Un plan périlleux
Jane n'avait pas dit un mot, il attendait que Lisbon se lance, qu'elle trouve assez de courage en elle pour aborder un sujet qui la mettait mal à l'aise. Quoi qu'elle lui dise par la suite, il ne la jugerait pas, ne prendrait pas pitié, comme il lui avait promis. Il savait à peu prêt ce qu'elle avait subit en ayant lu le dossier de Bradley, mais Lisbon ne le savait pas. Il n'avait pas voulu lui avouer qu'il avait une fois de plus fouillé dans son bureau, qu'il avait désobéit à ses ordres, mais c'était comme ça, il n'y pouvait rien. Il ne voulait pas qu'elle lui en veuille alors qu'il fallait qu'ils se serrent les coudes, qu'ils restent unis s'ils voulaient pouvoir s'en sortir.
Lisbon serra un peu plus la main de Jane dans la sienne, tentant de trouver le courage de lui parler. Elle avait tellement honte d'elle-même, de ce qu'elle avait été obligé de faire, de ce qu'elle devrait continuer de faire pour s'assurer que personne ne ferait de mal à Jane. Si on lui avait dit, le jour où elle avait signé le contrat du mentaliste, qu'un jour elle serait obligée de faire ça, elle ne l'aurait jamais cru.
La jeune femme prit une profonde inspiration et se lança, fermant les yeux pour ne pas que Jane puisse voir son regard triste, sa culpabilité et qu'il se sente lui-même coupable.
-" La première fois qu'ils m'ont emmené, ils ne m'ont pas fait grand-chose, si ce n'est me frapper, encore et encore durant des heures. Je sentais chaque coup et je ne pouvais m'empêcher de crier. Je ne voulais pas qu'ils voient à quel point j'avais mal mais c'était plus fort que moi. Puis, ils ont décidé de changer de méthode et ils ont commencé à…. ils ne me frappaient plus mais… j'aurais tant voulut qu'ils continuent."
-" Ca va allez Lisbon," tenta de la rassurer Jane en la serrant dans ses bras et en déposant un baiser sur le haut de sa tête.
-" Ils… un des hommes m'a retiré mes vêtements, lentement, un à un et…"
Lisbon sentit Jane se tendre dans ses bras. Elle savait que si elle continuait il ne la regarderait plus comme avant, plus comme il l'avait fait jusqu'à présent, qu'il s'éloignerait d'elle pour ce qu'elle avait fait. Mais elle devait le lui dire, elle ne pouvait pas le lui cacher plus longtemps.
-" Vous ont-ils…." mais les mots moururent sur les lèvres du mentaliste.
-" Non Jane, ils ne m'ont pas violé si c'Est-ce à quoi vous pensez," le rassura Lisbon. "Ils m'ont obligé à prendre des photos, de moi nue mais ils ne m'ont jamais touchés."
Jane se détendit un peu, même si sa colère n'avait fait que monter en lui. De savoir ce que Lisbon avait dût faire, de savoir que c'était pour lui qu'elle avait fait ça, le mettait dans une rage folle. Comment pouvait-on faire autant de mal à une femme comme elle, une femme forte, belle, intelligente, une femme qui faisait passer la sécurité des autres avant la sienne? Il ne comprenait pas qu'on puisse agir ainsi.
Jane sera encore plus Lisbon contre lui et il sentit des larmes venir mouiller sa chemise. Il savait qu'elle s'en voulait, mais ce n'était pas de sa faute, elle n'était en rien responsable des agissements de ces gens, elle était une victime, tout comme lui et comme toutes ces autres femmes avant eux, et toutes celles qui suivront s'il ne trouvait pas le moyen de les sortir de là.
Ils restèrent un moment comme ça, ne se souciant pas de l'endroit où ils se trouvaient, le monde n'existant plus autours d'eux. Ils étaient là, ensemble, dans les bras l'un de l'autre et ils ne voulaient être nulle part ailleurs qu'ensemble. Lisbon fini par s'endormir contre son consultant, soulagée d'avoir pu lui parler, d'avoir pu enfin lui dire ce qui lui faisait tant de mal. Jane ne l'avait pas rejeté, il n'avait pas montré de pitié, il était resté lui-même et c'est ça qu'elle aimait tant en lui. De savoir que malgré tout ce qu'elle avait vécu il restait sincère lui faisait du bien, de le savoir toujours à son écoute, toujours là pour elle, tout cela la faisait se sentir mieux après tout l'enfer qu'elle vivait depuis son arrivée ici.
Les agents Prentiss et Morgan étaient installés à un bureau, se concentrant sur tout ce qu'ils savaient sur "l'esclavagiste" comme s'était fait appelé Bradley, ou plutôt Felton. Cet homme aimait le pouvoir qu'il avait sur les femmes, il aimait faire d'elles ce qu'il voulait et c'est ça que les agents voulaient utiliser contre lui. Un infime espoir de pouvoir l'arrêter, de pouvoir libérer toutes ses victimes, de pouvoir retrouver l'agent Lisbon et son consultant.
La jeune brune n'en pouvait déjà plus, de voir toutes ces photos, de voir toutes ces femmes à qui on avait ôté la vie, juste par plaisir ou parce qu'elles n'avaient pas voulu obéir, tout cela la révoltait. Elle fini par se lever et se rendit dans la petite cuisine dans l'espoir de faire disparaitre toutes ces images de son esprit. Là, elle y trouva l'agent Van Pelt en train de se faire un café, les mains tremblantes. Prentiss se rapprocha de la rousse et lui prit les mains dans les siennes, la faisant sursauter.
-" Du calme agent Van Pelt," la rassura-t-elle. "Je sais à quel point ça peut être difficile ce genre d'enquête mais je ne pense pas que le café vous aidera à vous calmer."
-" J'ai l'habitude de voir des photos de scènes de crimes, de voir des cadavres, d'enquêter sur des enlèvements mais… c'est la première fois qu'une des victimes, ou plutôt deux, sont des personnes proches et je ne sais pas comment gérer ça," se lamenta Grace.
-" Il vous faut oublier que vous les connaissez, dites vous que ce ne sont que des victimes de plus qu'il faut secourir et faire votre travail," lui conseilla alors la brune.
-" Je sais que ce ne sera pas facile, j'en ais fait l'expérience, mais vous êtes entourée de vos amis et ils vous aideront pour ça."
-" Merci agent Prentiss," remercia alors Grace.
-" Appelez-moi Emily ce sera plus court que agent Prentiss."
Les deux femmes se sourirent puis Emily se fit son café tandis que Grace reposait sa tasse qu'elle ne voulait plus boire finalement. Elles restèrent un moment dans la cuisine avant de rejoindre les autres dans l'espace de travail et s'installèrent chacune à un bureau.
Hotch était allé voir Laroche afin de lui expliquer sa présence ici. Le patron du CBI n'avait pas été ravi de l'arrivée des agents du FBI mais, après réflexions, il s'était rendu compte que leur aide était la bienvenue. Ils discutèrent un moment de ce qu'ils savaient puis Hotch rejoignit les autres afin de faire le point sur ce qu'ils savaient.
-" Thomas Felton est un homme sans scrupule qui n'hésite pas à en venir à la violence pour obtenir ce qu'il veut," commença Morgan. "Il enlève des femmes car il sait qu'il a un certain pouvoir de séduction et qu'elles ne pourront pas résister à son charme, ensuite il les brutalise pour les rendre docile."
-" En règle générale, après avoir réussis à faire ce qu'il voulait de ces femmes, il organise des ventes aux enchères," continua Prentiss. "Là, les femmes se retrouvent esclaves d'hommes qui leur font subir ce qu'ils veulent. Rares sont celles qui sont un jour retrouvé, mais il y en a."
-" Comment savez-vous tout ça?" Questionna Rigsby.
-" Nous avons eu à faire à lui par le passé mais nous n'avions rien de solide, même pas son nom," lui répondit Rossi. "Mais une de ses victimes est parvenue à se sauver, on ne sait pas vraiment comment et nous l'avons interrogé."
-" La pauvre femme avait subit les pires sévices et pourtant elle est restée forte tout le long de l'interrogatoire afin de nous aider le plus possible," continua Prentiss. "Nous savons exactement ce qu'il fait subir à ses victimes et ce n'est pas jolie à voir, ni à entendre."
Tous les agents gardèrent le silence un court instant, pensant à ce que devait vivre Lisbon en ce moment.
-" Nous avons tenté d'infiltrer le réseau une fois et nous y avons perdu un agent," expliqua alors Hotch. "Il n'est pas facile de l'approcher."
-" Alors comment comptez-vous vous y prendre pour l'approcher si ce n'est pas facile?" interrogea Cho. "Vous avez une solution pour vous rendre à cette vente aux enchères?"
-" Nous allons utiliser sa plus grande faiblesse," répondit Rossi.
-" Qui est?"
-" Il aime les femmes, il est toujours à la recherche de nouvelles victimes pour se faire de l'argent. Mais ce n'est pas la seule raison, il aime aussi ce qu'il leur fait subir, les torturer et montrer que c'est lui le chef," expliqua Reid qui avait gardé le silence jusqu'à présent. "Mais ce qui le rend encore plus sur de lui c'est son association avec Adrian Downing, cet homme que vous avez cru mort il y a des années. Leur association permet à Felton d'entrer dans la court des grands en visant de grands criminels, il va ainsi pouvoir étendre son réseau, pas seulement aux riches hommes d'affaires en quête de pouvoir sur les femmes, mais aussi aux plus grands criminels. Il va ainsi pouvoir s'enrichir plus rapidement, mais hélas le nombre de ses victimes va augmenter comme son chiffre d'affaire."
-" Alors que prévoyez-vous de faire?" Demanda une nouvelle fois Cho qui avait déjà une idée de la réponse mais qui voulait l'entendre quand même.
-" Nous allons envoyer un agent sous couverture, mais pas du coté des acheteurs ou des associer, plutôt du coté des victimes," lui répondit Rossi.
-" Et qui sera la folle qui se jettera dans la gueule du loup comme ça?" Questionna Rigsby qui ne pensait pas que quelqu'un puisse être assez fou pour faire une chose pareille en connaissant le résultat.
-" Moi."
Tous les regards se tournèrent vers l'agent Prentiss qui s'était levée pour leur faire face. On pouvait voir de la détermination dans son regard, elle ne semblait même pas avoir peur de ce qui l'attendait.
Du coté des agents du CBI, étaient restés sans voix. Cho admirait le courage de la jeune femme, même s'il pensait que c'était de la folie. Rigsby n'arrivait pas à comprendre cette décision, pour lui une femme ne pouvait pas vouloir faire une telle chose en sachant qu'elle pourrait très bien ne pas en revenir. Et Grace ne savait pas quoi penser. Elle était à la fois admirative et effrayait, elle avait peur de ne jamais revoir la jeune femme qu'elle commençait tout juste à trouver sympathique.
Les agents parlèrent encore un moment, discutant de ce qu'ils avaient sur les victimes, les points communs entre chaque femme, ce qui pourrait les aider à ce que l'agent Prentiss se fasse remarquer. Puis, la fin de journée arriva et tout se séparèrent afin de rentrer se reposer.
Les agents du FBI rejoignirent un petit hôtel non loin du CBI et chacun se rendit dans sa chambre.
Tard dans la soirée, alors qu'elle s'apprêtait à se mettre au lit, Emily entendit des coups frappés à la porte de sa chambre. Elle se couvrit d'un sweat qui trainait sur une chaise avant d'allé ouvrir la porte pour se retrouver en face de Hotch.
-" Hotch, que faites vous là aussi tard?" lui demanda-t-elle, surprise de le voir sur le pas de sa porte.
-"Il faut que je te parle Emily," lui répondit simplement son supérieur en entrant dans la chambre sans lui demander son accord.
Emily le suivit jusqu'au canapé où ils prirent place. Ils garèrent le silence un moment, Hotch ne sachant pas comment aborder le sujet qui le préoccupait. Finalement il se lança.
-" Tu es consciente du risque que tu prends en faisant ça?" lui demanda-t-il.
-"J'en ais parfaitement conscience Hotch et c'est la seule solution si on veut s'approcher de lui et libérer l'agent Lisbon et son consultant," lui répondit-elle.
-" Tu seras seule là-bas, personne pour te couvrir en cas de problème, nous ne pourrons pas intervenir avant que tout les acheteurs soient présent, que tout les associés soient là."
-" Je sais mais c'est la seule chose à faire, nous ne pouvons pas laisser une telle chance nous passer sous le nez."
-" Au risque d'y perdre la vie?" Souffla alors Hotch en baissant la tête.
Emily resta un moment sans rien dire, tentant de comprendre la réaction de son supérieur. Il n'était pas rare qu'elle prenne des risque lors d'enquêtes difficiles comme celle-ci, mais jamais auparavant il avait réagit ainsi. Elle voulait savoir ce qui avait changé pour qu'il se fasse autant de souci. Il est vrai que l'idée de se rendre volontairement victime dans un groupe d'esclavage humain n'avait rien de réjouissant et de rassurant, mais un agent du CBI, ainsi que son consultant, étaient prisonniers, sans oublier toutes les autres femmes qui ne rêvaient que d'une chose, retrouver leur liberté. Elle devait penser à tout ces gens, elle était leur seule chance de s'en sortir.
La jeune femme se tourna de nouveau vers son collègue et lui souleva la tête à l'aide de son doigt sous son menton. Elle plongea alors dans son regard sombre et elle vit alors apparaitre deux petites billes brillantes aux coins de ses yeux. Il pleurait, Aaron Hotchner pleurait. Elle l'avait déjà vu pleurer par le passé, mais c'était l'enterrement de Hayley, sa femme, enfin son ex femme. C'Était la seule et unique fois où elle l'avait vu pleurer et elle se demandait pourquoi aujourd'hui cela se reproduisait.
-" J'ai peur de te perdre Emily," lui dit-il alors pour justifier ses larmes.
-" Vous n'allez pas me perdre Hotch, je ne serais pas vraiment seule, n'oubliez pas que j'aurais un micro et un émetteur sur moi."
-" Et si jamais ils le trouvent et te le retire? Si jamais ils te font du mal avant qu'on arrive? Si jamais ils te…."
-" Il ne m'arrivera rien de tout ça car j'ai le meilleur agent du FBI que je connaisse qui me suivra et qui arrivera à temps."
Emily lui sourit avant de passer une main sur la joue de Hotch. L'homme ferma les yeux et profita de la caresse, aussi soudaine que surprenante. Puis, la jeune femme se pencha vers lui et vint déposer ses lèvres à la place qu'occupait sa main un peu plus tôt. Elle resta plus longtemps que nécessaire, juste pour pouvoir s'imprégner de la douceur de sa peau, de son odeur, de tout ce qui faisait Aaron Hotchner. Elle savait qu'elle ne pourrait plus se rapprocher autant de lui après ce petit moment d'intimité alors elle voulait en profiter.
Hotch passa une main dans le dos de la jeune femme et la rapprocha de lui, la serrant contre son torse. Il sentit Emily lui entourer la taille et il sourit contre ses cheveux. L'instant été magique, rien qu'à eux et à personne d'autre. Ils savaient parfaitement que le lendemain ils retrouveraient leur rôle, celui de l'agent superviseur et de l'agent subordonné, mais pour le moment il n'était que Emily et Aaron, deux personnes ayant peur de perdre l'autre.
Au bout de ce qui leur sembla une éternité, ils se détachèrent l'un de l'autre et Emily raccompagna Hotch à la porte. Elle lui souhaita bonne nuit et lui déposa une nouvelle fois un baiser sur la joue avant de refermer la porte et d'allé se coucher. Elle avait aussi peur de ce qui l'attendait, mais elle le ferait quand même, pour Lisbon et toutes ces autres femmes. Elle était une femme elle aussi et seule une femme pourrait se rapprocher suffisamment de l'homme. C'Était sans doute une mission suicide, mais elle n'envisageait personne d'autre le faire à sa place.
La jeune femme se coucha en repensant à ces quelques minutes dans les bras de son supérieur. Sans le savoir il lui avait offert de dont elle rêvait depuis bien longtemps.
Lisbon roula sur le coté, venant se coller à Jane qui émit un grognement dans son sommeil. Elle se redressa sur le coude pour observer son consultant dormir. Cela faisait bien longtemps qu'elle ne l'avait pas vu aussi reposé, peut-etre était-ce à cause de ses révélations, peut-etre n'attendait-il que de savoir pour alléger son esprit et pouvoir enfin dormir. C'Était sans doute un peu sado masochiste, mais elle le comprenait, elle comprenait ce besoin de savoir ce qui pouvait tourmenter l'autre, ce qui pouvait le rendre si triste. De partager tout ça lui avait fait du bien à elle mais aussi à lui. Il se sentait mieux à présent qu'il savait qu'elle avait assez confiance en lui pour lui parler de ses plus sombres secrets.
Jane ouvrit alors les yeux, tombant dans l'émeraude de Lisbon et un sourire naquit sur ses lèvres. Il se redressa et fit face à la jeune femme, ne la quittant pas des yeux. Il se rapprocha d'elle, petit à petit jusqu'à se retrouver si prêt qu'il pouvait voir les taches de rousseurs parsemant son visage. Il glissa une main sur sa joue et la rapprocha de lui. Lisbon se laissa faire, sachant parfaitement ce qui allait se passer et l'attendant impatiemment. Finalement, les lèvres de Jane rencontrèrent celles de la jeune femme et tout les deux fermèrent les yeux, savourant ce baiser tant attendu, depuis si longtemps. Lisbon entoura alors la nuque de son consultant et le rapprocha encore plus d'elle, se collant à lui, appréciant ce moment magique. Mais alors que Jane laissait ses mains se perdre dans les cheveux de sa patronne, la porte s'ouvrit avec fracas.
TBC…
