Terres Éloignées, Azur, Palais.
Allongée sur mon lit, épuisée, la tête posée sur les innombrables coussins immaculés reposant sur le matelas, et le regard ailleurs, je laissais mon esprit vagabonder.
I peine un mois, j'étais sur les routes de la Terre du Milieu, accompagnée de la bande de rôdeurs qui étaient devenus mes amis et ma deuxième famille. Cela faisait quarante ans que je les avais rejoint, poussée par une folle envie de liberté et d'aventures. Malgré le danger auquel nous avions fait face, je ne retenais que le positif de cette expérience qui fut certainement la plus enrichissante de ma vie.
Cette aventure, je l'avais vécu aux côtés de mon meilleur ami, Aragorn. Lui ne s'était pas engagé sur les routes pour les même raisons que moi, car en vérité ce fut son histoire et son rang qui l'eut poussé à m'accompagner. Il était le descendant d'Isildur, le roi qui garda l'anneau de Sauron en sa possession et qui laissa le Gondor tomber en ruine et le peuple des hommes se diviser. Mon ami avait horreur que l'on parle de ses ancêtres ou bien du fait qu'il puisse prétendre au trône du Gondor. Je l'avais appris à mes dépends lorsque nous nous étions rencontrés. Je l'avais connu alors qu'il n'avait que quinze ans et moi 528 ans.
Aragorn avait grandi à Fondcombe, l'une des terres elfiques de la Terre du Milieu. C'était aussi la demeure du Seigneur Elrond, le Demi-elfe et Celebrian, fille de Celeborn et Galadriel, qui avait quitté Arda pour rejoindre Aman. Ils vivaient avec leurs enfants, les jumeaux Elladan et Elrohir et leur fille Arwen. Je les avais tous connu en même temps qu'Aragorn alors que mon père s'était rendu à Imladris pour rendre visite à son ami. Ce fut donc à cette occasion que les liens de forte amitié qui m'unissaient aux jumeaux, Arwen et Aragorn furent tissés.
Le plus drôle dans tous cela c'est que les deux personnes dont j'étais le plus proche avaient fini par s'aimer. Arwen et Aragorn s'étaient énormément rapprochés à mesure que le temps était passé, et leur sentiments, autrefois innocents, s'étaient transformés en un amour puissant. J'étais heureuse pour eux, bien qu'inquiète de ce qu'il pourrait advenir. Mon amie était immortelle mais ce n'était pas le cas d'Aragorn. Je n'étais d'ailleurs pas la seule à m'en soucier car le Seigneur d'Imladris qui avait déjà perdu sa femme, avait maintenant peur de perdre sa fille. Personne ne pouvait le lui reprocher. Il ne s'y était pourtant jamais opposé, pensant sûrement qu'il s'agissait d'une passade.
Alors que mes yeux se fermaient doucement, l'un des coussins se déroba et ma tête bascula en arrière, me faisant sursauter. Je m'asseyais au bord du lit en ronchonnant, passant une main sur mon visage. J'étais vraiment fatiguée, et pour cause, je venais de sortir d'un long conseil. Tous les représentants des Régions des Terres Éloignées s'étaient encore rassemblés et forcément étant la fille du Roi et de la Reine, je me devais d'y assister.
Les Terres Éloignées étaient un énorme royaume, dont mon père et ma mère étaient les souverains. Ce royaume était composé de quatre grandes Régions gouvernées par quatre grandes familles. Il y avait Azur, la capitale, lieu où siégeaient mes parents et où se rassemblait le conseil ; Karmir, Région des mines et de la construction, gérée par le seigneur Arcante; Prasinos, Région des arts et des marchands, gérée par le seigneur Ylo, et enfin Mor, Région de la magie, gérée par le seigneur Demir. Dans chaque Région vivaient différentes espèces qui cohabitaient de manière paisible et productive, chacune se complétant de part ses spécialités et ses richesses.
Ces rassemblements avaient lieu tous les ans à la même date, et comme on pouvait s'en douter, j'en avais raté une bonne dizaine à cause de mes quarante ans d'absence. Lors de ces réunions nous parlions des problèmes de chaque royaume, des travaux à entreprendre ainsi que des fêtes annuelles. Ces dernières étaient généralement le sujet sur lequel nous passions le plus de temps. En effet, c'était toute une organisation car ces fêtes duraient quatre mois entiers et elles se déroulaient en un seul et même endroit : La Cité des croisements. Il fallait donc organiser le voyage de chaque royaume, l'installation de tout le peuple, la nourriture à stocker pour les fêtes, le matériel pour organiser les différentes festivités et activités ainsi que le retour à la fin des festivités.
Une fois que le conseil eu tout régler concernant cette affaire, j'avais cru que nous pourrions enfin être libérés mais à ma plus grande déception, ce ne fut pas le cas. Un autre sujet des plus inattendus fut énoncé: le Mordor. Je n'avais jamais vu mon père si remonté et inquiet. Il avait présenté le problème comme si la guerre était à notre porte, expliquant qu'un groupe d'orcs avait élu domicile en Mordor sous la bannière d'un chef inconnu et qu'ils ne se gênaient pas pour attaquer les villages humains. Ce n'étaient que des rumeurs, raison pour laquelle mon père demanda à ses conseillers d'envoyer des hommes vérifier ces dires et d'augmenter la sécurité dans chaque Région.
Enfin, j'étais à présent libre de faire ce que je voulais alors je me décidais à prendre un bain. Me dirigeant dans la salle d'eau, je vis, à ma grande surprise, qu'il était déjà prêt. Un sourire étira mes lèvres, Elwe ma bonne vielle nourrice avait dû me le faire couler. Elle me connaissait décidément par cœur. C'est elle qui avait eu le malheur de s'occuper de moi jusqu'à ma majorité. Elle ne cessait de répéter que j'étais intenable mais qu'elle m'aimait trop pour me laisser tomber.
La salle de bain était immense à l'instar de mes appartements et de tout le palais d'ailleurs. Il y avait au centre de la pièce un grand bassin contenant l'eau chaude où je désirais ardemment me plonger. A droite, se trouvaient des étagères où reposaient des quantités monstrueuses de cosmétiques, à gauche les armoires où étaient rangées les serviettes et au fond de la salle, il y avait une porte donnant sur les toilettes.
J'enlevais ma longue robe en velours rouge, défis les tresses dans mes cheveux et me glissais dans l'eau. Une fois totalement immergée, je sentis la pression et la fatigue de la journée retomber et mes muscles se détendre. Il était vrai que l'époque où j'avais été rôdeuse n'offrait pas ce plaisir et je le savourais d'autant plus. J'attrapais un des savons à la pomme que j'aimais tant et je me lavais le corps et les cheveux. Quand je fus satisfaite et que l'eau fut froide, je sortis du bain et m'enroulais dans une serviette.
Une fois sèche, j'attrapais la robe de nuit que l'on m'avait fait préparer. Je l'enfilais et me postais devant mon miroir. Mon reflet me présentait une silhouette fine et légèrement musclée, non dénuée de formes féminines. Un visage aux traits fins et au teint parfait, assortit de deux yeux en amandes gris argentés, d'un nez fin et d'une bouche pulpeuse. La robe, que j'avais enfilé, tombait parfaitement sur mon corps et sa couleur bleu clair mettait en valeur mes longs cheveux bruns.
Je me dirigeais ensuite dans ma chambre où se trouvait ma coiffeuse. Je m'installais et commencais à démêler mes cheveux. Les piques de la brosse révélèrent les quelques mèches châtains qui parsemaient ma chevelure brune, lui donnant ainsi des reflets roux. Je tenais cette caractéristique de mes ancêtres qui s'étaient autrefois mélangés aux hommes pensant pouvoir former un seul et même peuple. Certains de leurs enfants héritèrent de leur immortalité et de leurs caractéristiques elfiques tout en gardant une part d'humanité. Cette dernière ne cessait de régresser au fur et à mesure que les générations s'écoulaient. Nous étions maintenant plus elfes qu'homme et à vrai dire seul notre physique et nos coutumes trahissaient cette humanité. Les elleth avaient des formes féminines plus prononcées et les ellon avaient une carrure imposante. De plus, nous avions tendance à être légèrement plus petit que les elfes de la Terre du Milieu.
Une fois que mes cheveux furent démêlés, je me levais avec la ferme intention de tomber dans un sommeil profond, mais quelqu'un toqua à la porte. En allant ouvrir, je constatais qu'il s'agissait de mes parents. Je les invitais à entrer et nous allâmes nous installer dans le petit salon de mes appartements. En observant mon père, je pus remarquer que quelque chose le tracassait et avant que je n'aie eu le temps de poser une question, il commença à parler.
« Ma fille, nous sommes désolés de te déranger à une heure si tardive mais ta mère et moi avons à te parler. »
« Ce n'est pas bien grave, je vous écoute. Que se passe-t-il ? » répondis-je avec curiosité.
« Nous avons reçu une missive de la Lothlorien nous indiquant que tu devais te rendre à Caras Galadhon au plus vite. Nous n'en connaissons pas encore les raisons mais il s'agit d'une mission importante. » expliqua mon père.
« Caras Galadhon ? » demandais-je intriguée.
« Oui, il était aussi indiqué qu'Aragorn serait présent. » m'informa ma mère.
En entendant la nouvelle, je ne pus qu'être surprise. Je revenais à peine d'un long périple en Terre du Milieu et je devais déjà repartir. Je me creusais la tête pour essayer découvrir la raison de cette convocation mais rien ne me vint à l'esprit. Il était vrai que les elfes demandaient parfois aux rôdeurs d'effectuer quelques missions mais Galadriel savait qu'Aragorn et moi n'en faisions plus réellement partie.
« Bien, je partirais demain à l'aube dans ce cas. » affirmais-je, les sourcils froncés.
« J'ai déjà fait préparer tes provisions pour le voyage. Tout sera prêt pour ton départ. » continua ma mère.
« Je suis désolée. » lançais je, le regard vers le sol après un court silence.
« De quoi es-tu désolée ? » me demanda mon père surpris.
« De devoir vous laisser une fois de plus. Je m'en suis allée pendant quarante ans et maintenant que je reviens enfin, je me dois de quitter à nouveau mon royaume. J'ai l'impression de fuir mes responsabilités... »
« Tu n'as pas à t'excuser de vivre ta vie voyons ! Il est certain que nous préférerions te savoir à l'abri dans nos terres, mais il ne nous appartient pas de commander ton cœur. » lança ma mère d'un ton rassurant.
« Nous sommes fiers de toi, et puis tes frères et sœurs sont assez nombreux pour nous aider à gérer ce Royaume ! Tu n'as aucun devoir envers quiconque Heldaria, nous te laisserons toujours le choix, tout comme à tes frères et sœurs. Nous sommes au pouvoir, donc c'est à nous de diriger, pas à vous. Tu ne dois pas te sentir obligée de rester car tu es une des princesses de ce royaume !» insista mon père.
Je lâchais un rire léger face à ce que venait de me dire mon père. J'étais soulagée qu'ils ne m'en veuillent pas. Je ne regrettais pas d'être partie, mais l'impression d'abandonner ma famille et mon royaume avait souvent pesé sur ma conscience.
Nous discutâmes encore quelques minutes avant qu'ils ne me quittent pour me laisser dormir. Je fus bien naïve de croire que mon esprit allait me le permettre. Ce dernier ne faisait que tourner en boucle, intrigué et inquiet par ce qu'il adviendrait en Lothlorien. Ce ne fut pas cette nuit là qu'Irmo eu hanté mes rêves.
D'un côté, j'étais heureuse de pouvoir partir vers de nouvelles aventures, de revoir mes amis de la Lothlorien et Aragorn, et d'échapper à d'innombrables conseils sans fin. Mais d'un autre, je quittais à nouveau ma famille qui m'avait beaucoup manqué, tout comme mon peuple, mes amis et mes terres. C'était là que j'étais née, c'était ma maison et cela me peinait de devoir la quitter.
Le lendemain, alors que le jour se levait à peine, je fus réveillée par le chant des oiseaux de l'aube, de magnifiques oiseaux rouges vif qui chantaient d'une voix presque aussi mélodieuse que les elfes. Mes yeux me brûlaient à cause de la fatigue, je réussis tout de même à me lever et à enfiler une robe de chambre bleue. Je sortis sur le balcon et la petite brise matinale vint me caresser le visage, je fermais alors les yeux et respirais un grand coup. Je sentis l'odeur des croissants et des pains au chocolat que préparaient les boulangers dans les villages et les cuisiniers dans le palais. Mon ventre se mit à gargouiller et je rouvris les yeux en soupirant.
« Tu viens de gâcher un moment de détente matinal là, cher estomac. »
« Tu parles seule ? » demanda une voix derrière moi.
Je me retournais en sursautant, il s'agissait d'Elwe. Elle me regarda avec un sourire moqueur.
« Que fais-tu debout à cette heure-là ? » demandais-je gentiment.
« Je venais te réveiller. T'aurais-je effrayée ? » répliqua-t-elle, espiègle.
« Point du tout, et puis tu sais très bien que je ne suis plus une elfing. Tu devrais retourner te coucher El'. »
« C'est cela et te laisser préparer ton bain seule et inonder le palais ? Tu n'es peut être plus une elfing mais tu es toujours aussi maladroite.»
« Là tu es dure chère nourrice, ce n'est arrivé qu'une seule fois et puis ce n'était pas de la maladresse, seulement de la malchance. »
« Ce que tu peux avoir mauvaise foi, mon enfant. Valar ! Je plein ton futur mari. »
« Et moi les servantes qui doivent te supporter comme dirigeante. »
« Hum… Au moins tout est propre et les tâches sont bien faites. »
« Oui oui, c'est cela. Maintenant, très chère, pourrais-je aller prendre mon petit déjeuner ? »
« Fais donc ce qui te plais, Princesse. »
« Oh et j'ai déjà pris mon bain hier soir, as-tu oublié ? C'est toi qui me l'as fait couler en plus ! Tu vieillis chère amie ! »
Je lui flanquais un bisou sur la joue et je partis manger en riant.
Quand je fus rassasiée, je retournais dans mes appartements, entrais dans la salle de bain et fis une légère toilette. J'enlevais mes vêtements avant d'enfiler un pantalon noir, une tunique en coton bleu sombre surmontée d'un corset, des bracelets de cuir couverts de protections d'argents, travaux d'orfèvrerie réalisés par les nains de Karmir, et des bottes de cuirs montant jusqu'au dessous du genou. Je me fis ensuite une longue natte qui me tombait légèrement au-dessus des reins. Avant de sortir de la pièce, je me plaçais devant mon miroir, un grand sourire fendit mon visage. C'était définitivement la tenue dans laquelle je me sentais le plus à mon aise. Aucun artifice ne venait cacher ce qui faisait réellement battre mon cœur : l'action, l'aventure et le danger !
Une fois fin prête, je sortis de mes appartements et rejoignis l'armurerie dans les sous terrains du palais, saluant respectueusement tout individu croisant mon chemin. En entrant dans la pièce, l'odeur du cuir, du bois et du métal me frappa de plein fouet, ce qui fut loin de me déplaire. Ici, je me sentis détendue et à ma place. J'avais toujours adoré le maniement des armes et l'art du combat.
- «Princesse Heldaria. », me salua Adanedhel, l'un des armuriers du palais.
- « Bonjour, mellon. Je viens récupérer mes armes. », lui répondis-je en le saluant en retour.
- « Bien sûr. Allez-y, elles sont à leur place. J'ai pris la liberté de les entretenir et d'affûter les lames. », m'indiqua-t-il.
- «Merci, Adanedhel. »
Je pris la direction d'une grande armoire à l'intérieur de laquelle je trouvais mes épées jumelles, mon carquois et mes flèches. Armées convenablement, il ne me restait plus qu'à me diriger vers l'écurie où m'attendait Aron, mon cheval.
- « Heldaria ! », entendis-je appeler alors que je me dirigeais vers l'écurie royale.
Je me retournais, surprise d'entendre la voix de ma sœur à un heure aussi matinale.
- « Qu'est-ce que… » commençais-je avant de me couper, surprise.
Toute ma famille se trouvait devant moi, la mine endormie mais souriant. Il y avait mes quatre sœurs Laurelin, Elentir, Lalaith et Glingal puis mes quatre frères Aranruth, Turindo, et les jumeaux Dagnir et Eldacar, ainsi que mes parents.
Je vins à leur rencontre et les enlaçais chaudement.
- «Vous allez me manquer ! », leur dis-je sentant les larmes me monter aux yeux.
- « Aller petite sœur, on se reverra quoi qu'il arrive ! », me lança Turindo en m'embrassant le crâne.
C'était le plus âgé de notre fratrie, ce qui en faisait l'héritier du trône.
- « Mais oui ! Et puis c'est pas comme-ci tu partais pour tout un siècle ! », m'indiqua Glingal en souriant.
Chacun vint m'embrasser le front, tandis que je les remerciais d'être venu me voir.
- « Sois prudente, tu pars sûrement pour une durée bien plus longue que ce à quoi tu t'attends. », me glissa ma mère au creux de l'oreille avant de laisser place à mon père.
Je fronçais les sourcils intriguée. Savait-elle quelque chose que j'ignorais ?
