CE QUI NOUS CONSUMME


Elle réajuste sa robe dans un mouvement un peu trop rapide et précipité, ses lèvres tremblent l'espace d'une seconde, puis, avant de mettre un pied dans la salle bondée, elle se redresse fièrement, affublée de son professionnalisme sans faille.

- Vous êtes prête, Natasha ?

Elle lance une œillade à Steve Rogers qui se trémousse, mal à l'aise dans son costume trois pièces. Il est vrai qu'il est rare de le voir ainsi vêtu, il en est diablement séduisant. Elle hoche la tête alors qu'il lui offre son bras, clément.

Elle inspire un grand coup et ensemble, ils pénètrent dans la grande salle d'où s'échappent des conversations animées. La luminosité lui fait plisser les yeux. Sur leur passage, quelques conversations s'interrompent, les œillades se font appuyées, sans gêne. Elle serre les dents, refoulant l'envie de se tourner vers eux, brusquement, juste pour ne plus être le centre des regards de cette façon.

- Détendez-vous un peu, lui souffle le Captain avec un sourire amusé.

- Vous avez peut-être l'habitude de vous trémousser comme un guignol mais pas moi, claque-t-elle froidement.

Puis, devant son regard blessé, elle se ravise, presque honteuse. Elle n'a pas oublié le jour où il lui a confié à demi-mots son abominable expérience de bête de foire avant d'être le héros de la nation.

- Pardonnez-moi, Steve, je ne suis pas la meilleure cavalière qui soit.

Il se radoucit, laissant même un sourire en biais effleurer ses lèvres.

- Je pense que c'est la première fois que je vous entends faire des excuses.

- C'est le cas, murmure-t-elle avec une moue amusée.

Avec un geste affectueux, il vient tapoter la main de la jeune femme qui repose près de son bras, lui redonnant un peu de l'assurance dont elle avait besoin.

- Vous voilà ! Claironne une voix agaçante qu'elle ne connaît que trop bien.

Un verre de champagne à la main, Tony s'avance vers eux, bras tendus. Un pas derrière lui comme toujours, Pepper, sublime dans sa robe rouge, admet un petit sourire timide.

Tony Stark serre la main de Steve avant de venir saluer la jeune femme, lui glissant légèrement contre l'oreille :

- Vous êtes ravissante, Natasha.

Du coin de l'œil, la jeune femme peut voir Miss Potts détourner le regard.

- Alors, qu'en pensez-vous ? Tonitrue-t-il, faisant un geste qui englobe la salle.

- Vous avez fait les choses en grand, comme toujours, grince Steve.

- Est-ce de la jalousie que je sens poindre ? Siffle l'Iron Man avec un sourire victorieux.

Mais Steve Rogers ne préfère pas répondre. À la place, il se contente d'adresser un signe de la main à Bruce Banner qu'il aperçoit aux prises d'une conversation visiblement intéressante avec un journaliste du MiddleWest.

- Où est notre ami le Faucon ? Demande Tony avec un regard pour Natasha. Je pensais que vous viendriez ensemble… Vous savez ?

- Non, je ne vois pas bien, éclairez-moi. Répond la jeune femme avec des accents agacés.

- Après votre petite scène mélodramatique de l'autre soir, je pensais que…

- Tony, gronde alors Steve sur un ton d'avertissement

- Bonsoir, coupe une voix grave à leur côté.

D'un même mouvement, les quatre condisciples se tournent vers l'objet de leur discussion.

- Clint, salue Natasha en évitant soigneusement de croiser son regard.

- Je sens un léger malaise, s'amuse Tony avec un rictus.

Alors que Pepper lui effleure le bras lui intimant la délicatesse, Natasha vrille un regard brillant de colère sur lui et tourne les talons brusquement, s'éloignant de l'ensemble des personnes gênantes qui lui font face, ses talons martelant l'immense sol dallé.

Le souffle rauque, l'esprit quelque peu hésitant, elle se précipite à l'extérieur. La morsure du froid lui fait du bien, aidant son esprit à annihiler le reste.
Une veste vient prendre place sur ses épaules, elle ne le dit pas mais la gratitude s'empare d'elle.

- Merci Captain, souffle-t-elle sans oser regarder dans sa direction.

- Natasha, si je puis me permettre, murmure-t-il, je vous ai rarement vu dans cet état d'agitation permanent. Etes-vous sûre que tout va bien ?

- Pas vraiment…

Elle baisse les yeux.

- Je sais que vous ne voulez pas en parler mais….

- C'est cette fille, coupe-t-elle brusquement.

Elle lui jette un regard suppliant. Avant Clint Barton, elle n'imaginait pas toute la palette de sentiment qui pouvait exister. C'était simple, limpide.
Puis il était entré dans sa vie, bousculant tout sur son passage, l'assommant de faiblesses.

- Je ne sais pas pourquoi, j'ai la sensation de devenir folle, confit-elle très bas, comme si cela pouvait étouffer un peu sa honte.

Il attendit un moment avant de répondre, jaugeant sa réaction, comme s'il craignait toujours qu'elle ne lui saute à la gorge.

- Vous êtes jalouse.

- Bien sûr que non, siffle-t-elle, telle une évidence. Ce genre de sentiment c'est…

- Humain, Natasha.

Dévorant la moitié de son visage sous le coup de l'émotion, ses yeux se posent sur lui, hésitants. Il hausse les épaules doucement.

Elle se pince l'arête du nez, étourdie par le flot de sentiments qui la submerge subitement.

- Je crois que j'aurais besoin de votre sac de frappe.

Il admet un léger rire, écho du sien, bien trop amer.

- Natasha ?

Elle se raidit brusquement, toute trace de sourire effacée de son visage. Steve Rogers se racle la gorge

- Je vais vous laisser.

L'espace d'une seconde, elle a envie de lui dire de rester, de ne pas l'abandonner, mais c'est trop tard. Si les mots ont eu l'intention de franchir ses lèvres, il est déjà parti, laissant un silence écœurant ronger l'atmosphère.

Elle visse un regard brûlant de colère sur Clint. Ses prunelles sont tendres et aucune animosité ne transparaît et alors, elle s'en voudrait presque. Après tout, il n'y est pour rien si le contrôle lui échappe inexorablement.

- Tu vas bien ?

Si seulement elle pouvait prétexter un entraînement, une altercation pour pouvoir évacuer la frustration qui la ronge de toute part.

- Oui. Ne t'inquiète pas.

Il hoche la tête mais elle sait qu'il n'est pas dupe. Il la connait mieux que personne, mieux qu'elle-même parfois, à tel point que cela l'effraie terriblement.

- Tu es venu seul ? Finit-elle par s'écorcher les lèvres.

Elle est sur le point de craquer quand elle intercepte son regard indéchiffrable mais qui adoucit ses traits.

- Oui… Souffle-t-il d'une voix rauque.

- Ton amie n'a pas voulu venir ?

Elle se sent si idiote, elle voudrait se gifler. Tous ces sentiments sirupeux n'ont pas lieux d'être. Jamais.

- Je n'avais pas envie de lui accorder de danse, répond-il sincèrement. Aucune danse.

Elle laisse s'échapper un petit rire d'entre ses lèvres, en même temps qu'une légère buée.

- Tu ne danses jamais, Clint.

- Si, je l'ai fait une fois.

Il laisse pointer un silence où elle perçoit son cœur battre si fort qu'elle sent qu'il pourrait lui échapper.

- Il n'y avait pas de musique.

Elle ne répond pas, parce qu'il n'y en a pas besoin. Sa respiration s'est bloquée au fond de sa gorge et ses yeux se ferment douloureusement.

- Tu te souviens de Budapest? Murmure-t-elle d'une voix éraillée.

- Comment l'oublier ?

- Je ne parlais pas des combats, souffle-t-elle

- Moi non plus.

Brusquement, alors que son cœur s'emballe à lui en faire perdre pied, elle s'effraie de ses fêlures qui s'agrandissent encore et encore dans son cœur boiteux.

- Je vais rejoindre la fête, annonce-t-elle le regard fuyant et la voix percée de tremolos. Après tout, c'est en notre honneur qu'elle a lieu, que dire si les Avengers la fuient ?

Il ne répond pas mais son regard gris l'inonde brutalement alors que sa poitrine est bercée par un mouvement désordonné. Dans son esprit nuageux, elle a du mal à tout saisir, sa raison se disperse, se mêle à ses sentiments avec insolence, l'égarant.
Elle tourne le dos, inspirant profondément, intimant le calme à sa respiration agitée alors qu'elle s'avance vers la porte fenêtre où la lumière de la fête danse bruyamment.

- Natasha, fait-il.

Elle le regarde par-dessus son épaule, interrogative.

- Va rendre cette veste à Roger, s'il te plaît.

Et alors qu'elle fait passer le vêtement par-dessus son épaule, un léger sourire fait trembler ses lèvres parce qu'elle n'est pas seule à lutter contre ses faiblesses.


Merci LSK Pour tes reviews, le dossier de Natasha est la liste de ses victimes

MERCI à tous...