Hello World !

Vous ne rêvez pas, c'est bien un nouveau chapitre de "Murder in Chicago" que vous venez de recevoir dans votre boite mail :D

Merci infiniment à vous pour toutes les belles reviews que j'aie reçues, je ne sais pas ce que je ferais sans vous ^^ D'ailleurs j'ai eu la bonne surprise de voir que cette fiction a encore gagné un prix, franchement c'est dingue, faut me pincer parce que je dois être en train de rêver !

Je remercie les anonymes :

Martine16, scorpionlove09, izzie, Yoyo, elodie, Edwardxbella, liliane, phelie, lily-rose, cocotte 56, ocenanny, larsand, Dian4a, PrincetonGirl818, Samantha, Elsa, lili, zoubida et 4-trynn 20-100

S : Je n'ai malheureusement pas eu le temps de t'envoyer de message sur le lien skyrock que tu m'as laissée j'en suis désolée. J'essaierai de le faire pour la prochaine fois. Merci pour ta review :)

Esther : Comme pour S, je n'ai pas du tout eu le temps de t'envoyer de message, j'espère que tu ne m'en veux pas. J'essaierai de me rattraper. En tout cas je te remercie pour ta review, et non tu ne rêves pas les chapitres sont bel et bien de plus en plus longs, alors que je fais tout pour les raccourcir, cherche l'erreur o_O Alors comme ça tu lis Excès de Vitesse aussi sans savoir que c'était moi qui l'écrivais ? C'est marrant :p Contente que mes deux fictions soient tes deux favorites :D Pour répondre à ta question, j'ignore encore combien de chapitres cette fiction comportera, peut être 25 je ne sais pas, mais quoi qu'il en soit elle est loin d'être finie ;)

Hlne : Encore une fois merci Hélène pour cette très longue review. Je vais y réfléchir pour déposer ma candidature chez Kleenex, sois sans crainte ;) J'adore vraiment la façon dont tu décris tout, ça me donne envie de manger des pâtisseries ! Je suis contente que tu aies apprécié leur rapprochement, et pour te répondre sache que c'est strictement impossible qu'Edward soit le meurtrier des parents de Bella, pour la simple et unique raison que ce jour là il se trouvait à Chicago (bah oui c'est le jour où il a enlevé Bella ^^) avec un autre contrat sur les bras. Mais peut être qu'effectivement Aro Volturi serait le commanditaire... Vous verrez bien par la suite :D Je vois en tout cas que tu as très bien cerné le personnage d'Edward, je te félicite ! Mais j'avoue que j'ai pas été très sympa avec le marchand de fleurs, j'aurais pu le faire apparaitre un peu plus tard, peut être qu'ils se seraient embrassés... Non je dec, même sans son arrivée rien ne se serait passé xD Il va falloir patienter un peu ;) Comme beaucoup de gens tu as fait une fixation sur le coup de fil de Felix, alors qu'en réalité peut être qu'il n'en est rien. Je reconnais que je ne laisse jamais les choses au hasard habituellement, mais si j'avais sur que ce coup de fil allait poser des tas de questions à tout le monde, peut être que je ne l'aurais pas fait en fin de compte lol Quoi qu'il en soit quelqu'un les espionne. Tu n'es pas la seule à penser à l'anniversaire de la mort d'Alice pour la fin du chapitre, et peut être que vous avez raison, vous allez le voir tout de suis ;) Alors maintenant je suis une cuisinière ? ^^ Si tu savais que je suis capable de faire cramer du riz jusqu'à ce qu'il devienne tout noir je crois pas que tu dirais ça LOL En tout cas j'espère que cette nouvelle dégustation sera à ta convenance :D


Le dernier chapitre a été bien accueilli, malgré le changement de comportement inexplicable d'Edward, qui en a fait rager plus d'une ^^

J'en profite pour faire une petite dédicace à ma Siamoise chérie adorée qui m'a soufflée l'idée du passage avec la crème, alors si vous avez aimé lire Bella en infirmière (sans la blouse xD) c'est elle qu'il faut remercier :)

Pour ceux qui se demandent si Edward et Bella étaient bel et bien épiés comme Edward le présume lors du réveillon de Noël, sachez que c'était vraiment le cas, mais le tout est de savoir qui :D

J'ai remarqué que beaucoup de personnes s'interrogent sur la mort d'Alice. Il y en a qui supposent qu'elle n'est pas morte et d'autres qui oublient un peu ce qui a déjà été dit dans les chapitres précédents, donc je vais faire un petit récapitulatif de ce que vous êtes censés savoir pour le moment. Je sais que pour certains vous avez du mal à imaginer une fiction sans Alice, que vous avez envie de voir Jasper heureux et tout ça... Mais Alice est bel et bien morte, elle a été tuée par quelqu'un qu'Edward connaissait et non ça n'a rien avoir avec Aro car il ne le connaissait pas en ce temps là, c'est d'ailleurs après la mort d'Alice qu'Edward a sombré et a fait sa connaissance. Voilà j'espère avoir éclairé quelques lanternes, naturellement vous apprendrez tout ce qui s'est passé à mesure que la fiction avance, vous allez d'ailleurs connaitre les circonstances de sa mort dans ce chapitre ;)

Je vous laisse en compagnie de ce chapitre et vous souhaite une agréable lecture. Il y a une scène que vous n'allez peut être pas apprécier mais par pitié ne me tuez pas, je sais ce que je fais :D

Enjoy !


Chapitre 14 : Tentation

Pov Bella

oO "Sleeping Sun" Oo – Nightwish

« Tu es sûre de toi ? » Demanda Jasper pendant que nous étions dans l'ascenseur en direction de son appartement.

J'hochai la tête, tripotant mes doigts nerveusement.

« Tu n'es quand même pas venu me voir pour rien. » Murmurai-je anxieuse.

« Non mais tu aurais pu refuser. Je sais que moi et Edward t'avons déjà fait beaucoup de mal. »

« C'est faux. » M'empressai-je de le contredire. « Enfin, pas vraiment… et puis Edward a passé son temps à prendre soin de moi, il m'a même permis d'utiliser sa bibliothèque et m'a emmenée dehors alors… je peux bien faire ça pour lui. »

« Je te remercie Bella, j'aurais aimé ne pas avoir à te demander ton aide mais je pense que ta présence peut l'aider. » Dit-il sincèrement en sortant de l'ascenseur pour se rendre chez lui.

« Euh Jasper ? » Appelai-je, pas très rassurée. « Tu as dit qu'Edward était chez toi et qu'il avait bu… mais dans quel état est-il au juste ? »

Il se retourna vers moi tandis que je le rejoignais.

« Tu verras. » Répondit-il simplement. « T'inquiète pas il n'est pas comme moi, il n'est pas dans un sale état ni quoi que ce soit. Disons qu'il est… colérique. »

« Colérique ? » Répétai-je.

« Ouais euh… quand Edward boit un peu trop il a tendance à devenir enragé. » Dit-il embarrassé.

« Oh Edward enragé, ça je connais. » Affirmai-je en hochant la tête.

Il sourit faiblement.

« Crois-moi Bella, je ne pense pas que ce soit comparable avec ça. »

Je blêmis et me mis à soudainement à paniquer. Vu l'état dans lequel est en temps normal lorsqu'il est en colère, je n'ose même pas imaginer comment il doit être si là il est encore pire que d'habitude. D'ailleurs, je n'avais pas tout à fait envie de le savoir…

Après que Jasper soit venu pour me demander de l'aide, il m'avait informé qu'Edward avait passé la soirée chez lui à boire du scotch et qu'il aurait besoin de moi pour l'aider à le ramener chez lui. Je voulais lui demander pourquoi Edward avait agi comme ça, alors que normalement il ne boit pas beaucoup et il est celui qui s'occupe des autres, mais je savais que ce n'était pas vraiment le moment. J'étais certaine que Jasper devait aussi connaitre la raison du comportement distant et curieux d'Edward de ces derniers jours. Pourquoi il s'enfermait dans son bureau durant des heures interminables, pourquoi il était distant avec moi, pourquoi il sortait beaucoup… Jasper était au courant de tout, c'était obligé. Mais acceptera-t-il de me le dire ?

« Tout ce que t'as à faire, c'est de m'aider à le ramener, rien de plus. » Promit-il comme s'il avait peur de m'en demander trop.

J'aurais voulu lui dire qu'il pouvait me demander tout ce qu'il voulait, que je ferais n'importe quoi pour Edward, mais je doute que ce soit une très bonne idée. J'hochai simplement la tête et il poussa la porte de chez lui puis m'invita à entrer. Je n'entendis rien une fois à l'intérieur. Pas un bruit, si bien que je me demandais si Edward était vraiment là.

« Viens. » Chuchota Jasper en me dirigeant vers la double porte menant à son bureau. Lorsqu'il l'ouvrit, mon cœur s'arrêta.

Edward était debout, de dos avec un verre à la main. Même en ne voyant pas son visage, je trouvais le moyen d'avoir le souffle coupé et de le trouver magnifique. Je voulais me fustiger pour mes pensées alors que ce n'était pas du tout le moment mais j'en étais incapable. Il avait une chemise bleue clair qui laissait apercevoir les lignes et la courbe de son dos, et ses cheveux étaient légèrement décoiffés. J'étais définitivement attirée par lui, peu importe le moment, peu importe l'endroit.

« Edward ? » Appela Jasper qui était à coté de moi.

La main d'Edward se resserra sur son verre et un sentiment d'appréhension s'empara de moi. Il se retourna avec lenteur et lorsqu'il fut face à moi, la crainte que je ressentais augmenta. Il avait les traits tirés, son visage était entièrement hostile et ses yeux étaient assombris. Son regard devint furieux quand il me vit.

« Qu'est-ce qu'elle fait là ? » Cracha-t-il à Jasper en me désignant d'un bref geste de la tête.

Je tressaillis face à la voix qu'il avait employée. On aurait dit qu'il ne me connaissait pas, ou pire, qu'il me détestait.

« Elle est venue parce que je le lui ai demandée. » Répondit Jasper d'une voix calme. « Puisque tu ne voulais pas me laisser te ramener à la maison. »

« T'aurais pas dû Jasper. » Susurra-t-il méchamment. « T'aurais dû la laisser où elle était. »

« Edward. » Tentai-je en m'approchant de lui. « Viens on rentre. »

Son regard virevolta vers moi avec répulsion.

« Toi ne m'approche pas ! » Aboya-t-il. « Va-t-en d'ici, t'as rien à faire là ! »

J'entrouvris la bouche d'étonnement et ma respiration se coupa. J'essayais de me dire qu'il n'était pas dans son état normal mais la façon dont il me regardait, comme si je le dégoutais, ça c'était assez difficile à supporter.

Je refusais toutefois de me démonter et d'abandonner. M'approchant une nouvelle fois de lui, je posai une main sur son bras.

« Edward écoute… »

« Ne me touche pas ! » S'écria-t-il en se dégageant tellement brusquement que je manquais de trébucher.

« S'il te plait… » Insistai-je vainement en tachant de ne pas montrer mon désarroi face à son rejet. « Tu n'es pas dans ton état normal, il faut te ramener à la maison. »

Ses yeux s'élargirent de fureur.

« Non mais t'es sourde ou quoi ? Je t'ai dit de dégager ! » Lâcha-t-il sur un ton féroce.

Je commençai à me vexer et m'impatienter, si bien que mon énervement prit le dessus sans que je ne le veuille.

« Ne me parle pas comme ça, je ne suis pas ton chien ! » Tempérai-je.

« Et toi ne me donne pas d'ordre ! » Ragea-t-il. « Va-t-en, je ne supporte pas de te voir. »

« Mince Edward, je veux seulement t'aider, pourquoi est-ce que tu réagis comme ça ? » Rétorquai-je impétueusement sans me laisser faire.

Je m'approchai encore et il se recula prestement.

« Tu ne comprends pas ? » Son regard était presque noir, ce qui me donnait la chaire de poule. « Je ne veux pas de ton aide, j'ai pas besoin de toi ! »

Je me tendis et mon corps frissonna tant la haine était visible dans sa voix. Sa main qui tenait le verre tremblait légèrement et le liquide à l'intérieur tanguait comme une espèce de vague. Edward faisait vraiment flipper à cet instant. Il était presque méconnaissable, rien avoir avec celui auquel j'étais habituée depuis plusieurs semaines. C'était étrange mais même le jour où il m'avait frappée, il n'était pas comme ça. Ni le jour où il m'avait surpris en train de fouiller son bureau. En fait il était différent. Il ne s'agissait pas d'Edward quand il perdait le contrôle de lui-même comme très souvent, c'était juste… quelqu'un d'autre. Quelqu'un qui me faisait volontairement souffrir mais qui n'avait pas l'air d'en éprouver le moindre plaisir.

Si intérieurement j'étais profondément blessée d'être rejetée de cette façon, à l'extérieur c'était plus de la colère que je montrais car il était en train de me pousser à bout. Son comportement changeant, son attitude de ces derniers temps, tout ça me tapait sur les nerfs et je n'arrivais plus à le supporter.

« Très bien, Jasper, ramène-moi. » Ordonnai-je sèchement sans quitter Edward du regard.

« Bella… » Supplia-t-il en venant vers moi. « Reste s'il te plait, il ne pense pas ce qu'il dit. »

« Au contraire, je pense exactement ce que je dis. » Vociféra Edward. « Fous le camp d'ici Bella, tu n'es rien pour moi. »

« J'en ai assez entendu. » Marmonnai-je difficilement en me tournant vers Jasper. « Je veux qu'on s'en aille. »

Il me regarda tristement et je compris qu'il était désolé de la façon dont Edward me traitait à l'heure actuelle. Mais ça ne changeait rien. Ce n'était pas à lui d'être désolé, il n'était pas responsable des agissements de son ami. Si Edward voulait me faire me sentir comme si j'étais une moins que rien à ses yeux, ce n'était pas de sa faute. De toute façon j'en avais marre de m'écraser, je ne le ferai plus. Surtout pas pour lui. J'avais beau l'aimer, il y a quand même des choses que je ne peux accepter. Comme par exemple le fait qu'il me fasse tourner en bourrique depuis des jours, ou encore qu'il me fasse une déclaration et que l'instant d'après il me dise que je ne suis rien pour lui.

« D'accord. » Soupira le blond.

Il me prit le bras et m'amena vers la sortie du bureau. Au moment où je m'apprêtais à sortir, je fus poussée par une envie irrépressible et je me retournai vers Edward qui avait toujours le regard aussi sombre que de l'encre de chine.

« Oh et Edward ? » L'appelai-je avec froideur tandis qu'il ne m'accordait pas la moindre attention. « Bonne année. » Répliquai-je d'un ton cynique.

J'allais me détourner quand je vis son regard changer. Il posa les yeux sur moi, et à ce moment là si un regard pouvait tuer, j'aurais été morte depuis longtemps. Son corps s'était tendu et il me regardait les yeux à la fois exorbités et furibonds. Sa lèvre se retroussa et sans que je ne comprenne quoi que ce soit, il s'emporta.

« Ta gueule ! » Hurla-t-il en balançant le verre qu'il avait dans les mains vers moi avec force.

J'eus à peine le temps de pousser un hurlement d'effroi que Jasper me tira pour m'éloigner et que le verre alla se fracasser contre le mur derrière moi en mille morceaux. Mon cœur cognait dans ma poitrine et j'eus du mal à respirer. J'avais envie de pleurer mais j'étais tellement horrifiée parce qu'il venait de se produire que je n'y arrivais pas.

« Viens Bella. » Intervint Jasper alors que mon regard était rivé sur Edward qui était devenu complètement fou.

Quelque part j'étais inquiète pour lui parce que je savais qu'il n'agissait pas comme ça sans raison, mais là il était allé trop loin, je n'avais pas à être la victime de ses tourments ni de ses accès de violence. Et pourtant mon cœur battait toujours pour lui… C'était sans doute ça qui me donnait envie de fondre en larmes. Le fait de ne pas pouvoir le détester comme je l'aurais dû, de ne pas pouvoir l'aider comme je l'aurais voulu, de ne pas faire partie de sa vie comme lui faisait partie de la mienne….

« Bella ! » Fustigea Jasper en voyant que je ne répondais pas et que je fixais toujours Edward qui lui ne m'accordait aucune attention et qui avait sa tête entre les mains, l'air de souffrir le martyr.

Il ne me laissa pas le choix car il me tira par le poignet pour me forcer à partir pendant que j'étais encore en état de choc. Il nous fit sortir de l'appartement en trombe, puis nous fit pénétrer dans l'ascenseur.

Pas une parole ne fut échangée durant tout le trajet, mes pensées toutes dirigées vers l'Edward que j'avais laissé chez Jasper.

Il sortit les clés de l'appartement d'Edward et me poussa à l'intérieur avant de refermer sur son passage.

« Je suis désolé. » Dit-il finalement. « Je n'aurais jamais dû t'amener. J'aurais dû me douter que ça se passerait mal. »

« Alors pourquoi tu l'as fait ? » M'énervai-je en lui faisant face. « Pourquoi t'as voulu que j'aille le voir ? J'avais pas besoin de le voir comme ça ! »

« Je savais pas qu'il réagirait de cette façon en te voyant ! » Se défendit-il. « J'ai cru que ta présence l'apaiserait mais en fait ça n'a fait que le rendre encore plus fou. »

Je soufflai en fermant les yeux. Même si Jasper n'y était pour rien et qu'il avait voulu bien faire, j'avais besoin de blâmer quelqu'un et il était le seul sur qui je le pouvais.

« Je te dois une ou deux explications. » Songea-t-il au bout d'une minute.

Je rouvris les yeux et lui lançai un regard foudroyant.

« Non tu crois ? » Rétorquai-je sarcastique. « Parce qu'au cas où tu ne le saurais pas, je suis complètement larguée ! Je ne comprends plus rien Jasper, depuis le jour de Noël il est instable, il passe des heures à s'enfermer dans son bureau, il s'en va sans prévenir, il m'évite et maintenant ça… C'est quoi son problème ? ! » M'écriai-je.

Jasper soupira mais ne répondit pas. Au lieu de ça il se dirigea dans le salon et alla s'asseoir sur le canapé sous mon regard incrédule. Je le rejoignis mais préférai rester debout, me contentant de le fixer les bras croisés sur ma poitrine tandis qu'il avait l'air torturé.

« Réponds à ma question. » Insistai-je durement en voyant qu'il était parti dans ses pensées et qu'il ne me répondait toujours pas.

« C'est compliqué. » Dit-il comme si c'était suffisant.

« Parce que tu crois que je vais me contenter de ça ? Tu me prends pour qui au juste ? Je commence à en avoir sérieusement marre ! »

« Bella, son comportement n'a absolument rien avoir avec toi, il est toujours comme ça à cette période de l'année, tout ce que tu peux faire c'est attendre et il redeviendra normal d'ici un jour ou deux. » Déclara-t-il avec certitude.

« Attendre ? » M'étranglai-je. « C'est ça tes explications ? Tu as vu comment il s'est comporté avec moi tout à l'heure ? Je ne peux pas faire comme si de rien n'était bon sang ! » Protestai-je incrédule, mes nerfs lâchant petit à petit.

« Je ne te demande pas ça. » Contra-t-il en me regardant sérieusement. « Seulement il faut que tu comprennes que tout ce qu'il t'a dit, il n'en pensait pas un traitre mot. Je le connais mieux que personne, je sais que dès l'instant même où il aura dessoulé il s'en voudra pour ce qu'il t'a fait subir ce soir. »

Je secouai la tête, refusant d'écouter ça.

« Je peux supporter beaucoup de choses pour lui, mais ça c'est au-dessus de mes forces. » Murmurai-je. « Je ne suis pas une merde qu'on prend et qu'on jette. Je refuse qu'Edward agisse avec moi selon ses envies, ni qu'il devienne violent sans raison. »

« Tu as faux sur toute la ligne. » Démentit-il sans me quitter des yeux. « Edward tient à toi, et putain en six ans je ne l'ai jamais vu aussi humain que depuis qu'il t'a rencontrée ! »

Ma lèvre inférieure trembla et je me fustigeai pour réagir à ses paroles. Je voulais rester ferme mais ce qu'il disait me faisait douter. Pourtant je ne voulais pas me mettre à croire ce que disait Jasper, je ne voulais pas penser que j'ai pu avoir une influence positive sur lui alors qu'il avait agi avec moi comme si j'étais une étrangère.

« Dans ce cas explique-moi ce qui lui a pris tout à l'heure. » Rappelai-je sans dissimuler le dégout dans ma voix.

Il soupira une nouvelle fois, puis rendit les armes, un air douloureux sur le visage.

« Tu veux savoir la vérité ? Elle est morte Bella. » Cracha-t-il en faisant référence à Alice. « C'était il y a sept ans, jour pour jour. »

Je fronçai les sourcils, commençant petit à petit à comprendre. Jour pour jour… est-ce que cela voulait dire qu'aujourd'hui était l'anniversaire de sa mort ? Ça expliquerait son attitude inexplicable des derniers jours…

« Mais pourtant c'est le réveillon du jour de l'an…» Fis-je d'une voix tremblante.

Il eut un rire mauvais.

« Ouais… » Marmonna-t-il en secouant la tête.

Je m'assis à mon tour sur le canapé en baissant les yeux vers mes genoux tandis qu'il se passait une main sur le visage, sans doute pour essayer de garder une certaine contenance.

« D'accord. » Dis-je faiblement. « Mais ça n'excuse pas la façon dont il a agi avec moi. »

« Tu ignores ce qu'il s'est passé ! » S'emporta-t-il en tournant sa tête vers moi. « Tu ne sais pas dans quel était il l'a retrouvée ce soir là, ni le cauchemar que les Cullen ont enduré avant ça ! »

« Les Cullen ? » M'enquis-je étonnée.

« C'était comme ça qu'Edward s'appelait avant. » Apprit-il avec défection. « Il a changé de nom après avoir rencontré Aro. »

J'hochai la tête, le souvenir de la partition me revenant en mémoire. Lorsque j'avais trouvé le morceau composé pour Alice et que j'y avais vu le nom d'Edward Cullen apparaitre, j'avais tout de suite fait la connexion, et j'étais soulagée de constater que j'avais eu raison. Je ne m'étais pas trompée, sa véritable identité est bel et bien Edward Cullen.

Edward Cullen, le pianiste prodige…

« Que s'est-il passé ce jour là ? » Demandai-je avec inquiétude.

Son regard se voila et j'eus peur qu'il ne supporte pas d'en parler.

« Tout allait bien au début de la journée, on était sensés passer un bon réveillon et faire la fête. Et puis Alice a dû s'absenter dans l'après midi. En voyant qu'elle ne revenait pas, Edward a commencé à s'inquiéter et il est parti à sa recherche à la nuit tombée. Il a arpenté toute la ville pendant des heures. Il a cherché dans tous les endroits où elle aurait pu aller, toutes les rues qu'elle avait l'habitude d'emprunter… et puis il l'a retrouvée dans une ruelle. » Il renifla et tenta de réprimer un sanglot. « Elle était allongée près des poubelles avec des vêtements déchirés. Elle avait été battue et violée, du sang plein la figure… Edward a accouru vers elle, il l'a prise dans ses bras, a tenté de la réveiller… Et au même moment il y a eu le décompte dans les rues, les pétards ont fusé et tout le monde s'est souhaité la bonne année. Il a voulu appeler des secours mais personne ne l'a entendu ni vu car il y avait pas mal d'émeutes et de bagarres dans les rues. Quand il a compris qu'elle était morte et qu'il n'y avait plus rien à faire, il est resté là à la tenir dans ses bras et n'a pas bougé de toute la nuit. »

Il y eut un silence tandis qu'il prenait une inspiration et qu'il se donnait du courage.

« Toute la nuit les gens ont fait la fête Bella. Exactement comme ce soir. Ils ont passé la nuit à se bourrer et à chanter dans les rues, et pendant ce temps là Edward était aux fins fonds d'une ruelle avec sa sœur morte et ensanglantée dans les bras. Plusieurs fois des gens sont passés devant lui et personne ne s'est arrêté. Pas une seule personne. »

Jasper s'arrêta de parler et dissimula son visage dans ses mains, sans doute pour me cacher ses émotions. Moi je restais là, immobile et interdite. J'avais quelques larmes qui perlaient au coin de mes yeux tandis que je m'imaginais la scène dans ma tête. Un Edward jeune et innocent, qui a perdu sa sœur jumelle au moment où tout le monde festoyait. Ça me rappelait le jour où j'avais découvert Renée et Phil dans la cuisine. Ça avait été la vision la plus immonde que j'aie vue de toute ma vie. Et Edward avait vécu la même chose… sauf qu'Alice avait en plus de ça été violée et battue, et que personne n'avait fait attention à lui qui était en train de pleurer sa sœur.

Je voyais bien que Jasper me cachait une bonne partie de l'histoire, cependant je n'avais pas du tout envie de creuser plus profondément, surtout pas ce soir, après l'avoir forcé à me dévoiler cette infamie.

« Et dire que je lui ai souhaité la bonne année… » Dis-je en reniflant.

Je me sentais mal rien que d'y penser. Sur le coup j'avais été tellement choquée de sa réaction quand il m'a hurlée dessus en balançant le verre contre le mur que je n'avais pas songé au fait que cela pouvait être à cause d'une de mes paroles. Mais à présent tout prenait enfin un sens. Le comportement distant et son visage torturé des derniers jours, ainsi que sa conduite tout à l'heure…

Rosalie avait raison, Edward n'était pas seulement un homme brisé. C'était un homme complètement détruit. Et je n'avais aucun moyen de changer ça. J'avais voulu croire que je pouvais mais je m'étais royalement trompée. De toute façon je ne pouvais pas l'aider s'il ne voulait pas me parler. Il y avait tellement de choses que j'ignorais encore, tellement de détails à propos de sa vie, d'Alice et de la véritable cause de sa mort que je me demandais comment j'avais pu prétendre un jour le connaitre ne serait-ce qu'un peu.

« Tu pleures ? » Interrompit Jasper soudainement.

Je clignai des yeux et m'empressai de secouer la tête.

« Non. » Bredouillai-je en m'essuyant avec mon bras.

Un silence s'encourut pendant que je baissai les yeux vers le sol tandis que je sentais que Jasper me fixait silencieusement. J'étais mal à l'aise qu'il m'épie comme ça mais je n'osais relever les yeux pour le regarder.

« Tu tiens à lui. » Constata-t-il au bout d'un moment.

Il n'y avait aucune lueur d'hésitation dans sa voix, c'était une affirmation. Je clignai des yeux et hochai la tête, toujours sans le regarder.

« Ça se voit tant que ça ? »

« Un peu. »

Je devinais qu'il devait être en train de sourire au son de sa voix.

« J'ai été blessée Jasper. Je ne sais pas si je peux faire comme si de rien n'était. » L'avertis-je en ne croyant guère à ce que je disais.

Au fond de moi je savais que dès le moment où franchirait cette porte et qu'il s'excuserait j'oublierai tout ce dont pourquoi je lui en voulais. J'étais une vraie hypocrite.

« Chaque année, quelques jours avant le 31 décembre, Edward devient instable. En général il passe toutes ses journées chez moi à vider mon minibar. » Informa-t-il. « Toutefois cette année est différente. C'est la première fois qu'il s'enferme dans son bureau pour ruminer. » Songea-t-il avec étonnement. « Quand je te dis qu'il a changé depuis qu'il te connait… »

« Pourquoi il m'a évité ? »

« Je te l'ai dit il est instable. » Répéta-t-il vainement. « Il n'y a pas que ses actions qui sont changeantes, mais aussi son comportement qui est imprévisible. Edward a tendance à s'emporter sans raison et être méchant avec tout le monde, y compris avec moi. Je crois qu'il craignait de faire ou dire quelque chose de mal et qu'il a voulu te protéger à sa manière. » Défendit-il.

J'hochai la tête, compréhensive.

« Et ce soir ? Il n'a pas pu s'empêcher de boire ? »

« Chaque 31 décembre il boit et il agresse n'importe qui se trouvant à sa portée. Je m'en suis pris des belles si tu savais. » Fit-il avec un rire jaune, pas du tout humoristique. « Et puis… je trouve qu'il a été plutôt soft avec toi. »

« Je te demande pardon ? » M'exclamai-je incrédule en relevant la tête vers lui.

« En temps normal il est beaucoup plus violent que ça. » Précisa-t-il sérieusement. « Là il s'est simplement contenté de te rabaisser et de t'ordonner de dégager. »

« Il m'a aussi balancée un verre à la figure ! » Protestai-je outrée.

« Tu lui avais souhaité la bonne année ! » S'écria-t-il. « Bella c'était la pire chose que tu pouvais faire, si ça n'avait pas été toi il aurait fait bien pire que ça ! »

Un frisson me parcourut l'échine en entendant ça.

« Mais je ne savais pas que… »

« Je sais. » Rassura-t-il. « Mais tu éviteras à l'avenir de le redire, Edward ne supporte pas cette phrase. Il n'a pas arrêté de l'entendre le jour de la mort de… enfin tu vois. » Abrégea-t-il.

Je me souvenais que Jasper ne supportait pas de prononcer ni d'entendre le prénom d'Alice, alors je ne fis pas attention à la façon dont il avait éludé. D'ailleurs il allait falloir que je garde constamment en tête que je ne devais surtout pas redire son nom devant lui.

Ne jamais souhaiter la bonne année à Edward, et ne jamais dire Alice devant Jasper, ça devrait pas être trop difficile à retenir.

Sans vouloir paraître mauvaise… T'as pas déjà fait les deux ?

Je secouai la tête et fustigeai ma stupide conscience qui me rappelait à mon bon souvenir que j'étais une idiote qui faisait toujours tout ce qu'il fallait pas faire sans se soucier des conséquences.

« Comment ça se fait que toi tu sois normal ? » M'enquis-je intriguée.

Étant donné que d'habitude c'était Edward qui ne buvait pas et qui agissait normalement et Jasper qui se soulait et qui faisait n'importe quoi, j'étais en droit de me poser des questions.

« Tous les ans à cette époque de l'année j'essaye de me contrôler. » Soupira-t-il d'un ton las. « Je sais qu'il a besoin de moi et je lui dois bien ça, après toutes les fois où il m'a ramené à la petite cuillère. »

Je souris faiblement. Jasper était vraiment quelqu'un de bien, et je voyais qu'il tenait à Edward. Dommage qu'il ne soit pas dans son état normal la plupart du temps car il pouvait se montrer être quelqu'un de posé et de très intelligent.

« J'aime bien quand tu es sobre. » Avouai-je timidement.

Il roula des yeux.

« C'est vrai que ça arrive pas souvent. Je crois bien que ça doit être la première fois que tu me voies sans vraiment un seul gramme d'alcool dans le sang. » Railla-t-il.

« Et c'est bien dommage. » Fis-je remarquer tristement.

Son visage devint soudainement mélancolique et ses traits se plissèrent.

« Je sais. Si je n'avais pas agi comme ça dès le départ, j'aurais pu m'occuper de mon meilleur ami et l'empêcher de mal tourner. Je m'en voudrai toute ma vie pour ça. » Rétorqua-t-il amer.

« Tu peux encore l'aider. » Fis-je d'une voix douce. « Tout n'est pas perdu, je refuse de penser que c'est sans espoir. Edward n'est pas condamné Jasper, il n'est pas trop tard pour lui venir en aide. »

« Sauf que ce n'est plus à moi de jouer ce rôle là. » Réfuta-t-il en me regardant intensément, comme s'il voulait me faire passer un message. « J'ai eu la chance de le faire et je ne l'ai pas saisie, mais toi tu le peux. Aujourd'hui c'est à ton tour de réussir là où moi j'ai failli. »

J'entrouvris la bouche, prise de court par ce qu'il venait de dire. Est-ce qu'il pensait sincèrement que je pouvais aider Edward ? Pourtant Rosalie avait dit que non, et même Emmett m'avait rappelée que je ne signifiais rien, tout comme Edward m'avait dit à l'instant que je n'étais rien pour lui. Alors comment est-ce que je pouvais l'aider d'une quelconque façon ?

« Mais tu es son meilleur ami. » Rappelai-je déboussolée.

« Et toi tu l'aimes. » Répliqua-t-il simplement.

Mon visage se décomposa et je sentis le rouge me monter aux joues. J'ouvris la bouche plusieurs fois mais ne sus quoi répondre. Il secoua la tête avec défection en reprenant la parole.

« Tu crois que je suis aveugle ? J'ai bien vu la façon dont tu le regardais tout à l'heure, y a sûrement que lui pour ne pas se rendre compte de ce qu'il a sous les yeux. »

Je baissai la tête embarrassée.

« J'ai essayé d'empêcher ça. » Murmurai-je défaite. « Mais je n'ai pas réussi… »

« Tu peux pas empêcher un truc comme ça. » Contra-t-il en fronçant les sourcils. « C'est quelque chose qui te tombe dessus et t'auras beau essayer de le combattre, ça ne changera rien. Crois-moi je sais de quoi je parle. » Marmonna-t-il acerbe.

Je le regardai peinée. Edward n'avait pas voulu me répondre quand je lui avais demandé si Alice aimait Jasper également, mais en voyant les traits torturés de Jasper, j'eus l'impression que ce n'était pas le cas. Peut être que Jasper était comme moi, et qu'il avait vécu un amour à sens unique. Dans tous les cas je ne préférais pas tenter le diable encore une fois et lui poser la question.

« C'est vrai que je l'aime. » Avouai-je finalement en priant pour qu'il ne dise rien à Edward. « Qu'est-ce que je raconte ? Je suis dingue de lui. » Dis-je d'un ton déploré en secouant la tête. « C'est vraiment pathétique. »

« Tu sais qu'il ne te verra jamais comme ça. » Fit-il remarquer sans mauvaise pensée.

J'hochai la tête faiblement, mon cœur se comprimant en entendant ça. Même si je m'étais faite une raison et que Rosalie me l'avait déjà dit, cela faisait toujours aussi mal. J'aimais quelqu'un qui ne m'aimerait jamais. Comment pouvais-je tomber aussi bas…

« Oui je… je l'avais compris. » Bafouillai-je douloureusement.

« Il a quand même des sentiments très forts envers toi. » Tenta-t-il de se rattraper. « Il est très protecteur et il s'inquiète beaucoup pour toi. Je pense qu'il doit te considérer comme sa petite sœur. »

« Et c'est censé me consoler ? » Dis-je sarcastique. « Le fait qu'Edward me considère comme sa sœur devrait m'aider à me sentir moins mal ? »

« Je suis désolé Bella. » Répondit-il navré. « Je sais ce que c'est que d'être amoureux de la mauvaise personne. Mais il faut que tu te fasses à l'idée que tu n'obtiendras jamais rien de plus que ce que tu as déjà. Il va falloir que tu te contentes de ça. »

« C'est bon Jasper. » Coupai-je acerbe. « Laisse-tomber. »

« Est-ce que je t'ai offensée ou fait de la peine ? » S'enquit-il en plissant le front.

Je souris faiblement et secouai la tête.

« Non. » Rassurai-je. « En fait j'aime bien parler avec toi. D'ailleurs… Je tiens à m'excuser au sujet de notre dernière entrevue. Je voulais te dire que j'étais désolée le jour où on t'a retrouvé dans ton bureau mais… »

« C'est pas grave Bella, je sais que tu ne pensais pas à mal. » Interrompit-t-il d'une voix calme. « Et puis je suis désolé aussi, j'ai pété les plombs. Ce n'était pas contre toi, c'est juste que je ne supporte pas d'entendre son prénom, c'est comme… une claque en pleine figure. » Dit-il avec un visage sombre et toujours aussi torturé.

J'aurais vraiment voulu trouver un moyen pour qu'il aille mieux, faire quelque chose qui soulagerait sa douleur et l'apaiserait… mais je ne voyais pas ce que je pouvais faire. Je n'imaginais pas le calvaire qu'il doit endurer. D'après les dires d'Edward, il a aimé Alice pendant plus de dix ans avant qu'elle ne meure, et il a toujours continué. Déjà moi j'ignorais quelle serait ma réaction si Edward venait à disparaitre, alors que je ne le connaissais seulement que depuis à peine quatre mois. J'avais déjà eu un petit aperçu le jour de la fusillade à Springfield, et je me rappelle ne pas avoir pu supporter l'idée qu'il ne fasse plus partie de ce monde. Mais pour Jasper c'était encore pire. Lui ça fait presque vingt ans qu'il aime Alice, et sept ans qu'il doit continuer à vivre sans celle qui fait battre son cœur. Comment faisait-il pour supporter ça ?

J'ignorais s'il lui avait un jour déclaré sa flamme, s'il avait pu ne serait-ce qu'un moment être heureux avec elle ou si elle n'avait jamais partagé ses sentiments, mais ce que je savais c'est que ce serait abominablement triste pour lui s'il n'avait pas pu avoir la chance de connaitre une toute petite minute de bonheur avec elle quand elle était encore en vie.

« Je devrais y retourner, je n'aime pas l'idée de le savoir seul là haut. » Intervint-il, me stoppant dans mes réflexions.

J'hochai la tête, comprenant sa position.

« Edward m'a dit que c'était pour lui si tu étais encore là. Parce que tu ne veux pas le laisser seul. » Murmurai-je en espérant qu'il ne réagisse pas mal à ce que je venais de dire.

Il soupira lourdement.

« Techniquement il est déjà seul, j'ai jamais été vraiment là pour lui. » Marmonna-t-il avec des yeux qui trahissaient la culpabilité qu'il ressentait.

J'aurais voulu lui dire que c'était faux et qu'il se trompait, mais ce serait mentir car au fond je savais qu'il avait en quelque sorte raison. C'était vrai qu'il n'avait pas été là pour Edward. Parce qu'il avait sa propre douleur à gérer, parce qu'il a préféré se noyer dans l'alcool et abandonner sa vie… Personne ne pouvait lui en vouloir pour ça, d'ailleurs même Edward ne l'avait jamais tenu pour responsable, ça se sentait quand il parlait de lui. Il ne lui en avait jamais voulu d'avoir baissé les bras et d'être devenu l'ombre lui-même, tout comme Jasper n'avait jamais laissé tomber Edward lorsque celui-ci était devenu un homme de main et un assassin. Je ne pus m'empêcher d'être stupéfiée et émerveillée devant une telle amitié. C'était la première fois que j'assistais à une telle chose. Une amitié si forte que malgré toutes les épreuves, toutes les erreurs, même après qu'ils soient tous les deux détruits et anéantis, ils étaient quand même là à se soutenir et à faire n'importe quoi l'un pour l'autre. C'était sincèrement beau et admirable.

« Tu es quand même là pour lui aujourd'hui. » Rappelai-je avec douceur. « Ainsi que chaque 31 décembre depuis des années, et puis tu l'as hébergé quand ses parents sont partis. »

Il eut un rire jaune.

« Si tu savais comment était la colocation entre nous, tu ne dirais pas ça. J'ai été royalement merdique. Je le laissais constamment seul et je passais mon temps à boire. Même le jour de son anniversaire j'ai pas été fichu d'être là. C'est en partie à cause de moi s'il s'est fait engrener par ces pourritures. »

« Ce qui est fait est fait. » Coupai-je court à la conversation, n'ayant pas du tout envie de m'aventurer sur ce terrain là. « Tu ne peux pas revenir en arrière ni changer le passé, personne ne le peut. »

« C'est pour ça que je vais pas le laisser tomber maintenant en mettant lâchement fin à mes jours. » Conclut-il le visage assombri avant de se lever du canapé.

Je souris.

« Tant mieux. Parce qu'il a déjà été abandonné par toutes les personnes auxquelles il tenait. » Murmurai-je tristement en faisant référence à sa sœur, ses parents ainsi que son ancienne petite amie, et probablement tous les amis qu'il devait avoir au lycée…

Il se tourna vers moi qui étais toujours assise sur le canapé et me fit un petit sourire.

« Il y a une nouvelle personne à qui il tient maintenant. » Dit-il en me faisant un clin d'œil avant de se détourner et de quitter l'appartement en prenant soin de refermer à clé sur son passage, me laissant sans voix à cause de sa dernière phrase.

J'avais envie de sourire en entendant ça, cependant je ne voulais pas me faire de faux espoirs et pour chuter à nouveau de mon estrade.

Oui Edward tenait à moi, ça je n'en doutais pas.

Mais jusqu'à un certain point. Et je doute que cela soit suffisant.


oO "Eva" Oo – Nightwish

Il me fallut attendre deux jours avant de pouvoir reparler à Edward à nouveau.

Tout d'abord, il ne revint pas du tout durant tout le lendemain qui suivit. Je devinais qu'il avait dû passer la journée chez Jasper, probablement à se morfondre et à décuver. J'avais essayé de combler son absence en effectuant des taches ménagères et en lisant des bouquins. Dans un sens j'étais un peu soulagée qu'il ne revienne pas tout de suite car je ne me sentais pas capable de l'affronter. J'étais toujours encore un peu secouée par notre dernière entrevue et même si je savais que je le pardonnerais parce qu'au fond mon inquiétude pour lui avait pris le dessus sur ma colère, il me fallait un peu de temps. Un moment de répit sur lequel je pouvais me reposer pour reprendre mes esprits et remettre de l'ordre dans mes pensées.

Même si je n'avais qu'une seule envie, c'était de le revoir, que ce cauchemar disparaisse et que tout redevienne comme avant, j'avais besoin de m'éloigner pour faire le vide, et ça Edward semblait l'avoir compris puisqu'il ne rentra pas avant la nuit tombée, quand j'étais déjà couchée. Évidemment je ne dormais pas et rien que de l'avoir entendu revenir avait éveillé mes sens et fait revenir mon appréhension.

Cependant je n'avais pas voulu sortir de la chambre cette nuit là. Je m'étais sentie incapable de lui faire face. J'avais peur quelque part de la façon dont j'allais le retrouver, est-ce qu'il serait toujours cet être abominable que j'avais vu chez Jasper où est-ce qu'il serait redevenu l'Edward auquel je tenais… Je n'avais pas cherché à le savoir puisque je m'étais terrée dans mon lit bien profondément. Et Edward n'était pas venu frapper à ma porte.

Le lendemain quand je m'étais réveillée j'avais eu la désagréable surprise de voir qu'il n'était pas là. Je m'étais alors fustigée pour ne pas avoir eu le cran de lui parler la veille car je me retrouvais une nouvelle fois seule sans qu'on ait pu s'expliquer. J'ignorais s'il m'évitait ou s'il était seulement occupé – je penchais plutôt pour la première option – mais il ne revint pas de toute la journée, et je dus comme la veille m'occuper en lisant et en regardant la télé sans vraiment y accorder la moindre attention. J'essayais de ne pas trop me prendre la tête mais c'était assez dur dans la mesure où toutes mes pensées étaient tournées vers lui.

Ce fut seulement en milieu de soirée, quand j'étais tranquillement assise sur le canapé à mater un film à la télé que j'entendis la porte s'ouvrir. Mon cœur eut alors un raté.

Il était là.

Je me levai du canapé et me tournai vers l'entrée tandis qu'il s'engouffrait dans l'appartement. Il était vêtu d'un simple jean et d'une chemise sous sa veste en cuir. Cette fois je me promis que je ne me défilerai pas. J'allais l'affronter, peu importe l'issue de cette entrevue. Ses cheveux était désordonnés mais normalement coiffés et sa tête était basse. Lorsqu'il leva les yeux vers moi qui le dévisageais, son regard laissa passer toutes sortes d'émotions allant de l'étonnement à l'inquiétude, en passant par la culpabilité et même un peu de douleur. Vus ses traits tirés, aucun doute qu'il se sentait mal.

Cependant il ne prononça aucune parole et se dirigea dans la cuisine comme si de rien n'était. Je restai d'abord inerte, n'arrivant pas à croire qu'après tout ce qui s'était produit il m'ignorait et faisait sa vie sans la moindre explication. Je ne pus tolérer ça et après une bonne minute à réfléchir, je me rendis dans la cuisine d'un pas ferme et décidé. Il était en train de boire une bière qu'il avait sortie du frigo et ne m'accordait pas un regard.

« Edward ? » L'appelai-je d'une voix un peu impatiente.

Il arrêta de boire et me regarda sans émotion.

« Bella. » Salua-t-il simplement, avant de reporter à nouveau la bière ses lèvres et de boire plusieurs gorgées.

« Tu comptes m'ignorer encore longtemps ? » Rétorquai-je vexée.

Il posa sa bouteille de bière sur le comptoir et s'appuya contre ce dernier en soupirant longuement, tandis que je le fixais sans comprendre son attitude.

« Je ne t'ignore pas. » Nia-t-il d'une voix calme et détendue, en parfait contraste avec la façon dont il m'avait parlé la dernière fois.

« J'essaye seulement de te donner un peu d'espace. » Précisa-t-il.

« De l'espace ? » Fis-je surprise.

Il baissa la tête vers le comptoir, probablement pour ne pas que je puisse avoir accès à ses émotions.

« Je pensais que c'était ce que tu voudrais après la manière dont je t'ai traitée. » Avoua-t-il.

J'écarquillai les yeux, réalisant qu'il avait eu une réaction totalement compréhensible. Le problème était que pas une fois je n'avais songé à prendre mes distances avec lui, alors que c'est ce que tout le monde aurait fait à ma place. C'est là que je me dis que je ne suis carrément pas normale.

Je m'avançai vers lui jusqu'à arriver à une proximité assez proche pour que les battements de mon cœur s'accélèrent.

« Je ne veux pas que tu me laisses de l'espace. » Déclarai-je doucement. « Je voudrais juste… que tu t'excuses et qu'on oublie ça. »

Il leva la tête et ses yeux me contemplèrent avec effroi et affolement.

« Tu es sérieuse ? » S'exclama-t-il horrifié. « Tu veux oublier un truc pareil ? Putain mais comment tu peux ne serait-ce que penser à me pardonner ? Est-ce que tu songes à tout ce que je t'ai fait vivre depuis que tu me connais ? J'ai été tellement vache avec toi, t'as pas le droit de faire comme si de rien n'était. » Réfuta-t-il avec un dégout mal dissimulé.

Il avait honte de lui-même, c'était tellement visible partout chez lui que ça me peinait.

« Je ne fais pas comme si de rien n'était. » Contredis-je attristée. « Seulement tu ne m'as pas fait que du mal Edward, au contraire. Et pour ce qui s'est passé le 31, Jasper m'a expliquée certaines choses et… je veux juste des excuses. » Quémandai-je. « Juste savoir que tu ne pensais pas ce que tu disais et qu'on puisse redevenir proches comme on était avant. »

Je mis ma main sur la sienne qui était posée à plat sur le plan de travail et le regardai avec des yeux qui montraient clairement l'attachement que j'avais pour lui. Son regard dériva vers nos mains et les traits de son visage se froncèrent encore plus, il avait l'air d'être en plein débat intérieur.

Il finit par souffler et ferma les yeux l'espace d'une seconde.

« Je suis désolé. » S'excusa-t-il la tête toujours baissée. « Bien sûr que je ne pensais pas ce que je t'ai dit chez Jasper… je ne me souviens même pas de ce qui s'est passé exactement. » Fit-il remarquer avec dépit.

Mes lèvres s'esquissèrent en un sourire. Apparemment il était redevenu normal, celui que je connaissais et que j'aimais.

« Et pour ce que ça vaut… » Continua-t-il en relevant la tête vers moi et de me scruter avec un regard intense.

Il déglutit et éprouva de la difficulté à parler. Ses sourcils se froncèrent légèrement et il arbora un air à la fois concentré et hésitant. Je restai silencieuse et attendis simplement qu'il soit capable de formuler ce qu'il voulait me dire.

Il prit une profonde inspiration avant de murmurer d'une voix presque inaudible.

« Je te souhaite une bonne année. »

Je clignai des yeux pour être sûre d'avoir bien entendu. Ma bouche s'entrouvrit et le choc dût se lire sur mon visage. Jamais je ne me serais attendue à entendre ça de la part d'Edward, surtout après ce que m'avait dit Jasper à propos du fait que cette phrase était bannie de son vocabulaire. Pourquoi est-ce qu'il fallait toujours qu'il me prenne par surprise en me disant des trucs que j'étais incapable de prévoir ?

« Je croyais que tu ne supportais pas cette phrase ? » Balbutiai-je décontenancée alors que ma respiration s'intensifiait.

Il me fit un léger sourire. Le premier depuis des jours, ce qui augmenta mon rythme cardiaque.

« Toi c'est différent. T'as toujours été une exception. » Répondit-il en me regardant profondément.

Je crois que s'il avait pu, mon cœur aurait explosé à l'heure qu'il est et se serait extirpé de ma poitrine. C'était le genre de choses que je rêvais d'entendre venant de lui mais que je ne m'étais jamais permises d'espérer. Comment voulait-il que je prenne mes distances après ça, quand tout ce que je voulais faire était de l'embrasser jusqu'à en perdre haleine rien que pour le remercier de m'avoir dit exactement ce qu'il fallait ?

Sans attendre, je rompis la distance qui nous séparait et passai mes bras autour de son cou avant d'enfouir ma tête dans son épaule.

« Merci. » Murmurai-je touchée tandis que ses mains étaient dans mon dos et qu'il m'enlaçait.

Je fermais les yeux et ne pensais plus à rien. J'étais juste heureuse d'avoir retrouvé ce qui m'avait manqué cette semaine. Je me rendais compte que sa présence et sa proximité m'étaient devenues indispensables, tant et si bien que ça m'effrayait car plus j'étais proche de lui, et plus je désirais plus. Et un beau jour je ne serai pas capable de réfréner mes ardeurs et j'allais faire une chose qu'il n'apprécierait pas. Mais pour l'heure je ne m'en souciais pas, je savourais simplement le fait d'être dans ses bras et respirais sa fragrance à pleins poumons.

Malheureusement son portable vibra et mit fin à mon instant de plénitude. Il s'écarta de moi et s'empara de son téléphone qui était dans sa poche avant de regarder son écran. Ses sourcils se froncèrent légèrement avant qu'il ne remonte son regard vers moi.

« C'est Jasper. Il faut que j'y aille. » Apprit-il.

« Y a un problème ? » M'enquis-je soucieuse. Il secoua la tête.

« Non pas du tout. En fait il veut me trainer dans un bar, il pense que ça va me faire du bien. » Dit-il amusé. « D'ailleurs je ne vais peut être pas rentrer alors ne sois pas étonnée. »

Je me figeai et ma respiration se coupa. Me revint alors en mémoire la discussion que j'avais eue avec Rosalie le jour de la fusillade où Edward était revenu blessé. Elle m'avait clairement expliquée ce qui se passait lorsque lui et Jasper se rendaient dans un bar, et ce n'était pas uniquement pour boire un verre. Ils s'y rendaient en général pour se trouver une conquête, un coup d'un soir.

« Il prend une fille là bas, passe éventuellement la nuit avec elle et se barre comme un malpropre. Tu sais il baise uniquement de temps en temps pour évacuer ses besoins, s'il pouvait s'en passer il le ferait. » M'avait dit Rosalie comme si cela coulait de source.

Je sentis une colère nouvelle en moi. J'avais la furieuse envie de broyer tout ce qui me passait sous la main et une haine fugace s'empara de moi. C'était comme si j'étais devenue un volcan prêt à entrer en éruption, et le pire c'était que je ne savais même pas pourquoi j'étais énervée. C'est vrai après tout il n'avait rien fait de mal, il avait le droit de faire ce qu'il voulait, il ne me devait absolument rien. Alors pourquoi est-ce que je le prenais si mal ? Pourquoi avais-je envie d'exploser et de tout casser sur mon passage ?

La jalousie peut être…

Je ne pouvais savoir s'il s'agissait vraiment de ça, après tout je n'avais jamais été jalouse de toute ma vie… mais d'un autre coté, je ne voyais pas ce que cela pouvait être d'autre. Après tout quand j'y pensais, j'étais surtout énervée de savoir qu'Edward allait me laisser seul pour aller s'envoyer en l'air avec une inconnue.

Une fille qui n'était pas moi…

Pourquoi est-ce qu'à chaque fois que je baisse ma garde et me mets à espérer bêtement qu'il puisse me voir de la même façon que moi je le voyais, tous mes faibles espoirs étaient réduits en miettes et anéantis en une fraction de secondes ? J'avais beau me fustiger et me répéter qu'il ne se passerait jamais rien entre lui et moi parce qu'il ne me considérerait jamais comme quelqu'un de désirable, je ne parvenais toujours pas à m'y faire et à le supporter. En vérité j'étais incapable de me contenter de ce que j'avais, peu importe à quel point j'essayais, je n'y arrivais pas. Je voulais plus, je voulais que Jasper ait tort et qu'il ne me regarde pas comme une petite sœur qu'il aime protéger, mais comme la femme que j'étais. Et je voulais pouvoir être proche de lui, qu'on soit liés de toutes les manières possibles.

Mais ça bien sûr, ça n'arriverait jamais. Et cette réalité se confirmait et me frappait de plein fouet à mesure que je le regardais se préparer pour aller rejoindre Jasper. Et là je me rendis compte que j'étais bel et bien jalouse depuis qu'il avait ouvert la bouche pour m'annoncer où il allait. Je détestais ressentir ça mais je ne pouvais rien y faire, j'étais jalouse de la fille qui allait avoir la chance d'obtenir ce que je rêve d'avoir depuis des semaines, et que je n'aurais malheureusement jamais.

J'étais une idiote. Une véritable imbécile, parce que je ne devrais pas avoir à me sentir aussi mal quand lui n'en avait rien à faire. Je ne devrais pas avoir à réagir comme ça pour une chose à laquelle je ne pouvais strictement rien faire, et dont j'allais devoir m'habituer. Alors non, ma décision était prise. Je n'y accorderai pas la moindre importance, et surtout je ne pleurerais pas pour ce salaud qui me brisait le cœur sans le savoir.

C'est avec cette optique en tête, que je pris le visage le plus impassible que je pouvais et que je lui fis face.

« Très bien. Amuse-toi bien alors. » Déclarai-je froidement, avant de me détourner et de m'emparer de la bière qu'il avait posée sur le comptoir pour la remettre dans le frigo.

En temps normal je lui aurais gueulé dessus pour qu'il le fasse lui-même mais là je n'avais pas le cœur à me bagarrer avec lui.

« Tu es sûre que tout va bien ? » Entendis-je au moment où je refermais la porte du frigo.

« Bien sûr pourquoi ça n'irait pas ? » Répondis-je sans lui faire face.

« Je sais pas t'as l'air… distante. »

« Tu as tort, je vais très bien. » Mentis-je avec un ton un peu plus sec que je ne l'aurais voulu.

« Là je sais que tu mens. » Décréta-t-il légèrement amusé. « Tu sais tu fais vraiment une piètre menteuse. »

« Et toi t'étais sensé t'en aller alors va-t-en. » Lâchai-je en me tournant vers lui. Il haussa un sourcil surpris.

« Si je comprends bien tu me mets dehors ? » S'exclama-t-il avec un sourire faussement choqué. « Dois-je te rappeler que c'est chez moi ici ? »

Je rougis faiblement mais tentai de garder mon allure impassible et sûre de moi.

« C'est toi qui voulais partir en tout premier lieu je te signale. » Rétorquai-je.

Il fronça les sourcils.

« Bella qu'est-ce qui se passe ? » S'enquit-il sérieusement.

J'haussai les épaules avec désinvolture.

« Rien du tout. » Répondis-je simplement.

« Ne joue pas à ça avec moi, j'ai horreur de tourner autour du pot et tu le sais. » S'énerva-t-il subitement.

« Mais je ne joue pas. » Protestai-je. « Je t'ai dit que tout allait bien alors pourquoi est-ce que t'es encore là ? »

« Parce que je sais que t'as un problème ! » Contra-t-il en élevant la voix. « Est-ce que c'est moi qui ai fait quelque chose de mal ? Parce que j'aime autant le savoir. »

« Tu n'as rien fait de mal Edward, c'est juste moi qui suis une imbécile. » Répliquai-je avec cynisme.

« Je comprends pas ce que tu racontes. »

« Oublie ça. » Marmonnai-je acide. « Ton ami t'attend alors va le rejoindre. »

« Je ne partirai pas avant que tu m'aies dit ce que me reprochais. » Décréta-t-il fermement.

« Bon sang mais y a aucun problème ! »

« Tu mens ! » Cria-t-il. « C'est à cause du fait que je te laisse seule que t'es énervée ? Tu sais si tu veux que je reste tu n'as qu'à me le dire… »

Je fus prise d'un rire dédaigneux.

« Crois-moi Edward, je ne suis pas aussi désespérée. »

« J'ai jamais pensé que tu l'étais. » Murmura-t-il avec un regard presque… triste ?

Voir qu'il semblait attristé pour je ne sais quelle raison alors que c'était moi qui étais sensée être au plus mal à cause de lui eut le don de m'énerver encore plus. Il n'avait pas le droit d'être triste, c'était de sa faute si j'étais comme ça, sa faute ainsi que la mienne pour avoir pu être aussi bête pour tomber amoureuse de lui.

« Bella, je pensais que depuis le temps tu savais que tu pouvais te confier à moi et me dire ce que tu ressens. » Dit-il en me scrutant avec désarroi. « Tu sais que je me soucie de toi, et que je m'inquiète pour toi. »

Je secouai la tête, refusant de me laisser avoir par sa voix douce et ses yeux suppliants. Je ne pouvais pas lui expliquer pourquoi j'étais aussi sur les nerfs et en colère. Qu'est-ce que je pourrais bien lui dire ? Que je ne supportais pas l'idée qu'il puisse coucher avec quelqu'un ? Que je le voulais pour moi ? Que je ne voulais pas être qu'une simple amie ni me cantonner à un statut de sœur de substitution ?

Non je ne pouvais définitivement pas. Il ne le tolèrerait pas. Ça ne ferait au contraire qu'empirer les choses. En fin de compte je regrettais de ne pas lui avoir fait croire que c'était effectivement parce que je ne voulais pas me retrouver seule que j'étais énervée. Même si ce n'était pas la vérité, le connaissant il aurait annulé auprès de Jasper et aurait passé la soirée avec moi. Et il ne serait pas allé voir ailleurs… et je l'aurais gardé pour moi toute seule. Mais je n'avais pas le droit de faire ça, ce serait égoïste. Et puis j'avais ma fierté. Je valais mieux que ça. Si Edward voulait se taper des filles d'un soir, je n'avais pas le droit de l'en empêcher, juste parce que je ne le supportais pas.

« Oui et bien tu n'as pas à t'inquiéter pour moi. » Assénai-je durement. « Tu veux te tirer et t'envoyer en l'air avec une fille dénichée dans un bar ? Bah vas-y ! Pour ce que ça peut me faire de toute façon… » Marmonnai-je pour moi-même avec dégout.

Il me regarda silencieusement, sans masquer sa peine ni sa déception. Je savais que rien de tout ça n'était de sa faute, que c'était moi qui avais commis l'erreur de succomber à son charme et que je ne pouvais m'en prendre qu'à moi-même si aujourd'hui je souffrais. Cependant même en étant consciente de cela, je lui en voulais inconsciemment pour me faire subir ça. Edward m'avait fait beaucoup souffrir depuis que j'étais ici, mais toutes ces douleurs n'étaient rien en comparaison avec mon cœur brisé.

Après un long moment à me fixer à la fois déçu et contrarié, il soupira et rendit les armes. Il me regarda une dernière fois tandis que je soutenais son regard avec impassibilité, avant de se détourner et de partir.

J'entendis la porte claquer alors que je me trouvais toujours dans la cuisine.

Je ne pleurerai pas. Me fustigeai-je avec toute la volonté dont je disposais.

Je ne pleurerai pas pour lui…

Non je ne pleurerai pas…

« Et merde. » Fulminai-je en essuyant mes yeux qui se remplissaient de larmes.

...

Pov Edward

oO "Heavy In Your Arms" Oo – Florence + The Machine

« Bah alors mon pote ? Qu'est-ce qui t'arrive ? Depuis qu'on est partis t'as pas décoché un mot. » S'enquit Jasper à coté de moi.

Nous étions dans un bar, assis sur le comptoir. Je faisais tournoyer mon verre dans la main, ne cessant de me demander la raison du comportement de Bella tout à l'heure. Jasper avait sûrement dû remarquer que quelque chose n'allait pas puisque j'étais de mauvaise humeur depuis qu'on avait quitté l'immeuble.

« J'arrive pas à la comprendre Jasper. » Marmonnai-je. « Tout allait bien entre nous, et d'un seul coup elle pète un plomb ! »

« De qui tu parles ? » Fit-il perdu.

« Bella ! C'est vrai quoi, qu'est-ce qu'il lui prend en ce moment ? Elle agit de façon tellement bizarre ! »

« Je crois pas que tu sois le mieux placé pour faire cette réflexion. » Remarqua-t-il ironique.

Je roulai des yeux en soupirant.

« J'ai dû déteindre sur elle. » Supposai-je. « Parce que me remercier chaleureusement pour l'instant d'après sortir de ses gonds sans aucune raison, c'est moi qui fais ça d'habitude. »

« Qu'est-ce qui s'est passé au juste ? »

« J'en sais rien ! Elle avait aucun problème, jusqu'à ce que je lui dise que je doive y aller »

« Tu lui as dit où tu allais ? » Demanda-t-il.

« Évidemment ! Je l'ai même prévenue que je ne rentrerais peut être pas. » Appris-je d'un ton amer.

Je le vis du coin de l'œil qui souriait en secouant la tête, et je sus qu'il savait une chose que j'ignorais.

« Qu'est-ce qu'y a ? Tu sais pourquoi elle a agi comme ça ? » Lançai-je sans réfléchir.

Il se tendit avant d'arborer une attitude à nouveau normale.

« Non. » Réfuta-t-il. « Et tu ne devrais pas t'en soucier maintenant. »

« Tu me prends pour un idiot ? T'as oublié à qui tu parles là ! Qu'est-ce que tu ne me dis pas Jasper ? » M'impatientai-je, pas crédule pour un sou.

« Merde Edward ! » S'énerva-t-il en se tournant vers moi. « Oublie un peu Bella deux secondes tu veux ? Y a des tas de filles dans ce bar qui attendent qu'une chose, c'est que tu leur payes un verre alors arrête de ruminer et amuse-toi ! »

Je fronçai les sourcils sans rien dire, sachant qu'il avait raison. Jasper m'avait trainé ici parce que ça faisait un moment que je n'avais eu aucune aventure avec qui que ce soit et qu'il s'inquiétait. Et quelque part, moi aussi j'étais inquiet car je ne voyais pas du tout quelles étaient les raisons qui me poussaient à avoir envie de rester chez moi plutôt que de sortir et faire ce que j'ai l'habitude de faire.

T'en as vraiment aucune idée ?

« T'as pas tort. » Murmurai-je au bout d'un moment. « Après tout je vois pas pourquoi je devrais me préoccuper de Bella maintenant. Je fais ce que je veux, c'est pas cette fille qui va régenter ma vie ! » Déclarai-je en buvant mon verre de scotch avant de le reposer fermement sur la table et d'en commander un autre.

« Ça c'est ce que je voulais entendre ! » Chantonna Jasper en me collant une tape dans le dos. « Sur ce mon ami, je te laisse à ce que t'as à faire, moi j'ai déjà repéré deux jolies gonzesses assises au fond là bas. » Fit-il en me les montrant du doigt. « Souhaite-moi une bonne soirée. » Rigola-t-il en se levant et en se dirigeant vers la table des deux filles au fond du bar.

Je souris en le regardant faire. Ces deux brunettes étaient déjà tombées sous son charme alors qu'il leur avait à peine dit un mot. Il s'assit entre elles deux et passa un bras autour d'elles tout en me regardant et en me faisant un clin d'œil suggestif. Je secouai la tête avec amusement tandis qu'il était déjà parti en pleine séance de drague intensive et que les filles lui souriaient comme des gourdes.

« Cette place est libre ? » Entendis-je une douce voix féminine à coté de moi.

Je tournai la tête et tombai nez à nez avec une jolie blonde. Elle n'était pas très grande, un peu menue et de beaux yeux bleus. Elle me dévisageait avec un regard est appréciateur tout en désignant la place de Jasper précédemment. Je luis fis un sourire encourageant.

« Oui elle l'est. » Répondis-je en l'incitant à s'assoir.

Elle me lança un regard satisfait avant de prendre place sur le tabouret à coté de moi et de se tourner vers le barman.

« Garçon ! » Appela-t-elle d'une voix forte. « Une tequila pour moi ! » Elle se tourna vers moi. « Vous voulez quelque chose ? » Demanda-t-elle gentiment.

« Non merci j'ai ce qu'il faut. » Souris-je en désignant mon verre.

Elle parut un instant déstabilisée, avant de secouer la tête et de sourire à nouveau.

« Sans vouloir vous offenser, » aborda-t-elle au moment où le barman apportait lui servait son verre de tequila, « un bel homme comme nous devrait pas se trouver seul dans un bar. »

Je clignai des yeux, légèrement troublé par son franc-parler.

« Et sans vouloir vous offenser, » renchéris-je, « normalement ce n'est pas aux filles de draguer les mecs dans les bars ni de leur proposer un verre. » Fis-je remarquer avec un regard allusif.

Son sourire s'élargit et elle porta son verre à ses lèvres.

« Je n'ai jamais aimé la normalité. » Minauda-t-elle avant de boire sa tequila.

Je fixai ses lèvres avec une pointe de fascination, avant de descendre lentement vers son décolleté, qui était à la fois assez plongeant pour me donner envie d'en voir plus, et à la fois pas assez pour me satisfaire. Cette fille avait décidément tout compris… Finalement cette soirée se passerait peut être mieux que ce que j'espérais. Je n'avais pas eu à attendre avant de dénicher la bonne personne à me mettre sous la dent. En plus j'avais toujours eu une préférence pour les blondes.

Menteur…

« Dans ce cas on est deux. » Murmurai-je en buvant une gorgée à mon tour.

Elle me regarda du coin de l'œil et je fis de même. Elle reposa son verre avant de se retourner vers moi et de me tendre la main d'un air décidé.

« Je m'appelle Marie. » Déclara-t-elle en me regardant droit dans les yeux avec intensité.

Je soutins son regard avant de me souvenir de quelque chose.

« C'est le deuxième prénom de Bella. » Marmonnai-je pour moi-même, les pensées affluant mon cerveau.

J'étais parti en la laissant seule alors qu'elle était clairement énervée après moi pour quelque chose. Je m'en voulais de ne pas avoir cherché plus à savoir ce qu'elle avait contre moi, car je détestais quand elle m'en voulait. Je détestais lorsqu'elle avait un problème avec moi ou lorsque je la décevais. Et le pire était d'en ignorer la cause, car je voulais vraiment pouvoir m'excuser et me faire pardonner, peu importe ce qu'elle me reprochait. De toute façon je suis toujours fautif.

Seulement comment s'excuser et espérer se faire pardonner pour quelque chose qu'on ignore avoir fait ?

« Excusez-moi ? » Interrompit la belle blonde à mes cotés qui me regardait curieusement.

Réalisant que j'étais en train de penser à Bella dans un moment où cela n'avait pas du tout lieu d'être, je secouai la tête imperceptiblement et fis taire mes réflexions douteuses.

« Hum, rien. » Tentai-je de me rattraper. « Je suis Edward. » Fis-je en attrapant sa main pour la serrer, espérant qu'elle n'ait pas remarqué mon trouble ni ma légère absence.

Par chance elle ne sembla se rendre compte de rien puisqu'elle sourit avec une sorte d'émerveillement dans ses prunelles océan.

« Edward, c'est un très beau prénom. » Fit-elle avec un air rêveur.

Je clignai des yeux, étonné et en même temps amusé par une telle remarque. Elle se rendit compte de ce qu'elle venait de dire et son visage devint légèrement rouge tandis qu'elle se mordait la lèvre.

« Désolée j'étais pas sensée dire ça à voix haute. » Bredouilla-t-elle gênée en reposant son verre de tequila sur le comptoir. « Vous inspirez beaucoup la divagation vous savez ? »

« Vraiment ? » Demandai-je en arquant un sourcil.

« Oh oui. » Confirma-t-elle. « Je suis certaine qu'avec un seul sourire vous êtes capable de déstabiliser toute la gente féminine. »

« C'est bon à savoir. » Dis-je avec un sourire au coin des lèvres.

Elle se mordit la lèvre avant de secouer la tête, probablement pour se concentrer.

« Qu'est-ce que vous faites dans la vie ? » S'enquit-elle pour changer de sujet.

« Je tue des gens. » Répondis-je honnêtement.

Cette réponse la fit éclater de rire.

« On m'a déjà fait le coup de l'agent secret et de l'espion, mais celui de l'assassin jamais ! » S'exclama-t-elle.

Je souris tandis qu'elle se tournait vers moi et me scrutait avec des yeux éloquents.

« C'est bien payé au moins ? » Murmura-t-elle d'une voix aguicheuse.

« Extrêmement. » Répondis-je sur le même ton avant de prendre une nouvelle gorgée de mon verre.

Elle resta silencieuse un instant, se contentant de me fixer avec toujours autant d'intensité. Je devais avouer que j'aimais bien cette fille. Elle avait l'air d'être du genre à savoir ce qu'elle veut, la preuve c'était elle qui était venue m'accoster dans ce bar. Et puis elle était très séduisante, exactement le genre de filles que j'aime avoir pour une nuit.

Après une longue minute à se regarder mutuellement, elle se leva de son tabouret et s'approcha de moi lentement, collant son décolleté contre mon torse et rapprochant sa bouche près de mon oreille.

« Écoutez Edward, nous pourrions passer du temps à faire connaissance, je pourrais vous expliquer mon boulot et vous raconter ce qu'il y a à savoir sur ma grand-mère qui vit chez moi, mais nous savons tous les deux que je ne suis pas là pour parler de moi et que vous n'y prêterez aucune attention alors je propose que l'on passe directement aux choses sérieuses. » Susurra-t-elle la voix mielleuse avant de s'éloigner et de se mordre la lèvre furieusement de façon indécente.

Je la regardai fasciné tandis qu'elle se détournait et se dirigeait vers les toilettes au fond du bar, m'accordant un regard qui représentait clairement une invitation à la rejoindre. Même si j'étais assez dérouté par son coté direct, il ne me fallut pas longtemps à me décider à savoir si je voulais la rejoindre ou non. Jasper avait raison, il fallait que je m'aère l'esprit, que j'oublie Bella et que je vive comme j'ai toujours eu l'habitude de vivre. D'ailleurs pourquoi est-ce que je pensais à elle là ? J'avais une superbe fille qui était déjà toute prête à m'accueillir sans que j'aie à faire le moindre effort, alors je n'avais aucune raison de me prendre la tête plus longtemps pour cette petite adolescente.

Depuis quand tu penses à Bella comme étant une adolescente ?

Buvant ce qu'il restait de mon verre d'une traite pour faire taire toutes mes pensées reliées vers Bella et me donner du courage, je posai le verre sur le comptoir, déposai un billet de dix dollars et m'en allait dans la direction que Marie avait prise précédemment.

Lorsque je poussai la porte des toilettes du bar, je la vis qui était là les bras croisés avec une pointe de réprimande sur le visage, ses cheveux blonds tombant le long de ses épaules.

« Tu as failli me faire attendre. » Pointa-t-elle d'une moue faussement boudeuse.

Je souris devant son regard brillant et m'approchai d'elle en prenant son visage en coupe dans mes mains.

« Tu m'en vois désolé. » Répondis-je avant de l'embrasser violemment.

Elle gémit et se laissa faire tandis que je me délectais de ses lèvres. Mes mains descendirent le long de sa taille et elle accrocha ses bras à mon cou avant passer ses doigts dans mes cheveux.

J'appréciais énormément le contact de cette fille, mais il y avait quelque chose qui manquait. Quelque chose qui faisait que je n'étais pas tout à fait à l'aise comme j'aurais dû l'être.

T'as peut être juste choisi la mauvaise personne…

Refusant d'écouter ce que me disait ma conscience, je la collai au mur et rapprochai mon corps du sien, espérant que ce malaise finirait par passer de lui-même. Ses doigts me décoiffaient toujours et je sentais son dos s'arquer sous mes mains, j'essayais de m'appliquer mais rien à faire, je n'arrivais pas à me défaire de cette mauvaise sensation qui me donnait l'impression que ce que je faisais n'était pas normal.

Elle dût sentir que quelque chose n'allait pas puisqu'elle décolla sa bouche pour me regarder inquiète.

« Y a quelque chose qui va pas ? » Murmura-t-elle.

J'ouvris la bouche mais aucun son ne sortit. En vérité je ne savais pas quoi dire. C'est vrai, qu'est-ce qui clochait chez moi pour que je sois aussi mal à l'aise dans une situation comme celle là ? Je secouai la tête, cherchant un moyen de me concentrer pour ne pas laisser passer ma chance.

Je fermai les yeux et lorsque je les rouvris, tout s'inversa.

Ce n'était plus la Marie du bar que j'avais en face de moi. C'était Bella. Bella avec ses longs cheveux brun ondulés, ses yeux chocolat si profonds me regardant avec luxure, son doux visage innocent plein de compassion et son sourire malicieux… Elle semblait n'attendre qu'une seule chose de moi, que je la possède.

J'ignorais si c'était l'effet de l'alcool qui faisait ça et qui me donnait l'impression d'halluciner la présence de Bella devant moi, à ma merci. Mais quoi qu'il en soit je ne voulais pas que ça s'arrête et que cette vision disparaisse. Ne me posant pas plus de questions, j'embrassai à nouveau ses lèvres avec ardeur, savourant le simple fait de pouvoir le faire. Je la sentis sourire contre ma bouche et cette image s'imposa à moi. Bon dieu ce que j'aimais son sourire…

Ma main passa derrière sa nuque pour rapprocher son visage du mien pendant que l'autre s'activait à caresser son corps de bas en haut. Elle se colla à moi sans riposter et mes lèvres se firent plus pressantes sur les siennes. Elle se mit à gémir contre ma bouche et c'est à ce moment là que mon corps tout entier se tendit et que je cessais tout mouvement, trop en état de choc. Si j'avais été sûr d'avoir Bella devant moi, ce n'était clairement pas sa voix que j'avais entendue, ce gémissement ne lui appartenait pas. Je me rappelai alors la réalité, la raison du pourquoi j'étais ici, avec qui… et je me rendis compte d'une chose, c'est que Bella n'était que le fruit de mon imagination et que ce n'était pas elle que j'embrassais et que j'étais sur le point de prendre dans les toilettes d'un bar. Qu'étais-je en train de faire…

Je la repoussai sans ménagement et clignai des yeux avec force, le choc se lisant probablement partout sur mon visage tant j'étais perplexe. Face à moi, avec un visage à la fois incrédule et incompréhensible, se trouvait Marie, la blonde qui m'avait furieusement dragué et tapé dans l'œil il y a dix minutes.

« Non mais je peux savoir ce qui te prend ? » Fustigea-t-elle vexée et impatiente.

Je ne répondis pas, tentant d'analyser correctement ce qui venait de se produire. J'avais d'abord voulu tirer mon coup avec cette inconnue, puis je ne m'étais pas senti à l'aise et j'avais imaginé Bella à sa place. Putain, j'avais failli prendre cette fille en pensant à quelqu'un d'autre. Mais qu'est-ce qui tournait pas rond chez moi ? J'étais devenu dingue ! Et d'ailleurs comment diable avais-je pu avoir Bella à l'esprit alors qu'elle n'avait rien à faire là ? Le pire était que j'en avais été heureux, c'était en voyant Bella que j'avais eu envie de l'embrasser et de la toucher de la pire des manières.

Je secouai la tête et m'écartai de la pauvre blonde en lui lançant un regard désolé.

« Je… euh… Je ne peux pas. » Bégayai-je de façon pitoyable.

Elle écarquilla les yeux et me lança un regard à la fois outré et en colère.

« Tu te fiches de moi ? Comment ça tu peux pas ? » S'écria-t-elle.

« Je suis désolé mais je suis incapable d'aller plus loin. » Déclarai-je honnêtement.

C'est vrai, il est hors de question que je ne couche avec cette fille tout en pensant à quelqu'un d'autre, c'était juste dégueulasse et malsain. Et puis je n'en avais pas envie.

« Je le crois pas… » Soupira-t-elle avec un rire dénué d'humour. « T'es venu là pour quoi au juste ? M'allumer avant de te barrer c'est ça ? ! » S'exclama-t-elle ahurie. « Ou alors peut être que tu t'es rendu compte trop tard que je te plaisais pas parce que t'as qu'une bite en guise de cerveau ! »

« Pas du tout ! » Me défendis-je vainement. « Tu es une fille très bien, ça n'a rien avoir avec toi ! C'est juste que quand je t'embrassais je pensais à quelqu'un d'autre et… »

Je me tus en me rendant compte de la bourde que je venais de commettre.

Dans le genre doué, on peut pas faire mieux !

Son visage se décomposa petit à petit et une lueur de compréhension apparut sur son visage tandis que je me fustigeais mentalement pour mon comportement minable. Est-ce que j'avais sérieusement pensé que cette explication pourrait la réconforter ? Au contraire, ça allait anéantir son égo. Ses yeux s'assombrirent et un éclat de fureur passa dans ses prunelles.

Puis sans que je m'y attende elle me gifla.

Elle avait dû y mettre toute sa force car j'eus presque mal, mais je n'osais pas me plaindre car je savais que je l'avais mérité. Après tout je m'étais comporté comme un vrai con, ce qui était d'ailleurs étonnant puisqu'une situation comme celle-ci ne s'était encore jamais présentée. D'habitude j'étais toujours excellent avec les femmes, je n'avais jamais eu le moindre problème. Et puis…

Et puis Bella est arrivée… Fanfaronna ma conscience que j'essayais tant bien que mal de faire taire sans y arriver.

Elle commença à rajuster ses vêtements pendant que je me frottais la joue. Elle me lança un regard furibond avant de se détourner en me poussant expressément. Me sentant vraiment coupable pour mon attitude déplorable alors qu'elle n'avait rien mérité, j'attrapai son bras pour la forcer à se retourner.

« Écoute, je… » Tentai-je malgré tout.

Elle se dégagea vivement et me toisa avec haine.

« La prochaine fois que tu vas dans un bar pour t'envoyer en l'air avec une fille, assure-toi d'abord de pas être amoureux, connard ! » Lâcha-t-elle avant de s'en aller et de me laisser seul, comme un con.

Je fermai les yeux et soupirai en me pinçant le nez pour essayer de reprendre mes esprits. J'étais dans un sacré pétrin, parce que je me reconnaissais plus, c'était comme si j'étais devenu un inconnu, quelqu'un qui n'est pas moi. Tout ça c'était à cause de Bella, c'est parce que je pense qu'à elle du matin au soir, parce que je suis constamment obsédé par elle au point que la première personne qui me vient à l'esprit à chaque fois c'est elle. Et bon sang j'avais eu envie d'elle à l'instant, j'ai pas rêvé ?

Je repensais à ce que venait de dire Marie… Elle avait affirmé que j'étais amoureux, mais ça ne pouvait pas être le cas tout de même ! Je suis Edward Masen, je ne tombe pas amoureux, et encore moins d'une gamine qui n'est même pas majeure.

Déni déni, quand tu nous tiens…

Je pris ma tête entre les mains, voulant à tout prix étouffer ma conscience qui ne cessait de me donner la migraine depuis tout à l'heure. Je refuse de croire que je suis dans le déni et que j'aie bel et bien des sentiments de ce genre pour Bella. C'est impossible, elle n'est qu'une enfant et je suis le pire des salauds. Je ne peux pas tomber amoureux d'elle, ce ne serait pas juste pour elle. Et puis l'amour ça a jamais été pour moi. Seuls les bons gars tombent amoureux, pas les misérables comme moi. Je n'étais pas fait pour ça, je ne suis pas bon pour ça ! Mais alors pourquoi est-ce que je pensais encore à elle, là maintenant ?

Putain de merde…

Non il devait forcément y avoir une autre explication à tout ça. Un truc qui expliquerait tout ce qui m'arrive, autre que de l'amour stupide.

Tu penses tout le temps à elle même quand t'es sur le point de crever, t'es protecteur, possessif aussi, tu t'inquiètes à longueur de temps, t'es accro à sa présence et tu ferais n'importe quoi pour elle. Sans oublier le fait que t'as envie de coucher avec elle. Y a qu'un mot pour ça, tu veux que je te l'épelle ?

Je secouai la tête pour taire cette conscience débile mais sans succès, plus les secondes passaient et plus elle grimpait en moi et se frayait un chemin jusque dans mon subconscient et mon fort intérieur. Il est vrai que le jour de la fusillade à Springfield, j'avais pensé à Bella au moment où ces types étaient sur le point de m'achever. J'avais même prononcé son prénom à ce moment là, ainsi que sur le chemin de retour quand Emmett m'a trainé chez moi. Ce jour là j'avais eu terriblement besoin d'elle comme si c'était elle qui détenait mon oxygène et que j'en avais besoin pour respirer. Lorsque je l'avais vue à coté de moi, qui essayait de me parler, je me souvins avoir cru à l'apparition d'un ange, je m'étais ainsi demandé si j'étais mort. Jusqu'à ce que j'entende la voix d'Emmett s'élever et qu'il ne se mette à l'agresser. Je me rappelle avoir eu envie de le dégommer ce jour là. J'avais voulu le broyer et le tuer car à cause de lui elle avait pleuré. Et quand elle pleure, ça m'est insupportable. À cet instant j'avais détesté Emmett car il avait fait fuir la seule personne que je voulais et dont j'avais besoin. Et puis plus tard dans la soirée, Bella s'était affairée à me mettre de la biafine sur les jambes et j'avais ressenti des choses à son toucher que je n'avais encore jamais ressenties auparavant. Des pensées avaient envahi mon esprit et j'en avais été troublé.

C'est ce jour là que pour la première fois, j'avais éprouvé du désir pour Bella. Désir qui s'était perpétué au fil des jours sans que je ne le décide. J'avais essayé d'agir au mieux pour qu'elle ne le remarque pas car je savais que c'était quelque chose qu'elle ne pourrait tolérer. Elle était si jeune… j'étais monstrueux d'avoir de telles pensées envers elle. Dans tous les cas cela ne pouvait pas être un truc aussi pitoyable que l'amour. Ce que je ressentais pour Bella avait toujours été indéfinissable, mais ça ne pouvait pas être ça, parce que si ça l'étais alors j'étais dans une sacrée merde.

Comme si tu l'étais pas déjà sans toute cette connerie… Moi je dis, une merde de plus ou de moins, ça ne fait pas grande différence à ton stade.

Je soupirai, abandonnant l'idée de lutter contre cette voix intérieure qui s'immisçait dans mon cerveau et qui prenait de plus en plus de place. Et si c'était vrai ? Et si j'étais vraiment ce que cette Marie avait dit que j'étais ?

Elle a dit que t'étais un connard. Elle a raison.

Elle a aussi dit que j'étais un type amoureux, est-ce que pour ça aussi elle a raison ?

Pour une fois ma conscience se tut et cela me mit hors de moi car j'aurais vraiment voulu avoir une réponse à cette question. Peut être qu'au fond de moi j'en connaissais la réponse mais que je ne voulais pas l'admettre. Alors que me restait-il à faire à présent ? Parce que l'idée d'envisager de développer ces sentiments était exclue. Bella n'avait pas à être la victime de mes pensées et de mes envies malsaines. Mais d'un autre coté, j'étais incapable de m'éloigner d'elle et de mettre de la distance entre nous. Je lui avais dit un jour qu'elle était importante pour moi, et je le pensais, mais plus le temps passe et plus je me dis qu'au lieu du mot « importante », j'aurais dû dire « vitale ». Parce que je me rendais compte que ça allait au-delà de l'importance et de l'attachement. C'était devenu un besoin, une nécessité…

C'est pour ça que cela avait été dur de l'éviter les jours précédant le jour de l'an. J'avais tellement besoin de sa présence que je m'étais senti mal. Et pourtant je n'avais pas pu faire autrement, parce que je savais que chaque année à cette époque là mes réactions étaient plus imprévisibles qu'à l'ordinaire et que je devenais instable. J'étais susceptible de piquer des crises – autres que celles que j'aie d'habitude – et de faire ou dire des choses que je regrette après. Et je ne voulais pas que Bella en subisse les conséquences. Alors je m'étais éloigné. Pour son bien. Et Jasper en bon con qu'il était l'avait ramené le jour où j'étais dans le pire des états. Je m'en étais tellement voulu ce jour là, Jasper n'avait cessé de me répéter que je m'étais extrêmement bien contrôlé par rapport à d'habitude et que je ne lui avais pas fait le moindre mal, mais je n'étais pas d'accord avec lui. Je ne considérais pas le fait de ne pas l'avoir frappée comme une victoire. Rien que le fait de lui avoir hurlée des insanités à la figure et de l'avoir traitée comme une moins que rien était impardonnable. J'avais d'ailleurs été surpris de voir à quelle vitesse elle me pardonnait. Cette fille était cinglée.

Cinglée mais en même temps surprenante.

Et je réalisai à ce moment là que je n'avais qu'une seule envie, c'était d'aller la retrouver. Retourner chez moi et m'expliquer avec elle quant à son attitude énervée avant que je ne quitte le domicile. J'ignorais ce que j'avais fait, mais une chose était sûre c'était qu'il fallait que je me fasse pardonner car j'étais incapable de me passer de la présence de Bella dans mon quotidien. Je me demandais ce qu'elle avait bien pu faire de moi pour que je change à ce point. Moi qui depuis six ans ne pensais à rien d'autre qu'à mon boulot et qui avais tout fait pour ne plus être capable de ressentir quoi que ce soit d'humain, voilà que cette fille bouleversait tout et faisait de moi le contraire de ce que je m'évertuais à être depuis toutes ces années.

L'amour ça change une personne, tu savais pas ?

Oh ta gueule…

Je ne voulais plus entendre parler d'amour. C'était une chose formellement exclue, un sentiment que je ne pouvais ressentir, surtout pas pour Bella. Elle était bien trop douce et innocente pour mériter ça. Il fallait que je rende mon cerveau hermétique à ce genre de pensées et que je me contente de les réfréner. J'étais ce que j'étais, il était hors de question que je ne change et que Bella en soit la cause.

C'est d'un pas décidé que je consentis finalement à sortir des toilettes de ce bar pour rentrer chez moi. Cette soirée avait tourné au fiasco et il était temps d'y mettre un terme. Je sortis et retournai vers l'avant du bar. Je cherchai Jasper des yeux et constatai qu'il avait disparu. Il était probablement parti avec les deux gonzesses. Au moins lui il était bon à quelque chose… Je réalisai que j'étais resté un long moment dans les toilettes à me torturer l'esprit car je vis dans un coin Marie qui était assise en face d'un type plutôt pas mal, aux allures britanniques. Elle avait l'air d'avoir complètement oublié ce qu'il s'était passé quelques minutes plus tôt et semblait totalement sous le charme du type en question. Elle le regardait avec tellement d'émerveillement qu'on aurait dit qu'elle avait vu un ange tombé du ciel. Elle gobait chacun de ses mots comme si tout ce qu'il disait valait de l'or et avait fait abstraction de tout ce qui l'entourait. Dans un sens je trouvais ça tant mieux, au moins je n'avais pas entièrement foutu sa soirée en l'air.

Ne voulant pas m'attarder plus longtemps, je quittai le bar d'un pas rapide et m'engouffrai dans la pénombre de la nuit, resserrant les pans de mon manteau avant de remettre mes gants, tout en soufflant de la fumée due au froid. La météo était toujours aussi glaciale, mais j'en avais l'habitude. Après tout j'avais vécu ici toute ma vie, des blizzards j'en avais connu pas mal en hiver. J'arrivai là où ma voiture était stationnée et déverrouillai les portes. Même si c'était avec ma voiture que Jasper était venu, je ne m'inquiétais pas pour lui. Je savais qu'il allait passer la nuit chez une conquête et se débrouiller demain matin pour rentrer tout seul. Je mis le moteur en marche et roulai en direction de chez moi. Durant tout le trajet je ne cessai de repenser à tout ce qui s'était passé ces derniers temps. J'essayais de faire mon possible pour chasser ce qui était en rapport avec Bella, mais force était de constater que j'étais à chaque fois ramené vers elle, comme si elle était le point d'ancrage aux récents évènements qui s'étaient produits.

Je commençais à réaliser que la petite voix dans ma tête qui me poursuivait depuis le début de la soirée avait raison. Ce que je ressentais pour Bella allait bien au-delà du simple sentiment d'affection et d'amitié. C'était pour ça que je n'avais jamais été d'accord avec Jasper ou Emmett qui avaient toujours affirmé que je considérais Bella comme une sœur de substitution que je cherchais à protéger pour avoir échoué avec Alice. J'avais toujours su qu'ils avaient tort mais j'ignorais pourquoi. À présent je commençais à comprendre. Peut être que les sentiments que j'avais pour Bella me dépassaient, mais je sentais que je n'avais jamais été aussi proche de la vérité que maintenant. En réalité je voulais Bella, je la voulais de toutes les manières et ça c'était impossible. J'étais dans une impasse.

Je me garai devant mon immeuble et claquai la portière fermement puis me dirigeai vers l'entrée. Je pris l'ascenseur et tapai du pied toutes les secondes avec nervosité. Je n'avais pas pour habitude d'être nerveux, mais là je l'étais sans trop savoir pourquoi. Une fois arrivé chez moi, je me rendis compte que tout était éteint et quand je guettais ma montre, je devinai que Bella devait déjà être en train de dormir. J'étais à la fois soulagé car je ne voulais pas l'affronter, et à la fois déçu parce que je n'aurai pas l'occasion de savoir pourquoi elle m'en voulait et à tous les coups cela allait me causer des insomnies. J'allai dans la cuisine et m'emparai de la bière de tout à l'heure que Bella avait remise dans le frigo, avant de retourner dans le salon et de m'affaler sur le canapé. Je posai la bière sur la table devant moi, puis poussai un profond soupir.

Tout avait tellement changé en si peu de temps que je n'arrivais pas à m'y faire. Il y a encore quelques semaines j'étais parfaitement capable de descendre un mec sans l'once d'une hésitation, et je pouvais tout aussi bien prendre une nana sans me poser de question. Je ne savais pas vraiment si j'appréciais ce changement ou si ce type là me manquait. Est-ce que je voulais rester celui que j'étais avant l'arrivée de Bella ? Ou est-ce qu'au contraire je désirais continuer dans cette voie et redevenir l'homme que j'étais il y a des années ? Celui qui avait une conscience et des objectifs, qui se souciait des autres plus que de lui-même, qui connaissait la limite du bien et du mal, qui faisait preuve de compassion et qui savait encore ce que voulait dire le verbe « aimer ». Aujourd'hui qui étais-je ? Un pauvre gars coincé entre deux mondes, ne sachant lequel choisir.

Me revint alors en mémoire la phrase que m'avait sortie Jasper il y a plusieurs mois de cela, lorsque j'avais ramené Bella à la maison ivre morte.

« Ce que je pense… C'est que Bella réveille le coté humain qui est en toi et qu'au bout d'un moment, tu finiras par pencher d'un coté ou de l'autre de la balance. Reste plus qu'à savoir lequel. »

Sur le coup je ne l'avais pas écouté quand il m'avait dit ça, j'avais préféré mettre un terme à la conversation et me tirer. Mais en fin de compte je réalisais qu'il avait prédit exactement ce qui allait m'arriver. Il avait toujours su que je serais confronté à ce problème, et comme un idiot je ne l'avais pas cru. Et me voilà maintenant avec la réalité en pleine gueule et un choix qui n'en était pas vraiment un. Bella ou ma solitude, mon humanité ou mon inhumanité, le bien ou le mal… Je n'étais pas sûr d'avoir réellement un choix à faire car quoi que je veuille, je n'étais plus maître de moi-même depuis un bout de temps. Tout ce que je faisais, je le faisais en fonction d'elle et ça il m'a fallu des mois pour m'en rendre compte. Peut être que je me voilais la face. Peut être que j'étais finalement tombé amoureux de cette petite brune aux yeux chocolat. Mais est-ce que ça changeait quelque chose ?

Pas le moins du monde.

Car quoi que je puisse ressentir, un quelconque rapprochement de ce genre était intolérable. Je soupirai une nouvelle fois en secouant la tête. Comment diable une chose pareille avait-elle pu m'arriver ? Et comment j'avais pu laisser faire ça ? Me voilà dans de beaux draps maintenant, amoureux d'une fille que je ne peux pas me permettre d'avoir ni de posséder. Qu'allait-il se passer maintenant ? Est-ce qu'elle devait être au courant ? Non, jamais Bella ne devra le savoir, j'avais juré de la protéger de tout et n'importe quoi, y compris de moi-même.

J'entendis un grincement de porte et faillis sursauter. Je relevai la tête et vis Bella apparaitre dans la pièce. Elle avait les cheveux un peu en pétard comme si elle sortait du lit et le regard inexpressif. Je devinai en voyant ses cernes qu'elle n'avait pas réussi à s'endormir. Elle me regardait les yeux légèrement choqués, comme si elle ne s'était pas attendue à me voir.

« Je croyais que tu ne devais pas rentrer ? » Fit-elle remarquer d'une voix morose.

J'ouvris la bouche, désarçonné par son ton presque agressif.

« Y a eu un changement de programme. » Répondis-je sans précision.

Elle fronça les sourcils, puis se détourna comme si je n'existais pas pour aller dans la cuisine. Je n'arrivais pas à comprendre ce qui lui prenait. Qu'avais-je bien pu faire pour qu'elle m'en veuille à ce point ? Ça ne pouvait pas être en rapport avec le jour de l'an puisqu'elle m'avait pardonné et je l'avais même serrée dans mes bras. Non son attitude avait changé à partir du moment où je lui ai annoncé que je sortais avec Jasper. Est-ce que c'était ça qui la dérangeait ? Que je la laisse seule ? Non ce n'était pas la première fois qu'elle était forcée à passer une soirée seule, elle était habituée vue les heures où je rentre la plupart du temps…

À moins que…

Non. Je chassai immédiatement cette idée de la tête, c'était impossible. Bella ne pouvait pas avoir réagi comme ça par jalousie, ça voudrait dire qu'elle éprouve des sentiments pour moi et ça c'était tout simplement impossible. D'accord cette fille n'était pas ordinaire, elle est décalée, elle n'a jamais les réactions qu'il faut et on ne peut jamais savoir ce qu'elle pense, mais elle n'était pas inconsciente au point de développer des sentiments pour moi, elle n'était pas folle à ce point là !

Je me levai et allai la rejoindre dans la cuisine. Elle était en train de servir un verre de lait, ce que je n'avais jamais pu comprendre, dans la mesure où j'ai toujours détesté le lait. Je remarquai alors ses cernes et les marques sur ses joues que je n'avais pas pu distinguer de loin tout à l'heure. Apparemment elle avait pleuré.

« Pourquoi est-ce que tu ne dors pas ? » Demandai-je curieusement.

Elle haussa les épaules.

« J'y arrivais pas. »

« Bella, est-ce que tu vas finir par me dire ce que tu as ? » M'impatientai-je, énervé de voir qu'elle prenait ses distances avec moi, comme si j'étais un étranger.

Elle posa son verre sur le comptoir et me regarda avec froideur.

« Je n'ai absolument rien. » Répliqua-t-elle simplement.

« Arrête de mentir, je te connais. Maintenant dis-moi ce que tu me reproches parce que je commence à m'énerver. »

« Bah énerve-toi alors ! » S'écria-t-elle. « Qu'est-ce que tu veux que j'y fasse ? »

« Mais qu'est-ce qui te prend ? » M'exclamai-je paumé. « Pourquoi es-tu aussi hostile avec moi ? »

« C'est toi qui compliques tout je te signale ! Je vais très bien alors fiche-moi la paix. » Se braqua-t-elle en mettant son verre dans l'évier et de le rincer.

Elle se détourna pour sortir de la cuisine et je me postai devant elle pour l'empêcher de prendre la fuite. Elle sembla un peu déstabilisée et j'en profitai pour attraper son bras.

« S'il te plait Bella. » Insistai-je. « Je n'arriverai pas à dormir si tu ne me dis pas pourquoi tu es préoccupée et ce que j'ai fait pour que t'aies l'air de m'en vouloir. » Dis-je sincèrement.

Elle me regarda troublée, sa lèvre tremblotant à peine. Pendant un instant je crus qu'elle allait enfin répondre et me dire la vérité, mais elle sembla se raviser. Son regard devint triste et dépité et elle se dégagea brusquement.

« T'as les cheveux décoiffés. » Lâcha-t-elle durement, les yeux plus sombres qu'à l'ordinaire.

Je clignai des yeux, étonné et pris au dépourvu.

« Hein ? » Fis-je perdu.

Elle secoua la tête et eut un léger rire sarcastique.

« Rien laisse-tomber. » Éluda-t-elle. « Bonne nuit Edward. »

Elle me poussa doucement pour passer et s'en alla, me laissant dans une incompréhension totale. Je ne voyais pas du tout pourquoi elle m'avait fait cette réflexion ni où était le rapport avec mes cheveux. C'est vrai qu'ils devaient être pas mal décoiffés vu comment la blonde du bar a passé ses mains dedans sans ménagement. Mais je ne voyais pas ce que ça venait faire là.

Sauf si Bella était effectivement jalouse. Cela confirmerait dans ce cas mon hypothèse de tout à l'heure.

Oh misère…

Et si c'était le cas et qu'elle s'était vraiment éprise de moi ? Ce serait pire que tout ce que j'aurais pu imaginer. Parce que je pouvais me contrôler et réfréner mes sentiments en sachant que ça la dégouterait et qu'elle aurait envie de fuir le plus loin possible, mais si elle ressentait la même chose que moi et qu'elle me voulait de la même façon, alors ça changeait tout . Je n'étais pas sûr de tenir le coup maintenant. Ou alors je me faisais tout simplement des idées. C'est vrai après tout, Bella n'était peut être pas énervée parce qu'elle était jalouse, elle m'en veut peut être pour quelque chose de précis, que sais-je…

Il fallait que j'en aie le cœur net. Je ne pouvais pas attendre une minute de plus sans savoir si ma théorie se confirmait. Je devais savoir. Je sortis de la cuisine rapidement.

« Bella attends ! » Appelai-je tandis qu'elle marchait en direction de la chambre.

Elle s'arrêta subitement sans se retourner. Ses épaules se voutèrent et son corps se tendit. Je compris qu'elle était en pleine hésitations à savoir si elle devait accepter de me répondre ou tout simplement m'ignorer. Elle finit par se retourner sèchement vers moi l'air irrité.

« Quoi ? » Fit-elle agacée.

J'avançai vers elle tandis qu'elle ne bougeait pas et se contentait de m'observer avec incompréhension. À mesure que je me rapprochais d'elle, je réalisai que j'avais le cœur qui battait à cause de ce que je m'apprêtais à faire. Je savais que c'était une mauvaise idée. Une très mauvaise idée d'ailleurs. Mais c'était le seul moyen que j'avais pour confirmer ma théorie. Si Bella avait bel et bien des sentiments pour moi, il fallait que je le sache.

Je m'arrêtai à une proximité pas très raisonnable et la scrutai silencieusement. Elle avait la bouche entrouverte et ses pupilles montraient qu'elle était embarrassée. Je tentai de me concentrer au maximum, me préparant mentalement. Je portai une main à sa joue et ancrai mon regard dans le sien avec intensité.

« Edward ? » Murmura-t-elle pantoise.

Je l'ignorai et approchai mon visage du sien, repoussant ma conscience qui ne cessait de me souffler que ce que je faisais était une très mauvaise idée. Je guettais le moment où elle allait se rendre compte de mes intentions et s'écarter brusquement. Mais étrangement elle n'en fit rien. Elle resta immobile et fixait mes lèvres avec attention. J'essayais de me dire que je faisais ça uniquement pour connaitre la véritable teneur de ses sentiments pour moi mais au fond je savais que j'agissais surtout par envie, parce que j'étais irrémédiablement attiré par elle et que je n'avais aucune envie de résister plus longtemps.

Rapprochant toujours mon visage, je me rendis compte que nos lèvres n'étaient plus qu'à quelques centimètres et que mon envie de l'embrasser était de plus en plus forte, au point que j'en oubliais complètement les raisons qui m'ont poussé à faire ça en tout premier lieu. Bella ne bougeait toujours pas, elle avait cessé de respirer et la joue que je caressais était devenue chaude.

Au moment où je m'apprêtais à effleurer ses lèvres, elle ferma les yeux et sa bouche s'entrouvrit. Et c'est là que je compris.

Je compris que j'avais eu raison, que Bella n'avait jamais eu l'intention de me repousser et qu'au contraire, elle le désirait tout autant que moi. Si je l'embrassais là maintenant, elle ne s'y opposerait pas et moi je ne pourrais pas m'arrêter. Putain mais qu'est-ce que j'étais en train de faire… J'étais réellement sur le point de l'embrasser ? Merde je n'avais pas le droit de faire ça. Je ne pouvais pas lui faire une chose aussi cruelle, peu importe qu'elle le veuille aussi ou non. Elle et moi, ça ne pouvait pas exister. Jamais ça ne fonctionnerait car nous n'étions pas du tout faits pour être ensemble. Et si je l'embrassais maintenant, ce serait par pur égoïsme, parce que je n'ai pas réussi à réfréner mes ardeurs et je lui aurais fait espérer quelque chose qui ne pourra jamais avoir lieu.

Et puis elle méritait mieux, tellement mieux que ça ! C'était un homme bien qu'il lui fallait. Quelqu'un de doux, d'aimant et d'attentionné… tout ce que je n'étais pas. Je la ferais souffrir et je ne pourrais jamais me le pardonner. Bella avait déjà connu suffisamment de déception et de peine dans sa vie pour le restant de ses jours. Lui infliger une épreuve de plus serait quelque chose de monstrueux, et grâce à elle je ne l'étais plus. Alors je n'agirai pas en égoïste, je ne l'embrasserai pas en sachant ce que cela engendrerait.

Et tandis que Bella avait toujours les yeux fermés et que nos lèvres étaient à deux doigts de s'effleurer, c'est avec l'effort le plus difficile du monde que je me reculai après avoir pris une inspiration pour me donner le courage nécessaire. J'avais l'impression d'avoir fait un exploit en repoussant mes envies juste à temps, car c'était vrai, il m'avait fallu toute ma concentration et la force d'Hercule pour ne pas me jeter sur elle et ainsi combler mes envies.

Je relevai la tête et déposai un baiser sur son front, m'attardant plus qu'il ne le fallait, sans doute par frustration.

« Bonne nuit. » Soufflai-je avant de m'écarter.

Je vis qu'elle avait les yeux grands ouverts et son visage était un peu rougi. Elle avait l'air d'être dans le vague, complètement secouée par ce qui venait de se produire. Ou plutôt ce qui ne s'était pas produit. Et pourtant Dieu sait que j'en avais envie…

Elle cligna des yeux plusieurs fois, comme pour immerger et se reconnecter avec la réalité. La pauvre ne devait absolument rien comprendre à mon comportement. J'espérais réellement qu'elle ne se sentirait pas offensée ni rejetée car la dernière chose que je voulais était qu'elle pense que je me fichais d'elle et que je jouais avec ses sentiments, ce qui était loin d'être le cas. Si je faisais ça c'était uniquement pour elle. Parce que je n'étais pas bon pour elle et qu'elle méritait d'être heureuse et de tomber amoureuse d'un meilleur type que moi. Elle était jeune, ses sentiments s'estomperont et ce jour là je saurai que j'aie pris la bonne décision, peu importe à quel point j'en serai malheureux.

Bella finit par reprendre contenance et me regarda éblouie. Elle secoua la tête, sans doute pour se concentrer alors que je tâchai de ne pas montrer à quel point j'étais troublé moi aussi. Son regard était rempli de déception et ça me fendait le cœur de lui avoir fait espéré une chose qu'elle avait apparemment attendue et désirée. Elle voulut dire quelque chose mais se ravisa à plusieurs reprises, puis finit enfin par se retourner et s'en aller, prenant la même direction que précédemment. Sauf que cette fois-ci je ne la retins pas.

Une fois seul, je fermai les yeux et me pinçai l'arête du nez en soupirant d'amertume. Je me dégoutais. Il fallait se rendre à l'évidence maintenant et arrêter de se voiler la face. J'étais tombé amoureux de Bella et c'était une grave erreur. Une très très grave erreur de ma part qui allait me couter énormément d'un point de vue émotionnel. Ce soir j'avais voulu l'embrasser sois disant pour confirmer mes doutes et avoir la preuve qu'elle avait des sentiments pour moi. Mais je m'étais fait avoir à mon propre jeu car j'avais failli ne pas être capable d'arrêter ce massacre. Je savais à présent que Bella m'envoutait, et il allait falloir que je fasse attention et que je me tienne à une distance raisonnable dorénavant.

Je n'avais pas le droit à l'erreur.


Je crois que je n'arriverai jamais à faire des courts chapitres...

J'espère que vous ne m'en voulez pas trop pour le passage avec Edward dans le bar, mais bon dans un sens elle était nécessaire pour que celui-ci réalise enfin ce qu'il ressent et tout le blabla. D'ailleurs à ce sujet, grosse dédicace à ma Sister chérie d'amour qui a tenu le rôle en question, j'ai nommée Marie-Loving-Edward. Elle aime tellement mon Edward que je me devais de lui faire ce petit cadeau :D Et si vous n'avez pas encore lu ses fictions je vous conseille vivement d'aller y jeter un coup d'oeil, ce sont de vrais petits chefs d'oeuvres *-*

Je ne suis pas très satisfaite de ce chapitre, peut être parce que la relation entre Edward et Bella n'est pas au beau fixe je l'ignore, en tout cas je m'excuse car à défaut d'avoir une fin sadique vous avez une fin frustrante, quel est le pire ? ^^

Alors Edward va-t-il tenir ses résolutions ou au contraire céder à la tentation ? :p

N'oubliez pas, Teaser = Review

J'attends sagement vos réactions et commentaires ^^

Portez-vous bien !

Votre Dévouée Popolove