Je vous souhaite à tous une bonne année et une bonne santé.
Je remercie ma béta lectrice pour son travail de correction ainsi que toi Luciole pour tes nombreuses reviews.
J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira. Même si c'est triste.
Blessure.
Le silence se fit dans la salle. Tous les convives regardaient avec surprise l'étrange scène se déroulant devant eux. Malheureusement pour moi, j'étais acteur de cette pièce improvisée et dégradante.
La tête penchée, la joue meurtrie mise en évidence, j'étais perdu dans un océan d'émotion contradictoire. Je me sentais en colère, triste, trahi, incompris, humilié. Je ne pouvais dire lequel des cinq dominait sur les autres. Mon cœur me faisait mal, mes oreilles bourdonnaient, ma vision était floue… Troublé, blessé, j'avais envie de rire et de pleurer, de l'étrangler et de m'enfuir. A la place, je restais dans cette position inconfortable, bien raide sur mes jambes tremblantes.
Doucement, je relevai la tête, affrontant son regard dur, haineux. Ses traits exprimaient toute sa haine envers moi. De son poing serré s'égouttait quelques goutes carmins. Mon sang. L'artiste que j'admirais et respectais, l'homme que j'aimais venait de me frapper. Je ne savais qui de ma pommette sanguinolente ou de mon cœur souffrait le plus. Tout en moi n'était que chaos, douleur.
Comme une symphonie éternelle, ton venin retentissait dans ma tête. Paroles dites dans le seul but de me blesser. Jamais je ne pourrais les oublier. Il m'accusait de mentir. Moi ? Mentir ? Avait-il oublié ma sainte horreur du mensonge ? Avait-il oublié notre promesse, certes enfantine, de toujours se dire la vérité ?
Dans une lenteur non calculé, je tendis la main vers lui. La fermant, je relâchai la pression du plus petit doigt pour y former une arcade. L'effet fut celui souhaité. De la surprise apparue sur son visage. Ses yeux devinrent inquisiteurs. Tout dans sa posture témoignait son doute. Je savais qu'il ressassait ce souvenir.
Avec un air entendu, je fis demi-tour avant de quitter cette salle. La fraicheur de la nuit d'été vint éclairer quelque peu mes esprits. L'estomac noué, le cœur serré, je compris que je venais de perdre mon meilleur ami pour une histoire de fille. A mon étonnement, les larmes ne virent pas. J'étais trop sous le choc pour cela. Relevant la tête, j'observais la pleine lune en espérant qu'il viendrait me retenir, s'excuser. Au bout d'un décompte de un à cinquante, la vérité me frappa. Il ne viendra pas. Une sourde colère s'empara de moi. Très bien, qu'il choisisse cette trainée, mais qu'il ne vienne pas pleurer après. Qu'il ne compte pas sur moi pour le réconforter. Je l'avais prévenu, il n'avait qu'à m'écouter au lieu de… Aussi soudainement qu'elle était venue, la fureur disparue pour laisser place à l'abattement.
Groggy par le froid, dans un état second, j'avançais jusqu'à ma voiture. Cherchant mes clés, je sursautais lorsque quelque chose de froid et d'humide rencontra ma joue blessée.
-Yukki-chan ?
Qu'est ce qu'il me voulait ? Je n'avais nul besoin de sa pitié. J'étais suffisamment humilié pour la soirée. Repoussant sa main vivement, j'ouvris la bouche dans le but de le faire partir. Mais, je fus réduis au silence. Tout en fixant ma pommette, Yukki semblait furieux. Pourquoi ? Jamais je ne l'avais vu dans cet état. Yukki était le plus discret, calme du groupe. Lorsqu'une dispute débutait, on pouvait compter sur lui pour y mettre fin. Il fallait donc y aller pour l'agacer, le mettre en colère…
Redevenu lui-même, Yukki me lança un sourire sincère, compatissant, avant de me prendre la clé des mains, et d'y poser son foulard où reposaient deux glaçons, pris de son verre d'apéritif.
-Tu n'es pas en état de conduire. Se justifia-t-il en ouvrant la portière coté conducteur.
Silencieusement, je pris place à ses cotés. Le long du trajet se fit dans un silence religieux où seul le bruit du moteur parvenait à nos oreilles. En moi-même, je remerciais Yukki d'accepter ma volonté. Sa présence avait un coté apaisant. Plongé dans une sorte de brouillard, je regardais sans le voir le paysage défiler. Une sonnerie me tira de ma torpeur.
-C'est surement Ken. Déclara le batteur concentré sur la route. Il doit se demander si je suis avec toi en ce moment.
-Ok.
-Tu ne réponds pas ?
-Non.
Reportant mon intention sur la chaussée, je me rendis compte qu'on s'éloignait du chemin menant à mon immeuble. D'une voix plate, éteinte, je lui signalais.
-Tu t'es trompé de direction. Il fallait prendre à droite.
-Je sais, mais on ne va pas chez toi. Du moins, pas tout de suite.
-Ah !
Quelques minutes plus tard, la voiture s'arrêta. Interrogatif, je sortis de la voiture. Devant moi se trouvait une grille dont une pancarte, éclairée faiblement par la lune, y était accrochée. Plissant les yeux, je pus lire :
-Jardin national Shinjuku Gyoen? Qu'est ce qu'on fait là ?
Seul un sourire énigmatique me répondit. Sans un mot, je vis Yukki escalader la grille. Bouche bée, je ne pouvais m'empêcher de jalouser son habileté et sa souplesse. M'approchant nerveusement, je lui murmurai :
-Qu'est ce que tu fous ? C'est fermé ! Si un gardien te surprend, tu es mal !
-Viens !
-…
-S'il te plait.
Un mot, une supplication. Au point où j'en suis, ma soirée ne pouvait pas être pire. Et puis, j'étais curieux de savoir la raison de notre visite nocturne en ces lieux. Chassant rapidement l'image de nous deux enfermés dans une cellule de mon esprit, je l'avertis :
-D'accord, mais si on se fait prendre, je dirai que tu m'as obligé de te suivre.
Ma menace lui arracha un rire. Au moins, je n'avais pas perdu mon sens de l'humour. Une fois passée l'obstacle de la grille, je suivis Yukki à travers les chantiers. Fermant les yeux, j'inspirai profondément. Je repérai facilement l'odeur agréable des rosiers, des chèvrefeuilles… Bien que je connaisse cet endroit, le visiter la nuit lui donnait un tout autre aspect. Je me sentais dépayser. C'était si féérique.
-C'est ici. Dit Yukki en s'asseyant sur l'herbe.
-Qu'est ce qu'on fait ici ? Lui demandai-je en l'imitant.
-Chut… Regarde.
Intrigué, je fis ce qu'il me dit. Laissant errer mon regard, je remarquais les arbres dont leurs feuillages reposaient dans le lac. La lune, les étoiles se reflétaient dedans ainsi que l'ombre gigantesque de cette végétation. Le tout rendait le tableau mystérieux et romantique. Soudainement, les crapauds, grenouilles se mirent à croasser sous les hululements des hiboux et des chouettes. Les papillons de nuit se réveillèrent, les chauves souris chassèrent… Le monde de la nuit nous livrait leurs secrets.
Sous mon éblouissement, des points lumineux se mirent à danser autour de nous. Il y en avait des milliers ! Sur l'herbe, dans les arbres, près de l'eau… Des fées ? Non. Des lucioles. Certaines, plus farouches ou curieuses que les autres, se posèrent sur nous. C'était si beau, si magiques… Qui aurait cru qu'un tel spectacle existait à Tokyo ?
Pour une fois de la soirée, je me sentais en paix. Tous les éléments de la nature avaient réussi à me faire oublier ma peine, mes oublis… Mais cela fut de courte durée. La voix de Yukki me rappela le pourquoi de notre présence.
-Je viens ici chaque fois que j'ai un coup de cafard. Se confia Yukki . Cet endroit m'inspire, m'apaise. Il me donne la force d'affronter mes soucis.
Je pouvais aisément le comprendre. On se sentait dans un cocon. Loin des péripéties du monde. Comme hors du temps.
-C'est mon grand père qui me l'a fait découvrir quand j'étais gosse… Inconsolable de la mort de mon chien, il m'a fait venir ici pour me montrer que la vie n'était qu'un éternel recommencement. Chaque fois qu'on en ressentait le besoin, nous venions ici… A sa mort, j'ai continué la tradition. Cet endroit me fait penser à lui.
Je fus touché par cette révélation. Je comprenais dans ses propos à quel point cet homme devait lui manquer. Il devait être un homme bon et généreux, comme lui.
-Je sais que j'ai mes tords dans cette histoire et que les apparences sont contre moi. Débutai-je, ne pouvant plus garder cette douleur pour moi-même, malgré le risque de perdre également son amitié. Mais je n'ai agit dans le seul but de son bonheur. Même si ce bonheur n'est pas partagé avec moi. Telle est la malédiction des amours à sens unique… Je savais qu'un jour Tetsu allait rencontrer une fille et qu'il fondera une famille avec elle… Cependant le savoir et le vivre sont deux choses différentes. Bien que je me dise préparé à une telle éventualité, ce n'était pas vrai.
-…
-Lorsque Tetsu est venu nous présenter sa petite amie, j'ai senti mon monde s'effondrer. Ce fut comme si on m'arrachait le cœur. C'était déjà dur de l'aimer en silence, alors le voir avec elle m'était insupportable. C'est vrai que je ne fus pas sympa avec elle. Mais que veux-tu ? Je suis une personne jalouse et possessive. Je ne suis pas parfait… Je savais que Tetsu ne répondrait jamais à mes sentiments. Je ne suis que son meilleur ami. Je peux comprendre que mon comportement envers elle a du le blesser. Mais je ne pouvais pas me taire… Je n'aimais pas cette fille. Elle n'était pas faite pour lui. Je le sentais. Je savais qu'il aurait été malheureux avec elle.
Ma voix se mis à trembler. Malgré moi, en ressassant ses souvenirs pénibles, je replongeais la lame dans la plaie. Des larmes se mirent à couler le long de mes joues. En mon fort intérieur, je remerciais Yukki d'écouter sans m'interrompre.
-Puis un soir alors que je sortais avec Sakura-chan, je la vis. Elle embrassait un autre homme. J'aurai du être content que mon pressentiment fût juste. Ce ne fut pas le cas. J'étais bouleversé. Je savais que Tetsu l'aimait réellement. Et si je lui disais la vérité, il aurait eu le cœur brisé. Alors, j'ai décidé de ne rien lui dire. Jusqu'à ce soir… Il m'avait entrainé à l'écart pour me demander d'être son témoin à son mariage. Il avait l'intention de lui demander sa main ce soir… Je ne pouvais pas le laisser faire. Alors je lui ai dis. La suite, tu la connais.
Baissant la tête, je sentis mes larmes éclabousser mon jean.
Un froissement d'habit. La source de chaleur reposant contre mon bras disparait. Yukki bougeait. Il ne voulait plus être en contact avec moi. Je le dégoutais. Je venais pour la seconde fois perdre un ami cher. Mes sanglots redoublèrent.
Une main se posa dans mes cheveux, passa sur mon cou puis ma mâchoire et mon menton pour relever mon visage vers le sien. Délicatement, il ressuya mes larmes. Je ne comprenais pas. Je ne le dégoutais pas ?
-N'abime pas de si beau yeux avec des larmes Hyde-chan. Il ne le mérite pas. Il ne te mérite pas.
Je rougis face à ses mots tandis qu'un soulagement m'étreignit. Fermant mes paupières pour empêcher mes larmes de couler, sans grand résultat, Yukki en profita pour glisser sa main dans ma nuque et attirer mon visage sur son torse. Il posa son autre main sur mon épaule. Bien trop bouleversé, je ne ripostais pas. J'avais trop besoin de réconfort, d'une épaule pour verser ma détresse. Bien que je trouvais celle-ci étrange.
Au bout de quelques minutes, je relevai la tête. Avec un pauvre sourire, je lui fais constater :
-Je t'ai tout mouillé.
-Pas grave. J'aurai du t'emmener à l'hôpital plutôt, il te faut des points de suture. Il ne t'a vraiment pas loupé.
-Non. Cet endroit guérit tous les maux et je n'ai plus mal. Merci de me l'avoir montré Yukki.
-Ce fut avec plaisir. Même si j'aurai préféré un autre prétexte.
-Moi aussi.
-Dit ? Que vas-tu faire ? Pour l'arc, je veux dire. Je suppose que tu ne veux plus le voir.
-Je ne sais pas… Tout dépend de lui… C'est clair que pour le moment, je le raye de ma vie. Je lui pardonnerai probablement, tel que je me connais, s'il venait me faire ses excuses… Même si notre amitié en pâtira… Quant à l'arc. C'est peut être le moment de refaire une pause. Je vous adore trop toi et Ken pour quitter définitivement le groupe.
-Tu es trop gentil Hyde.
-Je dirai trop amouraché. Mais bon, cela va se passer. Difficilement, mais je vais l'oublier.
-N'oublie pas que je suis là. Il se fait tard, rentrons.
Comme pour l'allé, le chemin se fit dans le silence. Pour cause, je m'étais assoupi. Toutes ces fortes émotions ont eu raison de moi. Une légère pression sur mon épaule me réveilla. Nous étions arrivés.
-Tu veux dormir à la maison ? Lui proposai-je.
Ayant laissé sa voiture dans le parking, Yukki n'avait plus de moyen de locomotion. Et je me doutais qu'à cette heure, il aurait du mal à trouver un taxi.
-Non merci. Je vais rentrer à pied.
-Comme tu veux. Soupirai-je trop fatigué pour insister.
-Au revoir Hyde. Me salua Yukki en serrant un peu plus fortement mon épaule.
-Au revoir Yukki.
Tout en le regardant partir, je songeais à son comportement qui me laissait perplexe. Ne sachant que penser, je me rendis compte que ma soirée ne fut pas été si catastrophique que cela. Grace à Yukki.
