foncé pour l'aider et le sortir de là, mais j'étais bien trop énervé pour me soucier de lui. Et puis j'avais déjà Bella à m'occuper.

« Bonne idée. » Sourit cette dernière en jetant un coup d'œil à la table pleine de bouteilles vides, renversées, ou à moitié pleines.

« Hors de question ! » Assénai-je durement. « Toi tu viens avec moi. » Ordonnai-je en resserrant ma prise sur elle, tandis qu'elle tentait de s'échapper pour se diriger vers la table.

« Mais… mais j'ai pas envie… » Protesta-t-elle tristement, comme si elle était sur le point de pleurer. Je fronçai les sourcils, avant de monter sur mes grands chevaux et de lui lancer un regard plein de rage.

« Non mais tu vas pas me faire chier ! » Incendiai-je. « Je me fous de ce que tu veux ou pas, c'est moi qui décide et je te ramène à la maison, point barre ! »

Elle me regarda apeurée, puis sans que je ne comprenne quoi que ce soit elle commença soudainement à sangloter, de véritables larmes sortant de ses yeux.

« Arrête de me crier dessus ! » Pleurnicha-t-elle larmoyante en se débattant. « Tu me fais peur ! »

J'entrouvris la bouche de surprise. Je savais que l'alcool provoquait un drôle d'effet pour certaines personnes, mais elle, c'était la première que je voyais qui passait du rire aux larmes aussi… facilement et rapidement. Sur la tête de mon pistolet, c'est la dernière fois que Bella touche à une seule goutte d'alcool.

« Arrête de te débattre alors ! » Répondis-je en redoublant de force pour la maintenir en place.

« Mais je veux rester ici ! » Implora-t-elle en tirant pour se dégager en vain.

Je soupirai de lassitude. Même quand elle était bourrée elle trouvait le moyen d'être infernale et insupportable.

« Très bien, si tu veux pas m'obéir, tu ne me laisses pas le choix. » Conclus-je en passant un bras sous ses genoux afin de la soulever.

« Eh ! » Cria-t-elle, tandis que je la portais comme un bébé. « Repose-moi. » Gémit-elle en pleurant sous mon regard choqué.

« J'en vois pas l'intérêt, tu peux même pas marcher sans t'écrouler. » Répliquai-je sèchement.

Elle me regarda avec des yeux pleins d'incompréhension, le visage paumé.

« Hein ? » Fit-elle troublée.

Je levai les yeux au ciel et soupirai d'exaspération.

« Laisse tomber. » Marmonnai-je rageur. « Je la ramène et ensuite je viens m'occuper de ton cas. » Cinglai-je, le regard tourné vers Jasper.

Ce dernier roulait des yeux, engloutissant une nouvelle gorgée, comme si de rien n'était. Je pris une inspiration pour me contenir, sachant très bien que cela ne servait à rien de m'énerver contre lui maintenant, il n'était pas dans son état normal et de toute façon, même s'il l'était il ne m'écouterait pas. Jasper n'écoutait plus les autres. Il ne répondait que de lui-même et faisait ce qu'il voulait. Et je ne serais certainement pas celui qui l'empêcherait d'agir. Cela dit, il m'avait quand même foutu Bella dans un état lamentable, et ça je ne pouvais le tolérer.

Je regardai Bella dans mes bras qui pleurait à cause de… à cause de rien du tout d'ailleurs, et me détournai pour sortir du cabinet, tandis que Bella avait la tête tournée vers la table ou siégeaient les bouteilles.

« Mais… » Supplia-t-elle.

« Y a pas de mais Bella. » Contrai-je doucement, n'ayant pas envie de la faire sangloter une nouvelle fois. « T'as assez bu pour aujourd'hui. Et même pour le restant de ta vie. » Murmurai-je sarcastique.

Elle gémit de déception, puis enfouit sa tête dans mon cou, sans que je ne comprenne comment ni pourquoi. Ce contact me mit mal à l'aise, à l'instar de la veille où elle s'était réfugiée dans mes bras. Bon là, je devais avouer que c'était principalement à cause de son haleine puant l'alcool, mais il y avait autre chose inexplicable qui faisait que j'étais toujours embarrassé lors du moindre contact avec elle, j'étais toujours pris d'un malaise inconfortable. J'ignorais vraiment d'où cela pouvait provenir et j'aurais bien aimé le savoir, car au moins cela m'aurait permis de faire quelque chose pour y remédier.

J'accordai un dernier regard à Jasper, tâchant d'ignorer l'incommodité que j'éprouvais avec Bella, puis,réalisant que celui-ci m'ignorait complètement, je sortis du cabinet en la tenant dans mes bras, tandis qu'elle gémissait pour je ne sais quelle raison. J'attendis l'ascenseur, puis Bella se mit à rire subitement.

« Qu'est-ce qui te fait rire ? » Marmonnai-je. Elle secoua la tête de façon enfantine.

« J'ai l'impression d'être une mariée. » Rit-elle, alors que je fronçais les sourcils.

Je soupirai. Plus jamais je ne la confierais à Jasper.

« Qu'est-ce qui t'a pris Bella ? » Demandai-je, espérant qu'elle ait un minimum de lucidité pour répondre. Elle me regarda avec des yeux ronds.

« De quoi ? » J'eus presque envie de rire face à l'expression de son visage.

« De boire. » Précisai-je. « Venant de Jasper je suis pas étonné mais… toi… » Elle éclata de rire, tandis que l'ascenseur arrivait.

« Il m'a dit… que je pourrais oublier. » Parvint-elle à dire entre deux rires.

Je la regardai tristement, tout en appuyant sur le bouton. J'avais espéré que cette séance aurait pu l'aider, mais apparemment ça n'avait rien arrangé, elle avait fait la même erreur que Jasper, et cru que tous ses problèmes se résoudraient par l'alcool. Jasper avait eu une mauvaise influence sur elle, et ça me mettait hors de moi. Bella était encore innocente, il ne fallait pas qu'elle se laisse entrainer dans ce genre de merdiers. Elle avait beau être énervante, elle était tout de même intelligente. Un peu trop naïve certes, mais au moins elle avait des capacités intellectuelles qui dépassaient la normale, comparé aux filles que j'avais pu rencontrer. Et même si elle avait le don de m'exaspérer, dans le fond je l'aimais bien.

L'ascenseur s'arrêta et les portes s'ouvrirent. J'ouvris la porte de l'appartement d'une main, les lumières étaient encore allumées et ma bière sur la table basse. Je me dirigeai vers le canapé et déposai Bella dessus, mettant plusieurs secondes à parvenir à la maintenir assise tellement elle était défaillante.

« Attends-moi là, je vais te faire un café. » Elle hocha la tête en souriant comme une idiote et je secouai la tête, amusé malgré tout. (N/Yoro: elle va te piquer ta bière lol)

J'allai dans la cuisine et lui préparai un café, soupirant de lassitude. Je commençais à en avoir marre de n'avoir que des alcoolos autour de moi. J'avais l'impression de ne faire que ça, m'occuper d'eux à longueur de temps. Le pire était Jasper. Combien de fois l'avais-je retrouvé dans un état tellement lamentable, qu'il ressemblait à un cadavre ? Combien de soirées avais-je passées chez lui, à m'occuper de lui et de veiller à ce qu'il ne reboive pas avant le lendemain ?

Mais Jasper avait une endurance à l'alcool que Bella n'avait pas. Il était habitué lui à boire comme pas deux et descendre toutes des bouteilles de scotch, seulement Bella elle, c'était tout le contraire. J'étais prêt à parier tout ce que j'avais que c'était la première fois qu'elle buvait. Et il était hors de question qu'elle recommence, je veillerais personnellement à ce que cette fois ci soit sa première et sa dernière fois. Je ne voulais pas avoir à la ramasser à la petite cuillère comme je le faisais avec Jasper, ou comme Rosalie le faisait avec Emmett.

La cafetière s'arrêta et je pris la tasse pour la ramener dans le salon où Bella était affalée contre l'accoudoir, les yeux fermés, comme si elle somnolait.

« Bella ? » Appelai-je en m'asseyant à côté d'elle, le café dans les mains.

Elle cligna des paupières et ouvrit les yeux, tournant sa tête vers moi avec un sourire vague sur les lèvres. Bon, apparemment elle avait pas encore dessoulé…

« Tiens. » Lui dis-je en lui tendant la tasse.

Elle la regarda comme si elle était un extraterrestre.

« C'est quoi ? » Demanda-t-elle sottement. Je roulai des yeux, prenant sur moi pour ne pas m'énerver.

« Une tasse. » Marmonnai-je. « Tais-toi et bois. »

Elle me regarda suspicieusement, avant de prendre le café et de boire avec hésitation. À peine avait-elle pris une gorgée qu'elle recracha le tout.

« Mais c'est infecte ! »

Je souris légèrement.

« C'est moins bon que le whisky, ça c'est sûr. » Approuvai-je. Elle s'empressa de poser la tasse sur la table, les mains tremblantes.

« T'as essayé de m'empoisonner ? » S'enquit-elle avec une petite moue boudeuse. Je fronçai les sourcils.

« C'est Jasper qui t'a rendue complètement soule et c'est moi que tu accuses ? » Répliquai-je sarcastique. « Je te remercie. »

Elle me regarda la bouche entrouverte, silencieusement. J'attendis qu'elle daigne bouger ou dévier son regard, mais elle n'en fit rien, au lieu de ça un sourire étrange apparut sur ses lèvres, ce qui ne me disait rien qui vaille. Sa bouche ne s'était toujours pas refermée et elle me fixait toujours, une lueur mystérieuse dans les yeux.

« Edward ? » Murmura-t-elle timidement en se mordant la lèvre. Je la regardai curieusement, désarçonné par son attitude.

« Quoi ? »

Sans crier gare, elle plaqua ses mains de part et d'autre sur mon visage, me prenant au dépourvu. Elle rapprocha son visage, tandis que j'étais complètement paumé. Elle fout quoi là ? (N/S : Je sens que je vais aimer ce qui va suivre. *se frotte les mains*)

Son visage se rapprochait de plus en plus, si bien que je pouvais sentir l'alcool qui empestait. Sa bouche n'était qu'à quelques centimètres de la mienne, légèrement entrouverte, ce qui me faisait paniquer. Puis tandis que je cherchais par tous les moyens pour m'enfuir de ce traquenard, je vis son visage changer d'expression et blanchir soudainement. Ses sourcils se froncèrent et sa tête se baissa, tandis qu'elle avait une mine dégoutée.

« Je crois que je vais être malade. » Déclara-t-elle, avant de se relever et de partir en courant vers la salle de bain, le tout sous mon regard incrédule. (N/S : Je retire ce que j'ai dit.)

C'est officiel, Bella avait vraiment perdu la boule. Je ne pigeais strictement à ce qui venait de se passer et très franchement, je n'avais pas du tout envie de savoir ce qu'elle était sur le point de faire avant d'avoir cette nausée soudaine. Quelques secondes plus tard, je l'entendis vomir bruyamment, ce qui me ramena à la réalité. Je soupirai avant de me lever pour la rejoindre, légèrement soucieux. J'arrivai à la salle de bain et la vis accroupis devant la cuvette, en train de se vider, ce qui m'inquiéta. Je décidai de faire quelque chose pour l'aider et accourrai pour lui tenir les cheveux, tandis qu'elle régurgitait avec virulence, sans s'arrêter. Je devais reconnaitre que je n'avais pas l'habitude de ce genre de situations, en réalité c'était même la première fois, et j'étais assez mal à l'aise. Depuis que Bella avait débarqué, je ne faisais que des trucs donc je n'étais pas habitué apparemment. Il serait temps que je trouve une solution quant à cette situation car j'avais vraiment l'impression de changer, tellement ce n'était pas mon genre de m'occuper de quelqu'un comme ça. On aurait dit que je la maternais, et franchement ça contrastait beaucoup trop de ce que j'étais vraiment. Mince, j'étais un assassin sans pitié, pas un gentil garde-malade qui vient en aide aux filles en détresse.

Les secondes passaient et elle continuait de vomir, ce qui fit redoubler mon inquiétude. À ce rythme là elle allait carrément se vider de tous les boyaux.

« Euh Bella ? » Hésitai-je en la voyant qui ne s'arrêtait pas. « Ça va ? » Demandai-je maladroitement, relevant encore un peu plus ses cheveux. Elle se mit à tousser et tourna la tête pour me toiser d'un regard noir.

« J'ai l'air d'aller bien ? » Lâcha-t-elle faiblement d'une voix pâteuse, avant de se retourner vivement pour vomir une nouvelle fois, tandis que je la regardais désolé et penaud.

« Euh… pas vraiment. » Murmurai-je pour moi-même.

Elle finit enfin par s'arrêter et se mit à gémir, respirant bruyamment.

« Je crois que j'ai trop bu. » Finit-elle par conclure, tandis que je réprimais un rire. (N/Yoro: Non, tu crois?)

« Sans blague. » Ironisai-je. « Tu t'en es rendue compte comment ? »

Elle se tourna une seconde vers moi pour me lorgner méchamment.

« Pas la peine d'en rajouter. » Je ne pus me retenir de rire devant son regard qu'elle voulait menaçant. J'en aurais carrément pris une photo si j'avais pu.

« C'est bon t'as fini ? » M'enquis-je amusé.

Son visage se décomposa et subitement, elle se tourna pour vomir… encore.

« Apparemment non. » Marmonnai-je penaud.

Elle toussait bruyamment, vomissait, gémissait, une main sur son ventre et l'autre sur la cuvette pour se tenir. J'avais un petit pincement au cœur de la voir comme ça. Après tout au fond c'était moi le responsable. Si je ne l'avais pas envoyée chez Jasper, jamais elle ne serait dans cet état, malade comme une perdue.

« Comment est-ce que je me suis retrouvée dans cette situation ? » Gémit-elle douloureusement au bout d'un long moment, tentant de reprendre sa respiration. J'haussai les épaules.

« Bah c'est en général ce qui arrive aux personnes qui boivent trop et qui ne le supportent pas. » Répondis-je embarrassé, sachant très bien qu'elle n'attendait pas de réponse à sa question et qu'elle allait me faire le coup du regard de tueur.

Cela ne manqua pas et je manquai une nouvelle fois d'éclater de rire devant son regard noir.

« Allez viens. » Changeai-je abruptement de sujet en la prenant par la taille pour l'aider à se relever, amusé par la situation.

Elle tira la chasse d'eau et se releva difficilement, chancelante et déséquilibrée. Je l'aidai à se déplacer vers le lavabo, et actionnai le robinet pour elle. Elle avait vraiment du mal à tenir debout, ce qui m'inquiétait vraiment. Elle se débarbouilla les mains toujours tremblantes, tandis que je la maintenais debout. Je l'entendis geindre lorsqu'elle s'aspergea le visage d'eau froide. Ça devait surement lui donner mal à la tête. Je la regardai tristement, désolé pour elle. Dès qu'elle irait mieux, j'irais passer un savoir à Jasper, parce que me la foutre dans un état pareil était vraiment inacceptable de sa part. Il m'avait promis de s'occuper d'elle et au lieu de ça, il la rendait malade.

« Edward… » Gémit-elle en fermant le robinet. Je fronçai les sourcils. « J'ai la tête qui tourne… »

J'entrouvris la bouche d'étonnement. On ne m'avait pas briefé pour ce genre de cas, alors je ne savais pas du tout quoi faire. Je la fis retourner vers moi pour la regarder et pus voir qu'en effet, elle était dans une sorte d'état second, presque comateux.

« Bella ? » Fis-je inquiet et soucieux, tandis qu'elle clignait de l'œil.

Elle ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais aucun son ne sortit, puis elle cligna des yeux à nouveau avant de s'effondrer. J'eus juste le temps de la rattraper avant qu'elle ne tombe par terre.

« Hey ! » Appelai-je en lui tapotant la joue. « Bella ? »

Elle ne répondit pas ni ne rouvrit les yeux, se contentant de rester inconsciente et parfaitement immobile. Je soupirai et me pinçai l'arête du nez. Pourquoi me mettait-on dans une situation pareille ? Qu'est-ce qui lui avait pris à cette idiote de faire comme Jasper et de se souler comme ça ? Je croyais qu'elle était du genre à avoir la tête sur les épaules…

« Merde… » Soupirai-je pour moi-même.

Comme par hasard il avait fallu que ça tombe sur moi. Je me passai une main dans les cheveux et marmonnai dans ma barbe. Je posai les yeux sur Bella qui semblait totalement inerte. Remarquez, le fait qu'elle soit évanouie ne pouvait pas vraiment lui faire de mal. Après tout, elle était mieux comme ça qu'éveillée, complètement ivre et malade à en crever. Je m'arrachai un sourire à cette pensée. Qui aurait cru que la petite Bella que j'avais kidnappée finirait aussi éméchée ? Certainement pas moi en tous cas.

Je décidai de la prendre dans mes bras pour la porter jusqu'à la chambre. Heureusement qu'elle avait la taille d'une plume, car autrement je n'aurais pas pu supporter de me la trimballer depuis tout à l'heure. Je nous dirigeai vers la chambre, poussant la porte avec mon pied pour y entrer. Je la déposai délicatement sur le lit et l'entendis émettre un son avec sa bouche, ressemblant à une sorte de protestation. Je soupirai de soulagement. Au moins elle n'était pas vraiment inconsciente, mais seulement endormie. Décidément, l'alcool c'était pas pour elle. Je lui retirai ses chaussures, puis rabattis la couverture sur elle. Je sais que j'aurais dû la déshabiller, mais à vrai dire je n'en avais pas du tout envie. Elle et moi avions déjà dépassé pas mal de limites d'après moi. Alors mieux valait limiter les dégâts pour aujourd'hui.

Voyant qu'elle était profondément endormie et pas du tout sur le point de se réveiller, je pesai le pour et le contre à savoir, si je devais la laisser seule pour aller sermonner Jasper, ou s'il valait mieux que je reste ici à veiller à ce qu'il ne lui arrive rien. De toute façon qu'est-ce qu'elle risquait maintenant qu'elle n'était plus éveillée ? Je pouvais bien aller voir Jasper quelques minutes, le temps de lui faire un sermon des plus mémorables. Je la regardai silencieusement, tandis qu'elle avait l'air paisible. Plus paisible que lorsqu'elle est réveillée en tous cas. Elle devait surement réprimer un souvenir douloureux qu'elle souhaite à tout prix oublier, pour s'être autant abreuvée d'alcool aujourd'hui. Elle ne bougeait pas d'un cil, immobile. Je ne l'entendais même pas respirer. Elle pourrait carrément passer pour morte si elle avait le visage un peu plus blafard. Je soupirai puis décidai d'aller voir Jasper. Après tout elle serait encore là quand je reviendrais, et puis il fallait aussi que je m'occupe de Jasper qui devait surement être dans un état pitoyable. J'accordai un dernier regard à Bella avant de sortir de la chambre, de prendre mes clés au passage et de monter chez Jasper.

Arrivé devant sa porte, je fus étonné qu'elle ne soit pas verrouillée. Je l'ouvris doucement, un peu effrayé par ce que j'allais y trouver. J'espérais qu'il ne soit pas en train de faire un coma éthylique, ce ne serait pas la première fois et franchement je n'ai pas que ça à faire. Je fermai la porte doucement, puis allai jusqu'à son cabinet où je pus constater qu'il était affalé sur son fauteuil, le bouche ouverte en train de ronfler bruyamment, une bouteille vide posée sur son ventre. Je soufflai pour me donner du courage et me dirigeai vers son bureau, ouvrant son minibar. Je sortis un mini seau que j'avais ramené lors de ce genre d'occasion, puis m'emparai d'une bouteille d'eau. Je vidai le contenu de la bouteille dans le seau, puis refermai le frigo sans bruit, avant de prendre le seau et de me diriger vers le fauteuil. Je me positionnai devant Jasper qui ronflait toujours sans discrétion, et le regardai avec désespoir.

Puis en soupirant, je lui renversai le seau en plein sur la tête.

L'effet fut tel que Jasper sursauta et poussa un hurlement strident, tandis qu'il se prenait toute l'eau dans la figure et sur ses vêtements.

« Putain de merde ! » Jura-t-il en se relevant subitement. Je reposai le seau vidé au sol et le regardai en haussant les sourcils.

« Tu as un problème Jasper ? » Demandai-je innocemment. Il essuya vainement sa chemise trempée et se rassit en me toisant férocement.

« Un problème ? » S'exclama-t-il outré. « Non mais t'es pas bien ? Tu veux ma mort ou quoi ? ! Espèce de crétin ! » Je réprimai un sourire.

« T'avais qu'à pas te prendre une jolie cuite pendant que je te confiais Bella. » Répliquai-je sèchement.

« Je fais ce que je veux, c'est clair ? » Cingla-t-il en se passant une main sur le front. « Putain ma tête… » Gémit-il avec douleur.

« Pas quand t'es sensé veiller sur elle bon sang ! » L'ignorai-je pour continuer. « As-tu une idée de l'état dans lequel je l'ai ramenée à l'appart ? Elle a carrément disjoncté, elle faisait n'importe quoi et elle a pas arrêté de gerber ! »

Il continua à se frotter le front, grognant dans sa barbe. Il se passa une seconde main sur le visage, puis se leva du fauteuil avec lenteur.

« Comment elle va ? » S'enquit-il au bout d'un moment. Je lui lançai un regard noir.

« A ton avis ? » Lâchai-je sarcastique.

« Ça va… » Soupira-t-il. « Je l'ai pas forcée ta gamine. Elle était parfaitement consentante. »

« Peu importe, c'était pas une raison ! » Protestai-je. « T'aurais pu l'arrêter ou je sais pas… te comporter comme un adulte ! T'aurais même, jamais dû lui proposer de boire quoi que ce soit en tout premier lieu ! »

« Elle en avait besoin Edward. » Répondit-il calmement.

« C'est une gamine Jasper ! » M'écriai-je choqué.

« Mais c'est pas vrai ! » S'exclama-t-il en se tapant le front. « T'es vraiment con ou tu le fais exprès ? » Lança-t-il énervé, me prenant au dépourvu.

« Je te demande pardon ? » M'étonnai-je. De quel droit est-ce qu'il me parlait comme ça cet enfoiré ?

« On se fout de l'âge de cette gamine ! » Cria-t-il. « Elle en avait besoin c'est tout ! Et si t'étais pas bloqué entre quatre putains de murs que t'as érigés autour de toi, tu te rendrais compte que cette fille a un vrai problème ! »

« Je sais qu'elle a un problème figure-toi ! » Me défendis-je. « C'est pas pour rien que je te l'ai ramenée je te signale. »

« Mais c'est pas seulement ça. » Contra-t-il, apparemment vraiment impliqué dans ce qu'il disait, ce qui me troublait venant de lui. « Elle est exactement comme toi. »

Je manquai de m'étouffer. Vu les conneries qu'il débitait, il avait peut être pas dessoulé finalement…

« Tu peux répéter ? » Fis-je affublé. Il leva les yeux au ciel.

« T'as très bien entendu. J'ai dit qu'elle était comme toi. » S'entêta-t-il.

« Tu veux peut être que je te renverse un nouveau seau d'eau sur la tête, parce que t'as quelques neurones qui sont encore hors service. » Ironisai-je, presque amusé. Il me lorgna énervé.

« Fais pas le con, je suis sérieux là. » Râla-t-il impatient.

« Enfin qu'est-ce que tu racontes ? » M'enquis-je incrédule.

« Elle me fait penser à toi, il y a quelques années. Quand t'étais encore un homme. » Rétorqua-t-il, la voix plein d'amertume. J'écarquillai les yeux, complètement perdu.

« Parce que là je ne le suis plus, peut être ? » Émis-je avec sarcasmes.

« Non. » Trancha-t-il sombrement. « Mais regarde-toi Edward ! » S'énerva-t-il soudainement. « T'es pas un homme là ! T'es juste un robot, un vulgaire robot destiné à obéir à un salaud ! »

Je me pinçai l'arête du nez, me retenant de ne pas l'encastrer contre un mur avec violence.

« Tu peux parler. » Susurrai-je haineusement. « Je suis peut être un robot comme tu dis, mais c'est toujours mieux que toi qui n'es rien du tout. Parce que vois les choses en face Jasper, t'es au bout du rouleau. Tu te laisses couler, tu passes ton temps à boire et t'envoyer en l'air dans ton bureau. »

« Mes clients n'y voient aucun inconvénient. » Se défendit-il.

« Et où tu vois des clients toi ? ! » Vociférai-je. « A ton avis pourquoi t'en as quasiment pas ? »

Il ne répondit pas, se contentant de détourner les yeux.

« C'est vrai que je suis pas vraiment au mieux de ma forme… » Reconnut-il.

« Tu te fiches de moi ? » L'interrompis-je abasourdi. « T'es une vraie loque, tu erres sans but, tu n'as plus aucune envie, aucune motivation, tu vis dans le passé. »

« D'accord, tu as raison, peut être que je vis effectivement dans le passé, que je refuse d'avancer et que je me noie dans l'alcool, mais au moins ça prouve que je suis humain. » Riposta-t-il avec dégout. « Moi au moins je le suis resté. J'ai gardé mes faiblesses humaines alors que toi… toi tu es seulement vide Edward. »

Je me braquai.
« Ne commence pas sur ce terrain là Jasper. » Prévins-je sur la défensive.

Ce n'était pas la première fois qu'il me faisait ce discours. Et à chaque fois, ça partait en cacahuètes parce que je ne supportais pas de l'entendre me faire la leçon, et il n'aimait pas le fait que je refuse de l'écouter.

« C'est toi qui as voulu embrayer sur le concours de celui qui a la vie la plus merdique. » Répliqua-t-il avec ironie. « Alors parlons un peu de toi, et de comment tu gères ta vie Ô combien palpitante… »

« Ferme-là Jazz ! » Ordonnai-je.

« Pourquoi ? » S'enquit-il faussement. « La vérité fait mal à entendre ? Pourtant c'était pas ce que tu voulais ? Cesser d'être un être humain pour devenir cette… cette chose sans émotion que tu es ? » Fit-il d'une vois dédaigneuse. Je me passai une main dans les cheveux pour me contenir.

« Tu ne tiens pas vraiment à ce que je réponde à ça. » Persifflai-je.

« Qu'est-ce que tu pourrais bien répondre de toute façon ? » Fit-il remarquer d'un ton maussade. « Tu sais que j'ai raison. Ça fait bien longtemps que tu n'es plus le meilleur ami que j'ai connu à l'école, celui qui se souciait des autres, qui avait des sentiments et qui était quelqu'un de bien. » Déclara-t-il sombrement. (N/Yoro: Ça sent la fin de l'amitié là…)

Je fermai les yeux le temps d'une seconde, ne supportant pas d'entendre ça. Lorsque je rouvris les yeux, je le dardai d'un regard noir.

« Tu dis que je ne me soucie pas des autres, mais qui c'est qui te ramasse à la petite cuillère à chaque fois ? » Réfutai-je rageur. « Qui c'est qui s'occupe de toi après que tu ne sois même plus en état de tenir debout ? Qui c'est qui est là devant toi, à tenter de t'aider alors que c'est peine perdue ? Réponds Jasper ! » Incendiai-je.

« Parce que c'est ça que tu appelles t'occuper des autres ? » S'exclama-t-il incrédule. « Tu crois que le fait de passer après ma cuite signifie que tu as des sentiments ? Mais réveille-toi Edward ! Si tu te souciais vraiment des autres, tu ne serais pas capable de descendre une personne. Si tu éprouvais une quelconque émotion humaine, tu n'aurais pas un visage aussi froid et dur que celui que tu as maintenant. Si tu étais encore humain, tu serais malheureux à l'heure qu'il est, exactement comme moi. Tu aurais des scrupules, une conscience, des remords, tout ce que tu avais avant et que tu n'as plus. Et tu te soucierais plus de la petite… »

« Eh ! Ne me parle pas de Bella. » Claquai-je sévèrement. « Je m'en occupe très bien. »

Il secoua la tête dédaigneusement.

« Oh vraiment ? » Répliqua-t-il de façon rhétorique. « Dans ce cas je peux savoir ce que tu fous ici ? Pourquoi t'es pas chez toi, en train de prendre soin d'elle ? »

Je fronçai les sourcils.

« Ben elle dort. » Répondis-je incertain. « Je peux rien faire pour elle. » Il soupira d'exaspération en roulant des yeux.

« Imbécile, et s'il lui arrivait quelque chose pendant que t'es pas là ? Si elle se réveillait dans un état pire que lorsqu'elle s'est endormie ? On ne laisse pas quelqu'un qui est malade sans surveillance Edward, on ne peut jamais prévoir ce qui va arriver. »

« Enfin là c'est bon, je suis juste au-dessus, je vais pas non plus la materner, j'ai pas que ça à foutre. »

« Tu vois ? C'est exactement ce que te dis ! » S'exclama-t-il en s'arrachant les cheveux. « Tu ne te soucies de personne, même pas de toi-même ! Fallait pas la ramener chez toi si c'est pour t'en foutre. »

« Je m'en fous pas. » Me rebiffai-je.

« Bien sûr que si ! Si tu te préoccupais vraiment d'elle, tu serais pas là à me faire la morale en sachant que ça servira à rien, en la laissant sans surveillance. Il pourrait arriver n'importe quoi, ton indien pourrait débarquer à tout moment pendant que tu es ici. » Déblatéra-t-il.

Je détournai les yeux. D'un coté il avait raison, si Jacob se pointait maintenant à l'improviste comme la dernière fois, je ne pourrais rien faire. Mais en même temps si je commençais à m'inquiéter à chaque fois que je la laisse seule, on n'était pas sorti de l'auberge.

« Je vais pas m'inquiéter tout le temps, ce serait grotesque et vraiment une perte de temps. » Conclus-je en levant les yeux au ciel. Il marmonna quelque chose d'incompréhensible et me regarda avec désespoir.

« Laisse tomber, c'est sans espoir. » Abandonna-t-il excédé. « T'es devenu un sans cœur, vide et glacial à l'intérieur, alors ça sert à rien que j'essaie de te faire comprendre quoi que ce soit. »

Je roulai des yeux, réprimant un grognement. Sa façon dédaigneuse de me juger était vraiment horripilante.

« Bref, tu disais que Bella te faisait penser à moi ? » Changeai-je de sujet, passablement énervé. Il me sonda du regard quelques secondes, avant de consentir à hocher la tête.

« Ouais. » Affirma-t-il. « Elle est exactement comme tu étais il y a plus de six ans. » J'entrouvris la bouche d'étonnement.

« C'est-à-dire ? » M'enquis-je en haussant un sourcil, curieux. Il haussa les épaules.

« La culpabilité l'étouffe, elle est rongée par le remord et… elle est seule. » Finit-il d'une voix impassible.

Je restai silencieux, le temps d'analyser ce qu'il venait de me dire. Je savais que Bella était rongée par quelque chose, mais j'ignorais jusqu'à aujourd'hui que c'était de culpabilité. Je pensais juste qu'elle s'apitoyait sur son sort comme le font la plupart des gens faibles qui sont malheureux. Mais en y repensant, c'est vrai qu'elle était extrêmement réservée et repliée sur elle-même, donc elle n'était pas du genre à se faire plaindre. Peut être avions-nous plus en commun que je ne le pensais…

« Je n'étais pas seul. » Contredis-je au bout d'un moment de réflexion.

« Si tu l'étais. » Contra-t-il. « Je n'étais pas là pour toi, tu le sais autant que moi. J'étais bien trop pitoyable, j'avais déjà sombré à ce moment là. Alors même si physiquement j'étais là, tu sais très bien au fond de toi que tu étais seul. »

Je soupirai mais ne réfutai pas. Après tout il avait raison, c'est vrai qu'il ne m'avait pas été d'un grand soutien moral. La seule chose qu'il avait faite pour moi, avait été de m'héberger. Mais il se trompait car quelque part, malgré le fait qu'il ait sombré, comme il dit, il avait toujours été là lorsque j'avais eu besoin de lui. Enfin presque toujours…

« Tu regrettes ? » Demandai-je sérieusement.

Il détourna le regard et se pinça les lèvres.

« Bien sûr que je regrette mon comportement. » Confirma-t-il. « Si j'avais été là pour toi à ce moment là au lieu de faire la tournée des bars, tu n'aurais pas mal tourné, tu n'aurais pas été entraîné par des salauds. » Je secouai impunément la tête.

« Non tu n'y es pour rien. » M'opposai-je fermement. « C'est uniquement moi le responsable. J'étais trop naïf et stupide à l'époque. »

« Tu étais seul et vulnérable Edward. » Rectifia Jasper avec conviction. « Et si j'avais été plus présent, j'aurais pu t'empêcher d'aller vers ton Volturi de merde. »

« C'est trop tard maintenant. » Tranchai-je finalement.

« Pas forcément. » Persévéra-t-il. « Tu n'es pas condamné à rester un type cruel et froid toute ta vie. »

« Bien sûr que si ! » M'empressai-je de contredire. « Les dés ont été jetés il y a six ans Jasper, tu ne peux pas revenir en arrière et moi, je ne peux pas changer et redevenir… ce que j'étais. Ni toi ni moi ne pouvons plus rien faire pour ça. »

« Toi et moi peut être… » Songea-t-il. « Mais Bella en est peut être capable. »

Je fronçai les sourcils d'incompréhension.

« Qu'est-ce que Bella vient faire là dedans ? » Me braquai-je soudainement.

C'était ça qui m'énervait à chaque fois chez Jasper. On ne voyait jamais où il voulait en venir avant qu'il ne se décide à éclairer notre lanterne.

« Tu ne vois donc pas ? Elle a réveillé ton coté humain à plusieurs reprises. » Répondit-il en arquant un sourcil suggestif.

« Tu te trompes. » Objectai-je agacé. « C'était seulement des concours de circonstance. » Marmonnai-je.

« Des concours de circonstance ? » Répéta-t-il atterré. « Empêcher ton Jacob de la tuer était juste un concours de circonstance ? » Je lui lançai un regard mauvais.

« D'abord, ce n'est pas mon Jacob. » Corrigeai-je. « Et si je l'ai fait c'est parce que… j'étais de bonne humeur voilà tout. » Terminai-je promptement. Il pouffa légèrement en secouant la tête d'exaspération.

« T'étais de bonne humeur, tiens donc… » Murmura-t-il. « Et la première fois, t'étais de bonne humeur aussi ? »

Je me renfrognai, détournant le regard.

« Ça faisait longtemps que je cherchais un prétexte pour déclarer la guerre à ce salopard de Black. Isabella était juste un excellent moyen. » Maugréai-je. (N/Yoro: Mais bien sûr, on y croit tous…)

Il me lorgna des yeux, apparemment pas du tout crédule à l'excuse bidon que je venais de lui fournir.

« T'auras beau chercher des excuses, tu sais que j'ai raison. » Clama-t-il. « Tu l'as dit toi-même, le lendemain de son enlèvement. T'as pas pu la tuer parce que tu t'étais senti protecteur. »

« Ok ça va, stop l'examen ! Je suis pas un de tes patients ! » Achevai-je contrarié, ne supportant plus d'entendre toutes ces sornettes.

« Ouais ben tu devrais. » Rétorqua-t-il énervé. « Ça t'aiderait. Et puis ça me rapporterait un peu de blé. » Fit-il remarquer.

« Hors de question que je te paye, même si j'acceptais de consulter. » Assénai-je. Il soupira de déception.

« J'aurais essayé. » Marmonna-t-il désappointé.

« Et si tu me disais enfin où tu veux en venir en me parlant de Bella ? » M'impatientai-je excédé.

« Elle m'a parlé de la bibliothèque. »

J'ouvris la bouche d'étonnement, le regardant avec des yeux embarrassés.

« Et alors ? » Baragouinai-je. Il cligna des paupières rapidement.

« Alors ? » S'exclama-t-il. « Dois-je te rappeler que la dernière fois que tu y as mis les pieds, c'était il y a cinq ans, lorsqu'on a emménagé dans cet immeuble et que tu as déchargé toutes tes anciennes affaires ? »

« Oui bah tout le monde change d'avis. » Éludai-je, en me passant une main dans les cheveux.

Il est vrai que je n'avais pas trop réfléchi sur le moment, lorsque j'avais décidé de l'amener là bas. Sur le coup, ça m'avait paru logique et sensé, je me doutais qu'elle devait bien s'ennuyer chez moi, à relire x fois les mêmes bouquins, et puis j'essayais par tous les moyens de trouver une façon d'éluder sa question. Alors j'avais eu envie de lui rendre la vie plus facile en lui montrant mon bureau. Mais à ce moment là, j'avais complètement oublié la hantise que je vouais à cette pièce et mon incapacité à y pénétrer. Je devais reconnaitre que lorsque je me suis trouvé face à cet ancien démon que je réprimais, j'ai un peu déraillé. Je ne savais pas comment réagir et j'ai vraiment eu l'impression qu'on m'attaquait à l'intérieur, que quelque chose cherchait à remonter à la surface et que moi, je faisais tout pour l'en empêcher. J'avais paniqué intérieurement, et je m'étais bien aperçu que mes changements d'humeur n'étaient pas passés inaperçus auprès de Bella. J'avais essayé de me rattraper, sans grand succès.

Alors j'avais fui. J'étais allé voir Jasper, et sur tout le chemin du retour je m'étais préparé à retourner dans cette pièce si sombre à bien des égards. Heureusement la seconde fois a été plus facile. Bella m'avait facilité la tache avec nos divergences sur Roméo & Juliette et ses réactions qui m'amusaient, si bien que j'en avais carrément oublié l'endroit où je me trouvais. Je souris à cette pensée.

« Non on ne change pas d'avis sur ça du jour au lendemain. Qu'est-ce qui t'a pris de l'emmener dans cette pièce Edward ? » M'interrompit Jasper de mes réflexions mentales, me ramenant au moment présent. « Comment se fait-il que tu y sois entré, alors que tu as toujours refusé catégoriquement ? » (N/S : Oui, c'est bizarre ça.)

« J'en sais rien, je me suis dit que ça l'aiderait à moins s'ennuyer c'est tout. » Répondis-je mal à l'aise.

« Je me suis trompé à propos de Bella. » Avoua-t-il avec méditation. « Je pensais qu'elle allait t'attirer des problèmes mais en fait, je pense qu'elle peut avoir une bonne influence sur toi. »

« Comment ça ? » M'enquis-je incertain.

« Ce que je pense… » Commença-t-il avec un air des plus sérieux. « C'est que Bella réveille le coté humain qui est en toi et qu'au bout d'un moment, tu finiras par pencher d'un coté ou de l'autre de la balance. Reste plus qu'à savoir lequel. »

Je contins l'énervement qui montait progressivement, et décidai de mettre un terme à cette conversation absurde.

« Bon alors je ne comprends rien du tout à ce que tu racontes, mais là j'en ai ras le bol. Je m'en vais. » Déclarai-je subitement, lassé et fatigué.

« Mais bien sûr… » Râla-t-il. « Dès qu'on essaye de parler de choses qui fâchent, tu prends tes jambes à ton cou, cela va de soi. » Répliqua-t-il sarcastique.

« Bonne soirée Jasper. » Abrégeai-je, ignorant sa remarque désobligeante.

« Attends ! » M'appela-t-il tandis que j'étais en train de me diriger vers la sortie.

« Quoi encore ? » M'énervai-je.

Il resta silencieux, regardant partout autour de lui excepté moi. On aurait dit qu'il avait l'air… embarrassé.

« Je veux Bella. » Finit-il par dire au bout d'un moment. (N/Yoro: I'm choked!)

J'écarquillai les yeux.

« Je te demande pardon ? » M'exclamai-je ahuri, n'arrivant pas à croire ce que j'entendais.

« Je voudrais l'aider. » Développa-t-il en voyant mon air paumé.

Je le regardai horrifié.

« Non mais je rêve ! » M'écriai-je atterré. « Tu oses me demander ça après l'avoir rendue aussi ivre ? Tu te fous de moi ? »

Il soupira.

« Je ne la ferai plus boire, si c'est ça qui te préoccupe. » Fit-il en levant les yeux au ciel. « Mais son cas m'intéresse, s'il te plait, ramène-là moi. » Supplia-t-il.

« Et qu'est-ce qui me me fait croire que tu dis la vérité cette fois ? » Lâchai-je sévèrement.

« Je te le promets. » Jura-t-il repenti.

« Ne fais pas des promesses que tu ne pourras pas tenir. » Rétorquai-je méchamment. « Tu m'as bien promis hier que tu ne boirais pas et regarde le résultat. »

« Je t'en prie Edward, cette fille a vraiment besoin de parler, elle est exactement comme toi il y a sept ans et si j'arrive à l'aider, peut être qu'alors je pourrais t'aider aussi. » S'emballa-t-il.

« Je n'ai pas besoin qu'on m'aide. » Me rebiffai-je durement.

Il soupira et se retint de dire quelque chose.

« Très bien, pas toi dans ce cas. » Consentit-il irrité. « Mais laisse-moi parler avec Bella, tu sais que je suis le meilleur. » (N/Yoro: Le meilleur? C'est pas l'impression que j'ai eue lol)

Je restai songeur, pesant le pour et le contre. D'un coté, il avait raison quand il disait qu'il pouvait l'aider, Jasper était le meilleur. La preuve, il avait eu son doctorat en manquant la plupart de ses cours à la fac et en se soulant chaque soir. Mais d'un autre coté, il était hors de question que je n'assiste à nouveau à une scène pareille. Je le regardai durement, avant de soupirer et d'accepter.

« Je veux bien refaire un essai, mais je te préviens Jasper. » Avertis-je sérieusement. « J'ai pas intérêt à la retrouver à nouveau dans un état similaire. Autrement je te jure que je t'interdirai d'alcool jusqu'à la fin de tes jours. » Menaçai-je.

Il éclata de rire.

« Autant me tirer une balle tout de suite si c'est ça. » S'esclaffa-t-il. Je le dardai d'un regard noir.

« Jasper… »

« C'est bon Edward. » Coupa-t-il exaspéré. « J'ai compris, je ne boirai plus avant de la voir, ni pendant la consultation. Cela dit, si je ne l'avais pas fait, j'aurais jamais su ce qui lui était arrivée. » M'apprit-il avec un sourire amusé.

Je le regardai avec incrédulité.

« Attends qu'est-ce que t'as dit ? » Demandai-je effaré. Il fronça les sourcils, perdu.

« Ben j'ai dit que je ne boirais plus avant de… »

« J'avais compris espèce d'imbécile ! » Coupai-je sèchement. « Bella t'a raconté pourquoi elle avait quitté Phoenix ? » M'exclamai-je perplexe.

« Elle a pas vraiment donné de détail, juste pourquoi elle était partie. Mais elle était bourrée à ce moment là alors elle doit pas s'en rappeler. » Répondit-il songeur.

Je n'arrivais pas à croire que Bella ait consenti à se confier. Bon d'accord, elle était ivre donc ça ne comptait pas. Il n'empêche que Jasper était quand même très fort, peut être que j'aurais dû essayer le whisky dès le départ…

« Mais enfin pourquoi tu me l'as pas dit plus tôt ? » Réprimandai-je. Il haussa les épaules simplement.

« Je savais pas que ça t'intéressait. » Fit-il penaud.

« Bien sûr que si ça m'intéresse ! » Protestai-je consterné. « Pourquoi est-ce qu'elle a quitté Phoenix ? » Demandai-je avec curiosité.

Il me regarda interloqué et stupéfait.

« Parce que tu crois que je vais te le dire ? » Je fronçai les sourcils, ne comprenant pas la raison de son mutisme. (N/Yoro: Secret professionnel tu connais?)

« Bah oui. » Répondis-je sincèrement.

Il éclata de rire.

« Rêve mon pote ! » S'exclama-t-il. « Je suis tenu au secret médical. »

Je faillis rire moi aussi devant une telle réponse.

« Le secret médical ? » Répétai-je ahuri. « Tu te fous de moi ? »

« Pas le moins du monde. » Confirma-t-il, tandis que je me retenais de ne pas éclater de rire devant une connerie pareille. Le coup du secret médical, c'était la première fois qu'il me le faisait. Jasper avait seulement envie de me mettre en pétard.

« Je sais pas d'où ça sort ce truc, mais abrège et dis-moi ce que Bella t'a raconté. » Ordonnai-je implacable. Il secoua la tête de négation.

« Je t'ai dit non Edward. » Refusa-t-il. « Si tu veux le savoir, t'as qu'à lui demander toi-même. »

« Tu sais qu'elle ne me répondra pas. » Fis-je remarquer avec contrariété.

« Ben moi non plus je ne te répondrai pas. » Déclara-t-il solennellement. J'ouvris la bouche mais aucun son ne sortit, tellement j'étais sidéré. C'était la première fois que Jasper me faisait un coup pareil.

« Mais elle était bourrée quand elle t'a dit ça ! » M'exclamai-je outré. « C'est même pas une information valable alors pourquoi t'en fais tout un plat ? »

« Justement, elle m'en a parlé sans le vouloir, sans s'en rendre compte, alors je ne vais pas trahir le peu de confiance qu'elle peut avoir en moi par la suite. » Sourit-il ironiquement.

Je me passai une main au visage, réfrénant mes envies de meurtre. J'avais une profonde envie de faire de lui de la chaire à pâté pour chien, tellement il me foutait dans une colère noire depuis ce matin. Je ne savais pas à quel jeu il jouait, mais ça ne me plaisait pas du tout.

« Très bien, puisque tu tiens tant à faire ton silencieux, je me tire. » Fis-je en me détournant, vexé et fatigué.

« Edward ? » Héla-t-il une nouvelle fois.
Je soupirai d'exaspération et me tournai pour lui faire face.

« Qu'est-ce qu'il y a ? T'as encore quelque chose à me demander ? Parce que j'aimerais bien rentrer chez moi et pioncer. » Lâchai-je froidement, sans une once de sympathie à son égard.

« Ménage-là. »

Je le regardai surpris.

« Tu parles de Bella ? » M'enquis-je.

« Non du pape. » Ironisa-t-il. « Bah oui je te parle de Bella, crétin. »

« Pourquoi tu me dis ça tout à coup ? » Demandai-je suspicieux. Il détourna la tête, gêné.

« Elle a pas eu la vie facile, d'après ce que j'ai compris. » Apprit-il. « Alors essaye d'être gentil avec elle, dans la mesure du possible. »

Je restai un moment silencieux, me demandant ce que Bella avait bien pu lui dire. Et puis comment se faisait-il qu'il s'en souvienne, en sachant qu'il était ivre ? Oh et puis après tout, c'était de Jasper dont on parlait, il avait l'habitude. Il n'empêche que j'aurais bien aimé être à sa place et savoir de quoi il parlait. Tout ce que je pouvais espérer était que Bella accepte de me parler d'elle, ce qui n'était clairement pas prêt d'arriver, étant donné nos relations qui étaient des plus instables. Je décidai de ne pas répondre à Jasper et me contentai d'hocher la tête.

« Tu veux autre chose ? » Demandai-je, impatient de m'en aller. Il secoua la tête.

« Non c'est bon, tu peux partir. » Informa-t-il. Je soupirai de soulagement.

« A plus tard Jasper. » Saluai-je rapidement en m'en allant, heureux de pouvoir enfin retourner chez moi et me reposer.

Je rentrai à l'appartement, complètement lessivé par cet entretien. Jasper s'était permis de dire des choses que je détestais entendre. Le fait qu'il veuille à tout prix me faire changer, même après toutes ces années, signifiait qu'il n'avait toujours pas renoncé au passé, et même si je savais qu'il n'y renoncerait jamais, il serait tant qu'il le fasse un jour. Vivre dans le passé n'est pas un bon moyen d'avancer. Cela dit il n'avait pas tort, je ne vivais pas dans le passé, mais moi non plus je n'avançais pas. Je stagnais. Et je stagnerais toute ma vie. Je n'avais pas choisi cette vie, ou plutôt cette non-vie. Si j'avais pu j'aurais fait les choses différemment, je n'aurais jamais fait confiance à Aro et je n'aurais pas eu à devenir ce que je suis maintenant. Mais aujourd'hui je n'ai plus le choix. Prétendre, c'était tout ce qu'il me restait à faire désormais.

Je me dirigeai vers la chambre, afin de vérifier l'état de Bella. Lorsque j'entrouvris la porte, je pus constater qu'elle était toujours endormie et n'avait pas bougé. Il y avait cependant deux choses qui me chiffonnaient. La première chose était qu'elle avait un pli entre les yeux, les traits froncés, comme si elle ne dormait pas paisiblement. Et en plus de ça, elle serrait sa couette fermement, comme en guise de protection. Je ne comprenais pas pourquoi elle réagissait comme ça, dans son inconscience. Le moment où l'on dort devrait être serein et sans tracas. Alors pourquoi se sentait-elle menacée dans son subconscient ? Pourquoi était-elle tourmentée ?

Je décidai de m'approcher, voulant mettre une signification à son comportement. J'arrivai à sa hauteur, et fus consternée de voir que de près, son visage était encore plus contracté. Elle devait vraiment être en train de rêver à quelque chose de pas très plaisant. J'aurais voulu faire quelque chose pour dérider son trait entre les deux yeux, mais je ne ferais surement qu'aggraver les choses. Peut être que je devrais la laisser seule. C'était sans doute ce qu'elle voulait. Je ris intérieurement, me disant que c'était ma présence qui la dérangeait, même durant son sommeil… Je levai les yeux au ciel à cette pensée, puis entrepris de me détourner pour la laisser tranquille. Je m'apprêtai à sortir de la chambre, lorsque j'entendis un gémissement venant d'elle.

Je fronçai les sourcils, pensant avoir rêvé, lorsque j'entendis un second gémissement, bien moins faible que le premier. Je me retournai alors vers Bella qui commençait à gesticuler. Ses poings se resserraient de plus en plus autour du drap, comme s'il était sur le point de lui échapper et qu'elle voulait à tout pris se raccrocher à quelque chose. Sa bouche était légèrement ouverte, ses dents grinçant à travers les légers gémissements qu'elle poussait. Sa poitrine se soulevait au rythme de sa respiration en dessous la couette, j'arrivais à le percevoir de là où je me trouvais dans la pénombre. Je restai incrédule. Mais qu'est-ce qu'il lui prenait ? (N/Yoro: Elle cauchemarde c'est tout…)

« Ne me touche pas. » Geignit-elle, la voix engourdie.

Je clignai des yeux pour être sûr d'avoir bien entendu. Est-ce qu'elle était réveillée et me demandait de m'en aller ? Pourtant elle avait toujours les yeux fermés douloureusement. Elle avait vraiment l'air d'être inconsciente.

« Ne les touche pas. » Répéta-t-elle avec une touche de supplication.

J'entrouvris la bouche de surprise. Non elle dormait bel et bien, et ce qui était le plus sidérant, était qu'elle parlait. Elle parlait dans son sommeil ! J'ignorais que ça existait… Bella était vraiment unique en son genre apparemment. Mais de quoi était-elle en train de parler ? Qui sont ces « les » dont elles parlent ? Est-ce qu'elle avait peur pour quelqu'un ? Des personnes en particulier ? Je commençais à la trouver de plus en plus étrange, cette fille. Et intrigante surtout. Je fus mitigé entre l'envie de rester respectueux et de la laisser seule, et l'envie de rester pour entendre ce qu'elle pouvait dire d'autre. Ce ne serait pas du tout correct si je restais, n'est-ce pas ? Ce serait de la violation ou un truc comme ça. Je ne pouvais décemment pas rester là et l'espionner pendant qu'elle dormait, mieux valait que je m'en aille…

« Pardon… » Murmura-t-elle.

Je relevai la tête pour la regarder à nouveau, et pus voir que son expression avait changé. Son visage ne semblait plus aussi hostile, tendu et terrifié. Il avait l'air… sombre, accablé, torturé et emprunt d'une profonde culpabilité que je n'aurais cru voir sur un autre visage que sur le mien, il y a quelques années. Finalement Jasper avait dit vrai. Bella se sentait bien coupable de quelque chose. Mais de quoi ? De ce qui était arrivé à Phoenix ? Mais qu'est-ce qui lui est arrivé à Phoenix ? J'avais vraiment l'impression que cette question était en quelque sorte, la question à un million de dollars.

« Je vous demande pardon... »

Je restai inerte, tandis qu'elle continuait de s'excuser. Si tout à l'heure j'avais pesé le pour et le contre pour ce qui est de rester pour en savoir plus, aucun doute que le pour venait de remporter haut la main. Hors de question que j'aille me coucher de mon coté quand je sais que Bella parle dans son sommeil et est susceptible de dire pas mal de choses intéressantes… Si Jasper avait le droit de lui soutirer des informations de façons illégales en la faisant boire, ben pourquoi je n'aurais pas le droit d'écouter ce qu'elle dit pendant qu'elle dort ? En plus ma méthode est beaucoup plus saine que celle de Jasper. Pris de cette résolution, je sortis de la chambre à la hâte afin d'aller me chercher un fauteuil. Quitte à l'espionner, autant le faire dans de bonnes conditions. Je revins dans la chambre avec le fauteuil et le posai à coté du lit, avant de m'asseoir dessus et de fermer les yeux en soupirant, désirant que cette journée se termine au plus vite.

J'entendis Bella marmonner un nouveau « pardon » et me surpris à vouloir ardemment connaitre la raison de sa culpabilité. C'était la première fois que je m'intéressais à la vie d'une autre personne, depuis… inutile d'essayer de compter. Jasper dit que je ne me soucis pas des autres, est-ce qu'il a raison ? Il est vrai que je n'accorde pas beaucoup d'importance à ce que les autres pensent ou vivent, je n'accorde même pas d'importance à ma propre vie, alors à celle des autres… Pourtant, celle de Bella me préoccupait pas mal, je trouvais. J'étais même étonné moi-même, de carrément sacrifier ma nuit, tout ça pour en apprendre plus sur elle. Bon d'accord, le sommeil n'était pas vraiment mon meilleur ami, mais quand même… la nuit est le seul moment où je peux être tranquille, isolé et serein. Alors la gâcher rien que pour elle… c'était juste incroyable.

Peut être que je devrais écouter mon ami et plus m'occuper des autres. Cela dit ça fait bien longtemps que je ne me suis préoccupé de rien d'autre que de moi-même. Je ne savais même plus comment on faisait pour penser aux autres. Penser aux autres… voilà une phrase inconnue de mon vocabulaire personnel. Pourtant je n'avais pas l'impression de ne me soucier de personne. J'avais toujours l'espoir que Jasper finisse par ouvrir les yeux et arrête de faire le con, tout en sachant qu'il ne changerait jamais. Et puis je ne voulais pas qu'Aro apprenne l'existence de Bella car j'avais peur pour Emmett. Donc si, je sais m'occuper des autres. Et puis merde, pourquoi est-ce que je devrais avoir à me justifier ? Je fais ce que je veux, point barre. Enfin… je fais plutôt ce que Aro veut, mais c'est pareil… je crois. En plus à quoi ça me servirait de me soucier des autres, si au final c'est pour qu'ils disparaissent de ma vie ? C'est bien ce qui arrive à chaque fois. Tout le monde part un jour, c'est bien connu et j'en ai fait l'expérience. Alors pourquoi se préoccuper des gens, les apprécier, les affectionner, si c'est pour qu'au final ils vous abandonnent ?

« Je ne voulais pas vous abandonner. » Entendis-je de la bouche de Bella qui dormait profondément.

Mes yeux s'élargirent. Est-ce qu'elle se trouvait dans ma tête ? Comment se faisait-il qu'elle parlait d'abandon, juste quand j'y songeais ? Mais pourquoi est-ce qu'elle parle d'abandon d'abord ? Qui a-t-elle abandonné ? Les mêmes personnes à qui elle demande pardon sans doute… Serait-ce ses parents ?

Se reproche-t-elle constamment d'avoir fugué de Phoenix pour venir à Chicago ? Regrette-t-elle son choix ? Certainement, vu où elle a atterri. Elle n'avait pas dû s'attendre à se faire enlever par des malfrats. Et encore quand je dis malfrats, le mot est faible. Elle avait surement envie de retourner chez elle, chez ses parents où une jolie famille l'attendait, au lieu de pourrir dans le repère d'un tueur. Cependant, en vue de ce que Jasper venait de me dire et de ce que j'avais pu deviner tout seul durant les semaines qui ont suivies son kidnapping, je pouvais aisément affirmer que si elle avait fugué de Phoenix, c'était justement parce qu'il n'y avait pas une jolie famille qui l'attendait. Mais alors qu'est-ce qui l'attend à Phoenix ? Des parents absents ? Tellement aveugles pour ne pas remarquer que leur fille se barre de chez eux ? Dans ce cas pourquoi leur demanderait-elle pardon ? Est-ce que ce serait Bella qui aurait abandonné sa famille lorsqu'ils avaient besoin d'elle ? C'est en tout cas ce qu'elle a l'air de penser.

À présent je comprenais ce que Jasper avait voulu dire lorsqu'il avait affirmé qu'elle lui rappelait moi. Si je devais me comparer avec Bella de l'époque où j'avais à peu près son âge, je dirais que mes pensées étaient les mêmes. Identiques, jusqu'à ce que je rencontre Aro sur ma route, et qu'il me fasse oublier mes remords, en les remplaçant par de la cruauté à l'état pure.

Trop de questions affluaient mon cerveau. Je n'étais pas habitué à me poser autant de questions pour une seule personne. J'en avais presque la migraine tellement mon cerveau surchauffait. Du moins c'est l'impression que j'avais. J'entendis Bella gémir à nouveau, puis tourner la tête en marmonnant quelque chose. Cela éveilla ma curiosité et j'abandonnai mes sombres réflexions pour me concentrer sur le moment présent. Ses traits s'étaient radoucis, elle ne semblait plus éprouver une atroce culpabilité.

« Foutu indien… » Mâchonna-t-elle d'une voix ensommeillée.

Je souris, véritablement amusé. Ma main à couper qu'elle parlait de Jacob Black. Voilà qui était intéressant. Remarquez, je ne vois pas pourquoi elle le porterait dans son cœur après qu'il ait voulu la tuer. Cela dit ça me faisait un peu rire. Elle aurait pu être terrorisée et abattue après une telle agression, et non au contraire, c'est limite si elle le prenait avec le sourire. Elle aurait pu se permettre de l'insulter de façon bien pire que : « Foutu indien ». Si ça avait été moi, je l'aurais probablement traité de putain de salopard de merde. A bien y réfléchir, je le traitais déjà comme ça dans mon esprit. Je me retins de rire à cette pensée, préférant ne pas la réveiller.

Elle marmonna une nouvelle chose incompréhensible, que je devinais être en rapport avec Jacob. Si elle devait continuer à passer du coq à l'âne sans arrêt, parlant de sa vie et de sa culpabilité pour ensuite passer à Jacob Black, alors la nuit promettait d'être vraiment très longue…


Pov Bella

Le vacarme extérieur des voitures et des klaxons se firent incroyablement bruyants. En temps normal ils me permettaient de me réveiller, étant donné que je n'y étais pas habituée à Phoenix qui avait toujours été si calme et paisible. Mais là ils ne faisaient pas seulement que me réveiller, j'avais carrément l'impression qu'ils m'agressaient. Les klaxons et freinages de roues étaient tellement forts que j'en avais mal à la tête. Qu'est-ce qui leur prenait aujourd'hui ? Je gémis de douleur sans pour autant ouvrir les yeux, désirant ardemment que le bruit cesse. Peut être était-il temps pour moi de me réveiller… Bizarrement pour une fois, je ne souhaitais pas m'extirper de mon sommeil, j'avais l'impression que me réveiller me demandait un effort surhumain. Je voulais rester allongée et dormir, ne pas avoir à affronter la lumière du jour, ni le bruit autour de moi. J'avais le sentiment que tout ce qui serait extérieur au sommeil me serait hostile. (N/Yoro: Vive les lendemains de cuite lol, à mon avis elle touchera plus une goutte d'alcool de sa vie XD)

Soudainement une douleur me prit, me forçant à m'extirper de mon état léthargique. Je sentais ma tête se mettre à chauffer petit à petit, comme si elle irradiait de l'intérieur. Je me décidai enfin à ouvrir les yeux, face à cette combustion cérébrale. Je clignai plusieurs fois des yeux, trouvant la lumière drôlement violente. J'avais l'impression que je m'éveillais d'un coma de plusieurs jours, voire plusieurs mois, et que mes yeux n'étaient plus habitués à l'éclairage du jour. Plus j'essayais d'accommoder ma vue, plus cette dernière se brouillait et me faisait voir de façon floue. Ma tête commença à me tourner et me bruler, comme une intense migraine qui grillait mes neurones et qui faisait de mon cerveau, un bouilli de magma en fusion. Je gémis douloureusement en mettant une main sur mon front, souhaitant à tout prix refroidir ma cervelle par tous les moyens. Lorsque mes yeux finirent enfin par supporter la luminosité et que je pus distinguer certaines choses, j'eus la mauvaise surprise de voir qu'un homme était là, affalé sur un fauteuil. Effrayée, je me relevai en sursaut en poussant un hurlement strident.

J'entendis un cri étouffé tandis que la migraine s'amplifia et s'intensifia, me faisant souffrir le martyr encore plus qu'à mon réveil.

« Bordel mais t'es malade de crier comme ça ? » Entendis-je la voix engourdie d'Edward me réprimander.

Je clignai des yeux une nouvelle fois, et parvins à reconnaitre son visage qui était apparemment désorienté et exténué. Je fronçai les sourcils devant une mine aussi fatiguée.

« Edward ? » M'étonnai-je tandis qu'il se passait une main sur le visage en soupirant. Il avait vraiment mauvaise mine…

« Ben oui, qui veux-tu que ce soit d'autre ? » Râla-t-il, me faisant mal aux tympans.

Je fermai les yeux et mis mes mains au-dessus de ma tête qui me faisait atrocement souffrir.

« Arrête de crier comme ça… » Marmonnai-je péniblement.

« Je ne crie pas pourtant… » Murmura-t-il d'une voix incertaine.

« Bien sûr que si tu cries. » Ripostai-je en me tenant le crane pour tenter de réfréner la brulure qui enflammait toute ma tête. « D'ailleurs tout le monde est bruyant aujourd'hui. »

J'entendis un rire bref, ce qui me décontenança. Je relevai la tête pour lui lancer un regard noir, tandis qu'il avait un sourire en coin, légèrement amusé.

« Qu'est-ce qui te fait rire ? » Assaillis-je méchamment. Il secoua la tête sans ôter son sourire au coin de ses lèvres, tout en se frottant les yeux.

« Je ne pense pas que ce soit le bruit qui soit particulièrement assourdissant aujourd'hui. » Répondit-il avec ironie. « Mais si tu te demandes d'où provient cette migraine affreuse qui te donne surement envie de foutre ta tête sous un oreiller, je dirais que c'est la large dose d'alcool que tu as engloutie hier qui en est responsable. » Termina-t-il la voix ensommeillée, emprunte à de l'amusement. Je le regardai perdue.

« De quoi est-ce que tu parles ? » M'enquis-je déroutée. « Et puis d'abord qu'est-ce que tu faisais là à dormir sur un fauteuil ? »

« Tu ne t'en rappelles pas ? » Demanda-t-il, plus comme une supposition que comme une question, les yeux toujours dans le vague et le visage pas réveillé.

« Me rappeler de quoi ? » Fis-je curieuse. Il sourit.

« Ça ne m'étonne pas… » Soupira-t-il pour lui-même.

Je le regardai étonnée. J'ignorais totalement de quoi il parlait. En y réfléchissant bien, je réalisais que j'avais un énorme trou de mémoire. Je n'arrivais pas à me souvenir de la veille, de comment j'ai atterri dans ce lit, ni de ce qui s'est passé. C'était la première fois que ce genre de choses m'arrivait, j'avais beau essayer de me souvenir, il n'y avait aucun moyen.

« Je… j'ai oublié. » Constatai-je abasourdie, avant de subitement me mettre à paniquer. « Edward j'ai tout oublié ! Je n'arrive pas à me souvenir de quoi que ce soit après que tu m'aies emmené chez ton psy là… comment est-ce qu'il s'appelle déjà ? »

« Jasper. » Apprit-il en se retenant de rire. Je me mordis la lèvre.

« Ah oui, Jasper. » Marmonnai-je pour moi-même. Comment se faisait-il que je ne m'en étais pas souvenue ?

Je farfouillai dans ma mémoire, tandis que ma tête me brûlait toujours atrocement. Je me rappelle être allée chez Jasper, un psychologue dépressif…

« Il avait des savates. » Me rappelai-je soudainement, l'air songeur. (N/Yoro: c'est les savates qui t'ont le plus marqué) (N/S : Ah, les fameuses savates… ça peut choquer, c'est sûr.)

Il éclata de rire.

« Sérieusement ? » S'enquit-il incrédule. « La seule chose qui te vient à l'esprit, ce sont les savates que Jazz portait aux pieds ? » (N/Yoro: Bien dit Edward, viens m'en taper cinq!)

Je lui fis un sourire désolé.

« Bah c'est pas tous les jours qu'on voit un psy qui porte des savates pour aller travailler. » Répondis-je embarrassée.

Il élargit son sourire fatigué. Ses cheveux étaient complètement en bataille, pire qu'à l'accoutumé, il donnait vraiment l'impression de ne pas avoir dormi depuis des jours.

« T'es vraiment étonnante Bella. » Fit-il en secouant la tête.

Je sentis de légères rougeurs s'emparer de mes joues et je baissai la tête.

« Bon et à part les savates, de quoi tu te rappelles ? » Demanda-t-il avec curiosité.

J'haussai les épaules, essayant de me concentrer, ce qui me donnait encore plus mal à la tête.

« Euh je… après ton départ, je suis allée dans son bureau et… » Je fronçai les sourcils, la migraine s'amplifiait à mesure que je tâchais de réfléchir. « On a discuté, je crois. » Finis-je avec incertitude.

« Discuté de quoi ? »

Je m'apprêtais à ouvrir la bouche pour lui répondre que je n'en savais rien du tout, lorsque les bouts de conversation que j'ai eue la veille avec Jasper me revinrent en mémoire…

« Qu'est-ce que Edward t'a dit au juste à propos de cette bibliothèque ? » Demanda-t-il.

« Rien du tout. Seulement qu'il n'y allait pas souvent… mais bizarrement il n'avait pas l'air très à l'aise à l'intérieur. Il s'est énervé pour un rien et je l'ai trouvé étrange… »

« Tu m'étonnes… » Rit-il dédaigneusement. « C'était la première fois qu'il y mettait les pieds… »

La bibliothèque… ce fameux lieu qu'Edward redoutait sans que je ne sache pourquoi. Je brûlais d'envie de lui demander les raisons de sa hantise, mais je redoutais déjà sa réponse. Il me répondrait surement d'aller me faire voir bien profond. Ou alors il s'énerverait et deviendrait agressif et effrayant. Je préférais ne pas tenter le diable car j'étais certaine qu'il était capable de se mettre dans une colère noire rien que si je lui posais une simple question. Peut être aurais-je l'occasion de le découvrir par moi-même… je pourrais demander à Rosalie, mais pas sûr qu'elle accepte de me répondre. Au pire, je peux très bien faire boire Jasper pour obtenir des informations, j'ai déjà vu ça dans les séries à la télé. Et puis ce ne serait pas très difficile, vu qu'il le fait à longueur de journées, d'après ce que j'ai compris. (N/Yoro: T'es une plus grande banque d'infos que lui étant bourré lol)

Je secouai la tête et feignis l'ignorance.

« Je ne me souviens pas. » Mentis-je en baissant les yeux.

Il resta silencieux, comme s'il méditait mes paroles. J'ignorais s'il me croyait ou non, car je n'avais jamais été une menteuse très appliquée. Au contraire c'était un miracle lorsque j'arrivais à mentir correctement. Cependant Edward ne répondit rien. Soit il me croyait, soit il passait outre. Je tentai de me souvenir en vain de comment j'avais fini dans ce lit, mais en vain. Que s'est-il passé après cette conversation ? Je me souviens que Jasper n'avait pas voulu me répondre et avait éludé. Et puis…

« La meilleure façon d'oublier… » Commença-t-il en remplissant un premier verre. « C'est de se souler avec quelque chose de fort. »

J'écarquillai les yeux à mesure que les souvenirs commençaient à affluer. Oublier… j'avais voulu oublier. Je n'avais plus voulu penser à rien, j'avais voulu de l'insouciance… et j'avais bu.

« Trinquons ! » Fit-il ravi. « A notre vie merdique et sans intérêt ! »

Je ris brièvement, d'un rire rauque et irrité, puis levai mon verre dans sa direction et hochai la tête.

« A notre vie merdique et sans intérêt. » Murmurai-je cynique.

Mon cœur se mit à accélérer brièvement tandis que je me rappelais petit à petit. Ma respiration se coupa, et la panique s'insuffla peu à peu en moi. Oh. Mon. Dieu.

« Non… » Murmurai-je pour moi-même, horrifiée à l'idée de ce que j'avais fait.

Je me tapai le front avec véhémence, souhaitant que tout ceci ne soit que le fruit de mon imagination. « C'est impossible… »

« Bella ? » Demanda Edward étonné. « Tu te sens bien ? »

Je relevai la tête et le regardai affolée.

« Pitié dis-moi que je n'ai pas fait ça. » Suppliai-je avec appréhension.

Il haussa un sourcil de curiosité.

« Apparemment ta mémoire est revenue. » Remarqua-t-il.

Je fermai les yeux, gémissement de protestation sortit de ma bouche, et je cachai mon visage dans mes mains, souhaitant m'enterrer dans un trou de souris.

« C'est pas possible… » Murmurai-je pour moi-même. « Je n'ai pas pu… je n'ai jamais touché à une goutte d'alcool de ma vie… » Soupirai-je, morte de honte.

« Ben y a une première fois à tout. » Répondit-il penaud. « Et puis tu as juste pris une cuite, c'est pas la fin du monde. »

Je le toisai affligée.

« Tu te fiches de moi ? » M'écriai-je outrée, haussant la voix plus que nécessaire. « C'était complètement stupide et… »

Je ne pus finir ma phrase car mon mal de tête fit rage et provoqua une intense douleur.

« Je te conseille d'éviter d'hausser la voix. » Observa Edward avec une pointe d'amusement. (N/Yoro: Au lieu de te foutre d'elle, va lui chercher de l'aspirine idiot!)

Je lui accordai un regard noir, lui signifiant de ne pas faire de commentaire.

« Je vais te chercher un doliprane. » Finit-il par dire au bout d'un moment avant de se lever soudainement. (N/Yoro: Enfin une parole sensée!)

Il s'étira tout en baillant, avant de se diriger vers la porte. Lorsque je fus seule, je soupirai de dégout envers moi-même. Je me sentais minable, tellement mon comportement avait été inexcusable. Qu'est-ce qu'il m'avait pris bon sang ? Je n'étais pas ce genre de filles en général. J'étais sage, appliquée et pleine de bon sens. Mais là j'avais juste été idiote et nigaude.

Edward revint quelques minutes plus tard, un verre à la main. Il reporta son regard vers moi, tandis que j'étais assise sur le lit, avec sans doute une mine affreuse vu l'amusement qui ornait son visage. Il me le tendit.

« Tiens, bois ça. » Ordonna-t-il avant de se rassoir sur le fauteuil et de fermer les yeux.

Je bus le verre d'une traite, tout en le sondant du regard et en l'examinant. Il avait vraiment l'air éreinté, comme s'il n'avait vraiment pas dormi. Je me permis d'être curieuse.

« Tu ne m'as pas répondu. Pourquoi tu dormais sur ce fauteuil ? » M'enquis-je d'une voix faible, presque rauque.

Il se massa les paupières avec ses pouces avant d'ouvrir les yeux et de se passer une main dans les cheveux. Il avait l'air gêné.

« Euh… bah il fallait bien quelqu'un pour vérifier qu'il t'arrive rien pendant la nuit. » Marmonna-t-il embarrassé. (N/Yoro: Et la marmotte elle met le chocolat dans le papier d'alu?)

J'écarquillai les yeux, incrédule et en même temps… touchée.

« Tu as veillé sur moi ? » M'étonnai-je tandis que mon visage prenait une teinte rouge de façon inexplicable.

Il détourna les yeux, incommodé par la situation tandis que je me mordais la lèvre inférieure.

« Si tu veux. » Répondit-il un peu forcé.

Je me retins de sourire, de le voir aussi peu sûr de lui. Ça ne lui ressemblait pas du tout, et je devais avouer que ça m'amusait. Ça me prouvait qu'il n'avait pas toujours réponse à tout, et qu'il pouvait se comporter comme quelqu'un d'humain. J'avais tout de même envie de le remercier d'avoir sacrifié sa nuit pour veiller sur moi, mais je me sentais surtout coupable car c'était en parti de ma faute s'il était aussi épuisé et qu'il avait dû passer la nuit sur un fauteuil pas confortable.

« Je suis désolée. » M'excusai-je embarrassée. « Je ne recommencerai plus jamais. » Promis-je solennellement.

Il soupira avant de prendre un air sérieux.

« C'est moi qui suis désolé, c'est ma faute j'aurais dû refuser de te laisser avec lui dans l'état où il était. C'est juste que d'habitude je peux toujours compter sur lui dans ces moments là. »

« Tu n'y es pour rien. » Contredis-je confuse. « Tu ne pouvais pas prévoir que… enfin tu vois. »

« Mais tu es quand même sous ma responsabilité. » Contra-t-il. « Enfin… techniquement, un truc comme ça. » Marmonna-t-il songeur. Je réprimai un sourire et changeai de sujet.

« Qu'est-ce qui s'est passé au juste ? » M'enquis-je curieuse.

« Bah je vous ai trouvés, j'ai gueulé sur Jasper et je t'ai ramené ici. » Répondit-il rapidement. « Tu as dégobillé plusieurs fois et tu t'es évanouie. Ou endormie… » Rectifia-t-il. « Mais tu t'en es plutôt bien sortie pour une première cuite. » Fit-il remarquer en masquant son sourire.

Je le regardai sceptique.

« Tu ne le penses pas vraiment, n'est-ce pas ? » Devinai-je. Il rit brièvement.

« Pas du tout. En fait t'étais carrément lamentable. » Confirma-t-il amusé.

Mon visage se décomposa et devint livide.

« C'était si horrible que ça ? » Fis-je horrifiée.

« J'avais jamais vu quelqu'un vomir autant. »

Je soupirai en me fustigeant mentalement. J'avais commis un acte déplorable. Boire pour oublier, il fallait vraiment être idiote pour penser que cela pourrait être la solution à mes problèmes. Vu mon atroce migraine matinale, il était hors de question que je recommence. Plus jamais je ne boirais autre chose que de l'eau minérale ou du coca cola.

« Dis, je… Est-ce que j'ai fait quoi que ce soit de pas bien ? » M'enquis-je avec crainte. Il fronça les sourcils d'incompréhension.

« Qu'est-ce que tu veux dire ? » Demanda-t-il perdu.

Je détournai les yeux, gênée et apeurée.

« Ben tu sais… en général les gens qui sont ivres font des trucs qu'ils ne font jamais ou… enfin est-ce que j'ai fait quelque chose en particulier ? » Bredouillai-je embarrassée.

Il ouvrit la bouche pour parler, puis la referma, apparemment en pleine réflexion. Il semblait perturbé par quelque chose, ce qui m'effraya. Au bout de plusieurs secondes d'un profond mutisme, il finit par secouer la tête, sans pour autant me regarder dans les yeux.

« Tu t'es comportée comme une parfaite bourrée. » Éluda-t-il avec un embarras qui me déconcerta.

« C'est-à-dire ? » Paniquai-je.

« Euh Bella… » Commença-t-il incertain. « Je ne pense pas que tu aies réellement envie de le savoir. »

Je blanchis soudainement, déglutissant tandis que l'inquiétude m'envahissait. À cet instant si j'avais pu, j'aurais couru m'enterrer dans un puits ou sur une île que personne ne pourrait trouver. J'avais honte, tellement honte de mon comportement. Moi qui avais toujours été quelqu'un de sérieux, voilà que je devenais une dépravée. Enfin quand même pas, mais j'en prenais le chemin en tout cas. Je m'allongeai, enfonçant ma tête dans l'oreiller, désirant par-dessus tout disparaitre.

« Je suis une idiote. » Marmonnai-je dans l'oreiller. Son rire me parvint jusqu'aux oreilles, me donnant davantage envie de m'évaporer.

« Tu n'es pas idiote… » Contra-t-il d'une voix amusée. « Seulement un peu influençable. »

Je soupirai d'exaspération mais ne relevai pas. Je commençais à avoir l'habitude d'être horripilée par ses commentaires indélicats. Et puis il faisait ça pour m'énerver, je le savais, et hors de question de lui donner ce plaisir. Il m'avait assez fait marcher les deux jours précédents.

« Je ne sais même pas pourquoi j'ai fait ça. » Avouai-je piteusement, la tête toujours enfouie dans le coussin. « Je voulais seulement… »

« Oublier ? » Devina-t-il.

Je relevai la tête de l'oreiller et le regardai avec des yeux ronds.

« Oui… c'est exactement ça. » Confirmai-je étonnée. « Comment est-ce que… »

« C'est la raison du comportement de Jasper. C'était aussi celle de Rosalie et d'Emmett. » Répondit-il avec contrariété, le regard dirigé vers l'un des murs.

Je m'assis sur le lit en tailleur face à lui, ma curiosité soudainement réveillée et attisée.

« Ça fait longtemps que Jasper est dans cet état ? » Demandai-je intéressée.

Il détourna le regard, apparemment pas du tout enclin à parler de ça. Je vis une ride se former sur son front, signe qu'il était ennuyé par quelque chose. Il se redressa sur le fauteuil et baissa la tête, mal à l'aise.

« Ça va bientôt faire sept ans. » Consentit-il à répondre d'une voix faible.

Je voyais bien que je le mettais dans une situation incommode, qu'il n'aimait pas parler de ça. Mais c'était plus fort que moi, j'avais besoin d'en savoir plus, et il semblait être plutôt ouvert à la conversation puisqu'en temps normal, jamais il ne m'aurait répondu à une telle question.

« Ça ne te touche pas que toutes les personnes autour de toi semblent sombrer dans l'alcool ? » Fis-je remarquer. (N/S : C'est vrai que ça ne donne pas envie de faire partie de ses amis si c'est pour finir alcoolique.)

Il fronça les sourcils.

« Jasper n'est pas du tout comme Emmett. » Contra-t-il, presque outré. « Emmett était vraiment dépendant, Jasper lui ne l'est pas. Il le fait seulement parce que ça lui plait et qu'il est dépressif. Mais s'il voulait il arrêterait de boire sans problème. »

« C'est impossible, pas après sept ans ! » M'exclamai-je ahurie.

« On voit que tu ne connais pas Jasper. » Rétorqua-t-il sûr de lui. « Mais de toute façon nous ne le saurons jamais puisqu'il ne s'arrêtera pas. »

Je fus déstabilisée par le ton sec qu'il avait employé. Il n'avait pas l'air de douter ne serait-ce qu'une seconde de ce qu'il avançait.

« Comment sais-tu qu'il n'arrêtera jamais ? » Voulus-je savoir.

Je pus voir son visage changer et passer de la dureté à une douleur irrépressible qu'il semblait essayer de contenir et d'empêcher de faire remonter à la surface. Cette même peine qui semble le ronger depuis que je le connaissais, sans aucun doute liée à son passé, et par déduction, liée au passé de Jasper également. Que s'était-il passé il y a sept ans ? Parce que je devinais aisément que la dépression de Jasper était due à un évènement qui ce serait passé au même moment et qui aurait tout déclenché. Mais quoi ?

« Vois-tu… » Commença Edward qui avait l'air d'être enclin à se confier pour une fois. « Pour que Jasper puisse arrêter de foutre sa vie en l'air, il faudrait qu'il soit capable d'aller mieux et de se remettre. Mais il n'y arrivera jamais. Il n'en a même pas envie. » Acheva-t-il d'un ton maussade. J'entrouvris la bouche d'étonnement.

« Tu veux dire que… qu'il est désespéré ? » Il secoua la tête, le regard lointain.

« Il n'est pas désespéré à ce stade. Il est carrément… mort à l'intérieur. » Fit-il avec amertume. « Il n'y a rien qui le raccroche un tant soit peu à la vie. S'il le pouvait il se serait tiré une balle il y a bien longtemps. »

J'écarquillai les yeux d'horreur.

« Tu plaisantes ? » M'exclamai-je affolée. « T'es en train de dire qu'il est suicidaire ? »

Un sourire méprisant et affligé prit place sur ses lèvres.

« C'est pourtant facile à voir, il suffit de le regarder et tu le vois tout de suite. » Répliqua-t-il d'un ton dédaigneux.

J'aurais pu m'offenser de sa façon si froide et austère de me répondre, mais je supposais que cette froideur et rancœur étaient destinées à son ami. Jasper lui faisait du mal en se comportant ainsi, je voyais bien que ça affectait Edward de le regarder se détériorer et de ne pouvoir rien faire, même s'il tentait de ne pas le montrer.

« Quand… quand j'étais avec lui… » Hésitai-je, n'osant pas le regarder. « On aurait dit… Enfin en étudiant son visage, on aurait dit qu'il avait l'air de souffrir. » Bafouillai-je.

« C'est parce que chaque minute de plus où il respire, il souffre le martyre. » M'apprit-il. « Pour lui vivre est une sorte de torture qu'on lui inflige. Alors il se dit que ça passera mieux en buvant un coup. »

Je le regardai attristée et affectée. Comment de telles pensées pouvaient-elles exister ? Je n'osais même pas imaginer le calvaire que Jasper devait endurer, si pour lui la vie était pire que la mort, si chaque seconde qui s'écoulait augmentait l'agonie qu'il subissait.

« Il a le mal de vivre. » Conclus-je bouleversée.

« Entre autres. » Murmura-t-il sombrement.

Je restai quelques secondes inertes, tentant d'encaisser l'information. Une question se forma alors dans mon esprit.

« Sans vouloir paraitre ignoble, si c'est tellement dur pour lui de vivre, alors pourquoi est-ce qu'il continue ? » Observai-je déroutée. « Pourquoi n'abrège-t-il pas ses souffrances en mettant fin à ses jours ? »

Edward posa ses yeux sur moi, silencieux. Il semblait en plein débat intérieur, comme si ça lui coutait d'en parler. Remarque, je le comprenais. Ça devait être dur pour lui d'évoquer les envies suicidaires de son meilleur ami. Je me sentis soudainement mal pour lui, la culpabilité m'envahissant de toute part. C'était de ma faute s'il était aussi mal à l'aise et s'il était perturbé. J'étais responsable pour avoir tenu à lui faire dévoiler quelque chose d'insupportable qu'il voulait oublier. Ou du moins enfouir dans un tiroir fermé à clé de son cerveau. Son pli entre les yeux avait apparu, ses yeux s'étaient voilés et assombris, il ressemblait à quelqu'un de torturé. Mais au-delà de ça, je pouvais voir une redoutable culpabilité qui ornait ses traits et l'envahissait. Peut être se sentait-il coupable, mais de quoi ?

« A cause de moi. » Répondit-il au bout d'un long moment de mutisme, faisant ainsi écho à mes pensées.

Je le regardai ébahie.

« Comment ça ? » Fis-je incertaine. Je ne voyais pas en quoi le fait que Jasper ne veuille pas se… se tuer… avait un rapport avec lui. Il soupira, comme si répondre lui demandait un effort surhumain.

« C'est de ma faute si Jasper ne s'est pas encore suicidé. Il reste uniquement pour moi, parce qu'il sait que sans lui je n'ai personne. » Admit-il accablé.

J'ouvris la bouche avant de la refermer. Je ne m'attendais pas à cette réponse. Dit comme ça, il paraissait pour quelqu'un d'égoïste, qui empêche son ami d'être en paix pour ne pas se retrouver seul. J'avais le sentiment que c'était justement l'impression qu'Edward voulait dégager. Mais étrangement, je ne voyais pas les choses de cette façon là. S'il avait vraiment été égoïste, il ne serait pas aussi rongé par cette culpabilité. Vu la façon dont il parlait et les émotions qui filtraient sur son visage, c'était évident qu'Edward avait une piètre considération de lui-même. J'étais prête à parier qu'il était du genre à se dénigrer constamment. Au final, ça lui allait bien d'être un meurtrier, puisque ça lui permettait de se mépriser davantage, de se faire encore plus de reproches et de donner une mauvaise estime de lui aux autres. C'était probablement ce qu'il voulait, paraitre pour quelqu'un de mauvais aux yeux du monde. C'était comme ça que je l'avais jugé aux premiers abords. Et plus le temps passait, plus j'avais l'impression de m'être trompée et d'être tombée exactement dans le piège qu'il m'avait tendue en pensant exactement ce qu'il voulait que je pense de lui.

Ma migraine refit à nouveau surface, tandis que mon cerveau surchauffait et que j'essayais de réfléchir et de déterminer la complexité d'Edward. Peut être ne devrais-je pas tenter de réfléchir ni d'utiliser mes capacités cérébrales maintenant. J'abandonnai momentanément mes analyses et revins au moment présent.

« Je ne comprends pas, tu as Emmett pourtant, non ? » Lui rappelai-je. Il roula des yeux avec cynisme.

« C'est différent, Emmett a une femme, à part au boulot je ne le vois pas souvent, et puis un beau jour il quittera tout pour fonder une famille. Et à ce moment là il n'aura pas d'autre choix que de couper les ponts. » Conclut-il acerbe.

Je tiquai sur le mot « boulot ». Personnellement je trouvais cette qualification du travail qu'ils font, assez déplacée. À sa place j'aurais plutôt appelé ça une monstruosité, ou une barbarie. Mais il avait l'air de trouver ça normal.

Oubliant ce détail sordide, j'hochai la tête, comprenant un peu son point de vue.

« C'est vrai qu'avec ton… « passe temps », tu dois te sentir seul. » Répliquai-je acide en mimant les guillemets. Il eut un léger sourire au coin des lèvres.

« Tu vas t'y habituer Bella. » Assura-t-il. Je le toisai froidement.

« Je ne pense pas non. » Contredis-je sèchement, la voix glaciale.

Il secoua la tête amusé, tandis que j'essayais de contenir mon énervement qui montait en pensant à toutes ces infamies qu'il commettait la journée.

« Ceci dit tu as raison. » Murmura-t-il. « Avec le travail que je fais, y a pas vraiment de place ni d'occasion pour se faire des amis. Ce serait plutôt des ennemis. » Songea-t-il.

« Tu penses sincèrement que tu n'y arriverais pas sans Jasper ? » M'enquis-je sceptique, revenant au sujet qui m'intéressait.

« Il a toujours été là pour m'aider, même s'il pense le contraire. » Affirma-t-il, l'air à nouveau sérieux et coupable. « Je ne sais pas ce que je ferais sans lui. Et il le sait, c'est pourquoi il reste et qu'il endure une vie semblable à un fardeau. » Avoua-t-il douloureusement.

J'hochai la tête, le regardant tristement.

« Et tu penses que ça fait de toi quelqu'un d'égoïste. » Conclus-je simplement.

« Je sais que je le suis. » Affirma-t-il avec un rictus sarcastique.

Je soupirai mais ne rétorquai rien. Edward était surement bien des choses, mais je ne pensais pas qu'il était quelqu'un d'égoïste. Après tout, il m'empêchait d'aller voir les flics pour sauver son ami. Et puis s'il avait été égoïste, il ne se serait pas démené à me sauver la vie plusieurs fois, mettant même un de ses partenaires à dos. Même s'il m'avait avoué qu'il n'avait jamais porté cet indien dans son cœur, j'étais certaine qu'il n'avait pas agi avec autant d'impudence par plaisir de se quereller avec ce Jacob. Non Edward n'était pas égoïste, mais il refusait de l'admettre. Je me demandais si dans sa jeunesse, il avait été quelqu'un de bien. J'étais sûre que oui, car parfois – très rarement – j'avais l'impression que ce coté ressortait. Comme par exemple le fait qu'il me protège, ou qu'il veille sur moi toute la nuit, au détriment de sa santé. Dommage que toutes ces petites choses, qui font de lui quelqu'un de différent que ce qu'il prétend être, il ne les remarque pas.

« Mais il n'y a vraiment rien à faire pour aider Jasper ? » Finis-je par demander, oubliant mes pensées troublantes. « Rien qui puisse le faire aller mieux ? »

Je le regardais avec des yeux presque suppliants. J'appréciais bien Jasper, il s'était montré plutôt gentil avec moi, derrière sa carapace de sale ivrogne ronchon et mal habillé. Il secoua la tête tristement.

« Non on ne peut plus rien faire pour lui. » Déclara-t-il avec répulsion.

J'ouvris la bouche, choquée. Il avait l'air tellement certain de ce qu'il avançait, il refusait d'espérer. Pourquoi ? Est-ce qu'il le connaissait assez bien pour savoir qu'il n'y avait rien pour le faire aller mieux ? Ou disait-il seulement ça parce qu'il n'avait pas envie de s'en mêler ?

« Comment peux-tu être aussi sûr de toi ? » M'effarai-je. « Jasper est un être humain, il y a sûrement un moyen de lui venir en aide. » Contredis-je.

« Il n'y en a pas. » Répliqua-t-il durement. « Je suis désolé de te dire ça de cette façon mais c'est comme ça, il y a des gens sur Terre qui ne peuvent pas être heureux, qui ne souhaitent pas être heureux. C'est le cas de Jasper. » Affirma-t-il avec conviction. Je pus noter toutefois une pointe de regret dans ses pupilles assombries. « Parfois certaines causes sont perdues d'avance Bella. Et malgré le fait que tu désires tant aider ou arranger les choses, ça ne fait rien du tout et tu échoues lamentablement. » Trancha-t-il fermement, avant de se lever du fauteuil où il avait passé la nuit.

Je baissai la tête, atterrée d'entendre ça, et bouleversée par le ton qu'il avait employé. On aurait dit qu'il savait très bien de quoi il parlait, comme s'il connaissait très bien ce sentiment d'échec cuisant. Cela me déconcerta.

« On dirait que tu parles en connaissance de cause. » Murmurai-je sans relever la tête. Je le sentis se raidir mais n'osai lever les yeux vers lui. « Est-ce que ça veut dire que tu as déjà essayé d'aider Jasper, sans jamais y parvenir, au point de ne plus avoir aucun espoir ? »

J'entendis un soupir et je devinai qu'il devait avoir ce sourire crispé, comme à chaque fois lorsqu'il était gêné.

« J'essaye constamment de l'aider. Même si je sais qu'il n'y a rien à faire et c'est sans espoir. »

Je relevai alors la tête et le regarder qui avait les yeux rivés sur l'horizon derrière moi. Il semblait ailleurs, en plein débat intérieur, réfléchissant à quelque chose dont j'ignorais quoi. Il avait cet air sérieux, à la fois déterminé et perturbé. Son visage était la définition même du mot énigme. Un véritable puzzle indéchiffrable, dont il me fallait assembler les pièces qui apparemment, n'étaient pas en ma possession et qui par conséquent, m'empêchaient de le percer à jour.

« Alors il n'y a vraiment rien que l'on puisse faire pour le sauver ? » Insistai-je, redoutant la réponse. Il secoua la tête et reporta son attention sur moi, impassible.

« Non il est trop tard pour lui désormais. » Conclut-il d'une voix ferme, avant de se détourner vers la porte. (N/S : Quel fataliste !)

Je le regardai s'en aller sans rien dire, étonnée comme ébranlée par une telle conviction. Lorsqu'il ouvrit la porte, je me décidai à poser la question qui me brûlait les lèvres, sans penser aux représailles qu'une telle question pouvait me coûter.

« Et toi ? » Demandai-je avec sérieux, tandis qu'il s'immobilisait, dos à moi. « Pour toi aussi il est trop tard ou tout n'est pas encore perdu ? »

Il resta figé, semblable à une véritable statue. J'aurais donné n'importe quoi pour voir son visage à cet instant, voir à quoi il pensait et quelles émotions il ressentait. J'ignorais pourquoi je lui avais posé la question en tout premier lieu, peut être parce que, l'idée qu'Edward puisse avoir un cœur au fond de lui, bien enfoui, était de plus en plus présente dans mon esprit, ébranlant ainsi toutes mes convictions les plus profondes. Je pensais qu'il ne me répondrait pas. Pire, j'étais même sûre qu'il allait s'énerver, rétorquer quelque chose de vexant et puis s'en aller en claquant la porte. Il pouvait tellement être lunatique par moments, que la moindre phrase que je prononçais me faisait peur.

Mais à ma plus grande surprise, il répondit, toujours de dos sans jamais se retourner ni me faire face.

« Moi c'est différent. Contrairement à Jasper, je ne mérite pas d'être sauvé. » Asséna-t-il d'une voix sèche et sans réplique.

Puis il claqua la porte avec fermeté, comme je l'avais prédit.

Sur le coup je ne percutai pas, restant statufiée sur le lit sans bouger ni esquisser le moindre mouvement. Je n'arrivais pas à croire ce que je venais d'entendre, j'avais envie de lui prouver le contraire et de lui dire que ce qu'il pense est faux mais dans le fond, qu'est-ce que j'en savais ? Je ne le connaissais pas, ou très peu, et il ne m'avait pas vraiment montré ses bons côtés. Cependant, une partie au fond de moi, bien qu'elle soit infime, avait tout de même envie de penser qu'il se trompait, qu'il pouvait devenir quelqu'un de bien, peu importe qu'il l'ait déjà été et qu'il ne l'est plus. J'avais envie de croire qu'il pouvait redevenir une bonne personne, parce que je suis une fille naïve, qui croit encore en la bonté du monde, et même des pires salopards. Et bien que je sache très bien que c'était complètement idiot et fou de penser ça, je voulais croire en son humanité perdue.

Une chose était sûre cependant.

C'est que quand je disais qu'il était du genre à se dénigrer, j'étais vraiment loin du compte…


Un grand merci à ma Yoro et à ma Sandrine qui ont commenté ce chapitre, et à cette première pour l'avoir corrigé !

Je vais vraiment essayer de répondre plus tôt à vos review la prochaine fois ! J'ai l'impression de toujours dire ça... xD

J'espère que ce chapitre vous aura plu, et n'oubliez pas de laisser une review en partant, c'est gratuit ! De plus un teaser vous sera offert par la maison ;)

Gros bisous à tous et portez vous bien !

Votre dévouée Popolove

(PS : J-31 :D)