L'histoire du Maharadja, de son fils et de sa fille
Chapitre 3
U turn
Cela lui crevait le cœur, mais il n'avait pas le choix. Il devait mettre un terme à la douleur et à la peine que son fils infligeait sur son passage, tuant des hommes et des femmes, des innocents.
Sa décision était d'autant plus cruelle car pour cette mission particulière, le maharadja voulait le meilleur de ses soldats. Il n'avait pas eu à réfléchir longtemps quant à l'identité de ce dernier. Mais paradoxalement c'est ce qui le fit hésiter. En effet, le soldat en qui il avait le plus confiance et qui était parfaitement entraîné, n'était autre que sa fille. Dans ses veines coulaient la colère et la soif de vengeance depuis la mort de sa petite sœur dans un attentat suicide à la bombe.
La fille reçut les ordres de son père et partit donc en occident, sur cette terre qu'elle n'avait jamais foulée, pour y accomplir son devoir.
Cependant, la jeune princesse, avait une idée derrière la tête. Elle espérait en secret pouvoir ramener son frère à la raison et s'enfuir avec lui dans un pays lointain pour le sauver du mal.
Malheureusement pour elle, ces espoirs s'envolèrent vite quand elle comprit que son frère ne voulait se résoudre à pardonner son père et avait semé sur son passage bien plus de terreur, de trahisons et de sang qu'il n'était acceptable pour un jeune homme doté de valeurs morales.
Son dernier crime était celui d'une jeune femme œuvrant pour la loi. Il l'avait tué de sang froid. Caché derrière son fusil à lunette, ça avait été facile. Il connaissait cette femme, il l'avait déjà rencontré plusieurs fois. Elle avait du charme, il n'y avait pas été insensible. Mais la fonction qu'elle occupait dans son pays en faisait une cible idéale. Elle travaillait au sein d'une équipe pour la sûreté de son pays. L'équivalent de ce que son père dirigeait en somme. Le jeune homme savait qu'en frappant en cœur de cette organisation il atteindrait son père car cela mettrait en péril les relations diplomatiques si difficilement tissées entre l'Orient et l'Occident.
Décidé à aller au bout de son acte, il voulut également tué le chef de l'équipe qui lui rappelait détestablement son propre père. Un homme de la cinquantaine, le cheveux grisonnant, attaché à son patrie. C'était à peu près les seuls points qu'ils avaient en commun à vrai dire. Mais aveuglé par la haine envers son père, le jeune homme haïssait cet homme et voulait faire de sa mort un symbole parricide qu'il revendiquerait comme un défi envers son paternel.
Envoyée par son père, la jeune femme infiltra l'équipe. Il y rencontra cet homme au passé douloureux (il avait perdu un enfant – comme son père pensa-t-elle). Elle fit également la rencontre du reste de l'équipe, attristée par la perte d'une des leurs. Elle remarqua la sensibilité et le sérieux du plus jeune. L'attitude provocatrice du plus âgé la fit sourire. Cet homme semblait ne doutait de rien ! Elle ne se laissa pas faire. Quoi de plus plaisant que de remettre ceux qui croient avoir tout vu à leur place.
Elle eut une discussion avec le chef qui croyait son frère responsable de la mort du membre de son équipe. Elle n'en croyait pas un mot. Son frère n'était pas un tueur, encore moins un tueur de femme. Un tueur de sang froid. Un tueur dénué de sentiments. Un homme qui avait vu sa mère et sa sœur mourir ne pouvait décemment pas abattre une jeune femme comme ça. Il savait la douleur que c'était. Elle ne faisait pas confiance à ces hommes qui accusait son frère à tort sans avoir de preuves. Ils ne le connaissait pas.
Plus tard elle eut son frère au téléphone. Il lui expliqua son plan de décimer l'équipe pour atteindre leur père par procuration. Elle n'en crut pas ses oreilles. Un plan si machiavélique ne pouvait émaner de son frère ! Lui qui avait été si protecteur envers elle. Lui, qu'elle avait mis sur un piédestal, qu'elle admirait pour son courage et la force de ses convictions.
Elle en eut le cœur brisé. Son monde s'écroulait. Tout s'assombrissait. Elle savait qu'elle ne pourrait le raisonner. Elle savait ce qu'elle devait faire. Son père avait donc raison. Son frère était « un poison qu'il faut éliminer avant qu'il ne se répande de trop ».
