Bien mieux à deux
Chapitre 3
Jalousie et Regrets
La lumière...trop vive…pourquoi le soleil n'était-il pas encore couché, ou juste, mois éblouissant derrière ses paupières closes ? Sanosoke se questionnait sur ce fait alors que le chant des oiseaux du jardin intérieur lui parvint l'instant d'après comme un rappel indéniable de l'heure qu'il était vraiment; beaucoup trop tard pour ne pas avoir été réveillé plus tôt. Sa tête se tourna légèrement sur le côté, dans un lent mouvement comme s'il lui fallait un temps d'adaptation à son propre corps et constata avec effarement que la couche qui aurait dû recueillir son frère d'arme était complètement vide ! Une légère panique le pris soudain jusqu'à ce qu'il ne se relève et finisse par s'asseoir, calmant de son mieux les battements effrénés de son cœur pour se souvenir des derniers évènements de la veille. Après la vague brûlante qui l'avait terrassée, Sano s'était traîné jusqu'à son lit, assurant ainsi un repos plus calme à son compagnon malgré ses demandes grommelées pour qu'il reste avec lui et ses bras tentant de le retenir à ses côtés. Seulement voilà, son absence au matin lui laissait une drôle d'impression, comme l'amant indésirable devant quitter le lit du péché avant le retour du véritable promis, la différence ici étant que Shinpachi n'ayant pas de relation stable, le lancier se sentait encore plus étranger à tout cela et une amertume particulièrement désagréable le saisit soudain.
Loin de vouloir garder ce souvenir de sa dernière nuit, surtout qu'il n'était pas du genre à être pessimiste pour si peu, le samourai se leva en baillant, préférant profiter de la belle matinée pour se dégourdir un peu les jambes avant le repas du matin et son tour de garde en ville. Il coulissa lentement la porte du jardin, constatant que les ouvriers se mettaient déjà en place pour réparer les dégâts d'il y avait deux jours et fouilla l'endroit du regard, constatant qu'il cherchait inconsciemment toutes traces pouvant êtes laissées par son compagnon. Un peu irriter par ce fait, quoi que pas vraiment dérangé mais surtout curieux de son propre comportement, ses pas le menèrent plutôt vers les salles communes où, sans aucun doute, il trouverait Shinpachi…ou plutôt, là où il pourrait avant tout manger un petit quelque chose voilà !
La pièce semblait assez animé et c'est avec l'esquisse d'un petit sourire qu'il y entra, découvrant une scène pour le moins surprenante, à savoir, Chizuru se retrouvant presque à cheval sur Hijikata, un linge doux à la main et tentant vraisemblablement d'essuyer son kimono. Un coup d'œil au reste de la scène lui apprit que la jeune femme avait fait une maladresse, certainement involontaire si l'on connaissait l'admiration démesurée que portait la petite au vice-commandant du groupe, et qui avait fait se renverser une quantité abondante de thé fraîchement infusé sur le démon. Ce dernier qui ne pouvait que rougir – de gêne ou de douleur ? – face à la réaction subite qu'avait eu sa jeune protégée de vouloir réparer les dégâts. Ce n'est pourtant pas ce qui accrocha le regard du rouquin mais plutôt un grand brun, assis en retrait avec Heisuke et qui se bidonnait sans même lui accorder un regard, à croire qu'il était devenu invisible aux yeux de tous…
« Ahum… »
Pour une entrée remarquée, ce le fut car tous les yeux se tournèrent immédiatement vers lui, certains plus insistant comme ceux d'Hijikata, peut-être demandant silencieusement ce qu'il voulait pour se démarqué des autres mais les ambres du lancier s'étaient déjà tournées vers les émeraudes de celui qu'il cherchait depuis le matin, les effleurant seulement en lui laissant de nouveau cette impression frustrante et incomprise d'être tout bonnement ignoré alors...qu'ils avaient couché ensemble !
« Bah alors…t'en fais une tête ! Viens t'asseoir ! Tu mangeras pas debout quand même, s'étonna Sinpachi en désignant le tatami qu'Heisuke venait de libérer expressément pour lui. »
Sano força un sourire qui pris plus l'aspect d'une moue, pourquoi se sentait-il soudain si mal à l'aise de s'asseoir à côté de lui ? Surtout qu'il avait ce point au cœur de le voir sourire au plus jeune de leur frère en rigolant de ses blagues. Pourquoi ne l'avaient-ils pas attendu pour prendre du bon temps ? Oui, il avait certainement l'air d'un gamin à raisonner ainsi mais c'était tout simplement plus fort que lui, il ne comprenait pas son propre comportement mais ne pouvait s'empêcher de ressentir cette réticence sournoise face au brun qui le regardait maintenant avec inquiétude. Tiens, c'est maintenant qu'il se fait du souci pour lui ? Et alors, ce matin quand il avait cru pouvoir le trouver dans le lit d'à côté, pourquoi n'était-il pas là ?
« Harada-san ? »
Une voix, douce et aussi légèrement inquiète lui fit relever la tête, reprendre un focus sur la situation présente et découvrir le visage crispé de Chizuru qui s'était approché de lui, un plateau à déjeuner encore intact dans les mains qu'elle lui tendait gentiment.
« Vous devriez manger, vous êtes bien pâle ce matin. »
Bien que surpris, il ne releva pas le commentaire et se pencha plutôt sur le plateau en remerciant la douce jeune femme d'un mouvement de tête. À ses côtés, Shinpachi n'avait jamais semblé si silencieux de toute sa vie et mangeait sans grand appétit, jouant davantage avec son riz qu'il pouvait le porter à sa bouche, surprenant encore plus Chizuru qui les dévisagea un bref instant avant de se retirer. Tous avaient sans doute remarqué l'étrange atmosphère qui régnait enter les deux car un silence pesant s'abattit sur la pièce et chacun plongea le nez dans son assiette, assez pour que Sanosuke ne se lève après un instant en s'excusant à tout le monde.
« Vous m'excuserez, Kondo-san, Hijikata-san, je n'ai pas vraiment d'appétit…
- Tu veux peut-être donner ton tour de garde pour te reposer, demanda le président, le trouvant tout aussi pâle et avec mauvaise mine.
- Non ! Non ça va aller, s'empressa-t-il de reprendre alors que les prochains mots passaient difficilement dans sa gorge. Juste une mauvaise nuit… »
À sa droite, Shinpachi s'étouffa avec une bouchée de riz, faisant éclater de rire Heisuke alors que Sano rentrait plutôt la tête dans les épaules, subtil, mais qui ne sembla pas échapper à Hijikata qui fronça les sourcils en replongeant le nez dans son bol à déjeuner. Aucun des deux concernés ne le vit mais le rouquin ne tarda pas à quitter la pièce en y laissant son plateau, choisissant de se diriger vers sa chambre pour aider les ouvriers à réparer la brèche. Ils y travaillèrent une bonne partie de l'avant-midi et ne s'arrêtèrent qu'une fois le soleil à son zénith pour le repas de mi-journée, du moins, c'est ce que Sanosuke cru jusqu'à ce qu'Heizuke ne fasse son apparition à la porte de sa chambre, légèrement essoufflé.
« Sano-san…tu es là ! Ils t'attendent…pour le tour de garde…
- Ah…et pourquoi c'est toi qui me le dit ?, demanda-t-il, faisant inconsciemment référence au fait que c'est Nagakura qui venait généralement le renseigner sur son horaire de la journée.
- Shinpat'-san a terminé depuis une heure, il a dit qu'il mangerait en ville mais…je peux te demander ce qui s'est passé entre vous ? »
Un sourcillement, très léger, un tic pour ainsi dire mais qui indiqua bien à Heisuke que quelque chose n'allait pas et qui finit bien par l'inquiéter à la vue de la mine soudain sérieuse de son compagnon. Si quelque chose n'allait pas entre ces deux-là…ce devait être assez grave. Le plus jeune baissa la tête, reconnaissant qu'il se mêlait peut-être de ce qui ne le regardait pas mais comment ne pas s'inquiéter de voir ces deux grands amis avoir un froid ? Il allait s'excuser avec l'intention de se retirer, le laissant se préparer pour son tour de garde quand Sano s'exprima d'une voix quelque peu…enrouée ?
« C'est rien…juste un petit différent. »
Si seulement il savait… Mais cela sembla convaincre Heisuke qui le laissa tranquille et un soupir lourd lui échappa au moment où il se retrouva à nouveau seul dans la pièce, les ouvriers ayant quitté pour le dîné. Que faisait Shinpachi en ville ? Bien sur Heisuke avait dit qu'il mangeait mais Sano le connaissait mieux que cela, préférant dépenser en boisson plutôt qu'en nourriture et qui refuserait un repas préparé par Chizuru ? À moins qu'il n'ait…un rendez-vous ? Cette pensée le figea sur place un instant avant qu'il n'éclate tout bonnement de rire. Non mais ! Quelle tête il faisait ce matin pour si peu. C'était tant mieux pour lui s'il parvenait enfin à se faire remarquer de ces dames, il devait être fier de lui et lui aurait du l'être aussi depuis le temps qu'il lui rabâchait les oreilles sur sa soi-disant popularité… Alors pourquoi à l'instant il était tout crispé, les poings fermés et la mâchoire serrée ? Qu'est-ce qui n'allait pas chez lui, serait-ce le souvenir de la nuit dernière…
Le corps de Shinpachi sous le sien, vivant mais vibrant d'une douleur qui marquerait à jamais ses chairs…sa peau moite de sueur et d'envie, ses mains dans son dos, ses doigts s'enfonçant dans sa peau… son regard brumeux par l'alcool et les larmes, le suppliant de continuer, sa voix apaisante quoi que légèrement tendue…ses gémissements, son plaisir apparent…
Seulement apparent, ne pu s'empêcher de penser amèrement Harada car s'il en avait été autrement ne lui aurait-il pas au moins dit bonjour ? Ou même porté un simple regard Au lieu de quoi, rien du tout. Et lui alors, avait-il le droit de ressentir ces choses pour lui ? Cette chaleur envahissante au souvenir de ce qui s'était produit, pourquoi refusait-elle de le quitter ? Pourquoi ne pouvait-il pas regarder Shinpachi comme tous les autres jours qu'ils avaient passé ensemble ? Cela faisait beaucoup trop de questions auxquelles il n'avait pas de réponse, et trop peu de temps pour en trouver car ces hommes l'attendaient pour la patrouille et il ne devait pas leur fausser compagnie sous peine de devoir s'expliquer à Hijikata en personne et franchement, il préférait éviter.
Il gagne le point de ralliement quelques minutes plus tard, n'ayant pas vraiment à se changer puisque ses rares vêtements avaient subis la colère de l'orage qui avait dévasté sa chambre deux jours plus tôt, et prit la tête de son petit groupe de patrouille. Le rouquin pressa inconsciemment le pas, secrètement impatient de parcourir les rues marchandes dans l'espoir d'y apercevoir son compagnon déserteur. Ses hommes remarquèrent sans mal son manque d'attention car il renversa un passant à deux reprises sans même avoir anticipé la collision, chose surprenante pour cet homme qui allait sans cesse aux devants des accidents. Lorsqu'il donna enfin l'ordre d'arrêt, tous soupirèrent de soulagement, lui-même étant assez à fleur de peau jusqu'à ce qu'un rire familier n'attire son attention vers un petit salon de thé où une tête brune reconnaissable d'entre mile se faisait gentiment servir par une belle jeune femme. Un juron sonore lui échappait l'instant d'après, faisant se retourner la tête de quelques-uns de ses hommes qui cherchèrent du regard le coupable de sa mauvaise humeur…sans le trouver bien évidemment. Qui se serait douté que leur capitaine se trouvait en pleine crise de jalousie face à une simple serveuse qui ne faisait sans doute rien de plus que son travail...
Les faits étaient pourtant là, Sanosuke ordonna à ses hommes de reprendre la patrouille alors que lui-même resterait sur place pour 'assurer l'ordre et la sécurité'…surtout celle de la personne de l'autre côté de la rue, à savoir, Shinpachi. Le lancier attendit le départ des guerriers du Shinsengumi pour se trouver un endroit à l'abri des regards mais qui ne l'empêchait pas pour autant de garder un œil sur son compagnon. Sur sa droite, une marchande s'échinait à empiler des caisses de fruits dont l'équilibre précaire menaçait de tout faire s'effondrer. Quel meilleur couvert que celui d'un stand de fruits et légumes, le Capitaine n'hésita pas un instant pour lui proposer son aide qu'elle accepta – non sans quelques rougeurs – pour retourner s'occuper de clients visiblement pointilleux. Une fois les caisses empilées, le rouquin pris place sur l'une d'elle, observant à la dérobée les faits et gestes de son inconsciente victime. Ce sourire, son regard qu'il ne semblait offrir qu'à la serveuse seule –et qui était bien loin d'être indifférente – ces grands yeux pétillants, le contact léger de sa main sur la sienne… Il se maudit intérieurement. Ça n'avait aucun sens, pourquoi en faire toute une histoire, ou plutôt, pourquoi cela l'affectait-il autant ?
Il n'eut pas vraiment le temps d'y réfléchir car une partie de ses hommes revenaient déjà et se faire surprendre à rêvasser n'était pas pour dorer son image. Au lieu de quoi, il alla à leur rencontre et dû bien être obligé de laisser derrière ses tourments, rentrant plutôt au bercail en se promettant de guetter l'arrivée du retardataire. Pourtant le destin en choisi autrement et il se retrouva de corvée à devoir nettoyer l'aile dans laquelle logeait la majorité des hommes. La journée avait rapidement défilée, le soleil suivant son éternelle course vers l'horizon était venu l'embraser de multiples éclats rougeoyants alors que les membres du Shinsengumi affluaient lentement vers les pièces de repas, notamment la plus grande où Kondo et Hijilata prenaient place. Fidèles à leurs habitudes, Saito et Soji furent les premiers en place, chacun près de leur dirigeant préféré, silencieux et attendant patiemment la venue de leur assiettée. Sanosuke les rejoignit rapidement, passant par les cuisines où Chizuru s'affairait avec entrain à peaufiner ce qui mijotait dans la marmite et allait s'y installer quand l'absence de son compagnon de toujours se fit remarquer. Un coup d'œil à la ronde confirma sa pensée que Shinpachi n'était pas de la partie et il se dirigea vers les plus hauts gradés comme pour l'entendre clairement dire, avoir une excuse plus valable que celle que son pauvre esprit s'amusait à monter pour le torturer. Peut-être refuserait-il désormais de partager son repas avec lui ?
« Kondo-san, le salua-t-il d'abord avant de se tourner vers Hijikata pour rendre la même politesse. Vous n'auriez pas vu Shinpachi ?
- Non…pas depuis ce matin, répondit Kondo qui ne pu camoufler sa surprise d'une telle demande venant du soi-disant inséparable du recherché.
- Ce n'est pas le premier repas où il nous fausse compagnie d'ailleurs, intervint Hijikata en posant son regard sévère sur le lancier. Il a des ennuis ? »
Nagakura ne su quoi répondre, lui-même ignorant la réponse à cette question, il ne pouvait pas tout simplement avouer qu'il s'agissait d'un caprice de sa part – si ç'en était un – depuis qu'ils avaient couché ensembles ! Rendre la chose banale, voilà ce qu'il fallait, éviter d'éveiller les soupçons en ramenant le tout par une petite blague de rien du tout. Il s'y préparait quand Hijikata reprit la parole.
« Il est distant depuis quelques temps, l'accusa-t-il avec raison, retrouves-le et règle ça avant que le doute ne gagne les rangs, nos hommes n'ont pas besoin de constater que leurs Capitaines se chamaillent entre eux en plus de faire front ! »
Sa voix avait monté mais Sanosuke savait que ce n'était pas dirigé contre lui, ni même contre Shinpachi. Le grand démon, derrière son masque, se faisait du soucis et rien n'était plus naturel selon lui c'es pourquoi il acquiesça silencieusement en se retirant. Il allait prendre sa cape pour se couvrir de la fraîcheur du soir quand une ombre dans les jardins intérieurs attira son attention et il prit aussitôt le chemin inverse pour la suivre…jusqu'aux porte du quartier général. Certain maintenant de connaître l'identité du fugitif, le rouquin ne réfléchis pas avant de le suivre hors des murs protecteurs, après tout, il fallait bien s'assurer qu'il ne courait aucun danger…
Ç'en devenait ridicule, il devait le reconnaître, après l'espionnage du matin, voilà qu'il prenait en filature son compagnon depuis leurs installations jusqu'en ville sans même savoir s'il ne sortait que pour une course. Peut-être Hijikata lui avait-il simplement demandé de faire un tour au marché pour le repas du soir…mais alors pourquoi ne s'était-il pas présenté dans la salle commune ? Surtout que Chizuru n'avait pas semblé avoir besoin de quoi que ce soit et que le souper allait être servit… Les possibilités défilaient dans l'esprit de Sano qui ne perdait rien du déplacement discret mais rapide de son frère d'arme, avait-il rendez-vous ? Cette idée le figea sur place un instant. Avec qui, et surtout pourquoi ? Rien dans son habillement n'était plus soigné que d'habitude, ou même dans sa chevelure constamment en bataille alors quoi ? Que venait-il faire à cette heure ? Il rapporta son attention sur lui et pressa le pas pour ne pas le perdre de vue.
À l'angle de la rue, le capitaine de division s'engagea dans une ruelle bien connue pour rassembler de nombreuses maisons de charme et salons de divertissement où la boisson coulait à flots. Il fut bien vite abordé mais rebroua assez spectaculairement tout ceux qui osaient l'approcher, vraiment pas d'humeur à jouer les charmeurs et accéléra le pas jusqu'à perdre de vu celui qu'il suivait depuis un bon moment déjà. Son compagnon avait apparemment trouvé le moyen de fuir sa filature, volontairement ou non et il allait abandonner ce jeu ridicule quand il le perçut, à l'autre bout de la rue, la chevelure brune bien familière qui pénétrait dans l'une de ces maisons de plaisir qu'ils avaient fréquentés ensemble quelques temps plus tôt. Il retint un grondement de frustration, les poings serrés sur le manche de sa fidèle lance, au moins elle n'irait pas voir ailleurs, elle ne le trahirait jamais. Car le lancier ne connaissait que trop bien la suite. Shinpachi boirait à ne plus pouvoir en tenir debout, il parlerait fort, empesterait sans doute l'odeur puissante du sake qui se mêlait pourtant si bien à son parfum naturellement musqué et parviendrait à convaincre la jolie serveuse ou même carrément une fille de l'endroit, de s'abandonner à lui pour quelques heures.
Ces images refusaient à quitter son esprit comme si elles avaient eu la volonté de revenir le hanter par simple plaisir de le voir souffrir…mais pourquoi en était-il si affecté ? Quoi de plus naturel pour un homme que d'assouvir ses envies avec une femme après avoir bu quelques verres ? L'idée qu'après la nuit dernière il aurait pu revenir à lui pour lui demander de recommencer ? Ç'en était pathétique de se mettre dans cet état pour si peu et pourtant… De retour au quartier général, Sanosuke ne salua personne, prenant le chemin qui le mènerait à l'aile de leur chambre et se glissa par une des portes en la refermant doucement. Il devait à tout prix évacuer ses pensées de son esprit, trouver quelque chose qui lui assurerait un sommeil lourd et sans le moindre questionnement. Non mais quel besoin avait-il à voir ailleurs ?! Ne lui avait-il pas suffit ? Ou bien c'est qu'il devait être constamment en manque… Un grondement étouffé échappa au lancier, sans le regard des autres il n'avait pas de masque à tenir et pouvait s'adonner à sa vraie nature sans problème, celle d'un homme tout ce qu'il y avait de plus normal aux prises avec de grands questionnements sur la profondeur de son attachement envers un autre.
Pourquoi réagissait-il ainsi ? Était-ce parce qu'il l'ai…
« Merde…»
Un souffle, échappé de ses lèvres alors que sa main venait se plaquer contre elles, comme si le geste pouvait enrayer la pensée et la conclusion silencieuse qui ç'en était suivit. Shinpachi Nagakura était un frère, un ami certes mais rien de plus…du moins…jusqu'à la nuit dernière. Qu'est-ce qui les liait maintenant ?
Ces questions l'assaillirent sans qu'il ne puisse y répondre, ne faisant qu'ajouter à son malaise, tellement qu'en sentant le mur fin dans son dos, il n'eut d'autre réflexe que de s'y laisser glisser jusqu'à se retrouver prostré, un genou sous le menton et l'autre jambe allongée, le solide manche de sa lance dans le creux de son épaule et la tête rejeté vers l'arrière. Que lui arrivait-il, quelle était cette poigne sournoise qui lui comprimait la poitrine à la pensée que Shinpachi ne reviendrait pas vers lui, qu'il avait trouvé un autre moyen de se procurer du plaisir ? Mais après tout, n'est-ce pas dans la normalité ? Ne lui avait-il pas dit, la veille au soir, qu'il s'agissait d'un essai, qu'il était tout simplement curieux ? Pourquoi s'était-il fait des idées, il n'avait pas apprécié et l'histoire était réglé non ? Il resta pourtant ainsi, longtemps, à en avoir les membres engourdis jusqu'à ce que ses sens perçoivent des pas lourds dans le couloir, s'arrêtant juste devant la porte de la chambre où il se trouvait…et ne l'ouvre.
Depuis l'entrée, Shinpachi avait une vue d'ensemble sur sa chambre et c'est un scintillement inhabituel dans un coin de la pièce comme le reflet de la lumière sur une lame qui lui fit froncer les sourcils et dégainer son katana en avançant prudemment alors que la silhouette restait immobile. Il s'apprêta à charger quand il cru reconnaître les traits floués du visage, il fallait dire aussi qu'il avait un peu abusé du sake et donc, que sa vision en était légèrement altérée.
« Sano…?, demanda-t-il d'une voix presque caverneuse. Qu'est-ce que tu fais là ?
- T'es enfin rentré…t'as passé le couvre-feu tu sais ?, répliqua-t-il du tac-o-tac en évitant la question, bien sur qu'il savait qu'il se trouvait dans la chambre de Shinpachi et non dans la sienne bien qu'elle soit réparée.»
Le fêtard s'approcha, rengainant son arme et se penche au-dessus de Sanosuke pour l'observer, les sourcils froncés et visiblement un peu contrarié.
« Tu m'fais la gueule parce que j't'ai pas amené c'est ça ? Tu t'fiche pas mal d'avoir dépassé le couvre-feu d'habitude…, déclara-t-il, un brin accusateur et il avait visé juste en quelque sorte.
- Oui t'as raison, répondit-il en soupirant préférant de pas avoir à l'affronter ce soir alors qu'il tombait de fatigue de s'être inquiété pour lui et il se leva donc en s'arrêtant à sa hauteur, arborant un sourire factice mais qui échappa complètement à Shinpachi. La prochaine fois, amène-moi donc, j'aime pas quand tu t'amuse sans moi, conclut-il en posant une main sur son épaule et la serrant doucement, un peu trop longtemps ?»
Si on lui avait dit un jour qu'il aurait à mentir à son ami de toujours pour éviter les discussions sérieuses, Sano ne l'aurait pas cru mais c'était bel et bien ce qui venait de se produire à l'instant. Pire ! Il avait agit ni plus ni moins sous le coup d'une jalousie qu'il ne parvenait pas à comprendre, accusant involontairement son ami de le laisser de côté alors qu'il était convaincu que ce n'était pas à mal…à moi qu'il ne veuille définitivement plus de lui à ses côtés ? Peut-être le fait d'avoir accepté sa demande de coucher avec lui l'avait-il dégoûté ? Rien n'était moins sur mais la douleur qui le tiraillait sournoisement était on ne peut plus réelle et donc, impossible à oublier si facilement, tout comme le visage innocent de son compagnon au moment de le découvrir dans sa chambre. Qu'avait-il donc fait pour que la simple idée de le voir dans les bras de quelque d'autre le dérange à ce point ? En était-il à ce point où le voir poser les yeux sur quiconque le rendait malade…alors dans ce cas, c'était indéniable, Shinpachi n'était plus son frère d'arme, ni même son meilleur ami, il était devenu son obsession…il ne le voulait que pour lui et lui seul !
