Salut à tous !

J'espère que vous allez bien et que vous êtes parés pour lire un nouveau chapitre :D

Tout d'abord merci infiniment pour toutes vos reviews, j'ai du mal à réaliser quand je vois le nombre dans ma boite mail à chaque fois. D'ailleurs je m'excuse de tarder autant à répondre, je fais vraiment en fonction du temps libre que j'ai, mais j'espère vous répondre beaucoup plus vite la prochaine fois.

Je remercie les anonymes

xHouna, Lisa, Martine16, lily-rose, Hlne, mickey, emma, Capitaine Nemo, Marie, Yoyo, scorpionlove09, Manola, Justine, Samantha, Letyss, CerisaDuroy et liliane

Esther : Je t'enverrai volontiers le teaser sur ton adresse mail, pour ça il faut juste que tu me la transmettes dans un commentaire ;) Par contre n'oublie pas d'ajouter des espaces ou des parenthèses car ce site n'accepte pas les URL ni aucun autre lien. Merci pour tout en tout cas ! Tout ce que tu as dit m'as vraiment touchée, mais j'espère que tu exagères un peu quand tu dis que tu passes ta vie à regarder si j'ai posté un nouveau chapitre xD

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D'après vos commentaires, aucun de vous n'a cru à l'hypothèse qu'Edward avait pu réellement tuer sa sœur... En fait ça ne m'étonne pas vraiment, mais quoi qu'il en soit vous allez vite être fixés. Je suis heureuse de voir que le rêve érotique de Bella a fait un carton plein lol. Allez courage, dans pas longtemps ce rêve deviendra réalité... Du moins dans quelques chapitres ;)

Bonne Lecture !


Chapitre 12 : Vulnérable

Pov Bella

oO "Il nous faut" Oo – Elisa Tovati & Tom Dice

« C'est toi qui l'as tuée… »

« C'est toi qui l'as tuée… »

« C'est toi qui l'as tuée… »

Plus je me répétais cette phrase dans ma tête, et plus je trouvais qu'elle n'avait pas le moindre sens. Jasper l'avait murmurée avant de sombrer une nouvelle fois dans l'inconscience. J'avais regardé Edward avec une profonde interrogation, ne sachant pas ce qu'il fallait en conclure. Ce dernier s'était figé lorsqu'il avait entendu la voix de Jasper. Son corps tout entier s'était tendu et son visage s'était contracté au point que ça me fit mal de le regarder. Il était resté sans voix et immobile un moment avant de se reprendre et d'essayer de réveiller Jasper avec entrain. À ce moment là je m'étais mise à détester Jasper pour ce qu'il lui infligeait.

Edward passait son temps à le ramasser à la petite cuillère, à s'occuper de lui, il était là pour lui, pour le sauver chaque fois qu'il était au plus mal. Et la seule chose que Jasper faisait pour le remercier était de le blesser. Comme si ce n'était pas déjà suffisamment difficile pour lui d'assister à la détérioration de son meilleur ami, il fallait en plus de ça que celui-ci prononce des paroles violentes servant uniquement à le torturer encore plus qu'il ne l'était.

Ou alors…

Non. Fis-je taire ma conscience.

Il faut bien penser à cette éventualité.

Je ne veux pas y penser.

Je secouais ma tête afin de m'empêcher de songer à ça mais en vain, ma conscience ne faisait que me rappeler à l'ordre que ce qu'avait dit Jasper ne pouvait pas être sans raison.

Et si Jasper avait tout simplement raison ?

Il n'a pas raison.

Edward a déjà tué pas mal de gens, il a très bien pu assassiner sa sœur lui-même. Me fit remarquer ma conscience.

Je mis mes mains au dessus de ma tête et fermai les yeux, voulant à tout prix cesser mes interrogations. Edward n'avait pas tué sa sœur, c'était impossible. J'avais bien vu dans sa voix à quel point il l'aimait, à quel point il aurait tout fait pour elle. Et puis il me l'avait dit il y a quelques semaines, que la première personne qu'il avait dû tuer était lorsqu'il avait dix neuf ans. Hors Alice était morte à dix huit ans. Cela dit… en y repensant, il avait été étrange lorsqu'il m'avait répondu ce soir là. Il m'avait demandé si je parlais bien de la première personne qu'il avait tuée pour le compte d'Aro Volturi, comme s'il avait déjà abattu quelqu'un avant ça. Et quand je lui avais demandé si ça lui était arrivé avant de connaitre Aro, il m'avait dit non d'une façon plus que bizarre.

Se pouvait-il qu'Edward soit déjà un meurtrier bien avant de rencontrer Aro ? Bien avant de travailler pour ce mafieux ? Et si c'était le cas, se pouvait-il que la personne qu'il ait tuée fût sa sœur jumelle ?

« Bella ? »

La voix d'Edward me ramena à la réalité et je posai mes yeux sur lui. Il était debout devant moi et me sondait avec inquiétude. Nous étions toujours dans l'appartement de Jasper, ce dernier était par terre immobile, et plusieurs personnes accouraient autour de lui.

« Les secours sont arrivés. » Me dit-il d'une voix plus froide que d'ordinaire.

Je vis son visage qui semblait durcir de minute en minute. Ses yeux s'étaient voilés, son front s'était plissé et je remarquai qu'il avait l'air absent. Je mettais ma main à couper qu'il devait ressasser la phrase de Jasper dans sa tête depuis tout à l'heure. Après tout c'est ce que je faisais aussi. Je n'osais pas imaginer à quel point ça devait le torturer, il était là à faire comme si de rien n'était devant les secours qui étaient en train d'emmener Jasper sur un brancard, alors qu'en réalité il était totalement ébranlé.

Le voir dans cet état ne me laissait pas de marbre, j'éprouvais une envie déraisonnable de le prendre dans mes bras. Mais je me doutais qu'il me repousserait si j'osais émettre un seul mouvement dans sa direction. J'étais tellement absorbée par lui que je ne tentais même pas de m'échapper en me servant des secours qui étaient là pour Jasper. Ils faisaient leur boulot sans poser de question ni à moi ni à Edward. Une part de moi aurait vraiment voulu foncer vers eux et les supplier de m'emmener avec eux, de leur faire comprendre que j'étais retenue captive dans l'appartement d'un criminel et qu'il fallait absolument que je m'en échappe…

Mais une autre part de moi, plus consistante et plus importante, m'empêchait de bouger ne serait-ce que le petit doigt. Abandonner Edward maintenant n'était pas du tout une bonne idée, pas quand je vois l'état dans lequel il se trouve. Je ne pouvais pas le laisser seule, et le pire c'était que je n'en avais pas envie. Ça me troublait de l'avouer, mais c'était vrai. Je voulais rester, parce que je savais que je me détesterais pour avoir profité de l'inconscience de Jasper et de la vulnérabilité d'Edward. Si je devais m'enfuir, ce serait dignement. Pas en faisant un coup aussi bas. De plus toutes mes pensées étaient tournées vers Edward ces derniers temps, et j'avais l'intime conviction que ça allait continuer à empirer dans les jours à venir. Je ne pouvais pas essayer de partir maintenant, pas tant que je n'aurais pas mis un terme à ce qui était en train de m'arriver. Je n'étais pas idiote, je me rendais bien compte que mes sentiments pour lui se développaient de plus en plus si bien qu'il hantait mes rêves au quotidien et que je passais mes journées à penser à lui.

Sans m'en rendre compte, les secours partirent et emmenèrent Jasper avec eux, si bien que je me retrouvai seule avec Edward qui était totalement ailleurs, perdu dans des pensées sombres et visiblement douloureuses. Je n'osais pas le déranger mais une fois que nous serions de retour chez lui il allait falloir qu'il me parle. Il était hors de question que je le laisse ruminer en solitaire et se refermer comme une huitre. Il ne me regardait pas, n'avait même pas conscience de ma présence ni de mon inquiétude pour lui.

Je décidai de l'emmener loin d'ici, ne voulant pas rester dans l'appartement de Jasper une minute de plus.

« Viens on rentre. » Priai-je avec des yeux insistants.

Il tourna sa tête vers moi, probablement étonné de voir que j'avais osé lui donner un ordre. Il me regarda troublé, semblant se reconnecter avec la réalité sans vraiment y parvenir. Voyant qu'il n'avait pas l'air de vouloir réagir, je tendis la main vers lui et lui lançai un regard suppliant.

« S'il te plait Edward. »

Il entrouvrit la bouche, les yeux grands ouverts, apparemment désarçonné. Il ne devait pas s'attendre à ce que je prenne les directives et me mette à diriger, mais vu son état je trouvais que c'était la meilleure des choses à faire. Ses yeux dérivèrent vers ma main tendue avant que son regard ne remonte vers mon visage. Il resta immobile et silencieux, je devinais qu'il devait être en plein débat intérieur à savoir si oui ou non il acceptait de me suivre et de me faire confiance.

Alors que j'allais rabaisser ma main en comprenant qu'il ne voulait pas de mon aide, il me prit de cours en s'en emparant. Je sentis comme une décharge à son toucher, une sorte de tension électrique qui me déstabilisa.

« D'accord. » Murmura-t-il au bout d'un moment.

J'essayais de ne pas montrer les émotions qui me submergeaient tandis qu'il entremêlait nos doigts avec hésitations. Je souris faiblement, tâchant d'ignorer les papillons que j'avais dans le ventre et me rapprochai de lui qui avait un air concentré sur le visage. Je posai ma seconde main sur son avant bras et entrepris de marcher lentement vers la sortie de l'appartement. Il se laissa faire sans dire un mot, c'était comme si j'étais en train de guider un aveugle ou une personne qui a du mal à se déplacer. Il fallait avouer que c'était la première fois depuis mon arrivée à Chicago que je voyais Edward dans cet état fragile et ébranlé. Lui qui en temps normal a toujours une longueur d'avance sur tout, qui est le roi de l'impassibilité et de la froideur, voilà qu'il laissait son masque au placard et se comportait comme l'une des personnes les plus humaines que je connaissais.

Même si j'appréciais de voir le coté humain de sa personne, je préférais son attitude décontractée de ce matin, au moins il était souriant et rieur.

J'appelai l'ascenseur et le conduisis à l'intérieur. Il s'accrochait toujours à ma main d'une façon déconcertante et quelque part, j'aimais cette idée, bien trop à mon gout. Nous arrivâmes rapidement devant son appartement et je dus le rappeler à l'ordre pour qu'il sorte ses clés. Après avoir farfouillé maladroitement dans sa veste, il sortit les clés et me les tendit. Je les pris et les insérai dans la serrure. Lorsque la porte s'ouvrit, il lâcha ma main pour entrer rapidement, déclenchant ainsi une certaine froideur dans mon épiderme. J'entrai à mon tour et refermai la porte, avant de baisser les yeux vers les clés.

Est-ce qu'il s'en rendrait compte si je ne fermais pas à clé ? Après tout il était encore un peu sous le choc, il ne le verrait peut être pas. Ce qui voulait dire que je pouvais très bien m'enfuir une nouvelle fois lorsqu'il aurait le dos tourné…

« Le verrou Bella. » M'ordonna-t-il d'une voix dure.

Je me tournai vers lui qui me regardait avec froideur, comme s'il avait deviné mes intentions et que ça ne lui plaisait pas du tout.

« Je… euh, pardon. » Balbutiai-je en verrouillant la porte rapidement, éprouvant une vague de culpabilité.

« Donne-moi les clés. » Fit-il sèchement.

Je m'exécutai et il les prit après m'avoir asséné d'un regard réprimandant. Il s'avança vers la porte et quand je vis qu'il avait l'intention de s'en aller, je lui pris le bras.

« Qu'est-ce que tu fais ? » M'enquis-je incrédule.

« Je devrais déjà être au boulot depuis longtemps à l'heure qu'il est. » Dit-il sans me regarder.

« Tu ne songes quand même pas à y aller ? » M'exclamai-je, les yeux écarquillés.

« Et pourquoi pas ? Je vais quand même pas rester ici ! Mieux que ça, je ferais mieux d'aller à l'hôpital. » Songea-t-il.

« Edward, tu n'es pas dans ton état normal, reste-ici. » Tentai-je calmement. Il semblait tellement tourmenté et perturbé que ça en était douloureux.

Il se tourna vers moi et ancra son regard dans le mien, un regard plein de colère et d'incertitudes.

« Bordel, mon meilleur pote est à l'hosto et toi tu voudrais que je reste là à rien faire ? ! » S'écria-t-il d'une voix puissante.

« Mais regarde-toi ! T'es complètement bouleversé et perdu, tu ressembles à un zombie ! » Contrai-je d'un ton désespéré en le désignant d'un geste de la main. « Je te laisserais pas t'en aller dans ta condition ! »

« Et qu'est-ce que ça peut bien te foutre à toi de toute façon ? ! » Cracha-t-il.

« Parce que je m'inquiète pour toi espèce de crétin ! »

Il me regarda abasourdie et je détournai les yeux. Un silence s'instaura entre nous alors que je n'osais toujours pas lever les yeux vers lui et qu'il était toujours étonné.

« Tu viens de me traiter de crétin ? » Constata-t-il sur un ton presque amusé.

J'haussai les épaules.

« Ouais… et en plus je suis pas désolée. » Marmonnai-je sans le regarder.

Il ne répondit pas et je commençais à être embarrassée. J'avais peut être franchi des limites à ne pas franchir, avec lui on n'était jamais sûr de rien, il pouvait très bien se mettre dans un état incontrôlable pour une chose aussi insignifiante… mais cela dit je n'allais pas m'excuser pour avoir dit ce que je pensais, ou plutôt ce que je ressentais.

Le crétin était peut être en trop… Me fit remarquer ma conscience.

Je lui ai déjà dit d'aller se faire voir une fois, et il a rien dit. Tentai-je de me rassurer.

J'essayais de ne pas le regarder, mais c'était difficile de contrôler mon envie de jeter un coup d'œil sur son visage, dans la mesure où je désirais ardemment pouvoir déchiffrer ses émotions. Et alors que je n'arrêtais pas de me répéter dans ma tête de ne pas le regarder, je fis naturellement la seule chose à faire. Je levai les yeux vers lui.

Contrairement à ce que j'aurais cru, il ne semblait pas être sur le point de sortir de ses gonds pour m'agresser, il semblait seulement… sonné. Je pouvais même remarquer un vague sourire se former sur ses lèvres et je compris qu'il abdiquait et qu'il acceptait de rester ici. Au bout de ce qui me semblait une éternité, il saisit ma main, et comme un automatisme, mon cœur manqua un battement et je ressentis des picotements me parcourir à ce simple toucher innocent.

« Bon bah… on va pas rester devant la porte toute la journée. » Baragouina-t-il.

Je souris tandis que la constatation montait dans mon cerveau et que je me rendais compte de ce qui venait de se produire. Moi, Bella Swan, avais réussi à dominer Edward Masen. J'avais l'impression que même la médaille d'or d'athlétisme aux jeux olympiques n'était pas capable de surpasser l'exploit que je venais d'accomplir. Dire que je me sentais fière de moi à cet instant était un euphémisme, je n'étais pas seulement fière de moi, je me sentais carrément extraordinaire. Bon d'accord, peut être que j'exagérais un peu, mais faut avouer que ce que je venais de faire était vraiment génial. Et puis un peu d'estime de moi pour une fois ne me ferait pas de mal, avant que je ne me replonge à nouveau dans la sensation d'être une pauvre orpheline qui n'a absolument rien de spécial.

Sans lâcher sa main, je reculais pour le conduire vers le canapé qui trônait au milieu du salon. Il me suivit sans contester, me regardant d'un air indéchiffrable et concentré. Était-il en train d'essayer de lire en moi ? Je ne me posai pas plus la question et l'incitai à s'asseoir sur le canapé avec douceur. Il s'exécuta et s'assit sans un mot, le visage un peu perdu et désorienté.

« Tu veux que j'aille te chercher un truc à boire ? » Proposai-je en commençant à m'en aller vers la cuisine.

Il me retint par le bras fermement.

« Non attends ! » S'écria-t-il et je me tournai vers lui pour voir qu'il me regardait avec des yeux suppliants. « Est-ce que… enfin… tu peux rester avec moi ? »

J'ouvris la bouche, décontenancée. Je pouvais presque entendre les battements de mon cœur cogner dans ma poitrine à une vitesse démesurée. Voilà comment Edward s'y prenait pour me faire perdre mes moyens, il suffisait d'une seule phrase, d'un seul regard pour me faire flancher, moi et toutes mes barrières. Finie la Bella Swan qui avait enfin eu le dessus sur lui, retour à la Bella déstabilisée qui est complètement à sa merci. Cela aurait pu m'énerver si je n'étais pas totalement suspendue à son regard implorant qui était susceptible de me faire accepter n'importe quoi s'il me le demandait.

Ne pouvant rien faire d'autre qu'hocher la tête, je m'assis à coté de lui en silence, baissant la tête vers mes mains qui était sur mes genoux. Il ne fit rien pour engager la conversation et nous restâmes ainsi, assis comme deux imbéciles sans se regarder. J'aimais à penser que ma simple présence l'apaisait et que c'était pour ça qu'il m'avait supplié de rester avec lui, mais c'était idiot n'est-ce pas ? Pourquoi aurait-il besoin de moi ? Je n'avais aucun effet sur lui, il fallait se montrer réaliste. Il était lui et moi j'étais… moi.

Très profond ce que tu viens de dire.

Je roulai des yeux, un léger rire sarcastique s'échappa de mes lèvres, ce qui le fit tourner la tête vers moi en fronçant les sourcils.

« Qu'y a-t-il de drôle ? »

Je me raclai la gorge, tout en me fustigeant mentalement.

« Rien… je me parlais juste à moi-même. » Répondis-je honnêtement en tâchant d'ignorer ma petite voix intérieure qui me traitait de ridicule.

« C'est pas les fous qui font ça normalement ? » Remarqua-t-il.

J'haussai les épaules, levant les yeux pour le regarder et me mordis la lèvre inférieure.

« J'ai toujours su que j'étais quelqu'un de dérangé. »

Il se mit à sourire mais il n'atteignit pas ses joues, et très vite il s'effaça pour laisser place à de l'amertume. Je soupirai tristement en le voyant aussi éteint. Oui, j'aurais vraiment voulu que ma présence ait un effet quelconque sur lui, et que mes faibles espoirs ne soient pas vains et inutiles. J'aurais voulu pouvoir l'affecter d'une certaine façon car je m'inquiétais sincèrement pour lui et assister à sa peine me faisait beaucoup de mal.

Je compris alors que mon attirance pour lui allait bien au-delà de l'attirance physique que j'avais pu éprouver ces derniers jours. J'avais depuis longtemps compris ce que je ressentais pour lui mais je n'avais simplement jamais voulu me l'avouer. Les réactions qu'il provoquait à chaque fois qu'il s'approchait de moi, qu'il me souriait, m'effleurait ou disait une parole émouvante, ce n'était pas du tout dû au désir que j'avais pour lui. Oui je le désirais, d'une façon unique que je n'avais jamais ressentie pour personne, mais il ne s'agissait pas uniquement de… ça. C'était bien plus profond, bien plus important, même si je n'avais jamais voulu mettre le doigt sur ce que c'était car j'en avais peur.

J'avais toujours su que la relation qu'Edward et moi entretenions n'étais pas saine, ni normale. Malgré toute l'affection que j'avais pour lui et qui ne cessait de grandir au fil du temps, je ne l'avais jamais considéré comme mon ami. Et aujourd'hui je savais pourquoi.

Un soupir de sa part se fit entendre et je revins au moment présent, m'interdisant momentanément de penser à ce que je ressentais, sachant que ça m'était douloureux. Je vis les traits de son front plissés et une sorte de v se formait entre ses yeux. Mon cœur se serra à la vision d'un Edward aussi torturé. Quoi qu'il soit en train de penser à l'heure qu'il est, ça ne lui faisait beaucoup de mal. J'aurais voulu être capable d'effacer sa douleur et ses pensées sombres, mais je n'avais malheureusement pas ce pouvoir. À la place tout ce que je pouvais faire était de tenter de les atténuer en partageant sa peine avec lui.

« A quoi tu penses ? »

Il haussa les épaules sans me regarder.

« Jasper. » Marmonna-t-il pour toute réponse.

Il n'avait pas l'air de mentir, mais il semblait cacher quelque chose. Une lueur de compréhension passa dans mon cerveau et je sus à quoi il pensait réellement. Du moins je le devinais.

« C'est à propos de ce qu'il a dit tout à l'heure ? » M'enquis-je timidement.

Ses paupières clignèrent et son corps se tendit. J'avais touché un point sensible. Peut être que c'était le moment pour avoir quelques réponses… s'il y pensait autant c'est que ça devait bien signifier quelque chose pour lui non ?

Prenant mon courage à deux mains, je posai alors la question qui me brûlait les lèvres depuis tout à l'heure.

« Est-ce que… ce qu'il a dit est vrai ? » Murmurai-je si bas que je me demandais s'il avait entendu.

Lorsqu'il se tourna vers moi et ancra son regard au mien avec sérieux, je sus qu'il avait entendu, et qu'il allait même accepter de me répondre.

« Oui. »

Ma respiration se coupa et mes yeux faillirent sortir de leurs orbites. Il me regarda avec de grands yeux choqués et s'empressa de se contredire.

« Je veux dire non ! » Fit-il d'une voix paniquée. « Enfin… c'est compliqué. »

Je fus alors complètement perdue et son absence de réponse cohérente commença à m'énerver.

« Edward, est-ce que c'est toi qui as tué ta sœur ? » Répétai-je avec plus de clarté, trahissant mon impatience.

Il souffla et se prit la tête dans les mains, le visage douloureux.

« Non je… je n'aurais jamais pu lui faire le moindre mal. » Répondit-il d'une voix faible.

La pression que je ressentais et le souffle que j'avais contenu jusqu'alors lâchèrent d'un seul coup et je me sentis revivre. C'était comme un énorme poids qui disparaissait dans mon fort intérieur. Je n'aurais pas pu supporter d'apprendre qu'il y était pour quelque chose. Parce que même si j'avais appris à connaitre Edward Masen et à me faire à l'idée qu'il était un homme de main d'un gros mafieux et qu'il exécutait toute sorte de choses peu scrupuleuses, je n'aurais pas pu accepter l'idée qu'Edward Cullen, celui pour qui mon cœur était en train de battre à ce moment même, était un assassin. Et pire, qu'il aurait tué sa propre sœur. Sa jumelle.

Tout ça me conforta dans ma pensée que la personne pour qui j'avais de forts sentiments était une personne bien et bourrée de qualités, et que cette personne était petit à petit en train de refaire surface.

« Alors pourquoi est-ce que… »

« Jasper se montre toujours méchant à chaque fois qu'il n'est plus lui-même. » M'interrompit-il avec un ton étonnamment sérieux. « Il… ça lui plait de faire souffrir les gens, c'est sa façon à lui de ne pas être le seul à souffrir. »

« Il transfère sa propre souffrance sur les autres ? » Conclus-je déroutée et anxieuse.

Qu'est-ce qu'Edward avait bien pu endurer pendant toutes ses années avec Jasper ? Comment avait-il pu supporter toute cette haine ? Comment avait-il tenu…

« C'est un peu ça en quelque sorte. Disons que… il sait toujours exactement ce qu'il faut dire pour blesser les gens. » Répliqua-t-il acide.

Je fronçai les sourcils devant son ton aussi acerbe et sarcastique.

C'est alors que cela fit tilt dans mon cerveau et que je sus enfin ce qui le torturait autant, pourquoi il s'était mis dans un état pareil et surtout, pourquoi il avait d'abord répondu oui la première fois que je lui avais posé la question.

Oh mon dieu…

« Tu te sens coupable ! » M'exclamai-je révoltée. « Ce que Jasper t'a dit… c'est ce que toi tu penses, pas vrai ? »

Il ne répondit pas mais il n'eut pas besoin de le faire, je savais déjà que j'avais raison. Edward croyait vraiment que c'était lui qui avait tué Alice, et cette pensée le hantait depuis toujours… Je me sentis horriblement mal pour lui, rien qu'en imaginant le calvaire qu'il endurait au quotidien en se sentant coupable d'un crime qu'il n'avait pas commis. J'arrivais un peu à comprendre pourquoi il était devenu aussi hermétique à tout sentiment au fil du temps et pourquoi il avait tout fait pour ne plus jamais songer à son passé. C'était pour ne plus avoir à souffrir de ce sentiment de culpabilité qui le rongeait chaque fois qu'il laissait son coté humain ressortir. Il avait essayé de devenir le plus inhumain possible pour ne plus souffrir de ses pensées…

« Ne me juge pas Bella. » Supplia-t-il d'une voix presque inaudible.

J'écarquillai les yeux. Croyait-il vraiment que je le jugerais pour ça ? Je venais enfin d'entrevoir le coté le plus humain de sa personne et il pensait sincèrement que c'était ça qui allait me révulser chez lui ?

« Comment le pourrais-je ? » Bredouillai-je, les larmes au bord des yeux, sans doute à cause de tous les récents évènements et le trop plein d'émotion accumulé depuis mon réveil.

Je posai ma main sur son épaule et mis la seconde sur sa joue, le forçant à me regarder tandis que son regard si bas et terne me faisait de la peine.

« Edward, je culpabilise pour la mort de mes parents, je serais une hypocrite si je te jugeais pour un truc que je ressens aussi. » Dis-je maladroitement, ma main toujours sur sa joue alors que ses yeux me scrutaient. « La seule chose qui me choque c'est que… pour moi ça ne fait que quelques mois et ça me torture tellement que j'en suis malade. Toi ça fait sept ans que tu endures ça. Sept longues années, je ne sais pas comment tu fais pour tenir. »

Son regard changea, plusieurs palettes d'émotions passèrent dans ses prunelles vertes mais je n'arrivais pas à en définir une seule. J'y voyais de la douleur, du désarroi, de l'inquiétude, de l'émoi et… de l'affection. Tout était si troublant… Ou plutôt IL est troublant.

« Toi et moi on n'est pas si différents. » Fit-il à voix basse, avant de me sourire de façon incompréhensible.

« Je suis sûre que Jasper n'en pensait pas un traitre mot. » Tentai-je de rassurer en sachant que c'était peine perdue. Et pourtant il me souriait toujours, pour une raison que lui seule connaissait. « Et je suis certaine qu'il va s'en sortir. » Affirmai-je. « Tu l'as dit toi-même, il refuse de t'abandonner et te laisser seul. »

J'avais envie de lui dire qu'il n'était plus seul désormais, que j'étais là pour lui, mais je ne savais pas comment il réagirait ni comment il le prendrait. Bien que j'avais réussi à percer à jour une partie du mystère que représentait Edward Masen, il n'en restait pas moins tout aussi imprévisible et d'une immense complexité.

Il voulut rire mais il se retint avant que cela ne traverse ses lèvres. En voyant la peine et la douleur qui déformaient toujours les traits de son visage, je fis alors la chose que j'avais eue envie de faire depuis tout à l'heure. Je passai mes bras autour de son cou et l'attirai vers moi pour le prendre dans mes bras. Il ne montra aucun signe de protestation et j'en fus soulagée car je n'aurais pas pu supporter un rejet.

Il se laissa faire et sa tête se retrouva enfouie dans mon cou tandis que la mienne reposait sur son épaule. Notre proximité insufflait à mon corps de la chaleur et j'avais du mal à contrôler ma respiration. Lorsque je sentis ses mains se poser dans mon dos, mes yeux se fermèrent tous seuls.

« Merci de ne pas t'être enfuie aujourd'hui. » Murmura-t-il contre ma peau, me faisant légèrement frissonner. « Tu as eu maintes occasions, que ce soit avec le téléphone de Jasper, ou quand les secours sont arrivés. Je crois que je ne t'aurais même pas empêchée de partir avec eux. »

Je rouvris les yeux et soupirai, ma tête toujours sur son épaule.

« Je te mentirais si je te disais que je n'y ai pas pensé. En réalité j'ai même songé à le faire. » Avouai-je tristement.

« Alors pourquoi ? » S'exclama-t-il en s'éloignant de moi pour me regarder avec le visage plein d'incompréhension.

Je sentis un vide dû à son éloignement mais tentai de ne pas le montrer.

« N'importe qui en aurait profité pour s'enfuir. Alors pourquoi pas toi ? Pourquoi es-tu restée ? » Demanda-t-il désemparé.

« J'en sais rien. » Bredouillai-je sans le quitter du regard. « Je ne le pouvais pas c'est tout. Je ne le voulais pas… »

Sa bouche s'entrouvrit et à cet instant la seule pensée qui me traversait était une envie folle et improbable. Une envie irrésistible de pencher la tête seulement d'un centimètre et d'effleurer ses lèvres. J'aurais dû avoir honte d'éprouver de telles pensées envers lui, mais ça faisait longtemps que j'avais perdu la raison, et mon envie était malheureusement plus forte que ma culpabilité.

« Décidément, t'es vraiment pas une personne ordinaire. » Fit-il d'une voix presque amusée.

J'esquissai un sourire, réfrénant tant bien que mal mes pensées déraisonnables.

« Est-ce que c'est un compliment ? »

« Si on veut. » Répondit-il honnêtement.

« Comment ça si on veut ? » Répliquai-je piquée à vif.

Il sourit avant de soupirer lourdement.

« Disons que c'est ce que j'aime chez toi. » Expliqua-t-il, provoquant les rougissements de mes joues. « Mais j'aurais aimé que tu aies des réactions plus normales, que tu aies un instinct de survie qui te fasse comprendre que je suis dangereux pour toi. » Marmonna-t-il.

J'arquai un sourcil inquisiteur.

« Est-ce que tu comptes me faire du mal ? » Demandai-je étonnée.

Ses yeux s'élargirent et il me regarda avec effroi.

« Bien sûr que non ! » S'écria-t-il alarmé. « Bella, même si je l'ai déjà fait par le passé, je sais aujourd'hui que je ne pourrais jamais te blesser. Je ne supporterais pas qu'il t'arrive quelque chose. » Avoua-t-il doucement.

« Dans ce cas pourquoi est-ce que tu serais dangereux pour moi ? » Fis-je remarquer en essayant de ne pas montrer à quel point ce qu'il disait me touchait au plus profond de mon être.

Il fronça les sourcils, ouvrit la bouche avant de la refermer, ne sachant que répondre. Je sus que j'avais marqué un point et qu'il cherchait un argument à répliquer. Je souris quand je vis qu'il n'en trouvait aucun, ce qui l'irrita.

« Ce que je suis devrait être suffisant. » Râla-t-il comme simple réponse. Je levai les yeux au ciel et il le remarqua. « Je suis sérieux, je vis dans un monde qui n'est pas fait pour toi. »

« Je te rappelle que c'est toi qui m'y as entrainé. » Rétorquai-je.

« Qu'est-ce que tu veux j'y fasse si tu attires la mort comme on attire un aimant ? T'es une fille à problèmes, Bella Swan. »

« Et toi tu m'horripiles à tout saboter à chaque fois. » M'énervai-je. « Tu ne peux pas simplement te contenter de me remercier pour être restée avec toi et laisser tomber tout le reste ? »

Il soupira et consentit à lâcher les armes. Il détourna les yeux et un sourire triste apparut sur ses lèvres.

« T'as raison, excuse-moi. »

Je posai ma main sur sa joue à nouveau et le regardai intensément.

« T'avais besoin de moi Edward, et même si je reconnais avoir voulu m'échapper plusieurs fois, je n'ai pas pu quand je t'ai vu aussi désemparé à cause de Jasper tout à l'heure. Et je sais que si c'était à refaire, je recommencerai de la même façon. » Déclarai-je, surprise moi-même pas mon assurance. « Et puis tu devrais être content d'avoir une otage aussi sage que moi. » Fis-je remarquer.

« Sage ? » S'exclama-t-il incrédule. « Tu te trouves sage ? »

Mon visage se décomposa. Il partit dans un rire contrôlé, me laissant perplexe.

« Bella tu es tout sauf sage ! Tu me traites et tu m'insultes, tu n'hésites pas à me crier dessus, tu me donnes des ordres, et par-dessus tout, tu me piques constamment ma télé ! »

Je le regardai outrée.

« Moi je te pique ta télé ? ! » M'écriai-je choquée.

« A chaque fois qu'on doit regarder un truc ensemble, c'est toi qui choisis le programme ! »

« C'est normal ! A chaque fois que je te demande ce qu'on regarde, tu me réponds "mets ce que tu veux" ! » Me défendis-je.

Il fronça les sourcils, apparemment dérouté.

« Je fais ça moi ? » S'étonna-t-il.

J'haussai un sourcil.

« Tu ne t'en rends pas compte ? »

« Non, j'ignorais que j'étais aussi gentil. » Observa-t-il la bouche pincée.

Un sourire amusé se forma sur mes lèvres et je me retins de rire à cette stupidité. Edward était le ravisseur le plus gentil qui puisse exister, bien qu'il soit aussi le plus lunatique et le plus imprévisible. Il y eut un silence entre nous mais il n'était pas très incommodant. Je n'étais pas du genre à vouloir combler le silence de toute manière, et Edward non plus. Il n'aimait déjà pas parler en général, alors bon…

Au bout d'un moment il s'éloigna de moi et je le vis prendre la télécommande de la télévision pour l'allumer. Nous étions en fin de matinée et les seuls programmes qu'il y avait à cette heure là étaient les jeux télévisés débiles où ils te posaient toutes sortes de questions, pas toutes très intellectuelles. Edward s'affala sur le canapé et allongea un bras, m'incitant à me rapprocher.

Je ne me fis pas prier et m'allongeai près de lui, posant ma tête sur son torse, tandis qu'il mettait sa main sur mon épaule. Je soupirai de bien être, appréciant le simple fait d'être dans ses bras même si je savais que ça ne représentait pas la même chose pour lui que pour moi. Car si j'avais accepté les sentiments que j'avais pour lui, j'étais également consciente du fait que jamais il ne ressentirait la même chose à mon égard. Après tout qui étais-je ? Une simple otage qu'il n'avait pu se résoudre à liquider parce qu'elle lui rappelait sa sœur défunte.

Ça me faisait mal de penser cela, mais je savais que c'était la vérité.

« Tu es prête pour savoir lequel de nous deux est le plus intelligent ? » Demanda-t-il avec un sourire au coin des lèvres.

Je stoppai mes réflexions et le regardai en fronçant les sourcils.

« Parce que tu penses que c'est avec ce jeu télévisé idiot qu'on va tester notre Q.I ? » Ironisai-je.

Son sourire s'élargit.

« Est-ce que par hasard tu aurais peur de perdre ? » Provoqua-t-il en arquant un sourcil suggestif.

« N'importe quoi. » Répliquai-je en lui lançant un regard noir. « Je vais te battre à plate couture. »

Il rigola comme si c'était une bonne blague.

« Alors ça j'en doute ! Je suis plus vieux que toi et par conséquent j'ai plus de connaissances. »

Je faillis rire à sa remarque et levai les yeux au ciel, tandis que je réalisais que le drame était passé et que la peine et la douleur étaient mises temporairement de coté et que j'allais pourvoir passer une journée détendue avec lui.

Et pour couronner le tout, je lui avais fait zapper une journée de « travail ».

Fière de moi ? Certainement.


Une semaine plus tard

Pov Edward

« On est presque arrivés. » Dis-je tandis que je conduisais en direction de Springfield.

C'était aujourd'hui que nous allions opérer, liquider le témoin ainsi que les deux flics chargés de sa protection. Emmett et moi n'étions pas en très bons termes depuis quelques temps. Cela datait du jour où Aro m'avait remis le contrat de Tyler Crowley. Après avoir battu Paul au poker, je l'avais invité dans un fast food mais il ne m'avait pas décoché un mot. Je voyais bien qu'il était perturbé par quelque chose. Et je me doutais que c'était en rapport avec Bella et les relations que j'avais avec elle. Emmett n'appréciait pas que je sois trop proche de cette fille et d'un coté, je pouvais le comprendre.

Depuis que Bella était entré dans ma vie, j'étais différent. Je ne pouvais pas le nier, je n'étais plus aussi impitoyable, je n'avais plus cette facilité à exécuter les ordres d'Aro. J'étais instable. Et ça c'était depuis que je connaissais Bella, depuis que sa présence m'était devenue indispensable.

Une semaine était passée depuis le jour où j'avais retrouvé Jasper inconscient dans son appart. L'hôpital m'a dit qu'il avait fait un coma suite à une dose d'alcool trop élevée. J'ai bien cru qu'il allait me lâcher, et Bella… elle avait été parfaite. Je ne sais pas ce que j'aurais fait sans elle, cette jeune femme était surprenante. Elle ne m'avait pas laissé tomber alors qu'elle ne me doit absolument rien. J'admirais l'audace dont elle faisait preuve, ainsi que la compassion qu'elle avait pour moi. Elle n'aurait jamais dû m'apprécier et pourtant, ça ne l'empêchait pas de sourire à chaque fois qu'elle me voyait. Je me rends compte à présent que ce jour là, j'avais vraiment eu besoin d'elle. C'était la première fois que j'avais autant besoin de quelqu'un, et dans un sens ça m'effrayait. Je n'avais pas menti lorsque je lui avais dit que je ne supporterais pas qu'il lui arrive quelque chose. La vérité c'est que j'ignore ce que je ferai le jour où elle ne serait plus là.

Emmett avait remarqué que quelque chose n'allait pas avec moi, il savait que c'était à cause de Bella, mais il savait aussi que je ne voulais pas en parler. Qu'est-ce que je pourrais bien dire de toute façon ? Je ne savais même pas moi-même ce qui m'arrivait. Et quoi que je lui dise, ça ne lui plaira pas de toute façon. Il n'aimait pas Bella. J'adorais Emmett, mais ce coté là de sa personne, j'avais de plus en plus de mal à le supporter. Si je l'écoutais, Bella devait absolument mourir pour nous préserver. Je ne lui en voulais pas de penser ça, c'était normal après tout, je lui imposais un témoin sans lui demander son avis… et puis je savais qu'il avait peur pour Rosalie, car elle et Bella s'étaient extrêmement attaché l'une à l'autre. Si moi ça me faisait plaisir, lui c'était tout l'inverse. Il était inquiet, pour moi, pour Rosalie, et pour ce qui était susceptible de nous arriver si Bella tombait entre les mains d'Aro.

Moi aussi j'étais inquiet à propos de ça, mais pas pour les mêmes raisons que lui. Si j'avais peur de la même chose, ce n'était pas à cause des représailles que nous subirions, c'était pour ce qui arriverait à Bella si on la découvrait. Je me fichais de ce qui pouvait m'arriver, j'étais mort depuis longtemps, mais Bella… j'avais peur pour elle. Car si elle ne tenait pas tant que ça à la vie, moi j'y tenais. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour la protéger.

« Tu comptes me faire la gueule encore longtemps ? » Râlai-je en voyant qu'il ne semblait toujours pas se dérider.

Les seuls moments où Emmett et moi nous sommes parlés récemment fut à la sortie de Jasper de l'hôpital. Ce dernier avait passé trois jours là bas avant de pouvoir signer une décharge. Les médecins nous avaient proposé de l'emmener aux alcooliques anonymes, mais nous savions que c'était inutile pour Jasper.

« J'ai rien à dire. » Marmonna-t-il en se renfonçant dans son siège.

Je soupirai de lassitude.

« C'est bon Emmett, je sais que tu te retiens depuis des jours et honnêtement ça commence à me souler. »

« Y a quoi entre toi et cette Bella ? » Lâcha-t-il de but en blanc.

Je freinai subitement et le regardai en clignant des yeux.

« Pardon ? »

« Tu m'as entendu Ed ! » S'entêta-t-il. « Depuis qu'elle est là tu fais tout de travers. Tu veux savoir pourquoi je parle pas depuis tout à l'heure ? Parce que j'ai peur de ce qui va se passer dans cinq minutes ! D'habitude je crains pas les fusillades parce que j'ai confiance en toi et que je sais que je peux compter sur toi. Mais là je sais plus. T'es plus le même, j'ai peur que tu fasses tout foirer. »

« Je ne vais rien foirer du tout ! » Protestai-je incrédule. « D'accord j'ai eu une mauvaise passe où je me suis ramolli et où j'étais plus très sûr de moi, mais tout est redevenu normal maintenant. » Assurai-je.

« Arrête, t'es pas du tout crédible. Même toi tu n'en crois pas un mot. » Répliqua-t-il.

Je fermai les yeux et me pinçai l'arête du nez.

« Et qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Que je suis désolé ? Parce que je le suis si ça peut te faire plaisir ! » M'exclamai-je.

« Je veux que tu me dises si je peux compter sur toi pour ce contrat. » Répondit-il. « Parce que là il s'agira pas de tuer un type. Je te rappelle que y a deux flics, plus un témoin. Si on foire on est morts. »

« Bien sûr que tu peux compter sur moi ! On prépare cette mission depuis deux semaines, tout se passera bien. » Promis-je avec véhémence.

« J'espère Edward, parce que j'ai horreur des mauvaises surprises. » Prévint-il sèchement.

Je soupirai une nouvelle fois et redémarrai la voiture en direction de Springfield. Emmett n'était pas le seul à avoir peur, moi aussi j'étais inquiet. Anxieux à l'idée de ne pas assurer comme je le faisais toujours en temps normal. J'avais un mauvais pressentiment quant à l'issue de ce qui allait se passer aujourd'hui, mais j'essayais de faire taire cette idée de mon esprit car je n'avais pas le droit à l'erreur.

« Pour répondre à ta question, je sais pas ce qu'il y a entre Bella et moi. » Finis-je par dire au bout d'un moment.

Il tourna la tête vers moi avec suspicion.

« Comment ça ? »

Je pris une inspiration pour répondre.

« J'en sais rien Emmett… J'adore cette fille, je pense à elle tout le temps mais c'est bizarre. C'est triste à dire, mais je crois que je peux même plus me passer d'elle. » Avouai-je d'un ton défait.

Il me regarda étrangement, réfléchissant dans son coin.

« T'as jamais pensé au fait que… peut être… ça avait un rapport avec Alice ? » Proposa-t-il.

« D'abord Jasper, ensuite toi… qu'est-ce qui vous prend à la fin ? » M'énervai-je en fronçant les sourcils.

« Réfléchis mec ! Bella a quasiment le même âge qu'avait Alice quand elle est morte, tu t'es toujours senti mal de pas avoir pu la sauver, alors t'essayes de te racheter en protégeant Bella et en t'occupant d'elle comme de ta propre sœur. »

Je soufflai pour contenir mes émotions. Bien qu'Emmett exposait quelque chose d'extrêmement intéressant, j'étais certain qu'il se trompait. Lui et Jasper avaient tort, ce que je ressentais pour Bella n'avait rien avoir avec une espèce de juxtaposition ou transposition entre elle et ma sœur jumelle.

Bon sang ce serait vraiment morbide si c'était ça ! J'étais pas devenu un taré quand même ?

« Ça n'a rien avoir Emmett. Ne me demande pas comment je peux le savoir, je le sais c'est tout. » Dis-je en voyant qu'il s'apprêtait à argumenter. « C'est vrai qu'elles se ressemblent à bien des points de vue mais je n'ai jamais considéré Bella comme… ça. »

« Alors pourquoi tu tiens tant à elle hein ? Pourquoi tu la protèges comme ça ? » Railla-t-il.

« Je t'ai dit que j'en savais rien ! » Répétai-je d'un ton las. « Je sais seulement que ce n'est pas ce que tu crois. »

« J'espère que tu sais ce que tu fais. »

« Non justement, j'en ai aucune idée. » Murmurai-je pour moi-même.

Nous arrivâmes dans la rue de Springfield où le témoin était sensé loger et être placé sous haute protection. Je garai la voiture et au moment de sortir, Emmett me prit le bras et me regarda avec inquiétude.

« Tu es sûr que c'est une bonne idée Edward ? Parce qu'honnêtement je le sens vraiment pas. »

Je me dégageai de sa prise avec fermeté et le dardai d'un regard cinglant.

« Putain Emmett lâche-moi avec ça ! C'est pas la première fois qu'on va tuer du flic toi et moi, je vois pas ce qui te fait peur. »

« C'est toi qui me fait peur Ed ! » Paniqua-t-il. « Ne me laisse pas tomber sur ce coup là. »

« J'ai pas l'intention de te laisser tomber. » Jurai-je. « Ça va aller Emmett. »

Il me regarda anxieux avant de soupirer et de rendre les armes.

« Y a intérêt à ce que tu aies raison. » Déclara-t-il en sortant de la voiture.

Je fermai les yeux et restai quelques secondes immobiles.

Lorsque je rouvris les yeux, le visage de Bella m'apparut et je compris que ça n'allait pas du tout se passer comme je l'espérais.

Pov Bella

oO "Hurricane" Oo – 30 Seconds To Mars

« Je t'ai apportée des trucs ! » Annonça Rosalie en milieu d'après midi.

Elle était là depuis le départ d'Edward ce matin, ce dernier était en effet parti à Springfield pour un contrat. Il m'en avait vaguement parlée. D'après ce que j'ai compris, lui et Emmett devaient liquider un témoin gênant ou un truc dans le genre. Je n'avais pas posé plus de questions, ne désirant pas vraiment faire partie d'un complot visant à éliminer quelqu'un. C'était déjà suffisamment difficile de supporter l'idée qu'Edward fasse ce genre de choses, sans qu'en plus je n'en connaisse tous les détails.

Ma seule consolation était de me dire qu'avec un peu de chance, il ne serait pas capable de le tuer. Je savais que sa conscience le rattrapait de plus en plus, même si nous n'avions plus reparlé de ça, je n'avais quand même pas oublié le jour où il avait hésité à tuer l'homme qu'il était sensé abattre. Le pire était de savoir que cet élan d'hésitation s'était produit juste après que lui et moi nous étions disputés. Alors j'aimais à penser que j'y étais pour quelque chose dans son soudain changement. J'avais remarqué qu'il était tendu, voire limite stressé au moment où Emmett était venu le chercher tout en amenant Rosalie. Était-ce parce que justement, il avait peur de ce qui allait se passer ? Parce qu'il ignorait s'il parviendrait à faire son boulot correctement ? Je l'ignorais, mais ce que je savais en revanche, c'est qu'avant il n'était jamais anxieux lorsqu'il allait travailler.

Rosalie farfouilla dans son sac à main, et en ressortit un sac en plastique blanc qu'elle me tendit.

« J'ai remarqué la dernière fois que tu n'avais presque plus de tampons en allant dans ta salle de bain, je me suis dit qu'il serait bien de t'en rapporter à nouveau. »

Je souris amicalement.

« Merci. »

« De rien. Et puis c'est pas comme si Edward allait penser à ce genre de choses. » Rigola-t-elle.

« Il a déjà du mal à penser à m'acheter une brosse à dents… » Fis-je en levant les yeux au ciel.

« Ça m'étonne pas ! Je t'ai aussi pris des produits de beauté comme des crèmes et du maquillage. »

« Tu sais très bien que je… »

« Oui Bella. » Me coupa-t-elle d'un ton exaspéré. « Je sais que tu n'aimes pas te mettre en valeur mais je trouve que tu as tort. Toutes les filles devraient prendre soin d'elles et se faire belles. En plus tu es une très jolie jeune femme. »

Je rougis mais secouai la tête de négation.

« On en a déjà parlé, je ne vois pas à quoi ça sert puisque je suis cloitrée ici. » Rappelai-je d'un ton morose.

« Y a pas de mal à se faire belle juste pour se faire plaisir. » Fit-elle remarquer. « Tu sais, une femme doit d'abord se maquiller pour elle, et non pas pour les autres. »

« Oui et bah moi je n'aime pas, ce serait juste un moment de torture. » Râlai-je.

« Et moi je trouve que tu es nulle. » Marmonna mon amie avec agacement.

« Je vais prendre ça comme un compliment. » Raillai-je ironique.

Elle roula des yeux mais n'argumenta pas. Je me rendis dans la salle de bain pour ranger ce qu'elle m'avait ramené dans le placard. En vérité, je rangeais tout dans le fond pour qu'Edward ne remarque rien. Ça me gênait déjà d'envahir son espace, et puis je ne voulais pas qu'il soit mal à l'aise chez lui.

« Tu as une idée de ce que tu vas faire pour Noël ? » Appela Rosalie soudainement, me prenant de cours.

Je me figeais face à sa question, avant de déguerpir de la salle de bain pour la rejoindre et lui faire face, toujours sous le choc.

« Quoi ? »

« Noël Bella ! » Répéta-t-elle en me regardant comme si j'étais une demeurée. « T'es au courant que c'est dans quelques jours ? »

J'écarquillai les yeux, ayant complètement oublié que cette tradition existait. En réalité c'était le reste du monde entier que j'avais oublié. Étant constamment retenue captive dans cet appartement, j'étais coupée de tout et par conséquent, je ne me souciais ni de la date que nous étions, ni des évènements qui pouvaient arriver.

« A vrai dire ça m'était complètement sorti de la tête. » Répondis-je honnêtement.

« J'y crois pas ! Alors parce que tu es enfermée ici tu trouves que c'est une bonne raison pour ne pas y penser ? » Réprimanda-t-elle.

J'haussai les épaules.

« Je suis navrée Rosalie mais je ne suis pas du genre festive et Noël n'a jamais fait partie de mes priorités. » M'excusai-je.

Elle fronça les sourcils.

« Tu veux dire que tu n'as jamais fêté Noël ? » S'exclama-t-elle surprise.

« C'est pas ça… juste que ça n'a jamais été très important. » Clarifiai-je. « Tu sais nous n'avons jamais vraiment fait de réveillon, et j'avais rarement des cadeaux ou des trucs dans ce genre là. »

« C'est triste. Tout le monde devrait fêter Noël. Et puis tu vas adorer Chicago en cette période de l'année, il neige de partout c'est trop génial ! En plus le lac Michigan est entièrement gelé, tu vas peut être trouver ça débile mais moi je trouve ça magnifique ! »

« Oui j'avais entendu que vos hivers étaient assez frisquets ici, d'ailleurs Edward a dû augmenter le chauffage depuis plusieurs jours… mais je te rappelle que je ne peux pas sortir alors je n'aurai pas l'occasion de le voir de mes propres yeux. » Dis-je tristement.

Elle entrouvrit la bouche, puis la referma tout en me regardant peinée.

« Je suis désolée Bella, parfois j'oublie que tu n'es pas sortie depuis des mois. » S'excusa-t-elle.

« Ne t'en fais pas Rosalie. » Rassurai-je en m'asseyant sur le canapé. « Je m'y suis habituée depuis le temps. Je t'avouerais que si je devais faire un vœu à l'heure qu'il est, ce serait sans doute de pouvoir aller dehors, mais je ne le peux pas et je me suis faite une raison. »

« Tu sais quoi tu loupes rien. » Se rattrapa-t-elle en prenant place à coté de moi. « Il fait vraiment un froid de canard en hiver. Les voitures sont bloquées par la neige, y a pas mal de blizzards et beaucoup de verglas. T'es bien mieux ici, crois-moi. »

Je souris à sa tentative ratée. Même si je me doutais que Rosalie disait la vérité à propos des hivers à Chicago, cela n'effaçait pas mon désir de sortir. J'étais prête à sortir par n'importe quel temps et tempête, si on me le permettait. Et Rosalie le savait, mais elle essayait quand même de me rendre la vie plus facile. C'était vraiment adorable de sa part.

« Qu'est-ce que vous allez faire toi et Emmett ? » M'enquis-je pour changer de sujet.

Elle sourit rêveusement.

« Emmett a loué un chalet à la montagne ! On va y rester pour le réveillon de Noël et celui du jour de l'an, je suis tellement impatiente si tu savais ! »

« C'est génial, vous aller vous éclater. » Murmurai-je en souriant faiblement.

« Oh pour ça compte là-dessus. » Fit-elle avec un clin d'œil lourd de sous-entendus.

Je rougis légèrement et me grattai la gorge, n'étant pas habituée à ce genre de conversations.

« Est-ce que… est-ce que ça veut dire que je ne te verrai pas pendant un bon moment ? » Demandai-je attristée.

« Oui mais tu vas me manquer, rassure-toi. Tu sais je me suis habituée à venir te voir souvent. » Dit-elle avec franchise.

« Tu vas me manquer aussi Rosalie. » Répondis-je sincèrement.

« Et puis tu ne seras pas toute seule, Edward sera avec toi non ? » Tenta-t-elle.

« Il n'aura pas un boulot quelque part ? »

« Je ne pense pas, vu qu'Emmett ne sera pas là. Aro Volturi n'envoie jamais d'homme seul sur le terrain. Il a beau avoir pleinement confiance en certains d'entre eux, il aime quand même superviser ses hommes par simple mesure de prévention. Il s'est déjà fait rouler plusieurs fois, et puis il ne tient pas non plus à les envoyer à la mort donc il vaut toujours mieux qu'ils soient au minimum deux. » Apprit-elle.

J'hochai la tête en essayant de paraitre détachée. L'idée de passer deux semaines en compagnie d'Edward sans qu'il n'ait pas à aller nulle part me réjouissait, je commençais à me dire que la période de Noël n'allait pas être un si gros calvaire finalement…

Un silence s'ensuivit dans lequel je me tournais les pouces. Cela faisait un moment que j'avais envie de me confier à Rosalie à propos de ce que je ressentais pour Edward. Il n'y avait personne avec qui parler de ça. Jasper n'était rentré de l'hôpital que depuis quelques jours et il était hors de question que je ne parle de ça avec son meilleur ami. Rosalie était tout ce qu'il me restait. Elle était ma seule amie et mon unique confidente. Et par son passé et les choix qu'elle a faits, je savais qu'elle ne me jugerait pas.

Prenant une grosse inspiration pour me donner du courage, je décidai de me lancer.

« Rosalie, comment as-tu su que tu étais amoureuse d'Emmett ? »

Elle releva la tête et me regarda étonnée.

« Pourquoi tu me poses la question ? » Demanda-t-elle soupçonneuse.

« Réponds s'il te plait. » Insistai-je avec appréhension.

Rosalie resta silencieuse quelques secondes, en pleine réflexions tout en cherchant ses mots. Après un moment, elle consentit à répondre.

« Et bien, ça n'a pas été tout de suite. Tu sais bien que j'étais mariée, et puis nous étions des alcooliques essayant de nous en sortir… »

J'hochai la tête et elle continua.

« Mais j'ai remarqué que plus je passais de temps avec lui, plus mon cœur battait vite, quand il me touchait j'en voulais toujours plus, et au fil du temps sa présence m'était devenue indispensable. Aujourd'hui encore j'éprouve toujours les mêmes papillons dans le ventre et je suis toujours aussi émerveillée à chaque fois que je le vois. Je me rappelle la première fois qu'il m'a effleurée. J'en étais toute fébrile après. »

Voir son sourire rêveur et admiratif me fit sourire également. Rosalie avait un don pour me contaminer avec sa jovialité. C'était une des principales raisons qui faisaient que j'adorais chaque moment passé avec elle. Elle mettait du bonheur dans ma vie sombre.

« C'est vraiment touchant. » Murmurai-je.

« Bella, pourquoi est-ce que tu m'as demandé ça ? » Questionna-t-elle sérieusement.

J'entrouvris la bouche, ne sachant quoi dire.

« Pour rien. » Éludai-je en baissant les yeux.

Elle ne fut pas dupe et posa une main sur mon bras pour me faire relever la tête.

« Y a-t-il une chose que tu aimerais me dire ? » S'enquit-elle d'une voix douce.

Je relevai la tête et me mordis la lèvre. Je savais qu'elle n'allait pas aimer ça. Elle m'avait déjà dit de ne pas trop me rapprocher de lui car je risquais de perdre conscience de ce qu'il était vraiment, c'est-à-dire un tueur sans âme.

Mais la réalité était que… je connaissais cette vérité, je la connaissais même très bien. Et pourtant mes sentiments étaient là. Ils étaient présents alors que je n'avais rien demandé, alors que je n'en avais pas voulu. Et à présent j'étais complètement perdue.

« C'est à propos d'Edward. » Parvins-je à formuler à voix basse. « Je crois que j'ai des sentiments pour lui comme ceux que tu as pour Emmett. »

Elle cligna des yeux pour être sûre d'avoir bien entendu.

« Tu peux répéter ? »

Je me pris la tête dans les mains, tant cette situation me pesait.

« Quelle merde… » Soupirai-je avec force.

« Attends une minute. » Fit-elle d'une voix incrédule. « Es-tu en train de me dire que tu es tombée amoureuse d'Edward ? »

Sa voix avait déraillé dans les aigus tant elle était choquée et je dois dire que d'entendre ces mots sortir de la bouche de Rosalie me surprenait également. Je n'avais jamais mis de nom sur mes sentiments, je m'étais toujours préservée de le dire à voix haute et même de le penser, alors l'entendre, le réaliser, tout ça m'était difficile à avaler.

« Je… j'en sais rien… Tout est confus dans ma tête. » Bafouillai-je maladroitement en baissant les yeux.

« Oh je le crois pas… » Marmonna-t-elle pour elle-même. « C'est pas vrai, ne me dis pas que tu es sérieuse ! » S'écria-t-elle.

« Parce que tu crois que je serais capable de plaisanter sur un truc pareil ? » M'égosillai-je atterrée. « Rosalie j'ai besoin que tu m'aides là ! Je suis en train de devenir folle ! » Paniquai-je.

Elle me regarda toujours sous le choc, et secoua la tête pour tenter de reprendre ses esprits.

« D'accord euh… écoute, je pense que tu fais erreur. Tu ne peux pas avoir des sentiments pour lui. »

Je fronçai les sourcils.

« Pourquoi ? » Me braquai-je avec irritation.

« Parce que c'est contre nature ! » Répondit-elle le plus naturellement du monde. « Et parce que tu n'as que dix sept ans et que tu ignores tout de ce qu'est l'amour. Tu es peut être troublée parce que tu vis avec lui, parce qu'il te protège et parce que c'est le seul type que tu connais. » Supposa-t-elle. « A mon avis tu as fini par perdre la notion de la réalité en restant perpétuellement enfermée ici, et t'as fini par te raccrocher à lui, mais ce n'est pas de l'amour Bella. »

Mes yeux s'écarquillèrent à cause de ce qu'elle venait de me dire. J'éprouvais une furieuse envie de lui crier dessus pour oser me dire ça, comme si elle savait mieux que moi ce que je ressentais, et comme si elle ne prenait pas un seul de mes mots en considération. Bon sang, d'accord j'avais dix sept ans, et alors ? Est-ce que cela était-il incompatible avec le fait d'être amoureux ?

« Tu ne comprends pas. » Tentai-je maladroitement. « Il ne s'agit de rien de tout ça. C'est complètement différent, c'est quelque chose de beaucoup plus fort que ça. » Dis-je avec conviction.

« Dans ce cas explique-moi. » Contra-t-elle avec de gros yeux.

« Rosalie, je ne pense qu'à lui, du matin au soir il accapare mon esprit. » Débitai-je avec affolement. « Et à chaque fois qu'il est là, qu'il est près de moi ou qu'il m'effleure, mon cœur bat tellement vite que j'ai l'impression qu'il est sur le point d'exploser ou de s'extirper de ma poitrine. J'arrive pas à penser correctement et je suis suspendue à chacun de ses mots et de ses faits et gestes. Et ça ne va pas en s'améliorant, parce que lui et moi on est de plus en plus proches et il n'hésite pas à me toucher ou à me prendre dans ses bras et j'ai l'impression que je vais m'évanouir à chaque fois qu'il prend ma main ou qu'il m'enlace. Quand il n'est pas là il… il me manque. » Avouai-je faiblement. « Je suis toujours inquiète pour lui, dès que je le vois se refermer sur lui-même, ou quand il ne veut pas me dire ou il va. La dernière fois, quand on a retrouvé Jasper inconscient dans son appartement, il était mal en point. Et ça me faisait mal, je te le jure ça me faisait mal de le voir comme ça, c'était même insupportable. Je ne comprends pas ce qui m'arrive. À chaque fois qu'il envahit mon champ de vision, j'ai le souffle coupé, mes mains deviennent moites et j'ai des foutus papillons dans le ventre ! »

Pendant toute ma tirade, elle n'avait pas bronché ni sourciller une fois. Elle m'avait écoutée la bouche bée et les yeux horrifiés. Pour ma part, je venais enfin de déballer ce qui me torturait depuis quelques semaines, et pour mon plus grand désespoir, ça ne me soulageait pas des masses. J'avais toujours un poids constant sur le cœur. C'était probablement l'un des plus longs discours que j'avais jamais fait, mais j'en avais vraiment besoin. Et puis je savais qu'il n'était pas fini. J'aurais pu continuer encore longtemps comme ça, car je pouvais parler d'Edward durant des heures tant j'étais constamment obnubilée par lui.

Après un long moment à emmagasiner tout ce que je venais de lui dire, Rosalie poussa un lourd soupir.

« Et ben… » Fit-elle, perdant ses mots. « Je crois que je t'ai sous-estimée Bella Swan. »

« Si seulement tu savais un quart de ce que je ressens… » Dis-je d'une voix désespérée.

« Oh ne t'en fais pas, je crois bien en avoir une idée. » Répondit-elle sur un ton presque sarcastique.

« C'est dingue, j'ai constamment envie de l'embrasser ou… ou de le toucher et… et puis j'arrête pas de rêver de lui. » Cafouillai-je avec agitation.

« Tu rêves de lui ? » S'écria-t-elle stupéfiée. « Quel genre de rêves ? »

Je me mordis la lèvre inférieure et sentis le rouge me monter aux joues.

« Je ne pense pas que tu tiennes vraiment à le savoir. » Appris-je embarrassée.

Elle pâlit et me regarda consternée.

« En effet il vaut mieux pas que tu me fasses part des détails. » Railla-t-elle.

« Je suis désespérée Rosalie. » Dis-je déboussolée.

« Viens là. » Insista-t-elle en me tendant les bras.

Je m'y faufilais et elle referma ses bras autour de moi tandis que j'avais niché ma tête sur sa poitrine et entouré son ventre de mes bras. Elle me caressa les cheveux et me berça légèrement, comme une maman l'aurait fait.

J'avais plusieurs fois qualifié Rosalie de seconde maman, car c'était comme ça qu'elle agissait par moments. Elle éprouvait un besoin de me materner et de prendre soin de moi de façon rassurante. Je me tus car j'avais l'impression d'avoir trop parlé pour le restant de mes jours et attendis que mes pulsations se calment. J'avais vidé mon sac tellement rapidement que je n'avais pas pris le temps de respirer ou de reprendre mes esprits.

« Si je comprends bien tu l'aimes vraiment. » Murmura-t-elle d'une voix qui semblait être une affirmation.

« J'avais espéré que tu pourrais m'éclairer justement. » Répondis-je fébrile. Elle émit un léger rire.

« Je n'ai pas besoin de t'éclairer Bella, tu connais déjà parfaitement la réponse à ta question. » Observa-t-elle sur un ton amusé.

« Qu'est-ce qu'il faut que je fasse d'après toi ? »

Elle soupira longuement.

« Il n'y a rien à faire, seulement attendre. »

Je fronçai les sourcils et relevai la tête pour la regarder avec incompréhension.

« Attendre quoi ? »

« Que tes sentiments s'estompent. » Dit-elle simplement sans détour.

Ma lèvre trembla légèrement.

« Qu-quoi ? » Bégayai-je déroutée.

Ses yeux me sondèrent avec sérieux, ce qui me déstabilisait grandement.

« Bella… » Débuta-t-elle avec un regard désolé. « Ce que tu éprouves pour lui, tu es au courant que c'est quelque chose qui doit absolument s'arrêter ? Tu sais que ce n'est pas du tout une bonne chose, c'est même carrément mauvais. »

« Parce que tu crois que je l'ai voulu ? » Répliquai-je soufflée.

« Bien évidemment que non… Mais maintenant du dois arrêter ça. » Fit-elle sérieusement. « Toi et Edward, ça ne pourra jamais avoir lieu, et puis il est trop vieux pour toi. »

« Il a seulement huit ans de plus que moi. » Me renfrognai-je vexée.

« Y a toute une vie entre vous ! » S'énerva-t-elle. « C'est tout un monde qui vous sépare Bella ! Et puis réfléchis, tu es mineure, tu crois sincèrement qu'Edward pense à toi de cette manière ? »

« Bien sûr que non ! Je ne suis pas assez naïve pour penser qu'il y ait la moindre chance pour qu'Edward me voie de cette façon. » Rétorquai-je d'une voix cynique.

Elle vit mon air triste et dut comprendre que j'étais sur le point de pleurer en réalisant qu'elle avait raison.

« Je suis désolée, je ne voulais pas te blesser. Bella tu sais que je t'adore… » Tenta-t-elle de se rattraper.

« Ça va Rosalie… Je savais déjà tout ça avant que tu ne me le dises. »

« Ce n'est pas contre toi, c'est juste que toi et Edward, c'est une chose qui ne pourra jamais arriver. Edward n'a pas ce genre de relations. » Apprit-elle.

« C'est-à-dire ? »

« Et ben tu sais, sortir avec une fille, tomber amoureux, tout ça ce n'est pas fait pour lui. Je ne peux même pas te dire s'il a déjà eu une copine. La seule chose qu'il fait c'est la tournée des bars avec Jasper. Il prend une fille là bas, passe éventuellement la nuit avec elle et se barre comme un malpropre. Tu sais il baise uniquement de temps en temps pour évacuer ses besoins, s'il pouvait s'en passer il le ferait. »

Je déglutis et me sentis soudainement embarrassée par cette conversation. La seule question qui me venait à l'esprit à ce moment là était : Est-ce qu'il l'avait fait depuis mon arrivée ? Est-ce qu'il m'avait déjà laissée seul pour… ça ?

Je serais une idiote de penser que non, après tout comme l'avait dit Rosalie il n'y avait aucune chance pour que mes sentiments soient réciproque, ni que notre relation passe à un stade supérieur.

Rosalie se rendit compte de mon trouble et essaya de parler d'autre chose.

« Ce qu'il faut que tu comprennes, c'est qu'Edward n'est pas seulement un homme brisé. C'est un homme détruit. Il n'y a plus rien à espérer pour lui, rien que tu puisses faire pour le réparer. » Déclara-t-elle avec certitudes.

Elle semblait tellement confiante à propos de ce qu'elle disait, que je ne pouvais que la croire. Et pourtant j'aurais juré qu'elle se trompait, que c'était Jasper l'homme détruit et qu'il y avait encore une chance pour Edward. Mais peut être que c'était moi qui me trompais et qu'elle avait raison, qu'Edward était réellement détruit et qu'il n'y avait plus rien à faire. Cette idée me déchira le cœur car j'aurais tellement aimé qu'il y ait encore un espoir, et qu'il y ait la moindre chance de pouvoir le sauver. Le savoir définitivement détruit m'était douloureux. Pourquoi tant d'empathie ? Si seulement je le savais…

« Je crois que j'ai compris. » Marmonnai-je tristement.

J'aurais pu être blessée par tout ce que venait de me dire Rosalie, mais je la connaissais et je savais qu'elle agissait dans le but de me protéger, elle faisait ça pour mon bien et même si c'était dur à digérer, c'était elle qui avait raison.

Elle mit une main derrière ma tête et je la posai à nouveau sur sa poitrine tandis qu'elle me caressait les cheveux d'une façon protectrice.

« Qui aurait cru que toi, la fervente défenseuse de la justice, tu me dirais ça un jour ? » Plaisanta-t-elle pour détendre l'atmosphère alourdie.

« Faut croire que les gens changent. » Ris-je faiblement.

« Tu mérites d'être heureuse Bella, et de rencontrer une personne que tu aimeras et qui prendra soin de toi. Mais Edward n'est pas un homme pour toi, il n'est pas quelqu'un de bien et il ne le sera plus jamais, même si autrefois il l'a été. La seule chose que tu puisses faire c'est t'éloigner de lui autant que tu le peux et réfréner tes sentiments. »

« Je sais. » Murmurai-je en essayant de ne pas craquer.

Je n'avais pas versé une seule larme et je ne voulais pas me mettre à pleurer maintenant. Je tiendrais jusqu'au bout.

« C'est ce qu'il y a de mieux à faire pas vrai ? » Fis-je avec une pointe de cynisme dans la voix.

« Mais pas la plus facile. » Répondit-elle désolée.

Elle me fit un sourire contrit et je tentai de lui en faire un rassurant, sans grand succès.

C'est à cet instant là que la porte s'ouvrit à la volée avec fracas, nous faisant sursauter.

« C'est bon mec on est chez toi. » Entendis-me nous la voix d'Emmett qui était pleine d'inquiétude.

Nous nous levâmes d'un bon et lorsque je vis la vision d'horreur qui s'offrait à moi, mon sang se glaça d'effroi.

Emmett était là et tenait un Edward presque inconscient qui peinait à marcher. Il avait quelques éraflures sur le visage, et des taches de sang sur ses vêtements. Je ne parvins pas à bouger ni à émettre un son devant cette vue des plus douloureuses.

« Oh mon dieu mais qu'est-ce qui s'est passé ? ! » S'écria Rosalie en accourant vers eux et en se mettant de l'autre coté d'Edward pour aider Emmett à le soutenir.

Ils marchèrent jusqu'au canapé pendant que j'étais toujours immobile. Edward peinait à garder les yeux ouverts, je remarquai que sa chemise était déchirée et que sa lèvre était coupée. Il ne boitait pas, il était carrément trainé par Emmett et Rosalie. Ils le firent s'allonger sur le canapé avec précaution et je l'entendis pousser un long gémissement déchirant qui me fut insupportable.

« Il y a eu une fusillade. » Intervint Emmett après avoir allongé Edward. « Y a eu un imprévu, un troisième flic nous est tombé dessus sans qu'on le sache, et Edward il… il a perdu ses moyens. » Fit-il d'une voix sonnée. « Ces connards ont profité de sa faiblesses et l'ont torturé à coups de batte de baseball et d'uppercuts. »

Mon souffle se stoppa et je ne parvins plus à respirer. Le voir aussi mal en point et l'imaginer se faire torturer de la sorte, tout ça me faisait mal au cœur.

« Comment va-t-il ? » Bredouillai-je avec des trémolos dans la voix.

Je luttai pour contenir mes larmes qui menaçaient de jaillir, ne voulant pas perdre la face devant eux, et surtout devant lui qui était si vulnérable.

« Il va bien, il est juste endolori mais ça aurait pu être pire, d'ici quelques jours il pourra marcher normalement je pense. » Répondit Emmett avec toutefois un regard torturé vers Edward.

Un silence s'encourut tandis que j'avais les yeux rivés sur Edward qui tentait de bouger sans y parvenir. Il avait l'air de souffrir le martyr, ses yeux ne cessaient de cligner, il essayait de tourner la tête, comme s'il cherchait quelqu'un des yeux, alors que ça avait l'air de l'élancer et de lui faire du mal.

« C'est la première fois qu'une telle chose arrive. » Fit remarquer Rosalie qui était dans les bras d'Emmett. « Comment se fait-il que vous n'étiez pas préparés ? »

« On l'était ! » Protesta son mari. « C'est Edward qui a tout fait foirer ! »

« Ne parle pas comme ça. » Le défendis-je. « Je suis sûre qu'il ne voulait pas ce qui est arrivé. »

Emmett se tourna vers moi avec des yeux noirs.

« Et je peux savoir pourquoi tu le défends ? » Rugit-il. « D'ailleurs qu'est-ce que tu fous là toi ? »

« Emmett… » Réprimanda Rosalie d'une voix douce.

Je baissai les yeux, ne pouvant affronter ce type aussi baraqué. C'était la première fois de ma vie que je lui parlais, la seule fois où je l'avais vu avait été le jour de mon premier réveil ici lorsque j'avais fait une crise de panique au moment où il était apparu. Rosalie m'avait dit qu'il était contre ma présence et qu'il avait insisté auprès d'Edward pour me tuer, alors je n'étais pas étonnée par une telle hostilité de sa part envers moi.

« Mais c'est vrai Rosalie, cette fille a rien à faire ici et si Edward était pas aussi entêté, crois moi que je l'aurais tuée y a longtemps. » Lui dit-il comme si je n'étais pas là.

Personnellement je n'écoutais que d'une oreille, j'étais bien trop occupée par l'état d'Edward et mon inquiétude que les dires d'Emmett ne m'atteignaient même pas.

« Tout ça c'est de sa faute ! » Tonnait-il en me désignant du regard, me faisant presque sursauter. « Je sais pas ce que t'es en train de lui faire, » susurra-t-il avec haine en me faisant face, « mais t'as intérêt à y remédier parce qu'à cause de toi il est devenu faible et on a failli y passer tous les deux aujourd'hui. »

« Parce que tu crois que j'ai souhaité qu'il soit dans cet état ? » Contrai-je déboussolée.

« Me fais pas rire ! C'est toi qui l'as rendu faible, si t'étais pas là rien de tout ça ne serait arrivé ! »

« Edward n'est pas faible. » Répliquai-je atterrée.

« Ah bon ? » Émit-il d'une voix aigue. « Il arrive même pas à buter un putain de flic ! J'ai dû rattraper toutes ces conneries putain ! »

« En attendant c'est lui qui est blessé et non toi alors laisse-le tranquille ! » Ripostai-je en ne pouvant supporter qu'il s'en prenne à lui.

« Bella… »

Nous tournâmes tous la tête vers Edward qui était finalement parvenu à formuler quelque chose à haute voix. Mon cœur manqua un battement quand j'entendis mon prénom et quand je vis qu'il tournait faiblement la tête en allongeant son bras. Je réalisai avec choc que c'était moi qu'il cherchait depuis tout à l'heure et j'en eus le souffle coupée.

C'était moi qu'il voulait…

Ne faisant plus attention à ce qui m'entourait, ni à Emmett ni à Rosalie, je m'approchai de lui et me baissai pour me mettre à sa hauteur. Je pris sa main qu'il tendait dans le vide et posai une main délicatement sur sa joue. Ses yeux se posèrent sur moi et je crus que j'allais défaillir quand je vis le soulagement dans ses prunelles, comme s'il avait véritablement eu besoin de me voir.

« Edward ? » Appelai-je doucement, voulant à tout prix qu'il reste conscient.

Il cligna des yeux pour mieux me regarder et mon cœur fit des bonds dans ma poitrine.

« Tu es là… » Murmura-t-il d'une voix faible.

J'entrouvris la bouche, ne sachant comment réagir, bien que ses mots me touchaient plus qu'ils n'auraient dû et que ça me faisait bien trop plaisir pour mon propre bien.

« Oh c'est pas vrai… » Entendis-je Emmett souffler et soupirer dans mon dos.

L'ignorant, je caressai la joue d'Edward sans briser la connexion de nos yeux.

« Oui je suis là. Emmett t'a ramené chez toi, tout va bien maintenant. » Le rassurai-je.

Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais fut stoppé par un élan de douleur qui le fit grincer des dents et déforma son visage. Mon cœur se serra et je ne pus supporter de le voir agoniser une minute de plus.

« Il faut l'emmener à l'hôpital ! » M'exclamai-je sans le quitter des yeux.

« Je t'ai déjà dit qu'il allait bien, ça sert à rien de l'emmener à l'hosto. » Grogna Emmett.

Ne pouvant laisser passer ça, je me levai et lui fis face.

« Bon sang mais vous n'allez pas le laisser comme ça ! Appelez un médecin ! Vous voyez pas qu'il souffre ? » Paniquai-je.

« Il a seulement besoin de rester allongé c'est tout ! Et puis d'abord de quoi tu te mêles ? »

« Je me préoccupe de lui, j'ai le droit non ? »

« Justement ! T'as pas à te soucier de lui ! » Cria-t-il en colère. « Dois-je te rappeler qui tu es et ce que tu es ? Faut que je te fasse un dessin ? »

« Alors quoi ? » Contestai-je. « Parce que je suis juste une fille qu'il a kidnappée, faudrait que je me la ferme ? »

« Exactement ! » Affirma-t-il en me foudroyant du regard. « T'as pas ton mot à dire, t'as même pas ta place ici. Tu veux que je te dise ce que tu vaux et ce que tu représentes ? Rien ! Strictement rien ! » Ragea-t-il d'une voix forte.

« Emmett ! » Incendia Rosalie avec fureur.

Je lâchai la main d'Edward que j'avais gardée tout en étant debout et un vent glacial me parcourut l'échine. Je n'entendis pas les protestations d'Emmett, ni ce que Rosalie lui disait, je savais que j'étais la raison de leur dispute mais je n'en avais cure. Les paroles d'Emmett m'avaient bloquée. La seule chose que j'étais capable de faire était de me répéter inlassablement qu'il avait raison, et que je m'étais vraiment bernée d'illusions. Il avait bien fait de me remettre à ma place, parce que j'avais faux sur toute la ligne. Je n'avais pas ni ma place ici, ni mon mot à dire. Et Rosalie avait raison, il fallait que je mette un terme à ce que je ressentais.

Mes yeux s'embuèrent en réalisant qu'Edward avait failli y laisser la vie aujourd'hui. Il aurait pu mourir… Que se serait-il passé si ça avait été le cas ? Aurais-je seulement pu m'en remettre ?

Je ne pouvais pas rester là une minute de plus, il fallait que je mette de la distance entre nous, j'étais sur le point de craquer et personne ne devait voir ça. Je devais écouter Emmett et retourner à la place qui était la mienne, c'est-à-dire celle d'une moins que rien qu'on avait kidnappée. Je n'aurais jamais dû me croire plus importante que je ne l'étais, comme l'avait dit Rosalie, c'était tout un monde qui nous séparait.

« Excusez-moi. » Balbutiai-je en tachant de ne pas pleurer.

Je reculai de quelques pas, m'apprêtant à me diriger vers la chambre, voulant fuir le plus loin possible.

« Bella attends ! » M'appela Rosalie en s'approchant de moi. « Je suis navrée pour ce qu'a dit Emmett, reste s'il te plait. » Supplia-t-elle.

Je secouai la tête.

« Non il a raison, vous avez tous les deux raisons. » Déclarai-je la voix tremblante. « Je dois m'éloigner. »

« Non Bella ! » Insista-t-elle en me prenant le bras et en me regardant attristée. « Tu ne vois pas qu'il a besoin de toi ? »

Elle fit un signe vers Edward de la tête et je posai alors mon regard sur lui. Il me fixait de ses yeux vert scintillant et tendait le bras vers moi. Son regard m'implorait et en un éclair, je sentis toutes mes barrières s'effondrer.

« Il veut que tu sois là, tu ne comprends pas ? Il t'appelle Bella. » Continua Rosalie.

Je ne cessai de le regarder et éprouvai de la difficulté à le voir dans un état aussi critique, aussi faible physiquement et blessé comme il était. Et pourtant je m'apprêtais encore à le blesser, parce que je savais que si je restais et que je le rejoignais, je serais perdue et je me bercerais à nouveau d'illusions en croyant représenter autre chose pour lui que ce que j'étais réellement.

Je croisai le regard sévère d'Emmett et ne pus rester dans cette pièce une minute de plus.

« Je suis vraiment désolée. » M'excusai-je, ma voix se brisant à la fin.

Rosalie me regarda tristement et je me détournais vivement, me dirigeant dans la chambre à grands pas. Je refermai la porte derrière moi et m'adossai contre cette dernière, ne pouvant retenir mes larmes. Je pleurai silencieusement et me passai une main sur le front, tirant mes cheveux en arrière.

Je ne savais pas ce qui allait advenir à présent, car je ne serais jamais capable d'éviter Edward, surtout s'il était dans cet état. Rien que d'imaginer qu'il ait pu lui arriver quelque chose aujourd'hui me paralysait. J'avais toujours pensé au fait que son travail était abominable, mais je n'avais jamais pensé au fait que cela aurait pu être dangereux pour lui. Combien de fois avait-il risqué sa vie ces six dernières années ? Combien de fois avait-il frôlé la mort ? Est-ce que j'étais supposée m'inquiéter pour lui pour le restant de mes jours ?

Pourquoi fais-tu ça Edward ?

Il fallait se rendre à l'évidence, j'étais dans une situation des plus critiques.

Parce que malgré tout ce qu'il était, malgré ce j'étais pour lui, et malgré le fait qu'on soit séparés par deux mondes, j'étais tombée amoureuse de lui.

Et contre ça il n'y avait plus aucune issue.


Ouais bon, j'avoue comme fin y a mieux... Mais roh allez, un Edward blessé qui a besoin de Bella, c'est mignon vous trouvez pas ? *-*

En tout cas y en a au moins un des deux qui a reconnu ses sentiments ! C'est déjà bien... Un petit pas pour l'homme, et un grand pas pour Murder in Chicago ! (*blague pourrie*)
Non mais sérieusement, manque plus qu'Edward est c'est bon on y est presque ;)

D'ailleurs dans le prochain chapitre nous retrouveront Bella en infirmière et Edward en malade blessé... Et non, il ne s'agit pas d'un porno ! Il y aura aussi le passage de Noël qui ne devrait peut être pas se passer si bien que ça... D'ailleurs si vous avez des propositions quant au possible cadeau qu'Edward compte faire à Bella, les pronostics sont ouverts !

Il suffit juste de cliquer sur le petit bouton en dessous et de me laisser une jolie review :D
Et promis vous aurez droit de vous servir d'Emmett comme punchingball ;)

Je vous enverrai un teaser en prime (en tachant de répondre beaucoup plus rapidement ;))

On se retrouve dans trois semaines normalement si tout va bien. Je ne peux pas aller plus vite car cette fiction me demande beaucoup de temps et de réflexions et que ma rentrée est dans quelques jours.

Portez-vous bien et rendez-vous au chapitre 13 !

Votre Dévouée Popolove