Salut à tous !

Les épreuves de bac étant finies, je peux enfin me concentrer sur l'écriture pendant les vacances ! D'ailleurs attendez-vous à recevoir des alertes de ma part plus régulièrement durant les prochains mois à venir puisque je compte bien passer mes vacances à écrire et vous pondre des chapitres :D

Je vous remercie tous pour vos reviews que j'ai dévorées ! J'ai enfin pu répondre à tout le monde par ailleurs. Merci encore !


Merci aux anonymes :

lily-rose, liia68, Jolieyxbl, Marie, julie 29, Anais B, N, PatiewSnow, Martine16, Clia, PrincetonGirl818, xHouna, Fleurnyle, scorpionlove09, vanessa, nicole, larsand, Esther, phelie et marion

rebb : Je te remercie pour ta review, par contre je tiens à rectifier une chose. Les commentaires faits dans les chapitres ne sont pas de moi mais de mes copines à qui je fais lire le chapitre avant de le poster, c'est pour ça que les noms sont différents d'ailleurs. Honnêtement, cela aurait été bizarre que je me permette de commenter ce que j'écris tu ne crois pas? Je comprends ton point de vue cependant elles aiment bien glisser un ou deux commentaire dans le chapitre pour dire ce qu'elles pensent, et la plupart des lecteurs aiment bien ces petites touches d'humour. Si après cela te fait décrocher je suis désolée =/


Alors beaucoup d'entre vous avaient deviné qu'il s'agissait d'Alice, cependant quasiment tout le monde se demande si elle est vivante ou pas. Je ne répondrai bien évidemment pas à cette question, mais je vous rassure, vous serez fixée dans le prochain chapitre ;)

En attendant je vous laisse avec la suite de l'épisode Bella vs Edward dans la bibliothèque !

Enjoy ;)


Chapitre 9 : Fuir

Pov Bella

oO "Future Starts Slow" Oo – The Kills

Je me levai ce matin là avec une sorte de boule dans l'estomac. Les évènements de la veille me revenaient sans cesse en mémoire, m'empêchant de fermer l'œil de toute la nuit. Je n'arrêtais pas de me remémorer le comportement et l'attitude violente d'Edward après m'avoir surpris dans la bibliothèque. Il avait été tellement effrayant à ce moment là que rien que le fait d'y penser déclenchait une multitude de frissons à l'intérieur de moi. Tellement imposant, tellement terrorisant et épouvantable… (N/Marie : Tellement orgasmique surtout !)

J'avais fini par oublier à quel point Edward pouvait être aussi abominable quand il voulait. J'avais oublié le coté monstrueux de sa personne et c'était ce qui avait causé ma perte. Je m'en voulais terriblement pour ce que j'avais fait, fouiller comme ça dans son passé avait été une grave erreur. Une erreur parce que d'un coté, c'était pitoyable et pathétique de ma part et que je n'avais pas été élevée comme ça, et d'un autre coté, maintenant que j'avais entraperçu quelque chose à propos de son passé, je voulais en savoir plus, beaucoup plus. Je n'avais jamais été de nature curieuse, mais avec lui je l'étais. J'ignorais d'où me venait cette curiosité maladive, voire même malsaine, mais je n'arrivais pas à la contrôler. J'étais obligée de toujours vouloir en savoir plus sur lui. Cette fascination envers lui me faisait horriblement peur, dans la mesure où s'intéresser à un individu aussi dangereux qu'imprévisible n'était en soi pas la meilleure idée que j'aie eue de toute ma courte vie. Mais c'était visiblement indépendant de ma volonté. C'était automatique, je voulais en savoir plus malgré moi, il m'intriguait malgré moi, et je l'appréciais malgré moi. Et si ça faisait de moi quelqu'un de fou, téméraire et bon à être enfermer, alors qu'il en soit ainsi, après tout je n'avais rien à prouver, et je me fichais de l'image que je pouvais donner, puisque j'étais bonne à rester enfermée dans cet appart pour le restant de mes jours. (N/Marie : Bah moi j'aime bien cette idée…)

Je sortis de la chambre, non sans éprouver une terrible appréhension tant je redoutais le moment où je me trouverais face à lui. J'ignorais s'il était toujours aussi en colère après moi, j'étais sûre que c'était le cas. Ce que j'avais fait était sans doute impardonnable, je pouvais aisément comprendre sa rage envers moi. D'autant plus qu'Edward était le type le plus lunatique qui puisse exister, et lorsqu'il s'énervait, il l'était vraiment, à un point que tout ce qu'on a envie de faire en le voyant c'est de fuir. Fuir à des milliers de kilomètres pour ne plus avoir à craindre sa fureur impitoyable. J'espérais cependant qu'il se montrerait plus calme et qu'il accepterait de me parler. Ou au moins de m'écouter. Car il était clair que si je voulais arranger les choses, il allait falloir que je présente mes excuses. Même si je lui avais déjà dit hier à quel point j'étais désolée, il avait surement été trop énervé pour entendre.

Ou peut être que je n'avais aucune chance pour qu'il puisse accepter mes excuses…

J'arrivai dans la cuisine et le vis debout, accoudé à la table, le regard baissé, ce qui fait que je ne pus savoir à quoi il pensait à cet instant. Il avait l'air tranquille, détendu, aucune preuve d'hostilité sur son visage. Néanmoins j'avais appris à mes dépends que les apparences pouvaient être trompeuses, surtout avec lui, et qu'il ne fallait pas s'emballer trop vite avec lui. J'avançai prudemment, restant sur mes gardes tandis qu'il ne bougeait ni ne relevait la tête. Il semblait être en pleine réflexion et je ne sus si c'était à cause de moi ou pas.

Je me raclai la gorge, témoignant de ma présence sans pour autant engager la conversation, ne sachant trop comment je serais perçue. Il ne releva pas la tête pour autant, ne tressaillit même pas, comme s'il n'avait rien entendu. Et pourtant je savais qu'il était conscient de ma présence. J'étais bien trop près de lui pour qu'il ne le remarque pas. Apparemment il avait décidé de m'ignorer. C'était toujours mieux que la colère, n'est-ce pas ?

« Est-ce que tu es toujours énervé ? » Osai-je finalement demander, craignant sa réaction.

Toujours aucune réaction de sa part. C'était comme si j'étais invisible, comme s'il ne m'entendait pas. Comme si je n'existais pas…

Il avait les yeux plongés sur sa tasse de café habituelle, l'air de la trouver extrêmement intéressante. Contre toute attente, alors que je pensais qu'il ne me répondrait pas et continuerait à m'ignorer royalement, il ouvrit la bouche et parla d'une voix détachée.

« Non je ne suis pas énervé. »

Cette phrase était sensée me rassurer, mais le ton qu'il avait employé ne présageait rien de bon. Sa voix avait été douce, flegmatique, tout en étant froide, sans la moindre sensibilité. Alors que j'allais lui répondre pour lui demander ce qu'il pensait, il continua sur sa lancée et déclara d'une voix toujours aussi impassible et dénuée de toute trace d'émotion.

« Je suis juste déçu. »

Il avait dit ça tout en restant imperturbable, comme si ça ne lui faisait rien, ce qui était vraiment très mauvais signe. Finalement je me demandais si je ne préférais pas sa colère à son ignorance et sa froideur.

« Déçu ? » Répétai-je avec frayeur, sentant la culpabilité m'envahir.

À ce moment là il releva enfin la tête vers moi et ce que je vis ne me rassura pas. Ses yeux étaient inexpressifs, ses traits encore plus marmoréens qu'à l'ordinaire. Il ne semblait éprouver aucune émotion quelconque, c'était comme si j'avais perdu son entière considération. Il ancra son regard dans le mien, me fixant sans but.

« J'avais confiance en toi Bella. » Dit-il finalement d'un ton sans appel. « Je ne sais pas si tu as conscience des efforts que j'ai dû fournir pour te laisser le libre accès à cette pièce. Je t'ai fait confiance, je ne pensais vraiment pas que tu oserais me trahir de cette façon. »

Je baissai le regard vers mes pieds, ne pouvant trouver un argument pour réfuter. Je me sentais mal au fond de moi, parce que j'étais allée trop loin. C'était tout à fait normal qu'il m'en veuille, mais j'avais horreur de ça car je n'aimais pas son hostilité, et je n'avais surtout aucun moyen d'arranger ça.

« Je suis vraiment désolée. » Parvins-je à articuler sans relever les yeux. « Ce que j'ai fait est mal, et tu as toutes les raisons de me détester. »

« Te détester ? » Fit-il surpris. Il émit un rire sans joie, plein d'amertume. « Mais je ne te déteste pas. » S'exclama-t-il, un sourire pernicieux au coin des lèvres.

Je levai la tête et le regardai incrédule, ne comprenant pas son attitude. Il me darda d'un regard profondément sombre, dénué d'amusement.

« Pour te détester il faudrait d'abord que je t'accorde un minimum d'importance. Et à mes yeux tu ne représentes strictement rien. » Trancha-t-il fermement, la voix glaciale et le regard dur.

J'entrouvris la bouche, abasourdie et n'étant pas du tout préparée à ça. Je m'étais attendue à ce qu'il soit énervé, à ce qu'il m'en veuille ou à ce qu'il me fasse vivre un enfer, mais ça c'était pire que tout ce que j'avais pu imaginer. Ce n'était même plus de l'indifférence à ce stade, c'était tout simplement du mépris. Et malgré le fait que je sois désolée et que je sache que j'étais fautive à tous les niveaux, je ne pus m'empêcher d'être blessée. Peu importe à quel point je méritais sa mésestime et sa déconsidération, j'avais mal.

Je compris à cet instant que je ne m'étais pas trompée lorsque je m'étais dit que j'avais tout gâché. Car si je n'avais pas commis cet acte irréfléchi, nous serions toujours en excellents termes. Il y a deux jours, il m'avait avoué qu'il m'aimait bien. Aujourd'hui cela me semblait tellement loin que j'avais l'impression que ça avait été à une autre époque.

Comment les choses pouvaient elles changer autant en l'espace d'une journée ?

« C'est vraiment ce que tu penses ? » Demandai-je le cœur serré, priant silencieusement pour déceler une quelconque émotion ou parole qui me prouverait le contraire.

Il me gratifia d'un regard dédaigneux avant de reporter son attention sur sa tasse de café, comme si elle était plus importante que moi.

« Oui. »

Sa réponse brève et concise me déstabilisa au point que je ne sus comment réagir.

« Écoute, je sais que j'ai mal agi, je n'aurais pas dû fouiller dans ta vie privée de cette façon, c'était… une erreur. » Bredouillai-je attristée. « Mais ça n'arrivera plus, je te le promets. »

Il sourit faiblement.

« Oh je sais que tu ne recommencera pas. » Déclara-t-il abruptement sans me regarder. « Puisque tu n'y remettras plus jamais les pieds. »

Je clignai des yeux plusieurs fois pour être certaine d'avoir bien entendu. À cet instant la panique s'insuffla peu à peu en moi et je commençais à appréhender ce qui allait suivre.

« Quoi ? » Balbutiai-je, horrifiée à l'idée de ce que cela représentait.

« Tu croyais sincèrement qu'après ton petit numéro d'hier je te permettrais à nouveau d'y entrer ? » Dit-il d'un ton condescendant. « Sérieusement Bella, je te croyais un petit peu plus futée que ça. »

Je secouai la tête, tentant de réfréner mon affolement qui était en train de me faire perdre pied.

« Tu… tu ne peux pas faire ça… Edward cette pièce c'est tout ce que j'ai ! » M'écriai-je au bord des larmes. « Si tu me la retires, je n'aurais plus rien à faire de mes journées. »

« Tu m'en vois désolé. » Dit-il sans l'once d'une sympathie, tandis que j'étais désemparée.

« Je t'en prie Edward… » Suppliai-je lamentablement. « Il y a pleins de livres que j'aurais voulus lire là dedans, cette bibliothèque était la seule chose qui faisait que ma vie n'était pas totalement ennuyeuse à mourir. »

J'espérais sincèrement qu'il aurait assez de cœur ou de pitié pour m'accorder au moins ça, car j'ignorais si j'étais capable d'accepter l'idée de ne plus avoir accès à cette pièce. Maintenant que j'avais retrouvé mon gout pour les livres et mon envie de lire, je ne voulais pas qu'il m'enlève ça. Je ne pourrais pas le supporter.

« Et ben t'as plus qu'à te trouver un nouveau passe-temps. » Annonça-t-il comme si ça l'amusait de me voir dans cet état.

Était-il à ce point devenu détestable ? Parce que même si j'avais commis une erreur fatale et que tout était de ma faute, ça ne lui donnait pas le droit de se montrer aussi abject.

Je ravalai ma salive et tentai désespérément de le faire changer d'avis.

« S'il te plait, ne fais pas ça… Je ferai tout ce que tu voudras mais par pitié ne m'enlève pas ça. » Implorai-je vainement, sachant très bien que cela n'aurait aucun effet.

« C'est trop tard. Tu aurais dû y penser avant de te mêler des affaires qui ne te regardaient absolument pas. » Lâcha-t-il imperturbable.

La panique et l'énervement mirent fin à la honte et la culpabilité que je ressentais, si bien qu'à présent je n'étais plus du tout désolée de ce que j'avais fait, mais au contraire je lui en voulais. Je lui en voulais au point qu'une grosse bouffée de colère s'empara de moi.

« T'as pas le droit de faire ça…» Protestai-je, ne retenant plus les quelques larmes qui coulaient sur mes joues.

Il ne daigna même pas lever les yeux vers moi, se contentant de boire son café tranquillement sans la moindre considération à mon égard.

« Bien sûr que si j'en ai le droit. » Dit-il simplement en reposant sa tasse. « Essaie un peu de m'en empêcher pour voir. » (N/Marie : Y a que moi qui trouve cette phrase terriblement sexy ? Bon je sors xD)

Je le regardai, dégoutée, tout en étant en colère après moi pour réagir aussi excessivement alors qu'il semblait s'en ficher complètement. Ça ne lui faisait rien de me voir dans cet état, il se contentait de boire son café et pianoter sur son téléphone, faisant comme si j'étais inexistante. C'était ce qui m'énervait le plus, j'aurais voulu ne pas montrer mon désarroi et ma peine face à cette réalité effroyable, car j'étais sûre qu'il se délectait de mon état. Après tout c'était ce qu'il voulait non ? Me rendre aussi pitoyable que je l'étais à cet instant précis.

Je soufflai pour reprendre une contenance à peu près normale, et essuyai mes larmes du revers de la main, ne voulant plus être atteinte par une seule de ses paroles ni le moindre de ses gestes. Je fermai les yeux l'espace d'une seconde et pris une profonde respiration pour me donner du courage avant de rouvrir les yeux et de le regarder avec déception.

« Si ton but est de me faire souffrir, alors félicitations t'as réussi. » Avouai-je faiblement avant de secouer la tête de défection.

Ne pouvant plus rester une minute de plus à coté de lui, je me détournai alors qu'il ne réagissait toujours pas, comme totalement hermétique à ma présence et à ma voix. Je quittai la cuisine avec rapidité, puis retournai à ma chambre, refermant la porte sur mon passage. Je me laissai glisser le long de cette dernière et m'assis sur le sol, puis soupirai.

J'espérais sincèrement qu'il était content de lui, parce que pour ma part j'étais complètement lessivée et abattue. Savoir que non seulement j'avais perdu son estime, mais qu'en plus j'avais perdu mon lieu de prédilection était en train de m'anéantir. Je ne pourrai pas endurer cette vie d'ennui et de solitude. J'en étais incapable.
Mais si c'était le comportement qu'Edward adopterait à mon égard désormais, alors soit, Il ne m'atteindra plus de cette manière. Si tout ce qu'il voulait c'était de l'indifférence et du mépris, et bien c'est ce qu'il aurait.

Prise de cette nouvelle résolution, je reniflai gracieusement et jurai silencieusement que plus jamais je ne serai dans un état pareil à cause d'Edward Masen. Ou Cullen, peu importe le nom.

Rosalie passa en milieu d'après midi. Lorsqu'elle me vit elle comprit tout de suite que quelque chose n'allait pas, cependant elle ne fit aucun commentaire. Je ne voulais pas qu'elle soit au courant de ce qu'il s'était passé hier et ce matin. Il n'y avait aucune raison qu'elle sache, après tout c'était entre Edward et moi. Le problème était que la curiosité ne m'avait toujours pas quittée et que le mystère « Alice » était toujours aussi présent dans ma tête. Je tenais vraiment à savoir qui était cette fille qui avait mis Edward dans un état pas possible. Je savais cependant que la vérité, je n'allais certainement pas l'apprendre de la bouche d'Edward. À vrai dire je ne savais même pas si nous finirions par nous reparler, vue le comportement qu'il avait à mon égard. J'avais attendu qu'il parte ce matin avant de sortir de la chambre. J'étais persuadée que notre situation n'allait pas s'arranger.

Si je voulais en savoir plus sur lui, car de toute évidence je n'allais pas abandonner de si peu, il allait falloir que je me débrouille autrement qu'en lui posant des questions et en fouillant dans son bureau. J'avais essayé d'ouvrir la porte de la bibliothèque après son départ, mais sans succès, il l'avait verrouillée. Le pire, c'était que même si j'avais encore eu accès à cette pièce je n'aurais pas pris le risque à nouveau de fouiller dans ses effets personnels. J'avais honte de ce que j'avais fait, ce n'était pas mon genre d'agir en douce, d'autant plus que ça n'avait pas atténué ma curiosité mais au contraire, ça l'avait fait accroître. Je n'aurais jamais recommencé, mais ça il ne voulait pas le savoir, il ne me faisait plus confiance et je ne pouvais m'en prendre qu'à moi-même.

« Bella ? Tu es toujours avec moi ? »

La voix de Rosalie m'extirpa de mes pensées et je secouai la tête pour revenir au moment présent. Nous étions dans le salon, assises sur le canapé et elle était partie dans un monologue dont je n'arrivais même pas à me souvenir du sujet tant j'étais préoccupée.

« Excuse-moi, je ne suis pas de très bonne compagnie. »

Elle fronça les sourcils.

« Qu'est-ce que tu as ? Tu veux en parler ? » S'enquit-elle d'une voix douce.
Je me mordis la lèvre, hésitante.

« C'est juste… que je m'interroge sur quelque chose que j'ai trouvé. » Répondis-je incertaine. Je ne voulais pas lui parler de mes différends avec Edward mais peut être qu'elle pourrait éclairer un peu ma lanterne quant à cette mystérieuse fille pour qui il avait composé une chanson.

« De quoi tu parles ? » Fit-elle déroutée.

« As-tu déjà entendu parler d'une certaine Alice ? » Demandai-je de but en blanc, appréhendant sa réponse.

Rosalie se mit à blanchir soudainement et elle me regarda comme si j'avais commis un terrible affront et que je venais de dire l'infamie du siècle.

« Qui t'a parlé d'elle ? » Se braqua-t-elle soudainement, comme apeurée.
Je n'arrivais pas à comprendre sa réaction. Elle donnait l'impression d'avoir peur d'en parler, comme s'il allait lui arriver quelque chose à tout moment, ce qui était plutôt étrange dans la mesure où il n'y avait que nous dans l'appartement.

« Personne, j'ai trouvé son nom sur un papier et il y avait un mot écrit par Edward. » Mentis-je à moitié.

Si j'avais évoqué le fait que j'avais découvert ce mot sur une partition elle serait capable de me demander comment j'ai pu trouver ça, et je ne pouvais décemment pas lui dire la vérité. Elle me passerait un savon si elle savait ce que j'avais fait, et c'était la dernière chose dont j'avais besoin en ce moment.

Elle me sonda du regard durant ce qui me semblait une éternité avant d'arborer un visage sérieux et étonnamment grave.

« Écoute-moi bien Bella, ce que je vais te dire est très important et il faut que tu me promettes de ne pas évoquer ce sujet devant qui que ce soit. » Avisa-t-elle d'un ton presque dramatique, comme si c'était un secret d'état.

« Euh… d'accord. » Fis-je légèrement perdue.

Rosalie resta silencieuse quelques secondes avant de prendre une profonde inspiration et de répondre.

« Alice… c'est une fille qui a énormément compté pour Edward, mais aussi pour Jasper. Cela fait des années qu'aucun des deux n'a osé prononcer son nom, la dernière fois que le prénom d'Alice a été évoqué, ça a été un véritable désastre, c'est pourquoi je n'ai pas le droit de t'en parler. »

« Mais pourquoi ? » M'enquis-je subitement. « Je sais garder un secret. »

« Tu ne pourrais pas garder ça pour toi. » Contra-t-elle, certaine de ce qu'elle affirmait.

« Comment tu peux le savoir ? » Rétorquai-je vexée.

« Parce que ça changerait ta façon de voir les choses, rien que ta manière de regarder Edward changerait. »

« C'est si grave que ça ? » Fis-je déconcertée. Elle soupira.

« Je ne sais pas comment te l'expliquer… mais c'est un sujet sensible qu'Edward et Jasper se sont évertués à mettre au placard pour ne plus jamais y penser. »

« Cet Alice, est-ce que tu l'as connue ? » Demandai-je embarrassée.

Elle secoua la tête de négation.

« Non, tout ça s'est produit durant leur enfance jusqu'au lycée. » Apprit-elle.

« C'est à cause d'elle qu'Edward s'est fait enrôlé dans la garde d'Aro pas vrai ? » Devinai-je tristement.
« Comment tu le sais ? » Fit-elle amusée.

« Edward m'a dit qu'il avait été recruté à ses dix neufs ans et qu'il connaissait déjà Aro à ce moment là. » Répondis-je simplement.

« Elle a joué un rôle majeur dans cette histoire… mais elle n'était aucunement responsable. » Précisa-t-elle.

« Alors qu'est-ce qu'elle était au juste ? Sa petite amie ? Sa sœur ? Sa cousine ? Et quel est le rapport avec Jasper ? » Débitai-je, presque énervée de ne rien savoir et d'être encore plus perdue.

« Je suis désolée Bella, mais je ne peux rien te dire de plus. La seule chose que tu dois savoir, c'est que cette fille est un sujet tabou, et qu'il ne faut surtout pas en parler. Edward me tuerait s'il savait tout ce que je t'ai raconté. » Songea-t-elle, ce qui m'énerva dans le sens où elle ne m'avait rien raconté du tout.

« Tu dis ça au sens propre où au sens figuré ? » M'enquis-je amusée, pour cacher ma déception.

Elle sourit.

« Tu tiens vraiment à le savoir ? » Répliqua-t-elle en soulevant un sourcil suggestif.

Je levai les yeux au ciel en secouant la tête, avant que Rosalie ne reprenne la parole.

« Je suis sérieuse Bella. » Dit-elle avec gravité. « Tu ne dois jamais, ô grand jamais évoquer le nom d'Alice devant Edward ou Jasper, les conséquences pourraient-être gravissimes. »

Je la regardai avec incertitudes et scepticisme.

« Ça ne peut pas être si horrible que tu le dis, si ? » Dis-je avec appréhension. Elle me lança un regard qui voulait tout dire.

« Fais ce que je te dis, ne parle plus jamais d'elle et ne prononce surtout pas son prénom. Tu ne sais pas comment ils pourraient réagir. » Prévint-elle sérieusement.

Je restai silencieuse après ce conseil qui sonnait comme un avertissement. J'ignorais si Rosalie avait eu envie de me faire peur ou non, mais toujours est-il que j'avais horreur qu'on me dicte ma conduite. Et me dire de ne pas faire telle ou telle chose avait plutôt tendance à me pousser à faire le contraire. Dans ce cas précis, les avertissements de Rosalie me donnaient plus envie de désobéir en allant trouver Edward sur le champ pour lui demander qui était Alice.

L'après midi passa rapidement, nous ne parlâmes plus du tout du sujet « Alice », bien qu'il soit sur mes lèvres du début à la fin. Lorsque Rosalie s'en alla, me promettant de revenir le lendemain, je me retrouvai seule, avec pour seule compagnie la télévision, qui n'avait franchement rien d'intéressant à diffuser. Edward revint en milieu de soirée. Je n'eus pas besoin d'appréhender ce moment car à l'instant même où il franchit la porte, il prit soin de m'ignorer royalement. Il ne m'accorda aucun regard, ni la moindre attention. Apparemment, faire comme si j'étais inexistante était devenu son nouveau crédo, et il semblait s'y atteler avec beaucoup d'application. Ce comportement ne m'étonna guère plus que ça, après tout il avait été très clair ce matin. Mais je ne pouvais m'empêcher d'être déçue, car j'avais tout de même fini par espérer qu'il se montrerait différent. Comprenant que je n'étais pas désirée, j'avais fini par abandonner et étais partie me coucher, dans l'espoir que le lendemain serait un jour meilleur.

Ce à quoi je n'étais pas du tout préparée, c'était que ce petit manège n'en finirait pas.

Edward n'avait pas du tout l'intention de se montrer plus conciliant au fil des jours. Chaque matin je me levais avec le même espoir qu'il daigne me parler, et chaque soir je partais dormir, déçue et attristée qu'il ne m'ait pas accordé l'once d'un regard. Les rares mots échangés n'étaient que des futilités, et encore il ne répondait que par des monosyllabes, comme si ça lui coutait de me répondre. J'essayais de ne pas montrer à quel point cette indifférence me blessait, mais j'étais certaine que même lui s'en rendait compte. Quoi qu'il ne me regardait quasiment jamais, alors il n'avait peut être rien remarqué. Après tout il avait mis un point d'honneur à montrer qu'il n'avait pas la moindre considération à mon égard et que j'étais aussi utile qu'un fantôme.

Mes journées se ressemblaient et étaient toutes synonymes d'un ennui profondément mortel. Rosalie passait assez souvent, mais elle ne restait jamais plus d'un après midi, et je n'osais pas lui demander de rester plus longtemps, ne voulant surtout pas être un poids pour elle. Ce qui fait que quand je me trouvais seule – la quasi-totalité du temps – je me réfugiais dans ma chambre et relisais cent fois les mêmes bouquins. C'étaient les seuls que je pouvais lire étant donné que l'accès à la bibliothèque m'était interdit désormais. J'allais de temps en temps regarder la télévision, mais la plupart du temps Edward se l'accaparait lorsqu'il était là, alors je n'avais pas d'autre alternative que de rester dans cette chambre qui commençait à m'insupporter tellement je passais de temps à l'intérieur. Cela dit je préférais me terrer dans cette pièce plutôt que d'affronter le courroux d'Edward. Ce dernier n'était pas souvent là, à mon plus grand bonheur, ou malheur, selon le point de vue. Il partait le matin très tôt et souvent, il lui arrivait même de ne pas rentrer du tout. J'ignorais où il était et ce qu'il faisait les nuits où il n'était pas là, et une part de moi n'avait pas du tout envie de le savoir.

Il semblait m'avoir complètement rayé de sa vie comme on raye un mot dans une copie. En réalité, si on y réfléchissait bien, je n'étais plus qu'un élément de décoration dans cet appartement. Je pouvais tout aussi bien être un lampadaire que cela ne ferait aucune différence. Je ne pensais pas qu'il pouvait être aussi rancunier envers moi, ou alors il était vraiment sincère lorsqu'il avait dit que je ne représentais rien du tout. Mais dans ce cas pourquoi ne pas en finir directement avec moi ? Si je ne représentais strictement rien à ses yeux, pourquoi ne pas me tuer comme n'importe quelle personne qu'il avait déjà assassinée au lieu de me garder ici ? Je lui serais beaucoup plus utile morte que vivante, vu comment étaient les choses entre nous. Le fait que je sois encore de ce monde prouvait qu'il était incapable de me tuer et que donc, je représentais quand même quelque chose, même s'il s'évertuait à me prouver le contraire. C'était la seule chose qui me rassurait, savoir que je n'étais pas aussi insignifiante qu'il le laissait penser.

Les jours passaient et devenaient des semaines. J'avais complètement perdu la notion du temps et de la réalité. J'ignorais quelle date nous étions, ni combien de temps s'était écoulé depuis mon kidnapping. Tout ce que je savais c'était que je n'en pouvais plus. J'avais cru que je pourrais m'y faire et m'adapter à cette vie bizarroïde, mais subir l'indifférence et la dérision d'Edward chaque jour un peu plus finissait par avoir raison de moi. Si ça continuait comme ça sans qu'il n'y ait une seule évolution, je suis sûre que je serais capable d'aller le trouver moi-même pour le supplier de mettre fin à ma misérable existence. Le temps avait passé plutôt vite lorsque nous communiquions normalement et que nous étions en quelque sorte ce que l'on pouvait communément appeler des « amis », mais depuis qu'il me considérait comme une inconnue invisible, le temps semblait avoir énormément ralenti. C'est ce qui me prouva une fois de plus que je m'étais attachée à lui, et que son absence dans ma vie ennuyeuse me désolait.

Ce soir là il rentra et comme à son habitude, ne m'adressa ni mot ni regard. J'avais beau commencer à avoir l'habitude, je n'arrivais toujours pas à me faire à son ignorance. Ce qui m'étonna, fut le sac plastique qu'il avait dans les mains. Il se dirigea vers la cuisine et prise de curiosité, je décidai de le suivre. Il sortit du sac une énorme dinde et je clignai plusieurs fois des yeux, étonnée.

« Une dinde ? » M'enquis-je sans réaliser que je venais vraiment de lui adresser la parole alors que nous ne nous étions pas parlé depuis des jours.

Il sembla aussi surpris que moi puisqu'il arbora un visage troublé, avant d'hausser les épaules sans me regarder.

« C'est Thanksgiving. » Marmonna-t-il simplement.

J'entrouvris la bouche d'incrédulité.

Thanksgiving ? Vraiment ? Est-ce que c'était pour ça qu'Edward me répondait normalement ? Avait-il décidé de faire la trêve parce que c'était le jour de Thanksgiving ? Mais la plus importante question que je me posais était : Depuis combien de temps étais-je ici ?

Je tentai de faire un calcul dans ma tête. J'étais arrivée à Chicago le treize septembre, et si aujourd'hui nous étions Thanksgiving, alors ça voulait dire…

« Bella ? » Appela Edward.
Il me regarda comme si j'avais une tête de déterrée, je devais probablement être blanche et avoir l'air d'une folle. Je secouai la tête pour tenter de reprendre un minimum mes esprits, mon cœur battait de façon irrégulière à mesure que je commençais à réaliser.

« Deux mois ? » Balbutiai-je faiblement, n'arrivant pas à croire les mots qui venaient de sortir de ma bouche. « Je suis ici depuis plus de deux mois ? »

« Deux mois et onze jours précisément. » Apprit-il d'une voix neutre.

Ma respiration se coupa et je commençai à haleter. Je dus me cramponner au plan de travail pour ne pas tomber. Cela faisait presque deux mois et demi que j'avais été enlevée. Deux mois et demi que j'avais tout quitté, que je les avais laissés là, abandonnés à leur propre sort. Et pas un jour n'avait passé sans que je m'en soucie depuis. À cette constatation, je me sentis défaillir, la honte s'emparant un peu plus de moi à chaque seconde.

Je vis Edward qui commençait à quitter la cuisine, emportant la dinde avec lui, ce qui me ramena au moment présent.

« Où est-ce que tu vas ? » M'alarmai-je, ne voulant surtout pas rester seule dans ce moment de détresse. Il s'arrêta et me répondit en me tournant le dos.

« Chez Jasper. Tu ne croyais tout de même pas que j'allais rester là ? »

« Mais c'est Thanksgiving… » Murmurai-je déboussolée.

« Justement. J'aime autant fêter Thanksgiving avec mon pote plutôt que de rester ici avec toi. » Déclara-t-il avec une pointe de mépris dans la voix, avant de se remettre à marcher en direction de la porte, me laissant complètement pantoise et blessée.

J'avais déjà du mal en temps normal à supporter ses répliques cinglantes uniquement destinée à me faire mal, mais là ce n'était vraiment pas le bon moment. Tout ce que je voulais c'était de ne pas me retrouver seule parce qu'une fois que je le serais, j'allais craquer et je ne savais pas si je pourrais tenir le coup. Mais il n'avait rien trouvé de mieux que de m'enfoncer encore plus.

J'entendis la porte claquer et je me retrouvai seule. Seule avec mes tourments, seule face aux souvenirs qui affluaient dans mon esprit, seule comme jamais je ne l'avais jamais été. Mes pieds me dirigèrent touts seuls vers la chambre et je me réfugiai au fond du lit, mon dos contre un oreiller. Je tentai de faire abstraction de tous les démons qui s'emparaient de moi mais je n'y arrivais pas. Mon esprit vagabondait librement à travers tous les souvenirs ayant eu lieu à Phoenix. Je me revoyais ce jour là, celui de mon anniversaire. Je revoyais la maison silencieuse, je me revoyais descendre les escaliers la boule au ventre… je me revoyais ouvrir délicatement la porte de notre maison et m'enfuir comme une malpropre, le visage baignant de larmes. Que se serait-il passé si j'étais restée ? Est-ce que j'aurais pu seulement m'en sortir ? Est-ce que j'aurais pu faire quelque chose de bien pour les aider ? Mais qu'est-ce que j'aurais pu faire ?

Je soupirai et tentai d'oublier tout ça, sans pour autant y parvenir. Mon regard se posa sur la pile de livres au coin du lit. Les seuls bouquins qui me restaient étaient les miens, ainsi que l'édition de Roméo & Juliette qu'Edward m'avait gentiment offert il y a de ça… un moment. En vérité je ne comptais même plus les jours ni les semaines, je ne m'étais même pas rendue compte que j'étais ici depuis plus de deux mois. Le temps passait à une allure affolante, si bien que ma vie avait complètement changé. J'avais l'impression qu'entre ma vie ici, et celle à Phoenix, tout un monde les séparait. Que ma vie à Phoenix datait d'une autre époque, bien antérieure.

J'observai le bouquin de Roméo & Juliette mis en évidence et je me surpris à regretter ce moment là, lorsqu'il se montrait gentil et prévenant avec moi, lorsqu'il m'horripilait à toujours contredire chacune de mes opinions, et lorsque je tentais par tous les moyens d'avoir le dernier mot sans y arriver. Et pourtant le temps avait bien passé depuis lors. J'avais tout gâché en ne pouvant retenir ma curiosité maladive voire même malsaine à bien des reprises. On dit souvent que la curiosité est un vilain défaut, aujourd'hui je sais à quel point cette citation est véridique.

Mais est-ce que j'arrivais à regretter mes actions ? Même pas.

La seule chose que je regrettais était qu'il m'ait surprise ce jour là dans la bibliothèque. Bon, je regrettais aussi le fait d'avoir fouillé dans ses affaires, c'était mal et je n'étais sûrement pas prête de recommencer.

Je soupirai à nouveau. À croire que j'avais toujours été un fléau et un fardeau durant toute ma vie. Je ferais mieux de rendre service à tout le monde en disparaissant. Après tout c'est ce que mes parents auraient voulu ? En tout cas c'est ce que Phil aurait voulu. Lui qui me l'a tant répété depuis ma plus tendre enfance. Il avait su me faire comprendre à quel point j'étais une bonne à rien et que je n'étais importante pour personne.
Et il avait raison. Même Edward préférait se tirer plutôt que de passer Thanksgiving avec moi.

Thanksgiving…
Un rictus s'échappa de mes lèvres tandis que je me remémorais le dernier Thanksgiving que j'avais passé à Phoenix, l'année dernière. Ça avait été un véritable désastre. Et tout ça par ma faute, parce que je n'avais pas su tenir ma langue, parce que j'avais voulu jouer les effrontées et que j'avais gâché leur moment de bonheur, à Maman et à Phil, mon beau père.

Je me rappelais très bien ce jour là. C'est même à ce moment là, que j'ai vraiment compris à quel point j'étais une indésirable…

oO "Undying Love" Oo – Two Steps From Hell

« Jeudi 25 Novembre 2010 - Un an plus tôt

« Joyeux Thanksgiving ! » La voix de Phil retentit dans la maison au moment où il rentra.

Il arriva dans le salon, un grand sourire sur les lèvres, une bouteille de vin dans l'une de ses mains. Il posa la bouteille sur la table que ma mère et moi avions décorée avec des bougies et une nappe spéciale, et vint enlacer ma mère par derrière, lui embrassant le cou tendrement. Je les voyais peut être de dos, mais j'arrivais aisément à deviner le sourire radieux que devait afficher ma mère à cet instant.

« Joyeux Thanksgiving mon amour. » Dit-elle en tournant la tête pour l'embrasser.

Je détournai les yeux, ne voulant pas être une fois de plus spectatrice de leur trop plein d'amour qui me donnait la gerbe. Assise sur l'une des chaises de table, je serrais les dents pour m'empêcher de monter sur mes grands chevaux. Tout ça n'était qu'une misérable farce…

« J'ai ramené un Chardonnay. Je sens qu'on va se régaler ce soir ! » S'exclama-t-il fièrement. Ma mère Renée plissa le front et le regarda avec inquiétude.

« Phil enfin, tu sais qu'on a pas les moyens pour ce genre d'excès ! » Le réprimanda-t-elle.

« Mais ma chérie, c'est Thanksgiving ! » Protesta-t-il avec véhémence. « On peut bien se faire plaisir ce jour là, on s'occupera de tout ça plus tard… J'ai seulement envie de faire plaisir à ma petite princesse que j'aime… Je suis tellement reconnaissant envers le Seigneur pour t'avoir rencontrée… » Susurra-t-il d'une voix mielleuse qui me révulsait. Renée le regarda avec émerveillement et des yeux brillants.

« Oh Phil t'es un amour ! » Fit-elle en l'embrassant chastement. « Mais je refuse que tu t'endettes pour moi. On a déjà des problèmes avec les factures de ce mois ci, le loyer a encore sauté et j'ai même dû demander une avance sur mon salaire de ce mois ci… La banque a même fait une saisie sur la maison… »

« Oui bah on n'aurait peut être pas tous ces problèmes si tu acceptais de te servir de l'argent de l'autre là. » Râla-t-il.

« L'autre elle a un prénom. » Fis-je part de ma présence avec sarcasmes.

Phil se retourna vers moi.

« Tiens, t'es là toi. » Dit-il d'un ton las.

« Oui non, je ne suis pas encore morte. »* Souris-je faussement.

« Et c'est bien dommage, on serait pas dans la merde si t'étais pas là. » Rétorqua-t-il cinglant.

« Phil… » Soupira Renée. « C'est de ma fille dont tu parles… » Tenta-t-elle.

« Quoi ta fille ? » Grogna-t-il. « Je te signale que c'est à cause d'elle qu'on est ruiné ! Elle te coûte Renée ! En vêtements, en affaires scolaires, en nourritures, sans parler de tout cet argent qu'elle a pour son université de merde ! Si on utilisait son argent on s'en sortirait. »

J'entrouvris la bouche et me levai de ma chaise, comme poussée par une force inconnue.

« Cet argent vient de mon père, je t'interdis de l'utiliser ! » M'écriai-je furieuse.

« Et depuis quand est-ce que tu te permets de me donner des ordres, petite insolente ? » S'énerva-t-il en s'approchant de moi. « Tu vis ici chez moi, sous mon propre toit alors j'ai parfaitement le droit de piocher dans ta cagnotte. Estime-toi déjà heureuse que je ne te fasse pas dormir dans la cave. »

« Phil je t'en prie… » Rappela Renée à l'ordre. « C'est Thanksgiving, essaie de te montrer gentil… »

« Désolé mais c'est elle qui m'énerve ! » Plaida-t-il. « Renée on a besoin de cet argent, tu le sais, et puis honnêtement à quoi il peut bien lui servir à ta fille ? Tu crois vraiment qu'elle sera acceptée à cette université de riches ? Elle est nulle elle n'y arrivera pas ! »

Renée le regarda tristement, songeuse, tandis que je restai incrédule et désarmée. J'aurais tant voulu l'envoyer paitre et lui prouver qu'il pouvait avoir tort, et que je n'étais pas aussi nulle qu'il le prétendait. Mais après tout qui étais-je pour décider si oui ou non, je valais vraiment la peine ?

Je regardai ma mère qui semblait être en plein mutisme intérieur, elle soupira et se tourna vers moi, les yeux suppliants. Je compris à cet instant qu'elle ne m'appuierait pas, et qu'une fois de plus je me retrouvais seule.

« Bella ma chérie, je sais que cet argent est l'héritage que Charlie t'a légué, mais c'est vrai qu'on est sur la paille. Peut être pourrions-nous t'en emprunter un peu et te rembourser ensuite. Je sais que Dartmouth compte pour toi. »

Ma respiration était saccadée, les larmes commençaient à me monter. Je savais ce que tout cela signifiait. Cela voulait dire que ma mère donnait raison à Phil une fois de plus. Cela voulait dire qu'elle le laissait faire ce qu'il voulait, et lui n'avait certainement pas l'intention de ne m'emprunter « qu'une partie », ni encore moins de me rembourser. Voilà en quoi l'héritage laissé par mon père décédé allait servir. À approvisionner un sale connard en bouteilles de bière et en sous-vêtements pour sa maitresse.

Car si Renée était naïve, moi je ne l'étais pas. Je n'étais pas idiote, je voyais bien ce qui nous causait autant de problèmes financiers. Phil dilapidait tout notre argent en s'achetant une belle décapotable, en se payant des costumes hors de prix, en achetant ses bouteilles d'alcools qui ne faisaient jamais deux jours et surtout… en entretenant sa maitresse. Il passait son temps à lui offrir de beaux bijoux, de belles tenues, des beaux weekends dans les belles villes telles que Paris, Prague ou encore Venise.

Et maintenant, Renée lui donnait la possibilité de se servir de l'argent de mon père, mon argent, celui qu'il avait placé pour moi afin de pouvoir payer mes études. En temps normal, j'aurais volontiers tendu la main pour les aider, mais là je savais que cet argent allait être réduit à néant par ce salaud. Et il était hors de question que l'héritage de mon père serve au profit de la maitresse du mari de ma mère.

« Maman… » Implorai-je silencieusement. « Tu… c'est l'argent de Charlie… » Bredouillai-je paniquée. « Tu ne vas pas le laisser faire ça… »

« Chérie la banque a fait saisie sur la maison, tu sais ce que ça veut dire ? » Rappela-t-elle désolée.

« Mais tu sais très bien qu'il n'utilisera pas cet argent pour payer les factures ! » Contestai-je indignée. « Il s'en servira de la même façon qu'il s'est servi de tout notre argent, pour entretenir sa pute ! »

« Alors là je t'interdis tu m'entends ? ! » Hurla Phil en avançant vers moi d'un pas rapide. « Je t'interdis de parler comme ça dans ma propre maison ! »

« Ce n'est pas ta maison, c'est celle de Charlie ! » Contrai-je, versant des larmes de rage.

Il me gifla brutalement avant de me darder d'un regard assassin.

« Quand est-ce que tu te mettras ça dans la tête ? Ton père est mort c'est clair ? Il a crevé y a des années ! Tu veux que je te dise ? Ce n'était rien d'autre qu'un pauvre idiot pathétique qu'on a buté dans un centre commercial, et tu ne vaux pas mieux que lui ! »

« Phil ! » Fustigea Renée outrée. Il se retourna vers elle avec entêtement, tandis que je me massais la joue faiblement.

« C'est la vérité Renée ! Non mais regarde-là ! » S'écria-t-il en me désignant méchamment. « Elle pleure pour un pauvre type mort il y a plus de huit ans. Ta fille est une ratée pas fichue de se remettre de la mort de son cher papa. C'est déplorable. » Finit-il en me regardant avec dureté et dégout.

Je restai immobile, incapable de réagir convenablement. Je détestais cet homme. Depuis qu'il était entré dans nos vies, il ne faisait que tout détruire. Et maintenant il s'en prenait à mon père. Le seul qui se serait levé aujourd'hui et qui aurait pris ma défense devant cette enflure de bas étage. Parce que Charlie était comme ça, il avait toujours été courageux et n'avait jamais eu peur de protester contre qui que ce soit. Charlie Swan était policier, il avait toujours mis un point d'honneur à faire respecter la loi et la justice. À faire triompher le bien du mal. Toutes ces valeurs, il me les avait transmises depuis mon plus jeune âge. C'était un mari bon et généreux, ainsi qu'un père dévoué. Je ne me suis rendue compte de l'importance qu'il avait dans ma vie et dans mon éducation, qu'après sa mort. C'est toujours comme ça, on se rend compte du manque et de l'importance d'une personne qu'après l'avoir perdue. Ça me rendait malade.

Phil était toujours devant moi, le visage plein de haine et de mépris. À cet instant là j'avais envie de lui rendre la monnaie de sa pièce. Je le regardai avec rage, prise d'une colère intenable envers lui pour avoir osé souiller la mémoire de Charlie.

« En tout cas c'est moins déplorable que toi qui passes ton temps à te taper une sale putain qui a seulement une vingtaine d'années tout au plus ! » Répliquai-je sèchement, me retenant de lui cracher à la figure. « C'est quoi son nom déjà ? Irina ? D'ailleurs pourquoi tu vas pas la retrouver ? »

« Ça suffit Bella ! » Incendia ma mère. « Tu vois pas qu'il est déjà assez énervé pour en rajouter ? »

« Mais enfin comment peux-tu être aussi aveugle ? » M'exclamai-je atterrée. « Ce salaud te trompe ! Je l'ai vu pas plus tard qu'hier lui acheter un collier provenant de chez Tiffany, comment fais-tu pour fermer les yeux ? »

« Ne parle pas à ta mère comme ça ! » Tonna Phil.

« Ou sinon quoi ? Tu vas me frapper ? » Provoquai-je. « Oh mais je suis bête, tu le fais déjà ! »

Je vis son visage devenir rouge et ses yeux me lançaient un regard foudroyant. Puis sans plus attendre il prit le chandelier éteint sur la table et me cogna au visage avec. J'entendis à peine le hurlement strident de ma mère que je m'étalai au sol, me rattrapant douloureusement avec les coudes. Je sentis un liquide chaud provenant des racines de mes cheveux et je passai une main sur le coin de mon front, réprimant un sifflement de douleur. Lorsque je détectai le sang sur mes mains, je me sentis défaillir, n'ayant jamais pu supporter la vue sans m'évanouir. L'odeur commençait à me monter au nez et ma tête se mit à me tourner. Je distinguai ma mère qui avait une main devant sa bouche mais qui n'osait bouger.

Je n'eus pas le temps de réaliser que je sentis deux gros bras me relever d'un coup, sans ménagement.

« Va dans la salle de bain te nettoyer et ensuite tu iras dans ta chambre, je veux plus te voir de la soirée. » Ordonna-t-il sans appel.

Je levai les yeux vers lui et le toisai avec dégout.

« Tu n'auras pas un seul centime de mon argent ! » Proclamai-je avec le peu de dignité et de courage qu'il me restait, les yeux sanglotant au possible.
Il eut un rire dédaigneux.

« Pauvre idiote, tu crois vraiment que j'ai besoin de ton autorisation pour ça ? Il me suffit de l'accord de ta mère, je me fiche de ce que tu peux penser. Maintenant dégage, tout ce que tu fais c'est apporter que des problèmes ! Tu n'es qu'une bonne à rien qui mériterait sérieusement plus de corrections. Tout serait tellement mieux si tu n'existais pas. Fous le camp, débarrasse le plancher ça nous fera le plus grand bien à ta mère et moi ! »

Je ne bougeai pas, étant partagée entre mon envie de le frapper de toutes mes forces et celles de m'enfuir dans ma chambre et de pleurer toutes les larmes de mon corps. Je m'autorisai un regard vers ma mère et pus constater qu'elle me regardait avec une profonde culpabilité sur le visage. Elle s'en voulait de cette situation, je pouvais le voir dans ses pupilles marron. Mais elle ne faisait rien. Comme d'habitude, elle restait inactive, se contentant d'être désolée et de se sentir coupable mais ne pouvant rien faire. Pourquoi agissait-elle comme ça ? Est-ce que c'est parce qu'elle est d'accord avec lui ? Est-ce que c'est ça qu'on appelle une femme soumise ? Le genre de femmes qu'on voit dans les reportages télévisés et les séries policières, celles qui se font maltraiter mais qui sont trop soumises pour objecter ?

Non, je ne pouvais croire que ma mère soit une simple victime. Si elle m'aimait vraiment comme elle le prétendait, elle ne laisserait pas une telle chose se dérouler, elle ne me laisserait pas à la merci de ce pauvre type. Elle me défendrait. Charlie lui il m'aurait défendu. Mais il n'était plus là pour le faire. Il était mort, et à la place j'avais droit à Phil Dwyer, ce salaud de première. En fin de compte tout le monde m'abandonnait, que ce soit ma mère qui préfère son mari à sa propre fille, ou mon père qui est mort en me laissant seule à la merci de Phil. J'étais seule.

Peut être que Phil avait raison après tout, peut être que c'était ce que je méritais pour être une fille ingrate et une ratée qui ne mérite pas de vivre et qui foire tout ce qu'elle entreprend. Au final je compris une chose, c'est que je n'en valais pas la peine. Parce que si j'en valais vraiment la peine, alors ma mère m'aurait défendue bec et ongles, elle m'aurait prouvé son amour en se comportant comme n'importe quelle mère l'aurait fait. Mais là elle ne faisait rien, elle n'agissait pas parce que je n'étais pas la fille qu'elle aurait voulu avoir. J'étais ce que Phil avait toujours dit… Une moins que rien.

Je pris une profonde inspiration et fis ce qu'il m'avait ordonné de faire. Je sortis de la pièce, non sans manquer de trébucher plusieurs fois, n'étant pas tout à fait remise du choc. Je jetai un dernier coup d'œil avant de quitter la pièce et pus voir que ma mère était dans les bras de Phil, pleurant contre le torse de ce dernier qui la réconfortait tant qu'il pouvait. Cela me conforta dans l'idée que j'étais la source de tous leurs soucis. J'en étais l'unique responsable. J'avais gâché Thanksgiving comme j'avais gâché leurs vies.

Ce soir là je m'enfermai dans ma chambre après avoir nettoyé mon front et mis un pansement à l'endroit où la plaie était ouverte et avait laissé le sang se propager. Je passai ma nuit à lire Roméo & Juliette, aspirant à un autre monde bien loin de ma réalité… »

Les larmes s'étaient répandues sur mes joues tandis que ce souvenir se rejouait dans ma tête à la perfection. Je finis par éclater en sanglots, me laissant finalement aller à pleurer comme je l'avais rarement fait. Tout était de ma faute, c'était moi la responsable de ce Thanksgiving minable qu'ils avaient passé. Je m'en voulais tellement pour ça, et aujourd'hui je ne pouvais même pas leur exprimer à quel point j'étais désolée pour tout le mal que je leur ai causé. Lorsque je me rendis compte de cette fatalité là, que je ne serai plus jamais capable de m'excuser auprès d'eux ni d'expier les fautes que j'avais commises, mes pleurs redoublèrent avec davantage de férocité. Prise de culpabilité j'étais incapable de m'arrêter, pleurant bruyamment et abondamment, tant et si bien que j'eus du mal à respirer. Je ne fus même plus conscience du temps ni du lieu, tout ce qui importait était ce chagrin et cette doléance impossibles à stopper.

J'ignore combien de temps j'avais passé à pleurer démesurément et fortement, mais je fus ramenée au moment présent par une voix qui scandait mon nom et que j'avais du mal à reconnaitre à travers mes jérémiades incessantes. J'entendis cette même voix m'appeler une seconde fois, puis une troisième, et il me fallut un moment pour comprendre qu'il s'agissait d'Edward. Je tentai de faire cesser mes pleurs, ne voulant pas me montrer dans un tel état devant lui, aussi vulnérable.

Je sentis ses mains maintenir mes épaules et c'est là que je réalisai que je me balançai d'avant en arrière depuis tout ce temps sans en avoir conscience.

« Bella, hey calme-toi. » Tenta-t-il d'une voix qui se voulait probablement apaisante mais qui n'eut pas le moindre effet.

J'essayais de me débattre, voulant à tout prix qu'il s'en aille. Il n'avait pas à être là pour voir ça, je pouvais très bien me calmer toute seule, je ne voulais pas qu'il le fasse parce que pris de pitié en voyant l'état pitoyable dans lequel j'étais. Voyant que je me débattais, il se mit à me tenir plus fort afin de me stabiliser. Je fus secouée par des sanglots de panique et d'agitation, mon cœur battant à vive allure.

« Bon sang mais qu'est-ce qui t'arrive ? » L'entendis-je s'affoler.

Il commença à me frictionner les épaules et bizarrement, cela eut le don de me calmer. Du moins en partie. Je commençais à retrouver une respiration presque normale. Je fis le genre d'exercices qu'on nous avait appris à l'école pour respirer et reportai mon attention sur Edward qui était près de moi. Anormalement près. Il me regardait avec inquiétude et désarroi, me maintenant toujours de sorte à ce que je ne m'agite pas dans tous les sens.

Lorsque les battements de mon cœur devinrent plus détendus, j'ouvris la bouche pour tenter d'articuler et de parler, sans grand succès.

« J-je te croyais chez Jasper… » Bafouillai-je piteusement, la voix encore chevrotante. Il détourna les yeux, mal à l'aise.

« Euh j'ai oublié un truc alors je suis redescendu et je t'ai entendu et… Tu peux me dire ce qui s'est passé pour que tu sois dans un état pareil ? » Fit-il en reportant son attention sur moi, gardant toujours cette proximité qui avait le don de me déstabiliser.

Je baissai la tête, sentant à nouveau cette honte de moi-même me ronger les côtes.

« Je suis un monstre. » Murmurai-je pour moi-même, quelques larmes coulant de nouveau sans que je tente de les retenir.

Contre toute attente, je l'entendis rire soudainement.

« Un monstre ? Toi ? » S'exclama-t-il véritablement amusé. « Alors là j'aurais tout entendu ! »

Je relevai la tête et le regardai choquée par sa réaction. Quel genre de personnes sensées se met à éclater de rire devant quelqu'un qui pleure à chaudes larmes ? Est-ce que par hasard il se moquait de moi ? J'espérais pour lui que ce n'était pas le cas parce que j'avais horreur de ça. Et en plus il le savait.

« Mais c'est vrai ! » Insistai-je, presque énervée. « Je n'ai pas été fichue de les laisser tranquille ! C'était Thanksgiving et j'ai tout gâché, je gâche toujours tout… » Sanglotai-je, le prenant au dépourvu.

Il eut un visage étonné et son rire mourut dans sa gorge, tandis qu'il redevenait sérieux.

« De quoi tu parles ? » Demanda-t-il doucement.

Je détournai les yeux et secouai la tête avec répulsion envers moi-même.

« Le dernier Thanksgiving que j'ai passé, c'était… j'ai tout foutu en l'air. » Balbutiai-je honteusement.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? » S'enquit-il sans dissimuler sa curiosité.

Il devait sûrement être abasourdi de voir que j'acceptais de parler de moi. Ça devait sans doute être la première fois que je le faisais.

« J'étais avec ma mère, on décorait la table, et puis il est rentré. »

« Qui ça ? » Fit-il dérouté. Je déglutis.

« Phil. Le mari de ma mère. » Répondis-je dégoutée.

« Tu veux dire ton beau père ? » Dit-il en fronçant les sourcils.

J'hochai la tête faiblement, incapable de répondre de vive voix. L'une de ses mains remonta de mon épaule et se posa sur ma joue, ce qui eut le don de me décontenancer. Jamais je n'aurais pu imaginer qu'Edward soit capable de ce genre de gestes, lui qui a horreur du moindre contact aussi humain soit-il… (N/Marie : Oh, il est vraiment trop chou *-*)

Je relevai les yeux, le rouge me montant aux joues et vis qu'il me dévisageait avec sérieux, l'air préoccupé.

« Tu veux qu'on en parle ? »

J'ouvris la bouche, mais aucun son ne sortit. Je ne sus quoi dire car j'hésitais. Je n'avais encore jamais parlé de moi à qui que ce soit, même Rosalie ignorait tout. Mais pouvais-je vraiment faire confiance à Edward ? Ce personnage si lunatique et énigmatique, qui change d'humeur comme de chemise, qui peut se montrer être l'une des personnes les plus gentilles et intelligentes que je connaisse, et l'instant d'après devenir un monstre effrayant et des plus agressifs ?

Je croisai son regard et c'est comme ça que j'eus ma réponse. Il me regardait avec une telle affection que je n'avais pas l'habitude de voir chez qui que ce soit. Peut être allais-je le regretter par la suite, mais pour le moment je n'en avais cure. J'avais décidé de lui faire confiance, par envie et par besoin.

Alors j'hochai la tête. Et je parlai pour la première fois de ma vie.

Je lui racontai en détail ce souvenir qui m'avait foutu dans un tel état et qui m'avait rendu plus vulnérable que jamais. Je lui racontai tout dans les moindres détails, en omettant juste de parler de mon père, car il n'avait pas besoin de tout savoir. Et la pitié non merci, je ne voulais pas en voir de sa part.

À mon plus grand étonnement il ne m'interrompit pas une seule fois. Il me laissa parler sans émettre un seul avis, se contentant de me regarder avec cette mine songeuse et réfléchie qui était, à proprement parler, assez adorable. Ça devait surement lui couter de ne rien dire, car je le connaissais bien et je savais à quel point il adorait avoir un avis sur tout et n'importe quoi. Tout comme il pensait toujours avoir raison à chaque fois. Mais en tout cas il ne laissait rien paraitre. Je me demandais comment il faisait pour ne pas exprimer son ennui profond face à mon petit récit pire que minable. Il semblait vraiment intéressé parce que j'étais en train de lui dire, comme si ce que je disais était réellement intéressant et pas ennuyeux à mourir. Peut être jouait-il extrêmement bien la comédie pour ne pas me froisser dans mon amour propre. Pourtant je préférais carrément qu'il me dise qu'il n'a strictement rien à faire de mes paroles plutôt que de me laisser me ridiculiser en continuant à déblatérer comme une imbécile.

Lorsque j'eus finis, je me tus et attendis qu'il dise quelque chose. Son visage s'était montré impassible du début à la fin, et il n'y avait vraiment que lui pour être capable de ça. Je commençais à appréhender sa réaction. Est-ce qu'il allait se montrer mauvais et me dire que j'étais une fille lamentable pour m'être comportée de cette façon ? Pour leur avoir manqué de respect et pour m'être emportée ? Après tout il aurait raison de penser ça…

Au bout d'un long moment d'inaction, Edward cligna des yeux et se leva du lit, et commença à faire les cents pas, ce qui me décontenança.

« Il t'a frappé avec un chandelier ? » Finit-il par dire d'une voix pleine d'incrédulité.
Je fronçai les sourcils, étonnée par sa question. De tout ce que je lui avais dit à propos de mon comportement c'était tout ce qu'il retenait ?

« Euh oui… mais en quoi est-ce que c'est important ? » Bafouillai-je indécise.

Il se figea et se retourna vers moi avec un visage offusqué.

« Tu plaisantes ? Attends Bella, c'est grave ! Ton beau père est un malade mental ma parole. » S'exclama-t-il atterré.

« Mais ça c'est rien ! » M'écriai-je incertaine. « Il le fait tout le temps ce genre de trucs, je ne vois pas pourquoi tu t'énerves pour si peu. »

Il écarquilla les yeux, avant de froncer les sourcils.

« Si peu ? » Répéta-t-il ahuri, avant de se décomposer et de se concentrer. « Attends… j'essaie de comprendre là. » Fit-il avant de se rassoir face à moi étais légèrement perdue face à sa réaction des plus étranges. « Bella, est-ce que ce Phil te maltraitait ? » Demanda-t-il d'une voix plus douce qu'à l'ordinaire, l'air apparemment soucieux.
J'entrouvris la bouche de surprise.

« Quoi ? Non ! » M'empressai-je de contredire. « Non ! Il n'était pas… C'était seulement quand je l'énervais. » Balbutiai-je. « J'étais méchante avec lui, j'arrêtais de pas de lui tenir tête et de lui manquer de respect, c'est normal qu'il veuille me punir. » Expliquai-je maladroitement, entortillant mes mains.

Je vis son regard se voiler avant de se tendre subitement.

« Tu as vraiment cru tout ce que te disait ton beau père ? » Demanda-t-il avec incrédulité.

Je le regardai indécise, ne comprenant pas où il voulait en venir.

« Qu'est-ce que tu veux dire ? »

Il secoua la tête avec dépit, en proie à un mutisme des plus intrigants.

« Écoute-moi. » Déclara-t-il calmement en me dardant d'un regard plein de gravité. « Ce qui s'est passé à Thanksgiving, tu n'y es pour rien, ce n'était pas toi le problème. »

Je clignai des yeux, pas certaine de ce qu'il affirmait.

« Mais pourtant… c'est moi qui ait commencé à le provoquer, si je n'avais pas été là pour la ramener ils auraient sans doute passé un super Thanksgiving… »

Je vis les poings d'Edward se resserrer et il sembla retenir son énervement. Je me doutais bien que cela devait lui demander un effort surhumain car Edward était susceptible de s'emporter aussi rapidement que la vitesse de la lumière, mais il était extrêmement rare qu'il cherche à se contrôler. En réalité ce devait même être la première fois qu'il se contenait. Il finit par soupirer et se reprendre.

« Tu veux que je te dise, ce Phil était un salaud. Il n'avait pas le droit de se comporter comme ça, ni de te faire sentir que tu ne valais rien. » Dit-il sèchement. « Mince, t'avais que seize ans à ce moment là, est-ce que c'est arrivé souvent ce genre d'incidents ? »

J'haussai les épaules, n'ayant pas vraiment envie de me rappeler ces instants douloureux.

« Chaque fois que je lui tenais tête, sinon il se contentait de m'ignorer ou de me dénigrer. » Répondis-je indécise. « Mais tu sais la vie avec lui n'était pas si terrible, aujourd'hui je regrette d'avoir agi comme je l'ai fait, je sais qu'il est trop tard et que je n'aurai plus jamais la possibilité de m'excuser ou de me racheter. Si seulement ils savaient comme je m'en veux… » Bredouillai-je, les larmes me montant une nouvelle fois tandis que j'essayais de les retenir.

Je sentis une main sur ma joue et mon cœur eut un raté lorsque je vis la proximité que j'avais avec lui. Il me regardait profondément, le visage à la fois inquiet et désolé. Il sembla réfléchir quelques secondes, la bouche pincée, avant de finalement parler calmement.

« Ça te dit qu'on passe la soirée de Thanksgiving ensemble, juste toi et moi ? » Proposa-t-il d'une voix douce.

J'entrouvris la bouche d'étonnement. Si à l'extérieur j'essayais de ne pas montrer à quel point ses paroles venaient de me toucher, à l'intérieur c'était l'euphorie. Je me sentais même fébrile, rien qu'à l'idée d'imaginer qu'il pouvait entrevoir l'idée de me pardonner un tant soit peu, et qu'il pouvait avoir envie de rester avec moi. Et tout à coup c'est comme si tout le mal que j'avais dû supporter en subissant son indifférence jour après jour avait disparu, comme si nous avions fait un bond en arrière et que rien de tout ça ne s'était produit, comme si nous étions encore des « amis »…

« Tu n'étais pas sensé fêter Thanksgiving avec Jasper ? » Rappelai-je en arquant un sourcil pour masquer ma jovialité.

Il soupira en levant les yeux au ciel, avant de reporter son attention sur moi et de me regarder avec embarras

« Bah… je peux peut-être rester ici avec toi finalement. » Répondit-il avec gêne, sa main toujours sur ma joue.

Je ne pus empêcher un sourire de se former sur mes lèvres. Apparemment les choses étaient sur le point de s'arranger entre nous. Une barrière venait d'être franchie, mais je restai tout de même sur mes gardes car les choses étaient tellement bancales entre lui et moi depuis le début, qu'un nouvel incident est vite arrivé.

« Est-ce que ça veut dire que tu arrêtes de m'ignorer et que tu me pardonnes ? » Soulevai-je avec crainte et appréhension.
Il se renfrogna, une ride prit place sur sont front et son énervement grimpa en flèche.

« Non je… » Sa main quitta mon visage et il secoua la tête rapidement, puis rendit les armes. « Merde tu fais chier ! » Maugréa-t-il en se levant du lit avec agacement. « Je devrais même pas accepter de te parler ! »

Je me pinçai les lèvres pour ne pas rire devant son irritation qui était plutôt amusante. C'était d'ailleurs vraiment étonnant de voir à quel point il avait réussi à me faire oublier en une fraction de seconde ce pourquoi j'étais aussi mal. Je séchai mes yeux encore larmoyants et le regardai qui s'agitait, avec un léger sourire sur les lèvres.

« Je suis vraiment désolée. » Bredouillai-je. « De t'avoir fait de la peine en abusant de ta confiance. »

Il s'immobilisa et se tourna vers moi, effaré.

« De la peine ? Mais où est-ce que t'es allée chercher une connerie pareille ? » Se braqua-t-il.

Apparemment j'avais offensé son orgueil et son ego surdimensionné. Je réprimai un rire et roulai des yeux tandis qu'il ne semblait toujours pas se dérider.

« Peu importe, est-ce que tu me pardonnes ? » Demandai-je avec une lueur d'espoir.

Il m'observa silencieusement, en proie aux doutes. Puis il soupira lourdement, énervé pour je ne sais quelle raison.

« On verra. » Marmonna-t-il en se dirigeant vers la porte et en sortant de la chambre, le tout sous mon regard incrédule.

Je ne pus m'empêcher de rire à cet instant, tant sa réaction était disproportionnée. C'est à ce moment là que je compris que quoi qu'il dise ou qu'il veuille, il m'avait quand même pardonnée.

Nous passâmes finalement la soirée ensemble. Edward s'était rendu compte qu'il avait oublié la dinde chez Jasper et il tenta de cuisiner, sans grand succès. Après avoir carrément failli mettre le feu à la cuisine, je décidai de prendre les devants et de cuisiner moi-même, tandis qu'il me regardait courroucé et un peu amusé. Nous n'avions pas de dinde certes, mais en vérité ça nous importait peu. Il avait tenté de me faire oublier tous mes tourments de la tête et il y était parvenu sans difficulté. Pour ma part j'étais heureuse de pouvoir lui reparler normalement et de ne plus avoir l'air d'être une étrangère invisible à ses yeux.

Et lorsque je m'endormis cette nuit là, pour la première fois depuis longtemps, ce fut une nuit sans rêve.


oO "I Just Wanna Run" Oo – The Downtown Fiction

« Et avec Edward ? Comment ça se passe ? »

« Les choses commencent peu à peu à s'arranger. On se reparle tranquillement. » Répondis-je en souriant très légèrement.

Jasper me regardait avec curiosité, comme à chaque fois que j'acceptais de répondre à l'une de ses questions sans aucune gêne. Nous nous trouvions dans son cabinet, moi sur le canapé et lui assis sur le fauteuil en face de moi. Nos séances étaient devenues assez fréquentes ces derniers jours.

Depuis le soir de Thanksgiving où Edward m'avait vu dans un état lamentable, il avait tenu à ce que je parle avec Jasper rapidement. Je n'avais pas réfuté, dans la mesure où j'étais un peu d'accord avec lui. Je savais que j'en avais besoin et puis si ça me permettait de me réconcilier avec lui plus facilement, alors pourquoi pas. De toute façon, ces derniers temps j'avais plutôt tendance à tout lui accorder afin de me faire bien voir. J'étais même sûre qu'il en profitait, ça se voyait dans son sourire qu'il aimait en jouer. Mais je devais avouer que même si je n'appréciais pas forcément être dirigée de cette manière, je préférais largement la situation actuelle à la précédente. J'aimais bien le voir de bonne humeur et souriant, c'était tellement rare et inhabituel de sa part que j'avais l'impression d'être chanceuse. Je trouvais d'ailleurs que les choses se passaient beaucoup trop bien pour que la roue ne se mette pas à tourner. Il n'avait plus fait une seule crise, ne s'emportait plus contre moi, des fois il arrivait presque à être… normal.

J'étais persuadée que la chance allait finir par tourner et que je redescendrais bien vite de mon nuage, car Edward ne rimait pas du tout avec normalité. Et un Edward qui n'avait plus de moment colérique, c'était comme un soleil en pleine nuit, autant dire impossible. J'espérais cependant que la roue ne tournerait pas de sitôt, car j'appréciais vraiment cette tranquillité qui s'était instaurée entre nous. Je n'avais en revanche rien appris de plus à propos de sa vie passée, je ne voulais pas poser de question au risque de tout gâcher une fois de plus et de le regretter, c'était peut être pour ça d'ailleurs qu'il n'y avait plus aucun conflit entre nous. Edward n'avait plus aucune raison de se braquer et de s'emporter puisque je ne le poussais pas à bout comme j'avais si bien l'habitude de le faire.

Cela dit je sentais que je n'allais pas supporter cette situation très longtemps car le naturel revient toujours au galop. Je ne pouvais taire les innombrables questions qui envahissaient constamment mon esprit. Même si ces temps ci j'avais plus été focalisée et concentrée sur l'idée de me recréer une bonne entente entre lui et moi, à présent je me rendais compte que ma curiosité maladive avait toujours besoin d'être assouvie. J'aurais voulu ne pas être aussi curieuse car je savais que ça l'embêtait et moi-même à sa place, je n'aimerais pas devoir supporter quelqu'un qui a ce besoin constant de vouloir tout savoir. Mais je n'y pouvais rien, j'éprouvais un immense intérêt pour tout ce qu'il refusait de me dire, au point de faire des nuits blanches à me poser les mêmes questions inlassablement sans parvenir à trouver de réponse.

Je regardai Jasper, et celui-ci m'apparut comme la clé à toutes mes interrogations. Ce dernier était le mieux placé pour savoir ce qu'il s'est véritablement passé dans la vie d'Edward qu'il refuse d'accepter. Mais il était aussi son meilleur ami, je ne pense pas parvenir à lui soutirer la moindre information, de plus, d'après ce que m'avait dit Rosalie, lui aussi était concerné et susceptible de mal réagir si j'osais évoquer le prénom d'Alice.

C'était décidément à n'en plus finir…

« Aurais-tu la gentillesse de me faire partager tes pensées ? » Interrompit celui-ci avec un sourire amusé sur les lèvres.

Il commençait à avoir l'habitude de me voir à chaque fois perdue dans mes réflexions. Il devait vraiment me considérer comme une rêveuse insouciante.

« Je ne préfère pas. Vous allez encore dire que je m'intéresse à la vie des autres afin de ne pas penser à la mienne. » Répondis-je honnêtement.

« Quand cesseras-tu enfin de songer aux autres pour te focaliser sur tes propres problèmes ? » Soupira-t-il de désespoir. « Je suis sûr que parmi toutes tes réflexions tu n'as pas pris un seul moment pour songer à ton propre passé. » Devina-t-il.

« Vous ne vous êtes jamais demandé si ça pouvait être une sorte de cure pour moi ? » Proposai-je dépitée. « Que m'intéresser aux autres me permettait de ne pas être constamment hantée par mes propres démons et me rendait moins malheureuse ? »

« Tu n'es pas moins malheureuse. » Réfuta-t-il implacable. « Agir comme tu le fais ne te permet pas du tout d'avancer, seulement de stagner. Car lorsque tu cesses une seconde de te poser des questions sur le passé d'Edward, puisque j'imagine que c'est sur lui que tu t'interroges autant, aussitôt tes problèmes refont surface et tu te retrouves toujours rongée par les mêmes démons. Je me trompe ? »

Je détournai les yeux et secouai la tête avec énervement, agacée qu'il ait raison une fois de plus.

« Non. » Consentis-je malgré moi. Cela le fit sourire.

« Il faut que tu arrêtes de te cacher derrière les autres et que tu penses à toi, il n'y a que comme ça que tu progresseras. T'intéresser à la vie d'Edward n'est pas une solution pour oublier tes problèmes Bella. Tout ce que tu gagnes à faire ça, c'est fuir. Tu dois arrêter de fuir et accepter d'affronter la réalité. » Avisa-t-il d'une voix calme et sereine.

Je roulai des yeux.

« C'est vous qui me dites ça ? » Répliquai-je irritée. « Parce que c'est bien ce que vous faites aussi non ? Vous noyer dans l'alcool pour ne pas avoir à affronter la réalité… »

À mon plus grand étonnement il éclata de rire.

« C'est juste. » Accorda-t-il en continuant de rire. « Et vu l'état dans lequel je suis, tu constateras que je ne suis pas le meilleur exemple à suivre. »

Je ris légèrement à sa remarque mais ne répondis pas. Un silence s'instaura avant qu'il ne fut brisé par la voix de mon psy attitré.

« Parle-moi de Thanksgiving. » Aborda-t-il soudainement.

« Si je réponds à vos questions, vous accepterez de répondre aux miennes ? » Tentai-je avec un air de défi dans les yeux.
Il me regarda étonné avant d'arquer un sourcil interrogateur.

« Tu ne recules vraiment devant rien toi. » Jugea-t-il sans cacher son amusement.
Je souris en secouant la tête.

« Non jamais. »

Il considéra ma proposition pendant quelques secondes, avant de joindre ses mains et de soupirer.

« Je verrai selon la question. » Finit-il par dire au bout d'un moment. Je souris fièrement.

« Qu'est-ce que vous voulez savoir à propos de Thanksgiving ? »

« La dernière fois ça s'est plutôt mal passée avec ton beau père pas vrai ? »

« Et alors ? » Me braquai-je.

« Tu l'as accusé d'avoir une liaison. » Constata-t-il.

« Parce que c'était vrai ! » M'exclamai-je, sentant la colère me monter en pensant à lui, lui à qui j'avais tellement envie de demander pardon en cet instant.

« Pourquoi avoir choisi pile ce moment là pour mettre ce sujet sur le tapis ? » Demanda-t-il intrigué.

J'haussai les épaules.

« Pourquoi pas ? »

« Il s'agit de Thanksgiving, l'action de grâce, où l'on est sensé exprimer notre reconnaissance à Dieu pour tout ce qu'il nous a apporté durant l'année. Et toi, tu choisis exactement cette date pour régler tes comptes. Avoue au moins que c'est troublant. » Fit-il remarquer.
Je soupirai d'exaspération.

« J'en sais rien… ils étaient là, baignant dans le bonheur, Phil disait à quel point il était reconnaissant d'avoir trouvé ma mère et blablabla… j'ai pas pu supporter. »

« Et aujourd'hui tu le regrettes ? » Devina-t-il. J'hochai la tête faiblement.

« J'ai gâché leur diner, Thanksgiving est sensé être un moment joyeux en famille, on est sensé faire une trêve à ce moment là et moi… il a fallu que je la ramène comme toujours. Je crois que Phil a raison, le monde se porterait bien mieux si je n'étais jamais venue au monde. » Murmurai-je dépitée, ne pouvant retenir le flot de culpabilité qui me rongeait l'estomac.

Je jetai un coup d'œil à Jasper et vis qu'il se retenait de faire un commentaire. Il n'appréciait apparemment pas ce que je venais de dire.

« Quoi ? » M'énervai-je. « Allez-y, dites ce que vous pensez au lieu de me regarder comme ça. »

Il resta toujours aussi stoïque, ce qui eut le don de m'agacer encore plus.

« Ton beau père t'a-t-il toujours considéré de cette façon ? » S'enquit-il. Je fronçai les sourcils, ne comprenant pas où il voulait en venir.

« Vous voulez dire comme une fille bonne à rien ? Oui il me le répète depuis l'école primaire. » Avouai-je avec amertume.

« Et ta mère ? Qu'est-ce qu'elle en pensait ? »

Je me mordis la lèvre inférieure, tentant de réfréner la douleur que me provoquaient les souvenirs qui refaisaient surface.

« Ma mère n'a jamais rien dit. Elle n'a jamais osé contredire la moindre de ses paroles. » Dis-je tristement. « J'imagine que c'est parce qu'elle devait penser la même chose… »

Jasper resta silencieux et me regarda impassible, il semblait analyser chaque geste ou mot que je disais, comme si c'était vraiment important.

« Penses-tu qu'ils aient raison ? » Finit-il par demander, tandis que je luttais pour ne pas laisser mes émotions prendre le dessus. « Penses-tu qu'ils avaient raison de te déconsidérer comme ils l'ont fait ? »

Je baissai les yeux, ne voulant pas du tout répondre à cette question. Je commençai à comprendre à quel point il avait pu avoir raison tout à l'heure, lorsqu'il m'avait dit que je n'allais pas mieux. Parce que maintenant que je repensais à tout ça et que je faisais abstraction de tout le reste, je réalisais que j'étais toujours aussi rongée et sous l'emprise de mes démons douloureux.

« Je ne sais pas trop. » Déclarai-je finalement. « J'ai longtemps pensé que oui, que j'étais effectivement un poids pour eux et que je ne valais rien, mais plus le temps passait et plus je me posais des questions, lorsque j'obtenais des A à mes tests et qu'il était toujours aussi mécontent, j'ai commencé à me demander si le problème venait vraiment de moi. Mais d'un autre coté, personne n'était là pour me dire le contraire et contester mon beau père. Alors j'ai fini par me dire que… »

Je laissai ma phrase en suspend, ne sachant comment la terminer. Jasper sembla comprendre ce que je voulais dire puisqu'il continua.

« Tu n'avais pas d'ami à Phoenix ? »

Je secouai la tête.

« Non… Les gens n'étaient que des connaissances, au lycée j'étais nulle en sport, ce qui m'écartait de toutes les activités extrascolaires et comme j'étais aussi bonne élève, les gens ne venaient pas me parler. Et je n'osais pas aller vers eux non plus. » Répondis-je tristement.

Il hocha la tête silencieusement, mais ne posa pas d'autre question.

« Vous n'êtes pas sensé écrire un truc sur un bloc-notes ? » Rappelai-je suspicieuse.
Il émit un rire contrôlé.

« Ma chère Bella, tu apprendras que les blocs-notes servent uniquement à faire des dessins et des gribouillis. Les psys font croire qu'ils prennent des notes utiles mais en réalité, c'est juste pour faire passer le temps. »

Je rigolai à sa remarque.

« Vous êtes en train de dénigrer votre profession. » Accusai-je avec amusement.

« Je n'ai jamais dit que j'aimais mon métier. » Contra-t-il. « Seulement c'est la seule chose où je suis bon. »

« Et quel est votre verdict, Dr Whitlock ? » Demandai-je en roulant des yeux. « Est-ce que je suis névrosée ? » Il sourit.

« Il n'y a pas de gens normaux et de gens pas normaux Bella. On est tous un peu névrosé. » Apprit-il avec sérieux. « Mais je pense que tu as pas mal de boulot à faire avant d'arriver à voir les idées claires et avancer. Tu es une fille qui n'a jamais eu de rapport avec qui que ce soit, autre que ton beau père et ta mère. Tu ne sais pas ce que c'est de te confier aux autres. »

« Qu'est-ce que vous me conseillez alors ? » Fis-je en triturant mes doigts.

« Tu dois t'ouvrir à quelqu'un. En temps normal je t'aurais suggéré de sortir et de te faire des amis, mais vue ta situation tu n'as pas vraiment le choix. »

« Je me confie déjà à vous, c'est pas suffisant ? » Lançai-je avec aigreur.

« Sauf que moi je ne suis pas ton ami Bella. » Contra-t-il avec véhémence.

Il soupira longuement, puis arbora un visage sérieux et empli de ce qui ressemblait à de la compassion.
« Je sais que c'est difficile pour toi dans la mesure où tu ne t'es jamais reposée sur qui que ce soit, mais crois-moi, la seule chose que tu peux faire pour le moment c'est d'arrêter de porter ton fardeau toute seule. » Reprit-il avec sérieux. « Ouvre-toi Bella, à n'importe qui, Rosalie ou Edward, mais fais-le rapidement. »

« Et je devrais tout raconter ? » M'inquiétai-je subitement, terrifiée à l'idée de devoir raconter ma vie dans son intégralité.

« Peut être pas tout, mais une bonne partie. » Corrigea-t-il. « Et tu reviendras me voir seulement quand ce sera fait. »

Je secouai la tête, refusant de songer à cette éventualité.

Toute cette histoire ne m'enchantait guère. Je n'avais pas besoin d'embêter Rosalie avec mes problèmes et quant à Edward, nous n'étions pas réellement des amis… Je ne savais même pas ce que l'on était à vrai dire, tout ce que je savais c'est que nous avions largement dépassé le stade du rapport de force ravisseur/kidnappée. Je n'étais d'ailleurs même pas sûre que nos rapports aient une seule fois été comme ça. Peut être au début, lorsque je l'évitais constamment et refusais catégoriquement de me trouver dans la même pièce que lui.

Abandonnant mes pensées, je revins au moment présent et décidai de clôturer le sujet pour aujourd'hui.

« Est-ce qu'on en a fini avec moi ? » Demandai-je impatiente.

Il sourit et ramena ses mains devant lui comme s'il était sur le point d'effectuer une prière. Je trouvais qu'il avait des allures de Gandhi et je dus me retenir de rire en l'imaginant vêtu d'une toge blanche.

« Je t'en prie, pose tes questions puisque tu sembles te retenir depuis tout à l'heure. » Accepta-t-il à mon plus grand bonheur.
Je tentais de réfréner mon sourire et réfléchis à une question simple auquel il n'aurait pas vraiment de mal à répondre.
« Comment était Edward au lycée ? » M'enquis-je, faisant comme si je n'étais pas déjà au courant qu'il avait été un élève studieux.

Jasper sembla se raidir et il plissa les yeux, ce qui n'augurait pas quelque chose de bon.

« Ordinaire. » Répondit-il rapidement.
En parler ne semblait pas lui faire du bien, peut être étaient-ce les souvenirs douloureux qui ressurgissaient à l'évocation de cette époque… Mais quels souvenirs ? J'aurais bien aimé les connaître.

Alors que je crus qu'il ne dirait rien de plus à ce sujet, il reprit la parole et développa.

« Il était excellent. Et également assez populaire. C'était même assez difficile à suivre pour moi dans la mesure où j'étais classé dans la catégorie des « ringards ». »

Je rigolai à cette pensée. Jasper en ringard ? Je trouvais qu'il n'avait pas du tout l'air ringard au contraire…

« Il jouait du piano. » Affirmai-je, un léger sourire traversant mes lèvres en y repensant.

« Oh oui il en jouait. C'était même un virtuose, son rêve était d'entrer à Juilliard* après le lycée. » Apprit-il avec un sourire amer.

« Et pourquoi ne l'a-t-il pas fait ? » Osai-je demander avec crainte, sachant toutefois qu'il ne me répondrait pas.
Son regard se voilà et l'espace d'un instant, j'eus peur qu'il ne soit entré dans une sorte de transe tant il semblait être totalement déconnecté de la réalité. Je commençais à regretter ma question. Visiblement il n'aimait pas du tout ressasser ce moment, il était en train de pâlir, ce qui m'inquiéta.

« Les choses… ne se sont pas déroulées comme il l'espérait. » Marmonna-t-il presque… dégouté. « Et avant que tu ne poses la question, non il ne joue plus depuis longtemps. » Avertit-il.

J'hochai la tête faiblement, pas du tout étonnée de cet aveu. J'avais deviné facilement qu'il ne jouait plus à la réaction qu'il avait eue lorsqu'il m'avait trouvée dans son bureau en train d'écouter sa composition.

Je regardai Jasper, il semblait en plein conflit avec son subconscient, ce qui m'intrigua au plus au point. Je me remémorai alors ce que Rosalie m'avait dit et me demandais si le fait qu'Edward ne joue plus avait un rapport avec cette Alice, la fille dont je ne devais pas prononcer le nom. Me revint alors en mémoire ses avertissements de ne pas parler d'elle devant Jasper ou Edward. Qu'est-ce que cela ferait si je prononçais son prénom à voix haute ? Jasper ne semblait pas méchant, il ne pouvait pas être pire qu'Edward question colère, alors pourquoi était-ce si dangereux ? Il ne s'agissait que d'un prénom tout de même ! Si ça se trouve il ne réagirait même pas, et puis il n'était pas dangereux, quel mal y avait-il à lui poser une simple question innocente ?

Pesant le pour et le contre dans mon esprit, je décidai de tenter le diable, après tout je n'étais plus à ça près, j'avais déjà fait de nombreuses dégâts alors une de plus ou de moins…

Prenant une profonde inspiration, j'ouvris la bouche et me lançai, ne songeant pas une minute aux représailles qui étaient susceptibles de me tomber dessus.

« Est-ce qu'Edward a arrêté le piano à cause d'une certaine Alice ? » (N/Marie : Aaah putaiiiiin ! tu vas encore tout gâcher !)

À l'entente de ce prénom, Le corps de Jasper se tendit soudainement et il sembla se reconnecter complètement à la réalité. Ses yeux s'agrandirent de stupeur et il me toisa avec effarement, choc, incrédulité, et quelque part de la colère.

« Qu'est-ce que tu viens de dire ? » Articula-t-il d'une voix férocement insensible.

Je compris à ce moment là que je n'aurais peut être pas dû tenter le diable, surtout devant l'expression horrifiée et presque effrayante que Jasper arborait. Sa peau était blanchâtre, son visage décomposé voire carrément livide, ses jointures étaient contractées… il ne ressemblait plus du tout au Jasper le psychologue alcolo que je connaissais. Non en réalité, il ressemblait à cet instant à… Edward.

Ce dernier avait toujours cette même expression lors qu'il s'apprêtait à devenir violent et enragé. Je ne pensais pas en voyant Jasper, qu'une question aurait pu avoir un tel effet sur une personne que je croyais jusque là inoffensive.

« Je… rien du tout. » Balbutiai-je décontenancée et légèrement apeurée devant son air sombre et son regard foudroyant.

L'instant d'après, sans que je ne comprenne quoi que ce soit à ce qui m'arrivait, il se levait subitement de son fauteuil et avançait vers moi à grandes enjambées d'un air déterminé. Je n'eus pas le temps d'émettre un son de protestation qu'il s'empara de mon bras et me tira brusquement pour me relever, le visage rempli de fureur tandis que j'étais tétanisée.

« Comment oses-tu ? Comment oses-tu parler d'elle et déshonorer sa mémoire ! »

Sa voix avait claqué dans l'air tel un éclair, je ne pus même pas analyser correctement ce qu'il était en train de crier car il serrait mon bras avec une force incontrôlable, provoquant une douleur sans nom tant on aurait dit qu'il me broyait les os.

Je gémis et marmonnai des syllabes incohérentes, mon cœur battant à une allure bien trop démesurée pour mon propre bien. La peur qui s'insufflait en moi à ce moment là en voyant sa rage non contenue. Je paniquais sérieusement, ma respiration se coupait et mon esprit n'était plus qu'une vague incohérence. Il maintint mon deuxième bras se mit à me secouer lentement, puis de plus en plus fort sans s'arrêter. Jasper était dans un état complètement second, il pétait les plombs et tout ce à quoi je pouvais penser à cet instant, c'était que j'en étais l'unique responsable.

« Comment et de quel droit t'es tu permise de l'évoquer ? ! » Hurla-t-il tout en me secouant d'avant en arrière sans ménagement.

La torture qu'il m'infligeait me faisait atrocement mal et je ne fus même pas consciente des gémissements de protestations qui sortaient de ma bouche, ni de mes larmes qui sortaient de mes yeux. Je m'entendais le supplier d'arrêter, lui dire que j'étais désolée, mais il continuait ce supplice, tout en hurlant des phrases que je n'entendais qu'à moitié. Il me criait que je n'avais pas le droit, que j'avais souillé sa mémoire et tout un tas d'insultes dont j'étais incapable d'en analyser le sens.

Je ne sentais plus mes jambes, il avait tout occulté et il ne semblait toujours pas vouloir s'arrêter. Il s'était transformé en une véritable brute déchainée. Et alors que j'étais sur le point de vaciller, je me sentis tirée en arrière et la seconde qui suivit, je me retrouvais derrière une masse de muscles imposante.

J'eus à peine le temps de réaliser qu'Edward était là et faisait office de barrage entre Jasper et moi, que je le vis asséner un coup de poing au visage du blond qui tomba au sol. Je clignai des yeux plusieurs fois, choquée de la vitesse à laquelle tout s'enchainait. Un instant j'étais tranquillement assise en train de parler avec mon psy, et l'instant d'après Edward me protégeait de ce dernier qui s'était transformé en un vrai fou furieux. C'était à n'y rien comprendre.

« Non mais t'es complètement malade ? ! Ça va pas de l'agresser comme ça ! » Rugissait la voix d'Edward face à un Jasper qui peinait à se relever et qui regardait son ami l'air complètement désorienté.

Pour ma part, j'étais comme qui dirait spectatrice de la scène qui se jouait sous mes yeux. Je n'arrivais pas à réagir ni à avoir la moindre pensée cohérente tant le choc s'était emparé de moi. Je vis Edward se retourner vers moi et me regarder avec inquiétude, ce qui me fit sortir peu à peu de mon état léthargique.

« Merde Bella, tu vas bien ? » S'enquit-il soucieux.

J'entrouvris la bouche sans qu'aucun son ne sorte. J'aurais voulu lui répondre que oui j'allais bien malgré les circonstances, mais j'en étais incapable car même moi j'ignorais l'état dans lequel je me trouvais, je n'arrivais pas à croire que tout ça venait vraiment de se passer. C'était beaucoup trop irréaliste pour moi, et aussi beaucoup trop rapide.

J'hochai la tête rigoureusement à travers mes larmes, ne pouvant faire autre chose. Il m'observa la bouche pincée, avant de soupirer et d'avancer vers moi. Il mit une main derrière ma tête et m'attira à lui doucement, me prenant au dépourvu. C'était la première fois qu'il me prenait dans ses bras, en temps normal c'était moi – en bonne chieuse que je suis – qui lui saute dessus. Je devais avouer que ça me touchait venant de lui, qu'il ait cette attention envers moi. Son coté rustre diminuait de jour en jour, et c'était plutôt agréable. Je posai ma tête sur son torse et passai mes bras autour de lui, tentant de réfréner mes sanglots silencieux. Je sentis ses bras m'entourer et cela me provoqua un sentiment sécurisant. J'étais bien. C'était plutôt étonnant de se sentir bien dans les bras d'un meurtrier mais qu'importe, c'était ce que je ressentais.

Et pour une fois il ne semblait pas mal à l'aise. Si d'habitude je sentais toujours sa gêne et son embarras, cette fois je ne sentais rien de tout ça. Il avait l'air parfaitement normal.

« D'abord tu la soules au point que je la retrouve ivre morte, et maintenant tu la brutalises ? Qu'est-ce qui t'a pris bon sang ? » Entendis-je sa voix agressive s'élever dans la pièce, je supposais qu'il parlait à Jasper.

Je n'entendis aucune réponse de la part de ce dernier. J'ignorais ce qu'il était en train de faire, mais je ne voulais pas détourner la tête pour le savoir.

« Viens on rentre. »

Cette fois il s'adressa à moi, d'une voix beaucoup plus douce que celle qu'il avait utilisée précédemment.

Je soupirai, sans pour autant bouger d'un pouce. Les secondes passèrent et je ne daignais toujours pas remuer. Edward ne disait rien mais je savais que la patience n'était pas son fort. Et bien qu'il ne montrait aucun signe particulier qu'il voulait s'en aller, je me sentais coupable de lui infliger ça. Me prendre dans ses bras avait déjà dû lui demander un effort surhumain alors si en plus je faisais retarder les choses… j'eus envie de m'excuser pour lui faire subir pareille torture.

« Je suis désolée. » Parvins-je à formuler contre son torse.

C'était la première phrase que je sortais depuis un bon bout de temps, et il ne dût pas comprendre puisqu'il m'éloigna légèrement de lui pour me regarder avec étonnement.

« Pourquoi tu t'excuses ? » Demanda-t-il surpris.

J'allais lui dire que c'était à cause du fait que je lui en demandais beaucoup, mais Jasper répondit à ma place, m'empêchant de parler.

« Elle a osé me parler d'elle ! » S'écria-t-il, apparemment toujours en colère.

Je sentis le corps d'Edward se raidir, ses bras qui me serraient se tendirent et il fronça les sourcils, avant de tourner la tête vers son interlocuteur, tandis que la panique montait en moi progressivement.

« Quoi ? » Murmura-t-il ahuri.

Je m'autorisai un coup d'œil vers Jasper et pus constater qu'il me dévisageait avec des envies de meurtres, ce qui me fit frémir.

« Elle a même prononcé son prénom. » Cracha-t-il dégouté.

Edward reporta son attention sur moi et je baissai la tête, n'osant pas le regarder.

« Est-ce que c'est vrai ? » S'enquit-il, la voix étonnamment faible.

Je relevai la tête et lui fis un regard désolé pour toute réponse. Il me scruta avec perplexité, les sourcils toujours froncés.

Puis au bout d'une longue minute il se tourna à nouveau vers Jasper.

« D'accord, on va en reparler. Laisse-moi la ramener à la maison. » Clama-t-il calmement.

Jasper ne rétorqua rien et Edward n'attendit pas qu'il réponde puisqu'il nous conduisit hors du cabinet. Je fus soulagé de voir qu'il ne mettait aucune distance entre nous et qu'il ne disait toujours rien quant au fait que je me trouvais dans ses bras, mais je me demandais si sa douceur était temporaire. Normalement il aurait dû s'énerver et péter les plombs, alors pourquoi était-il si calme ? Ou alors il attendait simplement de se retrouver dans l'appartement pour laisser exploser sa fureur. Cette éventualité me sembla plausible, mais j'espérais cruellement me tromper.

Il nous fit entrer dans l'ascenseur sans un mot, ses bras toujours autour de moi. Le trajet fut court, il ne disait rien et je ne savais pas quoi dire pour combler le silence, dans la mesure où j'ignorais totalement ce qu'il pensait et dans quelle humeur il se trouvait. Les portes s'ouvrirent, il nous dirigea vers la porte de son appartement, avant d'en sortir ses clés d'une main.

Lorsqu'il ouvrit la porte et me poussa brusquement à l'intérieur sans ménagement, je compris que je ne m'étais pas trompée et que sa tendresse au sortir du cabinet de Jasper n'avait été qu'une misérable plaisanterie.

J'allais déguster.

« Tu peux m'expliquer ? » Lança-t-il énervé en s'approchant de moi.

Je le regardai avec crainte, me mordant la lèvre sous le coup de stress.

« Je… je ne pensais pas qu'il réagirait de cette façon, je te jure que si j'avais su je n'aurais jamais… » Ses yeux me fixèrent avec une colère mal dissimulée et je sus que j'étais en train d'aggraver mon cas. « On était en train de parler de toi et comme j'avais vu son prénom sur la partition… »

« Je ne t'ai pas envoyée chez Jasper pour parler de moi ! » Répliqua-t-il méchamment.

« Mais on a quasiment parlé que de moi ! Je te le jure, c'est seulement à la fin que… enfin tu vois… »

Il se passa une main sur le visage, comme pour se contenir.

« Putain mais t'es vraiment intenable ! Ça t'a pas suffit de fouiller dans mes affaires, il faut en plus que tu joues les commères avec mon meilleur ami ? Qu'est-ce qui va pas chez toi ? ! » S'exclama-t-il d'une voix forte qui me fit tressaillir.

« C'est toi qui as un problème ! » Contestai-je offensée. « Tu t'énerves uniquement parce que tu ne supportes pas que quelqu'un s'intéresse ou se préoccupe de toi. »

« Tu appelles ça te préoccuper de moi ? » Incendia-t-il. « Bella, c'en est carrément devenu obsessionnel ! T'es complètement dérangée, à un tel point que ça commence à me faire sérieusement flipper ! »

« Dixit celui qui tue à longueur de journée ! » Me défendis-je vainement. « Et après tu dis que c'est moi qui dois consulter ? C'est l'hôpital qui se fout de la charité ! »

« Ne mets pas mon taf sur le tapis, ça n'a rien avoir ! » Contra-t-il d'une voix rugissante.

« Tout ça c'est de ta faute tu sais… » Fis-je remarquer avec désolation. « Si tu n'étais pas aussi secret et mystérieux sur ta vie, j'en viendrais pas à me poser toutes ces questions ! »

« Tu te fiches de moi ? » Ragea-t-il. « C'est toi la plus fermée de nous deux ! Tu refuses toujours de dire quoi que ce soit à propos de toi, moi au moins j'accepte de te parler ! »

« Tu parles ! Le seul sujet que tu acceptes d'aborder avec moi, c'est ton sale boulot, le reste, que nenni ! »

« Mais merde, j'ai pas à me justifier ! On n'est pas amis toi et moi. Je te rappelle que t'es juste une putain de témoin que je retiens enfermée ici pour éviter les emmerdes ! » Explosa-t-il.

Cette déclaration me blessa plus qu'elle n'aurait dû, mais je tentai de ne pas le montrer. J'avais déjà été beaucoup trop faible devant lui, je voulais que cela cesse.

« Une putain de témoin à qui tu permets de faire ce qu'elle veut et à qui tu offres des cadeaux. » Ripostai-je avec acerbité. « T'en connais beaucoup toi des ravisseurs qui font ça ? » Provoquai-je ouvertement.

Il fronça les sourcils et pendant une seconde, je crus l'avoir réellement déstabilisé, ce qui me valut une danse de la joie à l'intérieur de mon cerveau.

« C'était seulement un pauvre bouquin qui m'a couté dix dollars, pas la peine d'en faire toute une histoire. » Rétorqua-t-il d'un ton sec. « Et pour ce qui est de tes privilèges, je peux très bien te les retirer si c'est ça qui pose problème ! »

Je secouai la tête.

« T'en es pas capable. » Déclarai-je sûre de moi. Il écarquilla les yeux.

« Tiens donc… et pourquoi est-ce que je pourrai pas ? » Défia-t-il d'un ton que j'aurais pu penser amusé, s'il n'était pas aussi énervé.

« Parce qu'après la façon dont je me suis comportée à maintes reprises, tu l'aurais déjà fait y a bien longtemps si tu l'avais voulu. » Avançai-je avec certitude. « En vérité t'es trop obstiné et borné pour accepter le fait que tu tiens à moi, ne serait-ce qu'un petit peu. »

« C'est complètement faux ! Je sais pas dans quel monde tu vis mais au cas où t'aurais pas remarqué, les bisounours et les télétubbies n'existent pas. » Lâcha-t-il sur un ton condescendant et méprisant que je n'appréciais pas du tout.

Je secouai la tête et levai les yeux au ciel, n'ayant pas le courage de répliquer. Je savais qu'il n'admettrait jamais que je puisse avoir raison. Autant parler à un mur, ce serait nettement plus efficace. Quoi que je dise, il trouverait toujours un moyen de me contredire et ainsi de suite, et ça n'en finirait jamais. Pour ma part, je savais où était la vérité. Je savais qu'Edward tenait à moi, il me l'avait montré à plusieurs reprises, de plus il avait fini par me l'avouer il y a des semaines, avant qu'il ne me surprenne à fouiller dans son bureau. Mais j'aurais beau lui faire toute une théorie et lui démontrer par A + B que ce que je disais avait du sens et était correct, il nierait toujours. Parce qu'Edward était comme ça. Il ne reconnaissait pas ses faiblesses. Et pour lui le fait de m'apprécier était considéré comme une faiblesse, ce que je n'arrivais vraiment pas à comprendre.

Décidant de revenir au sujet principal qui nous avait valu cette dispute inutile, je m'approchai de lui et le toisai en tâchant de ne pas montrer l'appréhension et l'anxiété que j'éprouvais. Je pris une profonde inspiration et aggravait une fois de plus mon cas avec cette ultime question.

« Qui est Alice ? »

Il se crispa, son visage se contracta et sa mâchoire se resserra. Ses traits se durcirent, faisant ainsi augmenter la peur en moi, et ses yeux s'assombrirent pour devenir aussi noirs que des corbeaux. Je vis sa lèvre inférieure trembler et en réalisant que je l'avais une fois de plus mis hors de lui, je reculai d'un pas, apeurée au possible.

Il resta immobile et inerte quelques secondes, avant qu'un éclat de fureur et de rage apparaisse sur son visage.

Puis sans que je ne le voie venir, il me gifla violemment, tellement fort que j'avais pu entendre le bruit assourdissant de sa main s'abattant ardemment sur ma joue.

Je fus d'abord choquée et heurtée, ne m'étant pas du tout attendue à un tel acte venant de lui, lui qui était venu à mon secours de nombreuses fois, avec qui je m'étais sentie protégée et en sécurité. Je portai une main à ma joue, serrant les dents pour ne pas laisser passer le moindre gémissement de douleur qui menaçait de sortir de ma bouche. Je le regardai avec effroi et vis qu'il avait changé d'expression. Il arborait à présent un visage aussi stupéfié que le mien. Sans doute était-il aussi étonné de son geste que je l'étais, mais à l'heure qu'il était je n'en avais cure, je ne pouvais m'en soucier ni y prêter la moindre attention.

La seule chose auquel je pouvais penser en cet instant, c'était que j'avais eu faux sur toute la ligne. Je m'étais crue en sécurité ici, exemptée de toute personne qui aurait pu me vouloir du mal. Mais en vérité je ne l'étais pas, je n'étais pas plus en sécurité ici que lorsque j'étais à Phoenix, ou que lorsque je me suis trouvée dans cette ruelle face à trois assassins qui venaient de commettre un crime devant moi. Peu importe ou j'allais et avec qui je me trouvais, je serai toujours en danger, c'était un cercle vicieux qui n'en finissait jamais. Et j'avais eu tort de considérer Edward comme mon protecteur. Il ne l'était pas, il ne l'avait même jamais été…

N'étant plus capable de le regarder sans craquer, mes yeux dérivèrent sur la pièce où nous nous trouvions, et il ne me fallut pas longtemps pour remarquer que quelque chose n'allait pas.

Il y avait quelque chose de différent, quelque chose que je n'aurais jamais cru possible, et qui eut le don de faire accélérer les battements de mon cœur à une allure impressionnante. Dans son élan de fougue et d'empressement, Edward en avait oublié une chose primordiale.

La porte d'entrée.

En voyant cette dernière toujours ouverte, m'appelant, me criant même de déguerpir de cet endroit sinistre et effrayant, je ne pus qu'abdiquer et voir cette opportunité comme mon seul et unique moyen de pouvoir retrouver ma liberté auquel je ne croyais plus depuis longtemps.

Et alors que le temps semblait s'être arrêté, que j'oubliais tout ce qui se trouvait autour de moi, que mon cœur tambourinait dans ma poitrine et était prêt à bondir hors de ma cage thoracique, que ma respiration se faisait haletante et que mes espoirs perdus se ravivaient, faisant ainsi monter l'adrénaline en moi, je ne réfléchis pas deux minutes que j'étais déjà en train de courir à toute vitesse vers la porte laissée ouverte et que je m'enfuyais…


* Dédicace à ma grand-mère qui m'a inspirée cette phrase ^^

Merci à ma Sister chérie pour avoir corrigé et pour ses commentaires :D

Et ouais, encore une fin horrible et assez sadique je dois le reconnaitre ^^

Ne m'en voulez pas, mais ça a toujours été ma marque de fabrique :D

Alors que va-t-il se passer à votre avis ?

1. Bella s'enfuie jusque dans la rue, trouve un endroit pour se cacher et essaie de se démerder toute seule ?

2. Bella réussie à s'enfuir mais après une réflexion elle décide de retourner d'elle même vers Edward ?

3. Edward la rattrape avant qu'elle n'ait eu le temps de s'échapper ?

4. Autre proposition farfelue ?

J'espère que ce chapitre vous aura plu, dites-moi ce que vous avez pensé en review, un petit commentaire fait toujours extrêmement plaisir :)

Le prochain chapitre sera beaucoup moins sadique je vous le promets ! De plus vous aurez droit au tout premier flash back d'Edward, si c'est pas beau ça *-*

Vous saurez même ce qui s'est passé à Phoenix pour que Bella décide de partir à Chicago :D

En attendant moi je vous laisse, c'est l'anniversaire à ma maman aujourd'hui !

Gros bisous et portez vous bien !

Votre Dévouée Popolove