Correctrice : Clina

Personnages : Caméléon June, Andromède Shun

Mention de : Aigle Marin

Ship : June x Shun

Type d'écrit : romance, introspection

Arc temporel : Après l'arc du Sanctuaire, quand les Bronzes sont guéris.

Note : C'est un fanart de aranelfealoss qui m'a quelque sorte inspiré cet OS.

Lieu : Japon.


Il avait promis de revenir après la Bataille du Sanctuaire. Il lui avait promis de survivre et de revenir. Et elle s'était accrochée à cet espoir, aussi mince soit-il à ses yeux. Elle avait voulu le retenir pour le protéger. Elle ne voulait pas le perdre lui aussi. Mais elle n'avait pas spécialement fait le poids face à sa volonté, parce qu'il avait cette détermination inébranlable, et il n'aurait jamais abandonné ses frères. Elle le savait avant même d'oser lui demander de ne pas aller combattre les Ors. Qu'avait-elle vraiment espéré? Qu'il l'aimait suffisamment pour céder à sa demande presque égoïste ? Mais ils étaient de Saints d'Athéna avant tout. Et il n'avait jamais reculé face au défi que cela représentait. Alors elle n'avait pas été étonnée de ne pas réussir à le convaincre de l'écouter. Et même si cela lui avait brisé le cœur, qu'elle redoutait de le perdre, elle était fière de lui. Il ne pouvait en être autrement. Il était plus fort qu'on ne l'imaginait au premier abord. Elle le savait, elle qui avait grandi avec lui.

Pourtant elle n'avait pu retenir quelques larmes, quand elle s'était éveillée seule dans cette chambre d'hôpital. Elle n'avait pas besoin qu'on lui explique pour qu'elle sache qu'il était parti avec les autres au Sanctuaire. Et elle avait prié. Qu'aurait-elle pu faire de plus d'où elle était ? Elle s'en était remise à la déesse Athéna tremblante et angoissée et toutes les autres Déités qu'elle connaissait vaguement. Elle s'était sentie si impuissante seule et ici. Après tout, la seule chose qu'elle avait pu faire pour l'aider c'était partager avec Marin les informations qu'elle avait sur le Domaine Sacré. Pour le reste, on lui avait conseillé de se reposer pour guérir plus vite. Elle avait quand même été grièvement blessée. Et elle s'était pliée à leurs ordres, n'ayant guère le choix. Elle n'avait aucune connaissance ici, si ce n'était lui. Mais il était au Sanctuaire et elle au Japon. Alors elle avait obéi. Elle s'était reposée. Elle avait suivi leurs conseils et elle avait passé tous les examens médicaux qu'ils lui avaient ordonnés de faire. Parce qu'elle voulait être en pleine forme quand il reviendrait. Parce qu'il reviendrait. Il ne pouvait en être autrement.

Mais personne ne pouvait comprendre l'attente angoissante qu'elle vivait. Il lui était impossible de savoir comment les combats se passaient au Sanctuaire. Elle avait pu voir la puissance réelle d'un Saint d'Or. Elle l'avait vu détruire l'île sur laquelle elle avait vécu et elle s'était entraînée. Elle l'avait vu éliminer son Maître, un Saint d'Argent, avec aisance. Comment pourrait-il, lui, survivre alors qu'il n'était qu'un Saint de Bronze ? Avait-il compris ce qu'elle avait voulu lui dire avant son départ ? Et ce nœud en elle se resserrait de plus en plus. Les heures s'égrenaient. Elle redoutait la mauvaise nouvelle. Et l'ignorance ne faisait que rendre sa peur palpable et tangible. Elle sentait ses mains trembler. Ô pas tant qu'elle s'inquiétait de son sort à elle, s'ils perdaient. Cela lui importait peu. Elle redoutait juste ses blessures à lui. Et surtout, surtout, qu'il pourrait ne jamais lui revenir… Les perles salées cascadaient muettes sur ses joues trop pâles dans le silence et le secret de ses longues nuits sans sommeil. Elle essayait de rendre le change durant la journée. Elle souriait quand on entrait dans sa chambre, et elle répondait poliment à tout le monde. Mais une fois seule face à elle-même, elle ne pouvait que sentir son monde s'effondrer. Et les tremblements revenaient invariablement. Elle ne savait pas comment endiguer sa peur.

Alors pour calmer son cœur affolé et apaiser ses pensées chaotiques, elle se remémorait le passé. Cela lui arrachait quelques petits sourires. Elle revoyait leur rencontre, quand il était arrivé un peu perdu sur leur île. Elle se rappelait leurs cours collectifs, leurs entraînements et tous les petits moments de pause qu'ils avaient partagés. Ils étaient très vite devenus amis. Elle était la seule fille et il était différent des autres, tellement qu'elle pouvait s'avouer aujourd'hui honteusement qu'elle pensait qu'il ne gagnerait jamais son Armure Sacrée. Elle se souvenait avec une certaine douceur de leurs confidences, de leurs secrets partagés et de leurs jeux d'enfant. Elle se souvenait de son inquiétude quand il refusait de se défendre et d'utiliser la violence face aux autres. Elle se rappelait cette angoisse sourde aussi lors du Sacrifice. Mais il s'était toujours relevé. Il avait gagné contre toute attente, dissimulant en lui un Cosmos le plus puissant qu'elle avait pu ressentir. Elle devait avoir confiance en lui. Elle devait croire en lui, même si ce combat semblait perdu d'avance.

Elle se demandait quand elle était tombée amoureuse de lui ? Quand l'amitié simple était devenue un sentiment plus puissant ? Elle n'était pas certaine de le savoir. Ce n'était pas arrivé comme cela subitement un matin. Cela n'avait rien avoir avec le coup de foudre, comme dans les romans et les films romantiques. C'était quelque chose qui était née et qui avait grandi lentement au fil des jours passés à ses côtés. Elle le connaissait si bien, autant ses qualités que ses défauts. Ce sentiment fort avait fini par dépasser la dévotion qu'elle portait à leur déesse Athéna et le respect qu'elle avait pour leur Maître. Il était devenu petit à petit le centre de son univers personnel, la personne la plus précieuse qu'elle avait dans sa vie. Elle en était désespérément amoureuse. Et cela l'avait poussée à se dévoiler dans l'espoir de le retenir. Et même s'il n'avait point répondu, même si cela n'avait rien changé, elle était heureuse d'avoir pu lui dire. Cet amour qu'elle lui vouait était la seule chose qui lui permettait de croire en son succès.

Et il avait gagné, avec ses frères d'armes. La nouvelle lui avait apporté une vague de soulagement. Elle en avait pleuré de joie. Bien sûr il n'était pas revenu directement. Il avait été grièvement blessé. Et il était resté au Sanctuaire. Et elle n'avait pas osé demander l'autorisation de le rejoindre. De toute manière, elle n'était pas certaine d'être bienvenue au Domaine Sacré. Elle ne savait pas encore quel serait son sort à elle, qui avait désobéi d'une certaine manière aux ordres. Elle avait repris ses prières, pour qu'il guérisse vite. Et elle avait attendu. Les jours étaient devenus des semaines, qui se transformaient en mois. Mais elle n'exigeait rien. Elle se contentait de la joie simple de le savoir vivant et en bonne santé. Elle prenait discrètement de ses nouvelles dès qu'elle le pouvait. Elle n'avait rien d'autre à espérer qu'un jour il reviendrait ici. Et puisqu'on l'autorisait à vivre en ces lieux pour le moment, elle était restée. Et elle attendait aussi paisiblement que possible. Elle savait qu'il s'était réveillé, qu'il guérissait. Et puis le silence s'était à nouveau fait. Mais elle sentait au plus profond de son âme qu'il allait bien.

Vivre ici l'avait amenée à revoir son style vestimentaire. Même si le masque métallique n'était jamais très loin, et qu'elle le sortait régulièrement de son tiroir, elle ne le portait plus quotidiennement. Après tout, elle vivait maintenant entourée de non Saints d'Athéna. Ils n'auraient pas compris ce que le masque représentait. Elle avait aussi opté pour des vêtements civils plus confortables et un peu plus amples. Jeans et tee-shirts étaient devenus ses attributs préférés, sa longue chevelure blonde toujours aussi libre qu'avant. Elle appréciait les bottes en cuir qu'elle portait aussi. Elle apprenait à vivre normalement. Elle n'avait jamais lu autant de livres de sa vie, mais pouvoir s'évader juste en ouvrant un bouquin était des plus agréables. Tout comme elle lui écrivait des lettres, qu'elle n'envoyait pas. Elle les gardait toutes précieusement dans un tiroir fermé à clé. Dans ces mots maladroits et timides, elle déversait son amour pour lui et son besoin de le revoir. Mais elle n'osait pas lui envoyer. Elle ne savait pas ce qu'elle était pour lui.

Cet après-midi était typique de tous les autres. C'était presque étrange d'avoir autant de temps libre et de se découvrir des passe-temps. Elle s'était installée à l'extérieur dans le parc avec un livre sur un banc. Elle avait envie de profiter de la chaleur de la journée, du beau soleil bien brillant et de l'air doux de cette journée. Avec un léger sourire, elle s'était plongée dans les aventures réécrites d'un héros mythique, dont le nom lui était vaguement familier. Elle s'amusait des rebondissements du héros en essayant de ne pas rire toute seule face à son livre. Le temps filait lentement. Et de temps à autre, elle relevait le regard vers le décor naturel qui l'entourait. L'arbre derrière elle lui offrait une ombre bienvenue. Elle bougea légèrement avant de froncer les sourcils et de se concentrer à nouveau sur les lignes qu'elle déchiffrait avec amusement. Pourtant elle sentit un regard posé sur elle. Elle ressentait la présence familière avec force. C'était étrange.

Quand elle releva les yeux, elle rencontra son regard émeraude chaleureux et doux. Un frisson glissa le long de son dos. Elle papillonna des yeux, étonnée. Rêvait-elle ? Elle avait bien envie de se pincer pour le vérifier. Non, il était bien là. Elle savait qu'il était totalement guéri. Pourquoi ne lui avait-on pas dit qu'il reviendrait au Japon ? Sans réfléchir plus longtemps, elle laissa tomber son livre au sol. Et elle sauta sur ses pieds. Il eut à peine le temps de se préparer à l'impact qu'elle lui sautait dans les bras. Elle enserra son cou avec force, son corps percutant le sien un peu trop violemment. Et il recula d'un pas. Elle ne vit pas ses joues qui venaient de prendre une jolie couleur rosée. Il fallut quelques secondes avant que ses bras à lui ne s'enroulent avec douceur autour de sa taille fine.

« Doucement June. », murmura-t-il d'une voix amusée alors qu'il stabilisait leur équilibre et leur position.

« Tu es revenu. », déclara-t-elle d'une voix vibrante et basse. Tout son corps était secoué par ses tremblements. Quelques larmes roulèrent sur ses joues et elles s'échouèrent sur son tee-shirt alors qu'elle déposait son front contre son épaule. Une main caressa son dos avec tendresse pour l'apaiser.

« Je te l'avais promis, non ? », répondit-il sans cesser ses caresses apaisantes.

« Je sais mais... » Elle ravala difficilement un sanglot. Et ses bras le serrèrent un peu plus, son corps se collant totalement eu sien. Sa chaleur la rassurait. Le contact physique lui permettait de réaliser qu'il était bien là. « Mais j'ai eu peur pour toi. Et puis, tu aurais pu ne pas revenir ici, rester au Sanctuaire, Shun. »

« Je reviendrais toujours pour toi. », confessa-t-il déposant un baiser éphémère sur sa tempe. « Moi aussi je t'aime. »

L'étonnement la fit légèrement reculer pour rencontrer son regard émeraude amoureux et doux. Il avait rougi adorablement. Mais elle-même pouvait sentir ses propres joues brûler. Un sourire timide naquit sur ses lèvres en réponse au sien. Elle était heureuse. Elle l'avait eu sa réponse après tout. Et l'attente en valait la peine. Avec un sourire tendre, elle se mit sur la pointe des pieds et elle embrassa délicatement sa joue. Elle était chanceuse. Elle le savait. Elle n'en attendait finalement pas autant. Elle sentit une de ses mains se poser sur sa joue avec douceur. Il pencha la tête vers elle, les yeux fermés. Et il déposa ses lèvres tendrement sur les siennes. Elle mit quelques secondes avant de s'appuyer un peu plus contre lui, de serrer plus fortement son cou et de répondre timidement à son baiser. C'était agréable même si cela affolait son cœur et réchauffait son âme. Le baiser était chaste et simple. Et elle pouvait sentir un léger sourire contre ses lèvres rosées. Ils brisèrent lentement l'échange, et il déposa son front contre le sien.

« Je t'aime aussi. », susurra-t-elle avec une voix un peu tremblotante et presque timide. « Restes-tu ? », osa-t-elle demander avec une certaine appréhension.

« Aussi longtemps que je pourrais. Et aussi longtemps que tu voudras de moi près de toi. », répondit-il taquin. Elle eut un petit rire amusé.

« Comme si je pouvais désirer que tu repartes. », répliqua-t-elle mutine. « Je t'ai, je te garde. »

Et elle le serra un peu plus contre elle. Elle le sentit resserrer son étreinte autour de sa taille en réponse. Elle nicha sa tête dans le creux de sa nuque, heureuse de ressentir sa chaleur et de s'enivrer de son parfum. Elle était simplement et totalement heureuse. Et ils restèrent dans les bras l'un de l'autre de très longues minutes. Le reste du monde n'existait plus. Ils savouraient simplement le fait de se retrouver et d'être avec l'autre tout simplement. Elle lui poserait des questions plus tard sur ses combats, s'il voulait en parler. Et elle lui raconterait ses journées et ses nouvelles passions plus tard. Et peut-être, si elle était courageuse, qu'elle lui donnerait toutes ces lettres qu'elle lui avait écrites, et qui reposaient secrètement dans son bureau. Mais ils avaient le temps. Pour l'instant seules la présence et l'étreinte de l'autre comptaient tout simplement. Et c'était largement suffisant pour la rendre totalement heureuse. Et elle savait qu'il partageait sa joie. Être amoureux et savoir cet amour partagé était une des plus belles sensations au monde selon elle.