Hello !

J'espère que vous avez tous passé de bonnes vacances et que vous êtes prêts pour la rentrée, personnellement je suis encore vacances jusqu'en octobre donc je ne me sens absolument pas concernée ^^

Je vous remercie infiniment pour vos messages de soutien et votre compréhension. Vos reviews m'ont vraiment touché et j'ai adoré les lires, vraiment ! En plus de ça j'ai atteint la barre des 1000 reviews pour cette fiction, je suis super contente ! :D

Je remercie naturellement les anonymes :

popo, Martine16, EdwardEtBella, xHouna, Marie, phelie, scorpionlove09, PrincetonGirl818, Hlne, first fan, Zoubida, Juny, Lisa, Yoyo, liliane et pheli

...

J'ai vu que j'avais choqué et fait râlé la plupart d'entre vous quant à la mort d'Alice, et comme je suis du genre à assumer, je vais le clamer haut et fort. OUI, j'ai fait mourir Alice dans cette fiction ! Et vous savez, je ne m'en sens pas du tout coupable :D Ici il n'y aura pas de petite lutin plein d'entrain qui va trainer Bella à faire du shopping, mais vous pourrez quand même retrouver le personnage d'Alice dans les flash backs du passé d'Edward insérés dans les chapitres. D'ailleurs il y en a un nouveau dans celui là ;)

Ensuite par rapport à la relation Edward/Bella, tout le monde a apprécié leur rapprochement et je trouve ça tant mieux étant donné qu'ils vont encore plus se rapprocher dans ce chapitre et celui d'après, d'où le titre de ce chapitre qui est des plus explicites ^^

...

Ce chapitre reprend là où le dernier s'est arrêté, c'est à dire au moment où Bella se réveille après avoir rêvé d'Edward à la place de Phil.

Bonne lecture !


Chapitre 11 : Désir

Pov Bella

Lorsque je m'étais réveillée ce matin là, j'avais eu l'étonnante sensation d'avoir bien dormi. Du moins en parti. Je me rappelais avoir fait à nouveau l'un de mes habituels cauchemars qui me faisaient me réveiller complètement terrorisée. Les souvenirs de la nuit dernière commencèrent à affluer et je me rappelai alors l'arrivée d'Edward dans la chambre, le fait qu'il ait dormi à côté de moi, et l'apaisement que sa présence m'avait insufflé. Depuis que je lui avais raconté ce qui s'était passé à Phoenix pour que je prenne la fuite, une nouvelle complicité s'était installée entre nous. J'avais fini par lui pardonner de m'avoir giflé et même si j'aurais aimé lui en vouloir plus longtemps, j'étais certaine qu'il ne recommencerait pas de si tôt. Je ressentais toujours des émotions inexplicables lorsqu'il était près de moi, à bien y réfléchir il en avait toujours été ainsi depuis que je le connaissais. Mais je n'y avais jamais véritablement pensé jusqu'à il y a quelques jours. Je ne comprenais pas pourquoi j'éprouvais ça, ça ne me l'avait encore jamais fait avec qui que ce soit, mais plus j'essayais d'y songer, et plus je m'embrouillais.

Et puis j'avais fait ce rêve…

Je ne savais pas du tout ce que cela voulait dire et très franchement, je n'avais pas du tout les idées claires pour y songer et tenter de l'analyser. Rien que de repenser à cette image où j'avais vu Edward à la place de Phil me donnait envie de vomir. D'ailleurs pourquoi s'était-il trouvé là ? Et pourquoi cela m'avait-il fait un mal de chien lorsque je l'avais vu en train d'embrasser la Irina de Phil ? Mon cœur commença à battre plus vite et je me mis à appréhender la réponse à ma question.

Heureusement qu'Edward n'était pas à coté de moi car il m'aurait sans doute prise pour une folle détraquée. Je n'étais d'ailleurs pas vraiment surprise qu'il se soit barré de la chambre avant mon réveil. Il était le genre de types à aimer la facilité, alors les situations gênantes il devait sûrement les éviter un maximum. Je soupirai de lassitude, me demandant comment est-ce que j'allais devoir me comporter une fois devant lui. Est-ce que je devrais réagir comme si tout était normal ? Comme si le fait qu'on ait dormi dans le même lit n'était pas important ? Peut être que pour lui rien n'avait changé. Je me prenais sûrement la tête pour rien, encore une fois.

Je me frottai les yeux pour me réveiller. Je ne savais pas quelle heure il était, mais j'espérais dans un sens qu'Edward serait déjà parti « travailler », comme ça je n'aurais pas à me poser la question de savoir comment seraient nos rapports. Peut être que c'était ce qu'il avait fait, le connaissant ce ne serait pas étonnant. Mais d'un autre coté le fait qu'il soit parti voulait dire que j'étais seule une fois de plus, et que j'allais encore passer toute une journée à m'ennuyer, à moins que Rosalie ne vienne me tenir compagnie. Je me rendais compte que ces derniers temps je préférais la compagnie d'Edward à la sienne.

Était-ce normal ?

J'imagine que non, d'ailleurs c'était plutôt incompréhensible et paradoxal. Moi qui au départ n'appréciais de rester qu'avec cette dernière, voilà que je virais de bord. Cette constatation me faisait légèrement peur. Quelque chose était en train de changer, et je me demandais si c'était une bonne idée. Peut être n'y avait-il pas assez de barrières mises entre nous ces derniers temps et que c'était pour cette raison que je n'avais plus vraiment les idées claires et que je commençais à faire des rêves sordides. Mais est-ce que j'allais supporter de nouvelles barrières érigées entre lui et moi ? Pourrais-je sérieusement accepter que l'on redevienne comme on était avant ? Comme des amis sans être véritablement des amis ? C'était un peu compliqué en fait. Mais en même temps, il est vrai que je n'avais jamais considéré Edward comme mon ami et je pense que c'est pareil de son coté. D'une certaine façon nous étions théoriquement incompatibles pour être des amis. Ce serait… bien trop bizarre. Et pourtant la proximité que j'avais avec lui et les émotions qui me submergeaient lorsqu'il était près de moi me donnaient l'impression que nous avions dépassé ce stade qui était sensé être impossible.

Ma tête commençait sérieusement à chauffer et je me rendis compte que j'étais en train de perdre la boule. Il fallait que j'arrête de trop réfléchir à m'en donner la migraine, surtout dès le matin au saut du lit. Je décidai de stopper momentanément mes réflexions et d'aller dans la salle de bain pour me rafraîchir et me réveiller.

Je posai la main sur la poignée de la porte et lorsque j'ouvris cette dernière, ma mâchoire manqua de se décrocher.

Je m'étais attendue à trouver pas mal de choses derrière cette porte, comme un lavabo, une cabine de douche, un miroir, des meubles, une baignoire, un séchoir ou que sais-je encore. Mais d'y trouver Edward, uniquement vêtu d'une serviette blanche enroulée autour de la taille et qui sortait de la douche, ça ne faisait définitivement pas partie de ma liste.

Et pourtant il était là, le torse complètement découvert et offert à ma vue, ainsi que les cheveux complètement mouillés qu'il était en train de sécher avec une deuxième serviette blanche. Et moi tout ce que je pouvais faire à cet instant, c'était de rester là, à le regarder bêtement la bouche ouverte laissant passer les mouches, mes yeux irrémédiablement attirés son corps splendide. J'avais toujours su qu'Edward était bien bâti car je l'avais senti les nombreuses fois où il m'avait pris dans ses bras. Mais le voir était une toute autre histoire. Et je n'étais certainement pas préparée à ça. Les traits de ses abdominaux étaient tellement biens dessinés qu'il ressemblait à une statue de Dieu Grec qu'on voit dans les musés. Ses muscles étaient assez visibles et je devinais que son torse devait être extrêmement dur…

Mon cœur battait à une allure démesurée à la simple idée de le toucher et de poser mes mains sur lui, je dus me cramponner à la poignée de la porte pour ne pas chanceler. Je ressentis une incommodité entre mes cuisses tandis que j'observais quelques gouttelettes de ses cheveux perler sur son visage et retomber mollement sur son corps dénudé. J'avais l'impression d'être en feu, tout mon épiderme surchauffait et j'avais l'impression qu'aucun extincteur ne serait capable d'éteindre l'incendie qui était en moi.

« Bordel de merde ! Mais qu'est-ce que tu fous là ? Dégage ! »

Sa voix me fit sursauter et me ramena à la réalité durement. C'est à cet instant que je réalisai que j'avais arrêté de respirer depuis tout ce temps. Je pris une grande bouffée d'air, me tenant toujours à la poignée pour ne pas tomber. Apparemment il ne semblait pas du tout content de me voir, vu son visage coléreux, ses traits crispés, ses yeux noirs de fureur et la rage avec lequel il avait hurlé.

Le rouge me monta aussitôt aux joues et je commençais à bafouiller tant j'étais confuse et embarrassée.

« Euh je… pardon. » Bégayai-je en refermant la porte aussitôt.

Mes mains étaient tellement moites que la poignée me glissa des doigts une fois que j'eus refermé la porte. Je pris un moment pour reprendre ma respiration. Je me passai une main sur le visage et soufflai bruyamment, complètement désorientée. Pas besoin de préciser à quel point j'étais troublée. Je n'arrivais pas à comprendre les émotions qui me submergeaient. C'était la première fois que je ressentais un truc pareil. J'ignorais si c'était parfaitement normal, ou si c'était moi qui avais un problème. Le pire était de savoir que même si je ne l'avais pas fait exprès de rentrer à un moment aussi inopportun, j'en avais tout de même profité. Je me sentais honteuse car je l'avais maté sans aucune gêne et il avait carrément dû me rappeler à l'ordre. Quoi qu'il m'aurait sans doute hurlé dessus quand même, peu importe que je l'ai admiré ou non.

Je n'arrivais pas à croire que la seule chose que je regrettais, était d'avoir été chassée de la salle de bain. Je ne m'en voulais pas de l'avoir contemplé, ni d'avoir pris plaisir à le faire. Non en vérité j'étais simplement déçue que tout soit déjà terminé sans avoir pu en profiter. Mes pensées me choquèrent moi-même. Depuis quand est-ce que je faisais preuve d'aussi peu de scrupules et de conscience ? Ça ne me ressemblait pas du tout, je n'étais pas le genre de filles à mater et désirer les garçons.

Et encore moins les meurtriers…

Voulant faire taire mes pensées peu glorieuses, je pris une profonde inspiration et regardai la porte de la salle de bain fermée devant moi.

Qu'est-ce qu'il pouvait bien faire là dedans ?

« Je suis désolée ! » Hélai-je à travers la porte en secouant la tête pour me concentrer.

J'ignorais si je m'excusais pour être rentrée par inadvertance ou pour l'avoir dévisagé sans vergogne, sans doute un peu des deux. Je l'entendis émettre des jurons inaudibles et souris avant de me diriger d'un pas lent et hésitant vers la cuisine.

Je titubais légèrement et expirai à plusieurs reprises. J'allai directement vers le frigo pour m'emparer de la bouteille d'eau froide. Étrangement, il se trouvait que j'avais soif, et il me fallait absolument quelque chose de frais. C'était la première fois que je ressentais un truc pareil, j'avais l'impression que quoi que je fasse, rien ne pourrait éteindre cette chaleur ou plutôt cette flamme à l'intérieur de moi. Je devenais folle.

J'ouvris la bouteille et sans prendre la peine de verser l'eau dans un verre, la bus sans m'arrêter. J'avais beau espérer que cela me remettrait les idées en place et refroidirait mes ardeurs, ça ne fonctionnait pas des masses. Et j'avais beau vider toute la bouteille à boire gorgée après gorgée, ma soif n'était toujours pas assouvie.

« T'es en train de me finir toute la bouteille alors que je l'ai achetée hier. »

Je faillis recracher ma gorgée quand j'entendis la voix neutre d'Edward dans la cuisine. Je me retournai et me figeai lorsque je le vis. Il était habillé d'un jean simple et d'un teeshirt noir mais ça ne m'empêchait pas de repenser à ce que j'avais vu dans la salle de bain précédemment. Ses cheveux étaient encore mouillés et ses yeux me regardaient impassiblement, avec toutefois un semblant de curiosité.

J'entrouvris la bouche, sentant le rouge me monter au visage.

« J'avais chaud. » Répondis-je avant de me rendre compte avec horreur de la bêtise que je venais de dire. « Euh soif. » Rectifiai-je avec empressement. « J'avais chaud et soif. »

Il fronça les sourcils d'incompréhension, l'air complètement paumé tandis que je me sentais affreusement ridicule. Il devait sans doute me prendre pour une timbrée et en toute franchise, je le comprenais.

Il finit par hausser les épaules et se diriger vers la cafetière en m'ignorant royalement. Je le regardai se servir une tasse de café en me mordant la lèvre. J'éprouvai une irrépressible envie de m'excuser à nouveau pour mon intrusion car j'avais l'impression qu'il était énervé et qu'il était en train de mettre une distance entre nous, et ça je ne le voulais vraiment pas.

« Euh Edward ? » Appelai-je timidement tandis qu'il buvait une gorgée de son café, de profil.

« Laisse tomber Bella. » Dit-il abruptement.

J'écarquillai les yeux, légèrement vexée qu'il m'ait coupé de cette façon.

« Mais je n'ai encore rien dit ! » Me plaignis-je incrédule.

« Oui mais je sais ce que tu vas dire. » Répliqua-t-il sûr de lui. J'haussai un sourcil curieux.

« Et qu'est-ce que j'allais dire d'après toi ? » Provoquai-je.

Il soupira, toujours de profil sans me regarder.

« Tu t'apprêtais à t'excuser pour être rentrée au mauvais moment et tu as peur que je sois énervé et distant avec toi. » Affirma-t-il en buvant à nouveau son café sans attendre de réponse.

Je le regardai effarée, la bouche légèrement entrouverte.

« Comment tu le sais ? » Demandai-je impressionnée.

Je pus voir un sourire se former sur ses lèvres.

« Parce que je commence à bien te connaitre. Et aussi parce que j'aurais réagi de la même façon si j'avais été à ta place. » Avoua-t-il.

Je le regardai silencieusement, troublée par son honnêteté. Il n'avait pas l'air en colère ni quoi que ce soit, peut être que c'était moi qui accordais beaucoup trop d'importance à cet évènement.

En même temps y a de quoi…

« Alors on est… tout va bien entre nous ? » Bafouillai-je en rougissant devant les pensées peu glorieuses qui m'assaillaient.

« Tout va parfaitement bien. » Conclut-il en posant sa tasse dans l'évier et en quittant la cuisine aussi vite qu'il n'était venu.

Je le suivis curieusement jusqu'au salon et le vis enfiler sa veste en cuir qu'il mettait la quasi plupart du temps. Il se dirigea vers la porte, avant de s'arrêter soudainement et de se tourner vers moi.

« J'allais oublier. » Fit-il en s'approchant de moi.

Mon cœur se mit à battre plus fort et je restai immobile, incapable de bouger tandis qu'il sortait une clé de sa poche intérieure et me les tendit.

« La clé de mon bureau. » Annonça-t-il. « T'as le droit d'y retourner. »

J'ouvris la bouche sous le coup du choc, ne m'attendant pas à une telle faveur. J'avais cru qu'après qu'il m'ait surpris en train de fouiller il ne m'autoriserait plus jamais d'aller à nouveau dans sa bibliothèque. Mais à mon plus grand bonheur je m'étais trompée.

« C'est vrai ? » Fis-je les yeux émerveillés.

Il sourit légèrement.

« Si je te le dis. »

Je ne pus retenir l'effusion de joie qui me prenait et je m'emparai de la clé avant de lui sauter au cou vivement, le faisant se raidir.

« Merci. » Murmurai-je touchée.

Il resta immobile un moment, mal à l'aise et pris au dépourvu. Puis il consentit finalement à poser ses mains dans mon dos.

« Euh… de rien. » Marmonna-t-il d'une voix qui trahissait son embarras.

Je finis par m'écarter de lui et remarquai son air renfrogné sur son visage. Il ouvrit la bouche puis la referma, semblant vouloir dire quelque chose. Au lieu de ça il se détourna simplement, me laissant perplexe tandis qu'il ouvrait la porte et disparaissait après l'avoir refermée, sans un au-revoir à mon attention. Je restai quelques minutes inerte à son attitude des plus inextricables.

Edward Masen était décidément une véritable énigme…


Pov Edward

« Cent-trente dollars. » Annonça Paul.

« Je suis. » Répondit Sam en avançant des jetons.

« Idem. » Dit Emmett en faisant de même.

J'étais en train d'allumer un cigare qu'Aro m'avait donné quand je sentis les regards posés sur moi.

« Bah alors Masen ? Tu joues ou tu te couches ? » Râla Paul avec impatience.

Je relevai la tête et le regardai à travers mes Ray Ban solaires d'aviateurs, avant de prendre une bouffée de mon cigare et d'avancer des jetons.

« Je relance de cent. » Déclarai-je avec aplomb.

Paul écarquilla les yeux l'espace d'une seconde.

« Y a même pas encore le flop, où t'es con, ou tu bluffes comme un bleu. » Fit-il en avançant de nouveaux jetons au centre de la table. « Je te suis. »

Je souris tandis que Sam jetait ses cartes et qu'Emmett suivait à son tour.

La stripteaseuse que nous avions embauchée pour jouer les croupières dévoila le flop et je regardai silencieusement les deux cartes que j'avais dans les mains tout en fumant mon cigare. Le poker avait toujours été une habitude, nous y jouions quasiment toutes les semaines. En général j'avais de la veine pour ce jeu là. Ou alors j'étais doué tout simplement. Toujours est-il que grâce à ce jeu j'avais réussi à m'enrichir pas mal, et surtout j'avais pu plumer la plupart des cons qui bossaient pour le compte d'Aro. Les voir râler en me donnant leur blé était des plus jouissifs. La seule personne qui était réellement susceptible de me battre au poker était sans aucun doute Aro.

Ce n'était pas seulement la chance et son talent pour le mensonge qui le faisaient gagner, lui il avait un atout majeur, il inspirait la crainte. Dès qu'il prenait la parole ou qu'il relançait, n'importe qui autour de la table prenait peur et devenait hésitant. Même moi. C'était de cette façon qu'il parvenait à déstabiliser tout le monde, et ainsi empocher tous les gains à chaque fois. Mais heureusement pour nous il ne jouait pas souvent, il préférait se retrouver seul dans son bureau en compagnie d'une ou plusieurs des stripteaseuses de ce club, ou encore s'asseoir dans un carré V.I.P en compagnie d'une de ses putes de luxe. Aro Volturi avait toujours adoré les femmes, c'était un fait.

Ce qui fait que lorsqu'il ne jouait pas, le roi du poker, c'était moi. Et ça même Paul le savait.

Paul misa trois-cents et Emmett se coucha. Je pris une nouvelle bouffée de mon cigare et le suivis.

« Alors Edward ? Ou t'en es avec la recherche de ce putain d'indic ? » Demanda Paul innocemment tandis que la croupière retournait la quatrième carte sur la table.

« Oh nan pitié ! » Gémit Sam. « Pas de boulot pendant le jeu. »

« Emmett et moi sommes sur le coup. » Répondis-je simplement. « Pourquoi cette question ? »

Il haussa les épaules.

« Comme ça… Je me demandais si tu avais déjà des soupçons. »

Je souris tandis qu'il avançait de nouveaux jetons.

« Et alors ? » Lançai-je avec un regard lourd de sous-entendus en suivant la mise. « Tu as peur que je découvre que c'est toi l'indic ? »

Il eut un rire jaune avant de secouer la tête.

« Très drôle, elle est bien bonne celle là ! » S'exclama-t-il. Son rire était forcé, ce qui m'intrigua.

« Sérieusement, » continua-t-il au moment où la croupière abattit la river. « Tu me vois bosser en tant que flic ? »

« Et pourquoi pas ? » Provoquai-je ouvertement.

« Parce que je les méprise tous jusqu'au dernier ! » Dit-il d'une voix forte en misant trois-cents cinquante dollars.

Je tirai une latte de mon cigare et recrachai la fumée qui s'étalait autour de mon visage au point que je distinguais mal le joueur en face de moi.

« Je ne vois toujours pas ce qui me fait penser que tu dis la vérité. » Contredis-je.

« Fais gaffe Edward, t'es en train de le vexer le pauvre Paulichon. » Dit Emmett avec une moue faussement affligée.

« Ta gueule McCarthy ! » Jura le concerné. « Et arrête de m'appeler comme ça si tu tiens à ta jolie femme. »

Emmett vit rouge et je compris qu'il n'allait pas laisser passer ça.

« Je t'interdis de parler de Rosalie espèce d'enculé ! » S'écria-t-il violemment.

« Du calme les mecs ! » Tentai-je de détendre l'atmosphère. « On est là pour jouer au poker, pas pour se buter. »

« Bah justement ! Qu'est-ce t'attends pour jouer ? » Rappela Paul impatient. « Et ôte moi ce foutu cigare et ces lunettes de soleil merdiques, on voit même plus ta tête ! »

Pour toute réponse je pris une grosse fumée de mon cigare et exhalai la fumée en plein sur sa face de rat. Il toussa légèrement alors que je relançais une nouvelle mise. Il marmonna des trucs inintelligibles avant de soupirer et de suivre comme un crétin.

Il montra ses cartes le premier avec fierté.

« Brelan de roi. » Annonça-t-il souriant.

Je secouai la tête d'amusement avant de dévoiler mes cartes à mon tour.

« Couleur. Tu l'as dans le cul. » Dis-je en m'emparant des jetons qui étaient au milieu de la table.

Il s'enfonça dans son siège et se passa une main au visage.

« L'enfoiré ! » Rugit-il avec des yeux légèrement amusés.

« Masen ! » Appela Felix, le neveu du boss qui sortait apparemment du bureau de ce dernier. « Le patron demande à te voir. »

Je soupirai de lassitude avant d'écraser mon cigare sur le cendrier et de me lever prestement.

« Emmett, garde mes jetons. »

« Pas de problème mec. »

Au moment de m'en aller je me tournai vers Paul avec un sourire mystérieux.

« Pour répondre à ta question, sache qu'au sujet du flic, j'ai déjà ma petite idée sur la question et que qui que ça peut être, je le trouverai. » Déclarai-je fermement avant de partir.

Je me dirigeai vers le bureau du boss et entrai après avoir frappé deux coups à la porte.

« Tu veux me voir ? » Demandai-je en passant ma tête dans l'encadrement de la porte.

Je remarquai Aro qui était débout appuyé contre son bureau en bois, ainsi que Jacob Black qui était en face de lui, un sourcil levé quand il me vit.

« Entre Edward. » Ordonna Aro sans l'once d'une émotion sur le visage.

Je fronçai les sourcils avant de m'exécuter et de refermer la porte sur mon passage, me demandant ce que cet idiot foutait là. Et s'il avait dit quelque chose ? Non il n'oserait pas. Il savait ce qui l'attendait s'il osait prononcer le nom de Bella à qui que ce soit. Bella était sous ma protection, elle était chasse gardée et ça Black le sait mieux que personne. Il savait que je serais capable de le tuer s'il osait tenter quoi que ce soit. Rien que de l'imaginer lui faire du mal me donnait envie de le dégommer. D'où me venait cet élan protecteur ? Aucune idée, et je n'avais pas très envie de le savoir.

D'ailleurs en parlant de Black, où était-il passé durant tout ce temps ?

« Tu es rentré de vacances ? » Ironisai-je froidement en regardant dans sa direction.

Le jeune indien se grata la gorge, l'air embarrassé puis baissa la tête sans répondre.

« Laisse-le un peu tranquille voyons ! » Défendit Aro qui avait du mal à dissimuler son amusement. « Ce pauvre Jake n'était pas du tout en vacances, il avait des affaires de famille à régler. »

« Bah tiens ! » Ricanai-je ouvertement.

Je m'apprêtai à émettre un commentaire mais le regard d'Aro m'indiqua que ce n'était pas le moment le plus enclin pour que je me foute de sa tronche.

« Bref, qu'est-ce que tu veux ? » Me rattrapai-je en regardant Aro.

Ce dernier me sonda durant quelques secondes de manière impassible avant de se tourner vers son bureau et s'empara d'une fiche qu'il me tendit. Je compris tout de suite ce que cette fiche représentait. Un nouveau contrat…

« Il s'appelle Tyler Crowley. » Indiqua Aro au moment où je m'emparais de la fiche. « Tu te souviens du trafic de stupéfiant qu'on a effectué à Atlanta ? »

« Celui avec ces allemands pro nazis ? »

« Oui. » Affirma-t-il. « On a fait la transaction dans le hangar d'une de leur société. Et bien il se trouve que ce civile était présent sur les lieux au moment de l'échange. »

« Tu veux dire qu'ils nous a vus ? » Devinai-je en fronçant les sourcils.

« Non seulement il nous a vus, mais en plus il a été contacté par le F.B.I il y a peu. » Renchérit le patron. « Depuis il a été placé en isolation sous leur protection en échange de son témoignage. »

« Mais qu'est-ce qu'il foutait dans ce hangar ? ! » M'exclamai-je incrédule.

« Il travaille dans cette société comme homme d'entretien, pour le reste j'en ai aucune idée. La seule chose que je sais c'est que cet homme risque de me compromettre si on ne l'arrête pas. »

« Donc concrètement il faut le liquider avant que ce mec ne sorte ton nom devant un tribunal. » Conclus-je d'un ton las.

« Si ce type parle, je suis mort. Il est déjà mis sous haute protection par le F.B.I, ce qui signifie qu'il est prêt à parler. Il va falloir le liquider lui ainsi que tous les agents chargés de sa protection. »

« Où est-ce que le F.B.I le cache ? » Demandai-je.

« Dans la capitale de notre État. » Déclara Aro avec certitudes. « A Springfield. L'adresse est marquée sur la fiche. »

« Spingfield ? Pas très discret comme ville. » Fis-je remarquer.

« Au contraire, c'est parfaitement logique. » Contra-t-il. « Le F.B.I va penser qu'on le recherche dans une petite ville éloignée ou carrément une maison en forêt. Le faire séjourner dans la capitale de L'Illinois c'est du génie. »

« Pour peu qu'on n'ait pas de contact au sein du F.B.I. » Rajoutai-je sur un ton amusé.

Aro sourit.

« Vous vous y rendrez dans les prochains jours et étudierez son emploi du temps ainsi que celui de ses agents. Soyez le plus discret possible, je veux la tête de ce salopard. » Exigea-t-il d'une voix dure.

Je pris une inspiration, tentant de remettre de l'ordre dans mes idées.

Je ne m'étais pas servi de mon révolver depuis la fois où j'avais dû liquider ce pauvre Mike Newton. Ce jour là j'avais hésité à le tuer et j'ignorais si ce genre d'incidents était susceptible de se reproduire. Il était hors de question que cela se réitère à nouveau mais d'un coté, je ne savais pas comment l'empêcher. J'avais la désagréable sensation que ce qui s'était passé avec Newton allait se répéter avec Crowley. Peut être que Bella avait eu raison la dernière fois, lorsqu'elle m'avait dit que cela n'allait que s'amplifier et que mon incapacité à tuer quelqu'un ne ferait qu'accroitre. Si elle avait raison alors j'allais avoir un vrai problème. Parce qu'Aro ne tolèrerait jamais un manque de rigueur au sein de son personnel.

Emmett était la seule personne au courant de ma faiblesse de la dernière fois, j'avais assez confiance en lui pour savoir que mon secret était bien gardé et qu'il ne parlerait de ça à personne. Et je savais aussi que si je me trouvais dans l'incapacité de liquider ce Tyler, il me couvrirait. Mais il était le seul en qui je pouvais avoir confiance. Si Jacob venait avec nous et assistait à mon impuissance, non seulement il n'aurait plus peur de moi mais en plus il risquait de tout balancer à Aro. Il fallait absolument que je conserve la crainte et la terreur que je lui inspirais. Ma réputation était tout ce qu'il me restait de fiable à présent.

« Bien. » Accordai-je finalement. « Mais j'ai une condition. »

Aro écarquilla les yeux avant de rire soudainement.

« Une condition ? Ça alors, on ne me l'avait encore jamais faite celle là ! » Tonitrua-t-il.

« Je ne veux plus de ce connard avec nous. » Insistai-je en montrant Jacob d'un signe de la tête. « Si je dois bosser avec quelqu'un, ce sera avec Emmett et lui seul. Je ne veux plus de bleu et encore moins ce petit imbécile de bas étage. »

Jacob tressaillit et ouvrit la bouche d'incrédulité.

« Et depuis quand est-ce que c'est toi qui fixes les règles hein ? » S'énerva-t-il. « Le boss m'a collé avec toi alors tu la fermes et tu fais avec. »

« Les vacances t'ont mis du plomb dans la tête ? Tu t'affirmes maintenant ? » Lâchai-je sarcastique.

« Ta gueule ! » Cria-t-il sèchement.

J'éclatai de rire.

« Et en plus ça donne des ordres… Apparemment le petit Jacob toutou à son patron adoré devient enfin un homme. » Ironisai-je.

« Ok ça suffit. » Rappela Aro à l'ordre. « Si vous voulez vous battre, faites-le hors de mon club. »

Je soutins silencieusement le regard de Jacob qui me fusillait des yeux.

« C'est d'accord Edward. Je vais confier Jacob à Paul et Sam si ça peut te faire plaisir. » Céda-t-il.

« Merci. » Souris-je, le regard fixé sur Black. Au moins, si un nouveau problème survenait au moment de fusiller Tyler et ses agents, Jacob ne serait pas là pour le voir.

Ce dernier se tourna vers Aro outré.

« Pourquoi vous acceptez ? » Protesta-t-il. « J'ai rien fait de mal ! »

« Et alors ? » Marmonna le boss. « Je fais ce que je veux point barre ! Et la prochaine fois que tu te permets de contester l'une de mes décisions tu finiras étranglé dans un lac, c'est clair ? »

Jacob déglutit puis hocha la tête avec rapidité.

« Oui Patron. »

« Vous pouvez y aller. » Congédia-t-il. « Et n'oublie pas Edward, je veux ce foutu témoin, ainsi que ces foutus flics. Je les veux tous morts alors pas de quartier. »

Je le regardai à travers mes lunettes noires et tentai tant bien que mal de paraitre sûr de moi, avant de ranger la fiche de Crowley dans la poche arrière de ma veste.

« Ce sera fait. »

Puis je sortis du bureau d'un pas pressé, Jacob à ma suite. Une fois la porte refermée, ce dernier se retourna vers moi et me lança un regard des plus noirs que j'ignorais royalement.

« T'es vraiment qu'une putain de merde Masen ! »

Je clignai des yeux pour être sûr d'avoir bien entendu et me retins de rire tant je trouvais la situation des plus comiques. Personne ne se permettait de m'insulter, alors voir ce petit imbécile de bleu s'en prendre ouvertement à mon égo, c'était vraiment drôle. En tant normal j'aurais sûrement flingué le type sur place. Mais là je le trouvais bien trop pathétique et pitoyable pour mériter que je lui accorde la moindre intention. De plus Aro semblait l'apprécier alors j'allais me contenter de faire profil bas, mettre mon orgueil de coté et de continuer mon chemin en l'ignorant.

Je me tournai vers lui et le dardai impassiblement.

« Écoute-moi attentivement Black. » Murmurai-je lentement. « Je suis vraiment, vraiment pas d'humeur à jouer alors t'es gentil, va trouver quelqu'un d'autre à aller emmerder ou va t'amuser au bac à sable. »

Un sourire étira ses lèvres et il se rapprocha de moi.

« Passe le bonjour à Bella de ma part. » Susurra-t-il avec des yeux pleins de sous entendus.

Je blêmis sans m'en empêcher et sentis mon visage se décomposer. Mes muscles se contractaient et mes yeux se voilèrent à travers mes lunettes. Le fait qu'il parle de Bella ne m'aidait pas à garder le contrôle, au contraire ça me plongeait dans une colère noire. Jacob n'avait aucune idée de ce que cela déclenchait chez moi lorsqu'il s'aventurait à évoquer la seule faiblesse que je possédais. Surtout la façon dont il avait parlé d'elle, comme s'il la connaissait, avec un sourire qui montrait clairement que ses intentions envers elle n'étaient pas du tout honorables. Je n'arrivais pas à penser ni réfléchir correctement, la seule chose auquel je pensais était la vision de lui en train de faire du mal à Bella. Lui en train de la faire souffrir. Lui en train de la tuer…

Cette pauvre fille innocente qui n'a jamais rien demandé, qui ne serait même pas capable de faire du mal à une mouche et qui est dotée d'une indulgence et d'une compassion sans précédent. Je ne pouvais pas permettre que quelque chose lui arrive car j'avais l'impression que si Bella mourait, le monde allait s'écrouler. C'était vraiment grotesque et hors de propos de penser ça, même moi je m'étonnais de penser comme ça. Seulement cette fille avait réussi en si peu de temps à bouleverser toutes mes habitudes, et à présent je ne pouvais tolérer que quelqu'un veuille lui faire le moindre mal. Je la défendrais de ma vie s'il le fallait, mais jamais je ne laisserai quoi que ce soit lui arriver.

Le problème c'est que j'arrive de moins en moins à me contrôler lorsqu'il s'agit de Bella, alors lorsque cet enfoiré de Jacob Black a osé me provoquer en touchant mon seul point sensible, je vis rouge.

Ma colère se déchaina et mon poing partis avant même que je ne l'y autorise.

Je l'avais frappé au visage avec une force incontrôlable et il s'était retrouvé à terre tandis que ma respiration était forte et que mes yeux étaient furieux derrière mes lunettes de soleil. Je fus à peine conscient des regards posés sur nous ainsi que de tous les gens qui observaient la scène. Lorsque je tournai la tête et vis qu'Emmett s'était levé les yeux paniqués, je compris que mon attitude avait été inacceptable. J'avais laissé Jacob m'atteindre de la pire des manières et je lui avais donné exactement ce qu'il voulait et attendait de moi. Il avait déjà remarqué mon comportement inhabituel à propos de cette fille.

S'il savait… Si seulement il savait à quel point je m'étais attaché à elle, il ne me laisserait jamais tranquille. J'avais toujours eu raison de dire que ce type était dangereux. Il était sournois, perfide, provocateur et surtout il mettait son nez dans des affaires qui le dépassaient complètement. Si je le laissais empiéter sur le sujet Bella, il finirait par avoir ma peau. Déjà là j'avais commis une erreur en le frappant. Non pas parce que je regrettais, mais parce que je l'avais fait sans réfléchir, devant toutes les personnes présentes dans le club, c'est-à-dire Sam, Paul, Felix, Laurent, ainsi qu'Heidi et Jane.

Toutes les paires d'yeux étaient tournées vers nous et ils devaient tous se demander la raison qui m'a poussé à attaquer Black. Celui-ci se frottait le visage, et toussotait légèrement. Son nez saignait et je réalisais alors que je n'y étais pas allé de main morte. Apparemment l'évocation de Bella m'avait encore plus ébranlé que je ne l'aurais cru. Il fallait sérieusement que je me ressaisisse si je ne voulais pas perdre la crédibilité que j'avais gagnée au fil des années. Les gens n'avaient pas l'habitude de me voir perdre le contrôle de moi-même aussi facilement, surtout par un petit novice aussi con que Jacob Black.

Dans un sens, j'étais content d'avoir mes Ray Ban sur la figure car l'expression de mon visage devait probablement s'apparenter à de la consternation et du désarroi. Pas très familier chez moi qui avais l'habitude d'arborer un visage impassible à toute épreuve. Emmett semblait avoir deviné la raison pour laquelle je m'étais emporté puisqu'il me scrutait avec inquiétude alors que personne ne pipait mot à l'intérieur du club. Je mis quelques secondes à me recomposer, essayant d'avoir l'air normal et détaché et haussai les épaules dédaigneusement avant de me diriger vers la table de poker, laissant l'indien à terre se démerder.

Les trois personnes avec qui je jouais me regardaient sans broncher et je m'assis avec légèreté en reprenant ma place initiale.

« Un petit contretemps. » Tentai-je d'expliquer d'une voix décontractée.

Si Paul et Sam ne réagirent pas et crurent à mon cinéma, Emmett n'en était pas dupe. Ses yeux étaient tournés vers moi et je sus que j'allais devoir lui rendre des comptes une fois que nous serions partis.

« Alors t'es à nouveau de la partie ? » Demanda Paul avec intérêt.

« J'ai pas encore fini de te plumer mon gars ! » M'exclamai-je en passant un bras sur le dos de ma chaise en signe de désinvolture.

Je repris la partie là où je l'avais laissée, comme si je n'avais jamais été appelé par Felix, comme si je n'avais jamais collé une droite à Jacob Black devant tout le monde sans explication, comme si tout était simple et normal. De temps en temps je voyais Emmett me jeter quelques œillades afin de s'assurer que j'allais bien, mais je ne pouvais pas le rassurer puisque je refusais d'enlever mes lunettes de soleil. Je sais ça peut paraitre débile de porter des lunettes à l'intérieur d'un club, mais quand je joue au poker, j'aime le fait qu'on ne voie pas mes yeux. Et puis vu ce qu'il venait de se passer, je me doutais que mes émotions étaient probablement encore visibles sur mon visage.

« T'as vu ça Masen ? Y a Heidi qui te fait du gringue. » Interrompit soudainement Sam avec amusement.

Je relevai la tête et la tournai vers la droite, là où Heidi parlait avec Jane et me fixait dans un coin. Lorsqu'elle se rendit compte que je la regardais à travers mes lunettes elle me fit un sourire à la fois timide et aguicheur.

Je souris malgré moi. Il fallait être honnête, Heidi était une femme très belle. Grande, de longs cheveux châtains lui tombant sur les épaules, de beaux yeux bruns et un maquillage rouge pétant qui n'était pas exagéré, cette fille était sans aucun doute celle qui faisait craquer tous les mecs de ce club, y compris Aro lui-même. Elle était aussi très minutieuse dans son travail, étant une tueuse professionnelle hors pair capable de viser un mec loin avec une étonnante précision. Et ce qui la rendait encore plus séduisante, était de savoir qu'elle n'était pas inaccessible mais au contraire, disponible. Elle était une éternelle célibataire qui préférait les relations physiques sans lendemain aux longues relations amoureuses ennuyeuses.

Nous avions déjà couché ensemble à plusieurs reprises, et inutile de préciser que le sexe avec elle était excellent. Ce que j'adore chez cette fille, c'est qu'elle ne s'attache pas, ainsi je n'ai jamais eu le moindre problème. Elle m'avait été d'une aide précieuse lorsque j'avais surpris Bella dans mon bureau et que je m'étais mis en tête d'agir comme si elle n'existait pas. En voyant que cette dernière était en train de prendre une place un peu trop importante dans ma vie, j'avais cherché un moyen d'empêcher ça. Il m'avait fallu quelque chose qui me donne la sensation d'avoir le contrôle, d'être le seul maitre de ma vie et que peu importe ce que pouvait faire Bella, j'étais parfaitement capable de vivre ma vie comme je l'avais toujours fait.

Et Heidi avait été là.

J'avais couché avec elle presque tous les soirs qui avaient suivi ce jour là. Lorsque je passais mon temps à ignorer Bella comme je le pouvais, lorsque je cherchais une solution à mon problème avec ce Mike Newton, lorsque j'essayais de me persuader que cette fille qui vit dans mon appartement ne représentait strictement rien pour moi. Mais peu de temps avant Thanksgiving, je m'étais rendu compte qu'à nouveau, j'agissais en fonction de Bella. C'était parce que justement je lui donnais de l'importance, que j'avais essayé de tout contrôler en me tapant Heidi à chaque fois que l'envie m'en prenait. Alors j'avais mis un terme à cette relation purement sexuelle, comprenant que je n'arriverais pas à reprendre un total contrôle de moi comme avant. Elle n'a pas protesté, elle s'est seulement contentée de me dire qu'elle serait toujours ouverte pour moi quand j'en éprouverais le besoin. Mais je n'avais pas recouché avec elle depuis. J'ignore pourquoi je n'en avais éprouvé ni l'intérêt ni le besoin. D'ailleurs en y repensant, cela faisait un moment que je n'avais pas accompagné Jasper faire la tournée des bars…

« Et oh Edward ! » Rappela Emmett à l'ordre. « T'attends quoi pour jouer ? »

Je secouai la tête pour me concentrer.

« Laisse-le, il est en train de penser à une éventuelle partie de jambes en l'air avec la bombe qui lui fait de l'œil depuis tout à l'heure. » Rigola Sam.

Je souris.

« Désolé de vous décevoir les mecs, mais même en matant une fille j'arrive à vous battre à plate couture. » Répondis-je en dévoilant mon jeu qui constituait une belle quinte.

Quelques plaintes de la part de mes adversaires se firent entendre et je vis que Sam n'avait plus aucun jeton, à l'instar d'Emmett.

« C'est entre toi et moi Paulichon. » Annonçai-je avec condescendance. Il fronça les sourcils.

« Ah non tu vas pas t'y mettre aussi ! » Râla-t-il. « Vous voulez vraiment que je commette un meurtre ? »

« Joue au lieu de te lamenter comme une fille. »

« Connard. » Marmonna-t-il en regardant son nouveau jeu.

Le jeu reprit à deux, Emmett et Sam restèrent quand même assis à regarder tandis que je mettais une raclée à Paul, comme d'habitude.

« Alors tu vas te la faire ? » Demanda ce dernier au bout d'un moment.

« Je me la suis déjà faite. » Signalai-je étonné par sa question.

« Je parlais de ce soir, abruti. » Précisa-t-il en roulant des yeux.

« Depuis quand est-ce que ma vie privée t'intéresse ? » Fis-je remarquer.

« C'est pas pour toi ! » S'empressa-t-il de se défendre. « C'est juste que la voir rouler son derrière depuis tout à l'heure m'a donné envie de faire ami-ami avec elle, si tu vois ce que je veux dire. » Dit-il avec une voix pleine de sous entendus. « Alors si tu la veux pas, bah moi je la prends. »

Je pouffai légèrement tout en proposant une nouvelle mise.

« Je te la laisse. » Déclarai-je finalement. « J'en ai pas envie. »

Il écarquilla les yeux d'effarement.

« T'es sérieux ? Tu refuses une partie de baise avec ce canon ? » S'exclama-t-il incrédule. « Qu'est-ce qu'il t'arrive ? T'as mieux à la maison c'est ça ? »

Je relevai la tête et entrouvris la bouche, choqué par ce que je venais d'entendre. Béni soit le type qui a inventé les lunettes de soleil car sans ça tout le monde aurait vu la stupeur qui devait orner mes traits. De quoi est-ce qu'il parlait ce con ?

Emmett était tout aussi surpris que moi et je vis ses yeux me scruter avec réprimande, comme s'il croyait à ces balivernes, ce que je n'arrivais pas à comprendre.

« Les mecs je déconne ! » Interrompit Paul en partant dans un rire contrôlé. « Tout le monde sait très bien qu'Edward aime personne à part lui-même et qu'il n'est pas du genre à avoir une bonne femme à la maison ! D'ailleurs je sais vraiment pas comment vous faites les gars. » Dit-il en regardant tour à tour Sam et Emmett, tandis que la « river » arrivait.

Sam rigola tandis qu'Emmett ne semblait toujours pas se dérider, tout comme moi qui n'appréciais pas vraiment la tournure qu'avait pris la conversation. J'ignorais pourquoi je me trouvais mal à l'aise à parler de ça, alors que j'aurais dû être totalement détaché, voire même amusé.

Je fis alors la seule chose qui me paraissait juste.

« Tapis. » Annonçai-je en feignant l'indifférence.

J'avançai le nombre total de jetons que possédait Paul sous le regard courroucé de ce dernier. À ce moment là je n'avais envie que d'une chose, que la partie se termine et que je puisse me barrer loin d'ici. La conversation devenait lourde et cuisante, tout cet endroit m'inspirait l'envie de fuir. Le plus choquant était de réaliser que ma véritable envie était de retrouver Bella.

« T'es un malade Masen ! » S'exclama Paul incrédule. « Mais j'aime ça. »

Il poussa tous ses jetons vers le centre de la table d'un geste bref tandis que je souriais de soulagement à l'idée que cette partie allait se finir. Haussant un sourcil, il abattit ses cartes fièrement. Un deux et un quatre de trèfle.

« Une jolie quinte pour tonton Paul ! Qu'est-ce que tu dis de ça ? »

Un sourire se forma au coin de mes lèvres.

« Impressionnant. » Fis-je faussement.

« Arrête ton char et dévoile tes cartes. » S'impatienta-t-il.

Je secouai la tête, replaçai mes lunettes légèrement descendues, puis retournai mes cartes d'un seul coup, laissant un grand sourire apparaitre et dévoilant mes dents.

« Carré d'as. » Déclarai-je finalement.

Le visage de Paul se décomposa tandis que Sam éclatait de rire.

« Il t'a encore dépouillé mon cher Paul. » Fit Emmett en se levant et en s'étirant comme un ours mal léché.

« De sept-mille dollars en plus. » Renchéris-je en me levant à mon tous, heureux de pouvoir enfin en finir.

« Pour le coup t'as intérêt à me payer un cheeseburger ! » Fit remarquer mon pote.

« T'auras même droit à des frites. » Ricanai-je en empochant les gains que la croupière me tendait.

Je me tournai vers Paul au moment de partir.

« On se la refait la semaine prochaine ! » Saluai-je à la volée, tout en agitant la grosse liasse de billets que j'avais dans la main.

« Je te plumerai cette fois. » Dit-il solennellement.

« T'avais dit ça la dernière fois, et celle d'encore avant, et d'encore encore avant… » Mimai-je d'une voix amusée.

Il grimaça.

« Va te faire foutre. »

Je me mis à rire légèrement tout en faisant un signe de la tête à Emmett pour qu'il me suive. C'est au sortir du club, que je pris pleinement conscience de la situation et de ce qu'il se passait dans ma tête.

J'avais voulu mettre fin à cette foutue partie avec une seule envie en tête : Retrouver Bella. Et ça, c'était effrayant.

Lorsque je rentrai à l'appartement ce soir là, je constatai la lumière de la cuisine encore allumée. Je déposai le dossier de Tyler Crowley sur la table basse, ôtai ma veste et la posai sur l'un des sièges libres, puis me dirigeai vers la lumière. Je fus cependant étonné de voir que Bella n'y était pas. Ce n'était pas son genre de laisser la cuisine allumée, mais en même temps vue l'heure elle devait sûrement être déjà couchée. Ça m'attristait de voir qu'elle vie elle menait par ma faute. Je l'obligeais à mener une existence complètement nulle et isolée alors qu'elle méritait cent fois mieux. Si seulement tout était plus simple… J'aimerais sincèrement pouvoir lui rendre sa liberté. Mais en même temps, je savais que malgré tout cette fille me manquerait. Elle représentait tout ce qui constituait mon humanité, tout ce que j'avais oublié depuis des années, tout ce qu'il y avait de bien chez moi…

Si elle s'en allait, est-ce que je redeviendrais celui que j'étais avant qu'elle ne débarque dans ma vie ?

Je remarquai une assiette enroulée dans du papier alu et secouai la tête d'incrédulité. Bella m'avait encore fait à manger. C'était devenu une habitude, elle le faisait à chaque fois que je rentrais tard. J'avais vraiment l'impression qu'elle s'occupait de moi comme d'un gamin. Dans un sens, ça m'énervait car on aurait dit que je rentrais pour retrouver ma femme qui me fait de bons petits plats, ce qui était totalement éloigné de la vérité. Mais d'un autre coté Bella était une très bonne cuisinière et je n'avais jamais aussi bien mangé que depuis qu'elle était là. Malheureusement, pour le coup je rentrais du fast food alors on ne pouvait pas dire que j'avais vraiment très faim. Je pris l'assiette et la rangeai dans le frigo avant de sortir de la cuisine.

Je vis la porte de mon bureau entrouverte et devinai que Bella devait être à l'intérieur. Poussant la porte avec discrétion, je me retrouvai attendri en la voyant assise sur un fauteuil, le livre posé contre elle et la tête légèrement penchée sur le coté, les yeux fermés. Elle avait dû s'endormir. Je m'avançai vers elle et m'agenouillai pour me retrouver à sa hauteur. Elle était vraiment adorable, avec ses cheveux ondulés qui lui tombaient sur les épaules et son petit air enfantin sur le visage. C'était ce que j'aimais le plus chez elle, son insouciance et sa fraicheur.

Je posai une main délicatement sur sa joue et aussitôt elle sursauta et ouvrit les yeux.

« Désolé. » M'excusai-je en retirant ma main rapidement.

Elle me regarda avec un air complètement désorienté, les yeux paumés. Cela me fit sourire, ce qui la fit froncer les sourcils.

« Qu'est-ce qu'il y a ? » Marmonna-t-elle d'une voix troublée.

« Tu t'étais endormie. » Constatai-je avec amusement.

Elle écarquilla les yeux, puis secoua la tête.

« Euh je… je devrais aller me coucher. » Balbutia-t-elle en tentant de se relever.

« Attends laisse-moi t'aider. » Intervins-je en voyant qu'elle titubait et peinait à se mettre debout.

Je passai un bras dans son dos et l'autre derrière ses genoux pour la soulever. Elle eut un hoquet de surprise et me regarda déroutée tandis que je la portais et commençais à marcher.

« Mais qu'est-ce que tu fais ? » S'enquit-elle surprise.

« T'as vu ton état ? T'es bonne à te casser une jambe si je te fais tenir debout. »

Un semblant de sourire apparut sur son visage et elle capitula en passant son bras autour de ma nuque pour se soutenir. Je nous dirigeai vers la chambre tandis que Bella baillait et enfouissait sa tête dans mon cou.

« J'ai un sentiment de déjà vu… » Songea-t-elle.

« C'est parce que je l'ai déjà fait. Sauf que cette fois là t'étais beaucoup trop bourrée pour t'en rappeler. »

Elle se mit à rire.

« Je devais vraiment être pathétique pas vrai ? »

« Pas tant que ça. » Rassurai-je en haussant les épaules. « Mais tu t'es quand même comparée à une mariée. »

« Tu m'as jamais dit ce que j'avais dit ou fait ce soir là. » Rappela-t-elle.

« T'as passé ton temps la tête dans la cuvette. Mais à part ça crois-moi, vaut mieux pas que tu saches. »

« Ça veut dire que j'ai fait des trucs horribles ? »

« Non ! » Ris-je en voyant sa mine effrayée. « Ça veut juste dire que t'étais marrante… d'une façon que tu préfères ignorer. »

« C'est toi qui as demandé à Jasper de ne plus me servir d'alcool pas vrai ? » Devina-t-elle.

« A ton avis ? » Rétorquai-je en la déposant sur le lit avec précaution.

« Tu passes ton temps à t'occuper de moi… » Murmura-t-elle en s'allongeant et en me regardant profondément. « J'arrive pas à comprendre. »

Je m'assis sur le lit à coté d'elle et la regardai silencieusement, me demandant si oui ou non c'était une bonne idée de lui parler de ce que je ressentais.

« Tu sais Bella, même si notre situation n'est pas très orthodoxe, je… j'ai envie de prendre soin de toi. » Dis-je mal à l'aise. « Je sais que c'est bizarre, mais euh… voilà. » Finis-je pathétiquement.

« Voilà ? » Répéta-t-elle en arquant un sourcil.

Elle semblait prise au dépourvu mais faisait tout pour ne pas le montrer. Ses yeux étaient un peu confus et en même temps, j'avais l'impression de l'avoir touché.

« Je savais pas quoi dire d'autre. » Me justifiai-je.

Un rire transperça ses lèvres.

« Merci. » Sourit-elle. « C'est rare quand tu dis des trucs comme ça… mais je trouve ça mignon. »

Je fronçai les sourcils, contrarié.

« Je suis pas mignon. » Me rebiffai-je.

« Si tu l'es. » Contra-t-elle avec certitude. « Surtout quand tu dis que tu l'es pas. »

« Je crois que la fatigue te fait dire n'importe quoi. » Marmonnai-je. « Tu devrais dormir. »

« Attends Edward ! » Dit-elle en se relevant légèrement.

« Oui ? »

« Je voulais te demander… comment va Jasper ? » S'enquit-elle avec inquiétude. « Parce que j'aimerais vraiment aller m'excuser pour la dernière fois mais j'ai peur de sa réaction en me voyant. »

Je soupirai et posai une main sur sa joue.

« Je vais réfléchir. Mais si je dois t'emmener chez lui, il faudra que je reste avec toi parce que je n'ai pas du tout confiance en ses réactions. » Avertis-je sérieusement.

Elle sourit.

« Ça ne me dérangerait pas. »

Je lui rendis son sourire et décidai qu'il était temps pour moi de la laisser dormir.

« Bonne nuit Bella. » Dis-je pour la laisser enfin tranquille.

Elle ne me répondit pas mais je vis son sourire s'élargir. Je pris une inspiration et fis une chose que je ne me serais jamais cru capable de faire. J'avançai ma tête près de son visage presque endormi et déposai un léger baiser sur son front, avant de m'écarter rapidement.

Elle cligna des yeux fortement, l'air surprise mais ne bougea pas. Je me relevai du lit et me dirigeai vers la porte, quand j'entendis un faible murmure provenant d'elle.

« J'aurais aimé te rencontrer il y a sept ans. »

Je me figeai, incrédule face à un tel commentaire. Qu'est-ce que cela voulait dire ? Je me retournai pour lui poser la question et constatai qu'elle s'était déjà endormie. C'est en voyant son visage plein de douceur que je me rendis compte que ça n'aurait pas été une mauvaise chose. Si nous nous étions rencontrés dans le passé, avant que ma vie ne soit prise dans une toupie infernale, si nous avions eu le même âge, que j'aurais été celui que j'étais avant, l'adolescent gentil et prodige, qui aime s'amuser et sortir avec les filles… Comment les choses se seraient-elles déroulées ?

Je ne le saurai malheureusement jamais. Mais quelque chose me dit que si j'avais rencontré Bella plus tôt, ma vie aurait sûrement pris une tournure très différente de celle que j'avais aujourd'hui.

Laissant mes sombres pensées de coté, je sortis de la chambre.

J'aurais dû aller me coucher moi aussi, mais je n'avais pas vraiment envie de dormir. Je m'apprêtai à refermer la porte de ma chambre pour laisser Bella dormir tranquillement, quand je me rendis compte que nous étions déjà en décembre, et que la période de Noël arrivait à grand pas. Il faudrait que je fasse quelque chose pour elle, histoire de lui rendre la vie plus facile. Peut être que je pouvais lui offrir un cadeau… quoi que c'était débile, je faisais jamais de cadeau à personne et je saurai même pas quoi lui acheter comme babiole merdique. Mais il fallait que je trouve une idée, quelque chose qui pourrait lui faire plaisir.

Et merde, j'allais encore me prendre la tête comme une fille… Tout ça pour un truc sans intérêt ! J'étais sûr que Bella était du genre à détester Noël en plus. Qu'elle trouve cette fête stupide et commerciale ne m'étonnerait pas le moins du monde. Cela dit, après tout ce qu'elle avait déjà subi ces derniers temps, je trouvais que c'était le minimum que de lui faire un peu plaisir. Après les problèmes d'argent de son beau père, le meurtre de ses parents, son enlèvement et tout ce qui va avec, Bella méritait un peu de répit. Peut être que je devrais demander conseil à Jasper… Enfin pour ça, il faudrait déjà que j'ai les couilles d'aller le voir. Je ne l'avais pas revu depuis le jour où il s'en était pris à Bella. Je n'osais pas lui rendre visite en sachant l'état dans lequel je risquais de le trouver.

Il allait falloir que je me démerde seul pour trouver un truc à faire pour Noël. Je souris d'amertume en songeant à cette fête débile. Je n'avais pas fêté Noël depuis 2004, et encore, même celui de 2003 avait été lamentable. Rien que le bal donné par le lycée lors de notre année de première s'était montré comme un fiasco total. Je me sentais mal rien que d'y penser. Dire qu'au départ, tout semblait parfait, nous devions nous y rendre tous les quatre : Alice, Demetri, Tanya et moi.

Mais apparemment rien ne se passait jamais comme on le voulait. Ce soir là, je m'étais disputé avec ma petite amie, j'avais été blessé par ma sœur, et j'avais fini par sécher le bal.

« Samedi 17 Décembre 2003 – Chicago

« Elle devrait être là depuis longtemps. » M'inquiétai-je.

C'était le bal de Noël du lycée. Avec Tanya nous étions sensés y aller avec Alice et Demetri. Mais ce dernier m'a envoyé un texto il y a plus d'une heure pour me dire qu'ils auraient du retard. Je connaissais Alice, je savais à quel point ce bal était important pour elle. C'était elle qui avait tout organisé, elle participait activement à la vie du lycée et pour ce genre d'évènements, elle était la meilleure. Les bals avaient toujours été très importants pour elle. Elle avait même en tête le projet d'être élue reine de la soirée… Jamais elle n'aurait manqué cette soirée, sous aucun prétexte elle n'aurait eu le moindre retard… Tout ceci ne concordait pas.

« Arrête de te faire du souci Edward. Ils vont arriver. »

Je me tournai vers ma partenaire qui me faisait un sourire rassurant. Tanya était vraiment très jolie, les cheveux relevés en chignon avec des boucles anglaises qui lui tombaient sur les épaules, ainsi qu'une robe d'un vert très clair qui s'accordait très bien avec sa peau. Je savais que j'étais chanceux. Et j'aurais dû m'en contenter, en être satisfait. Mais je n'arrivais pas à être heureux et profiter de cette soirée quand j'avais le pressentiment que quelque chose n'allait pas.

« Alice ne manquerait cette soirée pour rien au monde. » Persistai-je en jetant des œillades vers l'entrée du gymnase, dans l'espoir d'y voir ma sœur apparaitre avec son petit ami à son bras ainsi qu'un large sourire trépignant d'impatience.

« Ils ont peut être été retardé, tu sais une panne de voiture ou un problème dans la maison est vite arrivé. »

« Elle m'aurait appelé pour venir la chercher si ça avait été ça. » Fis-je remarquer.

« Peut être qu'elle n'avait pas envie de te déranger… » Proposa-t-elle.

Je secouai la tête de négation.

« Tanya, je connais ma sœur, je sais ce que cette soirée représente pour elle. Elle n'hésitera pas à me déranger comme elle le fait toujours. Elle sait que je ne peux rien lui refuser de toute façon. »

« Tu ne veux pas essayer de l'appeler ? »

« J'arrive pas à la joindre. Même le portable de Demetri est éteint. »

« Patiente encore un peu, je suis sûre qu'elle va venir. » Assura-t-elle.

« Qu'est-ce que tu peux bien en savoir ? » M'énervai-je à bout de nerfs. « Tu sais où ils sont là ? Tu sais ce qu'ils font ? Non tu n'en as aucune idée alors tais-toi ! »

Elle me regarda avec de grands yeux choqués, et je me mordis la joue intérieure pour mon manque total de respect. Elle s'apprêta à partir vexée et je la retins par le bras tandis qu'elle voulait s'en aller.

« Attends je… excuse-moi. » Dis-je en la retournant pour la regarder dans les yeux. « J'aurais pas dû te parler comme ça, je suis sur les nerfs, c'est juste que j'aime pas le fait qu'elle ne soit pas là et que je ne sache pas où elle se trouve et puis… c'est ma jumelle, je sens quand y a un truc qui va pas, et là en l'occurrence j'ai un très mauvais pressentiment et ça me fait peur. »

Elle soupira et se dérida, ce qui me fit sourire de soulagement. Elle ne m'en voulait pas.

« Tu devrais arrêter de te faire du mouron comme ça. Alice est une grande fille, elle a dix sept ans et elle peut parfaitement s'occuper d'elle toute seule. Tu ne seras pas toujours avec elle, il faut que tu apprennes à lui faire confiance. » Murmura-t-elle.

« J'ai confiance en elle, c'est juste que… »

Quelque chose attira mon regard près de l'entrée et je crus avoir aperçu Alice au loin, à l'extérieur du gymnase.

« Attends-moi là j'en ai pas pour longtemps. » Priai-je sans attendre vraiment de réponse, le regard rivé vers les portes du gymnase.

« D'accord… » Fit-elle déroutée.

Je n'attendis pas et me dirigeai vers l'entrée du gymnase, laissant ma petite amie en plan en bon idiot que j'étais. Je sortis précipitamment et regardai aux alentours, tournant la tête à droite à gauche. Je ne me souciais pas de bousculer les couples qui arrivaient, je cherchais juste Alice des yeux avec désespoir.

Au moment où je crus que tout ceci n'avait été qu'une hallucination de ma part, je l'aperçus loin devant moi qui marchait d'un pas pressé. Elle portait juste un jean et le long manteau noir que je lui avais acheté pour son anniversaire.

« Alice ! » Appelai-je dans la pénombre.

Elle s'arrêta subitement, mais ne se retourna pas. Je courus vers elle et une fois à sa hauteur, je constatai qu'elle n'était ni coiffée ni maquillée, ce qui n'était pas du tout dans son habitude. Elle se tourna enfin vers moi et mon cœur se serra en la voyant. Ses yeux étaient encore un peu humides, elle avait dû pleurer plus tôt dans la soirée. Je ne m'étais donc pas trompé, il était bel et bien arrivé quelque chose. Elle tenta un piètre sourire pour cacher son désarroi.

« J'avais envie de te voir alors je suis venue… mais tu avais l'air de t'amuser alors j'ai pas voulu te déranger. » Bafouilla-t-elle piteusement.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? » Demandai-je de but en blanc.

Alice savait très bien que je n'aimais pas tourner autour du pot. Normalement mon impatience l'amusait et la faisait sourire. Mais là ça n'avait pas le moindre effet. Au contraire ma question avait l'air de lui faire encore plus de mal. Elle tressaillit légèrement et ses yeux se voilèrent. J'émis un mouvement en sa direction et au moment où j'effleurai son épaule elle se recula comme si je l'avais brûlé.

« Alice qu'est-ce que tu as ? » M'inquiétai-je.

Elle secoua éperdument la tête, souhaitant retenir ses larmes qui commençaient à apparaitre.

« Rien… Je veux rentrer à la maison. » Fit-elle d'une voix chevrotante.

« D'accord, laisse-moi te ramener. » Proposai-je calmement.

« Non ! » Paniqua-t-elle. « Donne-moi les clés de ta voiture, je vais rentrer seule. »

Je fronçai les sourcils d'incompréhension.

« Alice, je vais te ramener c'est plus prudent. » Refusai-je. Elle secoua une nouvelle fois la tête et me regarda avec sérieux.

« Donne-moi tes clés. » Ordonna-t-elle d'un ton hostile.

« Je ne veux pas que tu rentres toute seule alors c'est non. »

« Bon sang Edward je veux pas que tu me ramènes ! Donne-moi tes foutues clés et laisse-moi tranquille ! »

Je restai inerte et incrédule face à une telle agressivité de sa part. Alice et moi ne nous disputions jamais, on se chamaillait certes, mais ce n'était jamais bien méchant. Là ça avait l'air d'être quelque chose de bien différent de toutes nos querelles dont j'étais habitué. Elle se retenait de pleurer alors que je voyais bien que ses yeux étaient embués et qu'elle était sur le point de fondre en larmes. Et pourtant elle trouvait le courage de me regarder avec une rage non dissimulée. Qu'avait-il bien pu lui arriver ?

Je soupirai de déception, quelque peu blessé par son rejet alors que j'étais celui avec qui elle parlait de tout. Cédant à sa requête – qui était plus un ordre qu'autre chose – je farfouillai dans ma poche sans la quitter des yeux, et sortis mes clés de voiture.

« Tiens. » Lui tendis-je d'une voix sans émotion.

Elle fut pendant une fraction de seconde désarçonnée par ma réaction et je crus voir un semblant de culpabilité dans le fond de ses prunelles.

Puis elle s'empara des clés à vive allure et s'en alla sans un merci, ni sans la moindre considération.

Cette nuit là, j'eus pour la première fois le sentiment qu'Alice était en train de m'échapper… »

Je cognai ma tête contre la porte de la chambre en fermant les yeux, voulant à tout prix faire sortir cette scène de mon crâne. Me remémorer ce moment où ma vie avait commencé à basculer n'était pas du tout une bonne idée. Je me rappelle à quel point je m'étais senti inutile ce soir là. Déjà Jasper qui n'avait même pas voulu venir au bal de Noël, et puis Alice qui m'était apparue bouleversée et qui s'était comportée comme si j'étais un inconnu, j'avais eu l'impression d'être complètement seul. Après le départ d'Alice, j'étais retourné dans le gymnase pour informer Tanya que je m'en allais, celle-ci ne l'avait d'ailleurs pas très bien pris, même si elle m'a dit qu'elle comprenait. J'avais appelé Jasper et il était venu me chercher. Au départ je voulais qu'il me ramène chez moi, et puis je m'étais ravisé et il m'avait accueilli chez lui pour la nuit. C'était triste à dire, mais c'est à partir de ce moment là que les liens que j'avais avec Alice ne furent plus jamais les mêmes.

Je rouvris les yeux et penchai la tête dans l'encadrement de la porte, observant Bella qui dormait profondément. Sa ressemblance avec ma sœur me frappait de plein fouet, tant et si bien que ça avait le don de me surprendre de plus en plus. De temps en temps quand je regardais Bella, c'était Alice que je voyais. Elles avaient le même caractère… et pourtant, à bien des égards elles étaient totalement différentes. Je n'avais pas menti lorsque j'avais dit à Bella que je voulais prendre soin d'elle. C'était vrai. Je voulais la protéger et également trouver un moyen de lui rendre sa liberté, même si ça signifiait que je me retrouverais seule et que je ne la reverrais plus jamais, et que par conséquent elle me manquerait. De toute façon, je ne comptais pas. Pas après tout ce que j'ai fait depuis six ans.

C'était dingue de voir à quel point ma vision des choses avait changé en si peu de temps. Il y a encore quelques semaines, j'étais une personne sans scrupule qui n'était bon qu'à exécuter les ordres qu'on lui donnait sans jamais en éprouver l'once d'un remord. Et puis Bella était arrivée, et elle m'avait rendu moins… inhumain, dirons nous. Elle était en train de faire remonter en moi quelque chose que j'avais pendant longtemps oublié. Une âme. Et même si ça me faisait peur, je n'arrivais pas à m'en défaire.

J'entendis la voix de Bella marmonner quelque chose et je la vis s'agiter sur lit. Elle bougeait lentement, serrait sa couverture dans le creux de sa main avec force. Je plissai le front et la regardai avec effarement, me demandant si j'avais bien entendu.

Elle se retourna, sans jamais ouvrir les yeux ni se réveiller. Sa main s'accrocha au drap à coté d'elle.

« Edward… »

Elle avait soupiré mon prénom avec une intensité déconcertante. Je fronçai les sourcils, désarçonné par son attitude. Bella était apparemment en train de rêver de moi. J'ignorais comment je devais réagir. Elle n'avait pas l'air d'être en plein cauchemar, au contraire elle semblait paisible, détendue, sereine. Je ne voulais pas la réveiller pour ne pas briser sa plénitude, mais je ne pouvais tout de même pas ignorer ce que je venais de voir. Si Bella se mettait à rêver de moi, ça voulait dire que plus rien ne tournait rond. Elle ne pouvait pas penser à moi durant son sommeil, c'était pas possible. Je la séquestrais bordel de merde ! Bon d'accord, le mot séquestration est un peu exagéré dans la mesure où elle faisait à peu près tout ce qu'elle voulait… mais quand bien même ! C'était pas normal.

Cela me conforta dans l'idée que nous nous étions beaucoup trop rapprochés ces derniers temps. Les conversations, les étreintes, les sourires… tout devenait beaucoup trop ambigüe entre nous, plus aucune barrière ni de limites… Même moi je n'arrivais plus à définir ce qu'elle représentait pour moi, ni à savoir ce que je ressentais pour elle. J'étais complètement perdu avec elle et visiblement, ça empirait de jour en jour. Pour être honnête, je n'avais jamais rien contrôlé avec elle, mais là c'était de pis en pis.

Le plus dingue dans tout ça, c'est que je n'allais rien faire du tout pour y remédier. Je ne savais même pas s'il y avait la moindre solution, et même s'il y en avait une, je n'étais pas prêt à l'utiliser. J'étais incapable de m'éloigner de Bella à présent, je ne pouvais pas mettre de la distance entre elle et moi, que je le veuille ou non je n'y parviendrai pas. Mais il allait quand même falloir que certaines choses changent. Déjà il fallait que je cesse de me ramollir, ce n'était pas du tout bon pour mes affaires. Il fallait que j'arrive à redevenir aussi intransigeant quand il s'agissait d'effectuer un contrat et de tuer quelqu'un. J'ignore comment j'allais faire mais je n'avais pas le choix, j'étais payé pour ça.

Ce contrat à Springfield allait finalement me faire du bien. Liquider des flics et un témoin, voilà ce dont j'aurais besoin pour me requinquer et oublier l'emprise que Bella avait sur moi.

Mû de cette nouvelle motivation, je sortis de la chambre en refermant la porte, et me dirigeai vers le salon, ouvrant mon dossier concernant Tyler Crowley et décidant de mettre toute ma concentration dans ce nouveau contrat.


Pov Bella

Ne cessant de courir, j'étais sur le point d'atteindre le premier étage et ma respiration s'accélérait à mesure que je prenais pleinement conscience d'à quel point j'étais proche de voir enfin l'extérieur. Lorsqu'enfin je posai le pied sur le palier du premier étage, je tentai de me précipiter vers les escaliers pour aller au rez-de-chaussée mais sans que je ne m'y attende, mon bras fut tiré en arrière violemment et je gémis avant de me retrouver sans comprendre comment, immobilisée contre un mur, face à Edward qui avait ses bras tendus de part et d'autre de moi, m'empêchant ainsi tout moyen de m'enfuir.

Ma respiration se coupa et mon cri de surprise mourut dans ma gorge, surtout lorsque je vis ses yeux noirs de colère posés sur moi et me regardant comme si je venais de signer mon arrêt de mort. Je clignai des yeux, tentant de reprendre mon souffle tandis que lui ne semblait pas du tout essoufflé le moins du monde.

« Mais où est-ce que tu croyais aller comme ça ? »

Sa voix avait susurré avec suavité près de mon visage, déclenchant une vague de désir dans le bas de mon ventre. Mes mains se mirent à trembler légèrement et mon corps tout entier devint fébrile. Ses yeux toujours aussi noirs me scrutaient intensément, son visage se rapprochant du mien comme pour mieux m'observer. Ma bouche s'entrouvrit et mon dos se décolla du mur progressivement, comme s'il était attiré vers lui par une force inconnue. Ses traits se durcirent soudainement en voyant l'expression de mon visage et notre proximité. Il ferma les yeux l'espace d'un instant et lorsqu'il les rouvrit, je réalisai qu'ils étaient encore plus noirs que précédemment. Seulement cette fois, ce n'était pas de la colère que je percevais dans ses prunelles, mais la même émotion qui se reflétait dans mon propre regard. Il était avide. Cette constatation me rendait encore plus désireuse.

L'une de ses mains posées contre le mur à côté de mon visage se posa sur ma joue et je ne pus rien faire d'autre que de rester immobile, le regardant sans broncher. Il descendit lentement sa main sur mon cou, puis sur la base de mon épaule, un son incompréhensible sortit de ma bouche tandis qu'il fixait la trajectoire de sa main. Il caressa mon épaule avec une certaine pression et je sentis la moiteur de mes propres mains se répandre. Il reposa son regard sur moi et approcha doucement son visage du mien, m'assaillant de son odeur et de la sensation de son souffle autour de moi. Il avança son corps près du mien, ce qui m'obligea à me coller contre le mur. Je clignai des yeux rapidement, choquée de ce qui était en train de se passer et surtout de toutes les pensées qui affluaient dans mon esprit. Fixant ses lèvres sans discrétion, ma respiration se coupa et je cessai de respirer.

Enfin il fondit sur ma bouche et m'embrassa avec fièvre. Je laissai échapper un soupir de soulagement tandis que son corps se collait au mien. Son haleine capiteuse envahit mes sens et la chaleur à l'intérieur de mon corps s'amplifia. Je n'avais jamais éprouvé l'envie d'être embrassée par qui que ce soit, mes ses lèvres à lui étaient des plus savoureuses et pour rien au monde je n'aurais mis fin à ce moment. Sa bouche se fit pressante, on aurait dit qu'il était impatient, tel un fauve se ruant sur sa proie. Il me dévorait totalement. Et moi en bonne malade que j'étais, je me laissais faire et en redemandais.

Il força l'entrée de ma bouche en mordant violemment ma lèvre inférieure provoquant un faible saignement qui ne fit qu'intensifier le plaisir et l'excitation qui grimpait en moi à une vitesse phénoménale. Sa main qui était sur mon épaule descendit le long de mon bras, se posa sur ma taille puis s'empara de ma cuisse qu'il pinça pour me ramener contre lui. Je gémis contre sa bouche alors que sa langue rencontrait la mienne et la dirigeait. J'étais complètement à sa merci, à cet instant il aurait pu faire de moi ce qu'il voulait. Il me possédait entièrement.

Désirant le toucher, j'effleurai sa nuque de mes doigts, avant qu'il ne saisisse mon poignet et le colla au mur derrière ma tête. Je fermai les yeux sous le coup du choc tandis que sa deuxième main empoigna l'un de mes seins à travers mon vêtement. Je réfrénai un cri afin de ne pas rompre notre connexion et il pressa sa paume contre mon sein encore plus fortement. Mon dos s'arquait et j'avais de plus en plus de mal à ne pas lui sauter dessus tant mon désir était incontrôlable.

Il s'écarta subitement, me permettant ainsi de respirer à nouveau, et me regarda avec intensité.

« Edward ? »

Son nom avait sonné comme une supplique, souhaitant ardemment qu'il revienne de nouveau vers moi, ce qu'il ne fit pas. Un sourire mystérieux se forma sur ses lèvres, avant qu'il n'ôte sa main de ma poitrine ainsi que celle se trouvant sur ma cuisse. Il s'éloigna, toujours avec le sourire, créant un grand vide autour de moi ainsi que mon désarroi le plus total. Je le regardai déroutée pendant qu'il ne cessait de se reculer, nos corps se trouvant à une distance raisonnable à présent, beaucoup trop raisonnable…

Je l'appelai une nouvelle fois avec une profonde incompréhension, se mêlant à de la panique.

Je ne voulais pas qu'il s'éloigne, je voulais qu'il reste avec moi, pouvoir le toucher, sentir ses lèvres contre les miennes, la chaleur de son corps contre le mien, son désir se mélangeant au mien… Mais il ne semblait pas partager le même avis puisqu'il ne cessa de reculer, jusqu'à complètement disparaitre de mon champ de vision, tandis que tout autour de moi était noir et irréel. J'étais là, seule dans un tourbillon obscur, complètement pantoise, affolée et désorientée, et lui était loin, tellement loin que j'ignorais même s'il existait vraiment.

« Edward ! » Criai-je sans obtenir l'once d'une réponse…

Mes yeux s'ouvrirent brusquement et je me rendis compte que j'étais allongée dans mon lit – ou plutôt le sien – et qu'il n'y avait personne autour de moi hormis les rideaux tirés de la chambre, la table de chevet ainsi que l'armoire. Je soupirai et me passai une main sur le visage, constatant que je transpirais.

J'étais vraiment dans une situation des plus critiques.

Une semaine s'était écoulée depuis la nuit où il avait dormi avec moi, et depuis pas un jour ne s'était écoulé sans que je ne rêve de lui.

Certaines fois comme dans le cas présent, je rêvais de situations qui s'était déjà produites dans le passé, et où la fin se modifiait pour devenir un pur fantasme de mon imagination. D'autres fois il s'agissait de moments complètement inventés mais qui finissaient tous de la même façon. Dans tous les cas, je rêvais d'Edward d'une manière horriblement indécente. Je commençais à me rendre compte que physiquement, je désirais cet homme sans le vouloir. Plus le temps passait et plus mon désir pour lui se manifestait, j'étais persuadée que ça allait finir par devenir incontrôlable. C'était étrange car je n'avais jamais eu l'habitude de rêver de qui que ce soit de cette façon là, je n'étais naturellement pas une adolescente avec les hormones en ébullition. Mais depuis quelques jours, j'avais l'impression d'être une vraie débauchée. Heureusement qu'Edward ne semblait pas avoir remarqué l'attirance que j'avais pour lui puisque son attitude envers moi n'avait pas changé.

Le seul inconvénient était qu'il était beaucoup absent ces jours-ci. Il faisait de longs voyages jusqu'à Springfield pour quelque chose dont il ne voulait pas me parler, ce qui fait qu'il rentrait encore plus tard que d'habitude. Les rares fois où il était là il restait avec moi, et je dois dire que ça me plaisait, j'adorais sa compagnie. Mais j'avais honte de dire que lorsqu'il n'était pas là, ce qui était le cas la plupart du temps depuis une semaine, je me languissais de lui. C'était triste à dire mais j'avais le sentiment d'être éprise de lui. En tout cas d'un point de vue physique, ça semblait être le cas si on en croit tous les rêves que je fais depuis des jours.

Moi qui n'avais jamais été très avide de ce genre de relations auparavant, voilà qu'Edward était devenu pour moi une véritable obsession. Et cela se faisait de plus en plus ressentir lorsque je me trouvais à proximité de lui. Je sentais les battements de mon cœur s'accélérer et mes mains devenir moites, chaque fois qu'il me souriait ou qu'il me touchait. J'essayais de ne rien laisser paraitre et de me comporter de façon tout à fait normale, mais parfois ça me semblait impossible. Je me demandais d'ailleurs comment il faisait pour ne pas remarquer la gêne qui m'accaparait ou encore la tension que j'éprouvais quand il était près de moi… Peut être que tout simplement, il ne faisait pas attention à moi. Après tout c'est vrai, comment pourrait-il un tant soit peu me regarder de la même façon que moi je le regarde ? J'étais bien trop jeune, et surtout beaucoup trop banale. Il devait sûrement me considérer comme une petite sœur ou une autre idiotie du même genre.

J'étais réellement d'un pathétique effarant.

Je devrais parler de mes rêves à quelqu'un. Le raconter à Rosalie, elle pourrait sans doute m'aider à trouver une solution pour que j'arrête d'avoir ce genre de fantasmes malsains. Ou alors en parler à Jasper, il était mon psy il était tenu au secret professionnel non ? Encore faut-il que celui-ci accepte de me parler à nouveau…

D'ailleurs en y pensant, c'était aujourd'hui qu'Edward était sensé m'emmener le voir. Il avait accepté que j'aille m'excuser auprès de lui mais refusait que je reste seule car il n'a pas assez confiance en le self contrôle de Jasper. Dans un sens, ce coté protecteur envers moi me touchait car ça me confortait dans l'idée que je ne signifiais pas rien à ses yeux.

Je me fustigeai pour ce genre de pensées. Il fallait que j'arrête de penser à lui de cette façon, ce n'était pas normal. Déjà la relation que j'avais avec lui n'était pas normale, alors si en plus je me mettais à songer à lui de manière affriolante… Je devais me rendre à l'évidence, j'avais complètement perdu l'esprit. Me levant d'un air décidé, je stoppai momentanément mes réflexions douteuses et allai dans la salle de bain me laver. J'eus presque une déception lorsque je constatais qu'elle était vide. Il était vrai que depuis la semaine dernière où je l'avais surpris vêtu d'une simple serviette, Edward faisait très attention, ce qui à la fois me soulageait et me désappointait.

Je pris une longue douche froide et après m'être lavée et habillée, j'allai dans la cuisine avec une pointe d'appréhension. Il était assis, en train de boire son café habituel. À bien y réfléchir je ne l'avais encore jamais vu prendre quoi que ce soit d'autre le matin. Je souris en le voyant.

« T'es encore allé à la boulangerie. » Devinai-je d'après le sachet de viennoiseries posé au milieu de la table.

Il se tourna vers moi et me fit un sourire.

« La flemme de préparer un petit dej. » Répliqua-t-il pour excuse. Je le regardai amusée puis m'avançai vers la table pour prendre un croissant.

« Faudra que je t'apprenne à cuisiner un de ces jours, histoire que tu ne te ruines pas en achetant sans arrêt des trucs à manger. »

« Je t'ai pas dit ? L'autre jour j'ai gagné sept milles dollars en jouant au poker. » Se vanta-t-il. « Combien de viennoiseries je peux m'acheter avec ça ? »

« Tu joues au poker ? » M'étonnai-je.

Il hocha la tête fièrement.

« Et en plus je gagne. »

« Tu pourras me montrer comment on joue ? » M'enquis-je en mordant dans mon croissant.

Edward tourna la tête vers moi et me regarda avec curiosité.

« Pourquoi, ça t'intéresse ? »

« Bah quand je vois tous ces types à la télé qui amassent un paquet de fric en jouant aux cartes… ça fait envie. » Dis-je en haussant les épaules. Il rit brièvement.

« C'est marrant, tu parles comme un mec. » Commenta-t-il avec un sourire au coin des lèvres.

« En même temps j'ai que toi sur qui prendre exemple. » Lui fis-je remarquer.

« Sois-en fière, au moins t'es tombée sur un type qui non seulement est intelligent, mais qui en plus a du gout. »

« Sans oublier son égo qui pèse plus lourd qu'un sumo. » Répliquai-je sarcastique.

Il se mit à rire en secouant la tête d'une façon que je trouvais adorable.

« Je t'apprendrai à jouer au poker un jour. » Promit-il en revenant au sujet précédent.

Je souris et restai silencieuse, me contentant de manger. De temps à autre je baillais et Edward dût le remarquer puisqu'au bout de plusieurs minutes il me demanda.

« T'as l'air fatigué. Est-ce que tu fais à nouveau tes cauchemars ? »

Je décelai un semblant d'inquiétude dans ses yeux et j'aurais pu en être touchée si je n'étais pas aussi embarrassée à cause du rêve que j'avais fait cette nuit et qui envahissait mon esprit.

« Euh… non pas que je sache. » Répondis-je maladroitement.

« Tu es sûre ? » S'enquit-il soucieux. « Parce que tu peux m'en parler… »

« Tout va bien Edward, je te le promets. D'ailleurs, ça fait plusieurs jours que je n'en fais plus. »

« C'est vrai ? » Fit-il étonné.

« Ouais… » Marmonnai-je dépitée.

Je me demandais si finalement je ne préférais pas mes anciens cauchemars à ces rêves érotiques absurdes qui avaient le don de me mettre dans tous mes états…

« Ça n'a pas l'air de t'enchanter. » Observa-t-il. Mon visage se décomposa et je détournai la tête.

« Je vois pas ce qui te fait dire ça. » Éludai-je.

Il me scruta sans dire un mot, se contentant de m'examiner avec son air indéchiffrable qui m'exaspérait. Je tournai la tête vers lui et soutins son regard qui semblait avoir compris que je lui cachais quelque chose. Il finit par soupirer et abdiquer, posant sa tasse de café sur la table et se relevant.

« Tu es prête ? » Demanda-t-il en allant enfiler sa veste sans me laisser le loisir de répondre.

« Et ta tasse tu crois qu'elle va se débarrasser toute seule ? » Hélai-je outrée.

Il se tourna vers moi avec incrédulité.

« Je te demande pardon ? » S'exclama-t-il perplexe.

« Tu m'as comprise. » Fis-je en le regardant d'un air entendu, les sourcils haussés.

« Tu sembles oublier que c'est moi le chef ici. » Rétorqua-t-il contrarié.

« Et toi tu oublies que je suis pas ta femme de ménage ! » Protestai-je.

« J'en ai rien à foutre, je vais pas débarrasser cette tasse juste parce que tu me l'as demandé ! »

« Edward… » Persistai-je en le regardant avec insistance.

Il ouvrit la bouche pour protester avant de la refermer subitement. Il me fixa sans bouger, tandis que je ne faiblissais pas et que je tenais bon, voulant à tout prix avoir le dernier mot, pour une fois dans ma vie.

Au bout de plusieurs secondes d'inertie, il soupira et marmonna dans sa barbe en se dirigeant vers la table.

« Merde, tu fais chier. » Râla-t-il en s'emparant de sa tasse brusquement et en la mettant dans l'évier avec violence, le tout sous mon regard triomphant.

« Alors c'était si compliqué ? » Arguai-je en arquant un sourcil.

« Toi, la ferme. » Rétorqua-t-il énervé en me lançant un regard noir avant de quitter la pièce. « Et grouille-toi ! »

Je rigolai pendant plusieurs secondes avant de consentir à le suivre. Il nous emmena voir Jasper, verrouillant son appartement au préalable. Je savais qu'il était tendu puisque durant tout le trajet en ascenseur il ne pipait mot. Il n'était pas allé voir Jasper du tout car il pensait que s'il allait le voir pour lui demander de m'emmener le voir, celui-ci refuserait catégoriquement et monterait sur ses grands chevaux.

« Tu crois qu'il va me pardonner ? » M'enquis-je avec appréhension.

« Pour ça faudrait déjà qu'il soit sobre. » Répondit-il sans me regarder.

Je le regardais tristement, comprenant que l'état de son ami l'affligeait et lui faisait plus de mal qu'il ne le laissait paraitre. Je me posais beaucoup de questions à propos de Jasper. Son attitude et son comportement depuis le meurtre de la sœur d'Edward me poussait à me demander les liens qu'il entretenait avec elle.

Sans doute avait-il été amoureux… c'était même presque certain. Peut être qu'ils s'aimaient tous les deux et qu'ils avaient des projets ? Il faudrait qu'un jour je trouve le courage de demander à Edward les relations qu'entretenait Jasper avec Alice. Est-ce que cette dernière l'aimait aussi ? Toute cette histoire me semblait étonnamment complexe.

Lorsque nous arrivâmes devant la porte de l'appartement/cabinet de Jasper, Edward fronça les sourcils en voyant la porte entrouverte.

« Ce con ne laisse jamais ouvert d'habitude. » Remarqua-t-il avec étonnement.

« Tu crois qu'il a un problème ? » Osai-je demander.

« On va bien voir. »

Il poussa la porte et entra le premier, inspecta les lieux du regard avant de m'inciter à le rejoindre. Je ne me fis pas prier et entrai à mon tour, pas très rassurée. Nous nous retrouvâmes dans cette salle d'attente morbide où tout respirait l'envie de se suicider, les murs gris, la noirceur des meubles ainsi que les tableaux carrément lugubres. Edward ouvrit la double porte blanche qui menait au cabinet et j'eus à peine le temps de voir son visage pâlir d'horreur qu'il disparût à l'intérieur.

« Putain de merde ! » L'entendis-je hurler.

Je le suivis lentement et découvris avec effroi l'état dans lequel se trouvait Jasper. Il était allongé par terre, complètement inconscient et le visage blanc. Sa chemise était mal boutonnée et sa barbe devait avoir au moins cinq jours. Depuis combien de temps ne s'était-il pas lavé ?

« Mais qu'est-ce qu'il a ? » M'écriai-je affolée en m'approchant, tandis qu'Edward était agenouillé devant lui et tentait de le ranimer.

Il ne me répondit pas et se contenta de donner de petites gifles sur sa joue pour le réveiller, ce qui n'eut aucun effet. J'inspectai les lieux et constatai que plusieurs bouteilles d'absinthe vides gisaient par terre et sur son bureau.

Pauvre Jasper… Songeai-je attristée.

Voyant qu'il ne semblait pas du tout se réveiller, Edward inspecta son pouls silencieusement. Je vis son corps se tendre subitement et il jura dans sa barbe.

« C'est pas vrai… Bella, va chercher le téléphone dans son appartement. » Ordonna-t-il en me montrant la porte fermée à coté de son bureau.

Je restai quelques secondes immobile, la panique s'insufflant en moi devant l'étendue de la scène devant moi. Me rendant compte de la gravité de la situation, je ne me fis pas prier et fis ce qu'il me demandait. J'allais vers la porte et l'ouvris sans hésiter, puis me retrouvai dans un couloir tout poussiéreux. Il ne devait pas passer le balai souvent. L'odeur n'était pas non plus très sympathique, mais ce n'était pas vraiment le moment de m'en formaliser. J'ouvris la première porte que je voyais et me trouvai nez à nez avec une cuisine dégueulasse, la vaisselle pas faite, des miettes partout ainsi que des meubles dégueulasses. L'appartement de Jasper était décidément une vraie porcherie. C'en était navrant.

Refermant cette porte aussitôt, je me dirigeai vers la seconde et fus étonnée de voir que cette pièce là était propre. Elle était même impeccable. Les murs étaient rouges, le bureau du fond était d'un bois somptueux, quelques étagères de libres se trouvaient sur le coté… Mais le plus surprenant était sans aucun doute le piano qui trônait fièrement au centre de la pièce. Il était noir et d'une beauté majestueuse. J'étais sur le point de perdre mon temps à l'admirer lorsque je me rappelai que ce n'était pas le moment. Je refermai la porte et me dirigeai dans la troisième. Il s'agissait d'un salon en piteux état. À l'identique de la cuisine. Le canapé taché et troué de partout, la télévision blindée de poussière et j'en passe. Je repérai néanmoins le téléphone posé sur son socle sur l'une des étagères. Ni une ni deux, je m'en emparai avec soulagement et me précipitai hors de ce taudis monstrueux.

C'est lorsque je m'avançai vers le bureau et que je vis Edward près du corps inanimé de Jasper que je me figeai avec choc.

Un téléphone…

Cette idée ne m'avait jamais traversé l'esprit depuis maintenant car l'occasion ne s'était pas encore présentée. Mais si je m'en servais, je pouvais très bien appeler le 911 et leur expliquer ma situation… Cette idée m'enivra et me donna un semblant d'espoir.

Seulement lorsque je vis le visage torturé d'Edward qui craignait pour la vie de son ami, je ne pus m'empêcher de regretter instantanément les pensées qui m'avaient traversées l'esprit. Ce dernier releva la tête et fronça les sourcils lorsqu'il me vit.

« Bella ! » Pressa-t-il en voyant que je ne bougeais pas d'un pouce.

Secouant la tête pour faire taire mes envies de fuite, j'accourus vers lui le téléphone en main et le lui remis, réalisant que j'avais une nouvelle fois laissé passer ma chance de me sauver loin d'ici. Mais la vie de Jasper était en jeu… Aurais-je été capable de me regarder dans un miroir si j'avais profité de son état critique pour sauver ma propre vie ? Et puis il aurait fallu que j'abandonne Edward au moment où il était dépassé.

Il m'arracha presque le téléphone des mains et commença à composer un numéro. Il tendit l'appareil à son oreille au moment où il entendit le souffle de Jasper. J'écarquillai les yeux tendit que celui-ci tentait d'ouvrir les yeux et qu'Edward se précipitait sur lui.

« Jasper ! Tu vas bien ? »

Jasper cligna de l'œil avant de murmurer quelque chose.

« C'est toi. » Parvint-il à formuler dans un soupir en refermant les yeux et en tournant la tête sur le coté, alors qu'Edward essayait tant bien que mal de le maintenir.

Il fronça les sourcils et lui tapota la joue pour tenir éveillé.

« Quoi ? » Demanda-t-il la voix pleine d'incompréhension.

Jasper poussa un long soupir rauque, cherchant un moyen de parler sans y parvenir. Il réussit à ouvrir les yeux à moitié et marmonna une phrase en regardant Edward, qui eut le don de me glacer d'effroi et faire stopper les battements de mon cœur.

« C'est toi qui l'as tuée… »


Je vois d'ici vos têtes : C'est pas Edward qui a tué Alice quand même ? ! :O

Si je vous dit que j'offre un teaser à toutes les personnes qui laissent une review ça vous tente ? ^^

Je vous laisse deviner comment Bella va réagir en entendant ça de la bouche de Jasper. Alors quel est votre avis ? Est-ce qu'Edward a vraiment tué sa soeur ? Comment va se passer la fusillade à Springfield ?

Toutes ces réponses dans le prochain chapitre ! En attendant j'espère que vous avez aimé celui-ci, avec le flash back et le rêve érotique de Bella (à défaut d'avoir du lemon il fallait que je trouve une utilité à ce rating M xD)

Je tiens à signaler que j'ai profité des vacances pour prendre un peu d'avance sur cette fiction alors je devrais pouvoir poster un peu plus régulièrement dorénavant. Je promets en tout cas de ne pas dépasser un mois entre chaque post !

Je rappelle à tous que je possède un compte TWITTER que je mets très régulièrement à jour donc si vous voulez être informé à chaque fois que je poste un nouveau chapitre, je vous conseille d'aller sur mon profil et de cliquer sur le lien ;)

N'oubliez pas de laisser une review avant de partir, j'attends vos pronostics ! On se retrouve pour le chapitre 12 !

Votre Dévouée Popolove