PROLOGUE


Tout d'abord, je désire noter que cette fic est un cadeau-surprise, mais davantage une surprise pour moi pour me challenger, étant donné que certains éléments ne m'ont pas été donnés. C'est par exemple pour cette raison que je n'annonce pas de pairing, pour la bonne raison que je ne sais pas du tout quel pairing interviendra possiblement, même si j'ai quelques idées, connaissant les préférences de mon amie. Le choix lui en reviendra entièrement, donc vous en savez autant que moi à ce stade sur ce point.

Deux choses sont certaines cela dit : si vous ne supportez pas le gore, l'horreur, la violence, cette fic n'est pas pour vous. Les films et les livres Harry Potter sont pour enfants, cette fic non. Si vous êtes adepte du concept de Hermione en princesse qu'il faut sauver à tout prix H24, cette fic n'est pas pour vous non plus. Je ne dis pas que ça n'arrivera jamais et qu'elle n'aura jamais besoin d'aide, mais ici on aime les femmes qui se battent XD De toute façon, si vous n'aimez pas ça, vous ne passerez pas ce prologue XD

Notes : je trouve pour ma part, concernant le personnage de Fenrir Greyback, que son adaptation en film n'était pas du tout suffisamment horrifique et, étant une grande fan des Demon's Souls, Dark Souls et Bloodborne, je l'imagine bien davantage comme une sorte de Père Gascoigne de Bloodborne en VRAIMENT pire. Pour son apparence, elle est donc plutôt du côté très horreur de celles que vous pourrez trouver sur le web (de vrais crocs, des traits très éloignés d'un homme etc - meilleure exemple = principale illustration de l'article du site de la gazette du sorcier sur lui, ainsi que les concepts art pour lui par Rob BLISS)


Partis. Sans elle.

Bien sûr, au début, quand Bellatrix lui avait craché ça au visage, avec une joie sadique non dissimulée, Hermione avait refusé d'y croire... puis ils lui avaient montré la cave vide. Elle avait été torturée encore, parce que la perspective d'être abandonnée, "laissée derrière", l'avait transportée dans un état de panique. Un jour était passé, puis un autre, puis encore un autre... et ainsi de suite... Elle avait cessé de compter ces foutus jours, pour la simple et bonne raison qu'elle ne voyait pas un traître rai de lumière ici-bas, dans sa geôle du manoir Malfoy. Journées et nuits se mixaient en un continuum temporel atrocement fluide et immuable, qui la rendait malade.

Son unique notion du temps filant était le nombre de fois qu'ils la sortaient de sa cellule pour la torturer à coups d'endoloris, de sectumsempra. De temps en temps même, ils lançaient le sortilège de l'imperium et la contraignaient à se blesser elle-même. Cependant, ils la gardaient en vie et, pour cause, elle faisait tout pour le rester. Elle prenait garde à ne rien révéler de crucial, à ne divulguer que des informations non vitales sur la résistance, mais le peu qu'elle leur offrait lui avait pour l'heure permis de survivre. De rester... utile. Assez en tout cas pour mériter un bout de pain sec et un bol d'eau de temps en temps et de ne pas finir déchirée entre les crocs des loups-garous, Greyback en tête, ou torturée à mort par les Mangemorts.

Parfois, pour tenir, elle s'évertuait à se remémorer aussi fidèlement que possible le moindre petit moment heureux passé avec ses amis, avec Harry, avec Ron... Elle ne leur en voulait même pas. Elle comprenait leur décision logique ; ce n'était pas comme s'ils avaient eu le choix. C'était la seule chose à faire et ils n'avaient eu qu'une poignée de secondes pour prendre cette terrible, mais nécessaire décision. Elle savait qu'ils étaient très certainement en train d'échafauder des plans pour la récupérer, mais... tiendrait-elle jusque-là ? Ou ne viendraient-ils que sauver ce qui n'était plus ? Venir pour découvrir un vulgaire cadavre dans une froide cellule ?

Dieu merci, pour son mental au moins, elle ne possédait aucun miroir et s'efforçait de ne pas regarder dans ceux qu'elle croisait quand ils la sortaient pour sa session journalière de souffrance. Le stress, l'épuisement, la malnutrition. Sa chevelure autrefois opulente à présent terne. Elle perdait des cheveux. Ses muscles se délitaient, se faisaient bouffer peu à peu, son corps ne recevant pas assez de nourriture. Son visage prématurément marqué, vieilli, ses joues auparavant pleines maintenant creusées, ses lèvres fendues, gercées, ses yeux cernés et paraissant immenses à cause de l'intense maigreur. Evidemment, elle n'était jamais lavée ; un clochard aurait été plus présentable qu'elle l'était aujourd'hui.

Ils me changent en Gollum, avait-elle pensé un jour et la pensée lui avait arraché un ricanement aigre et amer ; elle était douloureusement consciente, sans s'y être confrontée, sans avoir entraperçu son reflet qu'elle s'attachait à fuir, de sa déchéance et de sa condition horrible.

Jamais, pourtant, l'espoir de s'échapper ne s'évanouit de son esprit. ça la gardait en vie au travers de toutes ces horreurs. Immédiatement après son arrivée, quand elle ressemblait encore à un être humain au moins, elle avait écarté l'idée de tenter de séduire l'un d'entre eux pour sortir. Hermione n'avait jamais été ce que les gens appelaient une "belle femme". Elle était petite, plutôt mince certes, mais très loin des mannequins élancées, gracieuses. Personne ne serait damnée pour elle, rien qu'en la voyant. Son charme provenait de sa personnalité et son intelligence. Physiquement, elle était plutôt quelconque en réalité. Cheveux châtain foncé, yeux marrons. Des traits pas affreux, mais pas du tout éclatants de beauté non plus. Et, pire que tout, elle était une sang de bourbe. Au milieu de Mangemorts, des fanatiques du sang pur. Ils ne l'auraient pas touchée avec un bâton tant elle les écœurait par sa seule existence.

Alors elle avait considéré ses autres options. Pour ne retenir qu'une seule chose au final : elle devrait sortir de là par la force. Sa cellule était profondément enfouie sous la terre et la fréquence de leurs allées et venues prévenait toute tentative de creuser une échappatoire ou d'essayer d'en créer une au fur et à mesure. Au-delà de ça, ils avaient bardé sa "cage" d'enchantements. Quand bien même, par elle ne savait quel miracle incroyable, elle parviendrait à remettre la main sur sa baguette, elle ne lui serait d'aucune utilité derrière ces barreaux.

Elle savait que cela prendrait du temps, que lorsque l'opportunité se présenterait enfin, elle devrait sauter dessus sans la moindre hésitation. En attendant cette fantastique chance, elle devait "préparer le terrain". Elle se montrait docile. Elle ne luttait plus. Elle se laissait tranquillement emmenée vers la salle du torture et reconduire. Elle ne soufflait jamais mot. Elle n'insultait personne ; elle ne regardait personne dans les yeux. Elle fixait le sol et ses pieds. Elle se montrait délibérément effacée et soumise, si bien qu'au début ils venaient à quatre ou même cinq pour la chercher, mais, avec le temps passant, ils n'étaient plus que trois, puis plus que deux et... enfin... parfois, un seul Mangemort descendait à sa cellule. Parce que "elle était facile à gérer".

Par chance, elle pouvait s'habituer au mépris, au dédain et aux menaces de Lucius, de Bellatrix et les autres mages noirs, même à leurs sortilèges impardonnables. Mais jamais elle n'aurait pu se débarrasser, se dépêtrer de ce malaise latent et pesant qu'elle ressentait jusque dans ses os et qui lui retournait l'estomac quand Greyback se tenait simplement dans la même pièce qu'elle. Il n'avait même pas besoin de lui dire un traître mot ; il la terrifiait. Parce qu'il était différent, il était à part ; parce qu'il n'était en rien proche de quoi que ce soit qu'elle connaisse. Le peu qu'elle en savait lui avait donné ses pires cauchemars. Le loup-garou le plus sauvage de tous les temps, connus pour dévorer des gens vivant, même dans sa forme "humaine". Un cannibale sadique perverti par sa soif insatiable de sang, chez qui les instincts primaires l'emportaient sur la raison et sur quoi que ce soit d'autre.

Une bête humaine.

Quand l'homme joue à la bête, il devient la chose la plus horrible qui soit. Même les Mangemorts avaient encore une part d'humanité. Ils servaient une idéologie, possédaient des croyances, étaient mariés, avaient des enfants, pour la plupart. Ils demeuraient humains, certains fous à lier, mais toujours humains. Lui, Fenrir, non. Il était devenu... quelque chose. Ou peut-être l'avait-il toujours été. Il était comme un fauve, un animal sauvage avançant derrière un masque de "pseudo-humain" ; il était imprévisible. Et l'imprévisible terrifiait Hermione.

Les mots qu'elle avait confusément entendus sortir de sa bouche monstrueuse, pendant que Bellatrix la torturait pour la première fois, tournaient encore dans sa tête. "J'en prendrais bien un morceau ou deux." Hermione n'était pas une gamine écervelée ; elle sentait bien que cette phrase pouvait avoir deux significations, bien différentes, mais tout aussi atroces l'une que l'autre.

Fort heureusement, sa nature de loup-garou l'ayant largement emporté sur l'homme, Greyback passait le plus clair de son temps dehors, dans les bois, à chasser. Animaux, gens. Peu lui importait. Et, par conséquent, en dehors du jour où il l'avait amenée, Hermione ne l'avait plus croisé qu'une fois ou deux. Si elle venait d'être torturée et saignait abondamment, elle pouvait deviner ses reniflements affamés, mais, dans les autres cas, il ne semblait plus même noter sa présence. Au moins, il ne faisait aucun commentaire à son propos. Elle n'avait plus que la peau sur les os ; elle ne devait pas être une proie très appétissante.

Que cette menace effroyable soit quelque peu "écartée" renforça la résolution d'Hermione de s'échapper. Si Fenrir avait été davantage rôdant autour du manoir et à se préoccuper d'elle, elle aurait sûrement reconsidéré la question. Avec son flair, ses aptitudes de chasseur, il n'aurait eu aucun mal à la traquer où qu'elle aille.

Une vieille porte déglinguée d'une autre cellule avait perdu quelques longs vieux clous qu'Hermione scrutait patiemment avec envie. Un beau jour, le mage venu la quérir en poussa un sans prendre garde vers sa cellule et, de retour de la torture, une fois livrée de nouveau à elle-même, elle réussit à mettre la main dessus. C'était loin d'être une vraie arme, mais, dans les bonnes circonstances, ça pourrait causer assez de dégâts pour constituer sa clef de sortie.

Ne restait plus qu'à attendre... Elle n'était pas un prédateur dans l'âme, comme sûrement l'était Fenrir ; elle n'aimait pas attendre, anticipant sadiquement le meurtre. Elle n'en dormait quasiment plus. L'excitation se mêlait à la peur. Car, maintenant, elle avait peut-être une infime chance. Elle voulait juste "en finir, s'en débarrasser". Mais tout pour sortir d'ici.

Elle sut que le jour était venu quand elle entendit le son de pas qu'elle connaissait ; elle avait appris à les reconnaître au simple son de leurs pas. Les bruits racontaient tant. Ils trahissaient des fragilités, des manques d'équilibre d'un côté ou de l'autre. Serrant le vieux clou dans sa main repliée sous son corps allongé de côté, face au mur, dos à la porte, elle ferma les yeux et feignit non pas de s'être endormie, mais d'être morte. Son corps ne bruissait pas. Grâce au manque de repos, combiné à l'éreintement, si bien que, malgré sa maigreur avancée, les battements de son cœur n'étaient pas visibles. Ou alors de très près. Et quand il serait très près... il serait mort.

La séance de torture de la veille avait été particulièrement violente. Le tout, son propre trépas, était plus que plausible. Il mordrait à l'hameçon ; il fallait qu'il morde à l'hameçon. Ma seule chance. La pensée tournoyait violemment dans l'esprit d'Hermione, alors qu'elle patientait... encore et encore... pendant qu'il l'appelait. La sommant de se lever. De se réveiller. Chose qu'elle ne faisait évidemment pas. Elle restait parfaitement immobile.

C'était une chose que les bêtes faisaient. Pour attraper leur proie. Prétendre être endormis, prétendre ne pas être une menace en aucune manière. Et... juste quand la proie trop curieuse s'approchait suffisamment, frapper. Tout droit à la gorge. Directement dans la jugulaire.

Maintenant.

Il était penché sur elle ; il allait tenter de la faire basculer vers lui pour vérifier son pouls. Aussi rapidement qu'elle le pouvait, elle redressa la buste et planta le clou à travers sa gorge. Elle loupa le premier coup. Elle transperça la trachée, mais le mangemort était si choqué par la douleur et le retournement de situation qu'elle eût le temps de lui arracher sa baguette en se ruant sur son bras, en brisant probablement un os ou deux avec tout son poids. Ensuite, elle put ajuster son coup. Celui qui serait fatal et enfonça le clou droit dans la gorge une fois de plus.

Quand elle le retira, elle sut qu'elle avait touché juste. Un véritable jet de sang jaillit, éclaboussant le sol souillé et son visage. Le mage porta instinctivement sa main à sa blessure, dans une tentative bien vaine de vouloir stopper l'afflux sanguin. Elle replanta le clou quand même. Encore et encore. Tout de suite, elle était folle de joie que sa cellule ait été six pieds sous terre, car personne n'entendrait ses cris d'agonie.

Elle grimpa sur lui. Le sang giclant toujours furieusement de la gorge du mage, qui se débattait toujours, mais avec de moins en moins de force, tant il se vidait vite de son sang. Chopant une pierre qui n'aurait jamais suffi à elle seule, mais qui maintenant suffisait amplement, Hermione lui cogna le crâne avec. De toutes ses forces. Avec toute sa rage. L'os craqua et s'enfonça sous les coups, des filaments de cervelle se mélangeant au sang.

Inspirant à fond, Hermione se releva, avant d'expirer. Se rappelant ces exercices respiratoires qu'elle avait coutume de pratiquer pour se calmer. Ses mains trempées de sang tremblaient toujours. Elle serra les poings. Sa chance se concrétisait, mais elle n'était pas encore dehors. Loin de là.

Je peux le faire.

Je VAIS le faire.

Non sans appréhension, elle ramassa la baguette du mangemort, tombée au sol durant l'altercation. Ou plutôt... l'assassinat. Hermione n'ignorait pas qu'utiliser une baguette qui ne lui appartenait pas, et d'un mage noir qui plus est, risquait de ne pas fonctionner du tout, voire de se retourner contre elle. Mais elle devait essayer. À situations désespérées, mesures désespérées.

T'as plutôt pas intérêt à m'emmerder.

Hermione contempla la baguette quelques secondes, avant d'entreprendre de fouiller rapidement le cadavre à ses pieds, baignant désormais dans une large flaque de sang. Qui aurait cru qu'il y avait tant de sang dans un corps ? Il avait un poignard ! Caché dans sa botte droite. Probablement la raison pour laquelle, dans son accès de panique et pris par surprise, il n'avait pas dégainé ou même essayé de le faire. Hermione s'en empara. La baguette dans sa main droite et le poignard dans sa main gauche, elle contempla la porte de sa geôle, de sa prison... grande ouverte, juste pour elle. ça ne signifiait pas la liberté pour autant... mais elle s'en approchait à petits pas. Elle devait rester concentrée.

Le premier pas hors de la cellule fut le plus dur à accomplir. Tant d'habitudes, tant d'appréhension de ce qui se trouverait peut-être derrière, dans la pénombre de l'escalier qui montait. Mais elle fit ce pas. Elle sortit et entama la montée silencieuse des marches. Des lueurs de chandelles lui parvenaient peu à peu, éclairant son monde se résumant autrefois à la nuit la plupart du temps. Elle levait chacun de ses pieds nus tout doucement, avec lenteur, pour créer le moins de sons possible. La sensation des pavés glacés sous ses plantes de pieds endurcies par la corne qui s'était créée à force d'aller et venir sans souliers, sans rien.

Elle aboutit à un corridor, les murs tendus de draperies arborant le vert répugnant de Serpentard, maison si chère à ces satanés Malfoy, et couverts de portraits de famille plus ridicules et pompeux les uns que les autres. Si elle avait eu du temps à perdre, Hermione aurait volontiers craché sur chacun d'eux. La colère, la haine, bouillonnaient en elle. Son esprit bien qu'aussi sensible et humaniste qu'avant demeurait échauffé par l'adrénaline du meurtre. Et l'envie furieuse de vivre.

Brutalement, elle se pétrifia. Des pas. Des bruits de talons. Mais la voix qu'elle perçut ensuite n'appartenait pas à Bellatrix ou Narcissa. Hermione tâcha de rassembler ses pensées. Se faufilant en prenant garde d'éviter des planches qui, selon son expérience, craquaient, elle se déplaça jusqu'à de longs rideaux et se tapit derrière. Elle devait autant que possible éviter d'encourir des risques inutiles en utilisant la baguette qui ne lui appartenait pas et dont elle avait tué le porteur et donc s'en remettre au couteau. Les talons venaient de son côté. Elle pouvait compter les pas avant qu'elle ne l'atteigne. Qu'elle n'arrive à sa hauteur.

La surprise demeurait sa meilleure arme. De manière générale après tout, l'arme ultime. En toutes situations.

Personne ne s'attend à moi.

Dès qu'elle fut à sa portée, Hermione l'enveloppa et dans ses bras et dans l'immense rideau, la bloquant dedans et, sans attendre, poignardant rageusement à l'aveugle, perçant la femme de toutes parts. Le vermeil du sang colorait les rideaux, chassant le vert. Doucement, elle accompagna le corps dont la vie s'échappait pour qu'il glisse sans fracas sur le sol, toujours enveloppé dans le rideau.

Combien d'entre vous sont ici aujourd'hui...

Et surtout... lesquels. Hermione n'avait pas fait un pas qu'un sort la frôla. Elle se rua contre le mur opposé.

- Salope ! entendit-elle crier, avant qu'un autre sort, cette fois-ci, ne l'atteigne.

Elle s'effondra en travers du couloir, alors qu'un homme courait vers elle, la face défigurée par la fureur. Il pointa sa baguette sur sa gorge, tout en lui commandant de lâcher son arme. Comme elle s'y refusait, il écrasa son poignet avec son pied. Un os craqua distinctement sous la pression de la semelle. Par réflexe, la main tachée d'Hermione perdit le couteau, que l'homme s'empressa d'écarter de son pied. Hermione suivit de son regard désespéré la lame glisser si loin d'elle sur le parquet. Elle ravala un sanglot d'abattement. Puis, ce fut alors que l'homme réalisa ce qu'elle tenait dans son autre main. Et, plus que tout, il sut identifier quelle baguette elle tenait. Son expression changea encore ; son visage se contorsionna horriblement, alors qu'il lui arrachait la baguette de la main, comme si était une pestiférée.

- Comment as-tu osé ! Où est-il ? Tu l'as tué aussi ? lui hurla-t-il au visage, la soulevant par la gorge et la frappant à multiple reprises contre le sol. Saloperie de sang mêlé ! Réponds !

Chaque fois que sa tête cognait contre le parquet, Hermione devait lutter pour ne pas perdre conscience. Son bras droit tendu vers le cadavre de la femme était à deux doigts d'attraper sa chaussure. Il la frappa encore et elle sentit ses doigts se replier autour du talon. Un talon aiguille, fin et long. Qu'elle planta droit dans l'œil de l'homme. Le globe oculaire dégagea hors de l'orbite dans un gargouillement glauque accompagné d'un petit bruit presque cocasse, quand Hermione retira la chaussure. Alors qu'il hurlait de douleur, sa main sur ce trou désormais béant au milieu de son visage, elle roula de côté et rampa vite vers le couteau, le récupérant et se ruant derechef sur l'homme. Elle s'acharna à viser la gorge, l'option la plus sure, mais dut innover tant il bougeait. Mais elle parvint à perforer son artère axillaire, le couteau plongeant jusqu'à la garde sous son aisselle, pendant qu'il se débattait et essayait de la dégager.

Elle ne prit pas la peine de pousser son corps sous le rideau aussi. Il y avait tant de sang partout et elle n'avait de toute manière pas lancé de sortilège pour nettoyer le sang dans la cave et l'escalier. Chacun de ses pas laissant dans son sillage des empreintes ensanglantées. Elle envisagea bien d'essayer de se travestir aussi, en piquant les habits de mangemort de la femme, mais rien que la cape s'avéra immédiatement bien trop longue pour que ce soit crédible un seul instant. Elle s'accorda juste quelques instants pour essayer les trois baguettes désormais à sa disposition. Une semblait tout du moins répondre un peu à ses demandes, bien qu'elle vienne d'occire son précédent propriétaire. C'était déjà ça. Un fin, presque invisible, sourire naquit sur la bouche rougie par le sang de la jeune fille.

Tant mieux. J'aime ton style.

La plus à son goût.

Cela dit, elle devrait probablement d'abord se contenter de jongler entre les sorts basiques et faciles qu'elle connaissait à la perfection, histoire de s'assurer que la baguette ne lui jouerait pas de mauvais tours, qui pourraient s'avérer fatals. Ses pas la conduisirent à la grande salle, richement décorée, avec ses buffets remplis de vaisselle hors de prix, comme tout ici d'ailleurs. Sauf les gens. Eux... de la merde. Trois mangemorts firent irruption par la porte opposée, probablement alertés par les cris furibonds du dernier tué. La femme, encadrée de deux hommes, son masque couvrant son visage, donna un coup de menton en direction de la baguette que tenait Hermione.

- Tu penses vraiment qu'elle va coopérer avec un sang de bourbe ?

Le regard d'Hermione se durcit. Toute dégoulinante de sang, elle fixa rudement le masque froid et lisse, en répliquant du tac-au-tac, d'une voix assurée dont elle ne se serait jamais crue capable dans une telle situation avant :

- Je n'ai pas besoin d'un avada kedavra pour tuer quelqu'un.

- Apparemment non... En effet, lui concéda la mangemort, ses pieds s'écartant légèrement, sensiblement ; elle se mettait en garde. Tu crois vraiment sortir d'ici vivante, après tout ça ?

- Je dirais que j'ai de bonnes chances maintenant.

Sa remarque, sa confiance, leur arracha à tous, surtout à la femme, un rire amusé. Comme si elle était tellement divertissante. Un amusement temporaire. Qui n'avait à présent que trop duré. Hermione se précipita à corps perdu sous la table, évitant un premier sort de mort. Tenant son couteau devant elle, elle le projeta avec repulso dans la cheville d'un des mages, lui tranchant le tendon d'Achille. L'homme s'affaissa et, à cet instant, elle lui décocha un bombarda en plein torse. Des fragments d'os, de chair, volèrent à travers toute la pièce dans une explosion morbide. Les deux autres mangemorts lancèrent protego à temps pour se protéger.

- Chope-moi cette connasse ! hurla la voix strident de la femme, qui ne rigolait plus du tout.

Hermione roula de côté pour sortir de dessous la table et elle eut à peine le temps de se jeter derrière un buffet, qui encaissa le sort à sa place. Le bois du meuble se craquelait et, via une fissure, le prochain endoloris la toucha. Il ne fit que l'effleurer, mais son bras droit se retrouva pris de spasmes incontrôlables, la douleur insoutenable, mais qu'elle connaissait si bien aujourd'hui... Je dois passer outre. C'est que dans ma tête, se répéta-t-elle, en essayant d'en faire abstraction.

Changeant de main, elle riposta et son endoloris atteignit l'homme en pleine tête. Elle crut qu'il s'arracherait la peau du visage avec son masque, tant son hurlement résonna dans la pièce. Hermione lança magiquement la nappe de la table vers lui et, avant qu'elle ne l'atteigne, l'enflamma. L'homme se consumant vivant et hurlant toujours davantage, ses cris horribles de douleur faisant écho dans tout le manoir désormais, se mit à courir telle une torche enflammée vivante dans le couloir, alors qu'il fondait. Avant de s'écrouler tout à fait.

- Quel dommage... que tu sois un sang si pourri... grogna la femme, qui venait de se protéger d'une nouvelle vague de sortilèges.

Hermione et elle échangèrent un regard avant de chacune se mettre à l'abri, les sortilèges traversant la salle dans tous les sens. Hermione ne comptait plus les avada kedavra qui fusaient autour d'elle. Tout à coup, alors qu'elles s'étaient relevées en même temps, Hermione se montra juste un dixième de seconde plus rapide.

- Diffindo !

Le bras de la mangemort qui tenait la baguette tomba lourdement sur le sol, tranché net. La femme s'effondra à son tour, vagissant de souffrance, pressant son moignon, se contorsionnant dans tous les sens. Hermione la considéra une seconde, comme hébétée, frappée par ses propres actes et l'horreur qu'ils engendraient. Haletant. Le souffle court. La mourante lui lança un regard à la fois rempli de rancœur et d'abandon ; elle allait mourir et elle ne pouvait rien y faire ; elle le savait.

- Saloperie de sang de bourbe ! Tu auras ce que tu mér-

Elle ne put finir sa phrase, Hermione lui plantant le couteau à travers la gorge à plusieurs reprises. Un verre à moitié rempli d'alcool traînant sur un comptoir. Elle en approcha ses doigts, avant de se rétracter. Définitivement pas le moment. ça n'aiderait pas. Garder les idées claires. Elle avança à travers le salon qui suivait la salle à manger et pénétra dans le gigantesque hall d'entrée. A moitié nue, ses vêtements ayant été progressivement détruit par les tortures incessantes, couverte de sang et de plaies plus ou moins vieilles, d'ecchymoses tout aussi variées. Les coups contre le plancher avaient dû faire éclater la peau de son crâne, parce qu'un voile de sang écarlate coulait incessamment en travers de ses yeux, dégoulinant le long de son front. Elle ressemblait à ce qu'elle était : une survivante. Elle pressa le pas. Enfin... enfin... enfin ça va se terminer...

Les portes. Bloquées. Totalement immobiles. Hermione s'évertua à les débloquer, par magie ou non, mais rien n'y faisait. La panique la gagnait, mais sûrement, essaya-t-elle de raisonner, existait-il une autre issue. Souvent une sortie arrière depuis les cuisines. Ou via une buanderie. Elle revint sur ses pas, la respiration de plus en plus saccadée ; plus elle s'éternisait, plus elle risquait de tomber sur des ennemis bien plus expérimentés. Lucius finirait bien par revenir ou même Bellatrix. Au détour d'un couloir, elle se figea tout net. Son sang se glaça dans ses veines en un instant. A ce moment, elle se dit qu'elle était fichue.

Il était là. Le seul qui la terrifiait vraiment. Fenrir Greyback, immense même penché sur les cadavres des mangemorts qu'elle avait tués. Une montagne de muscles de plus de deux mètres facilement, couverte de poils comme une bête - ou un monstre. Les mages morts... Il les dévorait. Il avait éventré la femme et enfouissait sa tête pour bouffer le contenu de son ventre, les boyaux. Les morceaux avalés goulument, digestes ou non. Il n'était pas en forme de loup-garou. Mais ce qui lui tenait lieu de forme "humaine", des rangées de dents acérées comme celles d'un requin, des yeux jaunes luisants, une pilosité anormale, des muscles noueux, massifs et développés. Des traits très prognathes. Sa forme humaine n'avait presque plus rien d'humain.

Il releva la tête, des tendons encore coincés entre ses crocs pointus. Des filaments de chair adhérant encore aux membres du corps claquèrent quand il commença à se redresser. Hermione hyperventilait presque, incapable de décider quoi faire, comme pétrifiée, soudainement ancrée dans le sol comme prise dans des sables mouvants. Les premiers mots qui remontaient sa gorge étaient des supplications. Supplier pour sa vie. Mais non, ça n'aurait fait qu'aggraver son cas. ça l'aurait excité ; il était sadique après tout. Elle le savait rapide, extrêmement plus vif que n'importe quel humain normal. Un traître mouvement de baguette ou pour attaquer et il l'aurait déchiré entre ses crocs et griffes bien avant qu'elle ne puisse juste entamer une incantation.

Le silence qui s'instaura tuait à petit feu la sorcière. Elle s'efforça de se rappeler de respirer, de déglutir. Tout en elle hurlait de courir loin, très loin. Et il la fixait en retour. Sans faire un traître son. Juste se tenant là, menaçant, une ombre immense, gigantesque l'englobant, l'enveloppant totalement comme la dévorant. Hermione sentit une larme dégouliner le long de sa joue, révélant sa peau blême sous les couches de sang séchant doucement. Cela lui coûta tout le courage du monde, mais elle finit par lâcher :

- Alors ? On fait ça, oui ou non ?

Elle savait qu'il en était capable, d'après ce qu'elle avait entendu, mais elle ne l'en pensait pas capable si promptement ; il bondit sur elle, en se changeant en loup. Un énorme loup noir, la fourrure toute trempée du sang des corps. Hermione détala, mais elle sentit presque aussitôt une douleur intense au mollet, puis dans le dos. Ses griffes l'avaient touchée et l'avaient labourée, entaillant profondément sa peau et les muscles. Elle se détourna plusieurs fois pour envoyer des sorts, mais il était si mobile qu'elle le loupait sans arrêt.

Tout à coup, son ombre passa au-dessus d'elle et il se retrouva devant elle. Sans crier gare, le moment suivant, il était sur elle, sa gueule énorme, puant la chair et le sang, pleine de crocs claquant véhémentement à deux centimètres de sa tête. Il mordait furieusement dans l'air en essayant d'atteindre son visage. Hermione pleurait, sans même s'en rendre compte, tout en essayant de repousser la gueule dont les crocs tranchants lui tailladaient les doigts. Jusqu'à ce qu'il les happe. Il en chopa deux.

Le cri de souffrance qui éclata de la gorge d'Hermione explosa dans tout le manoir. Heureusement, il avait mordu au niveau de la deuxième phalange, mais les crocs tranchèrent les doigts avec une facilité horrible. Les phalanges d'Hermione tombèrent mollement par terre ; une chance pour elle, il ne les avait pas avalés. Sainte Mangouste, pensa-t-elle aussitôt. Je pourrai récupérer mes doigts. Je dois partir avec.

La bête était toujours sur elle, avide de sang, en furie, quand Hermione lui planta son couteau à travers la joue. Avec un cri haineux. Elle le planta plusieurs fois de suite, jusqu'à ce que la lame ressorte par l'autre joue. Mais rien n'y faisait ; cette bête connaissait-elle la douleur au moins ? Ou bien il était trop parti pour la sentir... Fenrir ne reculait pas d'un pouce, alors qu'elle continuait de le poignarder au visage. Elle le planta même sur le flanc, en espérant percer les poumons, mais les couches de fourrure et musculaires étaient si épaisses qu'elle n'y parvenait pas. Hermione tendit le bras et réussit à attraper une baguette. Pas la bonne. Pas celle qui lui avait un peu obéi.

Tant pis. Elle ferait autrement. D'un geste rapide, quand le loup essaya de la mordre au visage, gueule grande ouverte, elle planta la baguette verticalement en travers de sa bouche, bloquant définitivement Fenrir. Surpris, le loup se retira enfin. Il bondit en arrière en essayant chaotiquement de claquer des crocs, tandis que ses pattes avant tentaient de dégager l'objet dans sa gueule.

Hermione en profita pour se remettre debout, mais sa jambe qui avait été touchée, était en lambeaux, et elle ne pouvait que boîter. Elle clopina péniblement vers la baguette qui lui obéissait. Alors qu'elle s'en saisissait, dans son dos, elle entendit un craquement sonore ; la baguette avait cédé entre les dents du loup-garou qui était en train d'en cracher les bouts.

- Approches pas ! s'écria la jeune fille, pointant la baguette sur lui.

Il avait de nouveau changé de forme. Il l'observait sans la moindre expression, entièrement nu, mais toujours, voire encore davantage imposant et effrayant comme ça. Peu importait la forme, il restait un monstre. Elle recula. Il avança. L'ordre partit sans la moindre hésitation, mû par la terreur primale qu'il imprimait en elle :

- Avada Kedavra !

Il esquiva sans qu'elle sache comment. La seconde suivante, il n'était plus là où il se tenait. Chose sûre, il avait vraiment embrassé la bête en lui. Tout le contraire de Lupin, chez qui l'humain avait gagné le combat. Tremblante et à bout de souffle, Hermione pivota lentement sur elle-même. Maintenant, elle l'avait perdu dans les ténèbres de la salle. Dans l'obscurité, il avait l'avantage ; il y voyait, pas elle. Il sentait, pas elle.

- Lumos... souffla-t-elle, d'une voix quasi-inaudible, en vain ; elle n'aperçut rien, aucun signe de sa présence, mais il était là, il était assurément là, quelque part, et lui la voyait.

La sorcière réalisait bien que sa seule issue était de jouer à pile ou face. Courir aussi vite que sa jambe blessée le lui permettrait, poussée par l'adrénaline et l'instinct de survie, en espérant ne pas se jeter droit dans la gueule du lion - ou plutôt du loup dans son cas. Elle prit sa chance ; elle s'élança. Immédiatement, elle entendit le bruit étouffé d'un saut ; il était après elle. Elle courut à perdre haleine pour finalement se retrouver coincée dans la cuisine, dont la porte arrière était elle aussi fermée et inébranlable. Elle eut à peine le temps de jeter un coup d'œil dans son dos ; la bête arrivait. Les pupilles dilatées par le frisson de la chasse, l'exaltation euphorique suintant de tout son être bestial et répugnant presque obscène.

Hermione souleva une trappe, qui débouchait sur une sorte de tunnel descendant pour ainsi dire à la verticale. Le vide-ordure ? Balançant des coups de pied dans la planche qui peinait à s'écarter, lui obstruant le passage, elle lança diffindo sur le monstre, le touchant, mais ne faisant qu'entailler son épaule. Sa réaction la prit de court ; il sourit de tous ses crocs. Un sourire affreusement dérangeant. La douleur ne lui posait pas de problème ; elle semblait seulement le renforcer, en tout cas exacerber son instinct de chasseur et ses envies meurtrières.

Enfin, la trappe céda et Hermione, sans y réfléchir à deux fois, sauta dans le trou. Durant combien de temps dégringola-t-elle ? Elle aurait été bien incapable de le dire, car, après quelques mètres, sa tête percuta un rocher saillant et elle perdit conscience. Son corps cependant continuant sa course vers les profondeurs. Au terme de cette chute, elle atterrit face contre terre, dans un mélange empestant la pourriture et la vase. Ses paupières frémirent, alors qu'elle revenait doucement à elle.

Tout lui revenant, elle se retint de sangloter fort ; peu importait la distance les séparant, avec ses sens aiguisés, il aurait pu l'entendre. Prudemment, toujours craintive, elle releva la tête. Rien. Rien que du noir. Pourtant, tout là-haut, elle aurait juré deviner sa silhouette se découper dans la lumière, l'avaler. Elle avait envie d'hurler, de lui crier au visage, maintenant qu'il était loin d'elle. Elle s'en abstint. Il la sentait. Bien sûr qu'il savait où elle était, mais que ce fût en "humain" ou en loup, il était bien trop massif pour descendre par ce tunnel. C'était sa seule chance de lui échapper.

Hermione grimaça douloureusement en se remettant debout. Même en s'aidant des parois, son corps était secoué de spasmes de douleur. Eclairée par la fine lueur de sa baguette, qu'elle avait conservée au terme de sa dégringolade, elle se mit en marche. Peu à peu, chemin faisant, elle se mit à fredonner tout bas pour se rassurer. Cette chanson... dont elle se moquait autrefois et que sa mère lui chantait souvent.

You don't own me... I'm not just one of your many toys... You don't own me... Don't say I can't go with other boys... papapapaa !

Elle pouvait presque ressentir la chaleur de son foyer, se figurer la voix de sa mère chantant avec elle. Le sourire lui revenait doucement. Et la hargne de s'en sortir avec.

Je VAIS survivre.

Elle accéléra le pas, toujours fredonnant du bout des lèvres, traînant sa jambe blessée, forçant dessus sans en avoir cure, les cheveux ruisselant de sang, tout comme son dos labouré.

I'm young and I love to be young... I'm free and I love to be free to live my life the way I want...

Son bonheur était voué à être de courte durée. Abruptement, le tunnel se rapetissa drastiquement. Elle s'immobilisa. Jamais elle ne tiendrait là-dedans debout, pas même accroupie. Elle devrait ramper. Hermione renifla, une nouvelle vague de désespoir la submergeant après tous ses efforts, la fatigue pointant aussi. Elle approchait de ses limites ; elle le sentait. Son corps ne pourrait pas encore tenir bien longtemps.

- Ok... Ok... Hermione chuchota, tout en s'allongeant sur le ventre, avant de commencer à avancer dans cette boue infecte, en s'aidant de ses coudes.

Le conduit était si étroit que ses épaules pourtant si amaigries frottaient de plus en plus contre les parois. Le caractère claustrophobique de cet endroit était si oppressant qu'elle en avait une violente migraine. Peut-être manquerait-elle rapidement d'oxygène aussi. Au fur et à mesure qu'elle progressait, elle pouvait sentir la boue, les parois se refermer de plus en plus sur elle, sur son corps qui peinait de plus à plus à avancer. Jusqu'à ce que... soudain... elle se retrouve totalement coincée. Sans demi-tour possible. Sans la moindre option.

Non... non... NON !

Elle se tortilla, essaya de s'enduire encore davantage de boue pour glisser plus aisément, en gigotant autant que possible, mais rien ne fonctionnait. Elle s'y reprit à plusieurs reprises, força sur ses coudes. Elle ne remua pas d'un centimètre. La panique la gagnait. La promesse d'une mort longue et abominable. Elle hyperventilait. Elle ne pouvait même plus bouger suffisamment son bras pour sortir sa baguette et, de toute façon, dans pareille situation, si elle ne pouvait se téléporter, elle ne voyait pas ce qu'elle aurait pu en faire. Son esprit dans le stress le plus total partait dans tous les sens, le seul mot se répétant inlassablement : "mort".

- Non ! Pitié ! Mon dieu, pitié ! elle éclata en sanglots, avant de se laisser tomber la tête dans la vase, complètement à bout.

Tout ça pour ça... Pour crever là. Comme ça. Les exercices respiratoires. Elle se concentra dessus. Se reprendre. D'urgence.

- Respire... Juste respire...

Elle inhala à fond, expira, jusqu'à recouvrir son sang-froid, du moins autant que cela était faisable dans de pareilles circonstances. Elle étendit ses bras vers l'avant, rentra son ventre pourtant déjà si plat autant que possible, et employa tous ses efforts à se tirer vers l'avant à la seule force de ses bras, ses jambes ne bénéficiant d'aucun espace pour donner une quelconque impulsion. Au prix de trois, quatre essais, avec un soupir de soulagement, elle sentit ses épaules enfin passer, puis ses hanches, puis tout son corps entier. En haletant, elle se remit à ramper vigoureusement, se fichant éperdument de sa jambe abîmée.

Elle peina à y croire d'abord, quand elle commença à discerner un éclat devant elle, à une dizaine de mètres, puis elle continua de déployer tous les efforts du monde pour s'approcher de cette lueur. Cette lumière salvatrice qui se précisait. Qui n'avait rien d'un mirage. Bientôt, elle la toucherait du doigt ; elle se baignerait dans cette lumière qui lui avait tant manqué. Cela dit, plus elle était proche, plus elle réalisait que cette lumière était artificielle, en tout cas pas celle du soleil.

Le tunnel donnait sur une pièce. Était-elle encore dans le manoir ? Ou une de ses dépendances peut-être ? Probablement ça. Le temps que ses yeux se fassent à la lumière, elle réalisa qu'il était là. Qu'il l'avait attendue. Attendu qu'elle sorte de son trou. Comme un chat avec une souris. Il jouait avec elle. Il savait exactement où elle réapparaîtrait. Elle se figea une seconde, une seconde réflexe de terreur qui s'imprimait dans chaque fibre de ses muscles, dans chaque cellule de son cerveau. Il la toisait sans un mot, horriblement immobile. Parce qu'elle avait compris que, comme avec les bêtes, son immobilité était un précurseur à une explosion. Une explosion de violence.

Au moins, aucun d'eux ne ressemblait plus à un humain tout de suite. Elle était... dans le pire état imaginable. Et lui était juste lui. Elle inspira à fond et avança droit sur ce qui la terrorisait, sa baguette en main. Il écarta légèrement les bras, comme une moquerie, une provocation qu'il lui lançait en silence. Elle serra les dents. Durant une seconde, seul résonna le clapotement irrégulier des gouttes de sang éclatant sur le pavé.

- J'te laisserai pas me tuer ! rugit-elle subitement, dans un élan de colère.

Son rugissement à lui, en réponse, la secoua de tout son être. Il était rauque et puissant, assez puissant pour la faire trembler de tous ses membres, une réaction primitive logique, instinctive, face à un grand prédateur. Elle dut se contraindre pour ne pas se rapetisser, pour ne pas ployer l'échine. Pour garder la tête sur les épaules et ne pas laisser son esprit s'égarer. Son sortilège le frôla, du sang éclaboussa le mur, mais sa main griffue l'envoya cogner contre le mur, comme une vulgaire poupée de chiffon. Le choc la désarma.

Ne disposant de rien de mieux, elle attrapa précipitamment une vieille planche cloutée pour le frapper avec, quand il se jeta sur elle pour la mordre, en forme "humaine" cette fois. Les clous s'enfoncèrent dans son biceps et le déchirèrent quand il l'empoigna pour la lui arracher des mains. Sa poigne suffit à briser le vieux bois en morceaux. Et ses yeux... Mon dieu ses yeux... Hermione s'efforçait de garder les siens ouverts. Mais ce regard la détruisait encore plus que ses coups. Si vide de toute trace d'humanité.

Comme elle refusait de lâcher prise, quand il voulut balancer la planche fractionnée, il la projeta au sol avec. Elle heurta la terre de plein fouet, si violemment qu'elle en eût le souffle coupé deux bonnes secondes. Elle pouvait sentir que son squelette était fracturé en différents endroits. Rien de mortel, de prime abord, mais assez avec tout ce qu'elle avait enduré pour que tout cède. Quand elle essaya de se relever, elle sut que son corps la trahissait, qu'elle n'y arriverait pas.

C'est fini.

Au moins... c'était toujours mieux que mourir esseulée et perdue dans le tunnel. Si elle avait pu, elle aurait ri. Mais son visage lui causait des douleurs formidables. Sa joue gauche était gonflée ; elle peinait à y voir de l'œil gauche, sûrement boursouflé par un énorme cocard. Greyback... Il était au-dessus d'elle, du sang, leurs deux sangs mêlés sur ses longs cheveux sales pendants, pleuvant sur elle. Il la fixait avec un air d'animal sauvage, tête penchée légèrement sur le côté, signe caractéristique du prédateur prenant la mesure de sa proie. Son regard, ses deux maudits yeux jaunâtres, deux points qui ne cillaient pas, qui ne clignaient pas, qui la fixaient. La dernière chose qu'elle verrait.

C'est injuste.

Elle l'avait dit tout fort, bouleversée, trop désespérée pour le réaliser ; elle ne s'en rendit compte que lorsqu'elle entendit sa réponse, désintéressée et très terre-à-terre.

- La vie est injuste.

Hermione déglutit avec difficulté ; elle aurait aimé pouvoir le dire, mais non elle n'était pas prête. Pas du tout. Loin de là. Ses doigts s'enroulèrent autour d'un vieux débris de verre, qui la piquait entre les côtes. Elle n'irait pas bien loin avec ça. Quand il se pencha sur elle, tout crocs dehors, elle essaya de le poignarder au visage comme précédemment. Pour ne planter le verre que dans sa main, qui l'arrêta net. Il eut un sale sourire, amusé même. Elle s'agrippa à lui, tout en forçant sur le bout de verre. Elle encaissa plusieurs coups de griffe sans vraiment les sentir, dans l'intensité du combat. Minuscule comparée à lui, elle se glissa sur son dos, s'agrippant comme un beau diable, essayant de le planter à la gorge. Il se tapa contre le mur, elle se retrouvant fracassée entre son corps à lui et la paroi ; elle sentit de nouveaux os se briser. Mais elle resta accrochée.

Jusqu'à ce qu'elle fasse courir l'éclat de verre d'un bout à l'autre de sa gorge. Un flot de sang jaillit, inondant sa main. Il entra dans une sorte de furie folle, se ruant dans tous les murs, toujours la cognant, la lacérant, les grognements, grondements, sourds et étouffés qu'il émettait emplissant la salle nappée de sang. Soudain, ses deux larges mains griffues la chopèrent et il la balança par-dessus lui. La violence fut telle que le corps d'Hermione rebondit sur le sol pourtant si dur.

Ses griffes serrant sa plaie, il la scrutait furieusement, ses yeux jaunes la bombardant de sa rage. Elle se crut morte. Il relâcha sa plaie, libérant de nouveau ce flot de sang qui se déversa sur Hermione, piégée sous lui. Il préférait la faire souffrir et la tuer et prendre le risque de lui-même en mourir. Cette rage, aveugle, sans bornes ; elle frisait la folie absolue. Hermione se débattait. Elle plaça son bras devant son visage et elle sentit les crocs pénétrer la chair.

NON !

Elle tira sur son bras, les dents avaient entamé la peau, mais heureusement pas pénétré trop profondément. Elle l'entendit ricaner, un ricanement râpeux, avec sa voix narquoise et gutturale.

- T'as un goût d'merde.

Prise de court, quand il essaya de la frapper du poing, elle enfonça ses doigts dans les plaies au biceps laissées par les clous plus tôt. Les plongeant aussi profondément que possible. Elle n'avait plus l'esprit clair cette fois-ci ; elle n'en pouvait plus ; elle voulait juste que ça se finisse. Elle était à bout, mentalement, physiquement. Elle le mordit au poignet. Elle mordit un loup-garou. ça le prit, même lui, par surprise. Elle forçait pour passer outre la muraille dense et épaisse qu'était cette peau inhumaine, couverte de poils. Elle n'y arrivait pas. Mais elle bloqua son bras et, surtout elle gagna du temps. Un temps précieux quand lui se vidait littéralement de son sang sur elle, par sa gorge tranchée. Il la fixait, droit dans les yeux, alors qu'elle ne relâchait pas la pression de ses mâchoires.

Subitement, sans signe avant-coureur autre, sans crier gare, alors qu'ils luttaient toujours aussi véhémentement, il tomba raide, droit sur elle. Elle eut le réflexe salvateur de se recroqueviller autant que faire se pouvait, sans quoi sous cette masse elle aurait fini en miettes. Ses mains essayèrent de le pousser. En vain. Elle s'en foutait de sa nudité, bien logique vu qu'il n'avait pas arrêté de changer de forme. Tout ce qui lui importait était son poids. Il aurait pu la tuer rien qu'avec ce poids. Elle peinait à respirer. Elle s'escrima un long moment qui lui parut une éternité, avant d'enfin réussir à le faire basculer de côté.

J'ai gagné.

Alors ses poumons auparavant comprimés purent enfin se remplir de nouveau d'air. Défigurée par les coups, elle se mit à rire. de soulagement. de joie. Tant pis pour la douleur. De toute façon, elle ne sentait plus rien, ses nerfs comme saturés. Première chose. S'assurer de ne pas devenir comme lui... Elle s'empara prestement de son couteau, qui avait valdingué à l'autre bout de la pièce et découpa en serrant les dents la zone où il l'avait mordue. Elle ne disposait ni d'argent, ni de dictame. Elle devait compter sur ça. Elle ramassa un vieux chiffon et le noua autour de son bras.

Enfin, elle s'autorisa une seconde de calme. Son corps trop endolori glissa de lui-même, comme de sa propre volonté, sur le sol. Elle tourna la tête pour la reposer une seconde sur le sol froid qui calmait la brûlure des plaies et là, son sourire mourut tout net. Il était vivant. Il était toujours vivant. Et elle se sentait partir. Sombrer dans l'inconscience, avec tout le sang perdu et l'épuisement. La seconde précédente, elle avait cru s'en tirer et là, elle comprenait qu'elle avait perdu. Elle ne se figurait pas comment, mais s'il n'était pas mort, il récupèrerait possiblement et bien plus vite qu'elle. Elle lutta. Autant qu'il lui était encore possible, mais elle avait déjà donné tout ce qu'elle avait à donner. Il ne lui restait plus rien.

J'aurais essayé...


Ce fut la sensation de quelque chose de doux sous ses doigts qui l'alerta, puis ce qui la choqua encore plus fut de tout simplement se réveiller.

Elle se souvenait. Elle devrait être morte. Ses yeux perdus scrutèrent hébétés ses mains secouées de tremblements. Cette réalisation lui arracha un spasme violent, qui parcourut tout son corps toujours aussi endommagé. En état de choc, elle tâta ses propres jambes, comme pour s'assurer qu'elles étaient bien réelles et pas celles d'un spectre. Non, elle était bel et bien en vie. Et nulle-part dans les environs du manoir Malfoy. Plutôt... en plein cœur d'une forêt. Et, surtout, elle était seule.

Seule...

Sa respiration comme bloquée, sa gorge nouée si douloureusement se détendant progressivement. Le temps qu'elle assimile bien ce qui lui paraissait un miracle, le fait d'être enfin libre, elle resta là immobile et muette, frappée de stupeur, à balader son regard hagard autour d'elle. Et si ce n'était qu'un autre jeu sadique et tordu de Greyback ? S'il était là, quelque part, l'observant, voulant pousser le jeu du chasseur toujours plus loin ? Elle jeta de nouveau des regards apeurés à la ronde, tout en se repliant sur elle-même, avant de véritablement comprendre, après un certain temps, qu'elle était vraiment tout à fait seule.

L'émotion qui l'envahit était incontrôlable et indescriptible. Elle s'autorisa à pleurer, tout en se berçant, bras repliés autour de ses jambes massacrées. Les pleurs d'abord incertains et étouffés, par habitude, se libérèrent peu à peu et se muèrent en violents sanglots irrépressibles. Tout en pleurant, elle se mit à rire. Ses rires désordonnés, chaotiques, tout autant que ses gestes, sa main couvrant sa bouche comme si elle devait toujours ne pas être entendue, puis son front, toujours incrédule d'avoir survécu, puis serrant son bras ensanglanté, pressant le chiffon imbibé de sang.

Tout aussi confusément, en riant et pleurant à la fois, elle hoqueta :

- Merci... Merci...

De ne pas m'avoir tuée.

Elle reposait désormais sur le dos, ses muscles toujours si contractés se déliant tout doucement. Ses yeux embrassaient le ciel bleu au-dessus d'elle, les pâles rayons du soleil filtrant à travers les feuilles et éclairant finalement sa nuit si interminable au manoir. Le chant des oiseaux calmant ses sanglots.

Elle était libre. Elle peinait encore à y croire.

- Merci... murmura-t-elle une ultime fois, tout en couvrant son visage de ses mains osseuses, se fichant des bosses des hématomes qu'elle sentait.


Notes de fin de chapitre :

La scène de la morsure est inspirée de la scène du combat entre les deux sœurs dans le film RAW (ou Grave en français), réalisé par Julia Ducournau.

Le réveil dans la forêt est inspiré par la scène finale dans Kill Bill 2 dans la salle de bain avec The Bride pleurant sur le sol de joie, avec la musique Malaguena salerosa.

Musiques que j'écoutais pour ce chapitre :

First wives club - You don't own me

Memories of Murder OST - Woman in the Rain

David Guetta - Titanium (Lyrics) ft. Sia

Sia - Unstoppable