Disclaimer : Il s'agit toujours de la traduction de "Sleep of the Just" (chapitre original ici : s/5473202/3/Sleep_of_the_Just), la géniale Mark of the Asphodel en est toujours l'auteur, et Magvel et les personnages qui s'y rapportent sont toujours la propriété intellectuelle de Intelligent Systems.


Avertissements : D'autres références à des triangles amoureux et à la mort de certains personnages. Et les adultes se comportent en adultes. Bonne lecture !


Frelia et Renais étaient des nations amies de longue date, et quels que fussent ses rapports personnel avec son homologue méridional, Innes maintint cette relation. Malgré leurs liens, Innes rencontrait rarement ses relations hors des grandes cérémonies d'État, la plupart de celles-ci étant des funérailles. Celles de Tana furent les pires de toutes. Fût-elle morte en couches, Innes aurait au moins pu se mettre à détester Ephraim pour cela, mais la chute de pégase qui fut fatale à sa sœur n'était la faute de personne, sinon de Tana elle-même et des caprices du destin. Innes fit de son mieux pour ne pas regarder son beau-frère ; Ephraim offrait un bien triste spectacle ainsi vêtu du manteau noir des endeuillés, les cheveux rasés comme un moine en pénitence. Afin donc de ne le point voir, Innes dirigeait son regard droit devant lui, et vit la jumelle d'Ephraim dériver dans son champ de vision. Eirika semblait étrangement distante, non pas jeune, mais sans âge, drapée dans l'élégante sérénité d'une déesse peinte. L'homme qu'elle avait fini par prendre comme époux, l'énigmatique sage des montagnes, se trouvait à côté d'elle, enveloppé dans la même aura de détachement. Seule leur petite fille, que son père serrait dans ses bras, venait donner la preuve qu'ils étaient encore humain.

Et une fois de plus, Eirika souhaita lui parler, à lui seul.

– Tu dois l'aider, Innes.

Il ne lui demanda pas comment elle espérait le voir accomplir cette tâche.

– Ephraim est mon jumeau, l'autre moitié de moi-même, et pourtant...

Elle détourna le regard, et Innes avait l'impression de pouvoir à présent respirer cette étrange aura qui émanait d'elle.

– Nous devons chacun trouver la paix dans notre propre voix.

– Je ferai de mon mieux.

– Merci, Innes.

Même son sourire avait changé d'une façon indéfinissable. Et Eirika lui tourna le dos, revint vers son mari et sa fille pour suivre le chemin de Valega jusqu'à atteindre la paix. Innes, de nouveau seul, tourna les talons à son tour et recommença à cheminer parmi les ombres grises.

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La mort de la Reine Consort de Renais fit beaucoup de bruit mais guère de vagues en définitive. Tana avait donné deux fils à son mari, remplissant ainsi son rôle dynastique, et son histoire s'était donc terminée avant même la chute fatale. Le décès d'un vieux soldat de Grado troubla bien plus l'équilibre des pouvoirs. Le général Duessel était mort en paix à un âge avancé, et même s'il y eut comme toujours des rumeurs d'empoisonnement, Innes n'en avait cure. En revanche, ce qui le préoccupait, et ce qui devait aussi avoir traversé l'esprit d'Ephraim, était ce sentiment unanime que le feu général avait été le dernier honnête homme de Grado.

Ephraim avait assumé toute la charge de la reconstruction de Grado : Frelia avait fourni de l'or, Jehanna des forces de l'ordre mercenaires, et Rausten des prêtres et des précepteurs, mais les hommes de Renais avaient fait l'essentiel du travail, formant le cœur des forces de reconstruction. Et quinze ans après le début de leur ouvrage, il était clair qu'ils avaient mené un travail admirable, mais bâclé. Grado était un édifice au toit percé et aux fondations inondées, envahie à tous les niveaux par une pourriture rampante. Cette engeance, Innes le réalisa alors que les informations circulaient à la suite de la mort de Duessel, risquait de se répandre à Renais puis au reste de Magvel si rien n'était fait pour la contenir.

Grado avait besoin d'un homme fort pour nettoyer ses égouts, et aucun des souverains de Magvel ne pouvait être ce sauveur. Ephraim, toujours profondément affecté par la perte de Tana, avait déjà fort à faire dans son propre pays. Innes, pour sa part, devait déjà gouverner l'immense empire qu'il partageait avec L'Arachel – car le moins qu'on pouvait dire était qu'elle ne s'occupait pas le moins du monde de sa part du territoire. Quant au roi isolé de Jehanna, il ne voulait pas être mêlé à une affaire qui se déroulait hors de ses frontières sablonneuses. Mais sitôt qu'Innes pensa à Jehanna, la solution s'imposa à lui comme une évidence.

Il fit appeler son homologue renaisien à Mulan pour une conférence informelle sur l'état de Grado.

– Nous tenons notre homme pour Grado, dit-il sans préavis aucun. Le général Gerik ramènera l'ordre dans la capitale. Il a ma confiance pleine et entière ainsi que celle du roi Joshua.

– Oui, dit Ephraim, même s'il semblait plus diplomate que décidé. Même mon beau-frère dit du bien de lui.

Peut-être l'avis du Sage solitaire des montagnes fut-il l'argument qui fit pencher la balance en faveur de Gerik ; en tous les cas, Innes eut ce qu'il voulait, et très vite, le général de Jehanna partit pour le sud, avec l'ordre de faire le nécessaire pour assainir les marécages.

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"Vous m'avez envoyé dans un sacré bourbier." Même si elles avaient été retranscrites par la plume d'un scribe de Grado, les paroles de Gerik résonnaient avec clarté. Innes prit note de ce risque potentiel et décida d'envoyer à son homme un secrétaire frelian digne de confiance. Mais ce que découvrit Gerik se révéla pire encore que tout ce qu'Innes avait pu entendre par le biais des rumeurs. La corruption était omniprésente : du plus haut des juges au plus modeste de leurs agents, tous les rouages de l'administration étaient prêts à se vendre au plus offrant, et l'armée, le dernier bastion de gens honnêtes, s'était retrouvée tout aussi déracinée et politisée à la suite de la disparition du général Duessel. Les mercenaires de Jehanna étaient à présent les seuls garants de l'ordre, car l'armée démoralisée menaçait le peuple autant qu'elle le protégeait. Mais quelque chose d'autre de ce que Gerik lui avait rapporté dérangeait Innes.

Dotés de grandes ambitions mais de peu de fonds, les gouverneurs Renaisiens avaient décidé de financer la reconstruction au moyen de plusieurs manigances peu avouables, entre autres une loterie qui traitait des morceaux de papier comme s'il s'était agi d'or ou de pierres précieuses, une effarante quantité d'obligations et de titres de créance qui faisaient de même, et d'autres formes encore de spéculation. Une de ces escroqueries avait attiré à Grado de riches étrangers alléchés par la promesse de beaux domaines côtiers, là où il n'y avait que des marais malodorants.

– Très malin, confia Innes à son meilleur agent. Même les rats de Carcino n'auraient su inventer plus dément.

Rennac encaissa l'insulte faite à son pays avec le même sourire insolent que celui qu'il arborait devant tout le monde, y compris et jusques à son souverain. Innes ne trouvait aucun plaisir à le recevoir, mais quand il envoya son espion au sud avec la mission d'en apprendre plus sur ces histoires, il savait que le travail serait fait. Il avait fait suspendre une épée – au sens propre comme au figuré – au-dessus de la tête de l'escroc, et Rennac était toujours le premier à vouloir sauver sa peau. Sauf peut-être quand il était question de la vie et de la vertu de Sa Majesté la reine L'Arachel.

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Innes était à peu près sûr d'aimer sa femme. En tous les cas, il l'appréciait – il aimait faire courir ses doigts dans ses boucles pâles, et il aimait encore plus cambrer ce dos fier et raide et arracher des cris tout à fait profanes à ses sacro-saintes lèvres. Comprendre son esprit labyrinthique et dérouler les chaînes de sa logique absurde était un passe-temps en soi. Et elle n'avait de cesse de lui être utile, car elle était l'un des meilleurs outils qui fût pour disséminer une rumeur. Il suffisait de trois semaines pour qu'un commentaire qu'il lui avait fait dans l'intimité fût répété d'un bout à l'autre du continent.

– Je te chéris, lui disait-il avec honnêteté.

S'il avait pu concevoir sa femme parfaite, et ensuite, par quelque miracle, faire chair cette perfection abstraite, le résultat aurait sans doute été très loin de L'Arachel. Mais L'Arachel lui avait été donnée par la grâce de son père et des cieux, et il entendait bien faire usage de ses talents uniques. Cette fois-ci, le rôle exact de L'Arachel allait dépendre des informations que son petit escroc rapporterait de Grado.

Six longs mois s'écoulèrent avant qu'on ne revît Rennac à Frelia.

– Un nouveau page, remarqua-t-il ; son sourire était un peu déformé par les piqûres de moustique, mais il n'avait rien perdu de son insolence. Très beau garçon. J'imagine qu'il est de bonne race.

Innes ignora ses commentaires sur le fils de Vanessa, et commença à l'interroger.

– Imaginez une pyramide de ploucs où chacun en porte au moins deux sur les épaules, et cela à l'infini. Vous avez Grado, résuma Rennac.

– Bien. Qu'est-ce que vous voulez dire ?

– Il n'y a pas de vrai argent dans l'affaire, expliqua l'escroc, réussissant à inspirer à Innes une expression positivement horrifiée qu'il s'empressa de maîtriser. Oh, peut-être quelques écus chez ceux qui sont au sommet, mais le reste n'est que fiction. Des gens possèdent des millions et des millions en écus et en gemmes inexistantes, et en ont pour preuve des bouts de papier coloré.

– Comment cela a-t-il pu tenir si longtemps ?

– Il y a toujours un jobard de plus pour s'ajouter à l'affaire. En plus, ces gens ont une telle foi dans tout ceci que Sa Majesté la reine en serait impressionnée.

– Si vous voulez continuer à railler ainsi la reine, faites-le à vos risques et périls, prévint Innes. Pendant combien de temps la pyramide pourra-t-elle tenir ?

– Eh bien Sire, figurez-vous que je viens de vous mentir. Arrive un moment où on se retrouve à court de jobards. Et là, tout le machin explose comme un cadavre putréfié.

– Vous pensez à la Crise des Poissons Rouges de 769 ? Je me disais bien que tout ceci avait l'air familier.

Innes réfléchissait encore à ce problème bien longtemps après avoir donné congé à Rennac. Une fois qu'une bulle spéculative commençait à gonfler, il semblait impossible de l'arrêter. Elle grandissait comme une tumeur, et quiconque tentait de la faire éclater à dessein risquait de faire autant de dégâts que la bulle elle-même. Rennac avait raison de dire que tôt ou tard, la réserve de naïfs finirait par s'épuiser. Et ensuite ?

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Le problème Gradien fit perdre le sommeil à Innes comme jamais aucune autre affaire n'y était parvenue. Alors même que Gerik s'employait à réformer l'armée et l'administration de l'ancien empire, la menace de la bulle persistait tel le poison insidieux des monstres du Roi-Démon. Innes se souvenait très bien de ses effets : il suffisait d'une morsure ou d'une piqûre en apparence inoffensive pour que la victime perde sa force d'heure en heure, jusqu'à ce qu'elle fût guérie ou succombât au venin. Grado mourait à petit feu, malgré les réformes de Gerik, malgré les discours d'Ephraim, malgré les médailles, les honneurs et toutes les belles paroles.

Et Innes observait de l'extérieur, sachant pertinemment qu'il lui était impossible de sauver Grado pour l'heure. Il ne pouvait qu'attendre que le cadavre se mette à gonfler, et alors seulement il pourrait tirer ses traits.

– Vous savez, tout ça remonte jusque très haut, affirma Rennac, et il avait de quoi le prouver.

L'architecte de ces stratagèmes si ingénieux pour financer la reconstruction n'était autre que l'érudit errant qui avait jadis laissé le prince Lyon jouer avec le feu. Pire encore, Ephraim s'était lui-même embarqué dans ces manigances, prêtant son nom et sa réputation au premier cercle de spéculateurs qui se balançaient à présent sur le dos de mille "jobards".

– S'il s'était souvenu de la Crise des Poissons Rouges de 69, il y aurait réfléchi à deux fois, grommela Innes. Décidément, il ferait mieux se tenir à l'écart des problèmes qu'il ne peut pas régler à coup de lance.

– Comme tu as l'air lugubre ! lui dit L'Arachel dans la soirée. Un beau voyage, voilà ce qu'il te faut pour te reposer un peu l'esprit ! Caer Pelyn est splendide en cette période de l'année...

Innes n'alla pas à Caer Pelyn. Il y envoya Vanessa, qui lui rapporta que le village au creux des montagnes était en effet ravissant. Mais elle n'avait rien d'autre à dire sur le village ou ses habitants, et Innes se demanda simplement si qui ne dit mot consent vraiment.

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Il fallut deux ans et cinq mois au mal spéculateur pour faire son temps. Un beau jour d'automne, la vérité éclata tout simplement au grand jour : Ephraim n'avait pas d'argent pour rembourser ses créanciers de Carcino, pas un sou pour payer les mercenaires de Jehanna. Quand la bulle éclata à Grado, elle emporta avec elle l'équilibre financier de Renais. Le continent tout entier était au bord de la catastrophe, et pourtant, Innes se retrouva débordant d'énergie. Après tant d'attente, le moment était venu, et il devait mener une action rapide, efficace et radicale. La bulle était maintenant semblable à la gangrène : elle avait déjà emporté un membre qu'il était trop tard pour sauver, et il fallait maintenant trancher ce membre pour éviter que l'infection ne se propage au reste du corps.

Mais il avait tout d'abord un peu de nettoyage à faire à Frelia. Innes brûla les papiers en rapport et régla le problème de Rennac dans les vingt-quatre heures qui suivirent le moment où il découvrit "officiellement" le désastre financier. Il n'en dit rien à L'Arachel. Rien ne l'y obligeait : aux yeux de la loi, les époux comptaient comme un seul esprit hébergé en deux corps. Le désir du roi Innes était celui de la reine L'Arachel, et les intérêts de Frelia étaient ceux de Rausten. Qui plus est, il faudrait encore des semaines – ou des mois – avant que L'Arachel remarque seulement l'absence de Rennac.

Ses travaux domestiques étant accomplis, le roi Innes de Frelia partit pour Renais, accompagné par son page préféré, une escorte de chevaliers pégases, et un esprit clair. Après tout, il avait tout préparé avec soin – c'était bien la seule chose qu'il avait pu faire durant les dernières années. Carcino était entièrement d'accord avec lui, Jehanna ne comptait influer dans ses manœuvres, et les lettres envoyées à Caer Pelyn restaient sans réponse. Innes se demandait si le mari d'Eirika avait décrété que les missives du monde extérieur était une distraction indésirable et les faisait brûler sitôt qu'elles arrivaient.

– C'est une sale affaire, Vanessa, dit-il au chevalier qui marchait le plus près de lui.

– J'ai foi en vous, Votre Majesté, répondit-elle simplement.

– Tu as été avec moi durant toutes mes batailles, et je suis... heureux... que tu sois encore avec moi pour celle-ci.

– J'ai promis de ne jamais cesser d'être à vos côtés, dit-elle, et pendant un moment, elle parut redevenir la jeune femme timide d'antan, un chevalier tout juste adoubé et non un brillant commandant. Mais est-ce une bataille ?

– C'en sera une, mais je suis déterminé à gagner, affirma Innes.

– Hm, Votre Altesse ?

– Oui ?

– La reine L'Arachel a beaucoup parlé de l'aspect humain de cette visite. Elle a dit que le roi Ephraim était au plus mal...

– Il arrive que Sa Majesté en sache plus qu'elle n'en dit... ou qu'elle en dise plus qu'elle n'en sait.

La discussion en resta là.

Cela faisait plusieurs années qu'Innes n'avait pas vu son beau-frère, et il constata que le temps n'avait pas fait de bien à Ephraim. Le roi de Renais, qui n'était pourtant pas plus vieux qu'Innes, semblait son aîné d'au moins dix ans, avec son visage creusé de rides d'angoisse et les mèches blanches qui striaient sa chevelure en désordre. Même les yeux autrefois perçants semblaient vides. Ephraim n'était peut-être pas tout à fait un homme brisé, mais il avait l'air sacrément abimé.

– Cher frère, notre Tana serait mortifiée de te voir ainsi.

– Parfois, j'ai l'impression que tout mon bonheur est mort avec elle, rétorqua Ephraim.

Même sa voix avait changé ; le timbre clair qui avait jadis irrité Innes autant qu'il encourageait les troupes était devenu rauque.

Innes prit la bouteille de whisky frelian qu'il entendait offrir à Ephraim et en versa deux verres. Ses informateurs lui avaient dit que le roi de Renais alternait entre une consommation abusive et l'abstinence la plus totale ; soit il l'avait pris en pleine phase d'intempérance, soit la tentation du breuvage millésimé était trop forte pour qu'il y résistât.

– Parle-moi donc de ton malheur.

Ephraim but le whisky cul-sec. Innes agita son verre, laissant son contenu tourbillonner. A la lumière du feu, le whisky luisait comme de l'ambre brune. Il reposa le verre encore plein sur la table. Il regarda derrière Ephraim – qui était à présent assis, immobile et les yeux fermés –, fixant son regard sur un portrait de Tana tenant son fils aîné dans ses bras. Le garçon avait les cheveux sombres et le sourire innocent de sa mère. Innes resservit généreusement Ephraim. Ce n'était que par précaution ; le premier verre avait déjà suffisamment délié la langue d'Ephraim pour le faire parler du désastre en cours à Grado. Ephraim fit le tableau du triste état des choses sans se soucier du contexte ou de la chronologie, et si Innes n'avait pas eu une connaissance intime de ces affaires, il n'aurait jamais réussi à former un tout cohérent à partir de tout ceci.

– En effet, c'est un sacré sac de nœuds, conclut-il. Sois sans crainte, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour résoudre ceci.

Ephraim prit son verre.

– Je ne peux pas échouer, Innes. J'ai passé tant d'années...

Ses yeux parurent un instant vitreux, et il secoua violemment la tête avant de poursuivre.

– J'ai rêvé de la nuit où Eirika et le général Seth se sont enfuis du château assiégé. Je les vois partir, rongé par le désespoir, et je réalise alors que ce ne sont plus Eirika et Seth. Ce sont mes propres fils, qui n'ont chacun que l'autre pour se protéger alors qu'ils s'enfoncent dans les ténèbres.

Innes demeura silencieux. La terreur pure qui perçait dans la voix d'Ephraim jetait un malaise.

– Nous ne te laisserons pas échouer, Ephraim, déclara-t-il finalement.

– Je sais que tu le dis sincèrement, murmura son beau-frère.

Même rougis et injectés de sang, ses yeux étaient d'un bleu aussi vif qu'au jour de leur duel. Ils semblaient scruter le visage d'Innes, comme pour essayer de percer les secrets de son âme, cependant qu'Ephraim portait une fois de plus le verre à ses lèvres.

– Tu es encore une source d'inspiration pour tout Magvel, ajouta Innes. Tu es le héros bien-aimé, la légende immaculée. Je n'entends pas voir cela changer.

Ephraim s'arrêta en pleine gorgée. Il baissa son verre et fixa Innes avec perplexité. Comme d'habitude, il ne comprit qu'un peu trop tard.

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Le décès brutal du roi Ephraim jeta un voile de deuil sur Magvel. La nouvelle provoqua un profond choc, mais certains milieux n'étaient guère surpris, les rumeurs de la santé déclinante du roi ayant déjà commencé à se répandre des semaines avant l'évènement. A la demande unanime de la noblesse et du clergé de Renais, le roi Innes reçut la garde de ses jeunes neveux, et son tutorat en fit d'excellents politiciens et meneurs d'hommes. Il conclut pour l'aîné un brillant mariage avec la jeune princesse de Jehanna, et au cadet, il promit la couronne restaurée de Grado. A cette fin, Innes se plongea corps et âme dans une tâche titanesque : purger la gigantesque fosse septique qu'était la reconstruction de Grado. Nombre de têtes furent tranchées par la justice du roi, et d'aucun grommelèrent que le roi Ephraim, eût-il été encore de ce monde, aurait réglé les choses moins salement, mais le résultat fut irréprochable. Chaque jour, la renaissance de Magvel semblait plus proche, et chaque nuit, Innes de Frelia dormait du sommeil du juste.

Fin


Notes de Mark of the Asphodel : Écoutez, Innes a dit qu'il allait détruire Ephraim. Oui, empoisonner Ephraim ne cadre pas vraiment avec sa "bonté de cœur", mais il le fait pour les fils de Tana et pour le continent. Ça reste dur, je vous l'accorde... mais enfin, ce n'est pas plus OOC que tout le yaoi Innes/Ephraim. L'idée du "Général Gerik" est venue de ses dialogues de soutien avec Innes.

Note de votre humble servante : Que c'est beau... encore une fois, j'espère que vous aurez autant de plaisir à lire ceci que j'en ai eu à le traduire :D