Hey Everyone !

Me voilà après seulement 3 semaines avec le nouveau chapitre. Avouez qu'il arrive tôt celui là, même moi je suis choquée xD

Je vous remercie sincèrement pour toutes vos reviews qui m'ont sincèrement touché et boosté à écrire la suite le plus rapidement possible. Je crois que j'en ai jamais eu autant, ou en tout cas pas depuis le début de cette fiction et j'ai adoré *-*

Merci aux anonymes :

didi, o0O-Eden-O0o, PatiewSnow, zoubida, ouiiiiii, momi, xHouna, PrincetonGirl818, Juliette, Martine16, Hlne, julie29, shona, cmjklp, lily-rose, milou, beatrice, Amandine, Marie, larsand, scorpionlove09, Julie, Anne, Cline, Dd, Anna, Morgane, Mana, moi, phelie, liliane et Oumnouss

Alors pour mon sondage, vous avez été nombreux à souhaiter la première et la troisième solution. Quant à ceux qui ont énoncé des propositions farfelues, vous vous êtes tous mis au parfum pour dire que Bella trébuche dans les escaliers et finit aux urgences, a un accident de voiture ou se fait enlever par Jacob, ce qui m'a pas mal fait rire ^^

Je vous laisse donc voir si vous aviez raison.

Bonne lecture !


Chapitre 10 : Révélations

Pov Bella

oO "Best Laid Plans" Oo – James Blunt

Fuir… Cette idée s'était propagée dans mon cerveau à une vitesse phénoménale. Il y a encore cinq minutes, ça ne m'aurait jamais effleuré l'esprit, je n'avais pas pensé une seule seconde à tenter de m'échapper. Peut être parce que dans un sens, dans l'appartement d'Edward je me sentais en sécurité. C'est vrai, il était toujours là pour me protéger, que ce soit contre Jacob, ou plus récemment, contre Jasper. J'avais sûrement fini par penser qu'Edward était mon ange gardien au lieu du meurtrier qui m'avait fichue dans cette situation en tout premier lieu. Je ne voulais pas le blâmer pour tout ce qui était arrivé, après tout s'il n'avait pas été là je serais déjà morte à l'heure qu'il est. Mais il fallait tout de même avouer qu'il était responsable de tous les évènements qui me tombaient dessus depuis bientôt trois mois. Je serais peut être morte s'il n'avait pas été là, mais je n'aurais jamais été en danger si je ne l'avais pas rencontré… Quoi que… à bien y réfléchir, le danger était déjà là, même avant de faire sa connaissance. Il s'était simplement contenté de l'amplifier.

Ce n'était pas la première fois que je fuyais… je l'avais fait le jour de mon anniversaire en quittant Phoenix précipitamment. Mais plus j'y réfléchissais, et plus j'arrivais à comprendre mes réactions. Je fuyais lorsque je me sentais en danger. J'avais toujours pensé que j'avais dû naître sans instinct de survie car j'ai toujours eu tendance à m'attirer des problèmes comme on attire un aimant. Mais finalement j'avais bel et bien une raison et un faible instinct de survie pour prendre la décision de m'enfuir lorsque je cours un danger. J'ignorais si Edward représentait un vrai danger car j'étais tout de même consciente du fait qu'il ne me voulait pas le moindre mal, mais à cet instant là il s'était montré tellement différent… Je pensais m'être habituée à ses sautes d'humeur et à son tempérament de feu qui était susceptible de le faire entrer dans une colère noire où il devenait carrément violent. Mais j'avais tort. En réalité je n'avais jamais réussi à m'y faire. Le type inhumain qui était dans cet appartement il y a quelques secondes n'était pas la personne que j'appréciais au point de vouloir à tout prix sa compagnie.

C'était ça le problème avec Edward. Il ne pouvait pas rester la personne en qui j'ai une totale confiance, celui qui est gentil, attentionné et un tantinet égocentrique, qui a toujours réponse à tout et qui souffre en silence. Non il fallait qu'il redevienne à un moment ou un autre le type froid et agressif qui avait le don de m'effrayer à un point inimaginable. À cet instant je ne pouvais regretter ma décision de vouloir prendre la fuite. C'est vrai après tout, je n'avais pas été dehors depuis près de trois mois et je me trouvais dans la tanière d'un criminel. Comme situation, c'était pas l'idéal… Et même si j'ignorais totalement ce que j'allais faire ensuite, où est-ce que j'irai, comment je vivrai, avec quoi je me débrouillerai, je ne pensais à rien de tout cela au moment de me mettre à courir hors de l'appartement. Je ne songeais pas une seconde à ce qui allait m'arriver une fois dehors, tout ce à quoi je pouvais penser était de franchir ces murs le plus vite possible en priant pour qu'il ne me rattrape pas.

Sans prendre le temps d'analyser quoi que ce soit, je courus jusqu'à atteindre le couloir et me mis à dévaler les escaliers avec empressement, faisant abstraction de tout le reste autour de moi. J'ignorais si j'étais trop lente ou non, mais une chose était sûre, je n'aurais pas pu faire mieux. L'adrénaline se propageait dans mon cerveau comme une bactérie, au point que mon visage devait sûrement être rouge à l'heure qu'il est. Chaque palier que j'atteignais provoquait un raté dans mes battements de cœur tant j'étais de plus en plus stressée et paniquée. Tout ce que j'espérais était qu'il n'était pas derrière moi en train de me poursuivre. Je priais pour une seule et unique chose : M'en sortir indemne, et libre. Cela faisait tellement longtemps que je n'avais pas éprouvé un sentiment de liberté dans ma vie que je ne pouvais réagir sans être anxieuse à l'idée de toucher cette liberté du bout des doigts. J'étais tout près… si près… tellement proche d'obtenir ce à quoi je ne rêvais plus tant c'était inespéré…

Ne cessant de courir, j'étais sur le point d'atteindre le premier étage et ma respiration s'accélérait à mesure que je prenais pleinement conscience d'à quel point j'étais proche de voir enfin l'extérieur. J'avais cette impression que cette course était interminable alors que cela ne faisait probablement même pas encore une minute que j'étais partie de l'appartement d'Edward. C'était à n'en plus finir.

Lorsqu'enfin je posai le pied sur le palier du premier étage, je tentai de me précipiter vers les escaliers pour aller au rez-de-chaussée mais sans que je ne m'y attende, mon bras fut tiré en arrière violemment et je gémis avant de me retrouver sans comprendre comment, immobilisée contre un mur, face à Edward qui avait ses bras tendus de part et d'autre de moi, m'empêchant ainsi tout moyen de m'enfuir.

Ma respiration se coupa et mon cri de surprise mourut dans ma gorge, surtout lorsque je vis ses yeux noirs de colère posés sur moi et me regardant comme si je venais de signer mon arrêt de mort. Je clignai des yeux, tentant de reprendre mon souffle tandis que lui ne semblait pas du tout essoufflé le moins du monde.

« Mais où est-ce que tu croyais aller comme ça ? »

Sa voix claqua dans l'air à la fois comme une menace et comme une impression d'inquiétude de sa part, ce qui était assez paradoxal. Cela dit, Edward tout entier était un paradoxe alors il était inutile de chercher à comprendre ce qu'il ressentait ni dans quelle humeur il se trouvait.

Sa main cogna subitement le mur à côté de moi.

« Putain ! » Jura-t-il entre ses dents, cognant une nouvelle fois dans le mur fortement.

Je fermai les yeux une seconde et déglutis bruyamment, respirant de façon saccadée et tumultueuse, à la fois à bout de souffle à cause de mon effort sportif et terrifiée par ce qui allait suivre. J'aurais dû me douter que c'était peine perdue et que je n'avais pas la moindre chance d'espérer distancer Edward. C'était sûr qu'il allait me rattraper avant que je n'ai le temps de franchir les portes de l'immeuble.

Quelle idiote j'ai été…

Et maintenant j'allais subir sa colère et son excès de fureur. J'étais dans un sacré pétrin. À ce moment là je maudissais le seigneur pour m'avoir donné des petites jambes et une maladresse sans limite. Si seulement j'avais été assez rapide...

« Non mais à quoi tu pensais hein ? Tu peux me le dire ? » S'écria-t-il furieux. « Tu croyais sincèrement que t'allais t'en tirer à si bon compte ? »

Je reportai mon attention sur lui et le regardai apeurée, le suppliant silencieusement de ne pas me faire trop souffrir. J'espérais vraiment qu'il ne se remettrait pas à me frapper de nouveau, mais à présent je n'étais plus sûre de rien. Surtout en ce qui le concernait. Je bafouillai des syllabes incohérentes, incapable de prononcer un mot qui ait le moindre sens tant j'étais terrorisée à l'idée de ce qui allait suivre une fois que nous serions de retour dans son appartement.

Je voulais pleurer. Je voulais pleurer pour ne pas avoir pu m'enfuir la seule fois où j'en avais eu l'occasion, pour avoir été tellement faible que je n'avais même pas été capable d'apercevoir le dehors. Depuis combien de temps n'avais-je pas vu le ciel ? Le soleil ? La lune ? Depuis combien de temps n'avais-je pas senti la pluie ou la chaleur ? Rien que d'y penser je sentais les larmes me monter aux yeux. Mais je les réfrénais. Car si je voulais pleurer pour toutes ces choses que j'avais failli revoir avant d'échouer et que désormais je n'étais pas sûre de revoir un jour, je ne voulais certainement pas pleurer pour lui.

Non je ne méritais pas de pleurer pour lui, je méritais mieux que ça et il était hors de question que je m'humilie de la sorte.

J'aurais voulu lui dire que j'étais désolée, mais je ne pouvais pas car ce n'était pas le cas. La seule chose pour laquelle j'étais vraiment désolée, c'était de m'être faite attraper avant d'avoir pu retrouver ma liberté. Mais je n'étais pas désolée d'avoir pris la fuite, si c'était à refaire je referai de la même façon. Mes parents m'avaient appris à être indépendante, surtout mon père lorsqu'il était encore vivant. Et c'est ce que j'étais, une fille indépendante, je n'appartenais à personne et surtout pas et ce meurtrier devant moi.

J'entendis un bruit provenant de l'escalier et je vis Edward se tendre.

« Merde… » Siffla-t-il avant de me ramener brusquement contre lui et de poser une main sur ma taille sans que je ne puisse réagir.

J'ouvris la bouche sous le coup de la surprise et relevai le regard vers lui qui tentait de se recomposer un visage normal. Au même moment, une silhouette apparut sur le palier et je vis une femme d'un âge assez avancé arriver vers nous, un sourire sur le visage lorsqu'elle reconnut Edward.

« Mrs Cope, comment allez vous ? » Salua ce dernier en souriant poliment comme si de rien n'était.

Je restai figée, incrédule devant un tel changement d'attitude venant de lui. Dire qu'il y a une seconde il ressemblait à un lion prêt à bondir hors de sa cage…

« Edward mon garçon ! » Répondit avec entrain la femme que je supposais être une voisine de l'immeuble. « Ça faisait un moment que je ne t'avais pas vu ici, je commençais à me demander si tu n'avais pas déménagé. »

« Oh vous savez, j'étais pas mal occupé. » Se justifia-t-il avec un sourire presque désolé sur les lèvres.

À cet instant on aurait même pu lui donner le bon Dieu sans confession.

« Les jeunes de nos jours ! Toujours à courir par ci par là… vous prenez jamais le temps de vous arrêter. » Fit-elle remarquer avec un semblant de nostalgie dans la voix.

« Oui c'est assez vrai… » Murmura-t-il presque amusé.

Si je ne le connaissais pas j'aurais pu penser qu'il appréciait vraiment ce semblant de discussion avec cette petite vieille. Pour ma part je devais sûrement avoir le visage d'une personne complètement perdue qui ne comprenait plus rien du tout. Car c'était vrai, j'étais littéralement paumée. Tout s'enchainait beaucoup trop vite pour que je puisse avoir le temps d'encaisser et de réaliser ce qui se produisait.

« Oh mais je vois que tu as une petite amie ! » S'exclama-t-elle enjouée. « Comment t'appelles-tu trésor ? »

Je mis plusieurs secondes à réaliser que c'était à moi qu'elle s'adressait. Je clignai des yeux plusieurs fois et regardai Edward qui était toujours stoïque. J'entrouvris la bouche d'étonnement, ne sachant quoi dire. Est-ce que j'étais sensée lui répondre ? Pouvais-je lui demander de me venir en aide ? Non définitivement pas.

Je sentis sa main se resserrer sur ma taille au point de presque me faire mal. Edward me maintenait avec une sorte de possessivité qui voulait clairement dire qu'il fallait que je me taise et que je joue le jeu. Je réprimai un gémissement de douleur et tentai de sourire piteusement à la femme devant moi.

« Bella. » Bredouillai-je faiblement, n'arrivant toujours pas à formuler quoi ce que soit de cohérent.

La voisine qui ne semblait pas du tout se rendre compte de mon état désemparé et de mon bouleversement puisque son sourire s'élargit, comme si elle était vraiment attendrie. Si seulement elle savait… Pensai-je.

« Quel joli prénom ! Je vous souhaite bien du bonheur à tous les deux. » Dit-elle avec une jovialité déconcertante.

Même Edward semblait mal à l'aise et avait du mal à garder un visage parfait. Sa prise sur ma hanche se faisait de plus en plus serrée, comme s'il avait peur que je m'échappe, ce qui était totalement ridicule dans la mesure où j'étais pleinement consciente que je ne pourrai même pas faire un pas avant de me faire attraper. Suffit de penser à ce qui s'est passé il y a cinq minutes. Ma fuite avait été un véritable échec. Et nous voilà en train de jouer la comédie devant une petite vieille toute souriante… Du moins lui, car moi j'étais beaucoup trop dépassée, d'autant plus que je n'avais pas le choix, c'était lui qui me forçait à faire comme si tout allait bien dans le meilleur des mondes. Ça me dégoutait…

« Merci. » Finit-il par dire embarrassé. « Euh vous nous excuserez, mais on est assez pressé alors… »

« Oh bien sûr. » S'empressa-t-elle de répondre en se dirigeant vers les escaliers menant au rez-de-chaussée, ceux que j'aurais pris si Edward ne m'avait pas attrapé…

La vieille commença à faire des salutations en tout genre mais je n'écoutais plus. Mes yeux étaient rivés sur ces escaliers que je n'emprunterai sans doute jamais. Ils étaient ma seule porte de sortie, et j'avais échoué lamentablement. Combien de fois une occasion pareille a-t-elle la moindre chance de se reproduire ?

Jamais, c'est évident. J'avais laissé passer ma chance, mon unique chance de m'en sortir. J'étais pitoyable.

Edward la saluait aussi et le fis un bref hochement de tête, étant incapable de dire quoi que ce soit tant j'étais léthargique et déboussolée. J'eus à peine le temps de voir cette voisine emprunter ces fameux escaliers que je sentis la prise d'Edward se raffermir comme pour me donner un coup de pression afin que je revienne au moment présent.

« Bella ? » Appela-t-il soudainement d'une voix dénuée d'émotion.

Ma lèvre inférieure tremblait et ma tête bourdonnait. Je commençais à avoir la migraine et mes mains étaient complètement moites. C'était sans doute l'effet du choc et de l'adrénaline qui retombaient et qui me rendaient fébrile et inutile. Je secouai la tête pour essayer de me reprendre tant bien que mal.

« P-pourquoi est-ce qu'elle prend l'escalier à son âge ? » Parvins-je à balbutier de façon ridicule.

J'espérais qu'en parlant d'un truc futile et sans intérêt, il en oublierait les derniers évènements et serait plus calme. Je sais que je suis beaucoup trop rêveuse, espérer ça c'était comme croire au père Noël… autant dire débile.

« Elle est claustrophobe. » Répondit-il néanmoins d'une voix étonnamment calme, ce qui eut le don de me dérouter.

« Oh… » Murmurai-je simplement.

Il y eut un silence gênant dans lequel il réfléchissait probablement à la bonne attitude à adopter. Pour ma part je ne bougeais pas et attendais, de toute évidence je ne pouvais faire que ça étant donné qu'il me serrait sans ménagement.

Au bout d'un moment je sentis sa prise se desserrer sans pour autant disparaitre et je poussai un soupir de soulagement face à la douleur qui s'en allait.

« Allez viens. » Incita-t-il posément.

Je tournai ma tête vers lui et vis qu'il était apparemment tranquille et apaisé. Il me donnait l'impression d'être redevenu l'Edward que j'appréciais. Cette pensée me redonna un semblant de vitalité et d'espoir. L'espoir que peut être je n'allais pas vivre un véritable enfer une fois de retour chez lui.

Il appuya sur le bouton de l'ascenseur et attendit, une main toujours sur ma taille en guise d'assurance. C'était assez étrange de voir à quel point ça me rendait mal à l'aise. L'ascenseur ne tarda pas à venir et Edward nous entraina à l'intérieur sans force.

Une fois arrivée devant son appartement, je pus constater que la porte était encore ouverte. Il avait dû partir à ma poursuite sans prendre le temps de la refermer. Je souris en me disant que de toute façon il ne risquait rien. S'il se faisait cambrioler, c'était plutôt pour le cambrioleur qu'il fallait s'inquiéter. Il me fit entrer à l'intérieur et c'est seulement à ce moment là que sa main me lâcha. Il referma la porte derrière lui et s'assura de la verrouiller avant de se tourner vers moi qui n'osais pas bouger.

Je l'observais avec une crainte non dissimulée tandis qu'il était immobile face à moi, me scrutant de manière impassible et indéchiffrable comme il savait si bien le faire. Je ne savais pas du tout par où commencer. Est-ce que j'étais sensée m'excuser ou est-ce que c'était à lui de parler ?

Finalement je tentai d'engager la conversation, le visage plein d'appréhension.

« Est-ce que tu es très énervé ? » Risquai-je avec anxiété.

Il fronça les sourcils, étonné de ma question. Puis il soupira.

« J'ai seulement besoin de réfléchir. » Avoua-t-il.

J'entrouvris la bouche, ne sachant trop comment interpréter ce qu'il venait de dire.

« Euh… je te laisse alors. » Bafouillai-je troublée.

Il ne répondit pas et je ne m'attendais pas à ce qu'il le fasse. Il avait l'air assez sonné et pour être honnête, je l'étais également. J'étais harassée par tous les derniers évènements. Mon entretien avec Jasper, ma dispute avec Edward, la gifle, ma fuite… il fallait que ça s'arrête. Je ne pouvais pas continuer à vivre à cent à l'heure de cette façon là.

Je ne reconnaissais plus ma vie, j'avais l'impression qu'elle ne m'appartenait pas, que je vivais celle de quelqu'un d'autre… Où était passée la vie auquel on m'a habituée ? Celle où je vivais chaque jour de la même façon, où j'avais une maison, une famille ? A quand remontait la dernière fois que je m'étais sentie chez moi ?

J'aurais tellement voulu que tout soit différent…

Sans un regard en sa direction, je me dirigeai d'un pas tremblant vers la chambre. Sa chambre… même l'endroit où je dormais ne m'appartenait pas. Tout ça m'écœurait. Je voulais retrouver ma chambre, mon lit et toutes les affaires qui m'appartenaient. Je voulais toutes ces choses que je ne retrouverai jamais et qui me manquaient. Sondant la chambre du regard avec mélancolie, je m'allongeai sur le lit et attendis.

Je ne savais pas vraiment ce que j'attendais, peut être un signe qui me dirait que tout n'était pas perdu et que je pouvais encore être heureuse, ou peut être simplement le sommeil qui me prendrait et qui mettrait un terme à cette journée. Je réalisai à ce moment là que je n'avais même pas mangé… D'ailleurs je n'avais pas faim. J'étais juste lessivée et désespérée. Comment pouvais-je un tant soit peu apprécier ma vie j'étais condamnée à passer le restant de mes jours enfermée dans cet appartement ? Plus je sondai la pièce des yeux, et plus je trouvais toutes les couleurs ainsi que tous les meubles immondes. J'avais fini par être dégoutée de cet endroit.

Et le pire c'est que si j'avais été assez forte, j'aurais pu ne plus avoir à vivre ici de toute ma vie. Si j'avais été plus rapide j'aurais dit adieu à ce monde dans lequel j'étais plongée, j'aurais dit adieu à Edward et à son agressivité constante, à Jasper et sa morbidité, à cet enfer qui me pesait un peu plus chaque jour. Je ne voulais pas aller voir la police ni tenter quoi que ce soit contre eux, tout ce que je voulais c'était ma liberté. Pouvoir m'enfuir loin d'ici et vivre une vie normale et simple. Mais ça apparemment c'était impossible. Où alors il allait falloir que je prenne mon mal en patience et que j'attende une nouvelle opportunité comme celle-ci.

Après un long moment dans lequel je n'avais toujours pas bougé, j'entendis la porte s'ouvrir avec lenteur.

« Bella ? »

Sa voix était hésitante, presque craintive. Je refusai de bouger, ne voulant pas l'affronter. Je l'entendis refermer la porte sur son passage et commençai à appréhender. Mon cœur battait de façon irrégulière à mesure que je le sentais s'approcher du lit.

« Est-ce qu'on peut discuter ? » Demanda-t-il finalement d'une voix faible.

Je fronçai les sourcils, étonnée par le ton qu'il avait employé. Dans ma tête il était clair qu'il était ici pour me blâmer et me fustiger d'avoir tenté de prendre la fuite. Peut être qu'il allait me battre… quoi que non, Edward ne m'avait jamais paru être quelqu'un de violent dans ce sens là. Il ne m'avait jamais maltraité ni quoi que ce soit, mais à vrai dire à l'heure qu'il est je n'étais plus sûre de rien, et encore moins de l'opinion que je m'étais faite de lui jusqu'à lors.

Je décidai de me retourner et de lui faire face. Il était debout près du lit et me regardait avec un visage fermé. Ses yeux exprimaient de l'inquiétude et de la culpabilité. Est-ce que vraiment il se sentait coupable ?

« Tu ne comptes pas me disputer ? » Parvins-je à formuler. Son front se plissa et il me toisa comme si j'avais dit quelque chose d'insensé.

« Euh non je… je venais seulement m'excuser. » Répondit-il décontenancé.

Il semblait mal à l'aise et agité, ce qui ne lui ressemblait guère. Je le scrutai sans rien dire, et il continua, détournant les yeux à plusieurs reprises.

« J'aurais jamais dû te gifler, c'était… c'était pas… »

C'était la première fois que je le voyais chercher ses mots, d'habitude il savait toujours ce qu'il allait dire tellement il était sûr de lui. Mais là c'était tout l'inverse. Il n'osait pas me regarder et il arborait un visage grimacé. Je voyais bien qu'il était désolé et qu'il cherchait comment l'exprimer. J'aurais même pu trouver ça mignon dans d'autres circonstances…

Il finit par soupirer et s'asseoir sur le bord du lit en se pinçant l'arête du nez. Je me redressai et m'assis à côté de lui sans dire un mot, attendant qu'il continue.

« Je ne fais jamais ça d'habitude. » Dit-il en regardant droit devant lui, donnant l'impression qu'il se parlait à lui-même. « Je ne sais pas ce qui m'a pris… j'étais énervé et je… j'ai mal agi et je sais que c'est inexcusable mais il faut que tu me croies, je suis pas du tout ce genre de personnes… »

Il se tourna vers moi et me regarda avec insistance. Il semblait désirer ardemment à ce que je croie ses paroles, ses yeux exprimaient une profonde affliction et ses traits étaient tourmentés. Je baissai la tête, tentant de contenir ma respiration qui accélérait.

« Alors tu ne vas pas recommencer ? » Murmurai-je en dissimulant l'espoir qui me submergeait.

Il fronça les sourcils et son visage changea soudainement, passant de l'embarras à de l'incrédulité.

« Quoi ? Non ! » S'exclama-t-il révulsé. « Je te le promets Bella, plus jamais je ne lèverai la main sur toi à nouveau, et je suis sincèrement désolé… »

J'entrouvris la bouche, ma lèvre inférieure trembla légèrement tandis qu'il me regardait avec des yeux emprunt à une profonde culpabilité. À cet instant je ne pouvais que croire à son repentir tant il débordait d'honnêteté. D'autant plus que ses excuses n'étaient pas toutes faites, il avait parlé avec spontanéité depuis le début.

Il fallait aussi avouer que si je ne l'avais pas poussé à bout en poussant le bouchon trop loin tout à l'heure, il ne se serait sans doute jamais emporté aussi fort… mais il avait entièrement raison, ça ne l'excusait pas pour autant.

Je finis par soupirer et hocher la tête.

« Je te crois. » Répondis-je avec assurance.

Il cligna des yeux et me scruta intensément, avant de soupirer de soulagement.

« Alors… tu me pardonnes ? » Demanda-t-il avec espoir.

Je me figeai, incapable de répondre.

Même si je le croyais honnête, je trouvais cela bien trop tôt encore pour accepter de faire comme si rien ne s'était passé. Après tout il m'avait vraiment blessée tout à l'heure. Pas tant d'un point de vue physique, mais plutôt émotionnel. Jamais je ne me serais attendue à ce qu'il commette un tel acte envers moi, surtout après toutes les fois où il m'avait répétée que j'étais en sécurité avec lui et qu'il ne me ferait jamais de mal.

J'avais réellement été brisée lorsque toutes mes certitudes s'étaient effondrées avec un simple geste. Et il voulait que je lui dise qu'on oublie tout ? Non je ne pouvais pas. Je n'étais pas assez forte pour pouvoir oublier le fait qu'il m'ait estropiée à ce point.

Je secouai la tête et détournai les yeux, craignant sa réaction.

« Non. » Répondis-je faiblement.

Il entrouvrit la bouche puis la referma. Je vis la déception dans son regard et je tentai de faire abstraction de la douleur que j'éprouvais à lui faire de la peine de cette façon. C'était assez paradoxal venant de lui, qui avait clamé haut et fort pas plus tard que tout à l'heure qu'il ne tenait pas du tout à moi et que je me faisais carrément des films. D'un coté je me sentais cruelle de lui faire ça alors que lui n'avait pas hésité à me pardonner toutes les fois où j'avais exagéré et dépassé les bornes. Mais je ne pouvais m'empêcher de me dire que j'avais raison et que je prenais la bonne décision.

Quand j'y réfléchissais, ça n'avait rien avoir avec les fois où Phil s'était permis de lever la main sur moi. C'était bien pire. Car même si Phil était beaucoup plus violent et que je m'étais plusieurs fois retrouvée en sang à cause de lui, Edward lui je lui avais accordé ma confiance. Contrairement à Phil, lui je l'appréciais et j'avais même consenti à ranger tous mes principes au placard pour lui. Alors le fait qu'il ait agi comme ça me blesse encore plus.

Edward finit par soupirer d'amertume et baissa la tête.

« Je vois. » Marmonna-t-il tristement.

Il se leva subitement, me prenant au dépourvu.

« Je vais te laisser, je crois que t'as besoin de te reposer. » Déclara-t-il sans me regarder.

Je me mordis la lèvre inférieure tandis qu'il commençait à se diriger vers la porte de la chambre. Il semblait tellement peiné par mon refus que ça ne lui ressemblait pas. Lui qui passait son temps à montrer de l'indifférence, le voilà complètement ébranlé et lisible comme un livre ouvert. Ça m'étonnait de lui, mais même si je me sentais mal pour lui, au fond de moi j'appréciais de voir ce coté là de sa personnalité. Je pensais qu'Edward était intouchable, je suis soulagée de voir que je m'étais trompée. Il n'était pas aussi insensible et détaché qu'il ne le prétendait.

Sans comprendre pourquoi, je l'interpellai avant qu'il n'ait le temps de sortir.

« Edward attends ! »

Il s'immobilisa et se tourna vers moi avec questionnement. Je me levai du lit et le regardai embarrassée.

« Je suis désolée moi aussi. » Bafouillai-je rapidement.

Il fronça les sourcils, ne comprenant pas où je voulais en venir. Je me dandinai sur moi-même et entremêlai mes doigts.

« Je… je te dois des excuses parce que j'aurais pas dû me montrer autant insistante. Tu as tes secrets et j'aurais dû respecter ça. Je suis allée trop loin alors que toi tu as toujours respecté mon silence et je te présente mes excuses, à Jasper et à toi. Je ne recommencerai plus. » Promis-je désolée.

Même si le fait de ne rien savoir de lui m'énervait, il fallait se rendre à l'évidence, je ne pourrai jamais obtenir la moindre révélation tant qu'il ne voudrait pas me parler. Tout ce que je gagnais à agir comme je le faisais depuis le début était de le pousser à bout et de le faire perdre le contrôle de lui-même. Il fallait que cela cesse et que j'arrête de me montrer aussi lourde. Je sais que si ça avait été le contraire je n'aurais pas aimé cela et je me serais sauvagement braquée.

Il allait falloir que je prenne mon mal en patience et que j'attende qu'il parle de lui-même, mais le connaissant je ne savais pas s'il le ferait un jour. Est-ce qu'au moins il était capable de se confier à quelqu'un ? Parce qu'à moi il ne l'était pas du tout. Oh et puis je laisse tomber, dorénavant j'attendrai qu'il daigne me parler lui-même, plus jamais je ne referai la même erreur de le pousser à bout. Edward était déjà de nature incontrôlable, alors si en plus je passais mon temps à aggraver la situation en jouant les curieuses maladives, un beau jour ça finirait vraiment très mal.

Edward me regarda silencieusement, arborant à nouveau un visage impassible qui m'empêchait de lire ses émotions. Au bout de quelques secondes sans rien dire, il haussa les épaules avec désinvolture.

« J'aurais préféré que tu t'excuses pour avoir tenté de t'enfuir. » Lâcha-t-il abruptement, me prenant de court.

J'ouvris la bouche d'effarement et clignai des yeux pour être sûre d'avoir bien entendu. Avais-je déjà qualifié Edward de lunatique ? Parce qu'à ce stade c'était beaucoup plus que ça. Il y a même pas trois minutes il implorait mon pardon, et maintenant il se permettait de me faire des reproches. Je n'arrivais pas à croire qu'il ose me dire ça. Je pensais qu'après tout ce temps il me connaissait, qu'il savait ce que je pensais et qu'il comprenait pourquoi j'avais fui…

« Comment tu peux dire ça ? » Bredouillai-je blessée.

Son visage impassible changea et je vis qu'il commençait à s'énerver, ce que je ne compris pas du tout. C'était pas moi qui était sensée être énervée ?

« Je pensais que tu le savais depuis le temps. » Répliqua-t-il d'une voix toutefois contrôlée. « Bella tu ne peux pas partir d'ici, tu es obligée de rester enfermée là, c'est pour ton bien et pour le nôtre que je fais ça. » Déclara-t-il avec conviction.

« Je sais mais… »

« Non tu ne sais pas ! » Me coupa-t-il d'une voix forte. « Bon sang tu réalises qu'Emmett et moi sommes dans la merde la plus totale ? Il suffit que Jacob Black parle de toi à une seule personne et on est mort Bella ! »

Je secouai la tête, réfrénant mes larmes de fatigue qui commençaient à monter. J'étais d'ailleurs étonnée de ne pas avoir pleuré du tout depuis tout à l'heure. J'étais en train de m'endurcir apparemment.

« Peut être que tu as raison, mais je ne m'excuserai pour avoir pris la fuite Edward. » Déclarai-je avec aplomb.

« Tu m'avais pourtant promis que tu ne chercherais pas à t'enfuir. » Rappela-t-il.

« Et toi tu m'avais promis que tu ne me ferais jamais le moindre mal, comme quoi je ne suis pas la seule à rompre une promesse. » Rétorquai-je acide.

« Je t'ai dit que j'étais désolé… » S'exaspéra-t-il. « Je sais que ce que j'ai fait était mal, mais t'enfuir Bella ? Tu pensais vraiment que ce serait une bonne idée ? »

« Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? » Lâchai-je à bout de nerfs. « Que je suis désolée alors que c'est pas le cas ? »

« Je veux que tu me dises pourquoi. » Ordonna-t-il fermement.

« Parce que j'en peux plus d'être ici ! » Craquai-je au bord des larmes. « J'en peux plus d'être enfermée dans cet endroit, tu peux comprendre ça ? »

Il me regarda sans répondre, se contentant d'afficher un visage à la fois étonné et inquiet.

« Bella… »

« Je ne le supporte plus… » Interrompis-je, les yeux embués. « Je veux rentrer chez moi. Je veux retrouver ma vie d'avant… »

Il s'approcha de moi lentement et posa ses mains sur mes épaules. Je tentai de me débattre mais il me maintenait fermement.

« Laisse-moi tranquille. » Suppliai-je d'une voix chevrotante.

« Je ne vais pas te laisser tranquille alors que t'es sur le point de fondre en larmes. »

Je relevai le regard vers lui et vis que ses yeux exprimaient une profonde désolation. Il s'en voulait de m'infliger ça, mais il ne pouvait pas faire autrement. Je le détestais pour ça, et en même temps je me sentais mal de lui apporter autant de tourments. Mes sentiments étaient tellement contradictoires, tout s'embrouillait dans ma tête. J'avais à la fois envie de le frapper et de lui balancer toutes les injures qui me tombaient sous la main, et à la fois envie de pleurer dans ses bras.

Il sembla décider à ma place puisqu'il passa ses bras derrière mon dos et me serra contre lui. J'avais une horrible envie de le repousser et de lui dire de s'en aller, mais repenser à tout ce qui causait ma détresse actuelle m'empêchait de réagir. Je n'arrivais pas à bouger, peu importe à quel point je voulais me dégager de son emprise. En comprenant que toute tentative de lutte était vaine, je finis par abandonner et me mis à pleurer, pour la première fois depuis le soir de Thanksgiving.

Je le sentis me frictionner le dos doucement et mes larmes redoublèrent. Je pleurais le fait d'être ici, de ne plus avoir la chance de revoir ma mère, de vivre cachée dans cet appartement et d'être à la merci d'un criminel. Je pleurais le fait de devoir encore endurer cette situation pesante que je n'arrivais plus du tout à supporter.

« Je veux rentrer chez moi… » Répétai-je contre son torse de marbre.

« Je sais. » Soupira-t-il difficilement.

Mes larmes ne semblaient toujours pas vouloir tarir et coulaient le long de mes joues, tachant par la même occasion son teeshirt.

« Je veux retrouver ma maison et revoir ma famille, ils me manquent tu n'imagines pas à quel point… J'aimerais avoir une vie, pouvoir être libre, aller dehors… » Sanglotai-je.

Je l'entendis soupirer, son torse se soulevait au rythme de sa respiration, accélérant ainsi mes propres battements de cœur pour une raison inconnue.

« Je sais Bella mais c'est impossible. » Répondit-il désolé après un moment de silence. « Ça me fait de la peine de devoir t'infliger ça, et je suis désolé de t'arracher à ta vie, si ça ne tenait qu'à moi je te mettrais dans le premier avion pour Phoenix… mais malheureusement ce n'est pas possible. Tu ne peux pas retrouver ta vie d'avant. »

Je reniflai disgracieusement, un rire amer s'échappa de mes lèvres.

« Ça je le sais. » Avouai-je avec cynisme. Je relevai la tête vers lui qui semblait déconcerté par mon soudain changement d'humeur. « Et tu sais ce qui est le plus triste dans l'histoire ? » Demandai-je de façon rhétorique.

Il fronça les sourcils sans répondre, légèrement perplexe tandis que je secouai la tête avec sarcasme, comme si je riais à une bonne blague.

« C'est que tu n'y es absolument pour rien. » Répondis-je avec mépris. « Ma vie d'avant je l'avais déjà perdue avant de te rencontrer. »

Il entrouvrit la bouche, étonné de ma révélation et s'éloigna de moi pour me regarder avec sérieux.

« Comment ça ? »

Je fis un sourire désabusé et détournai la tête.

« A ton avis pourquoi je suis venue à Chicago ? Pourquoi je suis pas simplement restée à Phoenix ? » Répliquai-je sombrement.

Ses yeux me dévisageaient avec désarroi et inquiétude, il ne devait sûrement pas s'attendre à ce que je me mette à déballer mon sac. Surtout maintenant.

« Euh… j'en sais rien. » Murmura-t-il avec appréhension. « Dis-le moi. »

Je relevai les yeux vers lui et le scrutai indécise. Mes larmes coulaient toujours silencieusement et je sentais qu'elles n'étaient pas prêtes à s'arrêter.

« Parce que je n'ai plus personne. » Annonçai-je finalement d'une voix éteinte, presque inaudible. « Y a plus rien là bas qui me retient. »

Je m'assis sur le lit sans me soucier de sa réaction.

Le trou béant dans ma poitrine était à nouveau en train de s'ouvrir. J'avais tout fait pour ne plus y penser, pour ne plus avoir à souffrir à nouveau. Cette torture opprimante, qui me broyait les entrailles lorsque je pensais à ce qui s'était passé l'année dernière, à ce leur était arrivé ce jour du 13 septembre 2011 où j'étais partie en les laissant tous les deux dernière moi, ne cessait de me supplicier et de me ronger, que ce soit quand j'éprouvais un effroyable manque ou une douloureuse culpabilité.

Je m'en voulais tellement d'avoir pris la fuite mais avais-je eu le choix ? Et s'il était finalement revenu pour terminer le travail ? A quoi cela aurait-il servi que je reste avec eux ?

À ne pas culpabiliser…

« Tes parents ? » Demanda Edward subitement, me ramenant à la réalité.

Il était debout face à moi, me regardant avec un air profondément soucieux. Je commençais à ne pas du tout apprécier la tournure que prenait la conversation qui était déjà des plus pitoyables. Mais d'un autre coté je n'en pouvais plus de me taire. J'allais finir par me donner des ulcères à tout garder pour moi et supporter ma douleur toute seule. Jasper m'avait dit de me confier à quelqu'un. Mais est-ce qu'Edward était la personne appropriée pour ça ? De toute façon avais-je vraiment le choix ? Parce que visiblement les personnes ne se bousculaient pas au portillon. Il était le seul à se soucier vraiment de moi depuis des années…

Et pourtant je ne voulais pas lui pardonner la gifle qu'il m'avait administrée tout à l'heure.

Peut être que je pouvais faire abstraction de la situation pendant quelques minutes. Pour la première fois de ma vie j'avais besoin de quelqu'un, et le plus étonnant était de constater que c'était de lui dont j'avais besoin. Parce qu'il était le seul qui me faisait ressentir des choses que je n'arrivais pas à expliquer, car toutes ces choses étaient trop fortes et trop contradictoires pour pouvoir les définir. Parce que même si je ne voulais pas lui pardonner, je savais que j'allais finir par le faire. Il avait une emprise sur moi qui m'empêchait d'agir correctement. Il avait réussi à me faire oublier le fait qu'il ait voulu me tirer dessus en pointant son arme sur moi, à me faire me sentir coupable d'avoir fouillé dans ses affaires alors que techniquement il avait commis bien pire, et à me donner envie de m'intéresser à lui et de le changer alors que je savais que c'était peine perdue.

La vérité était qu'Edward pouvait se permettre de faire un bon nombre de choses qu'aucune autre personne n'aurait pu faire sans que j'en fasse abstraction. Je devrais avoir tellement peur de lui que je ne devrais pas avoir envie de sortir de cette chambre, je devrais le détester tellement que je ne devrais pas vouloir m'intéresser à lui et m'inquiéter à propos de son passé. Mais à la place il était parvenu à me faire éprouver des sentiments pour lui. Ce n'était pas des sentiments amicaux, c'était autre chose. Mais c'était tellement spécial que je n'arrivais pas à mettre un nom dessus. Ma relation avec Edward avait toujours été spéciale de toute façon. Nous n'avons jamais été des amis, à la fois pas assez proches pour l'être, et en même temps trop proches. Tout était si paradoxal que ça en donnait la migraine.

Mais apparemment c'était ça qui marchait puisque je semblais encline à délier ma langue et parler sur ce qui me hante depuis des mois. Edward ne m'avait toujours pas lâché du regard et attendait patiemment que je lui réponde. Je le regardai accablée, mes yeux pleinement embués.

« Ils sont morts. » Finis-je par dire en réprimant un sanglot. « Morts… »

oO "Jar of Hearts" Oo – Christina Perri

« Mardi 13 Septembre 2011 – Phoenix

Mon réveil sonna et j'eus une envie brutale de l'écraser. J'ouvris les yeux découvrais avec indifférence la date affichée sur cet auto-réveil.

Bon anniversaire Bella… Songeai-je blasée.

Je n'avais jamais été friande des anniversaires, pour moi cela avait toujours été un jour ordinaire, je ne voyais pas l'intérêt de le célébrer… Que j'aie dix sept ans aujourd'hui ne changeait absolument rien à mon existence. J'étais la même qu'hier, et je serai toujours la même demain.

Soupirant, je décidai de me lever du lit et de me préparer pour le lycée. Lorsque je descendis en bas pour aller dans la cuisine, ma mère m'accueillit avec un grand sourire et alla m'étreindre.

« Bon anniversaire ma chérie… » Dit-elle en me serrant fortement. Je répondis à son étreinte et me forçai à sourire.

« Merci Maman. » Murmurai-je.

Elle s'éloigna et me regarda avec jovialité.

« Tu as prévu quelque chose aujourd'hui ? » Me demanda-t-elle curieuse.

Je haussai les épaules.

« Bah… aller en cours. » Répondis-je simplement. Elle soupira en levant les yeux au ciel.

« Je sais bien, mais je parle de ce soir. » Clarifia-t-elle sans perdre sa bonne humeur. « Ça te dirait qu'avec Phil on aille au restaurant et qu'on fête ça dignement ? » Proposa-t-elle enjouée.

Son engouement était tellement contagieux que je ne pus que lui sourire en retour.

« Oui si vous voulez. »

« Fais pas cette tête ! Dix sept ans ça devrait te plaire non ? » Interrompit Phil qui arrivait dans la cuisine.

Il arborait un visage souriant et plein d'entrain et je ne pus m'empêcher de remarquer qu'il avait bien changé en un an. Le fait de crouler sous les problèmes d'argent lui avait apparemment mis du plomb dans la tête. Il ne me frappait plus et me respectait. Les jours qui avaient suivi le Thanksgiving de l'année dernière, il s'était montré impitoyable et avait finalement dilapidé mon compte comme un mal propre. Et bien évidemment, il s'en était servi pour jouer, parier et pour combler sa maitresse.

Quelques semaines après ça, nous nous retrouvions avec des énormes dettes que Phil était incapable de rembourser. Pendant des mois nous avons été désignés et jugés par tous les voisins comme la famille sur la paille. Toute la rue entière et même le quartier étaient au courant des adultères de Phil avec son Irina, ainsi que de toute la merde dans lequel il nous avait mises, Maman et moi. Nous étions alors encore plus jugés. Même au lycée de Phoenix où j'allais, j'étais souvent montrée du doigt. Les gens ne me parlaient pas du tout, si ce n'est pour se moquer de moi et de ma situation familiale. J'avais fini par haïr le lycée, ainsi que ma vie en général. À la maison, Phil s'était mis à boire et à devenir de plus en plus agressif. Il avait commencé à lever la main sur ma mère un soir. J'étais dans la pièce quand ça s'est passé. Et je me souviens avoir ce soir là, éprouvé une incommensurable envie de fuguer et m'en aller loin d'ici et de cette famille qui n'était pas la mienne.

Mais tout avait fini par s'arranger. Phil avait petit à petit arrêté de boire et s'évertuait à trouver des solutions. Il essayait de faire des efforts de comportement, avec ma mère comme avec moi. Même si je ne pouvais le pardonner pour toutes les horreurs qu'il nous a infligés depuis des années, je devais reconnaitre que j'appréciais et que j'étais touchée par sa volonté à vouloir changer. C'était honorable et courageux de sa part.

Et puis un jour il s'était ramené à la maison avec le sourire et l'annonce qu'il avait trouvé une solution à tous nos problèmes. J'ignore comment il a trouvé l'argent pour rembourser toutes ses dettes, il n'a pas voulu nous le dire, même René l'ignorait. Mais toujours est-il qu'au bout de quelques jours, nous avons abandonné l'idée de chercher comment il avait pu mettre un terme à toutes ses dettes de façon aussi miraculeuse. Notre vie s'était après cela nettement améliorée. Phil s'évertuait à se montrer de plus en plus gentil et respectueux, je devais avouer que quand il se comportait comme ça, je pouvais presque l'apprécier. Il trompait toujours ma mère avec cette Irina, mais si ça ne la dérangeait pas, alors je n'avais pas mon mot à dire là-dessus, bien que j'aurais volontiers exprimé ma façon de penser.

Notre vie semblait peu à peu reprendre une allure un tantinet normale, même si Phil paraissait plutôt tendu et anxieux ces derniers temps. Il avait l'air de nous cacher quelque chose mais ça n'intriguait pas ma mère plus que ça. Elle laissait couler, comme elle avait toujours fait depuis qu'elle le connaissait. Ces derniers jours, Phil était des plus angoissés. Une fois il avait même sursauté lorsque j'avais posé ma main sur son épaule derrière lui pour l'appeler. On aurait dit qu'il avait peur… et cela n'était pas très rassurant. J'espérais de tout cœur qu'il ne nous cachait pas de nouvelles dettes qu'il n'avait pas encore pu remboursées car nous venions à peine de nous remettre de tout ce que nous avons essuyé.

Aujourd'hui en tout cas il semblait parfaitement détendu et c'était plaisant à voir.

« Que ce soit dix sept ans ou seize ans, je vois pas la différence. » Finis-je par dire avec un sourire amusé. Il secoua la tête.

« Bella Swan, ton blasement finira par avoir raison de toi un jour. » Prévint-il sur un ton condescendant.

Je levai les yeux au ciel.

« Alors on se fait un resto ce soir ? » Éludai-je en tentant de montrer un semblant d'intérêt.

« Oui mais d'abord tu vas à l'école. » Répondit-il catégorique. « Si tu penser sécher ce jour là, c'est raté jeune fille. »

« Pour y aller il faudrait déjà que tu m'y emmènes. » Provoquai-je en haussant un sourcil.

Il soupira et regarda sa montre.

« T'as encore le temps et moi aussi. Pourquoi tu ne montes pas dans ta chambre écouter ta musique pendant que je me prépare ? » Proposa-t-il.

« Oui comme d'habitude. » Répondis-je amusée.

« Eh, promis à ton dix huitième anniversaire on t'offre une voiture. Comme ça tu la ramèneras plus le matin. » Sourit-il.

« Et mon permis servira enfin à quelque chose. » Songeai-je avec envie. L'idée de posséder ma propre voiture était des plus alléchantes…

« Oui aussi. » Répondit-il.

Je pris une pomme dans la corbeille de fruits qui trônait sur la table de la cuisine et me détournai vers les escaliers.

« C'est tout ce que tu prends ? » S'enquit René attristée.

« Je n'ai pas très faim. » Répondis-je désolée. Elle soupira de lassitude.

« Bella mange un peu, c'est pas saint de ne rien manger, surtout le matin. »

« Je prendrai une autre pomme au moment de partir. » Promis-je. « Désolée Maman mais j'ai vraiment pas faim. »

« Laisse-là, c'est son anniversaire si elle a pas envie de manger elle mange pas. » Intervint Phil en allant embrasser ma mère. « Et puis t'en fais pas, elle se rattrapera avec le gâteau de ce soir. » Dit-il avec un clin d'œil en ma direction.

Je souris tandis que René abandonnait en soupirant de déception. Je montai les escaliers en direction de ma chambre, et entendis Phil me héler un « joyeux anniversaire » de la cuisine auquel je répondis par un « merci ».

J'entrai dans ma chambre et la contempla avec un léger sourire. Elle était assez bien rangée, malgré plusieurs livres éparpillés sur le sol. Cela me faisait rire quand je me disais que j'étais différente des gens. Quand les autres avaient une chambre mal rangée à cause des fringues balancés partout, moi c'était à cause des bouquins. J'avais un bureau bien ordonné ainsi que plusieurs posters d'un ou deux acteurs que j'appréciais. Une chambre ordinaire en somme… Mais c'était la mienne, et pour rien au monde je ne l'échangerais. C'était elle qui avait accueilli toutes mes peines depuis toujours, quand j'allais mal c'était là que je me réfugiais. Si je pouvais vivre uniquement dans ma chambre, je le ferais car c'était ici que je passais le plus clair de mon temps.

Je m'emparai de mon MP3 qui se trouvait sur ma table de nuit et sélectionnai un livre au hasard. M'allongeant sur le lit, je mis les écouteurs à fond et commençai à lire en patientant. J'avais toujours pour habitude de mettre la musique dans les oreilles trop forte, ma mère m'avait fustigée plusieurs fois pour ça. Elle disait que ce n'était pas bien, qu'un jour j'allais finir par devenir sourde et qu'à chaque fois qu'elle m'appelait je ne l'entendais pas. Je reconnais que je mets le son de la musique bien trop forte… Mais c'était une façon pour moi de m'évader et de ne plus penser à ma vie pendant quelques minutes. Je me laissais envahir par la musique et ma lecture, c'était l'activité que je préférais au monde. Celle que je faisais la quasi-totalité du temps.

Alors que j'étais entièrement plongée dans ma musique tout en mangeant ma pomme et en lisant, je ne voyais pas le temps passer. Je commençai à me demander ce qui lui prenait autant de temps car d'habitude, il était plutôt rapide pour m'emmener au lycée. Ne me posant pas plus de questions que ça, je continuai ma lecture tranquillement.

J'entendis soudainement le claquement de la porte d'entrée et ôtai finalement les écouteurs de mes oreilles intriguée.

« Maman ? » Appelai-je d'une voix forte avec surprise.

Je trouvais cela étrange d'avoir entendu quelqu'un partir de la maison dans la mesure où ma mère était en congé maladie depuis hier et que Phil était sensé m'attendre pour m'emmener au lycée. Éteignant mon MP3 et reposant mon livre sur le lit, je me levai et jetai le trognon de pomme dans la corbeille à coté de mon bureau. Le fait de ne pas avoir obtenu de réponse m'étonnait et je l'appelai à nouveau.

Peut être était-elle sortie… J'appelais Phil mais pas de réponse de sa part non plus.

Ne comprenant pas ce qui se passait, je sortis de ma chambre discrètement. J'espérais qu'ils n'étaient pas en train de me préparer une sorte de surprise ou quoi que ce soit car je détestais ça. De plus j'allais être en retard pour le lycée et j'allais me faire disputer. Je descendis les escaliers à tâtons et entrai dans la cuisine.

L'étonnement laisse place à de l'appréhension lorsque je remarquais du sang sur le sol. La nausée commença à s'emparer de moi tant cette vue me dégoutait. Le sang semblait provenir du salon et je suivis la trace coulante, le cœur serré. Ma respiration était forte et extrêmement rapide. Ma tête se mettait à tourner à cause de l'odeur du sang qui me répugnait de plus en plus.

Et puis tout s'arrêta.

Ma respiration se coupa, mon cœur cessa de battre et il s'en fallut de peu pour que je ne tombe pas dans les pommes face à l'abominable spectacle sous mes yeux. Devant moi, ma mère René. Allongée, la peau horriblement blafarde et la tête tournée sur le coté, les yeux ouverts et sans vie. Mon corps se mit à frissonner et mes mains à trembler en voyant le sang qui la recouvrait. Elle avait un trou juste en dessous de sa poitrine qui laissait passer un coulis de sang dégoutant. Je poussai un cri d'horreur devant une telle infamie, incapable de réaliser ce qui venait vraiment d'arriver.

Je n'eus pas le temps d'analyser que derrière le corps de ma mère, se trouvait celui de Phil, dans le même état, excepté que lui avait plusieurs marques de coup. Je mis mon poing dans la bouche pour m'empêcher d'hurler à mesure que je comprenais petit à petit l'étendue de la situation.

On les avait poignardés… ils étaient morts… Et moi je n'avais rien entendu…

Prise d'une horrible nausée je me précipitai vers l'évier et régurgitai tout ce que j'avais dans le ventre. Le temps semblait s'être arrêté pendant que je vomissais sans m'arrêter, tant la vue du cadavre de ma mère m'avait écœurée. Je me frottai les yeux, espérant vivre un mauvais rêve et pouvoir me réveiller dans mon lit avec mes parents bien vivants et en bonne santé, mais à mon plus grand désespoir rien ne vint. Mes larmes montaient et dégoulinaient sur mes joues alors que je gémissais. Je me cramponnai à l'évier pour ne pas tomber car mes jambes étaient en train de flancher.

Prenant une profonde inspiration, je tournai la tête vers eux, espérant halluciner tout ce que je venais de voir. Lorsque je me trouvai nez à nez avec le corps poignardé plusieurs fois de Phil, mon cœur tambourina dans ma poitrine jusqu'à m'en faire mal. Mon corps chancela et je finis par vaciller et tomber à genoux, pleurant avec une main devant la bouche. J'ignorais combien de temps je me trouvais là à pleurer devant cette vue cauchemardesque, mais j'avais l'impression que ce ne serait jamais assez. Le sang s'était répandu partout sur le sol, ce qui fait que même mon pantalon commençait à être tâché. Mais le pire était de les voir eux, baignant chacun dans une marre répugnante. Jamais de toute ma vue je n'avais vu quoi que ce soit d'aussi immonde. Leur peau était tellement blafarde qu'il était évident que toute vie avait quitté leur corps. Rien que de songer à cette réalité funeste me lacérait le cœur et me broyait les intestins. J'avais envie de crier mais ma voix avait disparu, depuis mon hurlement de tout à l'heure, c'est comme si j'étais devenue muette, exceptée pour laisser échapper mes sanglots.

Au bout de je ne sais combien de minutes à être une véritable loque bonne à rien d'autre que pleurer, je me décidai enfin à agir et faire quelque chose. Je me levai tremblante et m'appuyai sur l'évier derrière moi pour tenir debout. Je marchai en titubant en direction du téléphone dans le salon. Je manquai de trébucher plusieurs fois et lorsqu'enfin je m'emparai du téléphone, je composai le 911 avec des doigts tremblotants.

« A-Allô… » Balbutiai-je après avoir entendu la standardiste. « J-j'appelle pour signaler deux meurtres au 102 West Adams Street. » Bredouillai-je d'une voix tellement affolée que j'ignorais si j'avais été compréhensible.

« Pouvez-vous me dire votre nom Mademoiselle ? » Demanda la fille d'une voix calme au téléphone.

« Bella. » Bafouillai-je.

« Bien Bella, une équipe est en route et arrivera dans un petit moment. J'aimerais qu'en attendant vous me disiez exactement ce qui s'est passé. » Encouragea-t-elle.

Je reniflai et pris une profonde inspiration en essayant de mettre un peu d'ordre dans mes idées sans y parvenir.

« Je… j'étais en haut et… mes parents ils… quand je suis redescendue ils étaient… »

Je n'arrivais pas à formuler une phrase un tant soit peu cohérente tellement tout me paraissait invraisemblable. La fille du téléphone dût le sentir puisqu'elle reprit la parole toujours aussi sereine et apaisante.

« D'accord, calmez-vous, essayez de respirer lentement. » Incita-t-elle.

Ce genre de phrase avait le don de m'énerver. Comme si j'étais capable de me calmer dans un moment pareil ! Et en plus le fait de l'entendre aussi calme m'horripilait.

« Comment voulez-vous que je me calme ? » M'écriai-je soudainement à travers mes larmes, ma voix déraillant dans les aigus. « Ils sont morts ! Il sont… et moi je suis là et… »

« Bella écoutez-moi, je sais que c'est difficile, mais avez-vous vu ou entendu ou quoi que ce soit… »

« Non ! » M'exclamai-je en lui coupant la parole paniquée. « J'ai rien entendu, je sais pas du tout ce qui s'est passé et… »

Je ne pus terminer ma phrase car une question m'apparut soudainement, auquel je n'avais pas la moindre réponse.

Qu'allait-il se passer maintenant ?

Ils allaient arriver, emporter les corps, mais moi qu'est-ce que j'allais devenir ? Est-ce que je serais interrogée comme dans ces séries policières ? C'est à cet instant que je me rendis réellement compte de ce qui venait d'arriver.

Mes parents étaient morts…

Ma mère ne rouvrirait plus jamais les yeux, je ne la verrais plus jamais sourire. Mon beau père n'aurait plus jamais l'occasion de s'excuser et se faire pardonner, on leur avait ôté la vie. Ils étaient partis et déjà ils me manquaient d'une façon incommensurable. Je n'arrivais pas à me dire que tout était fini, que je n'avais plus de famille et que j'étais orpheline. C'était une vérité impossible à avaler et trop fraiche pour y croire ne serait-ce qu'un tout petit peu. J'espérais de tout cœur que tout cela ne soit qu'un mauvais rêve et que ma mère allait venir me réveiller. Mais vue la douleur et le trou béant qui venait de s'ouvrir au creux de ma poitrine et de mon cœur, je me doutais que tout ceci était bel et bien réel. Cette sensation de vide et de manque à l'intérieur était bien là, je n'étais pas en train d'halluciner.

Je jetai un coup d'œil à la cuisine, là où leurs cadavres gisaient immobile sur le carrelas. Quelles alternatives me restait-il ?

Rester là et rester avec la police qui prendrait soin de moi… mais dans ce cas je serais sûrement placée dans un foyer jusqu'à ma majorité. Est-ce que je pouvais supporter de vivre dans une nouvelle famille, une qui n'était pas la mienne ? Un coup d'œil au corps de ma mère m'indiqua que non. J'en étais incapable. Je ne pouvais accepter de vivre dans un endroit où je ne me sentirais pas à ma place et continuer le cours de ma vie comme si rien de tout ça n'était arrivé.

Ou sinon je pouvais fuir. M'en aller loin d'ici et tenter de démarrer une nouvelle vie éloignée de tout ce qui s'était passé. Mais dans ce cas cela voudrait dire les laisser seuls, les abandonner là sans savoir si la police viendrait vraiment les chercher. Pouvais-je réellement les laisser derrière moi sans m'en soucier ? Pouvais-je prendre la fuite et me comporter comme la lâche que j'étais ?

J'allais peut être le regretter toute ma vie, mais avant même de réfléchir je réalisai que ma décision était déjà prise. Je n'allais pas rester là. Je n'allais pas les regarder les emmener loin de moi, les laisser me poser tout un tas de questions qui ne feraient que me faire fondre en larmes, les laisser me placer dans une famille avec qui je n'avais rien strictement rien avoir et que je n'avais pas du tout envie de connaitre. J'allais disparaitre. J'allais partir loin de cette réalité ignoble et douloureuse, et loin de ce meurtrier sanguinaire qui rôdait peut être encore dans les environs et dont j'ignorais tout.

J'entendais la voix de la fille dans le combiné m'appeler et me demander si tout allait bien, mais au lieu de lui répondre, je décidai de raccrocher précipitamment, sans prendre le temps de la rassurer. Mue d'une force et d'une volonté inconnue, je m'empressai de monter à l'étage et d'aller préparer quelques affaires dans ma chambre. Je pris les premiers vêtements qui me tombaient sous la main, ainsi que mes pièces d'identités et portefeuilles. Je sélectionnai deux ou trois bouquins au hasard, sans jamais cesser de pleurer mes défunts parents. Après mon pauvre père, c'était ma mère et Phil qui se faisaient assassiner. À croire que je portais vraiment la poisse à toutes les personnes qui m'étaient chères…

Tandis que je préparais mes affaires, je ne pus m'empêcher de me sentir coupable de ce qui venait d'arriver. Ils étaient morts par ma faute. Si je ne m'étais pas coupée du monde comme je le faisais tout le temps, et si je leur avais un tant soit peu prêté attention, j'aurais pu savoir qu'ils étaient en danger de mort et j'aurais pu leur venir en aide. Si ça se trouve ils m'avaient appelé au secours et moi je n'avais rien entendu car je suis trop renfermée et égoïste. J'avais honte de moi, à un tel point que c'en était insupportable. Quelqu'un était venu pour les tuer et alors que j'aurais pu empêcher ça, moi je les avais tout simplement laissés tomber et attendu qu'ils se fassent poignarder.

J'étais monstrueuse… comme toujours, je ne pensais qu'à moi et je gâchais leur vie. Sauf que cette fois, leur vie était brisée pour de bon, et la mienne également.

M'emparant du sac avec lequel j'avais pour habitude de voyager lorsque j'allais rendre visite à mon père pendant les vacances, je dévalai les escaliers avec empressement et après avoir jeté un dernier coup d'œil aux cadavres qui m'avaient élevés tout au long de ma vie, je sortis par la porte arrière, mes larmes ne cessant de couler et mon cœur martelant ma poitrine. Je pouvais entendre les sirènes de police qui approchaient et je compris que je n'avais pas de temps à perdre

Je courus le plus vite possible loin de cette maison que j'adorais tant, en direction de l'aéroport, abandonnant René et Phil Dwyer, ma seule famille, à leur sort funeste.

Joyeux Anniversaire… »

Je n'avais toujours pas bougé, figée dans la même position et Edward en avait fait de même. Il était debout devant moi qui laissais échapper des sanglots abondants à l'évocation de ce souvenir qui ne cessait de me hanter depuis des mois. Le pire souvenir de ma jeune vie. Je ne pus m'empêcher de me demander ce qu'il devait penser de ce que je venais de lui raconter. Il devait probablement être dégouté lui aussi par mon attitude. Avoir pris la fuite alors que sa mère vient de mourir… quelle enfant fait ça ? Je n'arrivais même plus à me regarder dans une glace tant je me sentais sale et honteuse. D'ailleurs pourquoi est-ce que je lui avais raconté ça ? Est-ce que j'avais espéré secrètement qu'il me comprenne et qu'il me réconforte ?

Je n'osais même pas le regarder, de peur de ce que je verrais sur son visage. Je ne voulais pas voir son visage écœuré par ce que j'avais fait. Je savais que si je levais les yeux vers lui, je n'y verrais rien d'autre que de la déception et de la répugnance à mon égard. Et de sa part c'était quelque chose que je ne pouvais supporter. Il devait probablement me détester à l'heure qu'il est. D'ailleurs qu'est-ce qu'il attendait pour me le dire ? Pourquoi ne disait-il rien depuis tout à l'heure ? Je lui avais tout dit, il savait désormais tout de ma misérable petite vie insignifiante alors pourquoi restait-il silencieux ?

« Est-ce que tu as une idée de qui a fait ça ? » Demanda-t-il soudainement d'une voix sans émotion.

« Non… » Répondis-je d'une voix chevrotante. « Je ne sais pas du tout je te le jure… je t'ai dit tout ce que je savais. »

Je l'entendis soupirer mais refusais d'affronter son regard. J'étais assise sur le lit et ma tête était baissée vers mes doigts que je m'amusais à triturer pour passer le temps. Je le vis s'accroupir devant moi et après un moment, je sentis ses mains sur mes avant-bras.

« Tu n'as pas à te sentir coupable, Bella. » Déclara-t-il finalement.

Sa voix était douce et bienveillante, ce qui me fit céder. Je relevai enfin la tête pour le regarder et me retrouvai happée par ses yeux émeraude qui étaient bien plus proches de moi que ce que j'aurais cru. Son regard semblait profondément affecté et mes larmes se stoppèrent d'elles mêmes par la simple force de le regarder. J'ignorais comment il s'y prenait pour faire ça, mais il était la première personne à parvenir à prendre possession de mes émotions aussi simplement. C'était comme s'il pouvait réellement me contrôler… où du moins contrôler mon corps. C'était assez déroutant en y pensant.

J'entrouvris la bouche sans qu'aucun son ne sorte. Son regard m'avait complètement déstabilisé jusqu'à en perdre ma voix. Sa proximité faisait accélérer les pulsations de mon cœur et j'en oubliais même notre situation et l'endroit où nous étions. Ce qui m'étonnait était la phrase qu'il avait prononcée. Pourquoi disait-il que je ne devais pas éprouver de culpabilité alors que j'étais responsable de tout ? Comment se faisait-il qu'Edward arrivait à chaque fois à me prendre de cours en disant quelque chose auquel je ne m'attends pas ?

« Pourquoi tu dis ça ? » Demandai-je tendue.

« Parce que tu as eu raison de t'en aller. » Répondit-il sincèrement, sans me quitter du regard. « Tes parents étaient déjà morts, tu n'aurais rien pu faire. »

« Mais je les ai abandonnés ! Je ne sais même pas ce que la police a fait d'eux, je les ai complètement laissés tomber pour m'enfuir à l'autre bout du pays ! » Protestai-je véhément.

« Tu veux que je te dise ce qui se serait passé après ton départ ? » Fit-il sûr de lui. « La police est venue, elle les a emporté et ils ont ouvert une enquête dans laquelle ils t'ont déclarée disparue. Je suis certain que tes parents ont eu un très bel enterrement et qu'ils ne t'en veulent absolument pas. » Rassura-t-il.

Je secouai la tête impunément.

« C'est ma faute s'ils ont été tués. » Conclus-je sombrement. « Bon sang j'étais là quand ça s'est produit, j'aurais pu leur venir en aide, j'aurais pu les sauver si je n'avais pas pensé qu'à ma foutue musique ! »

« Et qu'est-ce que tu aurais fait ? » Clama-t-il impatient. « Admettons que tu les aies entendus se faire agresser, qu'est-ce que tu aurais fait ? Tu serais descendue et quoi ? Tu aurais empêché ce malade de les tuer ? »

« Je… » J'ouvris la bouche mais ne sus quoi répondre. D'un coté il avait raison, qu'est-ce que j'aurais fait ? Ce n'est pas comme si j'étais forte et robuste ou que je savais me battre. « J'aurais trouvé un truc. » Marmonnai-je.

« Un truc ? » Répéta-t-il ahuri. « Décidément Bella t'es vraiment un cas désespéré. » Soupira-t-il en secouant la tête.

Je fronçai les sourcils, légèrement vexé.

« J'ai bien réussi à te tenir tête à toi, je te signale. » Rappelai-je piquée au vif.

« Mais moi c'est pas pareil ! » S'exclama-t-il incrédule.

« Ah oui et en quoi est-ce que c'est différent ? » Lançai-je en arquant un sourcil.

Il entrouvrit la bouche, puis la referma, pris au dépourvu. Je devais sûrement avoir touché un point sensible puisqu'il se braqua, l'air passablement énervé.

« J'en sais rien mais c'est différent c'est tout. » Éluda-t-il bougon.

Je secouai la tête et réprimai un sourire. J'étais étonnée de voir avec quelle facilité il arrivait à me dérider et me donner envie de sourire, je crois qu'il devait vraiment être le seul à pouvoir faire ça.

Un silence se fit dans la pièce tandis que je l'observais, étudiant les traits de son visage de marbre. Edward était sans nul doute l'homme le plus beau que j'ai pu rencontrer, j'avais rarement vu un visage sans défaut comme le sien, où tout était angélique et parfait. Mais ce n'était malheureusement qu'en apparence…

L'une de ses mains quitta mon épaule et vint se poser sur ma joue délicatement. Je tentai de réprimer les sensations de chaleurs qui se propageaient dans le bas de mon ventre et sentis quelques rougeurs apparaitre sur mes joues.

« Écoute-moi… » Insista-t-il en ancrant profondément son regard dans le mien. À ce moment là tout ce que je pouvais faire était de lui obéir. « Même si tu les avais entendus et que tu avais voulu leur venir en aide, tu n'aurais rien pu faire. Ce mec était probablement un malade qui n'aurait pas hésité à te descendre aussi. Tu n'aurais rien gagné à vouloir jouer les héroïnes. Tes parents se seraient faits saignés exactement de la même façon et toi tu aurais crevé avec eux. » Déclara-t-il fermement.

Je le regardai choquée, incapable d'émettre le moindre mot. Est-ce qu'il venait vraiment de dire ce qu'il avait dit ? Comment pouvait-il parler de cette façon et manquer autant de tact ? Il vit mon air choqué et dût se rendre compte d'à quel point il avait manqué de délicatesse puisqu'il fronça les sourcils et me regarda avec embarras.

« Euh… désolé. » S'excusa-t-il mal à l'aise. « Je suis vraiment pas doué pour réconforter les gens. »

Je secouai la tête en riant légèrement.

« Non ça c'est sûr. » Répondis-je amusée.

Il sourit également et détourna les yeux.

« Ce que je veux dire, c'est que tu n'étais en rien responsable, et que quoi qu'il se serait passé ils seraient morts de toute façon. Dis-toi que t'as eu de la chance de t'en être sortie. »

J'écarquillai les yeux, horrifiée.

« De la chance ? Tu trouves que j'ai de la chance ? » M'exclamai-je d'une voix qui déraillait.

« C'est pas ce que j'ai dit ! » Contra-t-il avant de se rendre compte de son erreur. « Enfin si c'est ce que j'ai dit, mais je le pensais pas comme ça… Bella, je suis désolé pour ce qui est arrivé à tes parents, vraiment. » Avoua-t-il soucieux. « Mais tu ne dois surtout pas te sentir coupable de quoi que ce soit d'accord ? »

Je secouai la tête, mes yeux commençant à s'embuer à nouveau.

« Je ne peux pas Edward. » Répondis-je désolée. « Tout ce que je n'arrête pas de me dire depuis ce jour là c'est que j'étais là et que j'aurais pu faire quelque chose mais que je n'ai rien fait et… et puis je les ai abandonnés comme des mal propres uniquement pour ne pas me retrouver placée je ne sais où. Je suis égoïste. »

Il me scruta avec des yeux apparemment tristes. Il n'avait pas l'air d'apprécier ce que je disais mais quelque chose dans son regard me disait qu'il comprenait. Qu'il comprenait même plus qu'il ne le devrait… Peut être qu'Edward avait vécu une situation ressemblant à la mienne, ou peut être que je me faisais tout simplement des idées et qu'il était seulement compatissant.

« Je vais te laisser, je crois que je fais qu'aggraver les choses depuis tout à l'heure. » Dit-il avec un sourire forcé.

J'ouvris la bouche, étonnée. Il est vrai qu'Edward n'était pas le meilleur soutien et le plus habile, mais d'une certaine façon c'était… touchant. C'était même mignon, mais ça il était hors de question de lui répéter sinon il se mettrait dans une colère noire.

« T'es pas si mal. » Balbutiai-je avec gêne.

Il me fronça les sourcils, surpris, puis cligna des yeux pour être sûr d'avoir bien entendu.

« C'est vrai ? » Demanda-t-il médusé. Je souris.

« T'as encore des efforts à faire avant de te comporter comme quelqu'un de normal, mais y a du progrès. » Fis-je en hochant la tête.

Un sourire apparut au coin de ses lèvres, avant qu'il ne me regarde longuement, sans jamais détourner les yeux.

« Bonne nuit Bella. » Murmura-t-il d'une voix pleine d'intensité qui me déstabilisa.

Je sentais mes mains devenir moites et je retins un frisson qui était sur le point de me parcourir. Je n'arrivais pas à comprendre pourquoi je réagissais comme ça, mais une quelque chose me disait que je n'avais pas du tout envie d'en connaitre la raison. Je déglutis face à son regard aussi incandescent et ma lèvre s'entrouvrit.

« Bonne nuit. » Parvins-je formuler après un long moment.

Il secoua la tête sans se départir de son sourire, sa main quitta ma joue et il se releva. Je le regardai partir avec à la fois du soulagement et de la déception. Les émotions que j'éprouvais avec Edward était à chaque fois contradictoires alors je ne m'étonnais même plus. Il ouvrit la porte avant de se figer soudainement, dos à moi. Il semblait en plein débat intérieur avec lui-même. Finalement il soupira et se retourna vers moi.

« Ma sœur. » Annonça-t-il abruptement.

Mes yeux s'écarquillèrent, ne comprenant pas du tout où il voulait en venir.

« Quoi ? » Demandai-je déconfite. Il roula des yeux.

« Alice. » Précisa-t-il avec nervosité. « Alice était ma sœur jumelle. »

Ma bouche devait probablement former une espèce de « O » majuscule tellement j'étais sidérée de ce qu'il m'apprenait. Non pas de savoir qui elle était, car j'avais déjà fait la liste de toutes les possibilités que cette fille pouvait être, mais sidérée que ce soit lui qui m'en parle. Je ne pensais pas qu'il accepterait de répondre à ma question de tout à l'heure. D'autant plus que le prénom « Alice » avait toujours été prohibé dans cet appartement. Je l'examinai plus sérieusement et pus constater qu'il était en plein conflit intérieur. Il semblait se débattre avec quelque chose mais j'ignorais totalement quoi. Peut être la culpabilité ou le mal être dû à ce qui avait dû se passer il y a des années.

Un détail me titilla dans sa phrase, et alors que je m'apprêtais à lui poser la question, il se détourna et referma la porte subitement, me laissant seule avec cette interrogation des plus horrifiantes et alarmantes.

Était ?


Pov Edward

« Mercredi 1er décembre 2003 – Huit ans plus tôt, Chicago

« Edward ! » Héla une voix que je connaissais par cœur.

J'arrivais dans la cafétéria, mon plateau en main et sondais la salle du regard, à la recherche de la personne qui m'avait appelé. Lorsque je la vis qui me fit un signe de la main avec un immense sourire, je me dirigeai en sa direction.

A mesure que j'avançais, je ne pus m'empêcher d'être subjugué de voir à quel point elle était radieuse et plus ravissante de jour en jour. Je l'avais vue grandir, évoluer, s'épanouir en même temps que moi, et à présent cette fille qui autrefois s'amusait à me chaparder mon gouter à la récré de quatre heures était devenue une belle jeune femme.

Alice ne s'en rendait pas compte, mais sa joie de vivre et sa bonne humeur avait le don de contaminer tout son entourage. C'est donc avec le sourire que j'arrivais à la table de ma sœur jumelle, mon pote ainsi que ma petite amie.

« Alors comme ça on refuse de m'attendre ? » Saluai-je faussement désappointé en posant mon plateau sur la table.

« Tu parles, ça fait une heure qu'on a fini la bio, qu'est-ce qui t'a pris autant de temps ? » Demanda ma sœur en haussant un sourcil tandis que je m'asseyais.

J'embrassai Tanya qui me souriait timidement, avant de me tourner vers Alice et de lui répondre.

« Le prof de maths est venu me voir. Il veut que j'intègre l'équipe du triathlon du lycée. »

« Tu veux dire ce concours où on voit tous ces matheux binoclards se déchainer comme dans un jeu télévisé ? » Pouffa le blond qui avait un bras autour des épaules de ma sœur. Je souris.

« Ouais en gros. »

« Mon frère est un vrai surdoué. » S'exclama Alice enjouée. « Tu le crois ça Tanya ? »

« J'en ai jamais douté. » Répondit celle-ci en me regardant avec un sourire admiratif auquel je répondis en levant les yeux au ciel.

« Qu'est-ce que t'as répondu alors ? » Me demanda mon pote, et accessoirement petit ami d'Alice.

« T'es malade ? » Rétorquai-je outré. « J'allais quand même pas dire oui ! Tu connais la réputation de ce club idiot. »

« Peut être qu'il serait devenu cool si tu l'avais intégré. » Fit-il remarquer.

Je secouai la tête et commençai à manger.

« Vous avez prévu d'aller ensemble au bal de Noël ? » Questionna Alice soudainement.

« Bah évidemment. » Répondis-je en fronçant les sourcils, étonné par sa question.

Ses lèvres s'étirèrent soudainement comme si je venais de lui annoncer une bonne nouvelle.

« C'est génial, pourquoi on irait pas tous les quatre ensemble ? » Proposa-t-elle avec sa jovialité habituelle.

Je me tournai vers la blonde à coté de moi et lui lançai un regard interrogatif.

« Qu'est-ce que t'en penses ? » Lui demandai-je.

Elle sourit et hocha la tête.

« Moi ça me va. » Répondit-elle de bonne humeur. Je souris à mon tour et l'embrassai chastement sur les lèvres quand Alice nous interrompit.

« Eh Edward c'est pas ton meilleur ami là bas ? » S'exclama-t-elle étonnée.

Je me tournai vers elle et regardait la direction qu'elle me désignait de la tête. Au loin, là où l'on payait notre plateau à la caisse, se trouvait en effet Jasper Whitlock, mon meilleur ami depuis toujours. Il avait la tête baissée et les mèches qui se coinçaient dans ses lunettes lui barraient la vue. Il portait un jean un peu trop remonté et une chemise à carreaux mal repassée. Je voyais l'un des joueurs de l'équipe de football de l'école se payer sa tête derrière lui et je soupirai de lassitude.

« Si c'est lui. » Répondis-je tristement. « Jasper ! » Hélai-je pour qu'il m'entende.

Ce dernier se retourna vers moi et je lui fis signe de venir s'asseoir avec nous. Son regard dériva vers la personne qui était en face de moi et je vis son regard se voiler soudainement. Il finit par secouer la tête et baissa son regard vers ses pieds, avant de se diriger à une autre table éloignée, seul.

« Pourquoi est-ce qu'il ne veut pas venir avec nous ? » S'inquiéta Tanya indécise. Je haussai les épaules avec découragement.

« Jasper est mal à l'aise avec les gens qu'il connait pas. » Tentai-je d'expliquer maladroitement.

En vérité, je savais très bien que ce qui embarrassait Jasper était de voir ma sœur avec Demetri, l'un de mes amis. Il avait le béguin pour Alice depuis qu'il la connaissait, c'est-à-dire depuis plus de dix ans. Il ne lui avait jamais vraiment adressé la parole, trop gêné et craintif pour oser, mais je voyais bien qu'il l'avait encore dans la peau. D'ailleurs plus les années passaient, et plus j'avais l'impression qu'il était de plus en plus amoureux d'elle. Ça ne m'avait jamais dérangé, il fut une époque où j'avais même souhaité les voir sortir ensemble car il était mon meilleur ami et également le mec le plus gentil que je connaisse.

Mais Alice n'avait jamais eu l'air de ressentir la même chose, et lorsque j'ai commencé à me faire de nouveaux amis, Jasper et moi nous sommes un peu éloignés. Contrairement à moi, il n'était pas très populaire au lycée, au contraire il était même le genre de personnes sur qui ces cons de footballeurs aimaient se taper des barres de rire. Lorsque Demetri s'est mis à fréquenter ma sœur, Jasper s'est encore plus mis en retrait, et je devais avouer que ça m'attristait pas mal. Je m'étais montré réticent au début, lorsque Demetri m'a demandé la permission de sortir avec elle. Mais après tout il était un très bon ami et il s'était toujours montré respectueux envers elle. De plus je n'avais pas envie de me fâcher avec Alice car elle pouvait se montrer très teigneuse lorsqu'elle voulait.

Alice et moi avons toujours été extrêmement proches. Vous savez ce qu'on dit sur les jumeaux, ils ressentent lorsque l'autre souffre ou est malheureux. Et bien c'est vrai. Entre nous ça avait toujours été fusionnel de cette façon. D'après nos parents, même après notre naissance on pleurait lorsqu'on daignait nous séparer. C'était assez étrange… mais je n'échangerais notre lien pour rien au monde. Elle était mon double, ma confidente et la personne avec qui je passais le plus de temps. Sa joie de vivre me contaminait tout comme ma morosité l'énervait. Je savais que s'il lui arrivait quoi que ce soit un jour je ne pourrais jamais m'en remettre. Elle était la personne sur lequel je me reposais le plus, celle que j'aimais le plus et pour qui je ferais n'importe quoi.

C'est pourquoi j'aurais bien voulu qu'elle finisse par sortir avec Jasper. Il était le meilleur homme que je connaissais et il l'aurait protégé. Mais ce n'était pas à moi de choisir, et puis Demetri se comportait plutôt bien. Elle avait l'air heureux, c'est tout ce qui comptait.

« Je trouve ça dommage. » Dit-elle affligée, interrompant mes réflexions. « Il est vraiment gentil. »

« Alice, t'es adorable mais si ce mec n'a pas envie de s'intégrer, tu ne peux rien y faire. » Lui répondit Demetri.

Elle soupira et abandonna.

« Oui tu as raison. » Consentit-elle en lui faisant un sourire.

Il se pencha pour l'embrasser et je détournai les yeux, n'étant pas très friand de leurs effusions. Je regardai alors ma petite amie qui avait la tête posée sur mon épaule et souris en me disant que j'avais vraiment la belle vie. Aucune ombre au tableau, tout était presque parfait et il n'y avait aucune raison pour que ça change… »

oO "I Was Here" Oo – Beyonce

Je me passai une main sur le visage et soufflai, faisant taire les souvenirs qui affluaient dans ma tête. J'écrasai ma cigarette dans le cendrier posé sur le rebord du balcon et rentrai à l'intérieur en refermant la vitre.

Il y a huit ans jour pour jour, j'étais un ado de l'âge de Bella, pleinement heureux avec un avenir prometteur. La vie peut être tellement cruelle parfois… on croit que jamais rien en changera et on a la perspective d'une vie embellie… jusqu'au jour où tout change sans qu'on ne s'y attende et qu'on réalise que le monde si parfait dans lequel on vivait n'était en fait qu'une immonde supercherie qui n'a pas mis cinq minutes à s'effriter.

Je n'aurais jamais pensé un jour que mon destin serait de finir comme homme de main pour un horrible mafieux. Je pensais que j'aurais une vie harmonieuse, que j'irais à l'université, sortirais avec un tas de filles et que j'aurais toujours une famille unie et soudée comme jamais. J'aurais fini avec un super job, avec une femme et pourquoi pas une maitresse, suivi d'un divorce qui aurait conduit à des disputes sur la garde partagée des mômes. Une vie ordinaire quoi. Et naturellement, j'aurais partagé tout ça avec Alice, la seule fille qui aura jamais compté pour moi. Elle aussi aurait eu une belle vie. Peut être qu'elle aurait enfin fini par épouser mon meilleur ami, qu'elle m'aurait pris la tête sur ma façon de m'habiller jusqu'à la fin de mes jours et que notre complicité ne s'effriterait jamais.

Mais malheureusement cette perspective d'avenir n'avait été que du vent. Je m'étais vraiment fait des illusions en imaginant que j'aurais pu avoir ce genre de vie simple et sans histoire. La vie était beaucoup trop sadique pour ça, elle se jouait de nous en nous faisant croire à un monde tranquille alors que la réalité est tout autre. Quelle blague…

Je soupirai et interrompis un moment mes pensées sombres pour me diriger vers la chambre. Je voulais m'assurer que Bella allait bien car depuis qu'elle m'avait raconté ce qui s'était passé le jour de son anniversaire il y a quelques jours, elle n'avait cessé de faire de violents cauchemars. J'aurais cru qu'une fois qu'elle aurait vidé son sac et m'en aurait parlé elle irait mieux et cesserait d'avoir peur. Mais apparemment j'avais tort puisque cela semblait avoir empiré. Dire que je m'inquiétais pour elle était un euphémisme, lorsque j'ai appris la façon dont ses parents ont été tués et qu'elle a failli y passer elle aussi, j'ai compris que cette fille était pire que ce que je croyais. En vérité ce n'était pas la malchance qu'elle attirait, c'était carrément la mort. Un assassin était venu dans sa maison et a liquidé sa famille, ensuite elle choisit une destination au hasard et tombe sur moi dans une ruelle. Dans quel genre de mauvais film étais-je tombé ? Sérieusement, j'étais sûr qu'à elle seule elle était capable de remettre en cause et dérégler le taux de danger de tous les endroits où elle allait.

Cette fille avait besoin d'être protégée, c'était indéniable. Il est clair que je n'étais pas la personne la plus adaptée pour remplir cette fonction, mais en tout cas elle était plus en sécurité avec moi que n'importe où dans cette ville. Et puis il fallait avouer que je tenais beaucoup à elle quand elle ne se comportait pas n'importe comment. La fois où je l'avais surprise dans mon bureau en train d'écouter un de mes morceaux et que j'ai réalisé qu'elle avait fouillé dans mes affaires, ça avait été comme une sorte d'électrochoc.

D'un coté j'avais été hyper remonté contre elle et blessé dans mon orgueil par ce qu'elle avait fait, mais d'un autre coté je m'étais vite rendu compte que je n'arrivais pas à lui en vouloir réellement. C'est ce qui m'a fait comprendre que je l'avais laissée prendre une part un peu trop importante dans ma pseudo-vie et que si je continuais à la laisser faire, elle finirait vraiment par m'atteindre. Et ça je ne pouvais pas le permettre, alors je me suis éloignée. J'avais essayé de l'ignorer au mieux en espérant que cela m'aiderait à ne plus m'attacher à elle. Et comme d'habitude, elle avait contrecarré tous mes plans. Je ne sais pas comment elle s'y prenait mais elle avait toujours tendance à me rendre faible et je détestais ça. En comprenant le soir de Thanksgiving que je n'arriverais jamais à rester indifférent, j'avais laissé tomber et nous avions repris une relation « normale ». Mais il y avait une chose chez Bella que je n'appréciais pas, c'était qu'elle avait le don pour me mettre hors de moi extrêmement facilement. Le soir où je l'avais retrouvée violentée par Jasper, elle était allée beaucoup trop loin. Je sais qu'elle n'avait pas du tout mérité que je me comporte ainsi et que je franchisse les limites du tolérable, mais même si je l'avais giflée, il fallait aussi reconnaitre que je m'étais vraiment retenue pour ne pas faire plus à ce moment là. Si ça avait été quelqu'un d'autre que Bella, je lui aurais infligé bien pire. Je l'aurais sans doute battu à mort jusqu'à ce que cette personne ne puisse même plus tenir debout. Bella était capable de me faire sortir de mes gonds comme personne n'arrive à le faire et paradoxalement, elle m'aidait à garder le contrôle de moi-même. Le pire c'était qu'elle ne faisait rien du tout pour ça. Elle était juste elle et ça m'effrayait de plus en plus. Voir à quel point elle parvenait à réformer ma vie sans le vouloir me faisait peur.

Mais en même temps y avait-il au moins un moyen de changer ça ?

Je n'en étais pas du tout certain.

Toujours est-il qu'elle avait fini par me pardonner mon comportement. Le jour qui avait suivi elle s'était montrée distante, elle me parlait mais avait peur de m'approcher, ce que je pouvais comprendre. Lorsque j'émettais un mouvement en sa direction elle se reculait prestement. Même si ça me faisait de la peine qu'elle réagisse comme ça, je ne pouvais m'en prendre qu'à moi-même. Lever la main sur elle avait été une grave erreur et je comprenais tout à fait sa crainte envers moi. Mais après deux trois jours à lui prouver ma bonne foi et que je ne lui ferais plus le moindre mal, elle avait cédé. J'étais assez proche d'elle maintenant, je la prenais souvent dans mes bras, surtout lorsqu'elle était en train de cauchemarder. Force m'était de constater que je n'étais plus vraiment mal à l'aise, ça me venait naturellement et je commençais même à apprécier cela. Bella et moi étions beaucoup plus proches désormais et même si je savais que c'était une très mauvaise idée, je me sentais incapable de l'empêcher.

Lorsque j'ouvris délicatement la porte de la chambre, je constatai que Bella ne dormait pas. Elle était allongée sur le coté et avait les yeux grands ouverts, par-dessus la couette. Je voyais bien à ses cernes qu'elle était exténuée. Depuis combien de temps n'avait-elle pas passé une nuit sans tourment ? J'aurais aussi voulu lui demander pourquoi elle n'était pas sous la couette car elle devait probablement avoir froid avec son short et son débardeur. De plus les hivers à Chicago étaient plutôt frisquets. Mais après tout cette fille ne faisait jamais ce qu'on attendait d'elle, elle était un véritable complexe et chacune de ses actions étaient imprévisibles.

« Pourquoi tu ne dors pas ? » Demandai-je inquiet.

« Pas envie. » Répondit-elle d'un ton blasé, le regard fixé droit devant elle.

Je soupirai et m'avançai vers le lit. Je m'assis à coté d'elle qui était toujours allongée et posai une main sur sa joue avec légèreté. Elle ne réagit pas mais je me doutais qu'elle devait être en train de rougir dans la pénombre. Elle rougissait à chaque fois que je la touchais de cette façon, je trouvais ça mignon.

« Tu devrais dormir. » Conseillai-je d'une voix qui sonnait plus comme un ordre qu'à un avertissement.

« Je sais mais… » Elle ferma les yeux et inspira. « A chaque fois que je ferme les yeux je le vois. » Dit-elle en rouvrant les yeux.

Je compris tout de suite à qui elle faisait allusion. Je restai silencieux et attendis qu'elle continue.

« Je ne vois pas son visage mais juste ses yeux rouges et son sourire sadique, des fois il est encore là quand je descends à la cuisine, à coté des corps de mes parents, il m'attend avec un couteau à la main… Et d'autres fois il cogne à la porte de cet appartement, je suis toute seule et lui il est là pour finir le travail qu'il a commencé… J'ai peur de fermer les yeux maintenant. » Avoua-t-elle douloureusement, le regard dans le vague.

Je devinais qu'elle avait la gorge serrée vu la voix faible et chevrotante qu'elle avait. Je la regardai tristement, peiné de la voir aussi torturée.

« Personne ne viendra ici te chercher Bella. » Promis-je solennellement. « Tu es en sécurité. »

Elle tourna la tête vers moi et me scruta avec appréhension.

« Tu me protègerais s'il venait ? » Fit-elle d'une petite voix aigue.

Je souris en me retenant de lever les yeux au ciel.

« Ce salopard n'aura même pas passé la porte que je lui aurais déjà collé une balle entre les deux yeux. » Affirmai-je avec assurance.

Un semblant de sourire s'étira sur ses lèvres mais disparut aussi vite qu'il n'est venu. Elle s'empara de ma main qui était sur sa joue et me supplia des yeux silencieusement.

« Dors avec moi. »

Sa voix sonnait comme une supplique et je me figeai, incrédule par ce qu'elle me demandait.

« Euh… je ne suis pas sûr que ce soit… »

« S'il te plait… » Implora-t-elle.

Je restai silencieux quelques instants, analysant la situation et pesant le pour et le contre. D'une part, je ne pensais pas du tout que dormir dans le même lit était une bonne idée car nous nous étions déjà beaucoup trop rapprochés ces derniers temps, je ne voulais pas aggraver les choses plus encore. Et puis c'était plutôt embarrassant.

Mais d'un autre coté si cela pouvait la rassurer et l'aider à mieux dormir, je ne vois pas pourquoi je refuserais. Si ça lui était bénéfique, alors c'était bénéfique pour moi aussi. Et il fallait avouer aussi que cela faisait des mois que je n'avais pas dormi dans un vrai lit… mon confort me manquait, même si je n'étais pas un gros dormeur.

« D'accord. » Cédai-je malgré moi.

Elle sourit et se décala vers l'autre coté du lit pour me laisser de la place. J'inspirai pour me donner du courage, puis consentis à m'allonger sur le dos, croisant les bras sur mon ventre. Je ne savais pas trop comment procéder, s'il fallait que je dise ou fasse quelque chose, et heureusement pour moi c'est Bella qui rompit le silence.

« Tu ne te mets pas sous la couette. » Constata-t-elle le front plissé. Je tournai la tête vers elle et haussai un sourcil.

« Toi non plus. » Rétorquai-je simplement.

Elle me toisa avec un énervement mal dissimulé.

« Pourquoi faut-il que tu aies toujours le dernier mot…. » Soupira-t-elle dépitée. Je souris.

« C'est dans ma nature. » Répliquai-je amusé.

« Oui bah c'est nul. » Dit-elle avec une moue contrariée.

« Nul pour toi. » Fis-je remarquer. « Pour moi c'est bien. »

Bella ne répondit rien et se contenta de me regarder. Je me sentis mal à l'aise sous son regard qui ne semblait pas vouloir me lâcher. J'avais l'impression qu'elle était en train de sonder profondément mon âme avec ses yeux chocolat.

Un silence s'encourut tandis qu'elle m'observait toujours avec de grands yeux et que je commençais à être de plus en plus embarrassé. Je me contentai de regarder le plafond sans décroiser les bras, ne me sentant pas capable de l'affronter.

« Edward ? » Appela-t-elle doucement au bout d'un moment.

Je compris tout de suite à sa voix hésitante qu'elle s'apprêtait à me poser une question personnelle à laquelle je n'aurais pas forcément envie de répondre.

« Quoi ? » Marmonnai-je en tentant de cacher mon anxiété.

Elle prit une profonde inspiration et parla d'une voix emprunte à de l'affliction et de la désolation.

« Elle est morte n'est-ce pas ? »

Cela sonnait plus comme une affirmation que comme une question. Je fermai les yeux, éprouvant une douleur rien que d'y penser. Nous n'avions pas reparlé de tout ça depuis l'autre soir où je lui avais avoué qu'Alice avait été ma sœur. J'imagine qu'elle essayait de tenir sa parole et de ne plus se montrer aussi curieuse. J'avais consenti à lui dire qui elle était car après tout ce que Bella m'avait dit, j'estimais que je pouvais au moins répondre à sa principale question. J'étais content de voir qu'elle faisait des efforts pour contenir sa curiosité, au moins ça prouvait que nous progressions tous les deux. Maintenant que j'y réfléchissais, je réalisai que ça ne me dérangeait pas tant que ça que Bella soit au courant de ma vie. Je commençais même à apprécier cette idée.

Je rouvris les yeux et tentai de rendre mon cerveau hermétique à tous les souvenirs qui commençaient à ressurgir.

« Oui. » Répondis-je finalement sur un ton fataliste.

Elle me regardait toujours mais je n'osais pas tourner la tête pour voir les émotions qui devaient être apparues sur son visage. Je ne voulais pas voir à quoi elle pensait, voir de la pitié ou quoi que ce soit du même genre.

« Je suis vraiment désolée. » Murmura-t-elle profondément affectée.

Je soupirai pour contenir la haine et le dégout qui me titillaient la bouche et me démangeaient. Elle était désolée… voilà qui me faisait une belle jambe !

« Moi aussi. » Répliquai-je d'une voix plus dure que je ne l'aurais voulue.

Elle ne répondit rien mais je devinais que mon hostilité devait lui faire de la peine. Je reconnais qu'elle n'y était pour rien mais je n'arrivais pas à m'en empêcher. À chaque fois que cette partie là de ma vie était évoquée j'avais une sombre envie de tout casser et de liquider tout le monde, Bella y compris. En vérité je savais que toute cette colère que je ressentais était due à ma culpabilité que j'enfouissais et tentais par tous les moyens d'oublier. J'étais surtout en colère contre moi-même pour avoir été inutile et incapable d'empêcher ça, ainsi que pour le rôle majeur que j'avais joué dans sa mort.

Je tournai enfin la tête vers Bella et constatai qu'elle semblait bel et bien peinée. Mais vue l'affliction et la désolation qui ornaient ses traits, je compris que ce n'était pas parce que je lui avais mal parlée. Comment cette fille faisait-elle pour être dotée d'autant d'indulgence à mon égard ? Je passais mon temps à la rembarrer, je l'avais maltraitée, j'avais même essayé de la tuer et pourtant elle était encore là, à me regarder tristement et faire preuve de grande compassion. Je savais qu'elle pouvait aisément me comprendre puisque la vie ne l'avait pas non plus épargnée, mais je ne pensais pas un seul instant mériter cette bienveillance et cette clémence dont elle faisait preuve.

« On avait dix huit ans. » Appris-je avec un air résigné. « On venait seulement d'entrer en terminale. »

« Comment est-elle morte ? » S'enquit-elle d'une voix douce qui avait le don de me déstabiliser.

Aussitôt une animosité sans égal s'empara de moi et je dus me faire violence pour ne pas lui cracher ma haine à la figure.

« Quelqu'un l'a tuée. » Susurrai-je hostilement.

Il y eut un silence durant lequel elle tenta d'analyser ce que je venais de lui dire.

« Est-ce que tu connaissais la personne qui a fait ça ? » Finit-elle par demander avec crainte.

Elle devait sans doute avoir peur de pousser le bouchon trop loin et que j'explose. Heureusement pour elle, j'étais dans une humeur charitable. Je fus secoué d'un léger rire sardonique.

« Oh que oui. » Répondis-je sans me départir de mon sourire mauvais et pernicieux. Elle sembla décontenancée par la cruauté et la férocité de ma voix mais ne répondit rien. « Ça s'est passé ici, à Chicago. » Complétai-je sans émotion.

« Tu veux dire que tu n'as jamais bougé ? Changé de ville ? » S'étonna-t-elle. Je secouai rapidement la tête.

« Non. »

« Pourquoi donc ? »

« Je l'ai déjà abandonnée une fois, j'ai pas envie de recommencer. » Lâchai-je durement.

Elle tressaillit à coté de moi et je m'en voulus automatiquement. Je lui avais fait peur une nouvelle fois, ce que je détestais parce que voir la crainte dans les yeux de Bella était insupportable et douloureux. Cependant elle ne s'éloigna pas, à mon plus grand étonnement. Elle resta silencieuse tandis que j'avais toujours les bras croisés et que je n'arrivais pas à me dérider.

Elle finit par poser une main sur mon avant bras et je faillis sursauter, étonné par son geste.

« J'espère vraiment qu'un jour tu finiras par trouver la paix. » Déclara-t-elle d'une voix débordante de compassion.

Inutile de dire qu'en cet instant j'étais scotché par son attitude. Elle s'inquiétait vraiment pour moi, après tout ce que je lui avais fait subir elle avait encore la décence de se soucier de mon état et de ma conscience. Sérieusement cette fille m'épatait. J'avais l'impression que plus je m'amusais à la blesser, et plus elle revenait à la charge. Pourquoi agissait-elle comme ça ? Ne voyait-elle donc pas que je n'étais pas bon pour elle ? Que la première chose à laquelle elle devrait penser était de s'éloigner le plus loin possible de moi ?

Finalement j'avais eu tort de la considérer comme une simple fille ingénue et fleur bleue. Bella était beaucoup plus qu'une fille rêveuse qui croit au prince charmant. Malgré tout ce qu'elle avait déjà traversé, elle croyait encore à toutes ces conneries de rédemption. Je ne savais vraiment pas comment elle faisait pour encore accorder du crédit à ce monde pourri et croire encore au bonheur et tous ces trucs qu'ils nous font gober à l'école et à la télé, mais quoi qu'il en soit je ne pouvais que respecter ça. À sa place moi je n'aurais pas la force d'avoir de l'espoir pour quoi que ce soit. Il fallait se rendre à l'évidence, Bella était bien plus forte que moi. Quelle ironie…

Je sentis sa main retomber lâchement à coté de moi et je constatai qu'elle venait de s'endormir.

Elle avait l'air paisible, je n'avais pas l'habitude de la voir sans ses habituels traits torturés lorsqu'elle cauchemardait. À cet instant elle semblait tellement innocente et vulnérable. J'aurais pu la briser avec tellement de facilité… Même une mouche était plus dangereuse qu'elle, avec effroi je constatai que Bella me rappelait Alice à bien des égards. La même innocence, la même naïveté, la même sincérité, la même spontanéité, la même droiture et la même authenticité… C'était sans doute ça qui m'avait empêché de la tuer dans cette ruelle. Peut être que Jasper et Emmett avaient finalement raison, peut être que quand mes yeux se sont posés sur elle ce jour là, j'y avais vu le visage de ma sœur.

Cette conclusion me rendit mitigé. J'espérais que ce fut la bonne explication car cela voudrait dire que je trouvais enfin une réponse à toutes mes questions mentales depuis des mois et je pouvais enfin être soulagé. Mais d'un autre coté, j'étais déçu que ce soit aussi simple. Bella m'avait toujours habitué à ce que tout soit compliqué, je ne voulais pas que la raison qui m'avait empêché de la tuer soit un truc aussi simple et évident que de voir ma sœur à travers elle. Non, la relation que j'avais avec Bella était quelque chose de beaucoup plus complexe et profond que ça, j'en mettais ma main à couper. Et puis merde, j'allais finir par ressembler à une fille à force de tergiverser et réfléchir comme ça. Pourquoi est-ce que je prenais la tête pour des conneries ? Je ferais mieux de réfléchir à trouver un moyen de pouvoir lui rendre sa liberté sans que cela ne nous mette en danger.

Continuant à l'observer longuement, je ne pus m'empêcher de penser que Bella n'avait pas du tout sa place dans le monde dans lequel nous vivions. Elle était bien trop pure et bonne pour cette planète. Elle ne pourrait pas survivre. Au moins en la gardant ici, elle était protégée du monde extérieur. Mais je voyais bien que cet enfermement l'étouffait. J'aurais tellement voulu pouvoir faire quelque chose pour elle, mais tout ce dont j'étais capable était de la laisser continuellement seule et prisonnière dans ce foutu appart. Sympa la vie…

À mesure que j'observais son visage serein, j'eus l'envie irrépressible de la toucher. Que pouvait-il bien m'arriver, elle pionçait de toute façon. Décroisant les bras, j'avançai une main vers sa joue gauche non sans appréhension. J'espérais de tout cœur qu'elle ne se réveillerait pas car je ne saurais pas du tout comment expliquer mon attitude. Mais elle était tellement douce qu'elle donnait envie d'être protégée. Approchant ma main de son visage avec lenteur, je finis par effleurer sa joue avec les phalanges de mes doigts.

Elle se mit alors à bouger et je retirai ma main aussi sec avec rapidité. Elle marmonna un son étouffé et avant que je ne puisse protester, elle tourna tout son corps entier vers moi et posa un bras sur mon ventre, me prenant de cours. Je m'apprêtai à enlever délicatement son bras lorsqu'elle se rapprocha et posa la tête sur mon thorax.

Merde… et maintenant je fais quoi ? Est-ce que je devrais la réveiller ? J'imagine bien le truc : « Désolé de te réveiller Bella mais faut que t'ailles dormir ailleurs… » Pas génial non…

Quand je disais que cette fille rendait les choses compliquées, je pouvais pas faire un mouvement ni dire une parole sans que ça ne se retourne contre moi. Même dans son sommeil elle s'amusait à me compliquer la vie. Tout ça à cause d'une foutue pulsion que j'ai pas su retenir… Bien joué Edward, essaie de t'endormir maintenant. Pour couronner le tout, je la vis émettre un léger sourire. J'étais certain que cette situation devait l'amuser…

Comme si elle était assez conne pour rêver de toi…

Pas faux…

Soupirant de résignation, je décidai que la meilleure chose était de faire abstraction du fait qu'elle était sur moi en train de dormir paisiblement. Je fermai les yeux, conscient que je n'arriverais pas à m'endormir dans cette position. J'avais déjà du mal à m'endormir naturellement, alors dans cette situation…

Et pourtant, c'est avec un étonnement non feint que je m'endormis plus rapidement que je l'aurais cru.


Pov Bella

Je me rappelais très bien ce moment. Il s'agissait du jour où j'avais surpris Phil avec Irina, sa maitresse. Je rentrais du lycée avec comme toujours, la boule au ventre. J'avais encore été pointée du doigt aujourd'hui. Je commençais à en avoir assez d'être jugée à cause des conneries de Phil. Mais je n'y pouvais rien, les gens étaient méchants avec les autres. En tout cas au lycée c'était comme ça. Après avoir été déposée par le bus scolaire, je sortis mes clés et les insérai dans la serrure. J'étais étonnée d'avoir un tel rêve car je ne voyais pas en quoi ce souvenir était tellement important. Je me rappelai seulement des mots qu'il avait prononcés lorsqu'il s'était retourné vers moi, et de la douleur que j'avais ressentie en pensant à ma pauvre mère qui se faisait trahir de la sorte dans notre propre maison.

J'entrai dans à l'intérieur de la maison et entendis des bruits suspects ainsi que des gloussements provenant du salon. Mon cœur cognait déjà à mesure que je savais ce qui allait se passer. J'aurais vraiment voulu ne pas rêver de ça, rêver d'autre chose de beaucoup plus gai. Mais apparemment on ne contrôle pas ses rêves… j'en sais quelque chose malheureusement. Je me rapprochai de ces bruits que j'entendais, je pouvais clairement reconnaitre la voix de Phil ainsi que celle d'une personne totalement inconnue. Et lorsque je pénétrai dans le salon, mon cœur eut un raté et ma respiration se coupa.

Phil était avec une grande blonde et l'embrassait goulument sans se retenir. Celle-ci était adossée contre l'un des murs du salon, une jambe pliée autour de sa taille pour le serrer contre elle. C'est ce jour là que je m'étais réellement rendue compte du vrai visage de mon beau père, que j'avais compris qu'il trompait ma mère ouvertement. Tout ça était dégueulasse. René l'aimait tellement, à un point que c'en était effrayant parfois. Et lui il ne se gênait pas pour lui briser le cœur et la souiller de cette façon. J'avais envie de le tuer, rien que pour oser lui faire du mal comme il le faisait. Je voulais me réveiller, parce que ce souvenir n'était pas des plus plaisants et que je commençais à étouffer. Je savais ce qui allait se passer ensuite, Phil allait se rendre compte de ma présence et allait se tourner vers moi, il allait me dénigrer et il retournerait à ses occupations d'adultère. Et moi j'allais m'enfuir de la maison à toute vitesse, des larmes de rage perlant au coin de mes yeux. Je ne rentrerais que le soir, parce que j'avais voulu marcher dans toute la rue et faire le vide, ma mère se ruerait vers moi à peine après que j'eus passé la porte et me punirait pendant une semaine pour lui avoir causée la peur de sa vie.

Comme je l'avais prédit, Phil se tourna vers moi au ralenti, et à cet instant là mon cœur cessa de battre et je manquai de m'étouffer.

Ce n'était pas Phil que j'avais devant moi…

C'était Edward.

Une chose à savoir avec les rêves, c'est qu'ils pouvaient vraiment être farfelus par moment… Mais à cet instant je ne comprenais véritablement plus rien. Qu'est-ce que Edward faisait dans mon rêve ? Pourquoi était-il à la place de Phil ? Pourquoi était-il en train d'embrasser son Irina à sa place ? Mais plus important, pourquoi est-ce que mon cœur martelait dans ma poitrine et souffrait le martyr ?

Je ne pensai alors plus à ma pauvre mère, ni à Phil ni à quoi que ce d'autre, seulement à lui qui était en train de me briser le cœur. Son visage était glacial, ses yeux étaient noirs et il avait un sourire dédaigneux sur le visage.

« T'as un problème gamine ? » Cracha-t-il avec un rire méprisant.

Les larmes me montèrent aux yeux, je me tordais de douleur à l'intérieur tant cette mésestime était insupportable. Je me sentais sur le point de m'effondrer, rien qu'à le voir aussi haineux et dénigrant. Pourquoi me faisait-il ça ? Je ne devrais pas avoir mal à ce point…

Il m'accorda un dernier regard dénigrant avant de se tourner vers Irina, un sourire carnassier sur le visage, et de l'embrasser fougueusement. À cette vue, mon cœur se déchira en mille morceaux et je défaillis, vacillant dans le noir le plus complet…

Je me réveillai en sursaut, bondissant du lit avec la respiration haletante, comme si je venais de courir un marathon. J'avais l'impression d'avoir cessé de respirer pendant une minute, ce qui n'était pas du tout normal. Ma tête me tournait et je me sentais légèrement nauséeuse. Je mis une main sur mon cœur pour tenter de l'apaiser, et passai mon autre main sur mon visage, tentant d'analyser ce pseudo rêve des plus étranges. Je tournai la tête et constatai qu'Edward n'était pas là. J'étais seule. Cela ne m'étonna qu'à moitié et pour être honnête, j'étais plutôt rassurée. Je n'aurais pas aimé qu'il me surprenne en train de faire un rêve pareil. Et puis cela aurait été trop embarrassant pour lui comme pour moi.

Mes pulsations étaient toujours aussi fortes et rapides et je devinais que la panique devait être visible partout sur mon visage tant j'étais affolée et terrifiée par l'idée de ce que ce rêve pouvait signifier.

Qu'était-il en train de m'arriver ?


Voilà !

Je remercie ma Sister pour avoir relu et corrigé (J-11 ! *-*)

Alors quelqu'un a une idée de pourquoi Bella a fait ce rêve ? Je me doute que cette dernière doit un peu perturber parce que ce rêve est un peu bizarre mais bon, dans mon esprit ça sonnait bien... En même temps il faut savoir que j'ai un esprit tordu donc... ^^

J'espère que ce chapitre vous aura plu malgré la longueur qui moi même ne me plait pas du tout. Je ne sais pas du tout quand je posterai le prochain chapitre car sachez que je pars en vacances aujourd'hui (à l'heure où vous lisez ceci je suis probablement dans le train xD) et je n'aurai pas d'ordinateur. De plus, j'ai perdu un membre de ma famille il y a quelques jours et je n'ai pas la tête ni l'envie d'écrire. J'espère que vous me comprendrez...

Sachez néanmoins qu'avant ce récent décès j'avais commencé le chapitre 11 et j'ai bien l'intention de me remettre à écrire dès que j'aurais à nouveau la tête reposée ;)

Je vous embrasse et vous souhaite à tous de très bonnes vacances ainsi qu'un bon été :)

Petite review avant de partir ? ^^

Votre Dévouée Popolove