Hello !
J'espère que vous allez bien et que vous êtes prêts à lire un nouveau chapitre !
Je ne le dirai jamais assez : Merci pour toutes vos reviews, je sais franchement pas ce que je ferais sans vous ! Je n'avais pas eu autant de reviews depuis le chapitre 4, c'est vraiment vraiment encourageant !
Merci aux anonymes :
Martine16, izzie, Beyonce02, Yoyo, Marie, frtaa, karima, amande, phelie, Sam, alexia, ocenanny, Lisa, Elsa, tohrusad1yahoo, mlissa, scorpionlove09, Melanie, Shelby, lolo, Sand, Cynthia, Agathe, Marie, marie-chantale, Pauline, kimberly et lola
Lyndia : Je te rassure, Bella est bel et bien amoureuse de lui, et ça n'a rien avoir avec le syndrôme de Stockholm ;)
wendy : Je te remercie beaucoup pour tes compliments et ne t'inquiète pas pour les reviews ;) Alors comme ça tu es tombée amoureuse d'Edward ? Chérie je crois que tout le monde est dans le même cas ! LOL Moi qui pensais que vous alliez le détester... Je suis heureuse de m'être trompée ! Oui au sujet de la relation d'Alice et Jasper je voulais quelque chose qui sorte de l'ordinaire, j'aime bien surprendre, c'est pourquoi l'Alice de cette fiction ne lui prêtait pas d'attention. Rassure-toi, même si ma Bella est timide, quand elle sait ce qu'elle veut elle fonce ;)
Esther : Si seulement Edward pouvait arrêter de passer son temps à se dénigrer, malheureusement il est pas encore prêt de changer le coco lol Encore une fois désolée d'anéantir tes faibles espoirs, mais Alice est vraiment morte. Dead de chez dead et enterrée dans le cimetière. S'il y avait une infime chance pour qu'elle soit vivante, j'aurais fait planer le doute mais je n'aime pas donner de faux espoirs. Je sais que c'est triste pour Jasper mais je n'ai jamais dit que cette fiction allait bien finir ^^
Hlne : Comme toujours, tes commentaires sont un réel délice, savoureux à souhait ! Tu veux participer à un concours de détectives ? D'accord trouve-moi qui a tué Alice, pourquoi, et comment Edward a rencontré Aro :D Navrée de la frustration dans laquelle je t'aie laissée à la fin mais peut être que ce chapitre va rattraper le coup... ^^ Je vais demander à Edward qu'il te prête une de ses armes pour que tu puisses régler tes comptes avec les deux blonds, mais c'est pas dit qu'il accepte... et qui sait ? Il voudra peut être le faire lui même :p J'ai éclaté de rire avec ta comparaison avec la coupure pub, c'est trop vrai ! Par contre pour Jasper, je comprends que tu sois énervé qu'il ait conduit Edward dans le bar malgré qu'il soit au courant des sentiments de Bella pour lui, mais il faut que tu gardes à l'esprit qu'il n'est pas l'ami de Bella, ni là pour jouer les entremetteurs. Il est l'ami d'Edward, et il n'a rien à se reprocher là dessus xD Il se peut que Bella coure effectivement un danger dans les prochains chapitres... Mais je n'en dis pas plus ;)
...
D'après vos dires, une fin frustrante est pire qu'une fin sadique, et bien rassurez-vous, je me cantonnerai qu'au sadisme alors :D Je sais que je vous ai fait un peu souffrir avec le précédent chapitre parce que tout le monde aurait souhaité qu'ils s'embrassent... Mais patience, tout vient à point qui sait attendre !
Bonne lecture !
Chapitre 15 : Faiblesse
Pov Edward
oO "My Immortal" Oo – Evanescence
« J'y arrive pas putain ! » Jurai-je en me passant ma main libre dans mes cheveux avec nervosité et énervement.
Je vis Emmett à coté de moi se tendre et me regarder avec incrédulité.
« Quoi ? » S'écria-t-il. « Comment ça t'y arrives pas ? »
« Je peux pas Emmett ! » Répétai-je avec plus de férocité.
« Mais merde Edward ! À quoi tu joues ? »
« Parce que tu crois que ça me plait d'être comme ça ? Je joue pas bordel, j'y arrive pas c'est tout. »
Emmett souffla pour contenir sa colère qui montait tandis que j'évitais soigneusement son regard, ayant honte de ma propre attitude.
« Écoute-moi mec. » Commença-t-il d'une voix calme et posée, cherchant sans aucun doute à m'apaiser. « Essaye de te concentrer et de ne pas penser à autre chose que ce pourquoi on est là. Tout ce que t'as à faire, c'est de buter ce type, rien de sorcier. Tu l'as déjà fait pendant des années Edward, tu peux le refaire. Je ne te demande rien d'autre. »
Je fermai les yeux et tentai de remettre de l'ordre dans mes idées. Emmett et moi nous trouvions à Austin, un quartier de la partie Ouest de Chicago. Aro nous avait confiés un contrat là bas qui consistait à éliminer Waylon Forge, un de ses anciens indicateurs, un peu gras du bide. Celui-ci après avoir été l'indic d'Aro pendant des années a eu la très mauvaise idée de le trahir afin d'empocher un max de blé. Il a dénoncé sa planque à l'un des plus vieux ennemis d'Aro répondant au pseudonyme de Vladimir. C'était durant la période de Noël et du jour de l'an quand Vladimir a envoyé ses hommes liquider Aro pour s'emparer de son réseau, soit quand ni Emmett ni moi n'étions là. Apparemment il y a eu plusieurs fusillades dans le grand entrepôt où Aro garde sa coke.
Paul s'était pris une balle dans l'épaule et se trouvait actuellement à l'hôpital. À part lui tout le monde semblait aller bien. James avait sauvé la situation d'après ce que j'ai compris. Il avait même réussi à faire parler l'un des hommes sous le coup de la torture, et c'est ainsi que nous avions appris que Waylon avait trahi Aro Volturi.
Ce qui faisait qu'Aro n'était bien sûr, pas content du tout.
Il nous a donc envoyés Emmett et moi pour le buter après lui avoir fait subir un long moment de torture. Seulement comme je n'étais plus très friands des manœuvres qui consistent à torturer la victime avant de la tuer, nous avions convenu de le tuer directement, bien qu'Emmett l'ait quand même salement amoché et se soit plutôt bien défoulé sur lui. Le pauvre Waylon était complètement inconscient à l'heure qu'il est. Allongé dans son salon, son ventre graisseux étalé sur le tapis de façon immonde. Son visage tourné sur le coté pissait le sang sous l'effet de la violence avec lequel Emmett s'était évertué à lui faire son compte.
Quant à moi et ben… j'étais resté là.
Je n'avais rien fait du tout. Je m'étais simplement contenté de regarder Emmett le marteler de coup et le briser en silence. En vérité si je n'avais pas bougé, c'est parce que j'en avais été incapable. Bien que j'aurais voulu lui faire sa fête pour nous avoir balancés à Vladimir, mon corps avait refusé d'émettre le moindre mouvement. J'avais même éprouvé de l'empathie pour ce connard ! Putain qu'est-ce qui m'arrivait ? J'étais devenu complètement inutile ! Je n'arrivais plus à flinguer ni à quoi que ce soit d'autre. Même lors de cette putain de fusillade à Springfield, je n'avais pas été fichu de buter un flic ! Et Dieu sait à quel point je les hais…
Si seulement Aro l'apprenait, il me ferait la peau. Il ne s'encombrait pas d'hommes faibles. Un homme impuissant était un homme mort. J'étais donc condamné à crever si cela parvenait à ses oreilles. Je me demande d'ailleurs qui il enverrait pour me faire la peau. Vicieux comme il est, il demandera probablement à Emmett de le faire. Aro adorait pousser les gens à leurs limites, histoire de savoir à quel point ils leur étaient fidèles. La question était de savoir si Emmett en serait capable.
Est-ce qu'il accepterait de me descendre si Aro lui confiait un contrat sur ma tête ?
« Edward qu'est-ce que tu fous ? » S'impatienta Emmett. « Tu te grouilles oui ? J'ai pas toute la journée ! »
J'inspirai pour me donner une certaine contenance. Ma main qui n'était pas dans mes cheveux tenait mon neuf millimètres que j'avais à maintes reprises tenté de pointer sur la tête ce vieux Forge allongé par terre. Le voir ainsi mutilé par Emmett me donnait la nausée, je me demandais comment je pouvais être ami avec quelqu'un capable d'autant de barbarie… Pire, comment moi j'avais pu être capable faire subir tellement pire durant des années. Ce qu'Emmett venait de faire aujourd'hui, ce n'était rien comparé à ce que j'avais fait un nombre incalculable de fois. Il y a des mois, si Aro me demandait de torturer quelqu'un avant de l'abattre, je ne m'arrêtais pas à de simples coups mortels. J'avais plusieurs fois eu le rôle du tortionnaire, ce qui m'avait valu ma réputation. Mais aujourd'hui j'étais rebuté ne serait-ce qu'à l'idée de lui donner un coup dans les parties. Et ça me rendait malade d'être aussi faible.
« Je t'ai dit que je ne pouvais pas Emmett. » Déclarai-je plus clairement avec dureté.
« Je me fiche que tu puisses pas, tu dois tuer ce type un point c'est tout ! »
« Et comment veux-tu que je fasse si j'en suis incapable imbécile ? »
« J'en sais rien mais t'as intérêt à trouver. C'est ton boulot merde ! »
« Oui bah j'emmerde mon boulot ! » Lâchai-je puissamment.
Emmett me regarda les yeux exorbités, n'arrivant sûrement pas à croire ce que je venais de lui sortir. Moi-même j'avais dû mal à réaliser la portée de mes mots, comme si ce n'était pas moi qui avais parlé mais une autre personne. Je n'aurais jamais imaginé dire un truc pareil un jour, et pourtant maintenant que ces paroles étaient sorties de ma bouche, je ne pus m'empêcher de me rendre compte que j'en pensais chaque mot.
Cette constatation me fit l'effet d'une bombe.
Je me reniais.
Je reniais mon job, je reniais Aro, je reniais tout ce que j'avais été durant six longues années.
Je me reniais.
J'avais beau le répéter inlassablement dans ma tête, cela avait toujours autant d'impact. Bon sang comment avais-je pu en arriver là ? Moi qui m'étais toujours considéré comme impitoyable et sans âme, voilà que tout s'inversait. Ma vie se barrait en cacahuètes, et je n'étais pas sûr d'apprécier cela.
Emmett tentait d'analyser la situation tandis que je soutenais son regard pour lui signifier que j'étais extrêmement sérieux et que ce n'était pas des paroles en l'air. Tel qu'il me connaissait, il ne devait probablement pas en douter. Il finit par soupirer bruyamment.
« D'accord… Alors qu'est-ce qu'on fait ? » Demanda-t-il avec irritation.
J'haussai les épaules.
« A ton avis ? » Fis-je en le suppliant des yeux.
Il fronça les sourcils quand il comprit où je voulais en venir et se mit à rire cyniquement en secouant la tête.
« Je vois… » Marmonna-t-il sarcastique, avant d'exploser. « Donc maintenant ça va se passer comme ça ? Je vais devoir faire ton boulot à ta place ? C'est ça que tu proposes Edward ? ! »
« T'as une meilleure idée ? » M'énervai-je. « Parce que sinon tu peux aller tout balancer à Aro et me coller une balle tout de suite, ça t'évitera de perdre ton temps ! »
« Putain mais tu t'entends parler ? » Incendia-t-il. « Il t'arrive quoi ? On est en train de se prendre la tête sur une scène de crime là ! Et tout ça pourquoi ? Parce que t'es pas foutu de liquider un gros vieux qui je te le rappelle, a failli couter la vie à nos potes ! »
« Depuis quand tu considères James, Paul ou encore Jared comme tes amis ? » Répliquai-je cinglant.
« Ne détourne pas le sujet ! Le seul problème ici c'est toi ! »
« Ça je le sais figure-toi ! Je suis pas débile ! »
« Bah dans ce cas bute-le ! Tire et achève ce salopard qu'on en finisse ! »
« Pour la énième fois Emmett, je ne peux pas ! » M'exclamai-je avec force, épuisé par la situation.
« Putain mec, ne me demande pas de le faire à ta place ! »
« S'il te plait Emmett, rends-moi ce service. » Implorai-je. « Ça ne me plait pas non plus mais je peux pas tuer ce type, j'arrive même pas à le regarder… »
« Edward… »
« Je t'en prie, fais ça pour moi. »
Il m'observa avec des yeux déplorés sans rien dire. Je voyais que cette situation l'agaçait et ne lui plaisait pas au point de le rendre mal à l'aise. Et pour être honnête, moi aussi j'étais mal à l'aise. Je me sentais mal de ne pas pouvoir assurer comme je le faisais habituellement, de ne pas être assez fort pour commettre un nouveau crime. Mais peu importe que je le veuille ou non, la situation restait la même. J'étais toujours inutile et inapte à appuyer sur une putain de détente.
Après une longue minute de réflexion, Emmett rendit les armes et consentit à faire ce que je lui demandais.
« Très bien. » Soupira-t-il las. « Mais il va falloir qu'on trouve une solution. »
J'hochai la tête.
« Merci. » Gratifiai-je.
Il fit un geste pour sortir son arme de sa poche intérieure mais je l'arrêtai.
« Attends. » Fis-je en m'avançant vers lui. « Il vaut mieux que tu prennes la mienne. » Dis-je en lui tendant mon neuf millimètres.
Il fronça les sourcils et me lança un regard interrogateur.
« Au cas où Aro déciderait de vérifier si j'ai bien fait le travail. » Clarifiai-je sous son air perdu.
Depuis la fusillade à Springfield il y a un mois, Aro me regardait bizarrement. Emmett lui avait raconté la version courte, qu'un troisième flic a débarqué et nous a pris par surprise, et que je me suis retrouvé salement amoché. Mais heureusement il avait omis de lui dire que ce jour là j'avais failli et que j'avais eu de lourds moments d'hésitations qui avaient provoqué ma déchéance. Cependant Aro me connaissait, il n'avait pas pour habitude de me voir revenir blessé après un contrat. À chaque fois, dans toutes les situations, je n'avais jamais faibli. Alors je comprenais qu'il soit réticent à accepter le fait que je me sois fait prendre par des putains de fédéraux. J'avais tenté de paraitre sûr de moi et Emmett avait inventé de gros bobards afin de rendre la situation plus crédible aux yeux de tous, comme par exemple que c'est en voulant lui sauver la vie que je me suis fait avoir. Ce qui m'a bien évidemment fait passer pour un héros… je me sentais coupable pour Emmett, de lui ordonner de mentir et de recevoir tous les honneurs alors que ça avait été lui qui avait tout fait ce jour là. Mais il avait compris que c'était nécessaire.
Aujourd'hui je devais tout faire pour ne pas insuffler le doute dans la tête d'Aro, parce que sinon j'étais condamné.
Tu l'es déjà… Il ne faudra pas longtemps avant que quelqu'un ne découvre le pot-aux-roses.
Il fallait me rendre à l'évidence, je n'étais pas prêt de redevenir normal, aussi froid et sans pitié. Je n'allais pas me remettre à tuer d'ici demain. Exécuter du trafic, ça je pouvais, mais tirer dans le tas… ça ce n'était plus dans mes capacités. Je crois qu'il n'y a rien que je puisse faire pour remédier à cette situation, et je ne pense pas qu'Emmett acceptera de me couvrir perpétuellement.
Pour l'heure, il se contenta simplement de me toiser méchamment et de m'arracher l'arme des mains.
Il s'approcha de Waylon Forge, toujours inconscient à terre, et abaissa le pistolet pour le pointer sur lui.
« Vise la nuque. » Conseillai-je. « On reconnaitra ma façon de faire. Et tire deux balles. »
Emmett tourna la tête vers moi et me lorgna du regard.
« Contrairement à toi, je te signale que moi je sais encore comment faire mon job »
Je ne répondis pas, sachant que je n'avais rien pour ma défense. J'étais inexcusable, je le consentais…
Mon ami reporta son attention sur le gros lard et tira deux balles successives dans sa nuque sans tergiverser. Je fermai les yeux au moment ou j'entendis la première détonation, ne pouvant supporter de voir ça. Putain, même le voir j'étais pas foutu d'en être capable ! Comment avais-je pu changer autant ? Qu'étais-je devenu ? Il était loin le temps où j'étais un sanguinaire sans remords…
Lorsque je rouvris les yeux, Emmett se trouvait devant moi avec le visage fermé. Il me tendit l'arme brutalement sans détour.
« On peut rentrer. » Clama-t-il en quittant la maison dévastée de Forge, sans plus de cérémonie.
Je jetais un dernier coup d'œil au paysage avec amertume. La maison était saccagée, le sol ainsi que les murs était tachés de sang et le cadavre… il était abominable à voir. Sans vie, les yeux ouverts tournés vers moi, regardant dans le vide sans but précis. Avant cette vue ne m'aurait pas dégouté au point de me donner envie de dégueuler, ni me faire me sentir coupable. Parce qu'à la vérité, j'éprouvais des remords d'avoir participé à un crime aussi déplorable. Et pourtant j'étais reconnaissant envers Emmett de l'avoir fait à ma place. Tout était si contradictoire…
En fait j'étais moi-même une contradiction.
Soupirant de défection, je suivis la même direction que mon pote et quittai cette maison. Il m'attendait assis à l'intérieur de sa jeep, l'air à la fois soucieux et énervé.
« Merci de ne pas m'avoir laissé tomber. » Dis-je après m'être engouffré dans la voiture sur le siège passager.
Il regardait droit devant lui.
« Il faut qu'on parle. »
« Je sais. » Répondis-je faiblement.
Il démarra la jeep en vitesse, puis prit une profonde inspiration avant de parler.
« J'ai besoin de savoir si tu comptes redevenir normal un jour. »
« Si par normal tu entends capable de descendre quelqu'un sans me poser de question, alors j'en sais foutrement rien. » Marmonnai-je.
« Dans ce cas c'est quoi ton plan ? » S'impatienta-t-il.
« J'ai pas de plan. Je suis dans le pétrin et j'ai aucun moyen pour y remédier. »
« C'est à cause de Bella pas vrai ? » Devina-t-il tandis que nous roulions en direction de chez moi.
Bella… Comme à chaque fois que son prénom était évoqué, je me mis à penser à elle. Dire que j'avais failli l'embrasser il y a huit jours, tout ça parce que j'étais pas fichu de me contrôler. J'avais tenté de l'éviter le lendemain, mais sans grand succès. En fait quoi que je fasse, je ne pouvais pas m'éloigner de Bella. J'aimais être avec elle, lui parler simplement ou l'agacer. Elle avait essayé de paraitre normale le matin qui avait suivi, mais j'avais vu à ses rougeurs qu'elle n'avait pas du tout oublié ce qui avait failli se produire la veille. Elle s'était montrée plutôt mal à l'aise et gênée au début, mais avait fini par faire comme si de rien n'était et nous avions repris une relation normale.
Du moins presque normale…
Parce qu'elle était devenue une réelle obsession, et que pour réfréner mes envies malsaines j'avais dû mettre de la distance entre nous. Je me tenais à une distance désormais raisonnable et assez éloignée, et je la prenais le moins possible dans mes bras. À mesure que je l'observais, je remarquais que cela ne lui plaisait guère. Pire, elle en était déçue. Mais qu'importe, c'était beaucoup mieux comme ça. Elle me remercierait plus tard.
« Ça a tout avoir avec Bella. » Confirmai-je dépité.
Il soupira lourdement.
« Si seulement elle était jamais apparue dans cette ruelle… » Songea-t-il dégouté. « Si seulement t'avais pu la tuer… »
Je fronçai les sourcils, n'aimant pas penser à cette éventualité. Bella était vivante et en sécurité, c'était très bien comme ça et il était hors de question que ça ne se passe autrement.
« Tu sais très bien qu'avec les « si » on pourrait refaire tout un monde. » Fis-je remarquer pour alléger l'atmosphère.
« Alors laisse-moi agir Edward. » Supplia-t-il en me regardant du coin de l'œil. « Laisse-moi la liquider une bonne fois pour toutes et comme ça on n'en parle plus. »
J'écarquillai les yeux et le regardai effaré. Imaginer ne serait-ce qu'un instant l'idée qu'Emmett puisse s'en prendre à la vie de Bella, c'était quelque chose d'insupportable. Emmett avait beau être l'un de mes meilleurs amis, il était mort s'il s'en prenait à un seul de ses cheveux. Je n'étais peut être plus capable d'assassiner qui que ce soit, mais je savais que si quelqu'un s'en prenait à elle, je n'aurais aucune hésitation à buter le salopard en question. Que ce soit Emmett, ou encore Aro Volturi, je ne permettrai pas qu'il lui arrive quelque chose. J'étais prêt à tout pour elle, absolument tout. Et c'était ce qui me faisait mal au cœur.
« Non. » Déclarai-je plus durement que jamais, ne pouvant contrôler le venin de ma voix.
« Putain Edward fais pas le con ! » Protesta-t-il. « Cette fille t'a complètement retourné le cerveau ! Elle est en train de te nuire alors je me fiche que Rosalie soit amie avec elle, elle finira par comprendre la situation et me pardonner, mais pour l'heure c'est pour toi que je m'inquiète. Je peux pas rester là sans rien faire. »
« J'ai dit non Emmett. » Répliquai-je méchamment, à bout de patience.
« Mais tu seras même pas obligé d'être là ! Je le ferai seul, t'auras pas à y assister, comme ça on n'en parle plus et voilà ! »
« Bon sang Emmett, ferme ta putain de gueule ! Tu me reparles encore une seule fois de tuer Bella et je te descends dans la minute qui suit ! » Hurlai-je dans l'espace confiné de la voiture.
Il me regarda les yeux exorbités, comme s'il ne s'attendait pas à ce que je m'emporte comme ça. Personnellement je tentais de me calmer et de réfréner ma colère qu'Emmett avait réveillée, mais sans succès.
« Je croyais que tu pouvais plus liquider qui que ce soit ? » Rappela-t-il.
« J'hésiterai pas à le faire si jamais tu t'en prends à elle. » Vociférai-je haineusement.
Mes poings étaient serrés et mon visage était devenu plus dur qu'à l'ordinaire. Je voulais qu'il comprenne que jamais je ne le laisserai la toucher. Ni lui, ni qui que ce soit d'autre. Il faudra d'abord s'en prendre à moi s'il souhaite l'atteindre, parce que je ne laisserai rien lui arriver.
Emmett m'observa durant une longue minute tandis que je ne décolérais toujours pas. Il semblait choqué de mon attitude, et je devais reconnaitre que je me choquais moi-même. C'était la première fois que je me préoccupais autant de la vie d'une personne, au point de faire passer tout le reste en second. Après avoir réalisé que j'étais extrêmement sérieux et que j'étais réellement prêt à me mettre en travers de sa route s'il comptait mettre ses plans à exécution, il arrêta la voiture subitement. Il se passa une main sur le visage et soupira pendant que j'essayais tant bien que mal de me calmer.
« Pourquoi ? » Émit-il d'une voix faible, apparemment sonné par tout ce qui venait de se passer. « Qu'est-ce qui te prend ? »
« Je l'aime, ça te va comme explication ? » Lâchai-je hostile.
Sa mâchoire manqua de se décrocher et il me toisa avec incrédulité alors que je me fustigeais pour lui avoir balancé un truc pareil dans la figure sans m'y être préparé.
« Attends une minute… » Bredouilla-t-il avant d'être pris d'un léger rire nerveux. « Tu… tu peux répéter ? »
Je soupirai avec amertume, les idées complètement embrouillées. Je ne l'avais encore jamais dit à voix haute, c'était une grande première. Et pourtant, le fait d'avoir prononcé ces mots leur donna beaucoup plus d'impact dans mon esprit. J'avais passé de longues heures à réfléchir ces derniers jours, me donnant d'innombrables insomnies parce que je n'arrivais pas à me faire à l'éventualité que je pouvais réellement être amoureux. Mais plus j'y réfléchissais, et plus la vérité s'imposait à moi. Je n'étais plus capable de nier tout ça plus longtemps, et j'avais beau savoir que tout ça était une véritable connerie, probablement la pire connerie de l'univers, y avait aucun moyen pour arrêter ça. J'étais dans une merde noire, aimant une fille alors que je n'en avais pas du tout le droit.
Détournant les yeux avec embarras pour regarder à travers la vitre, j'haussai les épaules d'un ton monocorde.
« Je crois… enfin… j'en sais rien. »
« Edward, t'es vraiment sérieux là ? »
« Parce que j'ai l'air de plaisanter peut être ? » Fis-je en me tournant pour le toiser avec sévérité.
« Mais enfin c'est qu'une gamine ! » S'exclama-t-il révolté.
Je fronçai les sourcils, prenant plusieurs inspirations pour ne pas répliquer et m'emporter. Il était en train de pousser mes limites à bout et s'il ne s'arrêtait pas tout de suite je n'étais pas sûr de pouvoir répondre de quoi que ce soit. Je tournai la tête à nouveau pour contempler la vitre avec morosité.
« Tu ne la connais pas. » Répliquai-je méprisant.
Il rit à nouveau de façon sarcastique.
« Non t'as raison. Et j'ai pas du tout envie de la connaître vu ce que t'es devenu à cause d'elle. »
Je soufflai à quelques reprises, sachant que mes nerfs étaient sur le point de lâcher.
« Tu sais Emmett, je ne te l'ai jamais dit parce que je ne voulais pas qu'on reparle de ce qui s'est passé ce jour là, mais j'ai vraiment pas aimé la façon dont tu lui as parlé le jour de la fusillade. »
« Alors quoi ? J'ai plus le droit de dire ce que je pense maintenant ? » Rétorqua-t-il.
« T'as le droit de dire ce que tu penses, mais je t'interdis de parler en mon nom ! » M'emportai-je.
« Et je peux savoir à quel moment j'ai parlé en ton nom au juste ? »
« Quand tu lui as dit qu'elle n'avait pas sa place et qu'elle ne représentait rien ! T'avais pas le droit de lui dire ça, surtout dans la mesure où c'est complètement faux ! »
« Je pouvais pas savoir que t'avais développé des sentiments pour elle putain ! »
« Peut être mais t'avais pas à lui parler comme ça quand même ! »
Il ouvrit la bouche pour répliquer mais se tut à la dernière minute. Un silence se créa autour de nous tandis que je réalisais que nous nous étions vraiment trop emportés. Je me passai une main sur le visage et tentai de reprendre une respiration normale. Emmett avait réussi à me pousser à bout et j'avais fini par élever la voix, ce qui m'avait presque fait mal à l'estomac. J'étais las de cette situation, de toute cette merde qui m'empoisonnait la vie. Je me prenais rarement la tête avec Emmett, après tout je le considérais comme mon meilleur pote, surtout depuis que Jasper n'était plus que l'ombre de lui-même. Mais je savais qu'il allait y avoir un vrai problème s'il persistait à s'acharner sur Bella. Nous avions déjà un problème, vu comment il se conduisait.
Emmett s'enfonça dans son siège et soupira lourdement pendant que je restai silencieux, refusant d'ajouter quoi que ce soit d'autre.
« D'accord euh… » Il chercha ses mots, comme s'il souhaitait détendre l'atmosphère. « Qu'est-ce que tu comptes faire alors ? »
« Comment ça qu'est-ce que je compte faire ? » Râlai-je. « Tu veux que je fasse quoi ? Je peux plus flinguer personne, à moins d'un antidote miracle je suis dans la merde la plus totale. »
« Non mais moi je te parle de Bella. » Précisa-t-il. « Tu vas faire quoi avec elle ? Parce que j'ai remarqué la fois où je t'ai ramené qu'elle a l'air de tenir à toi aussi. »
« Je sais. » Soupirai-je fatigué et dépité. « J'ai failli l'embrasser un soir et elle avait pas l'air contre. »
Dire que pour n'importe quel type ordinaire, cette information l'aurait rempli de joie… C'est vrai quoi, quand un mec apprend que la fille pour qui il a des sentiments éprouve la même chose, il est censé être content. J'aurais dû en être heureux, j'aurais dû… Et quelque part au fond de moi, je l'étais. Mais ça me rendait malade de savoir que Bella ressentait bien plus que de l'affection à mon égard. Elle devrait me fuir, me haïr ou me craindre… Pas m'aimer. C'était une chose impensable, formellement exclue et qui n'avait pas lieu d'être.
J'avais toujours su que Bella était différente et un tantinet barjo, mais je n'aurais jamais imaginé que ce soit à ce point là.
« Il s'est déjà passé quelque chose entre vous ? » Demanda-t-il avec une mine choquée.
« Non. » Maugréai-je en secouant la tête.
J'étais à la fois déçu, frustré et soulagé. Cherchez l'erreur…
« Et il ne se passera jamais rien entre nous, j'y veillerai personnellement. » Affirmai-je sur un ton décidé.
« Pourquoi ? » S'enquit-il dérouté.
« Regarde les choses en face Emmett, je suis trop vieux pour elle et je suis pas le type qu'il lui faut. Elle mérite d'être avec quelqu'un de bien qui peut lui offrir une vie convenable. Moi j'ai rien. » Marmonnai-je acide. « Je suis juste un criminel blindé de tunes qui mériterais de passer le restant de ses jours en prison. »
« Je pense que t'as raison. Tu sais si j'avais su ce que j'allais devenir après avoir tué ce connard de Royce, je peux te dire que jamais je ne me serais rapproché de Rosalie. » Avoua-t-il tristement. « La vie qu'elle mène à cause de moi est minable, elle est mariée avec un salaud et surtout elle est seule. Je l'ai rarement vue aussi souriante que depuis que t'as ramené ta Bella. »
« Mais malgré tout elle reste avec toi parce qu'elle t'aime. » Fis-je remarquer.
« Ouais mais… je m'en veux, elle devrait être avec un mec beaucoup mieux que moi. Un type qui rentre du boulot en costard avec une mallette, pas un gars qui rentre tâché de sang et muni d'un flingue. C'est pour ça que je te dis que tu prends la bonne décision en restant éloigné de cette fille. Si vraiment t'as des sentiments pour elle, alors empêche-là de s'attacher à toi, donne-lui la vie que j'ai pas pu donner à ma Rosie et que je regrette chaque jour que Dieu fait. »
J'hochai la tête.
« C'est le meilleur service que je peux lui rendre de toute façon. » Murmurai-je pour moi-même, faisant abstraction comme je pouvais de ma déception.
Je vis qu'Emmett me regardait du coin de l'œil mais je refusais d'affronter son regard. Il redémarra enfin la voiture et nous roulâmes vers chez moi dans un silence de plomb. Pour ma part j'étais perdu dans mes pensées, toutes dirigées vers Bella. Je n'arrivais pas à croire qu'elle ait pu s'attacher autant à moi en seulement quelques mois, ni que moi-même, j'ai pu faire l'erreur de m'attacher à elle. Parce que oui c'était une erreur. À cause de ça je risquais ma peau, je risquais celle d'Emmett et je risquais aussi la sienne. Dire que j'étais encore jamais tombé amoureux…
J'aurais mis du temps à me rendre compte que j'aimais Bella, et il aura fallu que ce soit quelqu'un qui éclaire ma lanterne parce que j'ignore si j'aurais pu faire le lien et m'en rendre compte tout seul. Le mot amour n'avait jamais fait partie de mon vocabulaire, les projets débiles d'âmes sœurs et de mariage avaient toujours été quelque chose que je considérais comme futile et sans intérêt. J'avais pour habitude de ne m'attacher à personne, de ne faire entrer personne dans ma vie, de ne regarder personne…
Sauf que Bella je l'avais regardée. J'avais fait la boulette de poser mes yeux sur elle et maintenant je n'arrivais plus à m'en détacher. Ça faisait des jours maintenant que je faisais mon possible pour réprimer le désir que j'avais pour elle et que je m'évertuais à ne pas la toucher, peu importe que j'en crève d'envie ou non. Je crois que le pire était de savoir qu'elle n'attendait que ça. La voir avec ses yeux pleins d'espoir à chaque fois que je m'approchais d'elle, et devenir triste et pleine de déception quand je m'éloignais, c'était dur à supporter. Je savais que si je l'embrassais ou que je la touchais de n'importe quelle manière, elle ne me repousserait pas. C'était ça le plus difficile à gérer. Je remarquais que chaque fois qu'elle apparaissait dans une pièce, la tension qui planait au-dessus de nous devenait palpable. J'étais irrémédiablement attiré et je savais qu'il suffirait de peu pour que je baisse ma garde ne serait-ce qu'une seconde et que je commette l'irréparable.
C'est pourquoi j'étais à l'affût de chacun de ses mouvements, que je guettais chacune de ses apparitions, que j'étais attentif à la moindre de ses paroles. Je ne voulais pas céder, je ne voulais pas faire quelque chose que je regretterais par la suite en sachant que ça ne servirait qu'à lui faire du mal. Parce que oui, plus je me rapprochais d'elle et plus je lui faisais du mal. Bella et moi n'avions rien à faire ensemble, je n'étais pas pour elle. En vérité je n'étais pour personne. Et ça plus vite elle le comprendrait, mieux ça serait pour tout le monde. Le problème étant que… bah je vivais avec elle. Ou plutôt elle vivait avec moi étant donné que je la retenais captive. Et je ne pouvais pas être à l'affût vingt quatre heures sur vingt quatre. Je n'allais pas réussir à tenir tout le temps sans faire le moindre faux pas. Un jour j'allais finir par faire quelque chose que je regretterai.
En fin de compte parler de Bella à quelqu'un m'avait en quelque sorte soulagé. J'aurais aimé pouvoir dire à Jasper ce que je ressentais pour elle car il avait toujours été là pour moi et parce qu'il me connaissait mieux que je ne me connais moi-même. Mais en parler à Emmett n'était pas une très mauvaise idée, après tout il connaissait à peu près ce que j'étais en train de vivre étant donné qu'il était marié avec Rosalie et qu'il se sentait coupable de la triste vie qu'il lui offrait.
Secouant la tête pour arrêter de penser à Bella, j'essayais de me remémorer la dernière fois où j'avais eu ce genre de conversations avec quelqu'un comme celle que je venais d'avoir avec Emmett. Parler de gonzesses avec Jasper, ça n'était pas arrivé depuis au moins huit ans. En ce temps là j'étais avec Tanya et lui était raide dingue d'Alice, sans pour autant lui adresser la parole.
Tout ça me semblait si loin maintenant, comme si c'était dans une autre vie…
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« Samedi 10 Janvier 2004
« C'est injuste, tu triches ! » S'écria Jasper révolté en lâchant sa manette.
« Je vois pas de quoi tu parles. » Répliquai-je innocemment.
Nous nous trouvions chez moi, un grand appartement d'un immeuble résidentiel dans le quartier de Streeterville. Mon père bossait encore à l'hôpital et ma sœur n'allait pas tarder à rentrer de son cours de danse. J'avais invité Jasper à jouer aux jeux vidéos à la maison et nous étions là, sur le canapé du salon, pendant que je lui mettais la raclée de sa vie.
« Tu croyais que j'allais pas le remarquer ? » Râla mon pote énervé. « Tu m'as refilé une manette défectueuse espèce d'enfoiré ! »
« C'est pas vrai elle marche très bien ! » Protestai-je en me retenant de rire.
« Y a que la croix qui marche ! Le triangle et le carré fonctionnent pas ! Et en plus je peux même pas faire pause ! »
Je ne pus me contenir d'éclater de rire face à sa mine déconfite.
« Ce que tu peux être mauvais joueur ! » Soupirai-je faussement choqué.
« Moi je suis mauvais joueur ? » S'exclama-t-il outré. « Ça te va bien de dire ça monsieur je-suis-un-tricheur-et-j'assume-pas ! »
« Les garçons ! » Fustigea soudainement ma mère qui arrivait de la cuisine.
Elle avait ses cheveux châtains qui tombaient sur ses épaules et nous regardait d'un air las.
« Vous voulez bien baisser d'un ton ? J'arrive plus à me concentrer pour faire à manger. »
« Pardon Madame Cullen. » S'excusa Jasper avec un visage d'ange tandis que je levais les yeux au ciel.
« Jasper, combien de fois faudra-t-il que je te dise de m'appeler Esmé et non madame Cullen ? » Soupira ma mère avec exaspération.
« Désolé Esmé, une vieille habitude. » Dit-il, gêné.
« Gratteur… » Marmonnai-je dans ma barbe de sorte à ce qu'il n'y ait que lui qui puisse entendre.
Il me regarda en haussant les épaules avec désinvolture, tandis que ma mère retournait dans la cuisine.
« Je veux une autre manette. » Déclara-t-il sèchement.
« Y en a une à coté du lecteur en-dessous de la télé. » Répondis-je amusé.
Il se baissa vers le meuble et s'empara d'une nouvelle manette qui normalement fonctionnait.
« Au fait dis… comment ça va avec Tanya ? » Demanda-t-il au bout d'un moment alors que la partie avait repris.
« Bof. » Fis-je en haussant les épaules. « On se reparle mais elle trouve que je lui accorde pas assez de temps. »
« T'es sérieux ? Pourtant vous êtes toujours collés ensemble au lycée. »
« Ouais mais apparemment ça lui suffit pas. Elle trouve qu'on se voit pas assez en dehors des cours. »
« Et toi qu'est-ce que t'en penses ? »
« Bah moi j'ai aucun problème, je trouve qu'on est très bien comme ça. » Répondis-je simplement.
« T'es amoureux d'elle ? »
Je fis mine de réfléchir.
« Je crois ouais. » Dis-je au bout d'un moment. « Je veux dire, elle est mignonne, et gentille aussi… »
« C'est pas ça être amoureux. » Contredit-il en arquant un sourcil.
« J'en sais rien, de toute façon qu'est-ce que j'y connais ? » Rétorquai-je avec légèreté. « Je compte pas me marier avec elle ni lui faire des gosses. »
« Donc c'est juste une fille comme ça ? »
« Bien sûr que non c'est pas juste une fille ! » Me défendis-je. « Je l'aime bien ! On est bien ensemble… »
« Mais ? »
« Comment tu sais qu'il y a un mais ? »
« Je suis ton meilleur pote t'as oublié ? » Rappela-t-il en souriant. « Avec toi y a toujours un mais. »
Je me mis à rire et secouai la tête d'amusement avant de me concentrer et de lui dire ce que je pensais vraiment.
« Non mais tu vois le problème avec elle, c'est que quoi que je fasse elle est jamais satisfaite. Rien que la dernière fois, elle m'a pris le chou parce qu'elle trouvait que je m'inquiétais beaucoup trop pour Alice et que je pensais pas assez à elle. » Me plaignis-je.
« Les filles ça craint de toute façon. » Marmonna-t-il en baissant la tête.
« Ça t'as raison. Elles demandent sans arrêt à ce qu'on leur accorde de l'attention, comme si elles veulent qu'on les fasse passer avant tout le reste. »
« Normalement quand t'aimes une personne, tu la fais automatiquement passer avant tout le reste. » Dit-il avec amertume.
Je le regardai soucieusement. Il était toujours aussi mal parce qu'il pensait à Alice et que ça n'aboutissait à rien. Ma sœur ne le regardait même pas. Et lui il était là, triste et dépité parce qu'il passait son temps à rêver d'elle, à être fou d'elle… J'aurais pu ne pas aimer l'idée que mon meilleur ami soit dingue de ma sœur, mais après tout ce n'était pas de sa faute, et puis je savais qu'il aurait été parfait pour elle. Il l'aurait chérie, protégée, et se serait occupé d'elle comme d'une vraie princesse.
« Il serait peut être temps que tu lui parles, tu ne crois pas ? » Lui dis-je en le regardant exaspéré.
« Et pour lui dire quoi ? » Marmonna-t-il froidement. « Je te rappelle qu'elle sort déjà avec l'un de tes amis ! »
« Et alors ? Jasper ça fait dix ans que tu en pinces pour elle, t'attends quoi pour te lancer ? Qu'elle décide de se marier ? »
« Vois un peu les choses en face Edward, je te connais depuis dix ans et ta sœur ne m'a jamais regardé une seule fois. Pas une seule ! Quelles sont les chances pour qu'elle puisse ressentir la même chose que moi ? »
« Bah peut être que si tu t'étais bougé le cul plus tôt elle te remarquerait aujourd'hui ! »
« C'est facile à dire pour toi. » Répliqua-t-il sarcastique. « Toi toutes les filles te mangent dans la main. »
« C'est faux. »
« Si c'est vrai, et même toi t'en es conscient ! »
Je détournai les yeux et secouai la tête. D'accord, il avait raison, il fallait avouer que j'avais pas mal de succès avec les filles du bahut. Mais Jasper était pas mal non plus, si seulement il faisait un peu attention à son apparence qui était des plus négligées.
« Tu veux savoir pourquoi toi et moi on s'est éloignés cette année ? » Continua-t-il avec sérieux. « C'est parce que depuis qu'on est arrivés au lycée, j'ai toujours eu l'impression d'être ton acolyte. Toi on t'a déroulé le tapis rouge dès ton arrivée, t'es tout de suite devenu populaire et tu t'es fait des amis en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Moi j'ai toujours été placé dans la catégorie des « ringards ». »
Je soupirai tristement. Ca me faisait mal d'entendre ça car Jasper était mon meilleur ami et que je ne voyais pas du tout les choses comme ça.
« Je ne t'ai jamais considéré comme mon acolyte. » Lui dis-je désolé.
Il haussa les épaules.
« Je sais. Mais les autres si. Ils m'ont tous donné cette impression que je l'étais. »
« Jasper, on s'en fiche des autres ! T'es mon meilleur pote depuis la primaire, je ne comprends même pas que tu te sois laissé influencer. »
« Ce n'est pas une histoire d'influence, c'est juste que… »
Il ne put finir sa phrase car à ce moment là, la porte de l'appartement s'ouvrit et ma sœur jumelle Alice arriva.
Je tournai aussitôt la tête vers elle, à l'instar de Jasper qui donnait l'impression d'avoir vu une étoile filante. Alice avait coiffé ses cheveux de sorte à ce qu'il n'y ait aucune mèche folle. Elle avait son sac de danse dans une main et ses clés de l'autre. Son visage était fermé et ses yeux voilés, sans grand étonnement.
« Papa est rentré ? » Demanda-t-elle comme simple salutation, la voix froide et assez basse.
« Non pas encore. » Répondis-je en fronçant les sourcils. « Comment s'est passée ta danse ? » Questionnai-je pour faire la conversation, en sachant très bien que cela n'aurait aucun effet.
« Bien. » Dit-elle avant de se détourner vers les escaliers en colimaçon qui trônaient dans le couloir.
« Alice ! » Appelai-je d'une voix forte, sans masquer mon inquiétude.
Elle se retourna énervée.
« Quoi ? » Lança-t-elle avec irritation et impatience.
J'observais ses traits tirés et son visage blanc. Cela faisait bientôt un mois qu'elle ne m'adressait que vaguement la parole. Elle était constamment dans sa chambre, et refusait toujours de sortir à part pour aller au lycée ou à ses cours de danse le samedi. Parfois quand je passais près de sa chambre je pouvais l'entendre pleurer à travers la porte. Les premiers jours j'étais entré sans ménagement et j'avais insisté pour savoir ce qu'elle avait, mais elle avait refusé de me dire quoi que ce soit. Pire, elle me rejetait. C'était la première fois qu'Alice avait des secrets qu'elle refusait de me révéler. En temps normal j'étais toujours son premier confident et vice versa. D'ailleurs normalement elle n'avait même pas besoin de me dire ce qu'elle avait car je le devinais tout de suite. Elle était ma jumelle, celle que je connaissais par cœur et qui à son tour me connaissait au point d'être capable de prévoir chacune de mes réactions.
Mais depuis un mois – le soir du bal de noël du lycée pour être précis – elle était devenue complètement étrangère. Les seules fois où elle me parlait c'était en monosyllabes et encore…
Elle me manquait, j'avais l'impression qu'on m'avait pris une partie de moi et ça me perturbait. Je savais qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas, qu'elle avait un problème, mais j'ignorais quoi. Alice n'avait pas du tout l'intention de m'en parler et c'était ce qui me faisait peur. Je n'arrivais pas à supporter notre éloignement, elle et moi sommes inséparables depuis la naissance, j'avais toujours considéré notre lien comme impossible à briser.
Je ne voulais pas me réveiller un matin et réaliser que je m'étais trompé.
« Rien. » Murmurai-je d'une voix défaite, comprenant que ce n'était pas aujourd'hui que les choses s'amélioreraient.
Elle me regarda silencieusement et pendant un instant je vis les émotions qu'elle s'évertuait à me cacher depuis un mois. De la culpabilité, de la désolation, de la tristesse, de la crainte et en même temps… du dégout. Je soutins son regard, légèrement désarçonné par toute cette palette d'émotions que j'arrivais à déceler sur son visage, avant qu'elle ne se recompose bien trop vite un masque impassible et indifférent.
Puis elle s'en alla et monta les escaliers en colimaçon qui menaient aux chambres et aux salles de bain.
Je soupirai longuement et me passai une main dans les cheveux, énervé et attristé de ne rien pouvoir faire face à cette situation désastreuse.
« Y a toujours aucun changement à ce que je vois. » Interrompit Jasper avec inquiétude.
Je me tournai vers lui qui avait l'air aussi soucieux que moi devant le comportement fuyant et incompréhensible d'Alice.
« Je suis perdu Jasper. » Avouai-je dépité. « Je sais pas quoi faire avec elle. J'ai beau essayer elle refuse de me parler. On dirait que je suis devenu un étranger pour elle. »
« C'est pas normal, Alice t'adore. T'es probablement la personne à qui elle tient le plus. »
« Et c'est pareil pour moi ! » Renchéris-je en haussant la voix. « Mais y a un truc qui va pas, elle me cache des choses et elle agit comme si elle ne me connaissait pas. »
« Et avec les autres ? » Demanda-t-il curieux. « Avec Esmé et Carlisle… ou Demetri… »
« Avec nos parents c'est pareil. J'en ai parlé à mon père la dernière fois, il pense qu'elle traverse simplement une crise d'adolescence et que je dois laisser couler. Quant à ma mère elle s'inquiète elle aussi. Et puis pour Demetri, j'en sais trop rien. Je l'ai pas vu avec elle depuis un moment, d'autant plus qu'il a séché pas mal de cours ces temps ci. »
« C'est bizarre quand même… C'est pas du genre d'Alice d'être aussi distante avec tout le monde. » Nota-t-il soucieux.
« Y a pas que ça. Plus je la regarde, et plus je vois qu'elle est malheureuse. » Remarquai-je avec appréhension. « J'ai peur pour elle Jasper. Elle n'est pas du tout dans son état normal, j'ai peur qu'on lui ait fait du mal. »
« Ne t'alarme pas trop vite Edward, tu ignores tout pour le moment. » Avisa Jasper sérieusement.
« Peut être mais tu oublies qu'on est connectés elle et moi, les pressentiments que j'aie à propos d'elle ne me trahissent jamais. Et là en l'occurrence je suis certain qu'il lui est arrivé quelque chose et qu'elle refuse de m'en parler. »
« Qu'est-ce que tu vas faire ? » S'inquiéta-t-il.
Mon visage se durcit et mes poings se resserrèrent. Je sentis la rage monter en moi progressivement, c'était un sentiment que je n'avais encore jamais eu l'occasion d'exploiter et je n'étais pas sûr de pouvoir contrôler. Je le dardai d'un regard à la fois furieux et décidé.
« J'en sais rien mais je te jure que si jamais quelqu'un lui a fait le moindre mal, il regrettera d'être venu au monde. » Lâchai-je d'une voix tranchante. »
« Eh oh Edward ! » S'exclama Emmett d'une voix tonitruante, me ramenant à la réalité.
Je clignai des yeux pour revenir au moment présent et constatai que nous nous trouvions en bas de mon immeuble, dans le centre ville.
« Bah dis donc, tu t'es assoupi ou quoi ? Ça fait cinq minutes que j'ai arrêté la voiture ! » Beugla Emmett.
Je secouai la tête et fronçai les sourcils, ayant du mal à me reconnecter.
« Hum… Désolé. » Marmonnai-je. « Je pensais à un truc. »
Ce n'était pas dans mes habitudes de ressasser le passer et d'avoir des absences. En vérité c'est depuis que Bella est arrivée que je repense de plus en plus à ma vie d'avant. J'étais plutôt étonné d'être parti dans ce souvenir pendant aussi longtemps, d'autant plus que ce n'était pas le souvenir le plus joyeux que je connaisse. C'est même ce jour là que j'avais réalisé de quoi je pouvais être capable quand on touche à ma sœur. Moi qui avant ça n'avais jamais été un type agressif avec des pensées violentes, je m'étais rendu compte que je ne me connaissais peut être pas si bien que ça finalement.
Et maintenant que je me regarde et que je vois à quoi je ressemble aujourd'hui, je me dis que j'aie passé toute mon adolescence à me bercer d'illusions.
« Ça va mec ? Je te trouve assez pâle. » S'inquiéta mon ami.
« Ça va… j'ai juste besoin d'un remontant je crois. » Rassurai-je d'une voix mal assurée.
« Écoute Edward… » Commença-t-il faiblement en baissant la tête. « Je m'en veux de t'avoir gueulé dessus tout à l'heure, je sais que ça doit pas être facile pour toi en ce moment, c'est juste que… je suis inquiet pour toi tu comprends ? Je voudrais pas qu'il t'arrive un truc, et j'ai peur de ce qui va arriver et que ça nous mette moi et Rosalie en danger, je supporterais pas qu'on s'en prenne à elle. » Avoua-t-il difficilement.
« Je sais Emmett. » Assurai-je accablé. « Crois-moi je le sais. »
« Ne te sens pas coupable pour ça mon vieux. Tu pouvais pas prévoir que t'allais tomber sur une petite tête brulée qui allait te retourner le cerveau. »
Je souris face à sa tentative d'humour ratée. Le pire c'est qu'il avait entièrement raison. Bella était une vraie tête brulée qui avait réussi à faire de moi ce qu'elle voulait. J'étais devenu faible et déficient, et ça c'était entièrement à cause d'elle.
« Bonne soirée Emmett. » Saluai-je en ouvrant la portière.
« Attends ! » Héla-t-il au moment où je m'apprêtais à sortir de la jeep.
Je me retournai vers lui et vis qu'il était un peu embarrassé.
« J'ai réfléchi pendant que je conduisais. Et je ne sais pas vraiment ce qui va se passer maintenant… mais quoi qu'il en soit, je te promets de te couvrir. » Déclara-t-il sérieusement.
Ne sachant que répondre, je me contentai de le regarder avec étonnement et incompréhension.
« Quoi mais… t'es sérieux là ? » Balbutiai-je incrédule.
Il haussa les épaules avec un faible sourire.
« Après tout ce que t'as fait pour moi quand j'ai débarqué dans le métier il y a trois ans complètement paumé, je peux bien te rendre la pareille. Pour moi t'es comme un frère Edward, alors je te laisserai pas dans la merde. »
Je le regardai touché, un sourire naquit au coin de mes lèvres. C'était rare ce type de discussions avec Emmett. Entre moi qui aie toujours été un handicapé des sentiments incapable d'aimer qui que ce soit, et lui qui était la définition même du macho invétéré, je crois bien que c'est la première fois qu'on s'épanche de cette façon.
« Merci Emmett, je te revaudrai ça. »
« Allez file, et amène-moi ma femme pendant que tu y es ! »
Je secouai la tête amusé avant de claquer la porte après être sorti de la voiture.
Me dirigeant vers l'immeuble, je songeai à Bella. J'allais devoir passer une nouvelle soirée à tenter de mettre un maximum de distance entre nous alors que tout ce que je voulais était l'inverse.
Quelque chose me disait que ce n'était pas gagné…
Pov Bella
oO "Rape Me" Oo – Nirvana
« Comment ça il a failli t'embrasser ? » S'exclama Rosalie avec incrédulité.
« Je t'assure, ça s'est passé y a huit jours, il allait le faire… et puis il s'est rétracté. » Murmurai-je désappointée.
Rosalie venait tout juste de rentrer de vacances avec Emmett, et je m'étais empressée de lui déballer tout ce qui s'était passé durant son absence. Elle s'était d'abord sentie coupable d'avoir omis de me parler du problème d'Edward avec le jour de l'an, mais je l'avais rassurée en lui disant que je n'avais pas été toute seule ce soir là. Jasper avait été là. Dire que j'étais heureuse que Rosalie soit de retour était un euphémisme, en réalité j'étais carrément aux anges. Faut dire que je m'ennuyais tellement ferme quand elle n'était pas là. Elle m'avait vraiment manquée ces dernières semaines.
Et là nous étions justement en train d'aborder le sujet qui me torturait l'esprit depuis des jours… Ce qui m'amena à le regretter instantanément quand je compris la tournure qu'allait prendre la conversation.
Elle fit mine de réfléchir et arbora une moue sceptique sur le visage.
« Je vois… écoute Bella, je pense sincèrement que tu te fais des idées. » Confia-t-elle sans détour.
Je clignai des yeux pour être sûre d'avoir bien entendu.
« Des idées ? Attends une minute, tu crois que j'invente ? » Me braquai-je.
« C'est pas ça… seulement tu as peut être mal interprété des choses… »
« Je sais ce que j'ai vu Rosalie ! » Me défendis-je, sentant l'énervement me monter à force de ne pas être prise au sérieux. « Il me semble que tu n'étais pas là ce jour là alors tu ne peux pas savoir mieux que moi. »
« Mais Bella tu te rends compte de ce que tu dis ? » Fit-elle effarée. « Tu viens de dire qu'Edward avait voulu t'embrasser ! »
« Oui et alors ? »
« Alors ça peut pas être possible voyons ! Jamais il ne voudrait un truc pareil ! »
Je fronçai les sourcils et la regardai avec hostilité.
« Et je peux savoir pourquoi ? »
« Mais parce que ! C'est juste pas son genre c'est tout ! »
« Tu sais quoi tu m'énerves ! » Rétorquai-je avant de quitter le salon précipitamment pour aller dans la cuisine.
Il commençait à se faire tard, Edward n'allait pas tarder à rentrer et j'avais un peu faim alors il valait mieux me mettre à cuisiner maintenant.
Je n'arrivais pas à croire que j'étais en train de me disputer avec elle. Tout se passait très bien jusqu'à ce que j'évoque le sujet Edward. Depuis que je lui avais avoué que j'étais tombée amoureuse, nous n'en avions pas reparlé car je connaissais son avis sur la question. Pour Rosalie, il était clair que jamais Edward ne s'intéresserait à moi de cette façon là. Et même si au début j'ai passé mon temps à la croire, elle ainsi que Jasper qui me disait la même chose, aujourd'hui je n'étais plus tout à fait sûre de qui avait raison.
C'est vrai qu'avant j'étais persuadée que Rosalie et Jasper avaient raison, qu'Edward n'éprouvait rien pour moi hormis juste de l'affection et de l'amitié fraternelle. Mais il y a quelques jours, ce dernier a fait quelque chose qui m'a poussée à revoir toutes mes certitudes. Le lendemain du premier janvier, après que je me sois laissée envahir par de la jalousie absurde et qu'il ait tenté de comprendre ce qui me prenait, il s'était approché de moi. À ce moment là j'avais ressenti une tension plus grande que toutes celles que j'avais connues jusqu'à présent.
Cette nuit là j'y avais cru.
Quand j'ai senti sa main presque trembler sur ma joue, et que j'ai vu ses yeux assombris et son regard décidé, j'y avais vraiment cru. J'avais espéré bêtement qu'il m'embrasserait, mais comme d'habitude je m'étais trompée et rien ne s'était produit. Pourtant j'aurais juré avoir presque senti ses lèvres…
J'avais passé la nuit à y réfléchir, à retourner ça dans tous les sens et à l'interpréter de toutes les manières possibles, et j'en arrivais toujours à la même conclusion.
Je n'avais pas été la seule à l'avoir voulu. Edward l'avait désiré aussi, j'avais pu le voir dans ses yeux. Je n'étais pas folle bon sang, je sais ce que j'ai vu quand même ! Rien que le fait que Rosalie ne me croyait pas et remettait ma parole en doute me mettait hors de moi. J'étais certaine de ce que j'affirmais, peu importe ce qu'elle ou Jasper pouvait dire. Edward s'apprêtait à m'embrasser cette nuit là, même s'il ne l'avait pas fait pour je ne sais quelle raison.
Les jours qui avaient suivi, il avait essayé de m'éviter, ce qui m'avait amenée à me poser d'autres questions. Il me prenait rarement dans ses bras et faisait son possible pour ne pas m'effleurer, comme si j'avais attrapé la peste. En revanche, même s'il prenait ses distances avec moi, il ne me fuyait pas pour autant. Il passait quand même la plupart de son temps avec moi, me parlait, m'agaçait, me contredisait, faisait des blagues que lui seul comprenait… en clair il était parfaitement normal, à l'exception faite que moins il me touchait, mieux il avait l'air de se porter.
Ce que je ne comprenais pas c'était pourquoi. Pourquoi agissait-il ainsi ? Est-ce que c'était parce qu'il regrettait son geste de la dernière fois ? Est-ce qu'il s'en voulait de m'avoir donnée de faux espoirs et qu'il voulait rectifier le tir ? Ou alors… est-ce que c'était parce qu'il était susceptible de perdre ses moyens et qu'il ne voulait pas que ça se produise ?
Je n'étais pas assez folle pour espérer que la dernière supposition soit la bonne… Mais je devais reconnaitre que cette idée me plaisait bien plus que je ne voulais l'avouer. Parce que si jamais c'était le cas, cela voudrait dire que j'avais raison et qu'ils avaient tous tort, qu'Edward ne me considérait pas simplement comme une sœur de substitution ou je ne sais quoi, mais au contraire qu'il éprouve des choses pour moi, comme du désir ou des sentiments… ou pourquoi pas les deux. Si seulement…
« Bella ? » Appela Rosalie derrière moi tandis que j'étais en train de préparer à manger silencieusement, songeant inlassablement à ce que cela ferait si nos lèvres étaient finalement amenées à s'effleurer…
« Qu'est-ce que tu veux ? » Soupirai-je exaspérée.
« Écoute, je ne veux pas qu'on s'embrouille, ni que tu prennes mal tout ce que je te dis, c'est pour ton bien tu sais. »
« Tu penses qu'Edward ne pourra jamais s'intéresser à moi, c'est bon j'ai compris. » Dis-je sur la défensive.
« C'est pas toi le problème Bella, c'est lui ! Je croyais que j'avais été claire la dernière fois, il n'a pas ce genre de relations, avec personne. »
« Les gens peuvent changer Rosalie. »
« Pas Edward. » Contra-t-elle avec aplomb.
Je me tournai vers elle et la toisai avec dureté.
« Tu vois, c'est là où tu te trompes justement. Edward a changé, et ne me dis pas que c'est faux parce que c'est moi qui vis avec lui vingt quatre heures sur vingt quatre, et s'il y a quelqu'un capable de remarquer son changement ici c'est moi. » Assénai-je avec une assurance qui m'étonnait.
« D'accord, admettons qu'il ait changé et qu'il se soit adouci. » Accorda-t-elle. « Ça ne veut pas pour autant dire qu'il a des sentiments pour toi. »
« Dans ce cas ça voudrait dire quoi d'après toi ? »
« C'est évident enfin ! Il te considère comme sa petite sœur, rien de plus ! »
« C'est pas vrai… Non mais vous allez vous y mettre à combien pour me sortir ce même discours débile ? » M'emportai-je.
« C'est pas un discours débile. Réfléchis un peu, ça coule de source qu'Edward te considère comme une sœur. Il n'a pas pu sauver Alice quand elle avait presque le même âge que toi, alors il cherche à te protéger toi pour réussir ce qu'il a échoué il y a des années. »
Je secouai la tête, refusant que ces paroles ne m'atteignent et ne me fassent douter de mes certitudes.
« Il a voulu m'embrasser Rosalie. » Fis-je remarquer d'une voix ferme. « T'en connais beaucoup des types qui veulent embrasser leur sœur toi ? »
« Ça rejoint ce que je t'ai dit tout à l'heure ! » Renchérit-elle triomphante. « Bella tu te fais des idées, il a dû se passer une situation ambigüe qui fait que tu as mal interprété la situation mais essaye d'y songer. »
« Tu insinues que je suis une menteuse ? » M'énervai-je vexée. « Mince mais qu'est-ce qu'il faut que je fasse pour que tu me prennes au sérieux ? Ça te semble si impensable que ça qu'Edward puisse me trouver désirable ? Je n'invente rien ! Il était tout près de moi, il a approché son visage près du mien, il a failli effleurer mes lèvres… »
« Mais il ne l'a pas fait. » Dit-elle en haussant un sourcil insistant.
« Euh, non mais… »
« Alors c'est que j'ai raison. » Coupa-t-elle sans gêne avant de me regarder avec profondeur. « Tu sais je ne t'en veux pas de t'être emballée pour rien et d'avoir imaginé quelque chose qui n'a jamais eu lieu. Après tout c'est de ton âge de mal interpréter les choses et de voir des signes là où il y en a point. »
J'ouvris la bouche d'incrédulité et ma mâchoire manqua de se décrocher. Est-ce que j'avais bien entendu ? Rosalie me lançait un regard plein d'inquiétude et de compassion alors qu'elle venait en quelque sorte de me planter un couteau dans le dos. Comment osait-elle me dire ça ? Me dénigrer et me considérer comme une pauvre fille qui n'a rien d'autre à faire que de vivre dans ses rêves… Ce n'était pas l'attitude d'une amie ça !
Je ne pus contenir mon énervement plus longtemps et je fus secouée par un rire nerveux.
« Tu veux que je te dise ? Je commence sérieusement à en avoir marre. » Déclarai-je méchamment. « Sors d'ici. »
Elle écarquilla les yeux et me regarda avec étonnement.
« Quoi ? »
« T'as très bien entendu. Je veux que tu t'en ailles. » Répliquai-je d'une voix glaciale.
Elle eut un sourire légèrement amusé sur les lèvres.
« Attends Bella, t'es pas sérieuse… »
« Tu veux peut être que je te le redise dans une autre langue ? Va t'en Rosalie, je veux plus te voir ! »
Elle fronça les sourcils, désarçonnée par mon ton aussi cassant. Sûr qu'elle ne devait pas avoir l'habitude de me voir m'affirmer et de me défendre…
« Mais enfin c'est ridicule, on va pas se disputer pour une histoire aussi stupide ! » Se défendit-elle atterrée.
« Tu vois c'est ça le problème ! Pour moi c'est loin d'être une histoire stupide. »
« Bella, tu vas quand même pas me virer juste pour ça ! En plus t'as aucun droit je te rappelle ! »
« Sors d'ici ! »
« Je peux pas m'en aller tant qu'Edward est pas rentré je te signale ! »
« Sauf que je suis rentré. » Interrompit une voix que je reconnus sans problème.
Mon cœur émit un raté quand je le vis apparaitre dans l'entrebâillement de la cuisine, vêtu de sa veste en cuire et de son jean foncé. Il avait les bras croisés sur son torse et toisait Rosalie sévèrement. Dieu qu'il était beau… Je me sentir défaillir rien qu'en le voyant là devant moi, avec son petit pli entre les yeux et son air incommode. Comment avais-je fait pour ne pas l'entendre arriver ?
Rosalie le regarda et s'apprêta à lui dire quelque chose mais il la coupa d'une voix sèche.
« Il me semble avoir entendu Bella te demander de dégager. »
« Sans vouloir t'offenser cette histoire ne te regarde absolument pas. » Réfuta-t-elle.
« Tu oublies que t'es chez moi ici, on fait selon mes règles, et si Bella veut que tu t'en ailles, bah dans ce cas tu la fermes et tu te barres. » Trancha-t-il durement.
Elle entrouvrit la bouche avec étonnement, avant de se tourner vers moi qui n'arrivais pas à contenir mon sourire de voir qu'Edward s'était mis de mon coté et m'avait défendue. Elle me regarda tristement avec déploration, avant de secouer la tête et de reposer les yeux sur Edward qui ne s'était toujours pas déridé.
« Très bien je m'en vais. » Elle se tourna vers moi une dernière fois. « J'espère que tu finiras par ouvrir les yeux Bella et te rendre compte que c'est moi qui aie raison depuis le début. »
« Va te faire cuire un œuf. » Rétorquai-je cinglante.
Elle soupira de lassitude et se détourna. Elle passa devant Edward qui la regardait avec froideur, puis s'en alla de l'appartement. Edward finit par la suivre pour aller verrouiller la porte tandis que je restais dans la cuisine, encore un peu sous le choc de ce qui venait de se produire. J'avais osé mettre Rosalie à la porte… alors que je n'étais même pas chez moi. Qu'est-ce qui ne tournait pas rond dans ma tête ?
Edward finit par revenir et lorsque je le vis arriver dans la cuisine, je constatai qu'il avait un sourire amusé.
« Alors comme ça tu te permets de virer les gens de ma propre maison maintenant ? » Lança-t-il en arquant un sourcil.
« Elle m'a mise hors de moi. » Maugréai-je en repensant à tout ce qu'elle m'avait dit.
« C'est marrant… » Songea-t-il. « Tu te disputes avec Rosalie le jour où moi j'ai une dispute avec Emmett. »
Je fronçai les sourcils.
« Qu'est-ce que tu as contre Emmett ? » Demandai-je intriguée.
Il se tendit instantanément et me regarda avec suspicion.
« Qu'est-ce que toi tu as contre Rosalie ? » Renchérit-il simplement.
J'haussai les épaules et tentai de réfréner mes rougissements à mesure que je me remémorais la raison pour laquelle nous nous étions disputées. Hors de question qu'Edward n'apprenne qu'il était la source de notre désaccord. Je ne pourrais plus le regarder en face si jamais il réalisait l'étendue de ce que je ressentais pour lui… bien que je me doute qu'il en soit déjà conscient vu le nombre de fois où je me suis trahie toute seule comme la pire des sottes.
« J'ai pas envie d'en parler. » Dis-je pour toute réponse.
« Bah moi non plus. »
Je me retins de rire devant ce dialogue de sourd qui était des plus idiots. Secouant la tête, je me dirigeai vers le frigo, m'emparai d'une bière et refermai la porte du frigo avant de m'approcher de lui et de la lui tendre sous son regard effaré.
« Tiens, c'est la dernière il va falloir que t'ailles en racheter si tu veux pouvoir tenir le coup. » Informai-je tandis qu'il m'observait toujours aussi ébahi et dérouté avant de décapsuler sa bière avec sa main.
« Euh… merci. »
« Je sais ce que tu penses, et non je ne t'entretiens pas. Je te connais c'est tout. »
Un sourire se forma au coin de ses lèvres, ce qui fit accélérer mes pulsations.
« Dommage que je ne t'aie pas rencontrée plus tôt. » Remarqua-t-il avant de porter la bière à ses lèvres et de boire sans ménagement.
Je le regardai avec fascination avant de comprendre qu'il était temps pour moi de m'éloigner si je ne voulais pas faire quelque chose que je regretterais par la suite. Je me reculai et retournai à mes fourneaux, sentant son regard me vriller dans le dos.
« Merci d'avoir pris ma défense. »
« Y a pas de quoi. De toute façon ça faisait longtemps que je rêvais de pouvoir dire à Rosalie de foutre le camp de chez moi. Tu m'as rendu service. » Répondit-il d'une voix qui trahissait le sourire qu'il devait afficher.
« Tu ne l'apprécies vraiment pas ? »
« C'est pas que je l'aime pas… Mais elle me tape sur les nerfs. Elle passe son temps à me faire des leçons de moral comme si elle connait tout mieux que tout le monde. »
Je ris brièvement en me rendant compte qu'il avait plutôt raison.
« Je vois ce que tu veux dire. »
Il y eut un silence tandis qu'Edward se trouvait toujours dans mon dos à m'observer et probablement, à boire sa bière.
« En tout cas je suis content de voir que tu ne te laisses pas faire. » Dit-il soudainement.
Je me mis à rougir et remerciai le ciel qu'il ne puisse pas voir mon visage. Et à mesure que je prenais conscience du fait qu'il était en train de me scruter intensément dans mon dos, je pris une grande décision.
Ce soir, j'allais passer à l'action et prouver à Rosalie qu'elle se trompait.
…
oO "Bad Habits" Oo – Michael Tolcher
« Non je refuse de regarder ce film ! » M'exclamai-je subitement pendant que nous étions sur le canapé à chercher sur la chaine de la VOD quel film regarder.
Edward m'avait proposé de passer la soirée avec lui et bien évidemment, je n'allais pas refuser. Même si j'aurais aimé qu'il soit plus proche de moi au lieu de se terrer à l'autre bout du canapé comme si j'empestais, au moins j'étais avec lui… D'une certaine manière. Et c'était tout ce que je demandais.
« Mais pourquoi ? Les Infiltrés c'est un super film ! »
« Tu parles, ils crèvent tous à la fin. » Ironisai-je.
« Justement, c'est ça qui est bien. »
Je le regardai avec incrédulité alors qu'il avait l'air hyper sérieux.
« Alors pour toi c'est ce qui rend un film super ? Le fait qu'il y ait que des morts ? »
« Bah au moins ça met un peu d'ambiance. » Justifia-t-il en haussant les épaules.
Je levai les yeux au ciel.
« Et pourquoi on regarde pas une comédie ? » Proposai-je innocemment.
« Une comédie ? » S'étouffa-t-il. « Je rêve… Autant regarder Pretty Woman pendant que t'y es ! » Ricana-t-il.
Je fronçai les sourcils, sentant l'énervement me monter rien qu'en l'entendant dénigrer l'un des films que j'avais le plus regardé durant mon existence.
« Attends une minute ! Qu'est-ce que t'as contre Pretty Woman ? » Fis-je sur la défensive.
« Moi ? Rien du tout à part que c'est une véritable daube qui incite à la prostitution. » Répondit-il fièrement.
« Ce film n'encourage pas la prostitution ! » M'écriai-je outrée.
« Bien sûr que si il l'encourage ! Tu veux que je te dise le slogan du film ? Devenez pute et vous rencontrerez le grand amour. Et en plus il est riche ! » Fanfaronna-t-il en rigolant tandis que j'étais vexée et énervée.
« T'es vraiment pas un romantique. » Marmonnai-je en croisant les bras sur ma poitrine.
« Le romantisme c'est pour les crétins Bella. » Plastronna-t-il alors que je roulais des yeux.
Je ne répondis pas et me contentais de l'ignorer, sachant que ça allait l'énerver. Edward adorait m'agacer mais quand je refusais de répondre, il revenait à la charge.
Cela ne tarda pas et quelques minutes plus tard, en voyant que je n'avais toujours pas bougé ni dit quoi que ce soit, je le vis du coin de l'œil s'approcher de moi et me donner une tape amicale sur l'épaule.
« Allez, tu vas pas faire la tête pour ça quand même. » Dit-il amusé.
« Je ne fais pas la tête. » Marmonnai-je en réprimant la tension qui s'insufflait en moi à cause de notre faible proximité.
J'étais vraiment trop faible…
« Si tu fais la tête. » Contra-t-il.
« Non je fais pas la tête ! »
« Alors pourquoi tu t'énerves ? »
Je fronçai les sourcils et détournai les yeux, refusant de lui donner raison. Il passa son bras autour de mes épaules et mon cœur s'emballa à ce contact. Je tournai la tête pour le regarder et vis qu'il avait l'air hésitant. Sa bouche était pincée pour une raison que j'ignorais.
« Je croyais que tu ne voulais plus me prendre dans tes bras ? » Osai-je demander en me mordant la lèvre inférieure.
Je regrettai instantanément mes paroles lorsque je le sentis se tendre et ôter son bras à toute vitesse comme si je l'avais brûlé. Il s'éloigna légèrement de moi et je fis tout pour masquer ma déception.
« Euh, Bella… » Commença-t-il avec un regard désolé.
« Laisse tomber Edward. » Coupai-je faiblement, les bras toujours croisés sur ma poitrine. « J'ai bien remarqué que t'étais distant avec moi depuis quelques jours. »
Il ne répondit rien et je me fustigeai automatiquement pour lui avoir balancé ça comme ça. Mon optique de ce soir était de me rapprocher de lui, pas l'inverse. Si je commençais à lui dire des choses méchantes ou à le blesser, ça n'allait franchement pas le faire. Et pourtant je n'arrivais pas à m'en empêcher. J'étais tellement frustrée qu'il se soit rétracté la dernière fois, et qu'il m'évite depuis lors, que j'avais besoin d'extérioriser cette frustration et de lui faire comprendre à ma manière que moi aussi j'avais été blessée.
Je savais que c'était une réaction un peu puérile et pas très adulte mais qu'est-ce que je pouvais y faire ? Ce type me met dans tous mes états et me frustre comme pas permis ! Je ne pouvais plus supporter de cohabiter avec lui sans que jamais rien ne se passe, sans qu'il n'y ait le moindre rapprochement, sans que le feu qui m'habite constamment ne finisse par s'éteindre. Je brûlais de désir pour lui et j'avais l'impression que ça ne lui faisait rien, que soit il ne s'en rendait pas compte – mais dans ce cas il fallait être vraiment aveugle – ou alors qu'il le voyait mais qu'il s'en fichait.
Me revinrent en mémoire les paroles de Rosalie… Peut être qu'elle avait raison après tout, que je m'étais montée le bourrichon pour rien et que je me faisais des idées. Et si c'était elle qui disait vrai ? Et si Edward n'avait jamais eu l'intention de m'embrasser la dernière fois et qu'il me voyait bel et bien comme une sœur potentielle ?
Non, je réfutais cette idée. Rosalie n'avait pas raison. Je sais très bien ce qui s'est passé ce jour là, j'ai vu dans ses yeux qu'il le désirait aussi, ça n'avait rien avoir avec de la paranoïa…
Alors que je m'apprêtais à me lever et m'en aller pour me réfugier le plus loin possible de lui, je l'entendis soupirer et sentis à nouveau son bras se poser sur mes épaules pour m'attirer à lui. Je le regardai avec étonnement, clignant des yeux à plusieurs reprises, mon cœur battant plus rapidement alors que mes mains émettaient de la moiteur. Il ne me regardait pas mais ses yeux étaient remplis d'incertitude mélangée à une certaine crainte. De quoi pouvait-il bien avoir peur ?
« Edward tu n'es pas obligé de… »
« C'est bon Bella. » Me coupa-t-il en tournant sa tête vers moi et en me regardant profondément. « J'en ai envie. »
J'entrouvris la bouche et mon cœur rata un battement à cause de cette simple phrase. J'avais l'impression d'avoir remonté le temps et d'être revenue un peu avant Noël, au moment où Edward n'avait aucun mal à exprimer ce qu'il ressentait. Cette période là me semblait si loin alors que cela ne faisait seulement que quelques semaines, sans doute parce qu'après tout s'est dégradé à cause du réveillon du jour de l'an et du pseudo presque baiser qui l'avait incité à s'éloigner de moi tout de suite après.
Un sourire finit par se former sur mes lèvres et je me laissai tirer, reposant ma tête sur son torse et soupirant d'aise tandis qu'il commençait à mettre son film que je comptais ne regarder qu'à moitié dans la mesure où je ne l'aimais pas.
« Comment s'est passée ta journée au fait ? » Demandai-je après un long moment silencieux où je m'étais simplement contentée du fait d'être dans ses bras.
Il haussa les épaules.
« On peut pas dire que ce soit la meilleure. » Répondit-il d'un ton maussade qui me fit relever les yeux vers son visage.
J'observai son visage fermé et devinai qu'il était perturbé par un truc qui s'était produit.
« Qu'est-ce qui s'est passé ? » M'enquis-je curieusement.
« Il vaut mieux pas que je t'en parle. »
Je fronçai les sourcils.
« Pourquoi ça ? »
« Parce que telle que je te connais tu vas t'extasier et tirer profit de mon malheur. » Rétorqua-t-il.
Je me redressai et commençai à comprendre où il voulait en venir. Est-ce qu'Edward aurait à nouveau hésité à tuer quelqu'un ? Si c'était ça alors il avait raison, j'allais vraiment en être heureuse.
« Maintenant tu m'intéresses. » Souris-je avec anticipation. « Raconte. »
Il soupira de lassitude et détourna les yeux, apparemment agacé.
« Je t'avais parlée de ce qui s'est passé le jour de la fusillade à Springfield. » Commença-t-il.
« Vaguement. » Répondis-je.
« Bah cette fois c'est pire, j'ai pas pu liquider qui que ce soit. »
Je clignai des yeux pour être certaine que mon imagination ne me faisait pas défaut.
« Attends tu… quoi ? » Bafouillai-je sans dissimuler mon ébahissement.
« Ne me le fais pas répéter, t'as très bien compris ce que je voulais dire. » Fit-il irrité.
« Tu veux dire que t'as tué personne aujourd'hui ? » M'exclamai-je atterrée.
Ses yeux se voilèrent et je compris que cet aveu n'était pas quelque chose qu'il appréciait. Il avait l'air de détester ça même, ça se voyait dans ses prunelles et dans les traits de son visage.
« Je crois que… j'y arrive plus. » Avoua-t-il dépité.
Je tentai de réprimer mon envie de sourire mais sans grand succès. Si j'avais espéré au fond de moi qu'il me dise qu'il avait hésité à assassiner quelqu'un aujourd'hui, ce qu'il venait de m'avouer était encore mieux que tout ce que j'avais pu imaginer.
Edward incapable de tuer… Si on me l'avait dit y a encore quelques semaines, j'aurais éclaté de rire.
« Plus du tout ? »
« Non et ça m'énerve. Tu n'as pas idée de la merde dans laquelle je suis. » Murmura-t-il torturé.
« J'arrive pas à le croire… » Soupirai-je, abasourdie par ce que j'apprenais. « Edward Masen qui se radoucit et devient inoffensif, dans quelle dimension suis-je tombée ? »
« Eh ! » Protesta-t-il vexé. « Je suis pas inoffensif ! Et puis arrête de sourire, c'est loin d'être marrant. »
« Bah quoi ? Tu vas quand même pas m'empêcher d'exprimer ma joie ! » M'exclamai-je faussement choquée.
« Tu pourrais au moins te montrer un minimum désolée pour moi ou… ou je sais pas, compatissante. »
Mon sourire s'élargit et je faillis rire à sa remarque. Je trouvais qu'Edward était vraiment adorable à cet instant. Il avait l'attitude d'un gamin boudeur, ce qui était des plus mignons. Naturellement, il était tout bonnement hors de question que je le lui dise, il piquerait sans doute une crise mémorable si jamais j'osais remettre en question son orgueil de mâle.
« D'accord autant pour moi. » Répondis-je amusée en le regardant droit dans les yeux et en tentant d'arborer une mine à la fois sérieuse et soucieuse. « Edward, je suis vraiment, vraiment désolée que tu sois plus capable de tuer quelqu'un. Ça doit être tellement difficile pour toi d'être redevenu humain, j'ose pas imaginer le calvaire que t'es en train d'endurer, c'est certainement horrible. » Terminai-je en tentant d'avoir l'air sincère mais sans parvenir à me départir de mon sourire.
Il me toisa avec des yeux noirs de fureur tandis que j'avais les lèvres pincées et que je faisais tout mon possible pour ne pas rire.
« Va te rhabiller Bella. » Maugréa-t-il avec mauvaise humeur.
Cette fois je ne me retins plus et éclatai de rire sous son regard indigné.
« Excuse-moi, » fis-je sans arrêter de rire, « mais si tu savais depuis combien de temps j'espérais qu'un jour tu arriverais et m'annoncerais un truc pareil ! »
« Je savais que j'aurais pas dû t'en parler, tu peux pas comprendre. » Murmura-t-il pour lui-même en détournant les yeux.
Je cessai de rire et me sentis offensée par le peu de considération avec lequel il venait de parler.
« Non c'est vrai, j'ai jamais été confrontée à ce problème et je ne le serai sûrement jamais. » Répliquai-je sèchement. « Mais regarde les choses en face Edward, tu peux t'en prendre qu'à toi-même si aujourd'hui t'es dans cette situation. »
« Ça va j'ai pas besoin de leçon de moral. » Râla-t-il d'un ton las.
« Et qu'est-ce que t'espérais ? Que je te dise que je suis triste de ce qu'il t'arrive et que je compatis ? » Fis-je de façon rhétorique en haussant la voix.
« Bien sûr que non, je suis pas assez fou pour penser que tu puisses changer de personnalité du jour au lendemain. » Répondit-il en roulant des yeux. Je souris faiblement.
« T'es vraiment pas content ne serait-ce qu'un tout petit peu ? » M'enquis-je déçue en voyant qu'il ne se déridait toujours pas et qu'il avait les traits tirés.
« C'est pas que je suis pas content… disons que j'ai peur des conséquences, voilà tout. »
J'entrouvris la bouche d'étonnement.
« Tu veux dire avec Aro Volturi ? » Devinai-je désarçonnée.
« Ouais. » Susurra-t-il méchamment.
Une légère appréhension s'empara de moi en songeant à l'éventualité qu'Edward pouvait avoir des problèmes. De ce qu'il m'avait expliqué, ce mafieux italien ne faisait pas dans la dentelle et n'avait de pitié pour personne. Il n'aurait aucun mal à « s'occuper » d'Edward à sa manière. Un frisson d'horreur me parcourut l'échine rien qu'à imaginer ce qu'il pourrait lui faire s'il apprenait qu'il n'était plus apte à le servir.
Je regardai Edward tristement et posai une main sur son torse en tachant d'ignorer les picotements que ce contact faisait ressentir à mon épiderme.
« Il t'arrivera rien. » Tentai-je d'une petite voix.
J'ignorais si c'était lui ou moi que j'essayais de rassurer. Il tourna son visage vers moi et me sonda sceptique.
« Qu'est-ce que t'en sais ? »
« Bah… je peux te protéger moi. » Répondis-je maladroitement.
« Toi ? » S'exclama-t-il étonné avant de rire brièvement.
« Eh, je sais peut être me battre, t'en sais rien. » Me défendis-je en le regardant avec insistance.
« Tu parles, tu sais même pas mettre un pied devant l'autre. » Rétorqua-t-il amusé.
« Alors ça c'est pas vrai. »
« Bella, je peux te mettre à terre rien qu'avec un croche-pied. »
« Les croche-pieds ça fait tomber tout le monde je te signale. » Dis-je pour ma défense.
« Seulement les personnes maladroites comme toi. » Rectifia-t-il.
Je fis mine d'être offusquée et lui lançai un regard furibond, piquée dans mon orgueil, ce qui ne gagna qu'à le faire rire.
« Si t'espères m'intimider avec ça, c'est raté ma grande. »
« En attendant c'est pas moi qui suis devenue inoffensive. » Narguai-je ouvertement.
« Pour la seconde fois, je ne suis pas inoffensif. » Râla-t-il.
« Si tu l'es. »
« Non je le suis pas ! »
« Dans ce cas prouve-le. » Provoquai-je en arquant un sourcil, avant de me rendre compte de mes paroles.
Il écarquilla les yeux, apparemment aussi étonné que moi par l'audace dont je venais de faire preuve, tandis que je ne me laissais pas démonter et que j'essayais de paraitre sûre de moi. Son regard devint soudainement plus sérieux, avec une émotion que je ne compris pas mais qui eut don de faire accélérer les pulsations de mon cœur et de couper ma respiration. Il me scrutait avec intensité et je soutins son regard sans faillir alors que mon corps se remplissait de chaleur et que je me sentais devenir fébrile.
« Tu veux vraiment jouer à ce petit jeu avec moi Bella ? » Émit-il doucement sans me quitter des yeux.
Comment pouvait-il me dire un truc pareil tout en me regardant de cette façon là ? C'était inhumain, insoutenable, pas correcte, illégal… La seule raison qui m'empêchait de me jeter sur lui et de l'embrasser à cet instant était la peur de me faire rejeter, parce que je le connaissais et que je savais qu'il ne le permettrait pas. Mais résister devenait de plus en plus difficile pour moi. Surtout quand il agissait comme ça, et qu'il était aussi proche de moi…
« Peut être bien. » Bredouillai-je d'une voix mal assurée, sans jamais briser notre contact visuel.
Il entrouvrit la bouche tandis que j'humidifiais mes lèvres, trouvant notre proximité bien trop faible pour que je sois encore dotée d'une raison et d'un cerveau. J'ignore combien de temps s'était écoulé mais ce que je savais c'est que je ne voulais pas m'arrêter là. J'avais besoin de plus que ça, mon corps le réclamait, tant et si bien que ma température devait avoir grimpé en flèche. Edward ne cessa pas de me regarder, ses yeux s'assombrissant de seconde en seconde, rendant ainsi ma pulsation irrégulière.
Je le vis émettre un mouvement en ma direction, comme s'il s'apprêtait à se rapprocher de moi plus encore, quand soudainement tout s'arrêta. Ses sourcils se froncèrent, son front se plissa et son visage se durcit. Il ferma les yeux l'espace d'une seconde avant de les rouvrir rapidement. Puis il détourna la tête et coupa ainsi notre connexion visuelle, me prenant de cours. Je me retins de soupirer de frustration et le regardai à la fois hébétée et éblouie.
Que venait-il de se passer ?
La question la plus importante était surtout : « Pourquoi avait-il détourné la tête et tout arrêté encore une fois ? »
Sérieusement, à chaque fois que la tension devenait palpable entre nous et que nous étions sur le point de franchir une limite, il s'éloignait. J'en avais marre de ce revirement de comportement, je voulais qu'il arrête de changer d'avis à la dernière minute parce que ça devenait insupportable et impossible à suivre pour moi. Je n'étais pas assez forte pour endurer une frustration et une tension aussi importante. Et puis je n'arrivais pas à le comprendre. C'est comme s'il s'imposait lui-même une limite à ne pas dépasser avec moi. Était-ce parce qu'il savait ce que je ressentais pour lui et qu'il ne voulait pas me donner de faux espoirs ni l'impression qu'il éprouve la même chose ?
Je sentis l'énervement et surtout l'agacement monter en moi à mesure que les conversations que j'avais eues avec Jasper et Rosalie prenaient une nouvelle fois un impact très consistant dans ma façon de penser. Ils avaient probablement raison finalement. Edward ne voulait pas me faire de peine alors il essayait d'être aussi proche de moi que possible mais il était dégouté à l'idée d'une proximité plus grande. Rien que songer à cette éventualité me donna la migraine et brisa mon cœur en miettes. Je ne voulais pas qu'ils aient raison, je voulais qu'ils aient tort…
En fait ce que je voulais c'était surtout qu'Edward me prouve le contraire.
Ne pouvant plus supporter l'idée de ne pas savoir et d'être constamment dans l'ignorance la plus totale, je secouai la tête, repris mes esprits, oubliai momentanément ma gêne et mon embarras habituel et pris mon courage à deux mains pour lui poser la question qui me turlupinait depuis je ne sais combien de temps.
« Edward, est-ce que tu me considères comme ta sœur ? »
Il tressaillit et cligna plusieurs fois des yeux, avant de se tourner vers moi tandis que je faisais tout pour paraitre désinvolte, même si au final j'échouais lamentablement.
« Je te demande pardon ? » Fit-il ébahi et pris au dépourvu.
Je baissai les yeux timidement.
« C'est juste que Rosalie et Jasper ont pas arrêté de me dire que j'étais une sorte de sœur de substitution pour toi, étant donné qu'Alice est morte et que… »
« Quoi ? Mais c'est totalement faux ! » Me coupa-t-il d'une voix tonitruante et le visage révulsé.
Je relevai la tête étonnée.
« C'est vrai ? »
« Mais évidemment ! Bon sang ! Pourquoi faut-il toujours que les gens parlent sans jamais rien savoir… » Marmonna-t-il pour lui-même en secouant la tête, sans contenir son énervement.
Je me mordis la lèvre, retenant le sourire qui menaçait de franchir mes lèvres en voyant qu'il était vraiment sincère.
« Alors… » Tentai-je avec appréhension. « Qu'est-ce que je représente pour toi ? »
Son regard se posa à nouveau sur moi et il entrouvrit la bouche, semblant désarçonné par ma question. Il me regarda hésitant et je compris qu'il ne me répondrait pas si je ne le poussais pas dans ses retranchements et que je n'insistais pas.
« S'il te plait Edward… » Suppliai-je en le regardant avec force. « J'ai besoin que tu me répondes et que tu sois honnête avec moi. Vraiment honnête. »
J'espérais qu'il verrait à travers ma voix et mon regard que c'était vraiment important pour moi et que je ne pourrais pas supporter qu'il ne me réponde pas. Depuis le temps que je désirais savoir ce que j'étais réellement pour lui et la façon dont il me considérait…
Durant un court moment je vis un semblant de panique dans ses yeux, qui se transforma en de l'incertitude et puis pour finir, de la crainte. Après un long moment à tergiverser pendant que je le regardais en l'implorant silencieusement, il prit enfin un air résolu sur le visage et releva une main vers moi. Je sentis sa paume se poser sur ma joue et il n'en fallut pas plus pour que mon rythme cardiaque reprenne de plus belle.
Il approcha son visage du mien avec lenteur et je fus incapable de bouger, me contentant de l'observer avec la bouche presque entrouverte. Son odeur corporelle parvint jusqu'à mes narines et je manquai de défaillir. Il ancra son regard dans le mien et me sonda avec une telle intensité dans les yeux que j'en oubliais tout ce qui se trouvait autour de nous. C'était comme s'il était capable de me couper du monde actuel.
« Tu veux que je sois honnête ? » Murmura-t-il tout en continuant à rapprocher son visage du mien, si bien que son nez me frôlait presque. « Tu représentes bien plus que ce que tu crois Bella. »
Il posa son front contre le mien et ferma les yeux en soupirant, me laissant complètement pantoise et inerte.
« Tellement plus… » Souffla-t-il, son souffle me chatouillant le visage.
J'entrouvris la bouche et cessai tout bonnement de respirer. C'était bien trop beau pour être vrai, je devais forcément me trouver dans une autre dimension pour qu'Edward se laisse aller à me dire des paroles aussi… aussi… Y avait pas de mot pour décrire ce que je ressentais en réalité. Tout me paraissait si irréel que j'avais l'impression qu'à tout moment j'allais me réveiller et me rendre compte que rien de tout cela n'est vrai.
Alors que son front était toujours collé au mien, je le vis approcher son visage, encore. Et à ce moment là je ne pus rien faire d'autre que de rester immobile et de fixer ses lèvres avec attention, le regard plein d'anticipation. Je refusai de fermer les yeux. La dernière fois j'avais fait l'erreur de les fermer et lorsque je les avais rouvert il était en train de baiser mon front et de s'éloigner. Et je ne voulais pas qu'il s'éloigne, pas cette fois. Je ne lui en laisserai pas la possibilité de toute évidence. Mes yeux étaient toujours suspendus à ses lèvres, sa main sur ma joue me tenait avec fermeté, sans doute pour pas que je m'échappe, comme si j'en avais vraiment eu l'intention de toute façon…
Mon cœur tambourinait et martelait ma poitrine de coups, tant et si bien que j'en avais des palpitations. Je sentais ma lèvre inférieure trembler légèrement et ma bouche s'entrouvrir à mesure qu'il se rapprochait, toujours un peu plus, avec une lenteur désespérée qui me faisait mourir d'impatience. Sentir son souffle de plus en plus présent me donnait presque l'envie de m'évanouir, et je ne parlais pas de mes mains qui étaient tellement moites qu'elles donnaient l'impression d'avoir été trempées dans l'eau.
Il avançait tellement lentement que j'en étais là à me demander si je ne devrais pas franchir les barrières qui nous séparaient moi-même. Malheureusement j'avais le sentiment que si c'était moi qui prenais les devants et l'embrassais avant l'heure, le charme serait rompu et il s'écarterait tout de suite. Alors je prenais mon mal en patience et j'attendais, mourant de frustration un peu plus à chaque seconde. On aurait dit qu'il se testait, qu'il cherchait le bon moyen de procéder, comme si c'était la première fois qu'il faisait un truc pareil. Je trouvais ça plutôt bizarre d'ailleurs dans la mesure où des femmes, il en avait collectionné des tas. Peut être que c'était parce qu'avec moi c'était différent… je rêvais un peu trop mais qu'importe, après l'aveu qu'il venait de me faire je me sentais en droit de penser que j'étais plus importante que toutes ces filles là.
Sa bouche était désormais à quelques millimètres seulement et ma respiration se coupa. Je le vis hésiter l'espace d'une seconde, et je me promis mentalement que si jamais il osait se reculer maintenant, ce serait moi qui prendrais les devants et achèverais ce qu'il n'aura pas été fichu de faire. Pour mon plus grand soulagement, l'hésitation disparut bien vite et un air plus déterminé prit place sur son visage, me faisant déglutir.
Et après ce qui me parut une éternité des plus impitoyables et insoutenables, ses lèvres effleurèrent dangereusement les miennes.
Ce fut une caresse des plus douces, une sensation que je n'avais encore jamais connue et qui me faisait succomber toujours un peu plus au fil des secondes. Sa bouche se posa sur la mienne avec un peu plus d'impact et je ne pus m'empêcher de fermer les yeux et de soupirer d'aise. Mon ventre se réveilla et je sentis des centaines de papillons me parcourir, répandant une chaleur dans mon corps sans précédent.
C'est seulement à ce moment là que la réalité s'imposa à moi et que je pris véritablement conscience de ce qui se produisait. Après quatre mois que je le connaissais, à vivre avec lui quotidiennement, à partager des moments que je n'oublierais jamais, à le désirer corps et âme, à réfréner mes sentiments qui grandissaient au fil des jours jusqu'à ce que je ne puisse plus les ignorer, à rêver de lui, de nous plus précisément, et à imaginer un avenir lointain dans lequel nous serions intimement liés, Edward avait enfin franchi la barrière qui le retenait et m'embrassait. C'était mon premier baiser et pourtant, j'avais la sensation que je n'avais pas besoin de ce détail pour savoir qu'il serait d'ores et déjà inoubliable à mes yeux.
Il se recula bien trop vite, rendant ma bouche froide et sans saveur et je rouvris les yeux subitement. Ses yeux étaient étrangement sombres et il avait l'air tout aussi troublé que je l'étais. Il dût voir quelque chose dans mon regard qui lui donna envie de réitérer puisqu'il s'approcha et m'embrassa à nouveau, me laissant pantoise. Ses lèvres caressèrent les miennes délicatement et j'eus besoin de faire quelque chose pour accentuer le contact que j'avais avec lui. Mes mains se déplacèrent d'elles mêmes de son torse vers son cou, rapprochant ainsi mon visage du sien. Je passai mes bras derrière sa nuque et me collai à lui de façon inhabituelle, si bien que je fus moi-même surprise de sentir son torse contre ma poitrine. Je l'entendis émettre un grondement qui accentua la tension qui était en moi et augmenta la chaleur présente dans mon bas-ventre.
Mes mains vinrent se faufiler dans sa chevelure et pour la première fois de ma vie je pus enfin éprouver la sensation de ses cheveux sur mes doigts. J'avais rêvé un nombre incalculable de fois du moment où j'aurais la chance de toucher ses cheveux, et je me rendais compte que ce n'était pas comparable avec mes faibles fantasmes qui étaient bien loin de la réalité. Ses lèvres se firent plus pressantes sur les miennes tandis que je fourrageais dans ses cheveux et répondais à son baiser avec avidité. Nous étions passés de la douceur à de l'empressement, ce qui était assez paradoxal. J'aurais voulu que ce moment ne s'arrête jamais, qu'il ne s'éloigne pas et ne cesse jamais de m'embrasser, quitte à me faire mourir faute d'avoir pu respirer. Je sentis ses mains sur mon corps, caresser ma silhouette à travers mon débardeur et je gémis contre sa bouche, mon désir augmentant progressivement.
Puis sans que je ne m'y attende, tout s'arrêta. Il se tendit et ses mains posées sur ma taille me repoussèrent brusquement, mettant ainsi fin à notre baiser.
« Non attends ! » S'exclama-t-il en s'éloignant de moi avec rapidité, me regardant à la fois choqué et horrifié.
Je me figeai, les yeux exorbités et la respiration haletante. Edward n'avait pas l'air de se préoccuper de l'état dans lequel j'étais car il semblait complètement ailleurs, ce qui m'empêchait d'analyser ce qui s'était passé.
« Mais qu'est-ce que j'ai fait… » Murmura-t-il pour lui-même en fermant les yeux tout en se pinçant l'arête du nez, oubliant complètement que j'étais là et que je l'entendais.
Je mis une main sur mon cœur pour tenter de reprendre une respiration normale tandis qu'il ne m'accordait toujours aucune attention et qu'il semblait se torturer l'esprit. Il soupira et leva subitement, ne me laissant pas le temps d'encaisser le coup.
« Merde… » Jura-t-il. « Mais c'est quoi ce bordel ? ! »
Il commença à faire les cents pas dans le salon, pendant que je me trouvais encore assise sur le canapé, en proie au choc, le cerveau complètement en ébullition.
« Edward ? » Appelai-je tremblante tandis qu'il se trouvait à coté de la table à manger et ne cessait de bouger avec ses deux mains sur le haut de sa tête, l'air terriblement tourmenté.
« Putain ! » Hurla-t-il en cognant violemment son poing sur la table, faisant presque trembler les murs.
« Mais qu'est-ce qu'il m'a pris bon sang ! » Se fustigea-t-il en enfouissant son visage dans ses mains, le tout sous mon incompréhension la plus totale.
Une douleur se forma peu à peu dans ma poitrine en réalisant que mon instant de plénitude était désormais terminé et que c'était peut être la seule fois où j'aurais eu l'occasion d'avoir un avant gout du paradis.
Je n'avais qu'une seule chose à dire : La chute faisait très mal.
Ils en auront mis du temps hein ?
15 chapitres pour un premier baiser, je crois que j'aie battu mon record lol
En revanche pour la revirement d'Edward à la fin et bah... vous pensiez quand même pas que ce serait aussi facile non ? N'oubliez pas qu'on se trouve dans la fiction un pas en avant trois pas en arrière ^^
Bon alors que va-t-il se passer ? Quelle va être la réaction d'Edward ? Et celle de Bella ?
J'attends votre avis avec impatience et vous souhaite de très bonnes vacances ! J'essaierai de vous poster un chapitre pour noël ou pour le jour de l'an ;) D'ailleurs pour les lecteurs d'Excès de Vitesse, l'épilogue est en cours d'écriture il arrivera sûrement pour Noël. Je suis désolée je ne peux pas faire plus vite malheureusement !
Vous connaissez la chanson, un teaser pour une review laissée :D
Prenez soin de vous !
Votre Dévouée Popolove
