Alors… avant tout, je ne pensais pas vraiment publier ceci, enfin, pas dans l'immédiat, ayant toujours beaucoup trop de projets en cours et d'idées neuves qui n'aboutissent pas toujours. Mais j'écris ceci depuis janvier, petit à petit, quand j'y pense, et il y a trois ou quatre jours, j'ai commencé à écrire ces chapitres à partir du reste (cinq en tout, pour le moment, et un sixième à suivre). Deuxièmement, avant que je n'oublie, il se pourrait que quelqu'un y voit des incohérences (même si j'espère que non), parce que ceci est un AU (alternative universe) à propos de plusieurs idées qui me trottaient en tête depuis un moment déjà, qui n'a donc rien à voir avec le reste de mon univers. Et qui n'est pas en accord avec 2199 non plus, même si c'en est théoriquement une suite. Vous allez voir.


Année terrienne 2200, année gamilon 1114.

La première nuit, Sestrel pleure dans cet environnement étranger et Falis en vient à ne plus savoir quoi faire pour la consoler.

-Est-ce que tu crois que papa va bien? finit par demander la petite fille, entre deux hoquets.

Falis passe les doigts dans ses longs cheveux.

-Bien sûr que si.

Ce pourrait n'être qu'un horrible mensonge, mais elle est incapable de répondre autre chose. Où est passé cet idiot? Celui qui devrait prendre soin de cette enfant?

-Chut, murmure-t-elle encore, essuyant comme elle le peut les larmes de Sestrel.

La petite finit par s'endormir au bout d'une éternité, vaincue par la fatigue ou la tristesse. Falis la garde sur ses genoux, craignant de la réveiller, reste à contempler son petit visage. Est-ce réel? Qu'elle est sa mère, maintenant qu'il n'y a plus personne d'autre?

Sanada finit par débarquer au milieu de la nuit. Il reste un instant immobile, peut-être perplexe devant la scène.

-Entre! lui jette Falis, aussi sèchement qu'elle le peut à voix basse.

L'homme esquisse un mouvement maladroit, sincèrement désolé. Falis regrette déjà, mais cela ne semble pas important.

-Elle dort? chuchote-t-il en venant s'assoir.

-Oui.

-Kodai est décédé cette nuit.

Oh. Falis grimace. Encore une mauvaise nouvelle à annoncer à Sestrel.

-Tu veux que… que je lui dise, demain? suggère maladroitement Sanada.

-Non, dit Falis en entourant la fillette de ses bras. Je lui dirais moi-même.

-Et son père… poursuit l'homme.

-Il est mort?

-Je ne sais pas. J'ai demandé un peu partout- j'ai fait le tour du Deuselar, je suis allé sur le Yukikaze, au cas où, et puis…

-Ça va, j'ai compris, le coupe Falis. Tu l'as trouvé ou pas?

Sanada fait lentement signe que non.

-Personne ne l'a vu.

Falis acquiesce machinalement. Elle s'y attendait de plus en plus au fil des heures. Elle baisse les yeux vers la fillette, toujours endormie contre elle. Elle est paisible, pour l'instant. Si elle pouvait le rester, songe Falis. Si elle pouvait dormir jusqu'à ce que tout soit fini.

-Je suis désolé, dit Sanada.

Falis lui offre un pâle sourire.

-Je sais.

Ils restent un instant silencieux, l'un en face de l'autre, Sestrel entre eux.

-Ça ira, ici? finit-il par demander, brisant le silence.

-Je ne sais pas.

-Vous avez un lit, et je vous ai trouvées à manger. Ça devrait aller.

Falis étouffe un rire.

-C'est optimiste.

-Nous sommes vivants, réplique Sanada comme s'il n'avait pas remarqué l'ironie dans sa voix ou choisi de l'ignorer. Et nous le serons encore demain. Le reste, nous verrons.

Il tend timidement la main pour flatter la joue de la fillette, replaçant une mèche derrière son oreille. La femme attend quelques secondes, mais la fillette ne se réveille pas, la tête toujours appuyée contre l'épaule de Falis. Elles sont blondes toutes les deux. C'est facile de faire croire qu'elles sont mère et fille.

-Resteras-tu? propose-t-elle spontanément, sans trop y réfléchir.

Et il rougit- rougit! Falis ne peut que s'en amuser. Il parait plus jeune que son âge, tout d'un coup. C'est curieusement adorable.

-Pas dans ce sens, précise-t-elle en désignant du menton l'enfant dans ses bras. En tout cas, pas devant elle.

C'était perfide. Mais c'était si facile. Quel âge a-il, en réalité? Une trentaine d'années environ. À peine plus jeune qu'elle.

-… mais elle serait contente de te voir, ajoute-t-elle. Et je serais ravie d'avoir de la compagnie.

L'homme hésite encore, réellement indécis. Il regarde Sestrel, puis la chambre, Sestrel à nouveau. Ce n'est qu'un bout d'une longue minute que son regard revint sur Falis.

-Je reviendrai quand elle sera réveillée, dit-il en guise de compromis. Tu m'appelleras.

Falis hoche la tête en guise d'assentiment. Il fait un pas en arrière et elle l'arrête.

-Merci, dit-elle simplement.

Il ne répond rien, pas même une formule de politesse. Il sourit, acquiesce et disparait, refermant la porte derrière lui. La femme redépose l'enfant sur la couchette, se levant enfin. Elle dort, toujours en paix. Comme Falis l'envie, en ce moment.